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couverture
Claire Rodier

avec la participation de Catherine Portevin

Migrants et réfugiés

Réponse aux indécis, aux inquiets
et aux réticents

 
2016
 
   

Présentation

L’arrivée en grand nombre de réfugiés et de migrants en Europe, après un parcours épuisant, les nombreux morts en Méditerranée, dont celle, très médiatisée, du petit Aylan Kurdi en septembre 2015, ont souvent ému et « bousculé » la population européenne. Toutefois, après les premiers élans de compassion et de solidarité, les inquiétudes et les réticences s’expriment, et de multiples questions émergent : quelle différence entre réfugiés et migrants ? Combien sont-ils en proportion de la population européenne ? Pourquoi cet afflux soudain et va-t-il s’arrêter ? Ne va-t-il pas favoriser le terrorisme ? La France et l’Europe ont-elles la capacité d’accueillir cet afflux de migrants, compte tenu de la crise économique ? Les murs sont-ils utiles ? Faut-il supprimer l’espace Schengen ? Qu’est-ce qu’un hotspot ? Combien coûte la surveillance des frontières ? Ne vaudrait-il pas mieux les aider à rester chez eux ?

C’est pour répondre sans tabou à ces interrogations légitimes, et à bien d’autres, que ce petit livre a été conçu. Présenté sous forme de questions-réponses, il permet de comprendre ce qui se joue pour nos sociétés, notre vision du monde et nos choix politiques face au destin des migrants.

 

Pour en savoir plus…

Les auteures

Claire Rodier, est cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop et juriste au GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés). Elle travaille plus particulièrement sur les politiques européennes d’immigration et d’asile.

Catherine Portevin est journaliste à Philosophie Magazine. Elle a été responsable des hors-séries et a codirigé la rubrique Livres de Télérama.

Collection

Cahiers libres

OUVRAGES DE CLAIRE RODIER

Xénophobie business. À quoi servent les contrôles migratoires, Éditions La Découverte, 2012.

Immigration, fantasmes et réalités. Pour une alternative à la fermeture des frontières, (avec Emmanuel TERRAY, dir.), Éditions La Découverte, 2008.

Copyright

Les revenus nets issus de la vente de cet ouvrage seront versés àl’association Migreurop.

© Éditions La Découverte, Paris, 2016.

 

ISBN numérique : 978-2-7071-9034-5

ISBN papier : 978-2-7071-8956-1

 

Composition numérique : Facompo (Lisieux), Avril 2016.

 

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.

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Introduction

«La question des migrants pourrait bien être le prochain projet européen où nous verrons si nous sommes capables d’agir ensemble », déclarait Angela Merkel, le 16 août 2015. Quelques jours plus tard, la chancelière allemande décidait d’ouvrir les frontières de l’Allemagne aux centaines de milliers de réfugiés, surtout syriens, qui, depuis le début de l’année, se pressaient toujours plus nombreux aux portes de l’Europe. Des migrants arrivaient librement dans les gares en Allemagne, accueillis et applaudis par des citoyens allemands, sous le regard médusé des médias européens et internationaux.

Que s’est-il donc passé ?

Durant l’année 2015, les événements liés à ce qu’on n’appelait pas encore la « crise migratoire » avaient été spectaculaires dans l’horreur. En avril, 1 500 migrants se noient en Méditerranée, en quelques jours, dans une succession de naufrages de leurs embarcations de fortune non loin des côtes italiennes. Un an et demi plus tôt, en octobre 2013, un événement semblable, qui fit 300 victimes, avait été commenté comme la plus grande catastrophe humaine dans l’histoire des migrations en Méditerranée. On pouvait croire qu’elle avait suscité une réelle prise de conscience chez les chefs d’État et gouvernants des institutions européennes. Mais Eurosur*1, un dispositif de surveillance mis en place deux mois plus tard et présenté comme capable d’assurer le sauvetage en mer, s’est avéré impuissant à empêcher des naufrages plus meurtriers encore jusqu’en avril 2015. « Ça ne peut plus durer », déclare, en mai 2015, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne ; le « ça », cette fois, ne désigne pas les flots de migrants qu’il faut empêcher d’entrer, mais les effets dramatiques de la fermeture de la « forteresse Europe ». Ses annonces, sous la forme d’un « agenda européen en matière de migrations », préfigurent les prises de position d’Angela Merkel quelques mois plus tard. L’urgence n’est plus seulement d’organiser la surveillance et le contrôle, elle est aussi d’élaborer une « politique commune d’accueil des réfugiés », qui ne pèse pas uniquement sur les deux pays méditerranéens du Sud, la Grèce et l’Italie, au bord de l’implosion.

Et puis, il y a cette photo du petit Aylan Kurdi, un enfant syrien de trois ans, mort noyé et échoué sur une plage turque, qui fait le tour du monde en quelques heures le mercredi 2 septembre. L’image devient une icône : pourquoi celle-là, à ce moment-là, bouleverse-t-elle la planète alors que de nombreuses autres photos avaient été prises les années précédentes avec d’autres petits Aylan, et, hélas, bien d’autres depuis septembre 2015 ? Le fait est : cette photo dit, elle aussi, que « ça ne peut plus durer ». C’est alors qu’Angela Merkel sidère toute l’Europe par sa décision d’ouvrir les frontières allemandes, son engagement sur l’accueil des réfugiés, sa fermeté à inciter les autres pays membres à faire de même.

L’opinion publique semble soudain convaincue de l’urgence. De nombreuses initiatives, individuelles ou collectives, émergent : hébergement de familles dans des chambres d’amis, collecte de vêtements et d’aide alimentaire, maires se déclarant prêts à prendre en charge dans leur commune des réfugiés, etc. Les « hordes » de migrants sont devenues des individus à part entière, qu’on se doit d’aider.

Depuis, les attentats de Paris en novembre, les agressions durant la nuit du Nouvel An à Cologne, les images des immenses files d’arrivants et cent autres raisons (logiques électorales internes, dissensions européennes, tensions internationales, etc.) semblent avoir refermé toutes les portes et jeté le doute. Opérations militaires de surveillance, dispositifs de tri, conclusion d’accords avec les pays limitrophes de l’Union européenne, notamment la Turquie, pour les inciter à « garder » ou à « reprendre » les migrants que l’Europe ne veut pas accueillir… Tout converge pour que l’éphémère ouverture – des frontières et des esprits – qui s’est dessinée au cours de l’été 2015 se dissipe au profit des logiques de rejet qui caractérisent, depuis de nombreuses années, la politique de l’Union européenne à l’égard des migrants et des réfugiés.

Il n’empêche : c’est de ce moment éphémère – pour nous, moment de vérité – que nous voudrions repartir pour essayer de répondre aux questions qui ont alors fusé, déstabilisant un débat que l’on croyait clos autant que les frontières. Une parole proprement politique, émanant d’un haut responsable, avait été prononcée, qui disait : « On peut et on doit », et soudain, on a pu et on a dû. On a donc eu aussi besoin d’en savoir plus, de comprendre, de croiser les opinions, les lois et les chiffres, de raconter les expériences, de rencontrer des visages, d’aller au-delà de l’émotion – de l’empathie comme de la peur. La porte était étroite et la certitude fragile mais on le sentait : la « question des migrants » était en train de devenir effectivement le cœur du projet politique européen en même temps qu’une forte interrogation citoyenne. Pour y répondre, on ne pouvait se contenter ni des bonnes intentions ni de la traiter comme le « problème des migrants », au même titre que l’immigration est présentée depuis des lustres comme le « problème de l’immigration ».

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