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Bilan de 50 ans des indépendances politiques africaines et les défis de l'intégration des africains au Canada

De
268 pages
Ce troisième numéro d'Afroscopie nourrit ouvertement une grande ambition épistémologique et politique. La question autour de la réception publique des études postcoloniales sera définitivement soldée. Ces contributions appellent les Africains à prendre leurs responsabilités face à leur avenir dans un marché bousculé par la crise de cette dette et l'effondrement du capitalisme occidental. Un faisceau d'articles va poser les conditions de la renaissance et de la reconstitution des sociétés africaines postcoloniales.
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AFROSCOPIE REVUE SAVANTE ET PLURIDISCIPLINAIRE SUR L’AFRIQUE ET LES COMMUNAUTÉS NOIRES
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LE BILAN DE 50 ANS DES INDÉPENDANCES POLITIQUES AFRICAINES ET LES DÉFIS DE LINTÉGRATION DES AFRICAINS AU CANADA Histoire, enjeux éthiques et perspectives davenir pour la renaissance africaine
REVUE SAVANTE ET PLURIDISCIPLINAIRE SUR LAFRIQUE ET LES COMMUNAUTÉS NOIRES
LE BILAN DE 50 ANS DES INDÉPENDANCES POLITIQUES AFRICAINES ET LES DÉFIS DE LINTÉGRATION DES AFRICAINS AU CANADA Histoire, enjeux éthiques et perspectives davenir pour la renaissance africaine
Revue annuelle 2013 publiée par le Cerclecad
COMITÉ DE RÉDACTION Benoît Awazi Mbambi Kungua (directeur de la publication) Jean-Paul Mbuya Mutombo (directeur adjoint) Alban Mabiala Nsimba (Vecrétaire)
,OOXVWUDWLRQ GH FRXYHUWXUH  PDUFKp GH 6DLQW/RXLV 6pQpJDO © L'Harmattan, 201 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99766-0 EAN:97822 96997660
Éditorial
Bon nombre des pays africains ont célébré en grande pompe le ème 50 anniversaire de leur indépendance. Et pour cause, cette date renferme une charge symbolique très forte pour ces pays et pour le peuple africain dans son ensemble. Ne s’agit-il pas pour ces peuples d’une rupture comportant un double référent : rupture épistémologique et rupture politique ? Rupture épistémologique d’abord, car l’indépendance était avant tout un nouveau rendez-vous avec l’histoire pour ces peuples colonisés de témoigner de leur vécu, une occasion de rééditer la sagesse humaine. En ce sens, l’indépendance était d’abord un acte intellectuel traduisant la capacité réflexive des colonisants et des colonisés. La réécriture de l’histoire commençait ce jour-là. En effet, la colonisation ne se justifia-t-elle pas par la prétendue inexistence de l’histoire chez ces peuples, propos repris encore tout récemment par le président français Nicolas Sarkozy, lors de son discours très controversé à l’amphithéâtre de l’université Cheik Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007 ? Cela étant dit, cette justification nécessitait donc l’effacement de tout passé historique du peuple africain, une table rase du corpus des connaissances existantes. Il fallait nier la capacité de production des savoirs à ces peuples pour leur imposer une historiographie européocentrée qui les ravale à la périphérie du monde. L’Afrique, décrite tour à tour comme a-historique et comme a-culturelle par certains anthropologues occidentaux, avait la possibilité de s’insérer résolument et avec fierté, dans le concert des nations et d’imprimer sa marque indélébile. Pour ce cadre analytique, l’indépendance rompait avec le passé d’assujettissement, une autre forme d’esclavagisme modernisé prenant effet cette fois-ci sur le sol africain. L’indépendance redonnait la condition humaine à la progéniture du continent noir. Rupture politique ensuite, car les Africains avaient l’occasion de prendre en charge leur destin politique, social et économique ; de s’organiser selon des schémas tenant compte du caractère artificiel de
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la configuration de ses ensembles. Partant, lindépendance signifiait un nouveau départ. Ce nouveau départ devait être avant tout la négation du passé. Cest dans ce sens que les Africains ont rêvé de la liberté, du mieux-être, dunité, de dignité, etc. Aujourdhui, daucuns sinterrogent sur le sens de cette commémoration, sagissait-il de se réjouir de la libération avec tous ses dérivés : justice, partage de richesses qui, soit dit en passant, veut dire pour lAfricain, manger chaque jour au moins une fois ; ou sagissait-il tout simplement dun événement institutionnalisé comme toute autre fête folklorique destinée à rompre avec la monotonie du quotidien. Dans le cas