Armes et guerriers du Caucase

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A travers l'étude des traditions guerrières, tout un pan de l'ancienne civilisation des peuples du Caucase est dévoilé. Après une brève évocation de l'identité et de l'histoire des peuples caucasiens, l'étude présente dans une première partie leurs traditions martiales, et le contexte social et économique de la production et de l'emploi des armes dans l'ancien Caucase. La seconde partie est un catalogue des types d'armes des XVIIè-XIXè siècles, avec une illustration abondante.
Publié le : dimanche 1 juin 2008
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EAN13 : 9782296200579
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ARMES ET GUERRIERS DU CAUCASE

DU MÊME AUTEUR (travaux en rapport avec le Caucase): Aux éditions du Portail LES ARMES COSAQUES ET CAUCASIENNES traditionnelles d'Europe orientale, 1990. LES ARMES ORIENTALES, 1992. Aux éditions Terre Noire HISTOIRE DES COSAQUES, 1995. Aux éditions Errance
LES CHRÉTIENS DISPARUS DU CAUCASE, histoire et archéologie du christianisme au Caucase du Nord et en Crimée (avec V. Kouznetsov), 1999. ARMES ET GUERRIERS BARBARES au temps des Grandes Invasions, IVe-VIe siècles, 200 l. LES SCYTHES, la civilisation nomade des steppes, VIIe-IIIe siècles avo J-C,200l. LES SARMATES, amazones et lanciers cuirassés entre Oural et Danube, VIIe siècle avo J-C - VIe siècle, 2002. LES CIMMÉRIENS, les premiers nomades des steppes européennes, IXeVIIe siècles avo J-C, 2004. LES ALAINS, cavaliers des steppes, seigneurs du Caucase (avec V. Kouznetsov), 2émeédition, 2005. LES NOMADES, les peuples nomades de la steppe des origines aux invasions mongoles, !Xe siècle avo J-C - XIIIe siècle ap. J-C, 2éme édition, 2007.

et

les

armes

Iaroslav LEBEDYNSKY

ARMES ET GUERRIERS DU CAUCASE
Les traditions guerrières des peuples caucasiens

L'Harmattan

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

(Ç)

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1({i)wanadoo. fr ISBN: 978-2-296-058491 EAN : 9782296058491

Remerciements J'adresse de sincères remerciements à tous les amis, collègues et correspondants qui ont facilité la réalisation de ce livre et ont, au fil des années, enrichi mes connaissances et ma documentation: -en France: Alexandre Bobrikoff, Jean-Jacques Buigné, Gérard Gorokhoff, et les présidentes successives de l'Association ossète en France, Thérèse Naskidachvili-Bitaroff et Lora Arys-Djanaïéva, qui ont été mon lien vivant avec le Caucase; -en Allemagne: Gerd Rampacher et Kurt Kollwig;

-en Russie: Emma Astvatsatourian, dont les travaux constituent désormais la référence ethnographique ultime sur les armes

caucasiennes, et Issa Askhabov qui comme moi - mais dans des circonstances autrement difficiles - travaille à faire comprendre la valeur culturelle et patrimoniale des armes traditionnelles; et, au Caucase, mes collègues Vladimir Kouznetsov, Sergueï Pérévalov, Tamerlan Kambolov, grâce auxquels ma documentation archéologique s'étoffe sans cesse, et Mykola Serhiïenko, président de l'Association pour la culture ukrainienne au Kouban;
-aux Etats-Unis: Jim Mc Dougall, chercheur inlassable de textes rares et d'armes curieuses.

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LE CAUCASE Limites politiques actuelles
: Frontières internationales (2005) : Limites des entités autonomes : Frontières contestées, mouvements

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Ad. : Adyghéïe ; K-Tch. : Karatchaï-Tcherkessie ; K-B. : Kabardino-Balkarie; ON-A. : Ossétie du Nord-Alanie ; O.S. : Ossétie du Sud; Ing. :. Ingouchie ; Adj. : Adjarie; Nakh. : Nakhitchévan ; H"K. : Haut-Karabagh (Artsakh).
K. : Krasnodar; S. : Stavropol' ; T. : Tbilissi; E. : Erevan; B. : Bakou.

