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Ma vie de folie

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"Pourquoi les Musclés ? Il nous fallait un nom. C'est Dorothée qui l'a inventé. Nous portions des T-shirts colorés. Jaune, rose, vert... Nous sommes devenus des Musclés en référence à une publicité qui vendait des jus de fruit à l'époque. Son slogan :" Fruité, c'est plus musclé." Tout s est enchaîné très vite après cela. »

Dans un ouvrage poignant, Bernard Minet revient sur ces années de folie qu il évoque non sans humour mais avec une touche de nostalgie propre à ceux qui ne regrettent rien. Il était temps de raconter cette ambiance magique et électrisante du Club Dorothée et de toutes ses séries et dessins animés (Bioman, Goldorak, Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, et tant d autres, etc.) sans oublier le sitcom Salut les Musclés ou La Croisière Foll Amour, etc.

Avec sincérité et générosité, Bernard Minet dit tout. De son enfance dans les corons jusqu à son arrivée à Paris où il sera admis au Conservatoire national de Musique avant d accompagner Nicole Croisille, Charles Aznavour ou Sheila et bien sûr Mademoiselle Dorothée !


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Ma vie de folieBernard Minet
avec Clarisse Mérigeot



Ma vie de folie
Souvenirs, anecdotes et inédits du Club Dorothée

















DÉJÀ PARU CHEZ MAREUIL ÉDITIONS :

Poulidor par Raymond Poulidor, 2014
Kopa, par Raymond Kopa, 2014
Poulidor Intime, 2014











Tous droits réservés. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par
quelque procédé que ce soit est interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.

ISBN : 978-2-37254-014-8

Pour vous tenir informé des prochaines publications de Mareuil Éditions, contactez :
louis.demareuil@yahoo.fr

© Mareuil Éditions, 2015Au ciel,
À Annie,
À Marie et à Mathilde.S O MM A I R E

Préface de Dorothée

Partie I - Mes débuts
Préambule : « S’amuser » à être Bernard Minet
1. On ne badine pas avec l’enfance
2. Batteur à la télé, ma vocation
3. Paris : de la chambre de bonne aux premiers succès
4. Dans le sillage des stars
5. Dorothée ou Aznavour : ma vie bascule

Partie II - Les Musclés, le Club Dorothée & AB Productions
6. Du chanteur anonyme au justicier casqué
7. Les Musclés, bras armé d'Azoulay
8. Salut Les Musclés, premier sitcom français tourné en une journée
9. Bercy : des blagues et des dégâts
10. Oui, les Musclés étaient rock and roll !
11. Club Do : des mercredis de folie !

Partie III - L’après « Club Do » : mon autre vie d’artiste
12. Le Bon Dieu m’a-t-il abandonné ?
13. Comment la communauté gay m’a sauvé ?
14. Moi, vouloir me suicider ?
15. Une nuit avec Bernard Minet
16. Sommes-nous à la fin de la nostalgie Dorothée ?
17. C’est mon humour à moi !
18. Il suffit d’un ou deux excités
19. La « famille ab », une famille comme les autres
20. Les « japoniaiseries » ont vaincu Ségolène
21. Rendez-vous dans quinze ans !

Hommages
Témoignages
Annexes
Annexe 1. Discographie complète de Bernard Minet
Annexe 2. Le Club Dorothée. Quelques faits et chiffres
Annexe 3. Les mangas du Club Dorothée. Quelques faits et chiffres

