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Amérique, pétrole, domination : une stratégie globalisée (T.1)

De
266 pages
Le système économique actuel est fondé sur les ressources d'hydrocarbure, qui ont changé le visage du monde. Pour assurer son approvisionnement, l'Occident, à la tête duquel l'Amérique, a édifié des conditions spécialement appropriées. Un univers complexe à l'origine de complots, de coups d'Etat, de révoltes... L'auteur propose ici une étude sur l'histoire du pétrole et son rôle majeur dans le déroulement des événements mondiaux, de sa découverte en 1867 à nos jours : une chronique de la domination américaine sur le monde.
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Amérique, pétrole, domination :
une stratégie globalisée

M. A. Oraizi





Amérique, pétrole, domination :
une stratégie globalisée


Tome I : Buffalo Bill à la conquête de l’or noir

























L’HARMATTAN




Cette édition à tirage confidentiel et « réservé » constitue un texte de
travail. Nous sommes conscients de toutes ses imperfections. Cette base
documentaire servira à poursuivre les études. Merci à tous ceux qui nous
aideront à faire dans quelques années une édition plus définitive.
























© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96285-9
EAN : 9782296962859
À mon père
Hossein Oreizi
Sociologue et historien
Spécialiste de l’Empire mongole
Et de Djalal al-Din R mi (poète persan, fondateur des derviches tournants et
principal interprète du soufisme)











?Amérique, pétrole, domination

« J’ai vu dans le Noir tellement Noirceurs,
Que subitement,
Ma bouche est devenue sèche,
Et,
Mes yeux, mouillés »

Nizami de Gandja (Poète persan, 1140-1209)




















Je tiens particulièrement à remercier Monsieur l’Ingénieur Antoine Duflocq pour ses
supports informatiques qui ont, par ailleurs, duré plusieurs années. Sans son aide
magistrale, ce travail n’aurait pu voir le jour.
viii
Amérique, pétrole, domination

INTRODUCTION

Il y a quarante cinq ans ou bien plus, l’auteur ne se souvient plus, a lu
1plusieurs livres de Pierre Fontaine comme la guerre occulte du pétrole et la guerre
2froide du pétrole , si documentés, toujours d’actualités, et basés sur des vérités
tangibles. Ainsi, intéressé par la géopolitique du pétrole, il y a trente deux ans, il a
3commencé à étudier l’histoire du « pétrole . » Face à son immensité, il a vite
compris que pour l’appréhender, il fallait une équipe pluridisciplinaire afin de
réaliser une encyclopédie, et non une seule note si sobre, comme celle-ci !
En prenant les travaux de Pierre Fontaine, comme la base de cette petite
étude, l’auteur a tenté d’ajouter quelques hypothèses et observations géopolitiques.
Il s’est arrêté à une date précise dans la chronologie : 2005, tout en parlant de
quelques événements ultérieurs à cette date. Ainsi, il a commencé à poser quelques
4 5questions sur l’histoire de « Sa Majesté le Pétrole », ce « Maître du monde », et a
6 7essayé d’apporter des réponses à son épopée , constituée par des Barons avides , et à
8tant de « guerres » aussi bien anciennes que récentes. Durant ces années de travail,
l’auteur a supprimé beaucoup de parties, jugées à ses yeux inutiles, mais, il
additionne surtout qu’il est impossible de déchiffrer le fond des événements et
d’arriver à leurs racines sans observer l’importance du pétrole dans le déroulement
des faits. Nonobstant, cette étude pourrait éclaircir une ou plusieurs choses tout en
sachant toujours qu’il y a une série de facteurs – comme les secrets d’État, de
sociétés ou d’individus – qui empêche à attendre la vérité. La présente étude n’est
donc qu’un ensemble incomplet de documents réunis, et surtout souvent connus par
tous.
e Est-ce que les événements de deux dernières décennies du XX siècle dans la
région du golfe Persique ont eu un caractère déstabilisateur ? Que veulent les États-
Unis ? Comment la Maison-Blanche voit-elle l’avenir du pétrole ? Faut-il croire la
fin de position géostratégique du golfe Persique en raison de trois récentes guerres
9qu’a connu ce pourtour ? Est-ce l’ex-URSS s’intéresse toujours à cette zone ? Est-

1
Pierre Fontaine, La guerre occulte du pétrole, Paris, Dervy, 1949, 223 p.
2La guerre froide du pétrole, Paris, Les Sept Couleurs, 1957. 188 p.
3 L’origine du mot pétrole (ou naphte) vient de naptà d’Avesta perse, d’origine iranienne. Les Arabes et
les Chaldéens l’ont pris et le transformèrent en nafte puisqu’en arabe, il n’y a pas la lettre p mais, sa
remplaçante, f. Puis, les Grecs l’appelèrent naphtha et les latins naphta, puis ce mot fut transformé en
napte en suite en naphte (français), et en anglais petroleum : de petre (pierre) + oleum (huile).
4
Georges Le Fèvre, Sa Majesté le Pétrole, Paris, Hachette, 1950, 255 p.
5 M. Martchenko, Le pétrole : maître du monde, préf. René Théry, Paris, Revue pétrolifère, 1929, 255 p.
6 Essad Bey, L’épopée du pétrole, tr. M. Ténine, préf. R. Schwarz, Paris, Payot, 1934, 316 p.
7 Richard O’Connor, The Oil Barons Men of Greed and Grandeur, Boston, Little Brown, 1972, x + 502 p.
8
François Géré, Pourquoi les guerres ? Un siècle de géopolitique, avec la coll. d’Annie Jafalian et
d’Arnaud Blin, Paris, Larousse, 2002, 191 p.
9 er Les ambitions russes pour le golfe Persique ne date pas d’aujourd’hui mais remonte à Pierre I le Grand.
D. Price, “Moscow and the Persian Gulf”, in Problems of Communism, Washington DC. vol. 28, n°2,
Mars-Apr. 1979, p. 1-13, D. Ross, “Considering Soviet Threats to the Persian Gulf”, in International
Security, vol. 6, n°2, 1981, p. 159-181, R. Stewart, “Soviet Military Intervention in Iran, 1920-1946”, in
Parameters [Journal of the US Army War College], vol. 11, n°4, December 1981, p. 24-34, J. Westwood,
“The Soviet Union on the Southern Sea Route”, in Naval War College Review, 35, n°2, 1982, p. 54-67,
M. Azhary, “The Attitudes of the Superpowers towards the Gulf War”, in International Affairs, vol. 59,
ix
Amérique, pétrole, domination

ce que le golfe Persique a perdu sa place géopolitique, jugé instable surtout avec le
désir affiché de l’Iran de garder son indépendance depuis sa révolution, et l’ambition
10irakienne , ou au contraire est-il devenu plus sensible avec la chute de Saddam
Hussein ? Aurons-nous une stabilité durable dans cette vaste région (Moyen-Orient)
riche en ressources énergétiques ? Où se situe une autre alternative pour assurer
l’approvisionnement de l’Occident en pétrole ? Quels sont les enjeux ? Peut-on
assister à la fin d’une région géostratégique avec la naissance d’un autre dilemme
encore plus important ? Pourquoi y a-t-il tant de guerres, de révoltes, de guérillas,
d’agitations, … là où il y a pétrole ou autres matières premières ? Qui fabrique les
idées révolutionnaires ou contre-révolutionnaires ? Qui les pousse ? Pourquoi tout
d’un coup la rue arabe se manifeste ? Est-ce que la manifestation récente dans les
pays arabes est une véritable révolution comme nous disent quotidiennement les
moyens de communication collectifs ? Ou derrière ces agitations se cachent autres
choses ?
La réponse à celles-ci et d’autres questions relatives dépend des circonstances
du moment et toute situation particulière demande une réflexion approfondie. Une
réponse relative ou une solution alternative se heurte à une série d’obstacles parfois
insurmontables ou difficilement franchissables ! Les obstacles peuvent être
techniques, politiques, juridiques, économiques, mécanique, physique, conceptuels
thermodynamiques, doctrinaux, ou autres. Mais dans le cas du golfe Persique, est-ce
que les obstacles sont plutôt politiques, liés à l’affirmation d’une indépendance
politico-économique par un Iran républicain ou à une rivalité entre plusieurs acteurs
régionaux et/ou mondiaux ? Sont-ils liés au renouveau de la pensée islamiste et/ou
islamique ou tout simplement de l’Islam ? Ou bien sont-ils noués au renforcement
de la Russie ? Ou encore à l’émergence formidable de la Chine ? Est-ce qu’il y a une
rivalité entre les trusts pétroliers ou autres, entre les grandes et moyennes puissances
? Ou peut-être à l’ensemble de cette matrice complexe ? Etc.
Nous tentons d’examiner si la position géostratégique et géopolitique du
golfe Persique pourrait être mise en question par un autre trajet tout en gardant à
l’esprit qu’il y a plusieurs pays pétroliers avec leurs immenses réserves
d’hydrocarbures et que ces pays (comme l’Iran, l’Irak, Koweït) doivent exporter,
d’une quantité non négligeable, leurs pétroles et leurs gaz par cette même voie
maritime, avec une Russie renaissante et une Chine en pleine mutation, toutes les
deux intéressées fortement par ces pays. Si on jette un coup d’œil sur la carte
géographique du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, on constate qu’il y a deux
greniers gigantesques de ressources énergétiques qui se situent d’une part dans le
nord de l’Iran (Caucase, Asie centrale, mer Caspienne) et d’autre part dans le sud de
ce pays (le golfe Persique, et la mer d’Oman). Ceci donne une importance
11géostratégique majeure à ce pays . Déjà Henry Kissinger remarquait à la fin de