Avant-propos Ce livre traite des pratiques guerrières et des armes traditionnelles du Caucase et de ce qu'elles nous apprennent des peuples et des cultures de cette partie du monde, sur les plans militaire mais aussi économique, social, voire religieux ou artistique. Le sujet est vaste, coloré, et a repris ces dernières années une actualité tragique, tant il est vrai que les conflits actuels dans cette région du monde prolongent ceux des siècles passés. L'étude sera menée en deux temps. Dans une première partie, après avoir brièvement présenté les peuples du Caucase, on examinera leurs traditions guerrières et la place qu'occupaient les armes dans leurs cultures et leur économie. La seconde partie constitue un catalogue de l'armement de la période que l'on pourrait qualifier de « classique », et qui va du XVIIIe au début du XXe siècle. L'immense majorité des armes conservées aujourd'hui a été produite à cette époque. Les sources Les sources des connaissances actuelles sont assez variées.

Les sources écrites sont nombreuses - mais proviennent dans leur immense majorité d'observateurs étrangers: voyageurs occidentaux, mais aussi arabes ou persans et ottomans, militaires et fonctionnaires russes en poste au Caucase, etc. Certains de ces textes seront régulièrement cités, comme ceux des Italiens Giorgio Interiano (milieu du XVIe siècle) et Giovanni di Lucca (vers 1625), du Turc Evliya Tchelebi (1666), du Polonais Jan Potocki (fin du XVIIIe siècle) et de son disciple allemand Julius Klaproth (début du XIXe siècle). On trouve des renseignements utiles chez des écrivains russes comme Pouchkine, Lermontov et Tolstoï, qui connurent tous les trois le Caucase, voire dans le récit de voyage, pourtant passablement enjolivé, d'Alexandre Dumas - qui était un grand amateur d'armes. Il faut y ajouter d'innombrables rapports

administratifs, judiciaires de vue évidemment intéressantes.

et militaires russes qui, malgré leur point unilatéral, fourmillent d'anecdotes

L'iconographie est assez abondante pour la période que j'ai qualifiée de « classique» : gravures, tableaux, dessins, et aussi les premières photographies prises au Caucase au XIXe siècle. Il est vrai que ces dernières, posées avec soin, comportent souvent des éléments artificiels, comme des paysages peints ou des accessoires d'atelier. Néanmoins, personnages, costumes et armes sont authentiques, et ces documents sont irremplaçables pour certains détails. Les enquêtes ethnographiques, commencées dès le début de la conquête russe du Caucase, sont encore possibles ou l'étaient en tout cas il y a peu. Dans la mesure où la production n'a jamais complètement cessé en certains endroits (par exemple à Koubatchi, dans le Daghestan), il y a aussi beaucoup à apprendre des artisans actuels. Les travaux scientifiques ou de vulgarisation consacrés aux armes caucasiennes sont principalement rédigés en russe, et l'un des objectifs du présent travail est d'en rendre les données essentielles accessibles au public occidental. Cependant, mon ouvrage est assez différent, par son organisation et son contenu, de ceux de mes collègues russes. Ceux-ci ne traitent que des armes « classiques» des XVIIIe-XXe siècles et ignorent en pratique la généalogie de ces modèles, les types antérieurs (sabres «tatars »), et aussi un certain nombre d'armes périphériques comme les « yatagans transcaucasiens » ou les grands coutelas à monture de poignard. Ils se concentrent sur le rattachement des armes à des régions et des centres de production donnés, ce qui les conduit à une étude par zones (Caucase du Nord-Ouest, Ciscaucasie centrale, Géorgie, Daghestan).

