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Azerbaïdjan

De
208 pages
Cet ouvrage collectif analyse les relations de l'Azerbaïdjan avec l'Europe sous ses aspects économiques, politiques, sociaux et juridiques. Carrefour des intérêts et enjeux géopolitiques et trait d'union entre Asie et Europe, ce pays est un maillon indispensable à la sécurité énergétique de l'Europe et il se propose d'apporter une contribution significative au maintien de la paix et de la sécurité internationales.
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AZERBAÏDJAN
un pays aux ambitions européennes
L’édition de ce livre a été effectuée sous la responsabilité
de Pierre CROCE, chargé de mission, avec la collaboration
de Gisèle PEUCHLESTRADE et Frédéric SCHMITT,
Université Pierre-Mendès-France, Grenoble 2























www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

© L’Harmattan, 2011
ISBN : 978-2-296-56801-3
EAN : 9782296568013 Fazil ZEYNALOV et Jacques FONTANEL (Eds.)




AZERBAÏDJAN
un pays aux ambitions européennes



















L’Harmattan 2011

C o l l e c t i o n
___________________________________

LES IDÉES ET LES THÉORIES À L’ÉPREUVE DES FAITS

Collection dirigée par Jacques FONTANEL, Professeur d’économie
et Vice-président chargé des relations internationales à l’Université
Pierre Mendès France, Grenoble et par Liliane BENSAHEL, Directrice
adjointe du Pôle d’Études sur les Politiques Sociales et Économiques
(PEPSE) Espace Europe, Université Pierre Mendès France, Grenoble,
avec la collaboration de Pierre CROCE, chargé de mission sur la
politique éditorial de l’UPMF.

« Les idées et les théories à l’épreuve des faits » est une collection des
Éditions L’Harmattan. Elle est destinée à recevoir de petits ouvrages
couvrant tous le champ des sciences sociales. Les auteurs proposent
de chercher dans les faits ce qui permet de conforter ou d’infirmer
les théories et les idées d’aujourd’hui. L’observation vient alors au
secours de la recherche de l’exactitude et de la science, en mettant en
évidence les explications insuffisantes ou les incontestables de la
réalité contemporaine fournies par une idée ou par une théorie.

Dans la même collection :
L. Perrin-Bensahel, J. Fontanel (Dir.), L’économie souterraine, l’exemple de la
Russie, 2006.
C. Blattier (Dir.), Prévenir la délinquance dès la petite enfance, 2006.
C. Courlet (Dir.), Territoire et développement économique au Maroc, 2006.
J. Fontanel (Dir.), Questions d’éthique, 2007.
I. Vezeanu, Impossiblia moralia, 2007.
J. Jontanel, M. Fontanel (Dir.), Géoéconomie du sport, le sport au cœur de la
politique et de l’économie internationale, 2009.
B. Azevedo, C. Courlet, R. Araujo de Moraes Filho (Dir.), Territoire et
développement économique au Brésil. Les arrangements productifs locaux au
Pernambuco, 2009.
Emmanuelle Marcelpoil, Hugues François, Liliane Perrin-Bensahel,
(Dir.), Les stations de sports d’hiver face au développement durable, 2010.




Sommaire


Fazil Zeylanov, Jacques Fontanel
Introduction 9

Chapitre 1.
Fazil Zeylanov

L’Azerbaïdjan : un trait d’union entre l’Europe et l’Asie 19

Chapitre 2.
Antoine Constant
Territorialiser… : le destin oublié des Azerbaïdjanais est rappelé
par le troisième conflit dans le Haut-Karabagh 57

Chapitre 3.
Turab Gurbanov

L’Azerbaïdjan au carrefour des intérêts géopolitiques 85

Chapitre 4.
Jacques Fontanel
Le gaz et le pétrole
Un instrument de développement économique de l’Azerbaïdjan 121

Chapitre 5.
Bénédicte Corvaisier-Drouard, Jacques Fontanel
L’importance des relations économiques, politiques et sociales
de l’Azerbaïdjan avec l’Union européenne 151

