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Lorsque la nature parlait aux Egyptiens

De
160 pages

Pourquoi le sphinx de Guizeh représente-t-il un lion à tête humaine ? Que disent réellement les temples d'Abou Simbel, et pour quelle raison Ramsès les a-t-il placés à cet endroit précis ? Comment la Grotte Sacrée de la Vallée des Reines est-elle gardée par une vache et un hippopotame ? Pourquoi le lotus symbolise-t-il la renaissance, et le papyrus le monde des disparus ? Comment le Nil – et son inondation annuelle – a-t-il profondément façonné les mentalités ? Pour comprendre l'esprit de l'ancienne Égypte, il faut tenir compte de l'environnement naturel de ses habitants. L'aridité du désert rocheux, l'apparente monotonie du cycle de son fleuve, et le sol peu généreux furent dominés – et utilisés avec bonheur – par ce peuple attentif au moindre soupir de la nature. Sensible à l'appel du divin, il sut tirer un enseignement profond de tous les signes. Christiane Desroches Noblecourt propose un parcours personnel et passionnant au cœur du système de pensée des Égyptiens. À l'aide de cent cinquante illustrations, elle raconte avec un constant souci de pédagogie comment ces hommes et ces femmes, témoignant d'une grande richesse créatrice, aboutirent à l'élaboration de nombreux mythes à partir d'une nature qui leur " parlait " et qu'ils savaient écouter.


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couverture

PRINCIPAUX ÉCRITS

L’ART ÉGYPTIEN AU MUSÉE DU LOUVRE, Éditions Floury, Paris, 1941.

LE STYLE ÉGYPTIEN, Larousse, 1946. (Plusieurs rééditions ; ouvrage couronné en 1947 par l’Académie des inscriptions et belles-lettres.)

LA RELIGION ÉGYPTIENNE (histoire générale des religions), Aristide Quillet, Paris, 1947. (Réédité en 1960 ; ouvrage couronné par le prix de l’Association France-Égypte.)

LES SCULPTEURS CÉLÈBRES (les Égyptiens du Moyen et du Nouvel Empire), Éditions Mazenod, Paris, 1955.

LES FEMMES CÉLÈBRES, tome I (reines et impératrices ; grandes dames et femmes politiques), Éditions Mazenod, Paris, 1960.

L’EXTRAORDINAIRE AVENTURE AMARNIENNE, Éditions des Deux-Mondes, Paris, 1960.

ÉGYPTE : ART ÉGYPTIEN, Grand Larousse, 1961.

TEMPLES DE NUBIE : DES TRÉSORS MENACÉS, Art et Style, Paris 1961.

L’ART ÉGYPTIEN (« Les neuf muses »), PUF, Paris, 1962. (Traduit en plusieurs langues, réédition prévue.)

PEINTURES DES TOMBEAUX ET DES TEMPLES, Unesco, Paris, 1962. (Édité en plusieurs langues.)

TOUTANKHAMON, VIE ET MORT D’UN PHARAON, Rainbird, Hachette, 1963. Éditions Pygmalion, 1977. (Prix Broquette-Gonin d’histoire de l’Académie française, édité en seize langues.)

TOUTANKHAMON ET SON TEMPS (catalogue de l’exposition au Petit-Palais), Association d’action artistique des Affaires étrangères, Paris, 1967. (Plusieurs éditions.)

LE PETIT TEMPLE D’ABOU SIMBEL (en collaboration avec Ch. Kuentz), CEDAE, Le Caire, 1968, 2 volumes

LE SPÉOS D’EL LESSIYA, EN NUBIE, tomes I et II, CEDAE, Le Caire, 1968.

LE MONDE SAUVE ABOU SIMBEL (étude archéologique des deux temples), Éditions Koska, Vienne, Berlin, 1968. (Édité en trois langues.)

RAMSÈS LE GRAND (catalogue de l’exposition au Grand-Palais) ; ministère des Affaires étrangères et des Affaires culturelles, 1976. (Plusieurs éditions.)