Ce travail ethnographique est essentiel, et je lui rends un hommage d'autant plus sincère que j'y ai puisé moi-même beaucoup de connaissances. Mais il n'est pas directement accessible au public 8

occidental qui, avant d'entrer dans les détails subtils d'attribution d'un style de décor ou d'un modèle de lame aux Tchétchènes plutôt qu'aux Géorgiens, ou à telle ou telle des nombreuses ethnies du Daghestan, voire à un village ou à un artisan précis, a besoin de données beaucoup plus générales. Il existe en effet très peu d'ouvrages en français ou dans d'autres langues occidentales; le lecteur en trouvera la liste dans la bibliographie. On peut y ajouter les catalogues de marchands spécialisés et ceux des ventes aux enchères - à condition, bien sûr, de ne pas prendre pour parole d'Evangile les descriptions et identifications des experts. Il y enfin, bien sûr, les armes elles-mêmes, qu'il faut avoir vues, manipulées, voire portées (c'est, si l'on veut, de l'ethnologie expérimentale), pour pouvoir en parler sérieusement. De ce point de vue, la fréquentation des grandes collections, ou la lecture de leurs catalogues quand ils existent, est nécessaire, mais pas suffisante. La contemplation à travers une vitrine ne restitue pas la texture d'un matériau, le poids d'un objet, la prise en main d'une monture de sabre ou d'une crosse de pistolet. Les armes caucasiennes sont heureusement assez nombreuses sur le marché des antiquités pour que s'offrent des occasions d'y toucher. L'arme renseigne sur elle-même et sur ses fabricants par ses caractéristiques techniques, ses matériaux, ses décors, et le cas échéant par les marquages ou poinçons qu'elle comporte. Mais ces informations n'ont de valeur que replacées dans un contexte historique, culturel, technique.
Illustrations

Le format et les caractéristiques techniques de l'ouvrage ont dicté le choix d'une illustration sans prétentions esthétiques, destinée avant tout à informer le lecteur et à compléter le texte. Ces impératifs expliquent la prédominance des dessins, souvent préférables à des photographies moins lisibles. 9

Transcriptions

Par nature, ce livre brasse les langues et les peuples, et le Caucase est de ce point de vue une région particulièrement complexe. Dans un souci de simplification, toutes les transcriptions de noms et mots caucasiens sont faites « à la française» et non suivant les systèmes scientifiques généralement employés, difficilement lisibles par un non-spécialiste. Les principales conventions sont les suivantes:
-les voyelles surmontée d'un accent circonflexe -le Ii ossète est un a breftirant sur è ; sont longues;

-kh équivaut au ch allemand dans Buch ou à lajota espagnole; gh en est la version sonore (un peu analogue au r grasseyé français) ; -q est un k d'arrière-gorge (qâf arabe; le son existe dans les langues turques et certaines langues caucasiques et iraniennes) ;
-y utilisé comme voyelle est, en russe, une sorte de i prononcé en reculant la langue; dans les langues turques et en ossète, c'est une voyelle réduite analogue au e français dans petit ; -l'apostrophe suivant une consonne indique en russe sa palatalisation (<< mouillure» : n', par exemple, a le soin du français gn dans agneau). Dans les langues du Caucase, elle marque la glottalisation (l'articulation de la consonne est accompagnée d'une occlusion glottale).

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Caucase,

Russie,

Orient,

islam...

les armes caucasiennes sont qualifiées de « russes» - ce qui se comprend du point de vue politicohistorique mais constitue un abus de langage sur .Ie plan culturel. Il est amusant de noter que les Russes, eux, parlaient au XIXe siècle d'armes «asiatiques», ce qui n'était guère plus heureux! Elles sont encore plus fréquemment assimilées au monde « oriental» ou « islamique ». Il existe évidemment des liens, qui seront étudiés ici, entre l'armement caucasien et ottoman, perse, ou centre-asiatique. Mais il y en a d'autres, plus anciens, avec le monde nomade des steppes eurasiatiques. La notion d'« Orient », aux limites fluctuantes, n'a guère d'utilité. Quant à l'islam, il n'a rien à faire ici. Comme on le verra, le Caucase est loin d'être une région globalement musulmane. Le concept d'armes « islamiques» doit de toute façon être rejetée. Au Caucase comme, par exemple, dans les Balkans, l'armement et les traditions militaires des populations chrétiennes et musulmanes était globalement le même, alors qu'il n'y a aucun rapport entre les armes des musulmans du Daghestan et celles des musulmans d'Afrique du Nord ou d'Indonésie! Les armes précisément caucasiennes sont ce qui fait leur intérêt. caucasiennes

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Les principaux

peuples du Caucase

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Introduction:

la « Montagne des Langues »

