Analyses circonstanciées des relations internationales

De
Publié par

L'enseignement des relations internationales devrait revêtir un savant mixage de trois dimensions correspondant aux trois pôles professionnels qui magnifient sa science existentielle. Il y a d'abord les théoriciens bruts, pétris de démonstrations académiques et d'évidences comparatives. Il y a ensuite les professionnels classiques qui pensent les attitudes, les comportements et les décisions des acteurs. Enfin il y a les diplomates de terrain, confrontés à la réalité des missions. Dorénavant, il est impossible de figer la démarche internationale dans un monde étroit, sectaire et théorique.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
Lecture(s) : 102
EAN13 : 9782296698727
Nombre de pages : 300
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Analyses circonstanciées des relations internationales

SHANDA TONME

Analyses circonstanciées des relations internationales
2009

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11825-6 EAN : 9782296118256

Pour la sauvegarde de la mémoire des victimes anonymes du tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Haïti, et afin que l’on se rappelle toujours, que ce bout de territoire émergeant de la mer si loin des côtes africaines et frappé de mille malheurs, est la première république noire indépendante de toute l’histoire politique de l’humanité.

Introduction

Face à la rapide mutation des planifications géostratégiques et face
à l’apparition de nouveaux acteurs pratiquement insaisissables dans leurs comportements et dans leurs objectifs, ce sont tous les dogmes classiques qui, durant des décennies, auront constitué le postulat de base des relations internationales qui sont à revoir. En effet, depuis les attentats de 2001 qui ont frappé les Etats-Unis, il faut bien convenir que les visages traditionnels des conflits internationaux ont changé complètement. Aucun Etat, grand ou petit, n’est plus en mesure aujourd’hui de dire avec une totale confiance qu’il a la maîtrise de sa sécurité, et encore moins de l’ordonnancement de ses alliances. Ce ne sont plus les stratégies qui sont en action dans la conduite des Etats, ce sont des tactiques de circonstance adaptées aux urgences des jeux et des enjeux. L’époque où l’on enseignait aux étudiants débutants en relations internationales que les fondements et les principes de la politique étrangère des Etats sont immuables, est révolue. Cinq décennies en arrière, ni la France, ni les Etats-Unis ne manifestaient aucun souci pour le contrôle et la loyauté de leurs citoyens et surtout pas pour la composition nationale et religieuse. Aujourd’hui, la brutalité de l’expression des intérêts identitaires force la prise en compte de certains détails. Il ne faut pourtant point se faire des illusions sur le statut des uns et des autres dans l’arène internationale, tant le fossé entre riches et pauvres d’une part, et entre les démocraties et les totalitarismes d’autre part, s’est aggravé.

L’apparition des pays émergents, véritables tour de Babel, considérés comme le centre des nouvelles convoitises d’influences, constitue à n’en point douter, une raison de croire que les paramètres classiques de gestion du monde ne sont plus figés. En tout état de cause, seule une lecture pragmatique, mieux élaborée à partir des phénomènes et des événements ponctuels, offre l’occasion maintenant de capter les sources théoriques des acteurs. Le meilleur internationaliste n’est plus celui qui, arguant des attributs vénérés de chercheurs érudits, se cantonnerait dans ses théories anciennes, pour conclure sur les intentions des Etats-nations. Entre le refus d’Israël de mettre fin à la colonisation des territoires palestiniens en Cisjordanie malgré la demande de Washington et malgré les injonctions de l’ONU, le refus de l’Iran de mettre fin à son projet d’enrichissement d’uranium malgré la ferme condamnation de l’AIEA, l’initiation d’un débat très contesté en France sur l’identité nationale, la brouille permanente entre le dictateur Mugabe et son Premier ministre d’opposition Morgan Tsvangirai, les massacres commis par le régime putschiste à Conakry et les diatribes anti impérialistes d’Hugo Chavez, il n’y a aucune possibilité de dégager un enseignement théorique homogène capable de constituer les bases d’un droit intime de la diplomatie. Dorénavant, l’événementiel en impose au structurel et la tactique en impose à la stratégie. Mais, c’est dans la combinaison intelligente de ces couples présents dans toute approche globale d’analyse, qu’émerge la vérité sur la signification, le sens, et la portée des actes des Etats-nations. Il faudrait alors convenir que la diplomatie revient à ses fondamentaux par notre lecture circonstanciée. Si en effet la diplomatie est l’expression concrète des intérêts promus au rang du patrimoine sacré des acteurs internationaux, elle est mieux validée lorsqu’elle redevient science de négociation et d’adaptation, art de survie et d’appropriation des imprévus. La rigidité des planifications ne peut que trahir les options de coexistence des contradictions, et les urgences de coopération pacifique des systèmes et des régimes à principes de gestion différents. Personne n’avait prévu la crise financière économique qui, à partir de septembre 2008, a ébranlé toutes les prévisions de croissance dans le monde. Pourtant, il a fallu procéder à une analyse d’adaptation qui a conduit les dirigeants des grands pays puissants, à dédire leurs choix de