n°4, 1983, p. 609-620, K. Dawisha, “Moscow and the Gulf War”, in World Today, vol. 37, n°1, January.
1981, p. 8-15.
10
Ses ambitions étaient multiples : l’acquisition de l’arme atomique, la mainmise sur le pétrole koweïtien,
et la région pétrolière iranienne, être leader dans le monde arabe, avec sa référence préférée Saladin.
11
L’antagonisme est-ouest concernant le golfe Persique irritait l’Amérique, au même titre qu’aujourd’hui.
Dennis Ross, “The Soviet Union and the Persian Gulf”, in Political Science Quarterly, vol. 99, n°4,
Winter 1984-85, p. 615.
x
Amérique, pétrole, domination

1978 que « – l’on ne peut pas considérer ce qui est arrivé en Afghanistan, à Aden,
en Éthiopie et en Angola ni relier d’un trait ces divers pays sans parvenir à
certaines conclusions géopolitiques. – Une ligne tracée à travers ces pays passe
directement par l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis et le détroit
d’Ormuz, le goulet étranglé stratégique par lequel passent 40 % du pétrole du monde
libre, vingt millions de barils par jour, huit cent mille barils à l’heure. Comme un
lion traquant sa proie, les Soviétiques s’approchent de la leur. En 1979, la Lloyd’s de
Londres annonça que les armateurs envoyant des pétroliers par le détroit auraient
12besoin d’une assurance spéciale pour zone de guerre . »
En outre, effectuer une étude sur la politique énergétique demande la prise en
considération de diverses technologies incluant l’accès et l’utilisation du pétrole, du
gaz naturel, du charbon, du nucléaire, de l’hydraulique, de l’énergie solaire, et
géothermique, etc. Remplacer le pétrole, le gaz ou le nucléaire par une autre énergie
alternative n’est ni pour aujourd’hui ni pour demain ni pour après-demain ! Il faut
ensuite ajouter les facteurs économiques et financiers – avec leurs variants
complexes – qui entrent dans des systèmes d’interactions des affaires
internationales, et dans les politiques intérieures et extérieures de chaque État. Cette
matrice devient encore plus alambiquée lorsqu’il faut ajouter les acteurs puissants
13tels que les États-Unis, l’Europe occidentale, le Japon, la Chine , et ceux de la
14guerre froide , l’ex-URSS, les complexes militaro-industriels, les compagnies
pétrolières, les constructeurs d’automobiles, les banques et assurances, etc.
Il est inutile de rappeler que la vie, et le fonctionnement de l’économie sont
entièrement enchaînés au pétrole. Pour comprendre le monde du pétrole, donc les
agitations, les révoltes, les guerres, liées directement ou indirectement à cette
matière vitale, il nous faut avant tout connaître son histoire. Et ce pour plusieurs
raisons : d’abord, les activités humaines, et la vie des peuples en dépendent, surtout,
depuis son application dans les dynamismes économiques : d’un simple panier en
plastique utilisé quotidiennement aux produits ultra sophistiqués en passant par
l’essence, le pétrole domine le monde. Sans cette substance, la vie s’arrête
brusquement. Ensuite, c’est là qu’apparaît le second intérêt d’une étude historique et
contemporaine : elle permet des comparaisons, fait dévoiler les liens qui existent
entre les révolutions, les guerres et la rivalité entre les trusts et les États, et
finalement invite à réfléchir sur les conditions dans lesquelles naissent les nouveaux
États ou changent ou transforment les gouvernements dans le monde là où il y a
pétrole ou autres ressources naturelles, ainsi que les raisons de succès d’un ou d’un
ensemble de trusts, d’un État ou d’une coalition étatique ou de leurs échecs dans une
affaire pétrolifère donnée. Il serait intéressant de signaler qu’un certain nombre
important d’événements parus depuis 1867 dans le monde se ressemblent et ont une
racine commune : le pétrole. Ainsi une étude historique s’avère nécessaire pour

12 Richard Nixon, La vraie guerre, tr. F.-M. Waltkins & G. Casaril, Paris, Albin Michel, 1980, p. 102.
13 David. C. B. Teather & Herbert. S. Yee. (Eds.), China in Transition: Issues and Politics, N.Y., St.
Martin’s Press, 1999, 260 p., Geoffrey Murray, China: The Next Superpower. Dilemmas in Change and
Continuity, N.Y., St. Martin’s Press, 1998, 260 p.
14
Walter Laqueur, “Lost Illusions: The End of the Post-war World?” in Social Research, vol. 42, n°1,
spring 1975, p. 7-19, Walter Lippman, “The Cold War”, in Foreign Affairs, vol. 65, n°4, Spring, 1987, p.
869-884.
xi
Amérique, pétrole, domination

comprendre le système pétrolier des trusts, le sens actuel de l’histoire, l’avenir de
l’humanité, et les différentes crises aussi bien politiques qu’économiques, sociales
que financières.
Soulignons également qu’une étude comparative entre les différentes acteurs
est d’autant plus fructueuse que la période est plus longue et le territoire est plus
vaste, et touche l’ensemble des pays : De la Chine au Maroc, des États-Unis à la
Terre de Feu, de la Sibérie aux îles Kerguelen ou Mac Donald, des îles Malouins
aux îles Bounty en passant par le golfe Persique sur lesquels ont vu des hostilités ou
coexisté diverses sociétés et des régimes politiques différents. Il faut identiquement
souligner que l’histoire du pétrole mérite attention car elle est instructive non
seulement sur le plan sociologique ou historique mais aussi environnemental, et
surtout politique, économique et géostratégique. Car, elle montre la volonté actuelle
de maintenir l’état d’une domination impériale durable, souvent exprimée par les
grandes puissances à la tête desquelles se trouvent les États-Unis. Elle permet
également de comprendre ce système complexe et d’appréhender comment les
rivaux ont pu, par exemple, évincer souvent la France dans les courses pour le
pétrole.
Pour un pays tel que l’Amérique, l’énergie représente une série de
15« valeurs » de base dans la mesure où il y a une relation étroite entre l’édification
des valeurs, l’utilisation de l’énergie, et le développement institutionnel. Dans cette
matrice complexe, une analyse des débats sur la politique de l’énergie se nourrit
également de plusieurs traditions courantes comme celle hamiltonienne et les
perspectives jeffersoniennes dans un système de démarcations des conflits des
valeurs avec les compétences technologiques et dispositions scientifiques
contemporaines, mécaniques militaires, secondées parfois par un euphémisme
linguistique – propagé par les médis, ainsi que les relations entre la croissance, les
limites économiques, et la rareté des ressources naturelles. Les dilemmes des valeurs
16qui résident dans les risques de la vie des « systèmes technologiques » se replacent
dans le système pétrolier et s’impliquent tous pour le libéralisme et l’économie
américains. Par conséquence, la réussite et la prospérité américaine se combinent
avec un ensemble des valeurs, résumé dans le LDC (liberal democratic capitalism),
(Business as usual) et l’indispensable moteur de développement, l’énergie et l’accès
facile et sécurisé aux ressources naturelles. Dans ce contexte, Washington structure
17une combinaison de toutes les doctrines stratégiques , depuis l’antiquité jusqu’à nos