Les armes traditionnelles du Caucase ouvrent de nombreuses perspectives sur les cultures des peuples de la région. Inversement, leur étude est impossible sans quelques notions de ('histoire et de l'ethnographie du Caucase. La première et principale donnée à bien comprendre, c'est l'extrême diversité ethnique et linguistique du Caucase, à laquelle s'oppose la relative unité de certaines traditions - notamment militaires. La situation est un peu comparable à celle des Balkans, où les populations grecque, turque, albanaise, serbe, etc., ont en commun certains vêtements, certains plats, des thèmes musicaux... et des armes, tout en parlant des langues différentes. Mais au Caucase, le tableau est encore bien plus complexe. Les géographes arabes médiévaux parlaient de « Montagne des Langues », et des ethnographes occidentaux, plus récemment et moins poétiquement, de « conservatoire des ethnies périmées» ! Les deux versants de la« Montagne des Langues»

Parler« du » Caucase est d'ailleurs difficile. Géographiquement, il s'agit de l'isthme qui s'étend entre la mer Noire et la mer Caspienne. Mais la chaîne du Grand Caucase, orientée du nordouest au sud-est entre les deux mers, est une formidable barrière dont les sommets culminent à plus de 5000 m (Elbrouz: 5642 m ; Kazbek: 5047 m), séparant deux mondes assez différents.
Au nord, la Ciscaucasie ou Caucase du Nord s'ouvre sur les steppes d'Europe orientale avec lesquelles elle a toujours entretenu des rapports étroits. Les nombreux peuples de cette zone ont peu créé, au cours de l'histoire, d'Etats durables, et ont vécu la plupart du temps répartis en tribus indépendantes ou soumises plus ou moins théoriquement aux royaumes et empires septentrionaux jusqu'à la conquête russe au XIXe siècle. Au sud, la Transcaucasie débouche sur le Proche-Orient, particulièrement sur les territoires qui forment aujourd'hui l'Iran et

la Turquie. La situation ethnique y est relativement plus simple, et les traditions étatiques plus affirmées, comme celles des grands royaumes antiques et médiévaux d'Arménie et de Géorgie. La Transcaucasie a souvent été disputée entre les empires voisins et rivaux (à l'époque moderne: ottoman et persan), jusqu'à ce que les Russes écartent leurs compétiteurs pour s'emparer eux-mêmes de la région.

Les crêtes du Grand Caucase (ici vues d'Ossétie du Nord): forteresse naturelle.

une formidable

Cette limite géographique et historique a aussi constitué à diverses époques une frontière politique, et c'est de nouveau le cas depuis la désintégration de l'Union soviétique en 1991 : le Caucase du Nord est inclus dans la Fédération de Russie sous la forme de deux territoires (Krasnodar et Stavropol') et sept républiques (Adyghéïe, Karatchaï- Tcherkessie, Kabardino-Balkarie, Ossétie du Nord-Alanie, Ingouchie, Tchétchénie et Daghestan) ; comme on le sait, l'appartenance à la Russie a été remise en cause par une partie des Tchétchènes. La Transcaucasie constitue désormais trois Etats 14

indépendants: la Géorgie (dont se sont séparées l'Ossétie du Sud), l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

l'Abkhazie

et

Il n'y a pas, entre les deux versants du Caucase, de coupure absolue. Les Abkhazes, qui habitent au sud, se rattachent en fait par la langue aux peuple adyghés (<< tcherkesses ») du nord. Les Ossètes occupent même un territoire à cheval sur les crêtes. De tous temps, il a existé des contacts entre nord et sud, qui se faisaient par des passages dotés d'une immense valeur stratégique
-

essentiellement le col de Kloukhori vers l'Abkhazie, la passe de

Derbent le long de la côte du Daghestan, et celle de Darial, la «Porte des Alains» au nord de la Géorgie. Les armes traditionnelles sont une parfaite illustration de ces liens qui ont contribué à donner à la notion générale de «caucasien» un contenu culturel concret. Malgré tout, comme on butera ici en permanence sur des différences entre les deux zones, il est utile de présenter séparément leur ethnographie et les grandes lignes de leur histoire. Caucase du Nord: la mosaïque des peuples