RemerciementsP R É F A C E

La première fois que je l’ai rencontré, il était assis derrière sa batterie. Gérard Salesses et Malik, le guitariste, me l’ont présenté. Ils m’ont dit :
— Voilà Minet.
Je revois la scène. Minet s’est levé avec ses baguettes. Il a précisé :
— Minet, le batteur de Nicole Croisille !
Je me demande même s’il m’a dit bonjour ! Il m’a fait rire. Il avait un petit débardeur, il montrait bien ses muscles. Il avait les sourcils en forme
d’accents circonflexes. C’était en 1982, pendant l’enregistrement d’un album de la collection « Le Jardin des Chansons ». Je commençais tout juste à
chanter, j’étais terrorisée.
À l’époque — vous n’étiez pas nés et moi non plus ! — on appelait « requins de studio » les musiciens qui faisaient le plus de séances. C’étaient des
vedettes, ils étaient peu nombreux. Minet était un bébé requin. Moi, je ne savais pas ce qu’était un studio d’enregistrement. Ils se mettaient tous derrière
leurs instruments, ils « faisaient le son ». Aux Studios de la Grande Armée, Jean-Luc Azoulay, le producteur et cofondateur du groupe AB, disait :
— Aujourd’hui, on fait ça et ça. Il fredonnait une vague mélodie. Les musiciens l’écoutaient, puis disaient :
— C’est bon, on l’a !
C’était aussi simple que cela. Minet était derrière une grande cage de verre. Le compte à rebours était lancé, puis ça partait. Personne n’hésitait.
— Et si je te faisais un « pom pom tchouk ? » disait un musicien.
Un autre répondait :
— Et pourquoi pas « un gling’ » ou « un chting » ?
Je ne comprenais rien à rien. J’enregistrais mes voix seule, tranquille, pour m’épargner toute pression. Les chansons qu’on chante enfant sont simples.
Par exemple, Une Souris Verte . Mais qu’en est-il d’à la Claire Fontaine ? Minet trouvait les comptines compliquées à jouer. Il y avait des mesures à cinq
temps, des mesures à deux temps. Je n’ai compris qu’après coup à quel point il avait raison.
En plus d’être bons, mes musiciens cherchaient la perfection : combien de fois ont-ils dit : « je peux la refaire ? » Ce qui était parfait pour moi ne l’était
jamais pour eux.

Passons des tonnes d’années pour en venir aux concerts et aux répétitions de concerts. Là encore, j’étais à la fois livide et « tomate » : j’avais une de ces
trouilles ! Ils avaient tous joué pour Aznavour, Clayderman, Johnny, Sheila, Higelin, Nicole Croisille. J’avais peur de les planter, de ne pas arriver à faire
ce qu’ils attendaient de moi.
J’ai toujours dit cela. J’ai toujours dit : « Merci aux musiciens de m’avoir acceptée. » Quand nous nous sommes mieux connus, nous étions en osmose.
Minet et moi communiquions par clins d’œil, on se comprenait. J’avais toute une équipe autour de moi et je n’ai jamais privilégié qui que ce soit.
J’avais besoin d’eux, j’étais contente que mes « Musclés » soient là. Tous étaient importants à leur manière. Si j’avais honte de mes ratés à mes débuts,
j’ai pris de l’assurance avec le temps.
Quand je me trompais en plein spectacle −1, 2, 3, mauvaise foi !−, je disais aux enfants :
— Ce sont eux, qui jouent n’importe quoi ! Je leur demandais de les huer. Je me retournais pour les montrer du doigt, mais le public les aimait trop, ils
restaient muets.
— Faites « boouuuuh » aux Musclés ! J’insistais : ils n’ont pas bien joué !

Après beaucoup d’efforts, je mettais le public de mon côté. C’était mon gag. Je me rappelle d’un matin à Bercy où j’avais tellement le trac que pour les
répétitions, sous ma doudoune, j’avais collé une feuille de papier qui disait : « NON ». On me demandait si j’allais bien. J’ouvrais mon manteau, et la
personne lisait « NON » avant de s’en aller.
Dans le bus des tournées, nous voyagions tous ensemble (danseurs, musiciens). On jouait aux cartes, on riait, on fêtait les anniversaires. Les bêtises que
faisaient mes musiciens leur appartenaient. Ils savaient que je n’aimais pas la grossièreté, ils m’épargnaient donc tout ce qui était graveleux par respect.

J’ai toujours respecté mes musiciens. ça me fait bizarre, de dire « mes » musiciens ! J’ai l’impression de dire « mon dentiste » ou « mon boulanger » ! Je
n’aime pas. Je préfère dire : « les musiciens qui m’accompagnaient » même si la formulation est longue. Ou bien : « les musiciens qui m’ont fait l’honneur
de m’accompagner ». Je les remercie d’avoir supporté ce que je leur ai fait subir. Je les remercie d’avoir toléré mes doutes, mes erreurs. Je ne connaissais pas
le métier, ils me l’ont appris. « On se l’est appris ensemble ».
Minet et moi, nous nous rencontrons aujourd’hui, autour d’une conversation animée dans un café. Pendant les années AB, lui et moi étions ensemble
24 heures sur 24. Est-ce que nous nous connaissons pour autant ? Nous n’avons jamais empiété sur la vie privée de chacun. Il y avait entre nous trop de
respect.

