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La violence conjugale au Congo-Brazzaville

De
210 pages
Qu'est-ce que la violence conjugale ? Comment se manifeste-t-elle ? Quelles en sont les causes ? Quel sens les femmes victimes de violences donnent-elles à cet état de fait ? Quel accompagnement social ? Cet ouvrage propose un voyage en République du Congo-Brazzaville pour montrer l'autre face de la domination masculine et pour découvrir en quoi la coutume peut aussi perpétuer des formes de violences caractérisées. Il est aussi un appel pour dire NON à la violence.
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Sous la direction de
Élisabeth PRIEURLA VIOLENCE CONJUGALE
et Emmanuel JOVELIN AU CONGO-BRAZZAVILLE
De la tradition à la modernité
La violence conjugale n’est plus un sujet tabou dans les pays européens
mais dans les pays tiers, plusieurs femmes subissent encore la loi de LA VIOLENCE CONJUGALE
l’Homme. La violence conjugale est un problème de santé publique
et se traduit par des altérations de l’état de santé de la personne qui AU CONGO-BRAZZAVILLE
la subit. Cet ouvrage réalisé par des apprentis chercheurs du futur
Institut national du travail social du Congo-Brazzaville tente de De la tradition à la modernité
répondre à une série de questions : qu’est-ce que la violence conjugale ?
Comment se manifeste-t-elle ? Quelles en sont les causes ? Quel sens
les femmes victimes de violences donnent-elles à cet état de fait ?
Quel accompagnement social ?
Dans cet ouvrage, nous vous proposons un voyage en République
du Congo-Brazzaville pour montrer l’autre face de la domination
masculine et pour découvrir en quoi la coutume peut aussi perpétuer
des formes de violences caractérisées qui traversent le temps.
Enfn, outil indispensable pour les professionnels qui luttent contre les
injustices sociales et contre toutes les formes de domination, c’est aussi Préface d’Emilienne Raoul, ministre des Affaires sociales,
un appel pour dire NON à la violence. de l’action humanitaire et de la solidarité
Élisabeth PRIEUR, ancienne Directrice générale de l’Institut Social
de Lille (Université catholique de Lille), est chargée de mission à
l’International.
Emmanuel JOVELIN est Directeur adjoint de l’Institut Social de
Lille (Université catholique de Lille) et Professeur des Universités en
sociologie à l’Université catholique de Lille.
Collection Trans-Diversités
Collection Trans-Diversités
dirigée par
Emmanuel Jovelin et Mourad Kahloula
ISBN : 978-2-343-04108-7
21 €
Sous la direction de
LA VIOLENCE CONJUGALE
Élisabeth PRIEUR
AU CONGO-BRAZZAVILLE
et Emmanuel JOVELIN
De la tradition à la modernitéLa violence conjugale
au Congo-BrazzavilleCollection “TRANS-DIVERSITÉS”
Dirigée par :
Emmanuel JOVELIN et Mourad KAHLOULA
Aujourd’hui les États sont confrontés à la “trans-diversité” et nous vivons presque
une "interculturalité forcée" liée à la diversité des communautés, des cultures, des
langues et des projets de sociétés. L’homme contemporain doit de ce fait, non seulement
s’accoutumer à une pluralité de communications mais encore les entendre exprimées de
différentes manières. De même se posent les questions de la prise en compte des
différentes composantes de la diversité. Si la rencontre des sociétés multi-ethniques et
multiraciales devient urgente, d’autres interrogations renvoyant à l’altérité semblent
aussi cruciales : immigrations, interculturalité, genre, discriminations, droits de
l’homme, homophobie, racisme, religion etc. Ainsi avant d’être un objet d’étude la
“trans-diversité” est d’abord une réalité vécue et constatée.