LE DÉPARTEMENT DES ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES. LA CRYPTE DE L’OSIRIS. Miniguides du musée du Louvre. Éditions de la Réunion des Musées nationaux, Paris.

L’UNIVERS DES FORMES, NRF, Paris. (Traduit en plusieurs langues.)

 Le Temps des pyramides (Les arts de transformation), volume I, 1978.

 L’Empire des conquérants (Les arts de transformation), volume II, 1979.

 L’Égypte du crépuscule (Les arts de transformation), volume III, 1980.

UN SIÈCLE DE FOUILLES FRANÇAISES EN ÉGYPTE (exposition au palais de Tokyo), lfao et Réunion des musées nationaux, Imprimerie nationale, 1981.

LA GRAMMAIRE DES FORMES ET DES STYLES (Antiquités : Égypte). Bibliothèque des Arts, Paris, Office du Livre, Fribourg, 1981.

LA MOMIE DE RAMSÈS II (contributions égyptologiques ; histoire du roi – bilan des découvertes), Éditions Recherches sur les civilisations, Paris, 1985.

LA FEMME AU TEMPS DES PHARAONS, Éditions Stock, 1986, Paris (Prix Diane-Potier Boes, de l’Académie française), nouvelle édition illustrée, Éditions Stock, 2000.

LA GRANDE NUBIADE, Stock/Pernoud, 1992, Paris. (Prix Saint-Simon, Prix de l’Académie française, Médaille de vermeil).

L’ÉGYPTE VUE DU CIEL, Éditions La Martinière.

AMOURS ET FUREURS DE LA LOINTAINE, (Clés pour la compréhension de symboles égyptiens), Stock/Pernoud, 1995.

RAMSÈS II, la véritable histoire, Éditions Pygmalion, 1996, Paris.

LE SECRET DES TEMPLES DE NUBIE, Stock/Pernoud, 1999, Paris.

LA REINE MYSTÉRIEUSE, Hatshepsout, Éditions Pygmalion, 2002, Paris.

 

Cette liste ne comprend pas les nombreux articles, recherches scientifiques et rapports de fouilles parus dans les diverses revues et collections spécialisées en archéologie.

Égypte et Nubie égyptienne

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CHRONOLOGIE SUCCINCTE

ÉPOQUE PROTOHISTORIQUE

Période nagadienne vers 4000-3100

Narmer

 

ÉPOQUE THINITE

Ire dynastie (Roi-Serpent) vers 3100-2900

IIe dynastie vers 2900-2700

 

ANCIEN EMPIRE

• IIIe dynastie (Djéser) vers 2700-2620

• IVe dynastie (Snéfrou, Khéops, Képhrèn, Mycérinus) vers 2620-2500

• Ve dynastie (Sahourê, Né-ouser-Rê) vers 2500-2350

• VIe dynastie (Pépi) vers 2350-2200

 

PREMIÈRE PÉRIODE INTERMÉDIAIRE

VIIe-début de la XIe dynastie vers 2200-2060

 

MOYEN EMPIRE

XIe dynastie vers 2060-2010

XIIe dynastie (Sésostris, Amenemhat) vers 2010-1786

 

DEUXIÈME PÉRIODE INTERMÉDIAIRE

XIIIe-XVIIe dynastie vers 1786-1555 (occupation hyksos)

 

NOUVEL EMPIRE

XVIIIe dynastie (Aménophis, Thoutmosis, Hatshepsout, Akhénaton, Tout Ankh Amon, Aÿ, Horemheb) vers 1555-1305

XIXe dynastie (Ramsès, Séthi) vers 1305-1196

XXe dynastie (Ramsès III à XI) vers 1196-1080

 