8

gouvernance économique, cassant durablement ou fermement au passage, les dogmes qui avaient dominé leurs programmes électoraux. En lieu et place d’un discernement figé des actes et des événements qui portent l’estampille de certaines stratégies et théories, c’est dans chaque démarche, dans chaque déclaration positive ou négative, que se dégage l’entièreté des contradictions qui meublent la scène diplomatique mondiale. De la modification de la constitution au Niger par un président devenu fou du pouvoir, à l’attentat terroriste qui a coûté la vie à quatre membres du gouvernement somalien et une douzaine d’étudiants en médecine en novembre 2009, une analyse circonstanciée dégagera les mêmes alliances, les mêmes intérêts stratégiques explicites ou implicites. Dans le premier cas, la politique française en Afrique et ses lourds investissements dans l’uranium nigérien sont en jeu, pendant que dans le deuxième cas, la guerre sans pitié que mènent les groupuscules d’Al Qaeda contre les Etats-Unis s’exprime. Notre apport dans cette présentation d’une série de textes brefs, concis et riches à la fois, se veut l’élévation de la compréhension des relations internationales au-delà des canons théoriques statiques. C’est peut-être une manière de faire, de voir et de choisir qui ne sied pas seulement à la culture anglo-saxonne créditée d’une plus grande capacité d’objectivité, mais aussi à notre propre volonté de transcender la vieille pédagogie de la réglette mathématique qui cultive l’art de la récitation. C’est aussi une option académique pour une autre manière de forcer l’ébranlement des faits pour laisser transparaître la substance des comportements des acteurs internationaux qui, finalement, formule la norme scientifique déposée. Chaque texte apparaîtra ainsi comme une construction autonome répondant à toutes les caractéristiques d’un grand chapitre.

9

1.

1.

Faut-il désespérer pour le Cameroun ?

Le monde tel qu’il se présente et se projette dans le quotidien
immédiat, n’a jamais manqué d’offrir aux protagonistes des contentieux de l’existence, plusieurs alternatives. Aux échos troublants et désespérants des champs de bataille, correspondent les applaudissements assourdissants des victoires engrangées par les ennemis d’hier. A la réconciliation impossible d’un bout, s’élèvent l’unité et l’entente retrouvées de l’autre. Il en va toujours ainsi, et l’humanité ne fut réellement jamais exposée à la désolation, sans que ce ne fût par la faute de quelques dirigeants fous, qui ne surent pas faire le bon choix, saisir la bonne occasion. Il faut entendre les bruits de botte en Guinée et en Mauritanie, pour mieux se souvenir que, ailleurs, au Gabon, au Cameroun, au Congo ou au Burkina Faso, quelque chose ne va pas, et quelques malheurs frappent avec insistance à la porte de ceux qui, comme des éboueurs écervelés, ont bouché des voies d’eau. Et si l’on peut entendre des sons de réconciliation provenir des clameurs de la Centrafrique, c’est pour tout de suite s’inquiéter de ce qui se trame avec peines et risques, dans une Côted’Ivoire qui continue de panser des plaies, mais qui surtout ne comprend toujours pas ce qu’elle a fait de l’héritage de son premier président. Nous l’avons évoqué sans insistance, le Ghana, et sans doute parce que nous ne voulons pas croire que des anges sont tombés du ciel pour indiquer le chemin dans ce pays ; nous sommes honteux à regarder tout proche d’ici, une si belle promesse naturelle de bonheur et de richesse qu’est le Cameroun, plonger dans un dangereux abîme. Gérer un peuple
11

n’est certainement pas le plus facile des contes à écrire, mais écrire un conte à traves des discours de mensonge et d’arrogance irresponsable, peut être considéré à l’expérience de certains autocrates, comme un exercice des plus banals. En réalité, c’est du choix des orientations, des considérations, des cultures, des mœurs et des valeurs, que dépend finalement, le destin que les dirigeants du monde construisent ou ambitionnent de construire pour leur peuple. Certes, il n’est pas exclu que le diable habite certains individus qui, placés sans trop d’effort à des pôles de commandement, se mettent à remplir les livres d’histoire, de drames, de faits cruels, de marques de haine, de preuves de la méchanceté et de la bêtise humaines. Nous l’avons vu au Cambodge devenu Kampuchéa Démocratique, sous la furie criminelle d’une bande de sanguinaires qui proféraient la pire des doctrines, celle qui écrase et déshumanise, celle qui affame, celle qui organise la destruction de la chair et transforme des champs de végétaux, en cimetières. Nous l’avons encore vu lorsque, par le fait des hommes, le commandement des incapables et des idiots, le plus élémentaire des incidents devient un prétexte de profanation des églises et d’orchestration des génocides. L’Allemagne nazie témoigne, l’Ouest Cameroun sous les bombardements français au napalm accuse, et le Rwanda d’il n’y pas si longtemps rappelle. Mais n’en déplaise à tous ceux qui ne croient pas à l’école de la raison tardive, le monde retient dans ses plus éloquents succès de la reconquête de la fraternité et de l’amour, la réunification de l’Allemagne, et cette image glorieuse presque éternelle, de Nelson Mandela et Fréderic De klerk, recevant le prix Nobel de la paix. Le décor de ces moments de raison et de reconfiguration positive de l’amour de l’humanité dans sa plénitude et sa solennité, nous interpelle pourtant de façon grave : combien faut-il de morts pour que les peuples se réconcilient et combien faut-il de temps pour que les auteurs des souffrances se mettent à l’école de la sagesse, se confessent et se repentent ? Le Cameroun entre dans ce début d’année 2009 avec les pieds devant, dans la posture effrayante et malheureuse qui est celle des morts. Parce que notre alternative, l’alternative de nos dirigeants ne procède pas de la raison ni de la passion de la justice, il faut convenir que sous les cieux de nos ancêtres, les nuages qui s’accumulent assombriront bientôt la cité. Ni du Ghana, ni de Washington, nous n’avons accepté ou copié le
12