Chapitre 6.
Dilbadi Gasimov
Les réformes juridiques en Azerbaïdjan et son intégration
aux valeurs européennes 185

Annexes 203

Introduction



FAZIL ZEYNALOV
JACQUES FONTANEL




A SITUATION GÉOGRAPHIQUE DE L’AZERBAÏDJAN explique, L au moins partiellement, la complexité de son histoire. Dans
une région constamment convoitée par plusieurs empires (perse,
ottoman ou russe), le pays a bénéficié d’un brassage continuel
de cultures asiatiques et européennes, qui en fait un pays singulier,
appartenant à la fois au monde oriental et occidental. L’Azerbaïdjan
est un des plus anciens pays du monde qui a entretenu, depuis
1l’Antiquité, des liens avec les peuples européens . Cependant,
devenu indépendant en mai 1918, deux ans après il doit se sou-
mettre à la puissance de l’Union soviétique, dont il devient un
État fédéré. Les Azerbaïdjanais ont souvent eu le sentiment qu’une
attitude discriminatoire leur était réservée par Moscou, malgré les
principes d’égalité et de fraternité des peuples composant l’Union
soviétique, notamment dans les rapports historiquement conflic-
tuels avec le voisin arménien. Depuis l’effondrement de l’URSS,
l’Azerbaïdjan a retrouvé son indépendance et souhaite s’inscrire
dans l’avenir de l’espace européen, mais aussi recouvrer son
intégrité territoriale perdue partiellement suite au conflit armé
2avec l’Arménie voisine .


1 L’histoire de l’Azerbaïdjan est présentée dans l’article de Zeynalov F., « L’Azerbaïdjan :
un trait d’union entre l’Europe et l’Asie », cf. Infra.
2 Gurbanov T., « L’Azerbaïdjan au carrefour des intérêts géopolitiques. De la théorie
géopolitique classique au réalisme, du rapport de force à la reconnaissance de ses
intérêts », cf. Infra. 10 Azerbaïdjan, un pays aux ambitions européennes
De population majoritairement musulmane, l’Azerbaïdjan
d’aujourd’hui se reconnaît dans des valeurs laïques dans une région,
le Caucase, particulièrement instable du fait de l’exercice des
conflits armés et d'un environnement géopolitique sensible. Une
République fédérée de l’URSS, il y a encore seulement deux
décennies, ce pays a eu à se reconstruire, après des siècles de
guerres récurrentes, d’invasion, de mouvements démographiques
contraints et de luttes d’influence. Souvent abandonné à lui-même
face aux intérêts des grandes puissances continentales, l’Azerbaïdjan,
riche de pétrole et de gaz, commence à faire entendre sa voix
dans le concert international. Aujourd’hui, le pays doit faire face à
l’occupation arménienne d’une partie des territoires qui lui sont
reconnus par la communauté internationale et éviter de se trans-
former en un lieu de confrontation des grandes puissances en
lutte d’influence. Aujourd’hui la République d’Azerbaïdjan a pour
principal objectif de faire entendre sa voix dans le concert inter-
national, de promouvoir ses propres intérêts et de devenir une
puissance régionale. Sa stratégie se veut d’abord réaliste, de nature
plutôt libérale, finalement équilibrée dans un environnement géo-
politique régional sensible.

L’Azerbaïdjan concentre aujourd’hui ces efforts autour de quatre
questions principales :

1) Le retour, sous contrôle national, des terres reconnues à
l’Azerbaïdjan par la communauté internationale, et occupées mili-
3tairement par l’Arménie ;

2) La volonté de développer un système politique à vocation
démocratique, respectueux des droits définis par la Cour euro-
péenne des droits de l’homme et des principes du Conseil de
4l’Europe ;

3) La volonté d’entrer dans le concert européen, d’y prendre à
la fois les règles de la démocratie, mais aussi la reconnaissance des
valeurs économiques et sociales communes ;

3 Gurbanov T., op. cit., cf. Infra.
4 Gasimov D., « Les réformes juridiques en Azerbaïdjan et son intégration aux
valeurs européennes », cf. Infra. Introduction 11

4) La volonté d’assurer le développement économique national,
de promouvoir la coopération régionale et de pouvoir relever en-
semble les défis du monde globalisé. Les autorités azerbaïdjanaises
ont engagé le pays dans une nouvelle orientation économique plus
indépendante des conditions du sous-sol et ont choisi l’exploitation
« mesurée » des puits de pétrole et de gaz en vue de conserver plus
longtemps les ressources énergétiques, ce qui permettra d’optimiser,
dans le cadre du développement durable, l’ensemble des ressour-
ces disponibles.