TROISIÈME PÉRIODE INTERMÉDIAIRE

XXIe dynastie (Héry-Hor) vers 1080-946

XXIIe dynastie (Osorkon) vers 946-720

XXIIIe-XXIVe dynastie vers 792-712

XXVe dynastie (Taharqua, Chabaka) vers 745-655 (intrusion assyrienne)

 

BASSE ÉPOQUE

XXVIe dynastie (Psammétique II) vers 664-525

XXVIIe-XXXe dynastie vers 525-342

Deuxième domination perse vers 342-332 (arrivée d’Alexandre)

 

ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE

332-30 av. J.-C. (Jules César et Cléopâtre VII)

 

ÉPOQUE ROMAINE

30 av. J.-C.-337 ap. J.-C.

 

ÉPOQUE COPTE

337-641

 

ÉPOQUE ARABE

641

Le message universel de la civilisation édifiée par l’Égypte réside dans le respect de l’ordre du monde et des forces qui le régissent.

Introduction

Pour comprendre l’esprit de la vieille Égypte, il faut tenir compte de l’environnement naturel de ses habitants, profondément attachés à leur cadre de vie très particulier. Ils en étaient à la fois les complices volontaires, les serviteurs soumis et les poétiques utilisateurs.

Du sud, arrivait le plus long fleuve du monde. Ses deux rives, modelées par une inondation annuelle depuis des millions d’années, côtoyaient deux zones désertiques à la frange souvent rocheuse. Le Nil aboutissait à un delta au déploiement épanoui comme une tête de papyrus. Ce fleuve et ces deux rives, c’était – c’est encore – toute l’Égypte !

Il semble que, dans l’Antiquité, la mer, où le fleuve-dieu allait disparaître, n’était d’aucun intérêt pour les Égyptiens : ils lui tournaient le dos, orientés vers le sud d’où la miraculeuse Inondation du Nil apportait la vie et la joie à ce pays étrange. Le fleuve, qui coulait au fond d’une vallée quasiment horizontale, était l’unique source nourricière d’un sol sans affluent dans le pays, et qui ne recevait pratiquement aucune pluie.

L’apparente monotonie du cycle annuel, ce sol chichement mesuré, l’aridité du désert rocheux furent dominés – et utilisés avec bonheur – avant même l’épanouissement de la période néolithique, par ces hommes et ces femmes attentifs au moindre soupir de la nature. Sensibles à l’appel du divin, aidés en cela par une imagination débordante, ils surent tirer un enseignement profond de tous les signes, même les plus discrets.

Aussi attribuaient-ils à chaque manifestation de la nature un message déterminé. Le plus étonnant est que, pendant plus de trois mille années, la plupart de ces « messages » perdurèrent, tant ils se trouvaient être intimement liés à la vie quotidienne des Égyptiens.

Il n’est pas question ici d’aborder et d’épuiser tous les signes ayant sollicité la grande sensibilité et l’extraordinaire inspiration des sujets de Pharaon. Nous nous limiterons à l’environnement immédiat d’un peuple satisfait de son sort, décidé à exploiter au maximum les ressources offertes par le Dieu. Ces cultivateurs étaient très profondément attachés à leur sol, si parcimonieusement dispensé, peuplé d’animaux auxquels ils reconnaissaient un rôle significatif, généralement bénéfique.

En revanche, le désert, si proche, était redouté, et les bêtes qui le peuplaient chassées et tuées.

Mon propos n’est pas non plus de traiter de la symbolique primordiale et multiple attribuée au Soleil et à la Lune, ces extraordinaires « yeux célestes ». Ils ont fourni et continuent d’offrir la matière de recherches essentielles depuis que l’égyptologie existe, et ils dominent l’ensemble des études sur le domaine divin dans l’antique Égypte.

Ce livre se limitera à présenter une sélection de phénomènes à partir desquels l’ensemble des Égyptiens, y compris les prêtres savants et les rois, s’efforçaient de saisir et d’expliquer le discours de la nature dans toutes ses manifestations.

