Le Livre à l'heure numérique. Papier, écrans, vers un nouveau vagabondage

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Rien ne s'est passé comme prévu. On avait cru que l'édition saurait tirer la leçon des bouleversements du secteur musical ou de ceux de la presse. Il n'en est presque rien. On avait pensé que le livre pratique, le livre de consultation, migreraient vers le numérique et que le roman serait " à l'abri ". Partout où s'accroît l'usage du livre numérique, le roman a les faveurs des lecteurs sur écran. On tablait sur le triomphe de l'ordinateur. La tablette et le téléphone sont en passe de le supplanter. On s'était dit que les libraires indépendants étaient menacés. Des chaînes spécialisées font faillite.


À l'heure numérique, il faut tout réinventer. C'est ce que tente cet essai, qui met en cause les séparations familières entre le journal et le livre, le blog et l'article, le manuscrit et le texte édité. Le numérique modifie tous les aspects de la chaîne de l'imprimé et remet en perspective le métier de tous ceux qui y travaillent. Les réponses qu'apporte Françoise Benhamou aux questions que chacun se pose dessinent par anticipation le monde à naître des bouleversements que le livre est en train d'affronter.



Françoise Benhamou est une spécialiste reconnue de l'économie de la culture, tant en France qu'à l'étranger. Professeur à l'université Paris XIII, membre de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), elle tient un blog sur le marché du livre dans Livres-Hebdo, et a déjà publié une dizaine d'ouvrages dont Les Dérèglements de l'exception culturelle (Seuil, 2006).


Publié le : jeudi 25 septembre 2014
Lecture(s) : 21
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021140644
Nombre de pages : 221
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LE LIVRE À L’HEURE NUMÉRIQUE
Du même auteur
L’Évolution des libraires et le prix unique du livre (avec E. Archambault, J. Lallement et M. Kaspy), Paris, La Documentation française, 1987
Histoire des pensées économiques (avec M. Basléet al.) Paris, Dalloz, 19881992
L’Économie de la culture Paris, La Découverte, « Repères », 19962004
Les Galeries d’art contemporain en France. Portrait et enjeux face à la mondialisation (avec D. Sagot Duvauroux et N. Moureau) Paris, La Documentation française, 2001
L’Économie du star system Paris, Odile Jacob, 2002
Les Dérèglements de l’exception culturelle : plaidoyer pour une perspective européenne Paris, éd. du Seuil, 2006
Droit d’auteur et copyright (avec J. Frachy) Paris, La Découverte, « Repères », 2007
Valoriser le patrimoine culturel de la France (CAE 97) (avec D. Thesmar), Rapports du CAE Paris, La Documentation française, 2011
Économie du patrimoine culturel Paris, La Découverte, « Repères », 2012
FRANÇOISE BENHAMOU
LE LIVRE À L’HEURE NUMÉRIQUE Papier, écrans, vers un nouveau vagabondage
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
isbn9782021140637
© Éditions du Seuil, septembre 2014
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Sommaire
Introduction. Le mobile, le nuage et le réseau11. . . . . . . . . .  1. Petite histoire d’une industrie qui chantait… . . . . . . . 23  2. Les journaux à la peine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29  3. Hybride ou tout numérique ? Les nouveaux modèles de la presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35  4. Le lecteur vagabond . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49  5. L’inattention et la recommandation. . . . . . . . . . . . . . . . 57  6. La marque et la page. Quelle édition pour demain ? . . 65  7. L’ère des géants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81  8. De l’unité au bouquet. Quand l’achat se fait pluriel . . 99  9. La marge à la page. Mythes et réalités de la longue traîne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111 10. Réinventer le métier de libraire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119 11. Le financement par la foule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129 12. La plume alerte. L’autoédition en majesté . . . . . . . . . . 135 13. Les nouvelles écritures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145 14. Le temps, l’argent et le droit des auteurs . . . . . . . . . . . 153 15. Un monde de pirates. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167 16. Tâtonnements des politiques publiques . . . . . . . . . . . . 175 17. Le choc des MOOCs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183 18. La bibliothèque universelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191 19. Les revues scientifiques et la « tragédie des anti communs ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201 Conclusion. Une histoire qui commence211. . . . . . . . . . . . . . . Bibliographie213. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pour ma mère, qui aimait tant les livres.
INTRODUCTION Le mobile, le nuage et le réseau
Qui aurait pensé que l’imprimé serait peutêtre menacé ? Que l’on évoquerait d’étonnantes parentés entre le monde médiéval et celui du numérique ? Le déroulement de la page sur l’écran qui renvoie à celui du rouleau d’avant l’invention du codex, les textes disséminés, rédigés par des auteurs mal identifiés, une culture de la citation qui s’arrange de lectures partielles et rapides sont autant de clins d’œil à un monde médiéval qu’on dépeint comme obscur et dont bien des traits reviennent en des formes revisitées. Il faudrait aussi se référer à une « grande transformation ». La révolution numérique change radicalement la production et la réception des écrits. Pour paraphraser Verlaine, l’auteur et le lecteur ne sont plus tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres. Ce changement emporte avec lui la mise en question de toute l’économie des industries de l’écrit. Si cet essai se consacre au livre numérique, il rappelle les bouleversements que le monde de la musique a vécus en à peine quinze ans. Il s’aventure aussi du côté de la presse, car le numérique questionne les séparations familières entre le journal et le livre, entre le blog et l’article, entre le manuscrit et le texte édité, imposant un continuum et de nouvelles rup tures entre toutes les formes de l’écrit. Les trois prochains
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LE LIVRE À L’HEURE NUMÉRIQUE
chapitres y sont consacrés. Ils sont le miroir par anticipation de l’histoire que le monde du livre est en train d’affronter.
Inévitable, imprévisible
Que saiton ? Nul n’est à l’abri de conjectures erronées.Les leçons du passé – même récent – ne suffisent pas à se pré munir des erreurs à venir. On entre à tâtons dans cette nou velle économie, dans l’ignorance de ce que sera le livre de demain. Il suffit, pour prendre la mesure de notre incapacité à déchiffrer l’avenir, d’évoquer quelques erreurs passées. On avait cru que les gens du livre sauraient tirer les meil leurs enseignements de l’aventure douloureuse de ceux de la musique. Il n’en est presque rien. On avait pensé que le livre pratique, le livre de consultation migreraient vers le numé rique et que le roman était « à l’abri ». Partout où le marché dulivre numérique se développe, le roman, à côté d’autres segments du marché de l’édition, a les faveurs des lecteurs digitaux. On avait imaginé que le papier avait une odeur et un toucher irremplaçables. Dans la presse, les lecteurs se tournent vers un numérique « augmenté ». On s’était figuré que la presse, en crise sous format papier, s’inventerait une vie meilleure sur Internet. Même la marque la plus célèbre de la presse, le New York Times, peine à dessiner un modèle. On tablait sur le triomphe de l’ordinateur. La tablette et le téléphone sont en passe de le supplanter. On s’était dit que les libraires indépendants étaient menacés, mais que les chaînes spécialisées, fortes de la notoriété de leur marque et de leur taille, sauraient résister. Borders aux ÉtatsUnis, Virgin et Chapitre en France, Red Group en Australie ont fait faillite. Et qui d’autre à présent ? On pensait que les revues grand
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