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50 ans de relations belgo-congolaises

De
224 pages
A l'occasion d'un colloque "retrospectif et prospectif" sur cinquante ans de relations belgo-congolaises, réunissant une cinquantaine de chercheurs, d'experts et de témoins de l'Histoire, de nationalité belge et congolaise, voici des textes sur la colonisation et la décolonisation du Congo, les relations diplomatiques entre les deux pays, de 1960 à 2010, la coopération.
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50ansde relations
belgo-congolaises
Rétrospective et perspectivesCollectionCinquantenaire
Animée par Henri MOVA Sakanyi et Eddie Tambwe
Avecl’appui techniqueetconceptuelde
CarrefourCongoCulture
Déjàparusdanslacollection :
 Ouvrage collectif, Femmes de tête, femmes d’honneur. Combats
des femmes, d’Afrique et d’ailleurs
 Ouvrage collectif, La RDCongo dans la révolution numérique.
Les enjeux actuels, les défis pour demai n.
 Henri MOVA Sakanyi, Et pourtant… Elle tourne…, pièce de
théâtre.
 AntoineTshitunguKongolo, Visages de Paul Panda Farnana.Sousladirectio nde
HenriMOVASakanyi etEddieTambwe
50ansde relations
belgo-congolaises
Rétrospectiveet perspectives
ActesduColloqueduCinquantenaire
del’indépendancedelaRépubliqueDémocratique
duCongo,17et18juin 2010,Palaisd’Egmont,Bruxelles
Cinquantenaire L’Harmattan-RDC©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-560543
EAN:9782296Sommaire
Introductiongénérale................................................................................... 9
Du cadre général duColloque duCinquantenaire duCongo
EddieTambwe
Premièrepartie
Lesenshistoriqueducolloque
LaplaceetlerôledelaBelgiqueenRDC.................................................13
JanLuykx
Pouréclairer lesgénérations présentesetfutures..................................19
HenriMovaSakanyi
Deuxièmepartie
Delacolonisation àladécolonisation
duCongo
Lesantécédents deladécolonisation (1919-1960)...................................25
Jalons occultés, rendez-vous manqués, promesses non tenues
AntoineTshitunguKongolo
Lapolitiquebelgeàl’égardduCongobelge, de1954à1960................47
JacquesBrassine deLaBuissière
Présence africaineunlieud’Histoireetdedébats....................................51
PierreHouart (+)
Congo1959:L’agonied’unecolonie«modèle».....................................61
MathieuZanaEtambala
7Repèrespourcomprendre ladécolonisationduCongo..........................93
CrispinNganduMualaba
Troisième partie
Lesrelationsdiplomatiques
entreleCongoetlaBelgiquede1960à2010
Belgique–RépubliquedémocratiqueduCongo :
auxsourcesducomplexe belgo-congolais...............................................101
BobKabamba
Entre«souveraineté »et«droitderegard»:
Lescrisesbelgo-congolaises.....................................................................115
NisséNzerekaMughendi
Pourunpartenariatstratégique,dansuneperspective
postcoloniale..............................................................................................129
HenriMovaSakanyi
Quatrièmepartie
Lacoopération
danslesrelations belgo-congolaises
Undemi-siècledecoopérationtechnique belgo-congolaise:
historiqueetbilan.....................................................................................163
AristideMichel
Lacoopération belgo-congolaise audéveloppement.............................177
Cadre, acteurs, enjeux et perspectives
DieudonnéWamuOyatambwe
Décryptage del'économiecongolaiseentre1960et2010......................193
Éclairages sur les désaccords dans la classe politique belge
AndréNyembweMusungaie
Conclusiongénérale..................................................................................219
HenriMovaSakanyi
8Introductiongénérale
Du cadregénéral du Colloque
du Cinquantenaire du Congo
1EDDIE TAMBWE
ACÉLÉBRATION du cinquantenaire de l’indépendance de laLRépublique démocratique du Congo aura été au cœur de la
programmation conjointe (saison 2010-2011) de Carrefour Congo
Culture-institution de communication et de promotion culturelle de
l’Ambassade de la République Démocratique du Congo en Belgique –
et du Centre d’intelligence stratégique et des relations internationales
(CISRI,en sigle).Silescommémorations ducinquantenairepermirent
aux Congolais, du pays et de la diaspora, de reconvoquer–non sans
gravité-l’histoire de cinquante dernières années de leur pays, cet
événement de haute portée historique et symbolique devait également
s’inviter à l’agenda des experts ayant le Congo et la Belgique comme
centred’intérêt.