bon message. Nous restons indifférents devant les mutations du monde, les interpellations explicites ou implicites du temps et des expériences. Faut-il voir ici, les conséquences de la mauvaise dévolution du pouvoir que vécut le pays un jour de novembre 1982 ? Non, ne m’accusez point de délation, de diffamation ou d’outrage. Je suis rendu dans la seule œuvre de l’intellectuel qui vaille maintenant la peine. Je suis contraint à l’interrogation du citoyen qui craint pour ses droits et ses libertés. Je suis livré à l’insomnie du père de famille qui regarde ses enfants avec pitié, connaissant l’avenir effroyable presque sans bonheur qui les attend. Comment comprendre que le Président soit aussi éloigné de la réalité de la dérive du pays ? Comment accepter que vingt-six ans après, ce qui était espéré comme un don du ciel pour moderniser le pays soit devenu le creuset de la perdition, le tombeau de toutes les valeurs, le moteur de la destruction de notre suprême dignité et de notre illustre identité ? Mais combien faudra-t-il de morts dans notre cas pour obtenir la mise en place de la mécanique d’une conférence de réconciliation ? Faut-il aller lire dans la comptabilité du Tchad, du Rwanda, de la Centrafrique ? Non, monsieur le Président, vous n’êtes pas sur la bonne voie et vous ne travaillez pas pour le bonheur de votre pays et de vos compatriotes. L’heure est en fait grave, et rien dans le ciel, ne saurait nous aider avant que vous ne l’ayez vous-même fait par une nouvelle orientation, par une nouvelle responsabilité. C’est sur terre que se trouve le mal, et c’est sur terre que se trouvent les solutions. Nous avons longtemps cru, mais aussi appris et compris, que c’est à chacun qu’il revient de faire le lit dans lequel il va se coucher. Pour un peuple qui aspire à vivre dans une république moderne, dans un Etat moderne, le soin de son destin relève d’abord de la qualité du cadre de vie, et celui-ci est intimement dépendant de l’ordonnancement institutionnel. Dans ce contexte, c’est au premier des citoyens, fût-il le pire des dictateurs, qu’il revient de prendre les décisions qui comptent, qui rassurent, qui bâtissent pour les enfants et pour les adultes, une cité de bonheur et un avenir de prospérité. J’ai cru encore comprendre que, lorsque ainsi un président peut vivre distant de son peuple et même de son pays, il n’en sait plus rien, et n’en pense plus du bien. Alors s’installe une forme de désespoir qui peut conduire soit au Libéria de Samuel Doe, soit à la Guinée de Conté, soit à la guerre permanente du Tchad. Avez-vous, monsieur le Président, choisi
13

ces options ? Avez-vous monsieur le Président, choisi le pire ? Le destin du Cameroun ne peut plus, en dépit de mille investissements, être admiré et vanté. Qui vous a dit que les Camerounais attendaient encore des promesses après tant d’occasions manquées et tant de fautes impardonnables ? A chaque étape, à chaque nouvelle année, ils ont attendu, espéré, rêvé, et réfléchi. Mais à chaque fois, depuis cette monumentale escroquerie appelée tripartite, ils vous ont vu joué comme un tricheur au poker qui utilise tantôt des cartes biseautées pour des résultats gagnants, et tantôt des vraies cartes pour des résultats perdants. Cette autre bêtise appelée ELECAM, n’est-elle pas un nouveau truquage à ciel ouvert ? Mais comment pouvez-vous ainsi nous livrer à la moquerie du reste du monde ? Faut-il désespérer pour le Cameroun, ou faut-il désespérer pour son président ?

14

2.

2.

