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De la voiture à l'agriculture urbaine

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De la voiture à l'agriculture urbaine Détroit, ville portuaire de l'État du Michigan (capitale Lansing), a longtemps incarné le capitalisme flamboyant à l'américaine. Des dizaines de milliers d'ouvriers (majoritairement des Noirs des États du sud du pays) sont venus travailler dans les usines de la capitale mondiale de l'automobile, attirés par l' American way oflife, mode de vie à l'américaine. Détroit en a connu des crises, mais la dernière, la crise financière mondiale de 2008, qui a mis au tapis les fleurons de la ville, les Big three (surnom donné aux trois plus grands constructeurs d'automobiles américains, General Motors, Ford et Chrysler), l'a achevée. C'est la déconfiture : bâtiments industriels en ruines, buildings dévastés ou démolis, maisons saisies (cinq fois plus que la moyenne nationale) ou abandonnées, écoles privées d'élèves, magasins fermés, parkings défoncés, terrains en friches, rues désertes... .. Ce qui a fait dire au révérend démocrate Jesse Jackson, le 29 septembre 2010 : « Detroit, Michigan, c'est Ground Zero ». C'est aussi un désert alimentaire, toutes les grandes enseignes de l'alimentation sont parties s'installer ailleurs. On peut trouver quelques denrées dans de rares petites épiceries de coins de rues, dans les stations-service et dans les boutiques de vente d'alcool, mais pas de produits frais, fruits et légumes. Pour s'approvisionner, il faut faire des kilomètres en voiture. Or, un quart de la population n'en possède pas ou plus.
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De la voiture à l'agriculture urbaine

Détroit, ville portuaire de l'État du Michigan (capitale Lansing), a longtemps incarné le capitalisme flamboyant à l'américaine. Des dizaines de milliers d'ouvriers (majoritairement des Noirs des États du sud du pays) sont venus travailler dans les usines de la capitale mondiale de l'automobile, attirés par l' American way oflife, mode de vie à l'américaine. Détroit en a connu des crises, mais la dernière, la crise financière mondiale de 2008, qui a mis au tapis les fleurons de la ville, les Big three (surnom donné aux trois plus grands constructeurs d'automobiles américains, General Motors, Ford et Chrysler), l'a achevée. C'est la déconfiture : bâtiments industriels en ruines, buildings dévastés ou démolis, maisons saisies (cinq fois plus que la moyenne nationale) ou abandonnées, écoles privées d'élèves, magasins fermés, parkings défoncés, terrains en friches, rues désertes... .. Ce qui a fait dire au révérend démocrate Jesse Jackson, le 29 septembre 2010 : « Detroit, Michigan, c'est Ground Zero ». C'est aussi un désert alimentaire, toutes les grandes enseignes de l'alimentation sont parties s'installer ailleurs. On peut trouver quelques denrées dans de rares petites épiceries de coins de rues, dans les stations-service et dans les boutiques de vente d'alcool, mais pas de produits frais, fruits et légumes. Pour s'approvisionner, il faut faire des kilomètres en voiture. Or, un quart de la population n'en possède pas ou plus. Quant aux transports publics, des lignes entières ont été supprimées et sur celles qui ont survécu la fréquence a diminué. Dans la ville sinistrée, le taux de chômage y frise les G Wiciellement, 45 %officieusement (9,6 étant le taux moyen américain). S milliers de familles ont été expulsés faute d'avoir pu faire face aux remboursements de leurs prêts à taux variables. Merci les subprimes (crédits à risques accordés à des ménages qui n'ont pas accès aux crédits classiques).D es maisons -encore debout, non saisies mais invendables- brûlent régulièrement. Moyen expéditif trouvé par des propriétaires pour percevoir la prime d'assurance leur donnant la possibilité de partir s'installer en banlieue. Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et les demandes d'aides alimentaires explosent, jtoutons au sombre tableau la ghettoïsation de quartiers entiers et une criminalité deux fois plus importante que la moyenne nationale, au point que le surnom de la ville « Motor city » (ville moteur) est en passe de devenir « Murder city » (cité du crime). Bref, rien ne va plus à Détroit, peuplée majoritairement d'Afro-américains (plus de 8,5 sur 10).