Pour Carrefour Congo Culture et le Centre d’intelligence
stratégique et des relations internationales, de la critique–au sens
noble du vocable-de cinquante dernières années (bilan), il convenait
1
EddieTambwe, professeur desuniversités,directeur de CarrefourCongo Culture,
chercheurassociéauCISRI.
9d’esquisser une nouvelle perspective (élan), tenant compte de la
singularité des rapports entre les deux pays. De ce double regard –
rétrospectif et prospectif–on en viendrait à esquisser les grandes
lignes d’une nouvelle ambition, dans les relations entre les deux pays,
liés par une histoire si singulière, si complexe mais combien fort
riche !
Carrefour Congo Culture et le Centre d’intelligence stratégique et
des relations internationales ont ainsi organisé, les 17 et 18 juillet
2010, à Bruxelles, dans le cadre prestigieux du Palais d’Egmont, un
colloque qui marquera, par sa thématique et par son ambition, les
annales des relations belgo-congolaises:«50 ans de relations belgo-
congolaises, rétrospectiveetperspectives».
Sous-tendue par l’objectif général de resserrer les liens historiques
entre la Belgique et la RDC, cette rencontre scientifique a réuni, dans
un même élan d’amitié, chercheurs belges et chercheurs congolais,
témoins belges et témoins congolais, experts belges et experts
congolais, tous soucieuxdeposer,avec sérénitéethumilité,lebilande
50ansd’indépendance.Et d’esquisserlesperspectivesd’avenir.
C’est l’occasion pour nous de remercier les partenaires qui ont
rendu ce colloque possible. Il y a, bien sûr, en premier lieu, Monsieur
le Ministre Charles Michel, à l’époque chargé de la Coopération au
Développement: sans son soutien –politique et logistique –ce
colloque n’aurait sans doute jamais eu lieu. De la même manière,
notre gratitude s’adresse à l’Ambassade de la République
Démocratique du Congo à Bruxelles, qui n’a ménagé aucun effort
dansla tenueducolloque.
L’association sans but lucratif de droit belge «Héraclite &
SevenPillars» s’estoccupée,avecardeuretcompétence,delagestion
administrative et organisationnelle-complexe pour un colloque de
cette importance. L’expertise et le dynamisme de son président,
Michel Coomans, ont été pour nous et pour le colloque d’un apport
inestimable.
10PREMIÈREPARTIE
LESENSHISTORIQUEDUCOLLOQUELaplaceetlerôledelaBelgiqueenRDC
1JAN LUYKX
ESUISparticulièrement heureux d’être ici parmi vous pour aborderJles questions de coopération avec un pays qui nous est cher, la
République Démocratique du Congo. Au nom du Ministre Charles
Michel, je remercie donc l’ambassadeur de la RDC en Belgique
d’avoir pris l’initiative de cette conférence ici à Bruxelles en ce mois
de juin 2010 soit presque 50 ans après la proclamation de
l’indépendance.