De par son ultime intérêt intellectuel, cette collection ouvre, donc, grandes les
portes à toute réflexion en rapport avec les multiples questions que convoque la
“transdiversité” en ce qu’elle consiste à permettre la reconnaissance mutuelle, le dialogue et la
rencontre, se nourrissant de toute interrogation sur les questions de la construction d’un
cadre épistémologique, conceptuel et méthodologique de la “trans-diversité”,
alternative au "différentialisme" culturaliste et communautariste ainsi qu’à un
universalisme globalisant et homogénéisant en permettant l’émergence de travaux
pertinents croisant le paradigme de l’interculturalité avec les questions de terrain et de
pratique. Cet espace de publication se veut un lieu pour penser la question de la
similitude, de la différence, de la diversité et de l’altérité culturelle dans un contexte pris
entre universalité et spécificités culturelles et ce dans une perspective d’un "humanisme
du divers".
COMITE DE LECTURE
Emmanuel JOVELIN, Université Catholique de Lille/Institut Social de Lille (France), Mourad
KAHLOULA, Université d’Oran (Algérie), Abdoulaye DORO SOW, Université de Nouakchott
(Mauritanie), Zohra GUERRAOUI, Université de Toulouse (France), Rachid ABOUTAIEB,
Université de Casablanca (Maroc), Claudio BOLZMAN, Université de Genève (Suisse), Edelia
VILLAROYA SOLER, Université de Valencia (Espagne), Jordi SABATER, Université Ramon Llul
(Espagne), Ion IONESCU, Université de Iasi (Roumanie), Jean FOUCART, Haute Ecole de
Charleroi (Belgique), Ahcène SAADI, Université de Constantine (Algérie), Anna ELIA, Université
de Calabria (Italie), Gautier PIROTTE, Université de Liège (Belgique), Peter ERATH, Université
d’Eichstätt (Allemagne), Souad KAHLOULA, Université d’Oran (Algérie), Rosa MELO, Institut du
travail social de l’Angola (Angola), Habib TENGHOUR, Université d’Evry Val d’Essonne (France),
Luis de la MORA, Université de Pernambuc/Recife (Brésil), Josef FREISE, Université Catho Köln
(Allemagne), René MONKOUNKOLO, Université de Tours (France).Sous la direction de
Élisabeth PRIEUR
et Emmanuel JOVELIN




La violence conjugale
au Congo-Brazzaville


De la tradition à la modernité


Préface d’Emilienne Raoul, ministre des Affaires
sociales, de l’action humanitaire et de la solidarité




































© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04108-7
EAN : 9782343041087 AUTEURS
De Genséric Fresnel Tsimba Bongol
Chef de service de la communication, MASAHS
Christian Roch Mabiala
Directeur de l’insertion socio-économique, MASAHS
Jeanne Félicité Diamonika
Chef de la CAS, Makélékélé, Brazzaville, MASAHS
Raphaël Akoli Ekolobongo
Directeur des programmes de la solidarité, MASAHS
Henriette Malouona
Directrice départementale des Affaires sociales de la
Cuvette, MASAHS
Sylvianne Kamba Matanda
Directrice de la famille, MASAHS
Corelli Mavoungou
Chef de la CAS 4, LOANDJILI, Pointe-Noire
Joseph Ngoma Nababou
Directeur des Affaires sociales de la Likouala, MASAHS
Athanase Antoine Nkounkou
Chef de service de la statistique, MASAHS
Anasthasie Ossangatsama
Directrice Générale de la Solidarité, MASAHS
Elisabeth Prieur
Chargée de mission à l’International, ISL/ICL Lille
Emmanuel Jovelin
Directeur adjoint, ISL/ICL Lille Sommaire
Préface ............................................................................. 9
Introduction .................................................................... 13
Chapitre 1
De la violence à la violence conjugale .......................... 25
Chapitre 2
Approche socio-historique des familles
congolaises traditionnelle et moderne ............................ 41
Chapitre 3
Les fondements de la violence conjugale
dans la société congolaise .............................................. 57
Chapitre 4
Approche méthodologique
et caractéristiques sociodémographiques ....................... 65
Chapitre 5
Histoires de vie,