Le retour à l’intégrité nationale et la recherche d’une
paix juste

Lorsque l’État soviétique a sombré, l’Arménie s’est emparée à la
fois du Haut-Karabagh, mais aussi de plusieurs autres districts de
l’Azerbaïdjan, créant une situation difficile pour les réfugiés.
Depuis 1993, la situation n’a pas bougé, malgré les condamnations
5officielles des organismes internationaux . L’Azerbaïdjan a déployé
ses efforts pour trouver une solution politique, une paix juste qui
respecte le droit international. Bien qu’il ne souhaite pas
6l’usage de la force , une guerre entre les deux États conserve un
fort degré de probabilité, si tous les recours pacifiques échouent.
Au fond, ce n’était que la troisième guerre similaire en moins d’un
siècle. Son histoire n’est pas récente, mais les faits se sont accélé-
rés pendant l’effondrement de l’URSS par une intervention armée
de l’Arménie sur le territoire du Haut-Karabagh et sur sept districts
azerbaïdjanais. Au printemps 2011, de nouvelles escarmouches
ont opposé les deux pays. Les discussions internationales conti-
nuent, mais les principes de base définis lors du Sommet de
Lisbonne de l’OSCE en 1996 et détaillés aujourd’hui dans une
proposition écrite, dénommée « document de Madrid », faisant
état des territoires occupés de l’Azerbaïdjan, ne semblent toujours
pas être respectés. Il existe plusieurs résolutions du Conseil de

5 L’histoire de ces conflits récurrents sont présentés dans : Constant A., « Territo-
rialiser… Le destin oublié des Azerbaïdjanais est rappelé par le troisième conflit
dans le Haut-Karabagh », cf. Infra.
6 Constant A., Ibidem., cf. Infra.

12 Azerbaïdjan, un pays aux ambitions européennes
Sécurité et d’autres organisations internationales (OSCE, Conseil
de l’Europe, Parlement européen et Conférence islamique) qui
demandent le retrait des troupes d’occupation. Si le conflit doit
être résolu pacifiquement, il doit l’être selon les normes et les
principes des lois internationales. La présence d’une masse de
réfugiés, en attente depuis des années de retourner dans leur
foyer, ne se conjugue guère avec les valeurs universelles reven-
diquées par l’Occident. Pour Bakou, le statu quo n’est plus
acceptable. L’Azerbaïdjan peut s’engager dans la mise en place d’un
gouvernement autonome du Haut-Karabagh sous la juridiction
azerbaïdjanaise, avec l’application de fortes garanties politiques,
notamment en termes de sécurité.

L’Azerbaïdjan œuvre pour son intégration dans l’espace
7européen, ce qui est une des priorités de sa politique étrangère . Il
n’a aucune revendication territoriale mais demande le respect de
son intégrité territoriale reconnue par la communauté internatio-
8nale et la condamnation de l’agression armée dont il fait l’objet . Il
demande ainsi une meilleure prise en considération de ses droits
légitimes, notamment auprès des Occidentaux. Mais dans le jeu
mondial qui se joue, les droits légitimes de l’Azerbaïdjan font face
au « double standard » de la politique internationale des grandes
puissances dont les intérêts dans la région suivent leur propre
logique. Elles ne semblent pas en quelque sorte vouloir obtenir la
résolution rapide du conflit du Haut-Karabagh entre l’Arménie et
l’Azerbaïdjan. La Russie et l’Iran sont soupçonnés d’avoir soutenu
l’Arménie pour contraindre l’Azerbaïdjan à fléchir sa politique
étrangère. Les États-Unis cherchent à élargir leur influence sur la
région, notamment pour ses ressources énergétiques, mais ne
manifestent pas non plus une réelle volonté de contribuer au
règlement du conflit. Seule la Turquie a fermé ses frontières avec
l’Arménie pour protester contre l’occupation des territoires de
l’Azerbaïdjan par les forces armées de l’Arménie. En cas de la