Au moment où notre principal pays partenaire pour la coopération
au développement, la République Démocratique du Congo, fête le
Cinquantenaire de son indépendance, il me semble en effet opportun
etpertinentnon seulement de revenir sur50ansde relationsentrenos
deux pays mais aussi de se poser la question de la place et du rôle de
la Belgique en RDC. Je voudrais donc revenir avec vous sur quelques
accents et quelques éléments de la politique que le Ministre Michel a
menéen tantqueministredelacoopérationaudéveloppement.Il s’est
personnellement rendu à cinq reprises en RDC en tant que Ministre de
la Coopération. Au-delà du plaisir qu’il a eu à effectuer chacune des
ces visites, il s’agissait avant tout d’affirmer et de concrétiser le fait
quelaRDCestnotrepremierpaysdecoopération.LeMinistreose,de
plus penser, que par certain côté, la politique de coopération qu’il a
menée vis-à-vis de la RDC, constitue un nouveau départ dans nos
1
Chef de cabinet du ministredelaCoopérationau Développement.,au moment du
colloque.
13relations de coopération. Cette politique se base sur un partenariat
ancré dans l’histoire qui unit nos deux peuples, un partenariat où
chacun apporte du sien, un partenariat au bénéfice du peuple
congolais, mais aussi un partenariat basé, sur un dialogue permanent,
franc,ouvertetconstructif, respectueux desinstitutionsdémocratiques
etlégitimesdesdeuxEtats,laRDCetlaBelgique.
De manière générale, des moyens sensiblement plus importants ont
été octroyés à nos pays partenaires en Afrique en général mais en
Afrique centrale et en RDC en particulier. Cela c’est traduit par une
hausse globale des budgets de la coopération mais également par une
augmentation de notre aide structurelle bilatérale. Compte tenu de ces
augmentations notre pays se hisse généralement dans le top 10 des
partenaires techniques et financiers de ces pays, et est dès lors
considéré comme un acteur qui compte. En RDC, notre pays est le
premierdonateurbilatéral.
Depuis sa prise de fonction comme Ministre de la Coopération au
développement le Ministre Michel plaide pour« un dialogue adulte»
entre la Belgique et le Congo, une troisième voie,entre la naïveté et la
polémique. Entre la naïveté qui consisterait à fermer les yeux sur ce
qui ne marche pas au Congo et la polémique, se trouve une voie
médiane. C’est la voie du dialogue adulte entre deux pays souverains
avec une longue histoire commune, entre deux pays qui ont tout
intérêt à continuer à travailler ensemble pour le bien-être de la
populationcongolaiseetbelge.C’estcette voiequ’ilaempruntée.Elle
se traduit par un dialogue politique intense, franc, direct et
respectueux entre des états souverains. Elle se traduit également
comme par une aide au développement importante dont une partie de
l’enveloppe est basée sur des avancées concrètes en terme
démocratiqueetdegouvernance. C’estdanscetespritqu’endécembre
dernier, il a conclu avec son homologue Raymond Tshibanda,
Ministre de la Coopération Régionale et Internationale de la
RépubliqueDémocratiqueduCongo, unnouveauprogrammeindicatif
de coopération pour la période 2010-2013. Ce nouveau programme
augmente les moyens de notre coopération bilatérale à 75M/an avec
une possibilité d’augmenter l’enveloppe à 125 M /an pour les deux
dernières années en fonction d’avancées concrètes dans le domaine de
lagouvernancedémocratiqueetfinancière.
14C’est en effet pour rappeler l’importance de la démocratie et de la
gouvernancepourledéveloppementdelaRDCquenousavonsdécidé
d’inscrire une tranche supplémentaire de 100 M EUR qui pourra être
libérée pour les deux dernières années de notre programme de
Coopération sur base de quatre critères et objectifs fixés de commun
accordaveclegouvernementcongolais.