Le Caucase du Nord est caractérisé par un très fort morcellement ethnolinguistique: sur un territoire de la taille de la Belgique cohabitent plus de trente peuples, dont certains, minuscules, n'occupent guère qu'une vallée ou quelques villages. Ces peuples se rattachent à trois souches linguistiques indépendantes: caucasique, iranienne - donc indo-européenne - et turque (on ne confondra pas les adjectifs «caucasien », dont le sens est géographique, et « caucasique », qui a une signification linguistique). Dans leur immense majorité, ils sont de type europoïde ; seuls les peuples de langue turque, surtout les Nogaï, comprennent des éléments mongoloïdes. Les peuples de langue caucasique du Nord sont, vraisemblablement, les aborigènes de la région. Ils se répartissent en trois groupes assez lointainement apparentés:

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LE CAUCASE DU NORD

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-le groupe caucasique du Nord-Ouest comprend les peuples « tcherkesses» au sens large: Adyghés, Tcherkesses au sens strict, Abaza, Kabardes, et aussi les Abkhazes qui, comme on l'a signalé, résident en Transcaucasie, mais appartiennent à cet ensemble caucasique du Nord-Ouest. Sans doute aborigènes dans la région du Kouban, ces peuples ont été connus dans l'Antiquité puis au Moyen Age sous différentes appellations: Méotes (quoique les Méotes aient pu comporter aussi un élément iranophone scythosarmate), Apsiles, Saniges, Abasgues, Zikhes, Kerkètes, etc. « Tcherkesse» est une appellation d'origine incertaine - malgré des étymologies populaires sans doute fantaisistes - qui a fini, sous la plume des étrangers, par désigner les AdyghésTcherkesses-Kabardes. Elle s'est même étendue au XIXe siècle, de façon tout à fait impropre, à d'autres montagnards du Caucase, mais on lui conservera ici son sens traditionnel. Contrairement aux anciens Méotes, Apsiles ou Saniges, dont les petits Etats furent « clients» de Rome ou alliés à Byzance, contrairement aussi à l'Abkhazie qui forma un puissant royaume avant d'être annexée par la Géorgie en 1020, les Tcherkesses n'ont jamais eu de 16

tradition étatique développée au-delà du niveau de la tribu. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, le nombre de ces tribus oscillait entre dix et vingt. -Le groupe caucasique du Centre-Nord est celui des Tchétchènes et Ingouches, que l'on réunit aujourd'hui sous l'appellation de Vaïnakhs (une expression indigène signifiant « notre peuple»). Là aussi, l'organisation traditionnelle est demeurée liée à des groupes tribaux, appelés teïp. -Le groupe caucasique du Nord-Est (au Daghestan) rassemble grand nombre de peuples généralement peu nombreux, dont principaux sont les Avars, Lesghiens, Darghiens et Laks. étaient, jusqu'au XIXe siècle, répartis en plusieurs dizaines communautés ou micro-Etats. un les Ils de

Les peuples de langue iranienne sont arrivés au Caucase du Nord en provenance des steppes eurasiatiques, en conquérants, ou en fuyards repoussés par leurs vainqueurs. Il s'agit de vagues nomades successives, dont l'impact historique et culturel sur la région a été immense. Après les mystérieux Cimmériens (IXe- VIle siècles avo J.-c.) dont l'identité demeure problématique, de larges parties du Caucase du Nord ont été occupées ou dominées par les Scythes à partir de la seconde moitié du VIle siècle avo J.-c., puis les Sarmates à partir du IVe siècle avo J.-C., enfin par les Alains dès le 1er siècle de notre ère. Chacun de ces peuples s'est sédentarisé sur place et s'est mêlé plus ou moins intimement aux populations indigènes de langue caucasique. Mais alors que le Caucase du Nord ne représentait qu'une petite partie des territoires contrôlés par des tribus scythes puis sarmates en Europe orientale, les Alains se sont principalement fixés dans cette région, ont assimilé de nombreux indigènes et sont devenus un vrai peuple « caucasien» dès la fin de l'Antiquité. Leurs héritiers modernes sont les Ossètes, qui ont conservé la langue iranienne et beaucoup de traditions culturelles du groupe alain dont ils descendent. Après la chute du royaume alain aux XIIIe-XIVe siècles, les Ossètes ont vécu en grandes communautés tribales sans pouvoir central.

