Osons la mixité

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LA MIXITÉ
L'entreprise au féminin / masculin


Changer l'entreprise pour changer la société...


La génération née après les années 1970 n'a pas connu le temps où les femmes étaient l'objet de discrimination et où le sexisme était une attitude banale. Droit à l'avortement, droit de vote, droit à l'exercice d'une activité professionnelle sans l'autorisation de leur mari, les progrès réalisés ont été nombreux mais les différences de statut entre hommes et femmes subsistent dans de nombreux domaines et certains stéréotypes perdurent.
La reconnaissance d'une place à part entière pour les femmes joue un rôle majeur dans celle de l'égalité de toutes les différences. Les progrès dans le domaine du droit des femmes améliorent aussi les droits des hommes. Ainsi, la prise en compte de la parentalité par l'entreprise favorise la présence des hommes dans la sphère privée. Mener une politique en faveur de la diversité, c'est d'abord favoriser la mixité, la parité dans tous les métiers et dans l'ensemble de la hiérarchie. L'entreprise a un rôle majeur à jouer dans cette évolution sociale à venir.



Publié le : jeudi 15 janvier 2015
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EAN13 : 9782810413621
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DU MÊME AUTEUR

Essais

L’ABCdaire des signes et symboles religieux, Flammarion, 2005

Dico des signes et symboles religieux, Actes Sud Junior, 2006

Dieu et l’entreprise, éditions d’Organisation, 2006

Tabous et interdits, Actes Sud, 2007

Pour mieux comprendre les religions, Actes Sud, 2008

La Révolution théoculturelle, Presses de la Renaissance, 2008

La Circoncision. Enquête sur un rite fondateur, Infolio, 2009

Ces femmes martyres de l’intégrisme, Armand Colin, 2010

Les Religions, Eyrolles, 2011

Il était une fois les filles, Mythologie de la différence, Actes Sud, 2011

Réinventons les diversités. Pour un management éthique des différences, éditions First, 2013

Ouvrages collectifs

Management et religions, École de management de Strasbourg, 2012

Entreprise et diversité religieuse. Un management par le dialogue, AFMD, 2013

L’État des entreprises 2014, Dauphine Recherches et Management, éditions de la découverte, 2014

Biographies et romans historiques

Contes pour le troisième millénaire, L’Archer – PUF, 1999

Etemenanki. Le secret de la tour de Babel, Flammarion, 2003

La Prophétesse oubliée, Flammarion, 2004

Flavius Josèphe. Un Juif dans l’Empire romain, Presses de la Renaissance, 2007

Bethsabée. Le secret de la reine de Jérusalem, Presses de la Renaissance, 2008

Le Jumeau du Christ, Presses de la Renaissance, 2010

Moïse. L’homme qui devint un héros, Michel Lafon, 2011

Jésus. La biographie non autorisée, Michel Lafon, 2013

Marie de Magdala, l’apôtre préférée de Jésus, Michel Lafon, 2014

 

 

www.patrickbanon.com

« Les filles apprendront à lire, écrire, compter, les éléments de la morale républicaine, elles seront formées aux travaux manuels de différentes espèces utiles et communes
[… afin de les] préparer aux vertus de la vie domestique… »

Décret de la Convention Nationale
du 7 brumaire an II (28 octobre 1793)

PRÉFACE


Les entreprises sont à la fois une matrice et l’expression des grandes mutations sociétales, les femmes et les hommes vivant, parfois heureusement, parfois difficilement, leurs conséquences concrètes.

Opcalia est aux côtés de tous, entreprises et salarié-e-s, pour les accompagner dans leur réflexion et leur action. Il s’agit non seulement d’apporter les moyens de réagir, mais aussi d’acquérir la capacité d’anticiper ces transformations inédites pour mieux agir.

Dans cet esprit, le conseil d’administration d’Opcalia a souhaité créer et soutenir une collection de livres consacrée aux grands sujets sociétaux. Après l’ouvrage Réinventons les diversités, qui propose un management éthique des différences au sein de l’entreprise, nous poursuivons notre engagement en faveur d’une innovation sociale et sociétale avec ce second ouvrage, Osons la mixité ! L’entreprise au féminin/masculin, écrit par Patrick Banon, expert en systèmes de pensée et en management de la diversité et de la responsabilité sociétale.