Outredes budgets en croissance,le rapport qualitéprix de notre
aide reste une préoccupation prioritaire. Les programmes de
coopération quenous avons conclus en 2010y compris en RDC
traduisent concrètement notre volontédemettreenœuvreles
principes d’efficacitédel’aide, le consensus européen sur la division
destâches et la Déclaration de Kinshasa sur l’efficacitédel’aide
dans lessituations de fragilitéou de conflit.LaRDCaeneffet pris
des initiativesremarquées à Accraen2008 sur ce sujet.Notre
coopération en Afriquecentrale seconcentrera sur unnombrelimité
de secteurs.Cechoix ne fut pastoujours aisé tant notrecoopération
était impliquédansungrand nombrededomaines et de secteurs
différents.Mais ce choix était nécessairepour augmenter l’efficacité
et l’impact.L‘aide bilatérale de la Belgique seconcentrera
dorénavantsur troissecteursà savoir,la réhabilitation et l’entretien
des pistes et des bacs (dansune perspectivededésenclavent du
milieurural), l’agricultureet l’éducation.LeProgramme portera
égalementune attention spécifiqueaux questions de gouvernance et
de luttecontrelacorruption. Le gouvernement belge porteeneffet
une grande attention au bon déroulement du processus électoral, au
renforcement de l’Etat,à la bonne gouvernance etune tolérance zéro
vis-à-visdelacorruption.
Dans ce contexte de développement de la gouvernance, de l’état de
droit,deladémocratie,etdesdroitsdel’homme, la sociétécivilejoue
un rôle fondamental. La coopération belge soutient 28 ONG-
programme présentes en RDC. C’est le premier pays de concentration
des ONG belges. En outre nous disposons également de moyens pour
appuyer la société civile locale. Il est important que dans ce contexte
de renforcement de l’état et de la démocratie, les actions de la société
civile évoluent également graduellement d’un rôle de substitution de
l’état pour la fourniture de services publics de base à un rôle de suivi
et d’advocacy de l’action publique du gouvernement. La Belgique
souhaiteappuyerla sociétécivileenRDCdansce sens.
15Je ne pourrais pas ici mentionner tous les éléments importants de
notre coopération. Permettez-moi de soulever certains d’entre eux.
Pour ce qui concerne la lutte contre les violences sexuelles, comme
vous le savez, la Coopération belge a joué un rôle pionnier et
mobilisateur dans la lutte contre ce fléau dévastateur en République
Démocratique du Congo, en soutenant dès 2004 le programme
conjoint (trois agences des Nations Unies, à savoir le Fonds des
Nations unies pour la Population, le Fonds des Nations unies pour
l’Enfance et le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme). Par
ailleurs, la Coopération belge cofinance plusieurs projets initiés par
des ONG belges et locales dans ce domaine. Dans la foulée de la
conférenceinternationale sur la violence sexuelle pendant les conflits
dejuin 2006quiaconduitau "Brussels call for Action ",laBelgiquea
contribué de manière active au maintien de cette problématique sur
l’agenda européen et international, notamment dans le cadre du
Conseil de Sécurité. Compte tenu de la persistance des violences
sexuelles, en particulier en RDC, la Coopération belge y accorde plus
que jamais une priorité sur le plan politique et opérationnel et entend
poursuivre sa contribution à une approche coordonnée et harmonisée
sous le leadership du gouvernement congolais, apportant une réponse
globale aux besoins médicaux, psycho-sociaux, juridiques et de
réinsertion socio-économiquedes victimes.
Dans le cadre du «Plan de stabilisation et de reconstruction de
l’est-RDC» (STAREC) la Belgique appuie activement la mise en
œuvre de la «Comprehensive Strategy on Combatting Sexual
èmeViolence in the DRC», 5 composante de la Stratégie d’Appui de la
Communauté Internationale au programme STAREC et qui fait
également partieintégrantedela«StratégieNationaledeLuttecontre
lesViolencesBasées surleGenre»àhauteurde10MEUR.
L’autre élément que je souhaitais mentionner, c’est les ressources
naturelles, la forêt et la biodiversité. Comme vous le savez une
importante expédition sur la biodiversité en RDC avec l’appui de la
coopération belge, vient d’avoir lieu. Le projet belgo-congolais
Biodiversité Congo 2010, qui vise notamment à actualiser les
connaissances sur la biodiversité naturelle en RDC, s’inscrit non
seulement dans le contexte de l’année sur la biodiversité mais
constitue également un moment fort des célébrations du
Cinquantenairedel’indépendancedelaRDC.