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Types de Caucasiens du Nord, d'après des gravures et dessins de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle: 1-Tcherkesse; 2-0ssète ; 3-Tchétchène ; 4-Balkar.

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Enfin, les peuples de langue turque sont apparus au nord du Caucase durant le haut Moyen Age. Le premier d'entre eux a peutêtre été celui des Huns, suivis de représentants de presque toutes les hordes nomades qui ont, à un moment ou un autre, contrôlé les steppes de Russie méridionale: Bulgares (les Proto-Bulgares turcophones et pas le peuple slave balkanique qui porte aujourd'hui leur nom !), Khazars, Petchénègues, Coumans-

Kiptchaks-Polovtses, et enfin « Tatars» - les héritiers turcophones de l'empire mongol en Europe. Comme les nomades iraniens avant eux, ils se sont presque tous sédentarisés. Ces peuples turcophones sont aujourd'hui représentés, à l'ouest de la Ciscaucasie par les Karatchaï et les Balkars, qui sont en grande partie des Alains turquisés; et à l'est par les Koumyks, et les Nogaï qui, seuls, sont demeurés nomades jusqu'au début du XXe siècle.
La carte ethnolinguistique actuelle résulte d'une histoire longue et complexe. Jusqu'aux invasions hunniques du IVe siècle, les peuples nomades iranophones (Scythes-Sarmates-Alains) ont exercé leur emprise sur presque tout le Caucase du Nord, ce qui s'est traduit par une certaine iranisation des indigènes, en particulier des Méotes de la région du Kouban. A l'époque hunnique (Ve siècle), les Alains ont été repoussés vers le sud, mais ils y ont développé un royaume ou ensemble de royaumes, allié à Byzance, dont le rayonnement politique et culturel a été très fort dans toute la Ciscaucasie centrale jusqu'aux invasions mongoles du XIIIe siècle. Cependant, les zones les plus septentrionales étaient, durant tout le Moyen Age, essentiellement aux mains des peuples turcophones (royaume bulgare au VIle siècle, empire khazar aux VIIIe-IXe siècles, tribus coumanes au XIe-XIIe siècles...). Dans les années 1237-40, les Mongols s'emparèrent de tout le Caucase - bien qu'ils n'aient sans doute jamais pu en contrôler certaines parties montagneuses. Lors du partage de leur empire, le Caucase du Nord fut incorporé à la Horde d'Or. A la fin du XIVe siècle, il subit les ravages de Tamerlan, le conquérant venu d'Asie Centrale; ces invasions ruinèrent la Horde d'Or et achevèrent notamment la destruction de l'Alanie. Ces évènements

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favorisèrent apparemment l'expansion vers l'est, vers la Ciscaucasie centrale, de tribus de langue caucasique du NordOuest, comme les Kabardes. A partir du XVIe siècle, le principal Etat successeur de la Horde d'Or, le khanat tatar de Crimée (vassal dès 1475 de l'empire ottoman), prétendit exercer sa suzeraineté sur les pays tcherkesses. Mais à la même époque, d'autres acteurs entraient en scène: les Russes.

Physionomies de Caucasiens du Nord sur des photographies du tournant des XIXe et XXe siècles; à gauche: Abazine ; à droite: Ingouche.

Transcaucasie:

les tribulations

des grands royaumes

La Transcaucasie, on l'a dit, est aujourd'hui partagée entre la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Les Géorgiens parlent une langue caucasique du Sud, les Arméniens une langue qui constitue

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une branche particulière de l' indo-européen, et les Azéris une langue turque. Chacun de ces pays a connu une évolution différente; l'Arménie et l'Azerbaïdjan sont moins purement « caucasiens» que la Géorgie: l'Arménie s'étendait autrefois sur une partie de l'Anatolie, et l'histoire du peuple arménien est très liée à celle du Proche-Orient (un royaume de Petite-Arménie a même existé, à l'époque des Croisades, en Cilicie); de même, l'Azerbaïdjan caucasien est prolongé au sud-est par l'Azerbaïdjan iranien. L'histoire des trois pays a néanmoins été rythmée par les mêmes drames: les invasion arabes au VIle siècle, turques seldjoukides au XIe siècle, puis celles des Mongols au XIIIe siècle et de Tamerlan dans les années 1380-1400, enfin la rivalité persoottomane des XVIe-XVIIIe siècles.