15
Ian Barbour et al, Energy and American Values, N.Y., Praeger Publishers, 1982, xiv + 240 p.
16 Joseph S. Szyliowicz (ed.), Technology and International Affairs, N.Y., Praeger Publishers, 1981, p.
235: “In a pluralistic World increasingly pluralized and complicated by the impact of technology,
problems abound, proliferate, and tend to politicize. Trying to cope with various problems as they come,
in a semi compartmented way and somewhat on an ad hoc basis, might well prove to be an impossible
task, which would only demonstrate that the inchoate World system is incapable of providing the
minimum of stability and order essential for the security, growth, and viability of its various
components.” Voir aussi la troisième partie de ce livre, Technology and the International System, de
Ward Morehouse, qui développe la dichotomie du Nord et du Sud.
17 st
Christopher J. Fettweis, “Sir Halford Mackinder, Geopolitics and Policymaking in the 21 Century”, in
Parameters (US Army War College Quarterly), vol. xxx, Summer 2000, p. 58-71, Steven Metz, “A Wake
stfor Clausewitz: Toward a Philosophy of 21 Century Warfare” in Parameters US Army War College
Quarterly, vol. xxiv, Winter 1994-1995, p. 126-132, Steven D. Stinemetz, “Clausewitz or Khan? The
xii
Amérique, pétrole, domination

jours en remodelant toute forme d’empires [perse (Achéménides), grec (Alexandre
le Grand), romain, chinois (Sun Tsu), britannique, allemand (Clausewitz),
français,…]. En conséquence, la voiture est la personnification de cet ensemble de
valeurs. Elle est une des composantes essentielles de la culture américaine. Dans ce
contexte par exemple, le golfe Persique – une des zones majeures
d’approvisionnement en pétrole – a constitué, et constitue toujours un centre de
préoccupations permanentes pour Washington. Mais, ces préoccupations puis la
mise en œuvre des diverses politiques ont fabriqué une série d’erreurs stratégiques et
tactiques au cours de ces dernières décennies ! Comme disait Kant, dans la Critique
de la raison pure, « c’est le sort ordinaire de la raison humaine dans la spéculation,
de construire son édifice en toute hâte, et de ne songer que plus tard à s’assurer si les
fondements sont solides ». Or, on essaie ici de voir quelques erreurs du passé et du
présent non seulement par Londres ou Washington, par Paris ou Berlin, mais aussi
par les États constituant la zone du Moyen-Orient ou les autres régions pétrolifères
dans le monde !
Depuis Hérodote, il y a des historiens qui écrivent l’histoire et la propagent
dans le monde. Jadis, c’était les récits, les traditions orales, les manuscrits, les
copies. Mais, avec l’imprimerie de Gutenberg, l’affaire est définitivement changée
et couvre désormais le monde. Certains écrivent selon leurs idéologies, d’autres
d’après leurs guises, d’aucuns suivant leurs intérêts (individuels, d’une alliance,
d’un groupe, d’une communauté, d’une nation, d’une coalition). Pourtant, les vrais
historiens – honnêtes – qui cherchent la vérité sont rares, exceptionnels, et leurs
travaux restent éternellement valables. Les autres sont condamnés à disparaître à
jamais. Car, l’histoire a une personnalité singulière : ceux qui sont contre, subissent
sa revanche, ses fouets et ses gifles. Nous sommes tous témoins de ces petits, soi-
disant historiens ou intellectuels, qui tentent de dissimuler la vérité, comme les
négationnistes de la Shoah. Mais, la vérité revient tôt ou tard à la surface comme
remonte un corps noyé. Disons qu’une des spécificités de l’homme est sa tendance à
découvrir la vérité. C’est son essence même, son moteur de vivre. Pour savoir ce qui
se passe aujourd’hui ou va se passer demain ou après demain, il faut connaître ce qui
s’était passé hier ou avant hier. Si quelqu’un, un groupe, ou un pays a commit des
crimes, il va les payer lourdement cher demain. C’est une des caractéristiques de
l’histoire, et de sa nature.
Pourtant, paradoxalement, ces pages que l’auteur a noircies montreront bien
qu’il est profondément septique. Il pense que la vérité arrivera tard puisque les
hommes sont déjà à un stade avancé : voici la destruction de l’homme par l’homme,
et l’anéantissement de la nature par lui. Jadis, les guerres étaient visées pour
conquérir et agrandir un territoire, s’emparer d’une richesse colossale, mais elles ne
couvraient pas un espace si important comme aujourd’hui avec un bilan si lourd de
ruines, d’expulsés, de blessés, de mutilés, de morts, etc. De nos jours, la richesse est

Mongol Method of Military Success”, in Parameters US Army War College Quarterly, vol. xiv, Spring
1984, p. 71-80, Michael Lee Lanning, The Military 100: A Ranking of the Most Influential Military
Leaders of All Time, Secaucus, Carol Pub. Group, 1996, xii + 372 p., Dwight Jon Zimmerman, The Book
of War, N.Y., Tess, 2008, 512 p.
xiii
Amérique, pétrole, domination

intimement liée à la mort, certes comme d’antan, mais largement plus terrible, plus
étendue et dévastatrice !
Dorénavant, l’histoire de l’humanité se divise en deux : une histoire « avant
le pétrole » et une histoire « depuis ». L’histoire de cet avant commence par
eHérodote et s’arrête à sa découverte au XIX siècle, même s’il a y eu la révolution
industrielle. Avant, les guerres – puisque l’histoire ne s’occupe que de ça : depuis
briguer le pouvoir, le garder ou effacer l’adversaire, comment, quand et par quels
moyens, etc., se ressemblent et ont donné naissance à des milliers de livres. Mais,
cet après ou ce depuis en est une autre. Son histoire enregistre largement plus
d’événements, de versements du sang et de complots en tous genres, plus que celle
« avant », donc plus de productions, de recherches : des centaines milliers de livres.
Ce depuis ne peut et ne pourra jamais être comparée avec cet avant. Car, par
exemple, dans le passé, pour chercher un trésor quelconque, entassé dans un palais
ou amassé dans un temple, il fallait une préparation pesante, pénible, coûteuse, et
longue. Il fallait une tuerie laborieuse, aller, avec les moyens rudimentaires à bord,
souvent lourds, dans un temps assez conséquent, pour pouvoir atteindre l’endroit et
dévaster les lieux, certes difficilement et pour brûler les terrains, certes
douloureusement, et tout cela n’était pas garanti de succès d’avance !
Néanmoins, avec le pétrole, tout devient plus facile, c’est grâce à la machine,
l’automate, l’avion furtif, la bombe atomique, les smart bombs, une guerre virtuelle,
les métadiscours politico-militaires, les narrations des conflits, la déshumanisation
des adversaires, etc. La guerre est ainsi devenue un jeu vidéo pour un soldat assis
devant un écran, un produit dérivé du pétrole. L’élimination est vite consommée. Or,
c’est ce même pétrole qui fournit les moyens, l’énergie nécessaire pour une telle
entreprise onéreuse. Puisque le sang des hommes ordinaires ou distingués ne vaut
rien, le pétrole a complètement vidé non seulement le sens de l’humanisme mais
aussi surtout le sens même de l’État. L’État, aujourd’hui, ne signifie guère ! C’est
une fumée, un fantôme, un exhibitionniste sans vie, tigre en papier mâché, secouru
parfois par son Administration pesante ! Puisque les empires pétroliers sont devenus
un État dans l’État. Et les hommes politiques, que font-ils ? Les slogans sont
tous pareils : « Il faut faire… », « Nous sommes issus des Saints et les autres de
Satan ! » Une stratégie globale de communication, assortie d’un mélange du réel, du
faux, du virtuel. Mange-les, disent-ils astucieusement à la masse ! Et celle-ci ? Elle
les suit niaisement, pour ne pas dire bêtement ! Puisque les empires pétroliers
fabriquent l’opinion publique à leurs guises, à leur objectif final, l’usine clé en main,
les prêts-à-porter !
Le contrôle total sur le pétrole par les grandes firmes est une mainmise plus
puissante que n’importe quelle armée ou n’importe quel gouvernement ! Pénétrés
depuis longtemps dans les appareils gouvernementaux à travers la planète, les trusts
préparent les terrains, lancent les guerres. Les idéologies ou les positions politiques,
les revendications territoriales ou les accrochages frontaliers, stimulent l’opinion
publique par un art construit de rhétoriques perfectionnées. Ces événements
aboutissent souvent à la révolte ou à la guerre dans lesquelles les gens, comme disait
Pierre Fontaine, se battent et se donnent à mort tout en croyant à un idéal suprême.
Cet idéal n’existe pas car derrière celui-ci il n’y a que des think-tanks blancs ou
rouges, des firmes multinationales. On leur a fabriqué cet idéal, on les a préparé.
xiv
Amérique, pétrole, domination