Si je devais trouver un petit défaut à Bernard, je dirais qu’il souffre d’une susceptibilité un peu féminine. Il est hypocondriaque. Par exemple, il
n’aimait pas toujours la nourriture des pays dans lesquels nous étions en tournée. Lorsque nous arrivions en Chine, il ne mangeait que du riz blanc !

Quand il m’agaçait trop, je m’amusais à l’appeler « tarte molle » ou « pov’ pomme ». Le mardi pour les répétitions, tout le monde arrivait au dernier
moment. Je n’étais pas toujours très contente ! Mais j’avoue que j’étais un peu embêtante : je préférais ne pas déjeuner et être à l’heure voire même une
demi-heure en avance !
Minet, je ne l’appelle jamais Bernard. J’ai tellement l’habitude de l’appeler Minet… C’est comme Pat Le Guen : quand les gens l’appellent Patrick, je
suis perdue.
Minet aime dire que je l’ai beaucoup aidé quand il s’est mis à chanter, notamment en mettant l’accent sur la prononciation. Il jouait de la batterie en
chantant, il savait tout faire à la fois.
Comment aurais-je pu lui apporter quoi que ce soit ? Il dit que je lui ai appris à se montrer à la caméra, il se rappelle m’avoir demandé mon avis sur ses
tenues.
J’avais assez d’affection pour lui pour vouloir qu’il ne soit jamais ridiculisé. Parfois, j’avoue que ses choix m’embarrassaient. Je lui disais :
—T’es sûr que tu veux mettre ça, Minet ?
Il protestait avec l’accent ch’ti :
— Ben oui ! ça me plaît !
Je lui disais :
—D’accord… C’est comme tu veux, mon Minet !
Mais trêve d’anecdotes : ça n’est pas mon livre, « c’est son sien » !

Êtes vous prêts à vivre « des moments de folie ? » Pour nous, les années AB ont été merveilleuses. Nous les avons vécues intensément. Comme moi,
Minet les a vues de l’intérieur : plateaux télé, concerts, tournées…
Bienvenue dans l’univers de folie de notre Musclé battant et batteur !PARTIE I



MES DÉBUTSPRÉAMBULE
“ S’AMUSER À ÊTRE BERNARD MINET ”

Je ne serais rien sans Dorothée • Bernard Minet, c’est moi à 80% • Les
meilleures années de la télévision française • Je voulais être prof de musique

Le Club Dorothée fait partie de l’enfance des Français. Les nombreuses questions que
l’on me pose encore aujourd’hui sont là pour en témoigner :
— Pourquoi le Club Dorothée s’est-il arrêté ? C’est à cause de Ségolène Royal, n’est-ce
pas ?
— Pourquoi on vous voit plus à la télévision ?
Il ne se passe pas un jour sans que l’on me demande : « Que fait-elle maintenant,
Dorothée ? Vous avez des nouvelles des autres ? Hilguegue ? Et les Musclés, que
deviennent-ils ? »
Je réponds aux gens comme je peux. Je fais de mon mieux pour leur donner satisfaction.
Mais je ne dis jamais rien. Je m’en tiens toujours à des lieux-communs.

Qui suis-je vraiment ? Je suis d’abord celui qui accompagnait Dorothée, Ariane, Jacky,
Patrick et les autres : « le Minet des Musclés ». Ensuite, je suis celui qui jouait de la batterie
à Bercy et recevait des gifles à la télévision.
Aujourd’hui, je donne des galas dans toute la France, en Suisse et en Belgique, je chante
avec plaisir les titres qui m’ont rendu célèbre.
On me pose toujours les mêmes questions. Un jeune homme que j’ai croisé récemment,
par exemple. Il est brun, il a environ trente ans. Comme si sa vie en dépendait, il veut savoir :
— Dorothée et toi étiez un couple, n’est-ce pas ?
Je lui réponds que non, évidemment, que j’ai la même femme depuis quarante ans mais il
ne se démonte pas pour autant :
— Tu sais, j'aime l’idée que vous auriez pu être mon père et ma mère. C’est vrai que
Dorothée fumait ? Ça, ça m’a traumatisé.

