Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,15 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Angola

De
144 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1988
Lecture(s) : 280
EAN13 : 9782296263901
Signaler un abus

Collection

«Points de vue concrets»

L'Afrique Australe à L'Harmattan
BEAUDET p.: Les grandes mutations de l'apartheid, 200p. CAHEN M.: Mozambique - la révolution implosée, 175p. CHONCHOL M.-E.: Guide bibliographique du Mozambique, 136p. COHEN et SCHISSEL: L'Afrique australe de Kissinger à Carter, 192p. Commission d'enquête: La France et l'apartheid, 224p. FRITZ J-C: LA Namibie indépendante -les coûts d'une décolonisation retardée, 288p. GRÉGOIRE L-J: Le Zimbabwe - évolution économique et perspectives, 36Op. Groupe des Sages du Commonwealth: Vers une solution négociée en Afrique du Sud, 19Op. MELI F.: Une histoire de l'ANC (Afrique du Sud), 314p. MONDLANE E.: Mozambique, de la colonisation à la libération nationale, 26Op. 0' DA SILVA A: L'Afrique australe à la recherche d'une identité, 172p. PICHON R.: Le drame rhodésien - Résurgence du Zimbabwe,

248p. RIGAULT J. et SANDOR E.: Le démantèlement de l'apartheid, 286p. SEVRY J.: Chaka, empereur des Zoulous, 252p. VER SCHURR, LIMA...: Mozambique, 10 ans de solitude, 182p. VON GARNIER Ch.: Namibie - les derniers colons d'Afrique, 192p.
4e Congrès du FRELIMO: Du sous-développement au socialis-

me au Mozambique, 2oop.

Coordonné par Pierre Beaudet

ANGOLA

Bilan d'un socialisme de guerre

L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - Paris

Note sur les auteurs
Pierre Beaudet est chercheur au Centre d'infonnation et de documentation sur le Mozambique et l'Afrique australe (CIDMAA) à Montréal. Daniel dos Santos enseigne la sociologie à l'Université d'Ottawa. Frank Luce est avocat spécialisé en droit du travail à Toronto. J. Murray MacInnes est pasteur de l'Eglise Unie du Canada et présentement directeur d'un centre de fonnation agricole à Huambo en Angola. Les auteurs remercient le Programme Angola du Conseil canadien pour la coopération internationale pour l'appui accordé à la préparation de ce livre. Les textes n'engagent cependant que leurs auteurs.

Pierre Beaudet a déjà publié: Les grandes mutations de i'apartheid, L'Hannattan, 200 p.

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1261-0

AVANT-PROPOS

L'Angola, qui a fait pendant quelques années les manchettes de la presse internationale, reste encore un territoire largement inconnu pour les non-Angolais. Déchiré par une guerre féroce et polarisé entre les deux frères ennemis du nationalisme angolais, le pays est demeuré à peu près inaccessible, tant du côté du gouvernement du MPLA que dans les zones contrôlées par l'UNITA. Pourtant, l'itinéraire de ce pays africain a eu une grande influence sur le continent et même au-delà. Avec l'accession du pays à l'indépendance en 1975, un nouveau cycle politique s'ouvrait dans le tiers monde. Entre les espoirs de construire le «socialisme» anti-impérialiste d'un côté et la mobilisation ouverte contre la «menace soviétique» de l'autre, bien peu sont restés totalement indifférents. Maintenant que la paix revient à I'horizon, une nouvelle étape commence, dont les mots clés sont reconstruction, réconciliation, paix et développement. Au moment où ces nouveaux débats s'amorcent, il apparaît cependant important de tenter un bilan de l'expérience angolaise. En Angola, le travail est déjà amorcé. L'opinion populaire en a tracé les grandes lignes: «ce fut une grande tragédie» entendon maintenant partout à Luanda... Les textes qui suivent ne prétendent pas clore cet exercice qui est et devra être développé d'abord et avant tout par les Angolais eux-mêmes. Ayant eu la chance de participer d'assez près à l'expérience angolaise, en tant que chercheurs, mais aussi en tant que militants activement engagés dans la solidarité avec le peuple angolais, nous voulons cependant partager nos réflexions qui portent essentiellement sur deux thèmes:

5

- l'analyse du processus politique et militaire en Angola depuis l'indépendance; - les éléments du bilan de ce qu'il faut bien appeler l'échec d'un projet se définissant comme socialiste, en Angola. Un grand nombre de personnes ont contribué à cette recherche, parmi lesquelles My dos Santos, Patricio Vilar, Carlos Machado, Fernando Pacheco et Brian Wood. Notons aussi le précieux appui de Marie-France Hugon, pour la révision du texte. Nous les remercions tous et toutes, tout en assumant nous-mêmes le contenu de nos propres écrits. Pierre Beaudet octobre 1991