Cette masse qui entre en révolte ou en guerre – sans savoir ou connaître qui sont les
manipulateurs, mais par contre elle est bien instrumentalisée, tue, s’entretue et est
18massacrée. Quant aux armées, on les utilise comme un instrument politique , un
bouldozeur géant sans âme mais chaud et brûlant !
Le pétrole crée la guerre et la guerre se gagne par le pétrole. Lord George
Curzon, un des membres du cabinet du gouvernement de Sa Majesté Impérial durant
la Grande guerre déclarait à la Conférence interalliée de pétrole : « Une des choses
les plus étonnantes a été la formidable armée des camions. La cause des Alliés à la
victoire avait flotté sur une vague de pétrole ». Mais, il ne dit pas de quel pétrole il
parlait ! Sans doute son allusion allait vers le pétrole iranien. Entre 1945 et
septembre 1995 : il y a eu 130 conflits majeurs, entraînant directement la mort de
près de 40 millions de personnes. Ces conflits étaient directement ou indirectement
liés au pétrole ou autres matières premières. Alors, il faut avoir l’Oreille cassée
d’Hergé sous les yeux pour que les Tintin comprennent que les Basil Bazaroff
gagnent beaucoup lorsqu’il s’agit d’une guerre pour le pétrole ou autres ressources
naturelles puisqu’ils ont la main dans la main avec les Mr. Petroleum et aidés
surtout par le lumpenprolétariat qui se prend pour intellectuel et assassine devant
l’écran de télévision en direct, avec une grande fierté, certes souffrant d’un
complexe psychologique, assoiffé du sang et en manque d’appréciation, en ébranlant
son arme, et en montrant sa vraie nature criminelle pour commettre un lynchage
ignoble d’un chef, dictateur certes, mais adulé jadis par cette même personne,
comme le cas du colonel Kadhafi. Et quand on en parle, le sponsoring exige l’achat
des faux intellectuels – une délégation –, des naïfs ordinaires, des gens de la rue,
souvent des enfants ou des adolescents pour diaboliser les uns et diviniser les autres,
avec des cameras filmant très bas en évitant le fond – puisqu’il n’y a que quelques
dizaines de personnes pour impressionner les impressionnables ! Cette escroquerie
intellectuelle a toujours permis de préparer le terrain. Puisqu’ils sont chargés de
justifier les injustifiables, de dissimuler la vérité, de propager les mensonges et
apprêtent les opérations de l’épuration du sang, encouragées face aux médias et
applaudies ouvertement par les autres ! Ah, quelles intelligences, quelles analyses
pertinentes présentent ces intellectuels, répète le public ! Ce n’est qu’une action
globale, bien réfléchie d’avance, parfaitement organisée, superbement orchestrée !
19Or, le commerce lucratif veut dire également l’endettement . La
20Souveraineté Permanente sur les Ressources Naturelles n’est qu’un papier chiffon
sans aucune valeur. Et la petite fille et le petit garçon avec sa mère et son père, ou
avec leurs grands-parents lorsqu’ils sont visés par les snipers ou les bombes
intelligentes s’effondrent, morts en étant vidés de leur sang, ils ne sont que des
microbes indigènes jugés d’avance à devoir être éradiqués définitivement ; ces bêtes
qui empestent le monde ! Leurs crimes ? Ils étaient ou sont sur un morceau de terre
pétrolifère, héritage de leurs ancêtres qu’ils veulent exploiter eux-mêmes ! Cela

18 Barry M. Blechman, Stephen S. Kaplan, David K. Hall, Force without War: US Armed Forces as a
Political Instrument, with a foreword. B. K. MacLaury, Washington DC, The Brookings Institution,
1978, xvii + 584 p., voir surtout De la guerre de Clausewitz.
19
Christian Schmidt, « Dépenses militaires, industries d’armement et endettement du Tiers Monde », in
Défense nationale, vol. 40, déc. 1984.
20 Résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée Générale de l’ONU, le 14/12/1962.
xv
Amérique, pétrole, domination

n’est qu’un crime impardonnable ! Et maintenant ? Désormais cette terre ne leur
appartient plus !
Pour arriver à leurs fins, les rois absolutistes du pétrole disposent, dans le
monde, d’un réseau perfectionné de renseignements, d’outils, de moyens
sophistiqués, d’hommes d’action habiles, secondés par leur gouvernement… Même
si un naïf tente simplement de parler d’eux, il est instantanément éliminé ! Ils
veulent, comme disait Pierre Fontaine, que le monde entier soit ignorant de leurs
objectifs, plans, actes, profits. Ils projettent non seulement pour aujourd’hui, mais
aussi surtout pour un avenir lointain là où tout le monde doit être obéissant et ignare.
Sinon, les dictateurs du pétrole le carbonisent. Ces tyrans détestent le
protectionnisme, la culture, l’idéal humain, l’opinion politique propre, la justice,
l’humanité. Ce ne sont, à leurs yeux, que des mots néfastes. Pour eux, le sens du
pays doit être disparu, entraînant l’anéantissement des diversités culturelles ! La
mondialisation n’est qu’un excellent instrument pour réaliser cet objectif.
Vidé du sens, un pays ne devrait être qu’un marché global de toutes sortes de
produits dérivés, y compris l’industrie du sexe ou de la drogue. C’est là justement,
que les États ont déjà perdu leur indépendance, et leurs doctrines stratégiques sont
formulées par les doctrines pétrolières des grandes firmes, puisque l’économie est
entièrement esclave du pétrole. Par ce constat évident, on peut dire que les
pétroliers, comme les autres multinationales, définissent d’abord les mises, dessinent
les périmètres de leur espace d’action, évaluent les acteurs, mettent en exergue des
points essentiels, estiment les enjeux, managent les implications pour le futur et
entrent en action. Sur leurs passages, ils ne laissent aucune chose échapper à leurs
yeux, aussi bien sur le plan théorique que pratique, et tentent au maximum de
21dissimuler leurs opérations. Mais qui sont les conducteurs de ce train ?
La question essentielle est aussi la sécurisation politique, sociale, logistique,
économique, et technologique. Dans telle conjoncture, on assiste à des fusions et
acquisitions. Les firmes se gonflent pour mieux se protéger. La hausse des cours est
donc bénéfique. Elle permet d’ouvrir les nouvelles opportunités, un large horizon,
pour les marchés financiers et l’industrie du recyclage. C’est ainsi que les firmes
pétrolières constituent elles-mêmes des banques-assurances, des sociétés de
recyclage, des médias, etc. Elles étalent ainsi leurs toiles d’araignées partout par
l’augmentation des volumes de capitaux mobilisés sur les marchés financiers.
Ajoutons par exemple qu’un baril de pétrole, équivalant à 158,981 litres, peut
donner 3 179,62 litres d’essence !
Deux États sont particulièrement pétroliers : les États-Unis, et la Grande-
Bretagne. Deux structures étatiques absorbées par les trusts pétroliers. Pour arriver à
leurs fins, les rois du pétrole accomplissent des actes peu catholiques. Et si un État
quelconque élabore un plan pour améliorer le sort de sa nation et résiste à la volonté
des grandes firmes, c’est la guerre. Les firmes sont darwinistes et souvent en guerre
les unes contre les autres. Les vraies guerres pour le pétrole commencent hors des
États-Unis, avec le pétrole iranien et la concession de D’Arcy. Cette affaire fit entrer
les gouvernements américain et britannique dans une guerre sans merci. Si, en 1909,

21 Valerie Marcel & John V. Mitchell, Oil Titans: National Oil Companies in the Middle East,
London/Baltimore, Chatham House/Brookings Institution Press, 2006, x + 322 p.
xvi
Amérique, pétrole, domination