Une si honteuse manipulation du droit international

La compréhension populaire du droit, c’est d’abord la référence à
l’institution d’un code d’honneur dont le but principal est de protéger la société. Il en va du droit tout court comme du droit international et de ses différentes autres spécialités. Les premiers enseignements destinés à l’étudiant en droit ne sont généralement rien d’autre que la substance des fondements de la philosophie, et de l’esprit de la règle de droit. En somme, il n’y a de règle de droit que pour autant que le consensus général sur son utilité et son impartialité est rigoureusement établi. Nous sommes ainsi, en permanence en face d’une organisation structurelle écrite de la morale publique. C’est donc tout naturellement et logiquement que l’on retrouve l’Etat, détenteur et gestionnaire de la force publique, dans le rôle instrumental de police, et ce après que le pouvoir judiciaire est intervenu, en tant que de besoin, en arbitre pour faire la part des choses, témoigner, et garantir l’intégrité de la loi au moyen des décisions des tribunaux. A- Evolution positive du droit international, mais ! Dans le domaine international, le principe selon lequel les acteurs des relations internationales ne sont pas susceptibles de sanctions contraignantes fut longtemps l’un des artifices de considération. Certes, il demeure difficile de soutenir avec pleine certitude, que les choses ont changé, particulièrement si on s’en tient au peu de cas que font des résolutions de l’ONU, certaines grandes puissances ou quelques Etats classés voyous. Néanmoins, l’empire de l’impunité absolue et de la
15

désinvolture des acteurs a subi d’immenses altérations dans le sens positif et dans l’intérêt de la collectivité humaine universelle. Sous la pression des événements et des nouvelles technologies de l’information, une véritable opinion publique internationale a vu le jour, en même temps que l’exigence d’un minima de raison publique internationale et de code de conduite effectivement obligeant pour tout le monde. C’est dans l’agencement de cette évolution, qu’il faut situer la création par le traité de Rome, de la Cour pénale internationale, que certains Etats tardent encore à ratifier. Or, si le droit matérialise la conscience collective de la nécessité d’une harmonisation civilisée des mœurs pour la sérénité des rapports humains, il perd toute valeur éthique et en conséquence, toute considération et toute respectabilité, dès lors qu’il est perçu comme instrument de domination de certains, outil de spoliation et d’oppression, et carcan répugnant des objectifs obscurs. C’est de l’injustice que naît l’instinct de révolte et c’est de l’instinct de révolte que se construit le processus de révolution, fût-elle silencieuse ou violente. Les sociétés qui évoluent vers la décomposition sont justement celles où le règne du droit dans sa substance stabilisatrice et équidistante, a pris fin pour laisser la place à l’anarchie. Dans cette optique, les gouvernants sont avertis que toute manipulation du droit constitue automatiquement une distanciation inacceptable pour les citoyens par rapport aux attentes d’équité et de protection. Nous avons évoqué tantôt l’évolution qui patiemment, a abouti à consacrer un droit international de plus en plus effectif, actif, réactif et obligeant, pour les acteurs des relations internationales. Malheureusement, il faut encore convenir aujourd’hui que trop de choses restent à faire ou parfaire, et que le chemin à parcourir pour parvenir à un stade de viabilisation et de respectabilité générale de ce droit reste truffé d’embûches. Nous ne sommes toujours pas sortis ou entièrement sortis du règne du droit du plus fort, du puissant, du riche, bref de l’Occident judéo-chrétien. La Cour pénale internationale est devenue en effet le symbole de cette évidence qui fait dire à de nombreux analystes impartiaux, que cette institution n’est rien d’autre que le bras judiciaire d’un nouvel impérialisme en pleine reconversion.

16

B- Procès commandité et modèle de manipulation Le procès en cours de Jean-Pierre Bemba, ancien Vice-président de la République Démocratique du Congo et chef du principal parti d’opposition dans ce pays, apporte une preuve on ne peut plus éclatante, de la permanence de la colonisation et du règne de la force dans les rapports entre les peuples, les nations et les Etats. L’arrestation du dirigeant congolais ne correspond en réalité à aucune logique acceptable. Il ne s’agit point d’une arrestation dans l’intérêt des peuples africains, ni dans l’intérêt de la morale publique en général. Aussi convient-il dès à présent, de fonder la contestation populaire sur une légitimité continuatrice des revendications de dignité, d’égalité, et d’indépendance qui marquèrent les années 1950 et 1960. Le dossier de l’accusation, dans ce procès de la honte, ne tient pas au souci de rendre justice pour des peuples martyrisés ; il tient à la volonté de vengeance de quelques colons mécontents du viol de leurs intérêts et des sévices subis par quelques Européens lors de l’épopée de la guerre civile centrafricaine. La Cour n’est pas concernée par les viols des femmes centrafricaines, elle veut faire payer au leader congolais, le crime d’être le chef d’une bande de Nègres qui ont osé s’introduire de force dans les jambes d’une citoyenne belge, laquelle est rentrée ensuite se suicider dans son pays. Cette vérité est celle qui ressort d’une enquête impartiale sur le terrain à Bangui. Par ailleurs, nul ne peut, au-delà d’une double articulation dont l’autre aspect est la protection du pouvoir fantoche de Kabila fils, expliquer qu’un tel acharnement soit mené contre un individu dont tous les renseignements n’en font point un violent. Des questions fusent pour contrer le curieux procureur de la Cour pénale internationale qui, pour une très grande partie de l’opinion africaine, est une simple marionnette entre les mains des grandes puissances. Comment et pourquoi n’a-t-on pas arrêté ou même simplement inquiété le donneur d’ordre qu’est AngeFélix Patassé, le président centrafricain qui avait requis les forces de Jean-Pierre Bemba ? Que fait-on des exactions commises par les troupes de François Bozizé (actuel Président), notamment ses mercenaires tchadiens qui, même longtemps après l’accession de celui-ci au pouvoir, ont continué à se livrer à des pillages ? En quoi l’arrestation, l’inculpation, le jugement et la condamnation du leader congolais, sont-