16Le bassin du Congo contient en effet le deuxième plus grand
territoire de forêt dans le monde et héberge une biodiversité unique. A
l’échelle du Monde, cette forêt est la seconde en importance après la
forêt tropicale d’Amazonie. De par sa taille, cette forêt à un impact
important sur le climat de la sous région et bien évidement sur la
pluviométrie. De plus, le fleuve Congo représente une énorme source
d’eau pour cette région, parce qu'il représente non-moins de 25% des
stocksd'eau renouvelablesducontinent.Avec une superficiedeplus 2
millions km2, les forêts tropicales de la RDC représentent presque
50% de la superficie des forêts sur le continent africain. À côté de sa
valeur écologique, les forêts et les rivières du bassin de Congo
représentent aussi une valeur économique très importante pour le
RDC, son développement et la stabilité. La conservation des
écosystèmes dans cette région est d’un intérêt vital pour la
communauté internationale mais joue également un rôle crucial pour
le développement économique de l'état congolais et de sa population.
En effet plus de 40 millions de Congolais sont dépendant de cette
biodiversité pour leur subsistance. Or ces richesses naturelles courent
aujourd’hui un important danger. Ces éco systèmes sont menacés
notammentparladéforestation.
La coopération belge et ses partenaires sont depuis des années
actifs dans le domaine de la protection des forêts et de la biodiversité
en RDC et a accumulé une grande expertise dans ce domaine.Ces
différents appuis rappellent, si besoin en était, que le Congo reste un
pays important pour la Belgique. Ce pays détermine dans une large
mesure le sort de la région des Grands Lacs, voire de l’Afrique. Cette
région, et par extension l'Afrique, continue à faire face à de sérieux
défis: manque de bonne gouvernance, corruption, respect pour les
Droits de l'Homme, pauvreté criante. Cette région a toutefois aussi un
potentielimportantquenousdevonsfaciliteràexploiter.
Cette relation bilatérale s’intègre dans une relation plus large entre
l'Europe et l’Afrique, basée sur le critère le plus durable des relations
internationalesqui soit,à savoir laproximitégéographique.Le sortde
l’Europe et de l’Afrique sont indubitablement liés. L’apparition
conjoncturelle de«nouveaux acteurs» sur la scène ne change rien à
cet état de fait. L'Europe partagera les fruits des progrès de l’Afrique
ou subira les conséquences négatives de son déclin. Ce sont ces
intérêts communs qui doivent nous guider dans notre action sans
17passion, sans paternalisme, sans naïveté. Et c’est seulement dans la
cadre d’une relation objective basé sur l’intérêt mutuel que la
Belgique pourra contribuer de manière utile à apporter des solutions
aux nombreux problèmes auquel le Congo fait face. La visite du Roi
Albert II à Kinshasa à la fin de ce mois, cinquante ans après le Roi
Baudouin, pour les célébrations de l’indépendance de la RDC est un
nouveau gage de notre amitié et constituera indéniablement un
momentfortdansles relationsentrenosdeuxpays.
18Pouréclairerlesgénérations
présentesetfutures
1HENRI MOVA SAKANYI
OTRE JOIE est incommensurable en procédant à l’ouverture de ceNcolloque scientifique. Il rentre dans le cadre général des
festivités célébrant le cinquantième anniversaire de l’avènement de la
République Démocratique du Congo à sa souveraineté dans le concert
des Nations. En effet, il y a cinquante ans un acte glorieux et noble
porta le Congo sur les fonts baptismaux. Au nom du droit des peuples
à disposer d’eux-mêmes, le Congo acquis son autonomie à s’auto-
administreretàdéfinirlibrement sa trajectoire.C’estcetactequenous
saluonsaujourd’huidanslacélébrationde sonjubiléd’or.
S’il est question de liesse populaire, pour rendre hommage aux
pionniers de l’Indépendance, s’il peut également s’agir d’exaltation
des valeurs culturelles et de l’identité reconquises, ce moment-
mémoire propice aux commémorations, requiert de la remémoration.