Teddy Roosevelt se félicite pour une dissolution future de Standard et pour
l’application de la loi anti-trust de 1911 approuvée par la Cour suprême américain,
Rockefeller trouve la solution : C’est d’abord la création d’une série de compagnies,
les bébés de Jersey, puis, quelques années plus tard, c’était le partage du butin avec
la Pool Association, pour arriver aujourd’hui à la fusion. Et même si l’évolution
pétrolière a abouti à la participation, puis à la joint-venture, la prise des parts de
capitaux ne signifie pas le partage du gâteau. Ceci a des limites quand il s’agit d’un
immense profit. Chaque firme constitue donc une puissance inimaginable ! Quand
ces puissances s’affrontent, chaque camp dispose de ses propres alliés – banques
d’affaires ou sociétés financières ou d’assurance, groupes de sécurité (militaires ou
paramilitaires privés). Elles disposent non de directions ou directoires mais d’états-
majors. Les dirigeants ne sont pas des PDG mais des commandants en chefs, des
feld-maréchaux, des généraux. Les employés ou cadres ne sont pas des simples
exécutants mais des soldats, caporaux, lieutenants, colonels,… Les offensives ne
manquent pas, comme dans toute guerre, les stratégies s’affirment. Il ne s’agit pas
seulement de conquérir les marchés, mais aussi de développer les bénéfices, de
sauvegarder l’intérêt général de la compagnie, de protéger les acquis, de s’imposer,
de consolider sa position et de dominer les zones. Dans chaque offensive, l’état-
major dispose de cellules de conseillers spéciaux qui préparent les contre-offensives
en utilisant les lobbyings, publicité, propagande, pressions diverses sur la Bourse et
la politique, batailles juridiques internationales, interventions financières, et via le
politique, parfois aussi l’application des sanctions économiques, etc. Les fusions, la
délocalisation, les montages de joint-ventures etc. sont les diverses stratégies
défensives et/ou offensives pour emporter la bataille et toucher la victoire. La sortie
d’un adversaire quelconque du combat sans grande perte, ne veut pas dire la fin de
bataille et des tensions, mais peut être interprétée simplement par une trêve fragile et
sans lendemain ! Il faut donc attendre que quelque part ailleurs, tôt ou tard, un autre
accrochage se manifeste : une matérialisation de volonté de domination !
On peut facilement remarquer les origines pétrolières de la majeure partie des
événements, souvent tragiques et ensanglantés dans le monde. Rappelons nous la
note d’Henry Bérenger, envoyée de Clemenceau, à la veille de la Conférence de
Londres, le matin de ce 15 décembre 1919 : « Celui qui a le pétrole a le pays ». Ou
encore, le secrétaire d’État américain à l’Énergie, Spencer Abraham, déclarait – il y
a très peu de temps – à propos du golfe Persique : « La sécurité énergétique est une
composante essentielle de la sécurité nationale des États-Unis. C’est pourquoi la
puissance militaire est une nécessité de plus en plus importante si on veut protéger
22. » L’histoire du pétrole, – les luttes acharnées entre l’afflux de pétrole de l’étranger
les compagnies et les révoltes populaires dans les pays pétrolifères –, partout
ailleurs, est donc souvent identique. Seulement les acteurs ou héros changent. Les
secrets de gouverner sur ce monde sont certes économiques,… Personne ne veut
gouverner sur un lieu désertique, sans vie et sans ressource. C’est même absurde !
Les gens comme les gouvernements, les compagnies comme les États vont là où il y
a de richesses. Ici, les mots tels que l’humanité, la justice, la démocratie, les droits

22 Gilles Munier, « Le pétrole du golfe Persique convoité par Israël et les États-Unis », in mecanopolis, le
8 février 2009.
xvii
Amérique, pétrole, domination

du peuple à disposer eux-mêmes, etc., ne signifient guère ! C’est une masturbation
intellectuelle, un verbiage de café du commerce ! Ces mots ne sont que des lettres
écrites sur des papiers déjà décomposés, appartenant à une histoire lointaine banale
et non recyclable ! Ici, l’homme ne vaut rien. Sa vie, ce n’est qu’un colifichet, et sa
mort un chiffre ! Quand une guerre éclate, les trusts pétroliers, et les complexes
militaro-industriels se frottent les mains. Pour aller sur les théâtres d’opérations, il
faut des canons, des camions, des jeeps, des chars, des bateaux, des avions, des
navires de guerre, etc. Il y a donc des Zaharoff, des barons de guerre. Leurs usines
d’armement assurent. Pour que ces équipements fonctionnent, il faut du
combustible. Il y a des Deterding, des rois de pétrole. Leurs trusts ravitaillent. Quel
marché formidable ! Voici par exemple les supports américains apportées à l’URSS
durant la Seconde guerre mondiale : 16 millions de tonnes d’équipements
transportés par 2 000 bateaux, 500 000 camions, 10 000 blindés, 30 000
motocyclettes, 3 000 véhicules transportant les canons, 50 locomotives diesel,
2 600 000 tonnes d’essence, etc. Pourvue que la guerre perdure ! Nonobstant, la
guerre touche essentiellement les plus infortunés : les malades, les déçus du sort ou
les oubliés de la vie, les femmes et les enfants, les vieux, les civils. Et, ceux qui
lancent la guerre ? À l’abri, ils se sont confortablement installés dans un fauteuil, un
verre à la main en s’amusant à fond ou … Peu importe ! Par ailleurs, je ne sais pas
s’il y a eu une étude approfondie sur les conséquences des bombardements massifs
et des actions militaires denses, etc., sur le changement climatique.
Les guerres en Afrique, en Asie, ou en Amérique latine n’étaient, et ne sont
pas seulement pour le pétrole, mais aussi pour le diamant, le cuivre, l’uranium, le
23coltan , etc. Ces continents, aux yeux des grandes firmes, doivent rester dans un
24niveau acceptable de développement , pour empêcher qu’un jour l’Afrique ne
devienne un continent uni et rival. La question a été déjà tranchée et résolue par
l’éclatement des territoires et la construction des petits États. Jadis, avant l’ère du
colonialisme, les tribus ne connaissaient ni les frontières ni le sens même de la
nation. Aujourd’hui, ils sont attachés à ces concepts importés. Naguère, le
nationalisme était un mot étranger et hormis de la perception. Aujourd’hui, c’est un
composant politique essentiel, comme partout ailleurs. La convoitise ardente des
trusts pétroliers sur le contient africain a même pu retarder la France dans son
exploitation pétrolière. Les guerres qui ont eu lieu au-delà des mers visaient et visent
aussi le pétrole. Les origines des revendications indépendantistes (différends créés
entre les communautés, ici ou là) doivent être recherchées dans la rivalité des trusts

23 Coltan : Colombite tantalite, un minerai stratégique – utilisé en électronique (téléphones portables), en
aéronautique, etc. – se trouve en Afrique (République du Congo, Ouganda, Rwanda), en Asie
(Afghanistan, Chine), en Amérique (Canada, Brésil) et en Océanie (Australie). Les conflits, en ex-Zaïre,
semblent-ils, d’être étroitement liés à son exploitation. Dominique Dhombres, « Du sang dans les
téléphones portables ? », in Le Monde, 15 déc. 2007 : « Pour confectionner les minuscules circuits
électroniques d’un téléphone portable, il faut un minerai rare, qu’on ne trouve qu’en Australie et au
Congo, le coltan. Y-a-t-il du sang dans nos portables ? C’est la question posée par Patrick Forestier dans
l’enquête diffusée jeudi 13 décembre sur Canal+. Ce journaliste est allé voir comment le coltan était
extrait au Sud Kivu […] ».
24
Par exemple, Pierre Malo se posait cette question : « Que sera Tanger ? Un Hollywood marocain ? Le
Centre des Grands Congrès Internationaux ? Le Deauville de l’Afrique du Nord ? La Genève du
Continent Noir ? » Pierre Malo, Le vrai visage de Tanger, Tanger, Éditions Internationales, 1953, p. 144.
xviii
Amérique, pétrole, domination