Des jeunes que l’alcool rend un peu excités se laissent quelquefois aller à des propos qui
me laissent sans voix. Un jour, une fille m’a affirmé que les fleurs qu’on offrait à Dorothée à
Bercy étaient jetées dans une benne derrière la scène ! N’importe quoi !
De même, une jeune femme, un autre jour, m’a lancé, l’air écœuré :
— Dorothée n’aime pas les enfants !
Cette fois-ci, la moutarde m’est montée au nez :
— C’est n’importe quoi ! lui dis-je. Comment peut-on sortir de pareilles bêtises ?

Je ne suis pas d’un naturel belliqueux, mais je dois parfois hausser le ton. Une fois la vérité
rétablie, sourire et partage sont à nouveau de rigueur. Tout de même : j’avoue avoir du mal
à comprendre la fascination qu’ont quelques-uns pour les anecdotes un peu graveleuses. Il y
a pourtant une si belle histoire à raconter. Les années 90 ont été fabuleuses ! C'est pourquoi
j'ai décidé d'écrire cet ouvrage.

J’ai l’ambitieux projet d’offrir à ceux qui nous ont regardés ce qu’ils réclament depuis des
années : des anecdotes et des éléments d’information nouveaux sur l’époque qu’ils ont tant
aimée. Pour être sincère envers tout le monde, je me dois de partager des moments de vie
que j’avais gardés pour moi jusqu’ici. Certains − j’en ris maintenant − m’ont parfois rendu la
vie difficile, mettant en péril la fabuleuse galaxie Dorothée !
Que de souvenirs ! Les trajets en bus dont je me suis tant délecté, les plaisanteries que
nous nous faisions sur scène ou dans les chambres d’hôtel lors des tournées. Que dire ausside toutes les critiques injustifiées sur nous comme le livre qu’a publié Ségolène Royal qui
dénonçait ce qu’elle appelait des « japoniaiseries ».

Pourquoi se rappelle-t-on plus de moi que de mes autres camarades des Musclés ?
Comment ai-je tiré mon épingle du jeu ? Je n’ai jamais pensé être mieux qu’un autre
pourtant. Peut-être ai-je toujours laissé paraître une certaine joie de vivre en prenant la vie
du bon côté. On a dit de moi que j’étais petit, charmant. Parfois, on utilisait même
l’adjectif… mignon.
Sans oublier que Dorothée me résumait à mes sourcils en forme d’accents circonflexes !

Je suis Bernard Minet. Je suis « copain » de « millions de copains », « roi de cœur »,
comme la figure du jeu de cartes. Jeu de cartes qu’a même un jour fait imprimer à notre
effigie Jean-Luc Azoulay. Dans les années quatre-vingts, il est arrivé qu’on me confonde
avec Daniel Balavoine. Je reprends d’ailleurs parfois l’un de ses titres sur scène : Je ne suis
pas un héros.

J’ai été chanteur, musicien, acteur. Ce qui est sûr, c’est que je ne serais rien sans
Dorothée ! J’ai toujours essayé d’être un homme professionnellement irréprochable.

Certaines chansons que j’avais à chanter m’ont bouleversé. Et peu importe l’habit de
scène que l’on m’a demandé d’enfiler pour l’occasion. Je pense ici au costume de Bioman.
On s’est souvent moqué de moi à cause des couleurs du costume que l’on désignait comme
« la panoplie du sens interdit » !

Mon histoire est celle d’un enfant qui rêvait d’être batteur à la télévision. Un musicien
qui a beaucoup travaillé pour se retrouver, par une succession de hasards, chez une
animatrice pour enfants dont la notoriété a explosé. Aux yeux des gens, Bernard Wantier −
mon vrai nom − n’existe pas. Je suis Bernard Minet. J’ai joué pour les artistes les plus
célèbres. De Nicole Croisille à Céline Dion en passant par Sheila… J’ai participé aux
tournées mondiales de Monsieur Charles Aznavour et de Richard Clayderman.

Quand j’ai dû choisir, j’ai signé pour le camp de Dorothée sans aucun regret. On me
demande souvent ce que ça fait d’être Bernard Minet. Je n’ai jamais cherché à être ce
personnage que tout le monde connaît. On m’en a fait cadeau.