17

ils utiles pour les peuples africains en général et la paix en Centrafrique en particulier ? L’on appréciera comme toujours, le formidable effort de manipulation déployé par les relais de l’impérialisme international à l’instar des radios étrangères qui ont pignon sur rue dans le continent au moyen d’émetteurs d’une puissance insolente et provocatrice. L’on a entendu sur les ondes, des reportages taillés sur mesure, mêlant de pauvres femmes et des individus requis pour dire comment et combien les troupes de Bemba ont été méchants, comment et combien ils sont reconnaissants à la CPI pour avoir ouvert ce procès, combien et comment ils sont heureux que le procès ait lieu, comment ils n’avaient jamais rêvé ni espéré que les crimes commis dans leur pays seraient punis un jour. C- Dialectique de la justice et de l’injustice S’il subsistait encore un doute sur notre infantilisation permanente et l’humiliation du reste du monde par les Etats et les lobbies occidentaux puissants, voici étalée une autre preuve irréfutable, à travers ce procès d’avance sans objet, malsain, injuste, inacceptable. Nous ne nous situons point dans une logique d’impunité, et encore moins celle du pardon impropre des crimes de sang, des crimes barbares dont les chefs de guerre de toute nature sont potentiellement commanditaires. Ce qui est en cause dans notre démarche, c’est la contestation de la prééminence d’une institution grossièrement partiale et dont il apparaît dorénavant qu’elle n’a rien d’un outil de régulation équitable des rapports internationaux. Nous en arrivons, de fait, à la source de l’anarchie, dès lors que la dialectique du juste et de l’injuste aboutit forcément, selon le côté dominant du couple ainsi formé, à produire et à valider la libération d’une multitude d’énergies indépendantes et incontrôlées. Le droit perd et sa substance et son autorité morale, dans sa mise en exergue comme jouet des puissants, idéologie des truands, et bras obscur des menteurs. La CPI n’est pour nous rien d’autre que la reproduction des avatars du racisme construit sur le socle d’un modernisme biaisé, unipolaire et sectaire. C’est la consécration de la pensée unique. Elle n’a jamais reçu les ordres d’enquêter sur les crimes de Kagamé, ni sur les dizaines de
18

morts des rues de Guinée et du Cameroun lors des émeutes de la vie chère. Elle n’a jamais tiré les conséquences des témoignages des assassins de Thomas Sankara qui ont clairement désigné le fringuant Blaise Compaoré comme leur commanditaire. Cette cour pénale est une cour aux ordres, une cour à problèmes. Comment voudra-t-on cautionner l’inculpation de Béchir du Soudan ? Avec quels arguments convaincra-ton les Congolais que leur fils, frère, et dirigeant, mérite le sort qui lui est fait ? Le principe d’une justice internationale, demeure une gigantesque hypocrisie, à défaut d’être une entreprise de truands et de quelques Etats voyous d’un autre genre. La CPI ne peut plus valablement être une épée de Damoclès suspendue sur la tête des dictateurs comme certains l’ont présentée, elle n’a pas la dimension morale et éthique nécessaire.

15 janvier 2009

19

3.

3.
Le

Barack Obama et l’idéologie fondatrice de la puissance américaine

champ de considération et d’analyse de la majorité des

observateurs de l’évolution des Etats-Unis au moment où le quarantequatrième président de l’Union prête serment, est resté cloîtré sur une sorte de rêve biblique et de scénario hollywoodien. Très peu d’observateurs se sont donné la peine de revenir en arrière pour essayer de sonder l’histoire américaine, pour comprendre comment de façon récurrente, on assiste tous les quatre ans, mais surtout tous les dix ans, à une polarisation du monde sur la dévolution du pouvoir à Washington. Certes, le moment, le contexte, la personnalité et l’identité, voire la couleur de la peau du nouveau président, pour une fois, ont pu conduire à abandonner l’exigence d’une démarche scientifique, d’une recherche logique, pour privilégier au contraire des démonstrations, des significations et des attentes longtemps frustrées. Pourtant, rien ou presque, dans ce qui vient de se passer à Washington, ne se situe en dehors de l’aboutissement d’une parfaite progression d’une société dont les principaux acteurs ne ratent aucune occasion comme Obama l’a encore fait, pour rappeler qu’elle est la plus innovante, la plus dynamique et la plus créatrice de la planète. A- L’obsession du rejet de l’administration Bush En fait, de l’extérieur comme de l’intérieur, les jugements semblent davantage porter sur la critique acerbe de la présidence Bush, plutôt que sur une réelle évaluation du phénomène Obama, s’il en est véritablement un. La trop grande habitude de suivre les mouvements d’humeur qui
21