pétroliers. Si en Afrique du Nord, la guerre éclata, ce n’était que pour le pétrole. Par
exemple, le 17 juin 1956, avant la nationalisation du canal de Suez par Nasser, Max
Lejeune, alors ministre de la guerre, déclarait à Moreuil : « Les guerres du pétrole
toucheront l’Algérie et les autres endroits dans le monde. Elles sont indépendantes
25des volontés des gouvernements ». Plus tard, les événements du Tchad , du Soudan
ou du Nigeria ne nous contredisent pas.
Les pays producteurs de pétrole n’ont aucun moyen de décision. Ils ne sont
que des instruments des monarques pétroliers. La Grande guerre (1914-1918), la
Seconde guerre mondiale (1939-1945), les guerres d’Indochine (1950-1970), de
Suez 1956, de Six jours de 1967, d’Octobre 1973, Iran-Irak (1980-1988), froide
(1945-1989), en Irak (1991, 2003) ou en Afghanistan (1979, 2001) ou autres ont une
26racine : « violences pour les rentes pétrolières . » C’est une guerre globale et
permanente pour dominer le monde du pétrole. Pour comprendre la raison de chaque
guerre, il faut aussi aller chercher les recherches géologiques, études commerciales,
informations au niveau d’un marché international du pétrole, du diamant, du cuivre,
etc. Aujourd’hui, il n’y a plus que quatre acteurs principaux pétroliers historiques
(US, UK, Fr., ex-URSS) sur la scène internationale : les pays émergents de taille très
27importante (la Chine, le Brésil, l’Inde et Israël). Si la Chine enregistrait , en 1980,
une importation du pétrole de l’ordre de 0,2 %, elle l’a fait, en 2006, de l’ordre de 20
%. Ce pays intervient donc dans le déroulement des événements à travers le monde,
surtout en Afrique. Quant au Japon (ou Corée du Sud) ils ne sont que des acheteurs
conditionnés. En 2008, les cours du pétrole ont été dépassés en dollars constants
leurs niveaux des années 1970. Devant une explosion de la demande, il y a une
raréfaction de l’offre. La demande en croissance constante constitue un phénomène
majeur produisant des tensions (aussi bien entre les trusts pétroliers qu’entre les
pays), des instabilités politiques, des effondrements de gouvernements, des
déclanchement de guerres, des enlèvements, des assassinats et des morts mystérieux.
Devant une telle situation dramatique, il y a toujours, comme d’antan, des risques de
rupture dans la chaîne d’approvisionnements !
Nonobstant, le pétrole a complètement changé le visage du monde. Il a
bouleversé l’économie, révolutionné les modes de vie, transformé tous les aspects
politiques sociaux et culturels, et contribué au développement scientifique,
technique et technologique. Paradoxe ? La réponse est négative. Puisque dans
chaque entité, il y a deux faces, comme un couteau tranchant – qui peut être utilisé
par un assassin dans une bagarre, ou par un chirurgien dans un bloc opératoire. Par
conséquence, le pétrole est présent dans notre vie de façon surprenante. On
comptait, il y a trente ans, quelques 70 000 dérivés du pétrole. Aujourd’hui, il y en a
largement plus. Le pétrole est présent dans 98 % des produits que nous fabriquons,
donc nous consommons. Il est présent dans tous les domaines d’activités humaines

25 M. Petry, N. Bambé, Le pétrole du Tchad ou cauchemar pour les populations ? Paris, Karthala, 2005,
414 p.
26
Luis Martinez, Violence de la rente pétrolière : Algérie, Irak, Libye, Paris, Presses de Fondation des
Sciences Po, 2010, 229 p.
27 Sadek Boussena, Jean-Pierre Pauwells, (avec coll. Catherine Locatelli et Carine Swartenbroekx), Le
défi pétrolier. Questions actuelles du pétrole et du gaz, Paris, Vuibert, 2006, 394 p.
xix
Amérique, pétrole, domination

28comme en aéronautique, aérospatiale, complexe militaro-industriel , construction
29 30 31 32d’automobiles , transport aérien , maritime , ferroviaire , bâtiments travaux
33 34 35 36 37publics, courrier , chimie , et pétrochimie, cosmétique, ciment ,
38 39divertissement , pharmaceutique , etc. Aucune chose n’échappe du pétrole. La
40vie sans pétrole est devenue inimaginable, voir même impossible ! Et ce malgré sa
nature : une ressource non renouvelable. L’enjeu dépasse l’imagination ! Le jour où
le pétrole n’est plus, c’est le chômage généralisé des centaines millions de
personnes à travers le monde. Ce sera le Jour de Grande Crise, Sans Solution, nul
doute Sanglante et qui Ravagera les États, Gouvernements, Sociétés : le Monde
Entier. L’Apocalypse Totale ! Et là, jusqu’aujourd’hui aucun homme politique n’a
pensé à cet événement, à cette Date précise du Destin de l’humanité, de la Fin du
monde ! Et, personne ne propose un projet global afin d’apporter une solution
adéquate !
En 1900, il n’y avait que 8 000 véhicules. Aujourd’hui, le nombre des
véhicules dans le monde dépasse un milliard, et doivent remplir leurs réservoirs,
avec pour résultat un chiffre astronomique de bénéfices. Dans cette condition si
élémentaire, les sorts des peuples possesseurs de pétrole ne valent guère. En 2003,
seul en Amérique, il y avait 231 millions de véhicules pour 291 millions d’habitants.
En 1973, les 21 compagnies pétrolières américaines encaissaient quelques 10 000
millions de dollars. En 1999, les chiffres d’affaires de la compagnie General Motors
dépassaient le PIB de la Norvège, Ford Motor et Mitsui & Co. de l’Arabie et
Mitsubishi de la Pologne. En 1901, on produisait 500 000 b/j, tandis qu’en 1973, on
produisait 52 mb/j. Entre 1901 et 1971, le monde a consommé 220 milliards de
barils. En 1950, les pays socialistes consommaient 10 mb/j, en 1970, 39 mb/j et en
1980, 68 mb/j. L’Europe occidentale consommait, en 1950, 1,2 m/b par jour, en
1980, 23 mb/j. Quant au Japon et aux États-Unis, ils consommaient respectivement,
en 1980, 10 mb/j et 24 mb/j. En 1974, l’Amérique avec ses 6 % de la population
mondiale, consommait 35 % de l’énergie dans le monde. Enfin, les 55 % (ou selon
quelques experts, 72 %) des réserves du pétrole se trouvent au Moyen-Orient et en
1980, 75 % de la consommation mondiale provenait de cette région. En 2007, les
États-Unis et l’UE détenaient 71 mb/j tandis que la consommation mondiale a été
83,5 mb/j. Autrement dit, la domination américaine sur le pétrole est incontestable.
En effet, en 1955, les pays pétroliers du Moyen-Orient avaient produit quelques 145

28
Comme l’EADS, Boeing, United Technologies, Lockheed Martin, Honeywell International, Northrop
Grumman, General Dynamics, Raytheon, Finmeccanica, China Aviation Industry Corp.
29
Comme Toyota, General Motors, Honda, Volkswagen, Ford, Daimler, Fiat, Nissan Motors, PSA
Peugeot Citroën, BMW.
30 Comme Air France-KLM, Lufthansa, AMR Corp., Delta Air Lines, United Airlines.
31 Comme Maersk, CMA CGM, MSC.
32
Comme Bombardier Transport, Alsthom.
33
Comme Vinci, Bouygues, ACS, China Railway Group, China State Construction Engineering.
34 Comme Deutsch Post, US Postal Service, United Parcel Service, FedEx, Poste Italiano.
35 Comme BASF, Dow Chimical, LyondellBasell, Bayer, Sabic, INCI.
36
Comme L’Oréal, Beiersdorf (Nivea), Avon Products Inc., Estée Lauder, Schwarzkopf.
37
Comme Lafarge, Holcim, Cemex, HeidelbergCiment, Italcementi.
38
Comme Time Warner, Walt Disney, New Corp., Bertelsmann, Maruhan.
39 Comme Pfizer-Wyeth, Marck & Co. Schering-Ploug, La Roche, Novartis, Bayer AG.
40 Paul. H. Frankel, Oil: The Fact of Life, London, Weidenfeld & Nicolson, 1962, 38 p.
xx
Amérique, pétrole, domination