de l’enfance à l’adolescence .......................................... 71
Chapitre 6
Vie conjugale ................................................................. 87
Chapitre 7
Rapports à l’environnement ......................................... 105
Chapitre 8
La violence conjugale :
les femmes victimes ..................................................... 111
Chapitre 9
Les conséquences des conflits conjugaux
sur les femmes, les enfants
et l’environnement ....................................................... 129
Chapitre 10
Partir ou ne pas partir, un dilemme ............................. 145
7 Chapitre 11
Les professionnels face aux victimes
de la violence et aux auteurs de violences .................. 153
Chapitre 12
Accompagnement social des femmes
victimes de violences ................................................... 167
Chapitre 13 Perspectives nationales et internationales
concernant l’aide aux femmes victimes de violences .. 187
Conclusion générale ..................................................... 197
8 Préface
Madame Emilienne RAOUL
Ministre des affaires sociales de l’action humanitaire et de
la solidarité
La violence s’oppose à la paix, au calme, à l’ordre qu’elle
perturbe. Nous avons chacun d’entre nous notre manière
d’appréhender ce phénomène en fonction de nos valeurs.
Assimilée à l’imprévisible, à l’absence de forme, au
dérèglement absolu, la définir est difficile mais les coups,
nous les sentons, les ecchymoses et les blessures sont
présentes. La violence, elle est partout où l’autre entre
dans un système de domination, elle est partout lorsque la
parole n’existe plus et que seule la force fait loi, elle est
partout lorsqu’on considère l’autre comme un objet sans
valeur, elle est partout où il y a déni d’humanité.
La question de la violence conjugale traverse toute
l’humanité depuis des décennies. Aujourd’hui, on
considère la violence conjugale comme une atteinte à la
dignité et à l’intégrité de l’être humain. Au moment où on
parle de l’égalité homme-femme, toutes les formes de
violence sont inacceptables.
Si, au Congo, ce phénomène était banalisé, il est
aujourd’hui important de le nommer et de le quantifier
afin de mieux agir. Dans ce travail de recherche,
qu’avons-nous vu ? La violence qui s’exerce renvoie
également à la culture, aux ethnies, aux tribus, etc. Il
suffirait de mieux analyser la société congolaise pour
comprendre que les racines de la violence conjugale
doivent être étudiées dans le cadre des rapports sociaux
des sexes, instaurés depuis des générations.
En tant que Ministre des Affaires sociales, de l’Action
humanitaire et la Solidarité, il est de ma responsabilité et
de celle de mes concitoyens d’alerter l’opinion publique
sur ce fléau qui frappe notre pays. Pour cela, il est plus
9 qu’important de penser non seulement à la protection des
femmes et des enfants mais aussi aux dispositifs d’aide
aux hommes violents.
Le travail de recherche réalisé par une équipe d’apprentis
chercheurs, à qui je rends hommage, est un exemple des
productions que je souhaite voir se développer dans notre
pays, à l’Institut National du Travail Social, qui ouvrira
ses portes en 2014.
Ainsi, dans le cadre du programme impulsé par le
Président de la République « Le chemin d’Avenir »,
plusieurs faiblesses auxquelles le Congo doit faire face ont
été énoncées, notamment la faiblesse du système de
protection sociale, la faiblesse de l’assistance publique et
privée, et également des diplômes actuels ne
correspondant pas aux besoins des populations et aux
standards internationaux. Il s’agit essentiellement de
l’amélioration de l’enseignement technique et
professionnel et du développement des formations par
l’apprentissage des métiers. Je me suis saisie de cette
opportunité, après une analyse des besoins en matière
d’action sociale au Congo, pour proposer la construction
d’un grand Institut national du travail social au service de
la nation.