7 Zeynalov F., op. cit., cf. Infra.
8 Constant A., op. cit., . Introduction 13
reprise des hostilités, le risque de déstabilisation de la région est
9considérable .

L’Europe, quant à elle, souhaite une résolution pacifique
du conflit, soutient le fameux Groupe de Minsk de l’OSCE et
souhaite une coopération en termes de sécurité face aux proli-
férations des nouvelles menaces. L’Azerbaïdjan est un partenaire
important sur le plan de la sécurité européenne. Il participe aux
opérations de maintien de la paix au Kosovo, en Afghanistan et en
Irak et à la lutte contre le terrorisme international.

Un système politique à vocation démocratique

Dès le début de l’indépendance, l’Azerbaïdjan a choisi un modèle
de gouvernement de type présidentiel. Ainsi, le régime consti-
tutionnel azerbaïdjanais est marqué par l’absence du principe
de responsabilité politique et du droit de dissolution, ce qui fait
référence à la « stricte » application du principe de séparation des
pouvoirs. Mais la collaboration entre l’exécutif et le législatif lui
donne un caractère plus « souple ». Il s’agit aussi d’assurer la
protection des droits fondamentaux, de préserver les droits des
minorités ethniques et religieuses, de garantir aux citoyens tous les
droits reconnus par les conventions européennes.

Les principaux objectifs concernent la stabilisation de la
vie publique et politique, l’organisation d’une armée puissante, la
10consolidation des institutions et de la culture démocratiques . La
priorité est accordée au développement économique afin de réduire
la pauvreté, d’assurer la mise en place de réformes économiques
renforcées par une nouvelle stratégie pétrolière et gazière, de sou-
tenir la recherche d’indépendance dans les approvisionnements et
les ventes ainsi que l’essor de son potentiel de communication au
carrefour de l’Europe et de l’Asie. La transition démocratique
s’est heurtée, aux premières années de l’indépendance, à une
agression armée dans le Haut-Karabagh et aux luttes intérieures

9 Gurbanov T., op. cit., cf. Infra.
10 Gasimov D., op. cit., .

14 Azerbaïdjan, un pays aux ambitions européennes
pour le pouvoir. In fine, la recherche d’une stabilité durable est
devenue l’un des fondements de la politique du président Heydar
11Aliyev . C’est la stabilité qui a permis la mise en œuvre des
réformes politiques et économiques dont le succès des unes
conditionne le succès des autres.

Les autorités ont pris les mesures nécessaires pour assurer
le respect des règles des institutions européennes et d’honnorer
leurs engagements découlant des conventions ou accords conclus
avec ces institutions, notamment dans les domaines des droits de
l’homme, du respect des minorités ou de l’amélioration du « cli-
mat des affaires », de la lutte contre la corruption dans un pays en
12transition rapide vers l’économie de marché . Dans l’effort contre
la corruption, des avancées importantes ont déjà été obtenues, la
démocratie se développe dans le pays qui n’a d’ailleurs aucune
13base historique correspondante . Aujourd’hui, la CEDH (Conven-
tion européenne des droits de l’homme) prend une place essentielle
dans le système juridique azerbaïdjanais qui reconnaît l’incorpo-
ration directe de ses dispositions dans ses propres lois nationales.