millions de tonnes dont 70 millions de tonnes passaient par le golfe Persique. La
même année, 14 666 bateaux avaient pris le canal de Suez dont trois quarts
appartenait aux pays membres de l’OTAN. Avec la nationalisation du canal,
Londres était obligé d’évacuer 1 500 000 de barils du pétrole par le cap de Bonne
Espérance. La consommation d’un demi-million de barils de pétrole traversant le
canal devait être assurée par l’augmentation de la production de la mer du Nord, et
des Caraïbes.
Une autre remarque aussi importante résulte des comportements des
consommateurs. Lorsque le prix est exorbitant, nous, les consommateurs, nous
changeons nos habitudes. Au lieu de consommer le fioul, nous utilisons le gaz ou
l’électricité, ou autre. Cette attitude est conçue comme destructrice de la demande
pour les compagnies pétrolières si cela prend une dimension vaste. À cela, il faut
aussi ajouter les crises économiques avec un autre visage que l’homme connaît
depuis sa naissance. En effet, les produits financiers sont devenus tellement variés –
souvent virtuels – dans un univers hors contrôle ! À chaque instant la banqueroute
d’un – ou plusieurs – pays devient effective en le prolongeant dans une crise
chronique avec une issue paraissant lointaine et inaccessible. La crise actuelle, avec
ses difficultés insurmontables, peut se transformer en crise sociale profonde et
s’étendre à une grande partie des couches sociales créant des révoltes incontrôlables.
Ajoutons que les déficits durables (balance de paiements, budgétaire, etc.) allument
le moteur destructeur de l’économie à long terme. Or, les rois du pétrole ont tissé
une toile d’araignée monopolisant totalement l’ensemble du secteur pétrolier.
Lorsque leurs intérêts se croisaient, ils utilisaient tous les moyens en leur disposition
pour évincer leurs adversaires. Cela allait d’une simple menace verbale à la guerre
totale. Jadis, le monopole était le mot d’ordre. Pourtant, dès que les affaires étaient
devenues plus compliquées, ils tentaient d’établir un système oligopole partageant
les butins. La guerre ne concernait pas seulement les pays producteurs, ou entre les
compagnies, mais se déroulait parfois sur un terrain neutre, comme aujourd’hui ! De
nos jours, nous ne parlons pas seulement de la guerre, mais de la concurrence, des
complots, des veilles, de la géo-économie, de l’espionnage industriel ; nous
n’exposons pas l’histoire mais la géopolitique ou la géostratégie ; nous n’indiquons
pas la concession, mais la joint-venture ; nous ne disons pas les pays sous-
développés ou du tiers-monde, mais respectueusement moins développés ou les
41relations Nord-Sud . En 1910, Rockefeller proposait à Deterding l’achat de Royal
Dutch-Shell pour une somme de 100 millions de dollars. Deterding considéra ceci
comme une insulte ! Mais, aujourd’hui il y a une fusion. De la loi anti-trust, il ne
reste qu’une histoire du passé, puisque les juristes sont là pour proposer les solutions
appropriées !
42Sarajevo ou Alsace-Lorraine, la nationalisation du pétrole iranien ou celle
du canal de Suez, le corridor de Dantzig ou les îles de Falklands, la guerre

41
David Slater, Geopolitics and the Post-Colonial: Rethinking North-South Relations, Malden,
Blackwell, 2004, x + 286 p.
42
La déclaration de l’ONU de 1952 reconnaît « aux pays insuffisamment développés le droit de disposer
de leurs richesses naturelles », ainsi on a vue, entre 1960-1975, 1 639 procédures de nationalisations, et
enregistrée, entre 1975-1985, 47 procédures de nationalisation.
xxi
Amérique, pétrole, domination

43 44d’Octobre ou le 11 septembre ,… ne sont que des guerres pour avoir le pétrole. Si
le général von Falkenheim massacrait les chrétiens syriens profrançais ou les Russes
45violaient les femmes allemandes, pendant la Grande guerre ou la Seconde guerre
mondiale, ce n’était que pour le pétrole. Sachons-le cependant, ces soldats, acteurs
directs dans le déroulement des choses, faisant les immoralités et les sales boulots,
sans être au courant des vraies raisons, n’étaient et ne sont que des gladiateurs sots
et bornés, simples marionnettes manipulées, conditionnés aujourd’hui par une
nouvelle formule : gagner beaucoup dans les sociétés militaires privées – pour éviter
le syndrome du Vietnam – et prononçant devant leurs maîtres avant d’aller sur les
champs de mars : ave Caesar morituri te salutant !
Or, plusieurs sujets seront examinés dans ce petit travail inachevé : D’abord,
pour chaque pays, on survole son histoire – avec un accent majeur – riche en
civilisation et en culture. S’ils sont parfois savamment diabolisés, ce n’est que pour
préserver les intérêts de tels ou tels États ou telles ou telles compagnies. En jetant un
coup d’œil sur l’histoire du pétrole, on verra les rivalités qui existaient et qui
existent toujours entre les compagnies, et que ce sont les pays producteurs qui
payent les factures. On abordera comment les Américains ont pu étendre leurs
sphères d’influence et leur mainmise sur le pétrole dans le monde, comme sur celui
saoudien, et entrer dans la concession iranienne ou autres.
Ensuite, c’est le démantèlement de l’Empire ottoman qui fixe notre attention
particulière : une des composantes essentielles dans l’histoire du pétrole. En fin de
compte, on se pose cette question : Si Lawrence d’Arabie était chargé d’inciter les
Arabes, ce n’était pas seulement pour anéantir l’Empire ottoman, certes, mais
surtout c’était pour redessiner le Moyen-Orient tout en empêchant la naissance d’un
nouvel empire à savoir l’Empire arabe. Les Arabes, vont me pardonner, j’espère en
tout cas, étaient si naïfs qui croyaient aux promesses de Londres, prononcées par la
bouche d’un agent de MI6, secondé par Bell et Cox. Il est donc hors de question
pour les empires coloniaux de démanteler un empire pour favoriser la naissance d’un
autre dans la mesure où les projets d’un nouveau Moyen-Orient étaient en phase
finale. On était récemment témoin du démantèlement de l’Empire soviétique. Il
semble que les locataires de la Maison-Blanche ont dépensé durant la guerre froide
quelques 13 000 milliards de $ – chiffre astronomique – pour mettre en mille
46morceaux le monde communiste. L’Afghanistan était une belle occasion pour
réaliser la mise à mort de cet Empire, considéré du Mal. Disons entre parenthèses
que les efforts menés par les divers ministres n’étaient pas destinés au renforcement
de la paix au Moyen-Orient, comme c’est le cas russe, mais d’empêcher ces pays de

43
Elizabeth Monroe & Anthony H. Farrar-Hockley, “The Arab-Israel War, October 1973: Background
and Events”, in Adelphi Papers, n° 111, 1975, 36 p.
44 Un des résultats déterminants du 11 septembre 2001 est, sans nul doute, la marginalisation du monde
arabo-musulman sur la scène internationale. R. Daniel Tschirgi, Turning Point: The Arab World’s
Marginalization and International Security after 9/11, Westport/London, Praeger, 2007, xx + 226 p.
45
Sur la déontologie de cette guerre voir Paul Gaultier, Leçons morales de la guerre, préf. L. Barthou,
Paris, Flammarion, 1919, v + 255 p.
46 Joseph J. Collins, “Afghanistan: The Empire Strikes Out”, in Parameters US Army College Quarterly,
March 1982, p. 32-41.
xxii
Amérique, pétrole, domination