Plus de 1300surfaces agricoles, essentiellement bio, ont poussé ici et là

Pourtant, dans cette ville qui « rétrécit », sa population est passée de 2 millions d'habitants dans les années 1950 à moins de 800 000 aujourd'hui, certains ont retroussé leurs manches. Pour nourrir leur famille ils se sont mis à la culture de fruits et légumes sur leur propre lopin de terre d'abord, puis en squattant des parcelles en friches. Il y a de quoi faire, environ 0 %de la superficie de Détroit sont disponibles, soit à peu près l'équivalent en surface d'une ville comme San Francisco (Californie), ©simple potager à la ferme agricole, en passant par le jardin communautaire, le poulailler, ou la serre, plus de 1 00 surfaces agricoles (80 en 2003), essentiellement bio, ont poussé ici et là. L'expérience a vite intéresse des associations. Comme le Réseau pour la sécurité alimentaire de la communauté noire de Détroit, composé de bénévoles, qui prône l'agriculture urbaine, éduque aux aliments sains, conseille les achats en coopérative, favorise le soutien mutuel et l'action collective, encourage les jeunes à prêter main forte contre quelques dollars prélevés sur une caisse commune à différentes associations et à se lancer dans cette filière. Il y a aussi Urban Farming, créée en 2005 par Taja Sevelle, chanteuse soul originaire de Minneapolis État du Minnesota). Cette organisation, qui gère quelque 500 jardins répartis dans la ville, milite pour un système durable de l'environnement au bénéfice de la communauté. Les jardiniers sont bénévoles, les fruits et légumes sont distribués entre les membres, et plus étonnant, tous ceux qui ont besoin d'aliments frais peuvent venir y remplir leur cabas gratuitement. Il y a encore le collectif Garden Ressources, créé en 2003et regroupant une dizaine d'associations, qui assure la gestion de 800 jardins, dispense des cours de jardinage et distribue des graines à ses adhérents tout au long de l'année pour 10 dollars environ. Il a ouvert un marché aux légumes et produits frais, miel compris, afin de permettre à ses membres d'y écouler leurs récoltes. Citons aussi The Greening of Detroit, la seule jusqu'à présent à employer des permanents, qui attend des bénéfices de ses cultures.

Le saviez-vous ?

Atoïne Laumet de Lamothe Cadillac, aventurier et visionnaire français, a fondé en 1701 le Fort de Pontchartrain, qui deviendra Détroit, du nom de la rivière que la traverse, le restera française jusqu'en 1760.61902, son nom a été donné à la célébrissime marque de voitures produite par General Motors, Cadillac, à l'occasion du bicentenaire de la fondation de la ville. 12001, pour la commémoration du tricentenaire, une statue a été ériqée en son honneur. •

L'activité attire la convoitise d'hommes d'affaires nantis

Grâce à cette nouvelle activité économique, chaque année quelque 150 tonnes de produits frais arrivent dans les assiettes des citadins, ce qui représente le quart de la consommation locale. Elle participe aussi à sortir les habitants de leur isolement, à leur donner une nouvelle chance et à recréer de la solidarité entre voisins tout en améliorant leur cadre de vie. Reste qu'elle est tolérée par la municipalité qui délivre aux particuliers des permis d'un an, renouvelables. Mais la donne pourrait bien changer L'activité attire la convoitise d'hommes d'affaires nantis, comme John Hantz, un enfant de Détroit qui a fait fortune 100 millions de dollars) dans la finance. Il serait prêt à investir 0 millions de dollars de sa poche pour implanter la plus grande ferme urbaine commerciale au monde 4 000 hectares), high tech de surcroît. Les discussions sont en cours.

Détroit, ville de la manufacturing belt(ceinture industrielle, ou des usines) jusque dans les années 1970, puis symbole de la la net bè. peinture de la rouille), pourrait bien devenir la green belt( ceintureverte).

Les émeutes de Détroit de juillet 1963 ont été racontées dans deux chansons. Mot Cityisburning de John Lee Hooker, guitariste et chanteur de blues, (reprise par le groupe MC5 et Black Day in July de Gordon Lightfoot, compositeur, chanteur et poète folk canadien.

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