Un système politico-juridique inspiré par les institutions
européennes

L’identité européenne des trois pays de la région du Caucase du
Sud s’est affirmée par leur adhésion au Conseil de l’Europe, lequel
a pris en compte les relations historiques et culturelles et le carac-
14tère multiculturel du continent . La coopération avec le Conseil
de l’Europe et l’intégration aux valeurs européennes que celle-ci
implique constituent une priorité de la politique étrangère de
Bakou. Cependant, dans cette convention, force est de recon-
naître que la politique de l’autruche de l’Union européenne, de

11 Zeynalov F., op. cit., cf. Infra.
12 Corvaisier-Drouart B., et Fontanel J., « L’importance des relations économiques,
politiques et sociales de l’Azerbaïdjan avec l’Union européenne », cf. Infra.
13 Gasimov D., op. cit., cf. Infra.
14 Zeynalov F., op. cit., . Introduction 15
renvoyer « in fine » dos à dos l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ne prend
15guère en compte les souffrances du peuple azéri .

L’Azerbaïdjan s’est fortement engagé dans une politique
de réforme économiques et démocratiques, notamment dans son
processus d’adhésion au Conseil de l’Europe, via, à terme, un
projet d’intégration à la famille européenne. Depuis 2004, l’assis-
tance européenne s’exprime dans la Politique européenne de voisinage
(PEV), qui définit une stratégie commune pour l’ensemble de la
région. L’objectif est de régler pacifiquement les conflits issus de
l’effondrement de l’URSS, de mettre en place une coopération
économique et politique entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Arménie
et de progresser vers la démocratie. Il s’agit donc de soutenir les
actions communes qui ouvrent au dialogue, améliorent les espaces
de liberté, de justice et de sécurité, promeuvent les investisse-
ments dans les domaines de l’énergie, des médias, des transports,
de l’information et de l’environnement.

Le Partenariat de l’Est, décidé en 2009, renforce les liens
entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie
et l’Ukraine, ces six États devenant une aire prioritaire pour l’UE
16dans le cadre de la Politique européenne de voisinage (PEV) . Il
fonctionne sur la base de programmes d’aide européens vers des
investissements qui répondent aux valeurs européennes. Les pro-
grammes supposent un soutien aux PME, une diversification des
sources d’énergie (en faveur surtout des énergies renouvelables),
la prévention aux désastres naturels, la promotion de l’environne-
ment ou le management des frontières intégrées.

L’Europe a développé son partenariat avec l’Azerbaïdjan
sur la base du respect des valeurs démocratiques et des droits de
l’homme, mais aussi dans le but de moderniser et de réformer le
secteur énergétique du pays. Elle participe activement à la remise
en état des réseaux énergétiques et à la sécurité des approvision-
nements et des infrastructures concernant notamment l’oléoduc

15 Constant A., op. cit., cf. infra.
16 Corvaisier-Drouart B., et Fontanel J., op. cit., cf. infra.

16 Azerbaïdjan, un pays aux ambitions européennes
Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) et le gazoduc Bakou-Tbilissi-
Erzurum (BTE). Enfin, l’accord entre l’Azerbaïdjan et l’Union
européenne fait état d’une volonté de collaboration dans les
domaines de la santé publique, de l’éducation et de la culture. Il
existe un partenariat économique, politique et de sécurité inter-
17nationale très fort avec l’Europe .

Une économie qui se développe sur fond de ressources
énergétiques abondantes

La République d’Azerbaïdjan s’est dotée de moyens financiers
importants dans le cadre de la réorganisation du système écono-
mique, fondé sur les privatisations et le redémarrage de l’exploi-
tation énergétique. C’est l’avènement de « l’État providence » dans
e eune économie en transition. Passé de la 101 à la 67 place mondiale
à l’indice de développement humain (IDH), le pays a suivi un
programme de stabilisation économique aux résultats excellents à
court terme, même si la crise économique et financière d’aujour-
d’hui réduit quelque peu ses performances au regard des résultats
18escomptés . L’Azerbaïdjan, pays situé sur une position géogra-
phique stratégique, bénéficie d’une clientèle internationale, qui
souhaite exploiter les ressources énergétiques du sous-sol, mais
qui s’inquiète du non-règlement du conflit du Haut-Karabagh. Le
pétrole offre une manne financière importante au développement
19économique de l’Azerbaïdjan . Le gaz prend aussi une grande
importance, mais la question principale concerne le tracé des
gazoducs internationaux qui demandent des investissements très
lourds.
Les choix d’itinéraires de ces gazoducs sont difficiles et
complexes à l’aune des enjeux stratégiques qui doivent intégrer une
20nécessaire sécurité des zones de transit . Enjeux de puissance,