Oser la mixité, c’est faire le pari d’un monde plus juste.

 

Une entreprise au féminin/masculin, c’est une entreprise plus éthique, plus performante, animée par un projet collectif. Opcalia, avec toutes ses branches et territoires à respecter, vit la diversité comme une valeur fondamentale, et donc a fortiori la mixité comme une source de progrès social, de développement et de performance pour l’entreprise.

Depuis 2007, le réseau Opcalia accompagne et multiplie les initiatives en faveur d’une politique d’égalité femmes/hommes en entreprise : ainsi Égalia, pour développer la formation des salariées et identifier les conditions optimales de leur évolution professionnelle ; et Cap’Égalité pour informer et sensibiliser les entreprises au nouveau contexte réglementaire, mais aussi les accompagner dans la mise en œuvre de leur plan d’actions. Sans oublier les initiatives territoriales : Équilia en Languedoc-Roussillon ; Formafamme en Rhône-Alpes ; Égalité professionnelle en Île-de-France ; Émilia en PACA… Enfin, Opcalia soutient les initiatives en partenariat conventionné avec la Délégation régionale aux droits des femmes en régions : le projet « Formation professionnelle et Homme/Femme » dans le Nord-Pas-de-Calais, ainsi que l’accompagnement dédié à la mise en œuvre de contrats de mixité en Aquitaine.

 

Aujourd’hui, Opcalia poursuit ses partenariats avec les entreprises, notamment les PME, pour renforcer l’égalité salariale et professionnelle. C’est une question de justice. Certes, depuis quarante ans dans ce domaine, les avancées ont été indéniables, mais les inégalités professionnelles entre femmes et hommes perdurent.

 

Osons la mixité ! me paraît bien plus qu’un simple livre.

 

C’est un appel au ralliement, un guide pour aiguiser la réflexion des managers et fixer les priorités stratégiques de l’entreprise en matière de mixité des métiers et d’égalité professionnelle.

Philippe Huguenin-Génie
Directeur général d’Opcalia

AVANT-PROPOS


Pourquoi oser la mixité ?

« Dans presque toutes les contrées, la cruauté des lois civiles s’est réunie contre les femmes à la cruauté de la nature. »

Denis Diderot

D’ici 2030, près d’un milliard de femmes vont entrer dans le monde de l’entreprise1, dont 95 % issues de régions d’économie émergente. Le féminin joue pour la première fois un rôle actif dans des organisations humaines encore profondément imprégnées de valeurs masculines. La mixité est une révolution pacifique. Mais une révolution tout de même.

Ce fut pour les démocraties sécularisées une course d’obstacles, mais pas une guerre de tranchées. C’est encore pour les sociétés théocratiques forgées par les « traditions des pères » une remise en question de leur propre existence, un défi presque insurmontable sans une véritable refondation du rapport à « l’autre ». Le clivage sexuel ayant probablement précédé le clivage socioculturel2, et le féminin étant considéré par nature le premier étranger du masculin, le principe de mixité est sans doute la rupture la plus profonde qui oppose notre société contemporaine à « l’ancien temps », où l’étrangeté se nourrissait de la différence.

La coexistence des filles et des garçons, habituelle dans l’espace privé, s’étend à l’espace collectif. Puis de l’espace pédagogique à l’espace du travail. Tout groupe humain se distinguant, se construisant et se différenciant au contact d’autrui3, tout le monde ne voit pas ce partage inédit du territoire masculin d’un bon œil. Le poids de l’hétérophobie, la pression du sexisme, la rencontre de l’univers féminin et de l’univers masculin est un choc sociétal. Il y a donc un avant et un après la mixité.

Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau s’inquiétait déjà de l’efféminement du monde tout en démontrant que l’ascendant des femmes sur la société n’était pas un mal en soi. Mais à ses yeux, la place de la femme était à la maison. Le siècle des Lumières aura donc eu ses moments d’ombre. Le concept de mixité se résume à une « promiscuité discriminatoire »4. L’abbé Morellet associe le rôle des femmes dans la société au sucre que l’on ajouterait au café pour en adoucir l’amertume. Selon Grimm, les femmes se résument à être « l’âme et le charme ». Un compliment empoisonné qui réduit les femmes à l’invisibilité sociale et les cantonne à rester la distraction des hommes. Diderot, qui considère que les femmes « veulent savoir, soit pour user, soit pour abuser de tout », rappelle les propos de saint Jérôme pour illustrer sa vision du féminin, dont il plaint le sort : « Adressez-vous aux femmes… parce qu’elles sont ignorantes… parce qu’elles sont légères… parce qu’elles sont têtues. »5 À l’évidence, si la mixité est loin de leurs préoccupations, ils en redoutent déjà l’émergence.

Le terme de mixité n’apparaît qu’au XIXe siècle, porteur de la signification révolutionnaire de « cohabitation en commun ». Il s’agit de la coexistence des deux sexes, une situation inédite alors que même l’intérieur des maisons est divisé en espaces séparés : des fumoirs masculins et des boudoirs féminins. Certes, de tous temps, les femmes et les hommes ont cohabité, mais ils évoluaient dans des sphères différentes avec des rôles différents et des droits différenciés. Nombreux étaient ceux qui s’inquiétaient d’« établir des règles très distinctes de manière que le sexe masculin n’empiète pas sur les attributions du féminin. »6 Avec la diminution du travail agricole traditionnellement partagé, c’est l’urbanisation croissante qui accélérera le rétrécissement de l’espace féminin en le confinant au foyer. En 1816, une ordonnance interdit de réunir filles et garçons dans un même espace d’instruction. En 1833, la loi Guizot organise l’école primaire universelle… pour les garçons. Par manque d’élèves, des filles seront autorisées à accéder à ces classes, mais séparées des garçons par un rideau ! Moins de trente ans plus tard, Julie Daubie est la première femme à obtenir le diplôme du baccalauréat (en 1861). Sept ans plus tard, Marie Brès est la première femme à entreprendre des études de médecine. Le mouvement de la mixité est lent, car il bouscule l’identité sociale ; mais il est irrésistible, car il réveille la conscience de soi.

La mixité femmes hommes n’est pas une coquetterie humaniste. C’est une obligation dictée par l’idéal d’une société en paix. L’universalité ne se résume plus au masculin. Les femmes ne se résument plus à l’intimité des hommes. La mixité ne se résume pas au mélange, dans un même espace d’éducation, de formation ou de travail, des filles et des garçons comme si l’on complétait un puzzle. Il s’agit d’abord de rassembler les composants de l’humanité dans l’espoir de réaliser la plénitude de la société. Ce qui est en jeu, au-delà de la justice, c’est la paix. L’égalité entre femmes et hommes, et la mixité qui l’exprime, est un principe fondateur d’une démocratie sécularisée. Pas un seul état totalitaire, pas une théocratie ne réservent aux femmes un statut réellement égal à celui des hommes. Le statut féminin fait donc office de frontière entre démocratie et totalitarisme. La mixité est un principe de société qui conduit à l’égalité entre les personnes quels que soient leur sexe, leur origine ou leurs particularités. Le concept de diversité et d’interdiction de la discrimination en est la conséquence. L’éducation, les études, la formation professionnelle, les métiers ont désormais une obligation de mixité qui sert de ferment au vivre ensemble.