Celle-ci ne saurait s’engluer inutilement dans les lamentations ou
l’exhumation des vestiges macabres. Sans aller jusqu’à lisser
artificiellement une histoire faite d’heurs et de malheurs, nous
voulons, à travers la science, l’analyse, l’évocation rationnelle et
l’inventaire sans complaisance, mettre en lumière le vécu d’hier pour
en tirer les leçons pour demain. Belges et Congolais, ensemble, ont le
1
Ambassadeur de la RépubliqueDémocratiquedu Congo en Belgique, et professeur
desrelationsinternationales(UniversitédeKinshasa).
19devoir de poser le diagnostic en auscultant leur histoire commune.
Mieux, ils ont l’obligation de proposer un pronostic sur l’avenir de
leurs relations. Ainsi, pour nous, la commémoration prend un sens
particulier: un moment de rencontre entre l’égaiement et la réflexion.
A côté des activités ludiques et festives, le Cinquantenaire se veut un
momentdepensée, unlieudequestionnement surcequifut,cequiest
etcequidevraêtre.
Cette commémoration n’est donc pas une « simple opération
d’ordonnancement du temps». Evoquer l’histoire vise, pour nous,«à
rendre sensibles les liens unissant acteurs et destinataires du geste et à
esquisser leur devenir.» Elle a pour rôle de nouer en gerbe passé et
aveniren transitantparl’instantprésent.Ellenouspermetdemettreen
lumière unedesfacettesdenotreidentiténationale.Lescérémoniesde
cette célébration auront donc un contenu aussi bien festif que réflexif.
Des colloques, des études, des conférences, des livres viendront
agrémenter les festivités du Cinquantenaire. A travers ce Colloque,
nous réalisons undeschaînonsdelachaînecinquantenaire.
Célébrer les figures emblématiques ne suffit pas pour dégager la
quintessenced’unfaithistoriqueaussifortquel’Indépendance.Mettre
en exergue le déroulé, en travelling ou en approfondissement, les
relations belgo-congolaises requiert des esprits outillés. Les
scientifiques, les décideurs et les témoins pourraient tisser un maillage
qui rende encore plus intelligibles les articulations historiques
multidimensionnelles des relations entre le Congo et la Belgique. En
scrutant ensemble les faits du passé, les aspirations et les espérances,
nous pourrons aider à l’amélioration des relations belgo-congolaises.
En articulant fortement le champ d’expérience que représentent le
passé et l’horizon d’attente que symbolise le futur, il y a fort à parier
que le Cinquantenaire soit un moment d’interrogation autant pour les
Belges que pour les Congolais. Le devoir de mémoire que nous
espérons coupler au droit d’oubli nous permettra malgré tout de nous
projeter dans un avenir construit parce que voulu. Et la science est la
meilleurelumièrequipuisseéclairerlesgénérationsprésentesetcelles
à venir. Elle, au moins, peut conjurer le mauvais esprit qui fait que
certains passés ne passent pas. Pour que le passé passe effectivement
une lecture lucide de l’histoire aidée par les balises et les canons
scientifiques, est la voie royale d’une réconciliation avec notre
itinéraire commun. Malgré quelques malaises dans les
20commémorations, ne laissons pas toute la place à la désaffection dans
les thématiquesdelamémoire.