La Géorgie était principalement représentée, au début de son histoire, par les deux royaumes d'Ibérie (Kartlie) à l'est et de Colchide à l'Ouest, qui furent tous deux vassaux de Rome. La région vit ensuite l'affrontement des influences Byzantine et Perse, puis fut occupée en 654 par les Arabes. Les Géorgiens n'acceptèrent jamais vraiment la domination arabo-musulmane et, au début du XIe siècle, s'en libérèrent sous la dynastie bagratide d'origine arménienne. Malgré les dégâts causés par les invasions turques seldjoukides dans les années 1060, la Géorgie devint au XIIe siècle un Etat puissant et atteignit son apogée sous la célèbre reine Thamar (1184-1213). Après les invasions mongoles, elle fut incorporée à 1'« Ilkhanat» de Perse mais retrouva son indépendance au début du XIVe siècle. Les invasions de Tamerlan, à la fin du XIVe siècle, dévastèrent et affaiblirent la Géorgie, qui éclata vers le milieu du XVe siècle en plusieurs royaumes indépendants (Ibérie/Kartlie, Kakhétie, Smatskha-Saatabago, et Iméréthie dont se détachèrent ensuite la Mingrélie, la Gourie et l'Abkhazie). Du XVIe au XVIIIe siècle, les empires ottoman et persan se disputèrent le contrôle de cet ensemble géorgien, et c'est finalement la menace perse qui décida lrakli II, roi de Kartlie et Kakhétie (1744-98), à accepter la suzeraineté russe. 21

Guerriers de Transcaucasie sur des représentations médiévales; en haut - plaque d'argent de Chémokmédi (Géorgie), début du XIe siècle; en bas - tympan de
l'église géorgienne de Nikots'minda, vers 1010.

L'Arménie est née de l'installation, au début de l'âge du Fer, d'un peuple indo-européen probablement venu des Balkans sur le territoire de l'ancien empire d'Ourartou. Dans l'Antiquité, le royaume arménien, longtemps dirigé par une dynastie arsacide d'origine parthe, fut l'objet d'une rivalité constante entre les empires romain et perse.

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Les Arabes occupèrent l'Arménie de la seconde moitié du VIle à la seconde moitié du IXe siècle, mais l'indépendance fut restaurée en 884 par la dynastie bagratide. L'Arménie fut ravagée par les Turcs au milieu du XIe siècle, puis occupée par les Mongols en 1220, de nouveau saccagée par Tamerlan entre 1387 et 1402, avant de tomber sous la domination des tribus turques nomades basées en Azerbaïdjan (cf. ci-dessous). Ces malheurs successifs entraînèrent l'émigration d'un grand nombre d'Arméniens, et la disparition de l'encadrement aristocratique traditionnel auquel se substitua l'Eglise nationale. C'est finalement l'empire ottoman qui s'empara de la plus grande partie du territoire arménien, malgré la concurrence de la Perse. A l'époque ottomane, les Arméniens constituaient l'une des «nations» (millet) reconnues de l'empire.

L'Azerbaïdjan est de formation beaucoup plus récente que les deux autres parties de la Transcaucasie. Il doit son nom à la Médie Atropatène de l'époque hellénistique, mais était surtout connu dans l'Antiquité sous le nom d'Albanie du Caucase. Le royaume albanien (de langue caucasique? ) dépendit de la Perse sassanide du IIIe siècle à la conquête arabe du VIle siècle. A cette date, la population avait été largement iranisée, mais l'arrivée de tribus turques nomades (<< Turcomans ») fit progressivement de l'ancienne Albanie, à partir du XIe siècle, un pays turcophone. Il tomba aux mains des Mongols en 1221 et fut une partie de l'IIkhanat, l'Etat successeur de l'empire gengiskhanide en Transcaucasie et en Perse. Après la chute de l'IIkhanat (1335), le règne de la dynastie djalaïride (mongole turquisée) et les ravages de Tamerlan à la fin du XIVe siècle, l'Azerbaïdjan fut dominé au XVe siècle par les grandes fédérations turcomanes des «Moutons Noirs» (Qara Qoyunlu, 1410-1467) puis « Moutons Blancs» (Aq Qoyunlu). Au début du XVIe siècle, il fut le foyer du mouvement chiite Kizilbach (Qyzyl bach «tête rouge », d'après le couvre-chef emblématique de la secte), qui s'empara de la Perse et y fonda la dynastie safavide. Des années 1590 à 1730, l'Azerbaïdjan fut disputé entre l'empire ottoman et la Perse, qui conserva finalement le contrôle du pays jusqu'à son annexion à la Russie.
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Les religions