Ils procédaient par comparaison ou par association avec d’autres phénomènes ; puis, par voie de conséquence – et selon une rigoureuse méthode logique –, en créant de puissants symboles, grâce à leurs moyens d’expression très originaux, toujours fidèles à une unique exigence : le concret.

Considérons un exemple, exceptionnellement emprunté au domaine solaire, qui provient du résultat d’une recherche que je fus amenée à exposer au Centre national de la recherche scientifique en l’honneur de l’« Année solaire », en juin 1979. Mon but était de démontrer cette « logique » particulière de la pensée égyptienne, son enchaînement, son « système ». On verra comment, par leur perception des grandes lois de la nature et leur réel esprit de synthèse, les habitants de l’Égypte nilotique exprimaient, à l’aide d’une image, parfois composite, une notion puisée dans le domaine de l’abstraction.

Voici les faits. Pendant des dizaines d’années, suivant comme mes collègues l’enseignement de nos maîtres, j’ai désigné par le terme « Soleil centré » la représentation du hiéroglyphe du Soleil, figuré par un cercle parfait marqué en son centre d’un point, sans plus de commentaire.

Le problème a commencé à me taquiner le jour où j’ai regardé avec plus d’attention la façon dont ce Soleil (Rê, Râ) était sculpté dans la pierre et figurait dans la graphie du nom d’un roi de la Ve dynastie dans l’Ancien Empire : Sahourê. Le galbe du signe était très visible et le point du centre apparaissait en saillie comme un véritable « téton ». Je croyais me trouver devant la représentation d’un sein vu de face.

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1. Le Soleil dans le nom du roi Sahourê

Musée de Berlin

Dès la Vdynastie de l’Ancien Empire, l’hiéroglyphe représentant le soleil, et figurant dans l’écriture du nom royal, apparaît orné en son centre d’une petite protubérance. On peut aisément constater ce détail sur l’image du Soleil constituant le premier signe du nom du roi Sahourê, et sculpté dans son « cartouche ». (Ici, le texte se lit de droite à gauche.)

J’en restais à cette impression sans chercher à approfondir la recherche ni à apporter une réponse à mon interrogation, n’ayant pu m’appuyer sur aucun texte comportant une explication convaincante. Bien des années après, je recherchais le « Soleil centré » sur les rares monuments de calcaire du Moyen Empire et sur ceux de la XIXe dynastie – principalement dans le majestueux temple jubilaire de Ramsès II, appelé Ramesseum par notre grand Champollion, mais aussi à Karnak, à Louxor. Sur les inscriptions de granit, utilisée dans la majorité des mentions du nom royal, l’image du « Soleil centré » (Rê, Râ) était rendue avec un relief impressionnant, rappelant la forme un peu moins réaliste datant des premiers temples solaires, sous les souverains de la Ve dynastie. Les signes sont trop « parlants » pour qu’on éprouve le moindre doute devant le galbe du mamelon : il s’agit bien d’un « sein solaire » (on trouve le même signe sur les obélisques de l’époque).

Pourquoi cette juxtaposition du Soleil et d’un sein, rapprochement à première vue dénué de sens, mais sûrement pas sans signification ? On sait qu’entre l’Ancien et le Nouvel Empire, l’expression figurée des grandes croyances et connaissances paraît avoir évolué. Cependant, comme toujours, le fond demeure fidèle à l’enseignement des premiers jours. L’image expressive des vérités essentielles subsiste, quasiment immuable, mais livre très peu d’indices permettant de percer son secret.

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2. Pyramidion d’Amenemhat III

Moyen Empire. Musée du Caire

Le pyramidion provenant du sommet de la pyramide d’Amenemhat III est taillé dans le granit. Sous un décor hautement prophylactique, apparaît une première inscription constituée du « protocole » abrégé des nom et prénom du roi : « roi du Sud et du Nord, Nimaâtreê, et Fils du Soleil, Amenehat. » Moyen Empire, XIIe dynastie.

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