47désigner librement leur régime . Par ailleurs, les complexes militaro-industriels qui
contribuent largement à la croissance économique des superpuissances, ne peuvent
absolument pas se permettre la réalisation ou la renaissance d’un empire concurrent
48! Or, les armes se vendent en masse et en échange du pétrole . Même si l’on
suppose que la mort accidentelle de Lawrence n’était pas si accidentelle que l’on
nous fait croire, certains pensent que Lawrence était, lui-même, manipulé par les
services secrets britanniques pour lesquels il travaillait et dès qu’il a su être victime
d’une telle machination, il voulait la dévoiler. C’est à ce moment-là que survient
son accident (!)
Un empire arabe est la construction d’un espace géographique allant
verticalement du golfe d’Aden aux côtes de la Méditerranée et horizontalement du
Maroc à la frontière iranienne. Aujourd’hui aussi, la formulation d’un Grand
Moyen-Orient se situe dans la même logique impériale américaine, jadis utilisée par
49 50la Grande-Bretagne dans le cadre d’une Grande Syrie. Les guerres , les complots,
et les bouleversements ne manquent pas. Le (s) but (s) justifie (ent) les moyens !
Georges Clemenceau disait : « Une goutte de pétrole veut une goutte de sang », et,
si j’ose dire, je voudrais ajouter : cette goutte de sang n’a aucune valeur face à une
goutte de pétrole.
Puis, on parlera de la réalisation des oléoducs – ou du rétablissement de
quelques-uns – et des enjeux liés à leurs achèvements, comme celui Tapline, ou
autres. Le premier oléoduc était le Tidewater Pipeline inauguré en mai 1879. On
examine s’il y a d’autres trajets stratégiques possibles pour détourner le passage du
pétrole du golfe Persique. Le trajet terrestre – comme celui qui va, sans nul doute, du
Koweït au Sultanat d’Oman en passant par les Émirats Arabes Unis (EAU) – montre
son intérêt particulier surtout pour Washington. La mise en opération d’une base
permanente militaire française à Abou Dhabi, ou les va-et-vient des responsables
américains dans la région et l’établissement des sociétés et des organismes étatiques
américains – en plus de leurs bases militaires, vont dans ce sens. Si récemment, la
société française Alcatel a signé un contrat important concernant la liaison de fibre
optique entre Marseille et l’Inde qui passe par les EAU, il faut savoir que les gros
contrats sont déjà obtenus par les États-Unis. Si leur cadet, le Canada, avec ses
sables bitumineux en Alberta, détient après l’Arabie Saoudite les plus grandes
réserves pétrolières du monde, avec 179 milliards de barils ; et qui fait venir l’eau à
la bouche des Américains – le Moyen-Orient restera pour Washington, jusqu’à un

47
Dans un article apparu il y a plus de 30 ans, Gérard Chaliand développait une thèse selon laquelle
Henry Kissinger, alors secrétaire d’État américain, ne contribuait pas à renforcer la paix internationale. G.
Chaliand, « Le mythe Kissinger et l’hégémonie planétaire américaine », in Critique, n° 323, avril. 1974,
p. 293-305.
48
Lewis. W. Snider, “Arms Exports for Oil Imports? The Test of a Nonlinear Model”, in Journal of
Conflict Resolution, vol. 28, n°4, Dec. 1984, p. 665-700.
49 M. A. Oraizi, « Le Grand Moyen-Orient », mai 2004, in www.aaa-ici.org, M. A. Oraizi, « Le rêve
simpliste du Grand Moyen Orient », in Le débat stratégique, n°75, juillet 2004, M. A. Oraizi, « Le prix du
pétrole, la guerre en Irak et les nouvelles énergies », le 3 oct. 2004, in www.aaa-ici.org, M. A. Oraizi,
« La conférence internationale sur l’Irak », le 30/11/2004, in www.aaa-ici.org, M. A. Oraizi, « La guerre
asymétrique en Afghanistan et l’affaire de Ben Laden », Paris, le 2 octobre 2001, in www.aaa-ici.org.
50 Une des guerres des années 1980, étroitement liée au pétrole est la guerre des îles de Falkland, riches en
gigantesques gisements pétroliers, et la BP ne pouvait pas se permettre de les laisser aux Argentins.
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Amérique, pétrole, domination

temps indéterminé, une zone de première importance géostratégique. Puisque la
rivalité russo-américaine est vive. Si l’Amérique quitte le Moyen-Orient, celui-ci
sera dominé par Moscou.
Ce travail ne prétend donc qu’établir un récit historique limité et rapide
concernant le pétrole : un aperçu historique– non linéaire – sanglant pour les yeux
qui n’ont pas compris, mais certes avec un manque d’analyses poussées, même si
l’objet de ce petit travail est autre : un survol des nouveaux acteurs, etc. qui
pourraient jouer un rôle de paix ou de guerres non seulement dans une zone
51géographiquement connue comme une sphère conflictuelle , mais aussi dans les
zones pétrolifères en Asie, en Afrique, et en Amérique latine.
La fragilité d’un monde sans pétrole est incontestablement évidente ! Les
stratégies souvent diaboliques appliquées aux pays pétrolifères illustrent la cruauté
du monde de pétrole. Le Chah d’Iran disait : « L’histoire du pétrole, telle qu’elle est
déjà connue, constitue sans doute l’épisode le plus tumultueux de la vie
contemporaine de certains peuples. C’est une suite ininterrompue d’intrigues, de
complots, de bouleversements politiques et économiques, d’actes terroristes, de
coups d’État et de révolutions sanglantes. […] L’empire du pétrole reste un des plus
52inhumains du monde : les principes moraux et sociaux élémentaires y sont bafoués .
» Voici l’histoire de toutes formes de crimes depuis l’usage de la torture (entre
autres comme le cas d’Abou Gharib, et de Guantanamo) jusqu’aux bombardements
53des civils, etc. qui nous touche et qui nous rend indignés , même si le monde, hors
54les communautés musulmanes , est devenu insensible quant aux sorts des sociétés
55islamiques , notamment à la suite du 11 septembre 2001, et ses syndromes, pour
des raisons diverses ayant des explications géopolitiques.
Ce petit travail inachevé tente également d’étudier le rôle du pétrole dans les
événements politiques des pays producteurs ou sensés avoir des réserves. Il essaie de
savoir comment les compagnies pétrolières lançaient les guerres et comment les
changements sont intervenus dans le corps d’un État producteur. Il examine
également quelques guerres cachées entre les compagnies pour pouvoir contrôler le
pétrole et pour pouvoir évincer leurs adversaires des gisements visés. Il s’articule
surtout autour d’une histoire rapide d’imposition des États-Unis en tant qu’un acteur
pétrolier à la fois dynamique, déterminant, et prédateur partout dans le monde, pour
dominer le monde du pétrole. À notre avis, un tel examen peut nous aider à mieux
comprendre le fonctionnement et le système des sociétés pétrolières, et les causes
réelles des événements sur cette planète bleue, ainsi que les conséquences de leurs
actions sur l’économie et la société tout entière.

51 A. Hertzberg, “A Small Peace for the Middle East”, in Foreign Affairs, vol. 80, n°1, Jan.-Feb. 2001, p.
139: « In Wars of religion, no peace can be made between true faith and idolatry. In Wars of ideology, no
true revolutionary can compromise with false visions. And so wars continue, endlessly and insolubly. The
only way to stop them is to abandon ideals-whatever they may be – and to make, in the here and now,
pragmatic arrangements that stop the killing. »
52
Mohammad Reza Pahlavi, Réponse à l’Histoire, Paris, Albin Michel, 1979, p. 72.
53
Sur la violation du droit faite au nom de la lutte contre le terrorisme voir M. A. Oraizi, La Culpabilité
américaine : Assaut contre l’Empire du droit international public, Paris, L’Harmattan, 2005, 225 p.
54 Paul Balta, L’Islam dans le monde, Paris, La Découverte et Le Monde, 1986, 379 p.
55 Claire Brière et Olivier Carré, Islam. Guerre à l’Occident ? Paris, Autrement, 1983, 222 p.
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Amérique, pétrole, domination

Or, ce travail tente également de tracer les conséquences des stratégies
adoptées et ses perspectives. Finalement, une série d’annexes, de cartes, de tableaux,
de graphiques et une chronologie incomplète sont ajoutées à ce petit carnet. Il faut
surtout ne pas omettre qu’il y a, sans nul doute, mille fois de plus d’événements
pétroliers échappés du regard de l’auteur ! On doit souligner que chaque événement,
même minime, paru en une seule minute ou en une seule journée, a une répercussion
immédiate sur les cours du pétrole, qui renvoie rapidement, à son tour, ses effets sur
les marchés boursiers, alimentaires, bâtiments, d’équipements, etc.
Finalement, l’auteur voudrait s’excuser à l’avance du caractère discutable et
insuffisant de son travail qui est avant tout incomplet. Durant ses recherches, il a
constaté d’innombrables travaux sur ce sujet. Mais, il n’a pas mené une recherche
exhaustive digne de ce nom. La plupart de ses propos reste des hypothèses et
nécessite une recherche convenable. Ainsi, c’est en fonction de ce savoir
fragmentaire et insuffisant qu’il s’est permis de présenter aux lecteurs exigeants
quelques remarques souvent connues. Par ailleurs, sa prolixité a fait un grand défaut.
Il est aussi important de signaler que l’auteur est parfaitement conscient d’énormes
lacunes de ce texte, et espère que les lecteurs lui pardonnent en souhaitant que les
aimables lecteurs lui feront parvenir leur avis afin de corriger à l’avenir ces
imperfections inadmissibles.


© Paris, 1980 – février 2012

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