J’avais la passion du métier de musicien. J’en avais une vision académique : je rêvais d’être
professeur de musique et d’avoir une place de percussionniste dans un grand orchestre
symphonique. Mon destin – je parle aussi de karma − a été différent. De batteur, je suis
devenu membre d’une troupe et, en un claquement de doigts, vedette pour enfants, clown et
aussi comédien.

Dans ce livre, je veux témoigner avec l’humour et l’autodérision qui me caractérisent. Je
suis un soldat du système qui m’a inventé. Je ne le regrette pas une minute puisque Jean-Luc
Azoulay, au cerveau anormalement fécond, a su créer un univers auquel beaucoup d’entre
nous doivent tout.



CHAPITRE 1
ON NE BADINE PAS AVEC L’ENFANCE

Les valeurs du Club Do • La madeleine de Proust des trentenaires • Gardien
du paradis perdu

En me renseignant autour de moi sur ce que les gens attendent d’un livre évoquant le
Club Dorothée, j’ai été surpris par les réactions que j’ai reçues. Aucun détail scabreux, pas
de révélations fracassantes, le rêve doit continuer, m’a-t-on répondu. Il ne faut pas écorcher
le mythe.

Les gens nous aiment avec passion, je leur en suis reconnaissant. Que l’on se rassure, je
n’ai pas de revendication à formuler. Le Club Dorothée est éternel. Je défendrai toujours les
valeurs que l’émission avait pour objectif de transmettre : amour, famille, courage,
combativité, amitié.
On n’a pas besoin d’être trash pour donner dans l’inédit. Même si je m’apprête à raconter
quelques moments de ma vie, j’espère que le lecteur trouvera cette histoire prompte à le
divertir, à le réveiller comme du temps où il était enfant.

Je m’apprête à livrer de gentilles fâcheries, quelques plaisanteries dont j’ai sur le moment
pâti. Par exemple, les fameuses boots à talons que j’aimais − elles me donnaient l’allure d’un
rockeur ! −, ou les coiffures qu’imaginait le coiffeur de Salut Les Musclés…
L’essentiel n’est-il pas d’être heureux et de rire ? Beaucoup d’artistes ont du succès, mais
je crois qu’aucun succès n’est aussi émouvant que celui qui génère une certaine forme de
nostalgie comme celle liée au Club Dorothée. Bisou, photo, câlin, les fans sont demandeurs
d’affection et je m’y prête volontiers. Je vois quelquefois des admirateurs avoir la larme à
l’œil à mon contact, je me dis simplement que j’ai dû être à la hauteur de ce que l’on
attendait de moi.
« Être Bernard Minet », je me rends compte que j’en parle comme d’un rôle que j’aurais
joué. C’est une vocation. J’aime l’idée d’être le bouffon du roi, un amuseur.

J’ai des admirateurs qui forment une petite famille, un autre Club. Ils saluent ma femme
respectueusement, ils veillent à ce que l’ambiance de mes concerts reste bon enfant. Parfois,
l’admiration va loin, très loin même. Une fois je me souviens d’étudiants qui ont arraché un
panneau de signalisation « lieu-dit du Minet », pour le déposer à mes pieds comme une
offrande sacrée. Il est arrivé qu’on fabrique pour moi des costumes en carton, des banderoles
sur lesquelles on avait écrit : « Bernard, on ne t’oublie pas ».

Je dois ce livre aux trentenaires qui ont vénéré le Club Dorothée. Je suis leur madeleine
de Proust. Je fais malgré moi partie de leur histoire. Ils m’associent à des souvenirs
douloureux ou précieux. Tout le monde a une histoire avec le Club Dorothée.

On me demande si je regrette les « années Dorothée ». L’idée est intéressante, quand on y
pense. Être soi-même nostalgique d’une époque dont toute une génération est nostalgique.

Le lecteur ne trouvera donc rien ici qui puisse étancher une curiosité malsaine. Je n’ai rien
à raconter qui soit dégoûtant ou choquant : aucune histoire de coucherie, aucune révélation
morbide sur le monde qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

On ne badine pas avec l’enfance. Le sujet est trop important pour qu’on s’en moque à
dessein.