6

Points de repère
Superficie: 1 246 700 km2 Date d'indépendance: 11 novembre 1975 Langues: portugais (officielle), umbundu, kimbundu, kikongo, chokwe Principales villes: Luanda (Capitale: 1 million d'hab.), Huambo, Benguela Population: 8,9 millions, dont 42% de moins de 15 ans Main-d'œuvre l'agriculture active: 3,710,900 (1985) dont 70% dans

Espérance de vie (moyenne): 42 ans (hommes), 44 ans (femmes) Taux de mortalité infantile: 37,5% (0 à 5 ans) Taux d'analphabétisme: 51% Économie: PNB $650,00 (US) par personne Importations: Biens d'équipement, produits chimiques, pharmaceutiques et médicaux, produits alimentaires. Principales exportations: Pétrole (:!:96% en 1985), café, diamants Principaux partenaires France, URSS, Brésil commerciaux: USA, Portugal,

Agriculture: Secteur le plus important de l'économie (50% du PNB).

7

Guerre

en Angola,

M. Maspero

8

Chronologie succinte 1482 Diego Cao aborde la côte portugaise. Début de la traite des esclaves. 1878 La fm de la traite. L'Angola avait perdu 7 millions d'individus. 1914 Première grande révolte anti-coloniale à Cuanhama. 1928 Le fascisme s'installe au Portugal. 1956 Fondation du MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola). 1961 Répression d'un soulèvement populaire à Luanda (3000 morts). Début de la lutte année. 1962 Formation du FNLA (Front national pour la libération de l'Angola). 1966 Création de l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola). 1974 Renversement du régime fasciste au Portugal. 1975 Gouvernement de transition à Luanda formé par les 3 mouvements. Début de la guerre. 1979 José Eduardo dos Santos succède au président défunt Agostinho Neto. 1980 Début des invasions par l'Afrique du Sud. 1988 Défaite de l'Afrique du Sud à Cuito Cuanavale. 22 décembre, accord de paix à New York. 1989 Début des pourparlers entre le MPLA et l'UNITA. 1991 Signature d'un accord pour la paix et la tenue d'élections libres.

9

Railwavs Proposed railextensions Roads ",~ ';:? ;,~~.: .
',.>.;';
"

,

';>.' ,",,' "

""

..'

,.~

. A" ;;', . ....

...

o
....

CHAPITRE 1 L'ANGOLA... MALGRÉ TOUT...
par Pierre Beaudet

Révolution en Afrique En 1974, un tremblement de terre politique traverse l'Afrique. A la suite du coup d'Etat qui renverse le pouvoir fasciste à Lisbonne, les colonies africaines du Portugal amorcent leur sprint final vers l'indépendance. En Angola, la «perle» de l'empire, la crise est intense. Des accords de passation des pouvoirs sont signés en janvier 1975 entre le gouvernement portugais et les trois mouvements nationalistes en présence, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA), le Front national pour la libération de l'Angola (FNLA) et l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA). Mais rapidement, le processus dérape. Les 300 000 colons portugais abandonnent le pays en détruisant tout ce qu'ils doivent laisser derrière. En juillet, les confrontations armées entre le MPLA d'une part, et le FNLA et l'UNITA d'autre part, se généralisent à Luanda et très bientôt, une véritable guerre civile fait rage, à laquelle s'ajoute une importante intervention étrangère. Les Etats-Unis entreprennent d'aider le FNLA à s'emparer du pouvoir. L'Afrique du Sud, pour sa part, lance ses soldats aux côtés de l'UNITA. Enfin, le MPLA présidé par Agostinho Neto, fait appel à Cuba et à l'Union soviétique. La guerre qui prend une ampleur énorme aboutit, quelques mois plus tard, à une victoire décisive du MPLA. Finalement, en novembre 1975, Neto proclame l'indépen11

dance de la République populaire de l'Angola. Ces événements revêtent une importance décisive en Afrique et même au-delà. Les changements en Angola sont perçus comme l'amorce d'une nouvelle phase dans la lutte contre l'impérialisme et pour le socialisme, comme le souligne à l'époque nul autre que Fidel Castro: «L'Afrique est aujourd'hui le maillon faible de l'impérialisme. C'est là qu'existent des perspectives excellentes pour pouvoir passer presque du tribalisme au socialisme sans avoir à traverser les diverses étapes qu'ont da parcourir quelques autres
régions du monde.»(l}

