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«Voulons- nous un monde d'entrepreneurs ou de financiers ? » Henri GUAINO

4 pages
«Voulons- nous un monde d'entrepreneurs ou de financiers ? » Henri GUAINO Henri Guaino quitte le Fouquet's (il voulait un restaurant pas éloigné de l'Élysée) en regardant la couverture du livre Devenir riche, «Là, c'est trop tard pour moi... Pourtant observez avant, Mazarin ou Richelieu étaient devenus les hommes plus prospères d'Europe. » Autre temps, autres moeurs ? Un regret dans la voix ? « Non pas vraiment ». Le conseiller spécial du président Sarkozy aime trop les idées pour s'occuper du reste. Il a des réponses sur tout. Le niveau de vie des Français : « Il a baissé... Dans les années 70, les profs de droit de la Sorbonne habitaient des appartements haussmanniens dans le quartier latin. Aujourd'hui, ils sont condamnés à vivre en banlieue. Où est le progrès ? » Et ne lui parlez pas de la financiarisation de l'économie. « Avant la crise, 40% des profits des entreprises provenaient de la finance. Et si nous faisons tout pour mettre en place une économie d'entrepreneurs. Il y a une vraie résistance du système financier, politiques français compris. On ne se rend pas compte mais c'est le vrai choix, la finance ou l'entrepreneur. » Si le président a offert en 2007 une chance de rupture au pays, les élites ne l'ont pas forcément poussé dans la bonne direction voire l'ont lâché en rase campagne sur des sujets vitaux tels l'ISF ou le bouclier fiscal. La fameuse « trahison des clercs » qui revient au galop. « Oui mais, sur le bouclier fiscal, la crise est passée par là.
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Henri Guaino quitte le Fouquet's (il voulait un restaurant pas éloigné de l'Élysée) en regardant la couverture du livre Devenir riche, «Là, c'est trop tard pour moi... Pourtant observez avant, Mazarin ou Richelieu étaient devenus les hommes plus prospères d'Europe. »

Autre temps, autres moeurs ? Un regret dans la voix ? « Non pas vraiment ». Le conseiller spécial du président Sarkozy aime trop les idées pour s'occuper du reste. Il a des réponses sur tout. Le niveau de vie des Français : « Il a baissé... Dans les années 70, les profs de droit de la Sorbonne habitaient des appartements haussmanniens dans le quartier latin. Aujourd'hui, ils sont condamnés à vivre en banlieue. Où est le progrès ? » Et ne lui parlez pas de la financiarisation de l'économie. « Avant la crise, 40% des profits des entreprises provenaient de la finance. Et si nous faisons tout pour mettre en place une économie d'entrepreneurs. Il y a une vraie résistance du système financier, politiques français compris. On ne se rend pas compte mais c'est le vrai choix, la finance ou l'entrepreneur. » Si le président a offert en 2007 une chance de rupture au pays, les élites ne l'ont pas forcément poussé dans la bonne direction voire l'ont lâché en rase campagne sur des sujets vitaux tels l'ISF ou le bouclier fiscal. La fameuse « trahison des clercs » qui revient au galop. « Oui mais, sur le bouclier fiscal, la crise est passée par là. Et l'affaire Bettencourt n'a rien arrangé. Et quand j'entendais dire partout dans les médias qu'on donnait 30 millions à l'actionnaire de l'Oréal alors que c'était de l'argent qu'elle avait payé... Il y avait de quoi bouillir. » Sur le grand emprunt, idée de Guaino il voulait 85 milliards, il n'en a eu que 35. «Vous n'imaginez pas la léthargie et les pressions pour le vider de sa substance. C'est pourtant un investissement magnifique porteur d'espoir bien dans la tradition gaullo-colbertiste. Et le cofinancement avec le privé le rend fiable car aucune entreprise ne mettra un euro sur de mauvais projets. Aujourd'hui ceux-ci ont du mal à sortir... pris dans le maelstrom administratif ; le vrai mal français avec la trahison des élites. Je n'ai pas été surpris... Avec Seguin, je les avais déjà vus faire. » Pour le G20, Guaino estime qu'il faut instaurer un droit social et environnemental au même titre que le droit commercial. A propos du printemps arabe, Guaino est inquiet. « Les chefs d'États, Kadhafi compris, surveillaient et contrôlaient les terroristes. Là maintenant, il n'y a plus rien. En Tunisie, c'est la confusion. Personne ne sait qui va organiser les élections et encore moins quelle Constitution appliquer...»

Henri Guaino parle avec fougue. Parfois on dirait Malraux, la poésie en moins. Tout l'intéresse, à l'affût du moindre signe. On comprend que Sarkozy en ait fait son Attali. Pour 2012, il conseille au président de rester calme ; «Au moment où tout s'agite autour de lui, le président doit incarner un pôle de certitudes ». Guaino donne l'impression de ne pas pouvoir être récupéré. Libre arbitre. Un sacré paradoxe pour celui qui passe sa vie à l'Élysée, aux côtés de qui vous savez.

8 mars 2011