17 Corvaisier-Drouart B., et Fontanel J., op. cit., cf. infra.
18 Fontanel J., « Le gaz et le pétrole, un instrument du développement économique
de l’Azerbaïdjan », cf. infra.
19 Gurbanov T., op. cit., cf. infra.
20 Fontanel J., op. cit., cf. infra. Introduction 17
pièces maîtresses dans la compétition internationale, ces oléoducs
et gazoducs nous apparaissent de plus en plus décisifs d’autant
qu’ils sont de plus en plus onéreux.
Avec le « Contrat du siècle », l’Azerbaïdjan entre de plain-
pied dans le libéralisme et l’ouverture mondiale. Depuis le 14 jan-
vier 2011, l’Union européenne et l’Azerbaïdjan ont signé un
accord important dans le cadre du « Partenariat oriental » portant
sur la livraison annuelle de 10 milliards de mètres cubes de gaz
par an. Dans ce cadre, la Commission européenne cherche à
promouvoir le « corridor sud » qui implique les trois projets de
gazoducs suivants : le Nabucco (qui relie le gisement de Shah
Deniz, en mer Caspienne, à l’Europe occidentale) qui devrait
acheminer 20 à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel
caspien par an à partir de 2014, le TGI (Turquie, Grèce, Italie) et le
TAP (Gazoduc transadriatique). Mais surtout, la convergence en
matière de politique énergétique est une composante centrale
dans les stratégies de développement et de sécurité des deux
21parties . Parmi les États riverains de la Caspienne, l’Azerbaïdjan
est sans doute le rouage le plus irremplaçable de la stratégie de
diversification énergétique communautaire, autant comme four-
22nisseur immédiat que futur pays de transit .
Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan attire de nombreux capitaux
étrangers (grâce à un régime juridique et fiscal avantageux) et fait
l’objet d’un nouveau boom pétrolier. En dépit des complications
politiques de la région, il réussit le premier stade de son déve-
loppement économique. L’État s’engage dans la diversification
23des activités, avec une certaine réussite . Plusieurs réformes
structurelles ont été engagées dans les droits des sociétés, la libre
circulation des capitaux, l’organisation des entreprises publiques,
la circulation des personnes, la gestion des biens publics, la pri-
vatisation, les droits de propriété industrielle et le contrôle finan-
cier interne et externe des finances publiques. Le nouveau concept
« Azerbaïdjan 2020 : une vision d’avenir » envisage de préparer

21 Ibidem, cf. infra.
22 Corvaisier-Drouart B., et Fontanel J., op. cit., cf. infra.
23 Fontanel J., op. cit., cf. infra.

18 Azerbaïdjan, un pays aux ambitions européennes
une nouvelle stratégie de développement pour les années à venir.
Il se fixe pour objectif, entre autres, de relever les nouveaux défis,
de renforcer la compétitivité de l’économie nationale et de pro-
mouvoir la recherche et le développement.

En conclusion

Les exigences statutaires du Conseil de l’Europe en matière
d’adhésion exigent que le candidat soit un pays européen et qu’il
dispose d’un système politique démocratique. La question des
frontières de l’Europe est aussi posée. Bien que la définition
des frontières orientales de l’Europe ait soulevé un long débat
au sein du Conseil de l’Europe, l’unanimité a été dégagée pour
constater que les républiques caucasiennes sont indiscutablement
24européennes .

Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan suit un chemin qui l’amène à
l’intégration aux institutions européennes. Bien qu’il ait vécu
pendant soixante-dix ans dans un système totalitaire, il s’engage
25résolument vers une démocratie . Il faut maintenant que les deux
entités s’inscrivent, de gaîté de cœur, dans un avenir commun.