Dans cet institut, il est prévu de mettre en place un Centre
de ressources, un Centre de renforcement des capacités et
essentiellement un d’Études et de Recherches en
Interventions Sociales (CERIS) composé d’une équipe de
recherche qui s’intéressera au domaine de l’intervention
sociale en partant de l’affirmation que la pratique est
porteuse des savoirs.
Dans le CERIS, notre ambition est d’avoir des praticiens
chercheurs en capacité de mener des recherches en travail
social à partir des problématiques sociales, dont les
finalités seront d’éclairer les pratiques de terrain et les
pratiques de formation, en leur donnant une visibilité. Ces
10 recherches s’effectueront principalement à l’Institut
supérieur du travail social du Congo et dans d’autres lieux
légitimes de « professionnalisation » du Travail Social.
Faire de la recherche demande du temps, de la patience et
une bonne formation. La recherche sur la violence faite
aux femmes au Congo montre que le chemin à parcourir
est encore long. Ainsi, l’ouverture prochaine de l’Institut
National du Travail Social du Congo est un atout majeur
pour la formation des professionnels et des chercheurs de
qualité au service des populations vulnérables.
11 Introduction
Elisabeth PRIEUR - Emmanuel JOVELIN
Élisabeth Badinter dans son ouvrage L’Un est l’Autre : des
1relations entre hommes et femmes montre de manière
indéniable que valeurs, désirs, comportements de l’homme
et de la femme évoluent et suscitent de nombreuses
questions. Dans cet ouvrage, elle part des origines de
l’humanité tout en décrivant l’évolution des rapports entre
hommes et femmes dans notre civilisation. Elle montre
que le problème du pouvoir se révèle déterminant ; il a
varié dans le temps et dans l’espace.
Que nous explique-t-elle ? À l’origine, les sexes étaient
complémentaires. A l’époque préhistorique, les femmes
étaient perçues comme des déesses de fécondité. Chacun
exerçait sur l’Autre, de différentes manières, un pouvoir
èmespécifique. L’Un valait donc l’Autre. Du 10 millénaire
èmeà la fin du 2 , cette période se caractérisait par un réel
prestige féminin. Le culte de la Déesse-Mère était répandu
dans tout le Moyen-Orient. Les tâches des hommes et des
femmes étaient complémentaires. La fertilité de la terre
était liée à la fécondité féminine puisque la femme connaît
le mystère de la création. À cette époque, les hommes,
grâce à leur supériorité physique, ont continué à garder
leur rôle dans la Cité. Les tâches étaient partagées de
façon plus ou moins équitable, le partage étant considéré
comme un signe de solidarité et de considération mutuelle.
Ensuite, arrive la période du patriarcat absolu qui
confisquera tous les pouvoirs. Dieu se substitue aux
déesses. C’est le culte de Dieu le père selon la Genèse.
Les femmes deviennent des biens qui s’achètent et se
vendent, et demeurent la propriété du mari. Par le mariage,

1 Badinter E., L'Un est l'Autre : Des relations entre hommes et femmes.
Paris, Éditions Odile Jacob, 1986, 336 pages.
13 la femme, qui était un objet pour le père, devient aussi un
objet pour le mari. Le père possède tous les pouvoirs,
confisque tous les droits féminins. Le patriarcat sera à
l’origine du dualisme conflictuel.
Pour établir l’ordre, l’homme devra dominer la femme. En
opposant l’homme et la femme, ce qu’il y avait de
commun devient invisible.
2Françoise Héritier, dans son ouvrage Féminin Masculin ,
montre également cette inégalité des sexes à travers les
mythes. Elle explique que, dans toutes les sociétés, la
réflexion s’est orientée vers l’importance du sang
indispensable à la vie. Sa présence dans le corps en est le
signe : « sang et vie sont chaleurs ». Elle se demande
« comment se combinent chez l’enfant les apports venant
de ses deux parents ». Selon les Africains Samos, hommes
et femmes ont une eau de vie qui apparaît dans les
rapports sexuels mais seule celle des hommes est dense et
a un pouvoir fécondant. Elle provient de la moelle des os,
des articulations et de la colonne vertébrale qui sert de
collecteur.