A Luanda, le MPLA adopte un nouveau programme qui met directement et explicitement à l'ordre du jour l'installation du socialisme(2}.Lors de son premier congrès (octobre 1976), le MPLA prend la peine de préciser que ce socialisme n'est pas le «soi-disant socialisme africain, mais celui qui se réfère sans équivoque à la liquidation du système d'exploitation de l' homme par l' homme, le socialisme scientifique de Marx, Engels et Lénine.» Ce langage, on l'imagine, terrifie non seulement les capitales occidentales, mais surtout les derniers bastions blancs d'Afrique du Sud, de Namibie et de Rhodésie. Par contre, la victoire du MPLA a un effet d'électrochoc sur les populations noires. A Soweto, en juin 1976, les jeunes étudiants sud-africains affrontent la police en brandissant des photos d'A. Neto. En Namibie, le mouvement nationaliste SWAPO qui piétine depuis 15 ans, s'apprête à se lancer à l'assaut du pouvoir colonial, comme les guérilléros de la ZANU et de la ZAPU en Rhodésie blanche.
1. Entrevue dans Afrique Asie. n0135, 16/5/77. 2. Ce qui représente une rupture avec les orientations historiques du MPLA qui avaient été traditionnellement définies comme strictement nationalistes. «Nous ne pouvons être traités de communistes» affirmait encore en 1975 A. Neto: «nous ne pouvons instaurer ce système en Angola, mais nous pouvons installer un régime démocratique et populaire.» Cité dans Angola. la lutte continue. par le Groupe Afrique centrale du CEDETIM, François Maspero 1977.

12

Plus de 15 ans plus tard, l'expérience angolaise soulève encore l'imagination des jeunes Africains. Dans les townships sud-africains, encore en 1991, les militants de l'ANC dansent au rythme de chansons proclamant la gloire de l' «Angola socialiste». La crise qui traverse le pays commence pourtant à être reconnue par les organisations antiapartheid. Mais la «grille de lecture» qui prédomine permet d' «expliquer» simplement cette crise: c'est l'impérialisme, c'est la déstabilisation mise en place par l'Afrique du Sud: «si le projet socialiste a été défait en Angola, c'est à cause de ces agressions». Parallèlement au sentiment «populaire», toute une littérature, d'origine sunout anglo-américaine, entreprend de démontrer cette thèse en long et en large(3):A l'exception d'une poignée de recherches (parmi lesquelles notons deux importantes publications parues en France dans les années 70), cette vision a largement prédominé jusqu'à tout récemment(4). En fait, il faut se rappeler le contexte de l'époque. Ce qui dominait au sein des mouvements de libération nationale et de leurs alliés dans le monde était un profond sentiment d'euphorie. La débandade de l'armée sud-africaine dans le sud de l'Angola, celle de la CIA agissant au Zaire et avec le FNLA, apparaissaient comme l' «élément principal», la «première étape» nécessaire dans la longue lutte pour la libération de l'Afrique. Il fallait passablement de courage pour affirmer que le MPLA n'avait pas défini son projet autrement que par de vagues définitions marquées au sceau de l'autoritarisme et du bureaucratisme, que ses bases sociales étaient extrême3. Notamment J. Hanlon, Beggar your Neighbours (James Currey, Londres, 1986) et P. Johnston et D. Martin, Destructive Engagement, Southern Africa At War (ZPH, Harare, 1986). Plus spécifiquement sur l'Angola, notons Angola in the Frontline. (Londres, Zed Press, 1983). L'analyse plus nuancée de Colin Legum et Tony Hodges reproduit cette vision, dans After Angola, the War over Southern Africa, (Londres, Rex Collings, 1976). 4. L'œuvre du CEDETIM déjà citée en est une. L'autre est présentée dans l'analyse de Claude Gabriel, Angola: le tournant africain? (paris, La Brèche, 1978).

13

ment étroites (confinées à une fraction de la petite bourgeoisie urbaine) et que ses pratiques répressives empêchaient véritablement toute mobilisation populaire. Pourtant, déjà en mai 1977, la véritable nature du régime était apparue plus ouvertement à la suite d'une tentative ratée de coup d'Etat par Nito Alves, un des leaders charismatiques du MPLA possédant une base d'appui populiste dans les bidonvilles de Luanda. Le coup dont les motivations demeurent obscures (si ce n'est la stricte lutte de pouvoir entre les diverses factions à la tête du MPLA) est alors le prétexte d'une vaste opération de répression. Plusieurs centaines de cadres du MPLA, mais aussi des organisations populaires, sont exécutés sommairement. L'administration est «expurgée» brutalement et toute dissidence est désormais interdite. Une pesante chape de plomb s'abat alors sur la société(S). Par la suite, l'expérience angolaise perd beaucoup de son attrait, par rapport par exemple à celle qui prévaut au Mozambique(6). A travers les guerres et les invasions sudafricaines qui occupent le devant de la scène dans les années 80, la dynamique spécifique de l'Angola est largement ignorée. L'Angola devient la première tranchée de la «ligne de front» contre l'apartheid, dans une bataille gigantesque qui fait basculer l'Afrique australe et qui s'achève à Cuito Cuanavale en février 1988.

5. Voir à ce sujet C. Gabriel, op. cit. et Pierre François, L'Angola cinq ans après, texte ronéo, SUCO, mai 1980.

6. Dontle bilan commence peineà être tracé, en dépit et auà
delà d'une décennie de domination de la part des apologistes du FRELIMO, presque tous d'origine anglo-américaine. Dans la nouvelle veine, davantage critique, voir à ce sujet Christian Geffray, (Anthropologie d'une guerre, Paris, Karthala, 1990) et Michel Cahen (La révolution implosée, Paris, L'Harmattan, 1989).

14