24 Zeynalov F., op. cit., cf. infra.
25 Gasimov D., op. cit., .
CHAPITRE 1
L’Azerbaïdjan :
un trait d’union entre l’Europe et l’Asie

1FAZIL ZEYNALOV




Les relations historiques entre l’Azerbaïdjan et l’Europe

L’Azerbaïdjan est un des plus anciens pays du monde situé sur un
carrefour stratégique, un lieu de passage obligé des grands empires
lancés à la conquête de nouveaux territoires en Europe et en Asie.
Le pays a eu depuis l’Antiquité des liens plus ou moins étroits
avec les peuples européens. La première entité politique sur le ter-
ritoire de l’Azerbaïdjan est le royaume de l’Albanie du Caucase,
un royaume qui a maintenu plus de mille ans son existence souve-
raine. Les premières informations écrites la concernant remontent
eau IV siècle avant J.-C. Elle est évoquée pour la première fois
dans le contexte de la bataille de Gaugamèle qui a eu lieu en 331
avant J.-C., entre les armées d’Alexandre le Grand et de Darius
2 eIII . Ces informations, fournies par Arrian qui a vécu au II siècle,
et celles d’autres auteurs antiques relatives à la bataille du roi

1 Enseignant-chercheur à l’Université d’État de Bakou.
2 Aliev K., Antichnaïa Kavkazskaïa Albaniia [L’Albanie du Caucase antique], Bakou,
Ed. Azerbaycan dovlet neshriyyati, 1992, p. 166.
20 Azerbaïdjan, un pays aux ambitions européennes
albanais Groïs contre les légions romaines de Pompée présentent
une importance cruciale et permettent d’attester que la formation
de l’armée ainsi que de l’unité politique et ethnique des Albanais
eétait déjà commencée au IV siècle avant J.-C. La bataille entre les
légions de Pompée et l’armée du roi albanais est décrite dans les
3 4œuvres de Strabon et de Plutarque , lequel témoigne aussi de la
participation des mythiques Amazones dans les combats aux côtés
des Albanais.

Les Albanais, qui constituent un des éléments de l’ethno-
genèse du peuple azerbaïdjanais, se convertissent officiellement au
christianisme en 313. La première église dans le Caucase du Sud a
été construite à Kish, près de la région de Sheki, par Yelisey qui a
5été nommé le catholicos de l’Albanie depuis Jérusalem . Elle est
aussi dénommée « l’église de Yelisey » et baptisée « la mère de
toutes les églises orientales ». Il est intéressant de rappeler que
dans un premier temps les catholicos albanais étaient nommés à
Jérusalem mais avec le temps les évêques albanais eux-mêmes ont
commencé à élire les catholicos. Suite à l’arrivée des Arabes entre
e eVII et VIII siècles, une partie essentielle de la population
albanaise a été convertie à l’Islam et a ainsi bénéficié d’avantages
fiscaux. Une autre partie, vivant dans les parties montagneuses du
Karabagh, du Sheki et du Shirvan, est restée chrétienne ; elle était
protégée par le relief montagneux et était moins vulnérable aux
menaces extérieures.

Après l’accession au pouvoir de la dynastie des Mikhranides
à la tête du royaume d’Albanie, celui-ci a retrouvé peu à peu sa
puissance. La capitale du royaume est aussi transférée en 630 à
6Barda, ville qui devient un nouveau centre politico-religieux de la

3 Strabon, Géographie, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1867, Livre XI, Chapitre
IV, point 5.
4 Plutarque, Vie parallèle, Paris, Gallimard, 2001, pp. 1173-1174.
5 Moisey Kalankatuglu, Albaniya tarihi [L’histoire de l’Albanie], Bakou, Ed. Avrasiya
Press, 2006, Premier Livre, Chapitres VI et VII, pp. 20-21.
6 La ville de Barda a hébergé le siège du catholicos albanais dès l’an 552. À partir du
1240, le siège est transféré à Gandzassar. L’institution du catholicos albanais a été
maintenue jusqu’en 1836 au moment où la Russie tsariste décide de sa suppression.