Que voit-on dans cette théorie ? Il est clair qu’on
privilégie la ligne agnatique de filiation pour reconnaître et
affirmer le lien social.
Chez les Égyptiens, la semence, source de toute vie, se
trouve dans les os. Un lien existe entre le phallus et l’épine
dorsale. L’appareil génital complet, le générateur, est
l’organe formé par le phallus et le dos réunis. La colonne
vertébrale est le collecteur d’une moelle qui s’écoule par
le phallus pour se transformer à nouveau en os dans
l’utérus. Les os sont le principe masculin, la chair, le
principe féminin.
2 Héritier F., Masculin/Féminin : la pensée de la différence. Paris, Éditions
Odile Jacob, 1996, 303 pages.
14 Toutes ces théories concordent pour accorder la
prééminence à l’homme et affirment donc sa suprématie
sur la femme.
Dans son ouvrage La domination masculine , Pierre
3Bourdieu juge très intéressant et utile de faire l’analyse
ethnographique d’une société historique particulière, celle
des Berbères de Kabylie. Ici, nous pouvons directement
comprendre un système encore en état de fonctionnement
pour lequel il n’y a, pour ainsi dire, pas de tradition écrite.
Dans l’univers kabyle, les différences sexuelles
correspondent aux oppositions qui organisent le cosmos :
haut/bas, sec/humide, chaud/froid… Ces schémas se
présentent comme des différences naturelles dans les traits
distinctifs des deux sexes et attribuent les caractéristiques
positives au sexe masculin. Cette vision androcentrique,
présentée comme neutre, n’a pas besoin d’être légitimée
puisqu’elle est considérée comme naturelle. L’ordre social
fonctionne de la même façon en ratifiant la domination
masculine qui le fonde. La vision mythique du monde
impose la relation arbitraire de la suprématie des hommes
sur les femmes et la différence anatomique apparente entre
les organes sexuels justifie naturellement la hiérarchie
sociale.
L’homme doit être viril, ce mot provenant
étymologiquement des mots latins vir, virtus est à
rapprocher du nif, point d’honneur indissociable de la
virilité physique. On attend de l’homme l’affirmation de
sa puissance sexuelle correspondant à la fécondité, aux
processus de reproduction naturelle par la germination, la
gestation, ce qui met en relief la prédominance de la
virilité. De manière générale, au terme d’un formidable
travail de socialisation continue, les identités distinctives

3 Bourdieu P., La domination masculine. Paris, Éditions du Seuil, 1998, 158
pages.
15 s’incarnent dans des comportements bien différenciés
selon la règle de la division dominante. Les femmes sont
exclues des tâches les plus nobles ; on leur assigne les
places inférieures ; on leur enseigne comment se tenir :
courbées devant les hommes respectables ; on leur
attribue des tâches basses et mesquines : dans la cueillette
des olives, les hommes les font tomber avec une gaule, les
femmes et les enfants les ramassent.
Les rites occupent aussi une place importante ; ils créent
une marque distinctive entre ceux qui sont dignes de la
recevoir et celles qui en sont exclues ; c’est le rôle de la
circoncision. Le rite de séparation est également essentiel
pour émanciper le jeune garçon par rapport à sa mère afin
qu’il affronte le monde extérieur. Pour se viriliser, il
s’adonne aux sports, à des jeux de force, à la chasse ; on
lui donne un couteau, un poignard. La femme étant
considérée comme une entité négative, on lui impose des
limites qui concernent le corps ; chez les Kabyles, la
bonne tenue est de règle et les vêtements changent aux
différentes étapes de la vie : petite fille, jeune fille nubile,
épouse, mère de famille.
C’est une discipline de tous les instants : pour le garçon
c’est le quabel, ce qui signifie faire face ; pour la fille,
c’est s’incliner, s’abaisser, se « sous-mettre », faire preuve
de docilité. Le vêtement gêne les mouvements. Ces
manières de tenir le corps sont associées à la tenue morale.