Jamais les femmes n’ont cessé de travailler. Jamais elles n’ont été oisives. Leur travail a toujours contribué à la dynamique économique de leur société, tout en les maintenant dans la précarité. Alors, aujourd’hui, travailler ne suffit pas à garantir la liberté sociale, juridique et professionnelle des femmes. Pour réussir cet immense bouleversement sociétal, ce n’est pas à la mixité de s’adapter à l’entreprise, mais à l’entreprise et à la société en générale de s’adapter à la mixité. Ne soyons pas embarrassés par notre propre ambition. La mixité n’est pas un ajustement, c’est un projet de société dont les résultats sont fragiles et réversibles à tout moment. Alors que nous alignons lois, réglementations, indignations et satisfactions, le statut des femmes semble parfois reculer. L’indépendance économique des femmes est fragilisée, notamment par les crises financières et les conflits du monde. L’intégrité du corps reste menacée par des sociétés violentes. La liberté de mouvement et de visibilité des femmes, et l’accès des filles à l’éducation sont limités à travers le monde par des traditions archaïques. Par la précarité de leur situation, les femmes sont à la fois les premières sentinelles et les premières victimes de la fragilité des démocraties. La mixité est le révélateur de la santé d’une société. Le statut féminin est le marqueur de l’exigence démocratique d’un pays. Dans les quartiers les plus défavorisés de l’ensemble des pays du monde, la mixité des espaces publics se réduit. Les droits des femmes régressent lorsque la démocratie est déstabilisée. La mixité est l’expression de notre volonté de rompre avec les formes les plus archaïques de l’organisation sociale. Il s’agit d’en finir avec les ghettos qui enfermaient les individus dans un territoire prédéfini en fonction de leurs caractéristiques réelles ou fantasmées. La mixité, c’est notre antidote contre la peur d’un monde globalisé. C’est le remède à nos tentations les plus barbares. C’est un vaccin pour protéger les femmes, comme les hommes, des incertitudes identitaires. Oser la mixité, c’est oser l’éthique. C’est œuvrer pour une société civilisée où la vie privée n’est pas livrée au jugement collectif. C’est lutter contre toutes les formes de ségrégation. La séparation des sexes est bien la matrice de toutes les formes de discrimination. Oser la mixité, c’est entrer dans un monde plus juste, plus intègre et plus intense, dans la plénitude de ses forces.


1. DeAnne Aguirre and Karim Sabbagh, “The Third Billion”, strategy + business, Booz & Company, Summer 2010.

2. Jean-François Chanlat, L’Individu dans l’organisation, Presses de l’université Laval, 2011, pp. 375-377.

3. Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, 1961 ; L’Identité, 1977.

4. Corinne et Martine Chaponnière, La Mixité, des hommes et des femmes, In Folio, Gollion, CH, 2006.

5. Denis Diderot, « Sur les femmes », in Correspondance littéraire de Grimm, 1772.

6. Charles Fourier (1772-1837).

INTRODUCTION


L’humanité change d’ère

« Je crois que la loi ne devrait exclure les femmes d’aucune place. […] Songez qu’il s’agit des droits de la moitié du genre humain. »

Nicolas de Condorcet

Nous vivons sans doute les prémices d’une immense révolution sociale et culturelle. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité – et au moins depuis dix millénaires – des sociétés œuvrent à créer les conditions d’une égalité sociale, juridique et professionnelle entre les femmes et les hommes. Il s’agit ni plus ni moins que d’accueillir dans l’espace public la moitié féminine de l’humanité qui en était exclue depuis toujours. Marginalisé, cantonné à un rôle d’aide, souvent asservi, toujours maintenu dans la sphère privée à l’écart de la vie collective, le féminin a désormais vocation à retrouver un statut symétrique par rapport au masculin. L’humanité jusque-là incomplète aspire à retrouver sa plénitude. C’est donc de la refondation d’un nouveau monde dont il est question.

Jamais une telle innovation sociétale n’a été tentée dans les proportions que nous connaissons. Animée par un esprit de justice – et certainement pas par un esprit de revanche –, cette nouvelle redéfinition de la relation sociale entre femmes et hommes n’est pas une remise en cause de l’identité de chacun, mais une reconnaissance des particularités inhérentes à l’humanité. Leurs différences, inférieures à leurs similarités, sont davantage déterminées par leur socialisation que par des caractéristiques mutuellement exclusives. Il ne s’agit donc pas d’avancées féminines et de reculs masculins, mais de la rencontre du féminin et du masculin dans un espace partagé, de la reconnaissance réciproque de l’autre dans ses différences.

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