CHAPITRE 2
BATTEUR À LA TÉLÉ, MA VOCATION

L’enfance dans les corons • Fier d’être ch’ti • La musique, pas le foot ! •
Des casseroles pour première batterie • Les émissions de Guy Lux

Peu de gens savent que je suis un vrai musicien. Mes « années Dorothée » ont fait de moi
un clown. On m’a souvent dit que je n’étais pas comédien, je le conçois, mais qu’on ne
m’enlève pas la musique, mon premier amour, je ne le supporterais pas.

J’ai toujours eu la musique pour passion, aussi loin que je me souvienne. J’ai joué pour de
nombreux artistes. J’ai toujours eu une certaine maîtrise et une technique travaillée.

Le public doit savoir qu’il n’y a jamais eu de playback, ni de bandes ou de voix
enregistrées à aucun des spectacles de Dorothée.

Ma vocation de musicien est née dans le Nord-Pas-de-Calais. J’ai vu le jour à
HéninLiétard, ville aujourd’hui tristement célèbre, devenue Hénin-Beaumont. « In Fait, pas grin
mond’ dote savoir que j’éto ch’ti ! », c’est vrai, peu de gens savent que je suis Ch’ti.

***

Étape un.
Ma vie d’artiste commence à l’âge de neuf ans. J’ignore pourquoi, j’avais décidé de jouer
de la trompette. Je prenais la position, coudes à l’horizontale, tête rentrée dans les épaules.
Je jouais avec mes lèvres. J’ai suivi un an de solfège sans toucher le moindre instrument. Les
musiciens de l’époque ne plaisantaient pas. Ils lisaient leurs partitions dans plusieurs clés et
la majorité jouait même de nombreux instruments. Ma vie de trompettiste a tourné court
quand il a fallu m’acheter une trompette. Comme l’école n’en possédait que deux à prêter et
qu’il n’y en avait pas pour moi, je n’ai jamais pu commencer la trompette, tout simplement.
Du coup, je me suis mis au football par dépit.

Étape deux.
Je me débrouillais pas mal au foot. J’étais petit mais rapide, j’avais une bonne vision du
jeu. Je dribblais comme un fou. Quand il a fallu jouer des matches, en revanche, ce n’était
plus la même chose ! Dans les petites équipes, je m’en sortais grâce aux ratés de mes
adversaires. Dans les équipes de meilleurs niveaux, les joueurs faisaient moins d’erreurs, c’en
était fini. Se « battre pour un ballon » ? Pas pour moi !

Étape trois.
Comme j’étais un garçon sérieux, pour me récompenser, j’ai été nommé enfant de chœur.
Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que je considérais l’église comme le
lieu de ma première mise en scène. J’arrivais avant la messe pour me changer, comme si
j’étais dans une loge. Je préparais l’autel, je me chauffais la voix, c’était la balance. Et quand
la messe commençait, il s’agissait de ma prestation.
J’ai quelques bons souvenirs de cette période. Le curé était sympa mais il ne fallait pas
plaisanter. Quand un enfant parlait, il lui lançait sa barrette (une coiffe de forme carrée) à la
tête. Le chapeau était lourd et le choc douloureux !
Bien qu’habitant dans une cité ouvrière, nous - enfants de travailleurs - traînions dehors,
« in bas dé ch’terril ». Combien de fois ai-je joué dans le charbon ! Mes copains et moi, nous
nous amusions dans la rue, les terrains vagues et les arbres. Dans ma famille, sortir se
méritait. Pas question d’être « un oiseau de la rue », disait Maman. Pour avoir le droit d’allerdehors, il fallait que j’aide dans le jardin ou au poulailler. Tout le monde avait des bêtes,
dans le quartier : des lapins, des poules pour « minger ».
Le fait d’évoluer en bande nous formait à la vie en société. Il y avait chez nous le
cassecou, le filou, le souffre-douleur, le petit chef. Nos parents étaient tous ouvriers. Il fallait se
mettre en valeur et savoir se faire respecter. À cette époque, dans cette petite région minière,
les rapports étaient sains, nous étions des gamins francs et droits.
Nous vivions selon des valeurs de base qu’il était essentiel d’honorer :
— Être polis
— Être travailleurs
— Être honnêtes
— Respecter la loi
— Réfléchir aux conséquences de nos actes avant d’agir
— Respecter la valeur de l’argent, trop difficilement gagné pour être trop vite dépensé.