Ces divisions entre hommes et femmes s’inscrivent dans
toutes les pratiques classées nettement comme masculines
et féminines. Les hommes sont du côté de l’extérieur, du
droit ; ils accomplissent les actes brefs, périlleux : égorger
les animaux ou faire la guerre ; les femmes sont du côté de
l’intérieur ; on leur attribue les travaux domestiques
privés, peu visibles ou honteux comme le soin des enfants
et des animaux ; pour elles, les travaux extérieurs
16 concernent l’eau, le bois, le lait et les tâches les plus sales
ou les plus monotones.
Ces différents constats et réflexions mettent en valeur
l’inégalité entre les sexes et la domination de l’homme qui
s’imposent dans les nombreuses sociétés
« androcentriques ». Cette suprématie masculine n’a été en
rien atténuée mais au contraire véhiculée et même parfois
renforcée par les institutions comme l’Église et l’État.
èmeAu XX siècle, quelques lois très importantes ont
accordé aux femmes des droits essentiels qui peuvent les
aider à endiguer « le pouvoir hypnotique de la
domination », selon la formule remarquable de Virginia
Woolf. Elles sont, en effet, victimes de la suprématie
masculine comme le montrent bien les différentes théories
sur l’inégalité des sexes et l’influence des institutions
telles que l’Église et l’État. Cette croyance à l’inégalité
des sexes est à l’origine de différentes formes au travail,
dans la prostitution, dans l’éducation des enfants et en
particulier les violences conjugales, objet de cet ouvrage.
La violence dans le couple est un processus évolutif au
cours duquel un partenaire exerce une domination
s’exprimant par des agressions physiques, psychiques ou
sexuelles. C’est un système où l’un des deux conjoints,
pour contrôler l’autre, utilise la peur, l’humiliation, les
coups, la gestion du temps et de l’argent. Il n’est pas
question d’amour ou de non-amour.

Le partenaire violent ne supporte pas que l’autre ne soit
pas conforme à ce qu’il veut, qu’il lui échappe. Ces
personnalités et leurs manifestations de violence sont très
diverses. Ce problème concerne tous les types de couples :
mariés ou non, jeunes ou vieux, homo- ou hétérosexuels
ainsi que tous les milieux sociaux. La violence conjugale
17 génère de la souffrance et se heurte à des clichés et des a
priori qui subsistent toujours.
La violence conjugale n’est plus un sujet tabou dans les
pays européens mais dans le tiers monde, ce problème
n’est pas pris à sa juste mesure. La cellule familiale est
reconnue comme un lieu de protection mais elle peut aussi
être celui de la domination et de la violence dans le
couple. Nos discussions dans le choix d’un sujet de
recherche avec l’équipe des formateurs pour le futur
Institut national du travail social ont révélé que dans les
CAS (Centre d’Action Sociale) beaucoup de femmes
déclarent être victimes de violences conjugales.
Ces violences sont donc en majorité commises par
l’homme sur sa femme ; il ne s’agit pas de nier que
certains hommes subissent aussi des violences de la part
de leurs conjointes mais nous nous intéressons à la
violence masculine conjugale en raison de sa fréquence.
La violence conjugale est un problème de santé publique
et se traduit par des altérations de l’état de santé de la
personne qui la subit. En 2007, l’étude nationale sur les
décès des conjoints, réalisée en France, montre qu’une
femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de
son compagnon. Mais qu’en est-il au Congo ? Tout cela
montre l’importance et la gravité de ce problème dans le
monde.
Toute cette réflexion amène au questionnement suivant :
- Qu’est-ce que la violence conjugale ?
- Comment se manifeste-t-elle ?
- Quelles en sont les causes ?
- Est-il possible d’y mettre fin pour enseigner à
chacun une relation plus égalitaire ?
- Après de telles violences, peut-on parvenir à vivre
ensemble de nouveau et à être heureux ?