Ce n’est donc pas la des commémorations qui nous oblige à une
pause dans notre marche fatigante. Il s’agit plutôt de revendications
mémorielles et la perspective qui créent le chaînage et l’enchaînement
Passé-Présent-Futur. Au moment où l’histoire s’efface, le risque d’en
revivre les déconvenues s’accroît. Cette célébration met certainement
en exergue une facette du sacré pour les couches populaires. Pour
nous,elle peut servir de substitut dupouvoir tant l’histoire se dérobe à
notre manipulation. Inutile de penser la dramatiser autre mesure. La
seule optique possible est d’avoir le sens de mouvement pour tenter
abstraitement réitérerlesévénements àmettreenexergue.Enfait, tout
fuit, tout s’en va, tout s’évapore. L’œuvre que nous accomplirons en
ce lieu participera à coup sûr à garder les marques de l’histoire. Il faut
donc savoir se souvenir, avec raison et clairvoyance. L’histoire n’est
pas faite de pans épars, mais de liaisons incassables, de mises en
commun, de mise en harmonie d’éléments d’un système qui a comme
laboratoire le patrimoine que nous avons en partage. Revenir à
l’histoire n’est pas simple exercice de nostalgie. L’histoire n’est donc
pas une fixation. Elle n’est pas une focalisation. L’histoire est loin
d’être fixiste car elle est mouvement. L’histoire est protéiforme. C’est
tant mieux. On peut donc en tirer le meilleur et le pire. Mais parce
qu’elle est mouvement, on peut en ressortir les meilleurs
enseignements. Saisir cette dynamique est le propre des peuples
majeurs qui en dégagent une conscience, une maîtrise en vue d’en
profilerledevenir.
Le passé appelle un dépassement. Le passé ne passe que lorsqu’il
convie à un dépassement. Il sert de leçon et instruit les hommes à
rendre moins plausible la bêtise humaine. Il n’y a pas d’avenir
possible sans conscience historique. Ignorer son histoire, c’est
s’exposer à n’en revivre que les aspects rugueux, abrupts et
destructeurs. Mais Belges et Congolais, souvent dans nos relations,
nousavonslaissédégoulinerdes tombereauxdenégativités.L’histoire
nous a donc déterminés négativement au point de ne retenir d’elle que
les soubresauts incapacitants. Pourtant, l’histoire comme surmoi n’est
pas aussi surdéterminante pour aller jusqu’à dissiper le moi. Nous
pouvons donc nous libérer de notre histoire par la connaissance pour
en faire une rampe de lacement des quêtes existentielles de demain.
21Scruter l’horizon n’est pas regarder dans une boule de cristal, c’est
s’inscrire dans la rationalité qui veut que l’avenir ne soit pas surprise,
mais avènement construit d’événements plus ou moins prédictibles.
La prospective qui puise dans la futurologie nous aide à dégager, avec
luciditéet sensdeprojection,des tendanceslourdes, unelamedefond.
Elle nous permet d’ériger des repères pour que les générations à naître
ne tombent pas dans les mêmes travers que celles du passé et du
présent. A travers un regard à la fois rétrospectif et prospectif tout
peut s’éclairer. Il s’agit d’un retour sur l’objet pour en dégager le
minerai pour après l’avoir délesté de gangues obstruantes et
d’oripeaux gênants et alourdissants. En ce lieu, nous sommes réunis
pour produire un « savoir utile» qui éclaire la praxis des praticiens
des relations belgo-congolaises. D’objets, se muer en sujets … d’une
histoire subie à un avenir voulu, en fait objectiver les opérations, les
outils et les tropes de l’histoire qui mènent à un futur radieux en
analysant les conditions sociales de la production de l’histoire et en
interrogeant celles qui présideraient aux destinées des lendemains
meilleurs. Ainsi, une problématique s’impose: pourquoi notre histoire
commune, pourquoi nos relations ont été aussi problématiques?
Quelles sont les voies du possible pourconstruire un avenir en rupture
avec les déclinaisons négatives afin d’instituer des schèmes de
comportement mutuellement avantageux? Il nous appartient de
produire des modèles explicatifs ou, à défaut, de simples grilles de
lecturealternatives.Pourquoinepasproduire une structurecumulative
susceptible d’intégrer les travaux théoriques de plusieurs disciplines
scientifiques surles relationsbelgo-congolaises?
Aux approches empirico-descriptives, associer des
conceptualisations pouvant aller jusqu’à l’extrême. Les relations
belgo-congolaises demeurent encore un terrain en friche qui admet
plusieurs orientations dans l’avenir. Ainsi, et le pire et le meilleur sont
encorepossibles.
22