Les religions pratiquées au Caucase nous intéressent ici non seulement comme élément des identités et des cultures nationales, mais aussi en raison de leur usage comme idéologies mobilisatrices lors des guerres anciennes ou récentes.

Sous les vernis chrétien et musulman, l'empreinte des religions traditionnelles. Montagnard priant devant un arbre sacré près de Chatoï (Tchétchénie) ; aquarelle de V. S. Chlipnev, 1925.

Il faut d'abord signaler l'importance des religions traditionnelles (improprement confondues sous l'appellation de «paganisme»)

dans la mentalité caucasienne - particulièrement au Caucase du Nord et dans certaines parties de la Géorgie. Différentes suivant les populations considérées, ces religions ont toutes été officiellement supplantées par le christianisme ou l'islam. Mais elles ont survécu, et survivent encore d'une certaine façon, sous des masques chrétiens ou musulmans, à travers des syncrétismes 24

parfois étonnants. Le saint Georges vénéré par les Géorgiens et les Ossètes, par exemple, ressemble beaucoup plus aux anciens dieux de la guerre auxquels il a succédé qu'au martyr chrétien. Le christianisme a pénétré très tôt au Caucase, et d'abord en Transcaucasie. L'Arménie fut convertie en 301, l'Albanie caucasienne vers 325, la Géorgie à partir de 337 et surtout au Ve siècle, l'Abkhazie entre les IVe et VIe siècles. Les langues arménienne et géorgienne sont toujours écrites dans les alphabets spéciaux conçus au Ve siècle pour la traduction des textes saints. Le christianisme fut prêché dès la fin de l'Antiquité au Caucase du Nord à partir, d'une part de l'empire byzantin, d'autre part de la Transcaucasie. Cette prédication remporta de grands succès. Les missionnaires byzantins convertirent les Tcherkesses dès le VIlle siècle, et les Alains en 916 (dans ce dernier cas, avec l'aide de l'Abkhazie voisine). Les missionnaires géorgiens prêchèrent jusqu'en Ingouchie et au Daghestan. On peut ajouter à cela le prosélytisme catholique plus tardif (XIlle-XVe siècles), essentiellement génois, dans tout le Caucase du Nord. D'obédience grecque-byzantine (orthodoxe) ou plus rarement latine (catholique), ce christianisme caucasien du Nord était assez superficiel et souvent mêlé d'éléments «païens» antérieurs. La religion populaire ossète moderne, «pagano-chrétienne », en est une illustration typique. L'islam, enfin, fut importé au Caucase par des envahisseurs et non des missionnaires. Les raids et l'occupation arabe l'implantèrent au sud-est de la Transcaucasie (l'ancienne Albanie - l'actuel Azerbaïdjan), puis au Daghestan dès le VIlle siècle. La conversion de la Horde d'Or sous le khan Berké (1257-66) favorisa la diffusion de l'islam au Caucase du Nord, en particulier au Daghestan, en Ingouchie et dans une partie de la Tchétchénie. Mais ce sont surtout les khans de Crimée (et leurs suzerains ottomans) qui, à partir du XVIe siècle, tentèrent d'islamiser de force les régions du Caucase du Nord-Ouest qu'ils prétendaient gouverner. Les Tcherkesses devinrent en majorité musulmans au XVIIe siècle, et l'aristocratie kabarde, qui donnait le ton à une grande partie de la Ciscaucasie, diffusa à son tour l'islam chez les 25

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