emportent une dose de folie et pourquoi pas de passion déraisonnée, fait qu’au final, même des gens intelligents, des scientifiques, se laissent envahir par le discours de circonstance. A l’occasion d’une transition du pouvoir dans laquelle l’on a vu l’autre face de l’Amérique, celle bien plus prompte à l’égalité des chances que n’importe quel autre pays, il est tout de suite apparu aux yeux de beaucoup de gens, qu’une sorte de révolution messianique proche des prédictions des témoins de Jéhovah avait pris corps. Il importe de ramener un peu de calme dans ce délire de six mois, le délire qui dure le temps de la désignation de Barack Obama comme candidat du parti démocrate, jusqu’à sa victoire face au candidat républicain John Mc Cain. Croire que la réunification des cœurs souillés de sang et de haine, l’effacement des plaies qui minent les peuples, et la fin des fractures qui, si ouvertement divisent le monde, sont arrivés, procède de l’utopie. Il faut déjà situer la responsabilité réelle de George Bush tant par rapport à l’histoire générale du monde ces huit dernières années, que par rapport à la défense des intérêts et de l’idéologie fondatrice des Etats-Unis d’Amérique. Le recours à des sondages faisant ressortir une impopularité réelle ou passagère du dirigeant d’une si grande nation multicolore, polyvalente et hyperpuissante, ne constitue en rien un outil crédible de jugement historico politique et diplomatique. George Bush entre dans l’histoire des Etats-Unis comme le Président qui a fait face avec détermination, au premier et au plus grand défi auquel ont été confrontés les Etats-Unis depuis le lancement du spoutnik par l’URSS en 1957, et la crise des missiles de Cuba. Les attentats du 11 septembre ont représenté pour l’Union, un moment de frayeur et de réveil aux implications multiples. Jamais les historiens n’écriront que le Président Bush fut incompétent à ce moment précis, ou qu’il engagea la mauvaise décision lorsqu’il annonça alors en réponse, une guerre totale et sans pitié contre les artisans de la civilisation de la barbarie. Obama n’a pas dit autre chose en réitérant dans son discours, après avoir prêté serment, que l’Amérique vaincra les extrémistes. B- La Bible, le canon, et la charité, pour la prééminence des Etats-Unis Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire des Etats-Unis, la conclusion est évidente sur la permanence d’une certaine incantation
22

biblique alliée à la détermination de protéger les valeurs essentielles contre l’ennemi, et la promesse de compassion active avec les faibles et les pauvres, dans une même logique globale d’affirmation de la puissance et de la prééminence. Aux Etats-Unis, la pire des injures c’est d’empêcher quiconque de croire à sa force, à son indépendance et à sa liberté, de s’en remettre à l’église de son choix. L’Amérique a toujours cru en sa force dans tous les sens, et l’extériorisation des valeurs de ce grand pays insulaire à des fins de domination, n’a jamais souffert de contestation. Ce n’est pas sur la domination du monde que les Américains pourraient se séparer ou se quereller, c’est sur les conséquences de la faiblesse ou de l’insuffisance de sa force par rapport au reste du monde, que les citoyens de ce pays ont toujours développé des dissensions. De la période qui va de 1914 à 2008, il est patent de voir s’étaler le génie d’une capacité de reconversion permanente, et la force d’un instinct de création de richesses que l’on ne retrouve chez aucun autre peuple. A chaque fois que le monde a semblé vaciller dans mille soucis, l’Amérique a émergé à nouveau comme une bête jamais défaite qui se relève pour finalement vaincre le chasseur. C’est au Président Wilson que l’on doit le traité de Versailles qui mit fin en 1918 à la Première Guerre mondiale. C’est ensuite à Truman que l’on doit l’érection de la stratégie globale du monde occidental contre le communisme. C’est à Roosevelt, que l’on doit le New Deal dont semble vouloir s’inspirer Obama. Personne n’oublie le ton et les envolées messianiques de John Kennedy. C’est à Nixon que l’on doit le formidable développement des industries de l’armement américain à la fin des années 1960 et le début de 1970. C’est à Carter que l’on doit les corrections de l’image des Etats-Unis après la déconfiture du Vietnam. C’est à Reagan que l’on doit la réaffirmation de la fierté des Etats-Unis et la justification des guerres pour la liberté. C’est à Bush père que l’on doit la préservation de l’unité territoriale des pays du Golfe après l’invasion du Koweït par l’Irak. C’est ensuite à Clinton que l’on doit la réincarnation d’une diplomatie de charme et de conquête avec une image compassionnelle rappelant Kennedy. C’est à George Bush fils, que l’on doit la volonté de démocratiser le monde arabe même contre sa volonté et le recentrage du rôle de l’Europe après la guerre froide.