africain, une loupe nest même pas nécessaire pour détecter très vite le caractère idéologique de cette journée, au demeurant mémorable. Nonobstant les statistiques encombrantes et stigmatisantes qui placent lAfrique subsaharienne en mauvaise posture par rapport aux autres continents, la réalité du quotidien tranche nettement et présente une Afrique ayant une propension à la soumission, à la dépendance et au défaitisme. Ironie du sort, deux événements majeurs ont rappelé tristement aux Africains que l« indépendance » est un mot creux et vide de sens. Il est du coup un vu pieux, une grande responsabilité que lAfrique ne veut et ne peut supporter. Ces deux événements éloquents ont anéanti chez les Africains tout triomphalisme, et les ont placés devant une dure réalité : celle dêtre un peuple non respecté dans le monde actuel. Ces deux événements sont : la chute du président Laurent Gbagbo en Côte dIvoire et lintervention de la coalition occidentale en Libye, sous le leadership de Nicolas Sarkozy. Ici, lidée nest pas de référer aux coups bas politiciens, ou aux rapports tribaux, qui ont pu jouer en faveur de ces deux événements ; mais il sagit plutôt danalyser le contexte, lhistoricité et le déroulement de ces deux événements en lien avec lesprit des indépendances. Toute société est avant tout une création humaine, avec ses dérapages inhérents à limperfection de la nature humaine elle-même. Dans ces conditions, ce qui caractérise les grandes civilisations, ce nest ni leur richesse, ni leur capacité de se protéger du voisin, ni leur capacité de labattre ; cest avant tout leur ingéniosité dans le règlement des différends qui risquaient de miner la cohésion interne, socle de toute société tant antique que moderne. Cela étant dit, dans le cas de la Côte dIvoire, il y avait une Loi fondamentale conçue pour ces genres de crises, et cest la Cour constitutionnelle calquée, du reste, sur le modèle français. Ce dispositif navait même pas eu le
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temps d’entrer en jeu que Gbagbo était déjà fait prisonnier, puis transféré à la Haye, alors que la Côte-d’Ivoire est un pays indépendant au même titre que les États-Unis qui, eux, ont refusé tout transfèrement de leurs citoyens à la Haye au nom de leur indépendance. Dans le cas de la Libye, l’Union africaine s’était portée garante pour la résolution du conflit. Là encore, la France avait court-circuité le plan africain par une intervention militaire unilatérale. La question qui se pose est la suivante : « l’Afrique pourrait-elle un jour régler à sa manière un problème occidental ? » La réponse est certes, non. Qui lui en laisserait le temps ? L’Afrique a-t-elle les mots qu’il faut, les moyens efficaces et la maturité nécessaires pour le règlement d’un différend ailleurs si elle ne peut même pas le faire chez elle ? C’est là la question principale. L’Afrique ne peut être écoutée et applaudie sur ses prises de position, non parce qu’elle n’a pas les moyens financiers, mais tout simplement, parce qu’elle manque de maturité politique. Elle est aujourd’hui réduite à la portion congrue. Considérée comme un enfant, les anciens colons n’ont jamais accepté ni digéré sa prétendue accession à l’indépendance. De surcroît, le nombre de morts qui accompagnent les empoignades fratricides en Afrique laisse perplexe, car cette bestialité n’est plus possible en Occident, où la vie de l’être humain a acquis une valeur quasi divine. C’est là le sens de l’indépendance dans l’entendement humain : ne pas se faire bousculer dans sa propre maison par un étranger. Autrement dit, on est loin de l’indépendance, quand un étranger s’impose dans le règlement des conflits domestiques en Afrique sans y être invité par les parties impliquées. À la Conférence de Bandoeng (Indonésie) en 1955, les pays africains étaient aux côtés de la Chine, de l’Inde et du Brésil pour supplier l’Occident de traiter d’égal à égal avec eux. Devant son intransigeance, la Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres pays ont cherché des voies alternatives pour mériter le respect. On connaît la suite : la Chine est un pays développé, l’Inde et le Brésil, des pays dits émergents. Pendant ce temps, l’Afrique subsaharienne supplie encore l’amitié de l’Occident. Aucune femme, aucun homme du continent noir n’est dupe. L’indépendance a laissé un goût amer dans la mémoire collective. Elle a affamé, elle a mis sur le chemin de l’exil des milliers d’Africains et Africaines ; elle coïncide avec une sous-scolarisation grave ainsi que de la précarisation de la santé du plus grand nombre. C’est donc devant ce tableau macabre de l’Afrique noire indépendante que des intellectuels et intellectuelles d’origine