Nous avions tous le désir de ne jamais nuire à l’honneur de nos familles. On se
construisait des charrettes, on récupérait de vieilles poussettes. Grâce à un bricolage
astucieux, un vélo avait pour nous une durée de vie infinie. On jouait également à un jeu
dangereux appelé « la guise ». « La guise », c’était un genre de baseball, fabrication maison :
du bois de récup’, quelques coups de hache pour biseauter les deux extrémités d’un morceau
qui servait de balle, et puis deux battes. Il y avait deux équipes. La balle (la guise) était
posée au sol. Un copain frappait comme un sourd pour l’envoyer dans le camp voisin.
Un jeu fou que cette guise qui faisait la terreur des passants ! Nous avons longtemps joué
à ce jeu, dans le coron. Je ne sais pas par quel miracle aucun de nous ne s’est crevé un œil.

Arrivons-en aux faits. C’est vers 1966 que commence mon « histoire » telle que l’entend le
lecteur. À ce moment-là, j’installais tous les jours une batterie sur mon bureau. J’avais treize
ans. Je ne sais pas comment cela m’est venu. Beaucoup de batteurs sont passés par-là,
j’imagine. Mes classeurs servaient de toms, ma trousse de cymbale. Paire de ciseaux et
compas cliquetaient sous les coups des stylos qui me servaient de baguettes. À chaque repas,
index dressé, je battais le rythme sur la table de la salle à manger.

J’ai joué ainsi pendant des heures, des semaines, des mois. Quelquefois, je me fabriquais
comme batterie, le modèle « luxe » : casseroles, seaux, marmites… Et je frappais. Je frappais
tout le temps, je frappais partout. Mon père avait toujours rêvé de jouer du tambour dans
une « clique », tambours et clairons. Je pense qu’il a dû vivre ma passion par procuration. Ce
que je sais, c’est qu’il s’est montré avec moi d’une grande générosité.

Un jour, mon père a décrété qu’il me trouverait un professeur de batterie et un
instrument. Papa était plombier-zingueur aux houillères du Nord-Pas-de-Calais. Nous
avions peu de moyens. Il faisait des extras comme serveur pour améliorer l’ordinaire, au
PMU ou dans des bals… Il côtoyait les orchestres qui se produisaient dans la région. C’est
ainsi qu’il a rencontré un batteur retraité : Léon Henndriqqs. Il a dû batailler ferme pour le
convaincre de venir m'enseigner la batterie. Il en avait marre des élèves peu impliqués !
— Allez ! insistait mon père. Viens le voir au moins une fois !
Il n’était pas convaincu. Mon père l’a supplié. Ce monsieur a fini par passer chez moi
pour « m’auditionner ». Je n’avais pas d’instrument, alors mon père a trouvé une batterie
pour cent francs (15 euros). C’était une vieille batterie de jazz-band. J’avais une charley en
mauvais état, un pied de caisse claire bancal, une caisse claire avec des tirants de serrage
énormes. Le matériel étant rudimentaire, pour faire un beat réussi, il fallait correctement
viser entre deux vis. Les cymbales étaient coupées dans une sorte de zinc-tollé qui produisait
un son affreux. Le tout était équipé de peaux. Les changer ou les tendre était un exercice des
plus hasardeux. Pour vous dire, un trou était même prévu dans ma grosse caisse, pour laisser
passer une ampoule. En effet, la chaleur aide à mieux tendre la peau de bête…
J’imagine m’en être sorti correctement, puisque le contact de mon père a décidé de me
« former » ! Il disait me trouver doué : j’ai eu beaucoup de chance, de tomber sur lui pour
démarrer. Batteur ternaire, il a eu l’intelligence de se montrer souple et de m’encourager
vers le binaire, c’est à dire vers l’avenir. Mon prof m’a transmis les « coups » les plus
indispensables : le fla, le ra de 5, le ra de 3, le « Papa-Maman » et son rebond nécessaire à
obtenir un parfait roulement. Il me faisait jouer en même temps que mon tourne-disque sur
des titres comme Lady Madonna des Beatles ou ceux d’Otis Redding en live.