23

Voici donc arrivé Obama, dans la même logique de correction qui traduit une constance de make and remake, check and balance, destroy and rebuild, dans la philosophie existentielle profonde d’une Amérique dominatrice et résolument chrétienne, une Amérique qui ne perd jamais et ne s’avoue jamais vaincue. L’homme est simplement entré dans un costume qui convenait à ses mesures et ses compatriotes l’ont accepté comme une solution pour déverrouiller les écrous dorénavant inadaptés ou mal ajustés. Il passera comme les autres. C- Réalité du mythe multiracial et réalisme de circonstance Le plus surprenant dans les mois à venir sera sans aucun doute, la réalisation par beaucoup, que l’Amérique est restée cohérente, et que l’identité du locataire de la Maison Blanche, n’est finalement que de trop peu d’incidence sur la marche du monde, et sur l’ordonnancement des intérêts vitaux des peuples, des Etats et des nations distincts. Peut-être comprendra-t-on alors et mieux, pour certains, comment un fils d’immigré, ce qui n’a rien vraiment d’exceptionnel au regard de l’évolution programmée de la société américaine, est devenu l’artisan d’un rêve construit sur mille passions, mille ambitions, et mille aventures. Ce n’est pas tant le tournant d’une longue pratique de coexistence des diversités et des différences qui fonde le phénomène, c’est l’urgence de l’élaboration d’une nouvelle étape à l’orée des nouveaux défis, et au sortir d’un nouveau cycle dans les mutations incontournables du monde. Tout comme beaucoup de Français avaient voté Sarkozy pour sacrifier un conservatisme devenu pesant et incarné par une classe politique redoutée et trahie, ici l’on est allé chercher dans l’habitude de la contradiction et la capacité légendaire de contestation institutionnelle et religieuse, pour promouvoir une nouvelle promesse et éclaircir de nouveaux horizons. Obama est arrivé à ce moment historique, et dans la mouvance d’exigences en quête de personnalité charismatique pour les incarner et les matérialiser. Il est plutôt surprenant que dans plusieurs analyses, l’on ait cru percevoir une forme de renonciation de ce que l’Amérique est profondément. C’est une méconnaissance de ce que les Américains ont exprimé avec passion et détermination à travers les urnes. Croire comme quelques attardés de l’intelligence que l’Amérique réparatrice de tous les
24

préjudices, mère de tous les fainéants, et fédératrice de tous les salauds des dictatures est sortie subitement des bois, est d’une déplaisante simplification. Parce que l’idéologie américaine est de façon substantielle à l’opposé des dictatures et de tous leurs comparses, il faut avec raison interdire aux meurtriers de la liberté et à leurs serviteurs organiques dont la plupart occupent des chaires d’université, de s’approprier Obama. Certains ont même hâtivement commis des livres. Taisez-vous !

22 janvier 2009

25

4.

4.

La diplomatie des autocraties chancelantes

Si la logique des relations internationales demeure celle du cynisme
des intérêts des Etats-nations, elle doit ce caractère de perversion morale et matérialiste aux prédispositions des uns et des autres selon la nature du système politique, le type de régime, et le niveau de participation des citoyens. Il ne devrait ainsi apparaître pour généralité, l’habitude de compromission de certains Etats, ou le laxisme voire la trahison de certains autres. En réalité, il dépend des dirigeants des Etats, en fonction de leur mode d’accession au pouvoir, de la qualité des relations avec leurs citoyens et de la qualification de la légitimité de leur pouvoir, de poser des actes sains ou des actes sales dans l’arène diplomatique mondiale. Dans la plupart des négociations qui meublent et animent la vie internationale, en fait, les relations de coopération, les rapports de force sont déterminés à la base par des éléments simples, mais structurels, qui permettent de déterminer de façon presque automatique, l’orientation de tout un chacun. Il est possible de prédire comment vote un régime de dictature protégé par telle ou telle grande puissance, selon qu’une question concerne le protecteur ou son rival. Depuis le lancement des négociations sur les APE, Nouveau partenariat économique imposé par l’Union européenne pour remplacer les vieux arrangements ACP, l’on assiste à un étalage classique des relations d’influence qui aboutissent à changer complètement la volonté d’un petit Etat, voire à le conduire à choisir des orientations contraires à ses intérêts à long terme.
27

A- Du principe et des dérogations Certes, le principe cardinal de la promotion des intérêts nationaux induit une spécificité devant laquelle nul ne peut ériger des contradictions ou des oppositions, sans remettre en cause l’essence même des relations internationales. La Côte-d’Ivoire ne peut pas avoir les mêmes intérêts en toute circonstance que la France, les Etats-Unis ou la Turquie. De même, il ne viendrait point à l’esprit de qui que ce soit de confondre les intérêts de la Chine par exemple, avec ceux de la Centrafrique ou du Tchad. C’est donc tout à fait normal que l’on retrouve les plénipotentiaires de ces Etats dans une diversité de positions et de votes, sur quelques questions d’importance de la diplomatie planétaire. Pourtant, à considérer un cas d’école qui est celui des APE que le Cameroun vient de signer en dépit de la forte opposition du groupe africain dans son ensemble, il apparaît clair, au regard de nos postulats mis en exergue tantôt, que la démarche des Etats peut par moments, constituer une rupture dans la planification stratégique des intérêts nationaux. Que se passe-t-il donc vraiment ? En somme, il faut revenir à la définition et à la conduite des relations internationales de l’Etat. Si c’est de l’exécutif et surtout de la plus haute autorité représentative de l’Etat, des armoiries et des emblèmes nationaux que relève la responsabilité des rapports avec l’extérieur, c’est néanmoins du peuple souverain, de sa conception de son destin et de la projection de ses ambitions, qu’émergent les pensées, les philosophies, et les stratégies subséquentes de toute démarche vers les peuples tiers. Il n’est de diplomatie assumée, viable, acceptable, et défendable par le peuple que celle qui, à la source, requiert son assentiment, et magnifie sa participation à la construction nationale à travers le choix libre des dirigeants. Les régimes autocratiques gèrent et opèrent pour eux-mêmes, leurs fantasmes et leurs relations de compromission, les décisions prises sur le plan diplomatique. Or, il est établi, par l’expérience, que l’Etat n’est plus qu’un jouet et une marionnette institutionnels, dès lors que son principal dirigeant agit, gouverne et se maintient grâce à la protection de puissances tierces. L’histoire diplomatique a donné un nom à ce genre de curiosité institutionnelle : république bananière.