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africaine se sont levés courageusement pour interroger l’histoire humaine sur le sens réel des indépendances, ainsi que pour amorcer une réflexion constructrive, afin de ne pas être complices de cette sorcellerie nouveau genre qui a sorti très tôt les jeunes du toit parental vers des aventures périlleuses et sans avenir. Le Cerclecad, fidèle à sa mission de production des savoirs critiques, mobilisateurs et émancipateurs sur les communautés noires d’Afrique et des diasporas occidentales, a organisé le 18 décembre 2010, à l’université d’Ottawa, un colloque intitulé : « LE BILAN DE 50 ANS DES INDÉPENDANCES POLITIQUES AFRICAINES ET LES DÉFIS DE L’INTÉGRATION DES AFRICAINS AU CANADA. Histoire, Enjeux éthiques et Perspectives d’avenir pour la Renaissance africaine. » Le débat en valait la peine, tant l’enjeu est énorme et vital pour le présent et l’avenir de l’Afrique dans une géopolitique mondiale fortement secouée par les turbulences sociales, les tensions idéologiques et les mesures austéritaires exacerbées par la récession économique mondiale en cours. D’entrée de jeu, le professeur Benoît Awazi Mbambi Kungua, interviewé par le journaliste Ferdinand Mayega, expose les présupposés méthodologiques et épistémologiques qui sous-tendent son ouvrage :De la postcolonie à la mondialisation néolibérale. Comme un radiologue, le professeur Awazi se livre à un exercice d’auscultation phénoménologique, sociologique et politique des sociétés africaines postcoloniales pour dévoiler les causes endogènes et exogènes qui paralysent le continent noir dans l’anomie sociale, la sorcellerie, le chaos politique et la misère économique. Dans la même lancée, Benoît Awazi rend un hommage intellectuel soutenu à une figure emblématique de l’Altermondialisme en Afrique postcoloniale, Madame Aminata Traoré. Se positionnant dans une posture historique, le professeur Abdoulaye Gueye, revenant sur l’œuvre de l’intellectuel africain Cheikh Anta Diop, questionne la notion d’indépendance compte tenu de la position centrale et de la responsabilité historique du continent noir dans l’histoire de la planète. C’est l’Afrique qui a inspiré l’Occident, et c’est en Afrique que prend son envol l’histoire humaine. Madame Mireille Apollon, conseillère municipale à la ville de Gatineau, s’appuie sur sa propre trajectoire migratoire au Canada, pour exhorter les immigrants à un engagement citoyen dans leur société d’accueil. Cheikh Tidiane Diaw pose un regard critique et lucide sur l’efficacité de l’aide des ONG en Afrique postcoloniale.
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Monsieur Demba Moussa Dembélé fait une analyse critique et vigoureuse de la nouvelle recolonisation de l’Afrique à travers l’intervention militaire unilatérale des puissances occidentales en Libye. Pour lui, cette guerre, irrespectueuse des conventions internationales, et dépourvue de toute légitimité politique, ne traduit-elle pas l’infantilisation de l’Afrique ; et donc, le déni de toute velléité indépendantiste au continent noir ? Jean Claude Djéréké soulève les questions, les défis et les problèmes charriés par l’irruption des enfants soldats dans les guerres africaines, et plus particulièrement, en Côte d’Ivoire. Serge Banyongen décrypte les enjeux politiques, théoriques et stratégiques de l’émergence de la Chine en Afrique, et met en relief la nécessité pour les pays africains de mobiliser des stratégies gagnantes pour ne pas être uniquement des stocks de matières premières pour la boulimie économique chinoise. Le professeur Jean-Paul Mbuya Mutombo lance le débat du rôle capital de l’éducation en Afrique subsaharienne. Le système éducatif étant le foyer du développement et de l’hégémonie des pays occidentaux, comment interpréter la fragilisation du système éducatif sur le continent africain ? Ce numéro de notre revue présente une centaine de pages avec des recensions substantielles, prospectives et critiques des principales publications attenantes aux indépendances africaines et à la réception critique et élitiste des études postcoloniales dans l’échiquier intellectuel africain contemporain.  Jean Paul Mbuya Mutombo (PhD) Professeur au département de Sociologie et d’Anthropologie de l’Université d’Ottawa.  Vice-Président du Cerclecad.
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