Pour mon professeur de batterie, le meilleur batteur du monde s’appelait Buddy Rich, un
jazzman américain. J’ai eu la chance de le voir jouer à Paris dans les années 70. Quelle
leçon ! Il avait 55 ans et sa technique était incroyable : il faisait littéralement sonner chaque
partie de sa batterie. Il avait ce plan magique, qu’il avait inventé et qu’il était le seul à
maîtriser. Buddy Rich faisait sonner jusqu’au pied de sa charley. Sans être défaitiste, je savais
que je ne pourrais jamais rivaliser. Je me suis alors mis à travailler davantage. Je rêvais de
maîtriser la technique, elle était pour moi un obstacle. Je devais m’en libérer.

Mon prof est venu chez moi pendant plusieurs mois. Je commençais à acquérir une bonne
petite frappe. Ensuite, il m’a envoyé faire du solfège pour maîtriser les percussions.
Il n’y avait pas grand-chose à la télévision pendant mes années d’adolescence. Les
émissions commençaient en début de soirée pour s’arrêter à 23 heures. Je regardais Le
Palmarès des Chansons de Guy Lux, avec le grand orchestre de Raymond Lefèvre. Le batteur
portait un nœud-papillon, il me fascinait. Être à la télévision, accompagner tous les
chanteurs en lisant sa partition, l’instrument bien placé en avant… quel rêve ! Je ne quittais
pas des yeux la batterie, mes oreilles étaient exclusivement tendues vers son jeu.
Il était le batteur à la mode, celui que les vedettes voulaient absolument sur leur disque.

Certains cherchent toute leur vie ce à quoi ils sont destinés. En ce qui me concerne, je ne
me suis pas posé trop de questions. C’était évident : la batterie m’avait conquis. Ma décision
était prise, je voulais être batteur à la télévision.

***

Du côté famille, j’avais une petite sœur. Elle était sympa, ma sœur. Elle m’a souvent
couvert auprès de mes parents. Par exemple, elle ne leur a pas dit que je buvais du vin blanc
en cachette à la maison quand j’avais 13-14 ans ! Pareil pour les cigarettes. Quand j’étais
jeune, j’achetais des « P4 » à 17 centimes de franc, des paquets de 4 cigarettes. J’ai acheté
ensuite des blondes, des cigarettes « Week-End ». Le paquet de 10 était à 90 centimes
(environ 13 centimes d’euro).

Mon père avait les cheveux fins, de petites moustaches. Ma mère était belle. Elle portait
des lunettes, elle sentait bon. Plus jeune, elle a même chanté un peu. Elle a d'ailleurs gagné
des concours de chant.
Maman avait la peau pulpeuse, une peau qu’on aime toucher, la même que celle de ma
femme, la même qu’Hilguegue aussi. Je plaisante bien sûr !
Le dimanche, ma mère nous achetait les ancêtres des M&M’s, les fameux « Treets » que
l’on se partageait avec envie. Le paquet coûtait 20 centimes de franc (3 centimes d’euro),
c’était un luxe exquis. Pour résumer, j’ai eu une jeunesse parfaite et tendre. Je n’ai jamais fait
l’objet de punitions cruelles et je n’ai manqué de rien.

***

Je savais que la musique serait pour moi le moyen de suivre un joli chemin. Apprendre le
solfège ne me faisait pas peur (comme je l’ai fait à l’école municipale de ma ville ou au
conservatoire municipal de Douai). Je n’ai jamais conçu le déchiffrage comme une torture
ni comme un jeu. C’était pour moi un exercice naturel : je ne m’y suis pas consacré parhasard, je savais que j’en ferais mon métier.

Il n’est pas ici question d’argent, mais je rêvais d’avoir une belle vie. J’avais conscience
que je serais « différent », que je n’irais pas à l’usine, que je ne serais pas ouvrier.

Le Bon Dieu m’a fait une fleur en m’empêchant de jouer de la trompette. C’est mon
credo, chaque chose a sa raison d’être. Quand quelque chose capote, une bonne nouvelle
suit forcément. Le monde est bien fait finalement.
De même, aurais-je dû être footballeur ?
Je n’aurais jamais connu ce parcours de vie, je n’aurais pas joué pour Aznavour, Croisille,
Chamfort, Sheila, ni pour Céline Dion, ni pour Dorothée comme je...