- Quel sens les femmes victimes de violences
donnent-elles à cet état de fait ?
18 - Quel accompagnement proposer aux hommes pour
leur donner d’autres modes d’expression que la
violence ?
A partir de ce questionnement, la question de recherche est
la suivante : Comment les femmes expliquent-elles les
violences de leur conjoint ?
Derrière cette question, se cache évidemment celle des
conséquences des violences conjugales sur la famille, celle
de l’accompagnement des femmes, des enfants et du
conjoint, et des difficultés rencontrées par les
professionnels dans l’accompagnement tant des femmes
victimes que des hommes auteurs. En effet, les faits de
violence sont partout, sans pour autant se ressembler.
Phénomène multiforme aux aspects variés, contrastés,
surprenants, il présente de multiples facettes. Il est utile de
s’intéresser à la façon dont il se manifeste afin de saisir la
souffrance causée par ces actes. La violence conjugale est
une atteinte volontaire à l’intégrité de l’autre, une emprise,
un conditionnement dont il est difficile de sortir. Pour
tenter de résoudre ce problème, il faut s’intéresser au
comportement de l’homme pour lui donner les moyens de
réfléchir à sa relation conjugale, de mieux se comprendre
et de trouver d’autres modes d’expression que la violence
pour communiquer avec sa femme. En outre souvent, la
femme victime ne quitte pas son mari malgré la violence
subie. Il est donc indispensable d’aider l’homme violent,
de l’accueillir, de l’accompagner si les deux conjoints
veulent poursuivre leur relation conjugale. Le mari a
besoin de comprendre la nécessité d’un suivi personnel ;
une telle situation le déséquilibre lui aussi. Il lui faut
exprimer ses émotions, apprendre à mieux les contrôler,
trouver les moyens d’éliminer peu à peu sa violence.
Cet ouvrage est composé de 13 chapitres. Dans la préface,
Madame la Ministre pose le cadre de cet ouvrage, en
précisant le contexte dans lequel celui-ci a été réalisé et
19 précise les objectifs futurs de l’Institut national du travail
social du Congo. Dans le premier chapitre, Élisabeth
Prieur et Emmanuel Jovelin tentent de définir la violence
conjugale de manière globale. Ils montrent, dans ce
chapitre, que la violence conjugale est un processus lent et
progressif dans le couple.
Cette violence peut toucher n’importe quelle femme et il
n’y a pas de profil d’hommes violents. Dans ce premier
chapitre, ils expliquent également que lorsqu’on aborde la
problématique de la violence conjugale, il ne serait pas
concevable d’ignorer la question des rapports sociaux pour
appréhender au mieux les rapports de domination instaurés
par les hommes dans plusieurs sociétés dans le monde.
Dans le deuxième chapitre intitulé « Approche
sociohistorique de la famille congolaise », Anasthasie
Ossangatsama aborde les familles congolaises
traditionnelle et moderne, en s’appuyant sur les exemples
tirés de la vie quotidienne. Au troisième chapitre sur les
fondements de la violence conjugale dans la société
congolaise, Joseph Ngoma Nababou et Christian Roch
Mabiala nous amènent dans un voyage culturel à travers la
société congolaise. Ils y parcourent les spécificités
culturelles de la considération du mariage au Congo
(patriarcat, traditions, idéologies religieuses, etc.). Ainsi,
nous apprenons par exemple que le patriarcat a engendré
une société patriarcale où les attributs des garçons sont la
force et la domination et ceux des femmes la douceur,
l’enfantement. En fait, les hommes incarneraient dès leur
naissance la puissance, tandis que les femmes sont nées
pour obéir. Nous voyons ici un exemple parfait de la
socialisation à la violence des jeunes garçons dès leur
naissance, une violence qui se perpétue de génération en
génération.
Dans le chapitre 4, Corelli Mavoungou aborde l’approche
méthodologique et les caractéristiques
sociodémogra20