28

B- Le drame de la division L’on admet que, dans des cas de politique élaborée à l’occasion des causes pamphlétaires ou ultra humanistes à dessein, ce à quoi ont pu ressembler les luttes anti colonialistes trop vertueuses des années 1960 ou encore les diatribes anti apartheid, tous les Etats fassent amende honorable en se prononçant de façon cohérente et positive. Il s’agit, il convient de le souligner, de situations où, idéologiquement parlant, il n’est possible pour personne de soutenir une position négative, sans tomber dans le ridicule. Ici, les puissances dominantes tolèrent d’autant mieux les diatribes, que celles-ci n’enlèvent rien à leurs intérêts spécifiques. C’est justement le saut dans la configuration ou l’expansion des intérêts colossaux, immédiats et précis, qui expose le degré de cynisme, d’impérialisme, et de possession des puissances. Les APE initiés par l’Europe, tracent la voie d’un nouvel âge de domination absolue des pauvres par les riches. Il s’agit d’exiger des pays faiblement industrialisés, ce que sont la plupart des pays africains, de sacrifier leurs petites unités de production et de laisser grandement ouverts, leurs marchés. En somme, c’est une demande formulée à une maman, de laisser ses bébés se battre avec des adultes tout en sachant qu’ils n’ont aucune chance de survie. C’est la corde donnée à un être humain pour se pendre. Voilà ce que sont les APE que quelques autocraties idiotes ont signé ou vont signer, pour garantir la continuité des privilèges de protection des pouvoirs personnels des potentats. Le sens de la division fut de tout temps une arme toute bête du plus fort en face des petits aux allures d’agneaux mouillés. Même au plus fort des années glorieuses de cette fameuse majorité automatique avec laquelle la tricontinentale Afrique-Asie-Amérique latine et pacifique domina les relations internationales, il était toujours possible de voir, à une occasion quelconque, un Etat fantoche se désolidariser. Aujourd’hui, les enjeux se présentent différemment dans la mesure où la division n’intervient plus comme extrapolation d’une volonté de privilégier un camp idéologique, mais plutôt de fructifier des relations personnelles mafieuses, sales, obscures.

29

Il ne faut pas voir dans cette lourde dénonciation, une volonté de trahir certains régimes où la démocratie et les élections libres et transparentes demeurent des denrées proscrites. Non, nous n’en sommes pas à conduire un procès. Ce qui nous intéresse et nous préoccupe, c’est de préparer les jeunes citoyens, à maîtriser ce qui se fait en bien ou en mal en leur nom, et certainement pour un destin sombre. Nous voulons montrer, mais davantage expliquer, que ceux qui signent à Yaoundé, Abidjan, Dakar ou ailleurs, en se désolidarisant d’un mot d’ordre de groupe à l’échelle régionale ou sous régionale, obéissent à des ordres logiques selon leur nature, leur légitimité, et leur peur de perdre le pouvoir du pouvoir. C- Echange inégal Chaque jour qui passe, nous ramène à l’évidence de la permanence de l’échange inégal entre les nations. La mondialisation, articulation d’une transformation de la planète en un majestueux village homogène, n’est qu’un leurre effroyable et sans doute la plus terrible mystification dans l’analyse des phénomènes sociaux. N’allez pas dire que les entreprises du groupe Bolloré ou Lafarge, entreront dans une compétition saine et loyale, avec celles du groupe Fotso ou Kadji. Ce n’est pas le fabricant de chaussures implanté à Dakar, qui rivalisera avec les maîtres italiens du cuir sans se casser la gueule à très brève échéance. Mais que vendront donc les entreprises gabonaises ou ougandaises à l’Europe, en échange de tous ces outillages de pointe qui seront déversés sur leurs marchés ? La tentation de crier à la trahison n’est pas loin, de même que la hargne de vouloir dès maintenant préparer les procès de ces régimes condamnés à vendre leurs âmes pour la seule consécration des dictateurs qui les gouvernent. Le jugement de l’histoire continuera de retenir, comme une incontournable et amère leçon, que la faute des peuples dont les richesses sont ainsi bradées, est de ne pas savoir se révolter.

29 janvier 2009

30

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.