Bill et Hillary Clinton. Le mariage de l'amour et du pouvoir

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L’histoire d’un couple à la conquête du pouvoir :
- Novembre 1970. Bill et Hillary font connaissance à la bibliothèque de l’université de Yale.
- Janvier 1981. Après six ans de mariage et un échec électoral de Bill, Hillary accepte enfin de prendre le nom de son mari.
- Novembre 1992. Bill devient le 42e président des États-Unis. Hillary s’installe dans l’aile ouest de la Maison Blanche, d’où elle conduit le projet de réforme de la santé.
- Août 1998. À la télévision, Bill avoue avoir menti à l’Amérique et à Hillary à propos de Monica Lewinsky. Hillary reste à ses côtés.
- Janvier 2001. Bill quitte la Maison Blanche après deux mandats. Quelques jours plus tôt, Hillary est élue sénatrice.
- Janvier 2007. Hillary annonce sa candidature à la présidence des États-Unis. Soutenue par Bill, elle échoue à obtenir l’investiture démocrate.
- Juin 2014. Hillary publie ses mémoires de secrétaire d’État. Première étape de sa candidature à la présidence et nouveau chapitre du couple Clinton ?
Unis par et pour le pouvoir, Bill et Hillary Clinton fascinent l’Amérique et le monde entier depuis plus de deux décennies jalonnées de succès, de revers et de scandales.
Malgré une vie passée sous la lumière des médias, les Clinton demeurent un mystère. Époux, associés, partenaires ? Le destin de l’un est indissociable de celui de l’autre. Tant de travail, d’épreuves et d’humiliations, tant de gloires et de déboires ont laissé leurs traces. Mêlant la politique et l’histoire intime, l’historien Thomas Snégaroff réussit le tour de force de brosser le portrait croisé d’un couple mythique et fascinant.
Publié le : jeudi 2 octobre 2014
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EAN13 : 9791021001336
Nombre de pages : 384
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1.

DEUX ENFANCES AMÉRICAINES


En apparence, rien ne semble plus éloignées que les enfances de Bill et Hillary, au point qu’ils paraissent avoir grandi dans deux mondes différents. C’est en partie vrai.

Sur le papier, l’enfance d’Hillary Rodham est parfaite, tout droit sortie d’un tableau de Norman Rockwell. Hillary n’a que trois ans, et demeure pour quelques mois encore fille unique, lorsque ses parents, Hugh et Dorothy, décident de quitter Chicago pour s’installer dans une banlieue cossue au nord de la « Cité des vents », Park Ridge. Difficile d’imaginer plus américain que Park Ridge. Un concentré d’Amérique. Des maisons individuelles, des gazons admirablement entretenus, des rideaux ouverts pour prouver que l’on n’a rien à cacher, des barbecues le week-end. Et des Blancs pour voisins, rien que des Blancs. Des Blancs protestants et républicains. Tous. Pas un Hispanique, pas un Noir, pas un Juif. Pas un démocrate. De bons Américains, patriotes, souvent vétérans de la Seconde Guerre mondiale, pestant contre la présence d’un démocrate dans le Bureau ovale et s’enthousiasmant dans les années 1950 pour l’arrivée au pouvoir de Dwight Eisenhower.

Dans Park Ridge, les hommes sont des hommes, les femmes des femmes. Et lorsque l’on dit cela, on doit imaginer des hommes partant tous les matins au bureau à Chicago et des femmes les attendant, le repas prêt et chaud le soir venu. La plupart des hommes de Park Ridge sont employés dans de grandes compagnies ou exercent une profession libérale. Dans Elm Street, où s’élève la charmante demeure d’un étage des Rodham, les médecins côtoient les avocats. Devant la maison de Hugh Rodham trône une magnifique Cadillac. Magnifique et constamment neuve, le père d’Hillary, un homme râblé à la mâchoire carrée et souvent serrée, mettant un point d’honneur à en changer chaque année, symbole chromé de sa réussite sociale. Car contrairement à leurs voisins, les Rodham sont une parfaite illustration de ce que l’on appelle déjà « le rêve américain ». Tous les matins, Hugh se rend à Chicago où l’attend un dur labeur : quatorze heures par jour à démarcher, commander, imprimer, tailler, coudre et installer des rideaux. Être son propre patron convient parfaitement à cet homme bourru et au langage fleuri (ce qui le distingue d’ores et déjà de la masse des habitants de Park Ridge). Ses parents, Hugh Sr. et Isabella, ont quitté le pays de Galles pour l’Amérique en 1882. Ils se sont installés à Scranton, en Pennsylvanie, qui se trouve être alors la capitale mondiale de l’anthracite. Hugh Sr. y a trouvé facilement un emploi de mineur avant de se lancer dans la dentelle. Doué en football, son fils Hugh a obtenu une bourse pour étudier à la fameuse université de Penn State. Il occupe un temps la fonction de professeur de sport avant d’être frappé par la crise de 1929 et de devoir rejoindre son père à Scranton dans les mines puis la dentelle. Mais bien vite, il prend la poudre d’escampette direction Chicago où il se lance dans la vente de rideaux au sein de la Columbia Lace Company. C’est là qu’il rencontre Dorothy, qui cherchait à s’y faire embaucher en tant que secrétaire. Rapidement, en 1942, les deux jeunes gens se marient et cinq ans plus tard Hillary naît. Contrairement à une rumeur qu’elle propagera elle-même bien des années plus tard, Hillary ne s’est jamais appelée ainsi en hommage au célèbre alpiniste Edmund Hillary. Il semblerait que Dorothy ait eu le désir de donner à sa fille un prénom original et masculin pour la destiner à une existence riche et pourquoi pas exceptionnelle.

Il faut dire que la vie de Dorothy ressemble à un roman de Dickens. Née en Californie d’une fille mère de quinze ans, abandonnée par ses parents à l’âge de huit ans quand ceux-ci se séparent, obligée de traverser les États-Unis en train de Los Angeles à Chicago seule avec sa petite sœur de trois ans pour rejoindre une grand-mère indigne qui fait de sa petite-fille une bonne à tout faire… ! À quatorze ans, quand Dorothy parvient à se faire embaucher comme servante dans une famille d’étrangers qui la traite bien, le ciel s’éclaircit enfin. Alors, même si son mari n’est pas le plus tendre, ni le plus positif des hommes – c’est le moins que l’on puisse dire –, Dorothy a tellement souffert du divorce de ses parents qu’elle est prête à avaler toutes les couleuvres du monde pour ne pas imposer cela à ses enfants. La jeune femme s’en contente et dès qu’elle franchit le seuil de sa porte, un joli sourire illumine un visage radieux marqué par une charmante fossette sur chaque joue. La petite Hillary sait bien que tout n’est pas rose entre ses parents, elle qui les entend si souvent hausser la voix plus que de raison dans leur chambre à coucher.

Hugh est un homme dur et incapable d’exprimer ses sentiments. Il veut le meilleur pour ses enfants, à commencer par sa fille adorée, mais en les humiliant. C’est Hillary ramenant de l’école une kyrielle de A et un seul B, et Hugh de ne s’attarder que sur ce (petit) accident. Ou si Hillary ne ramène que des A, dans un grognement Hugh s’inquiète du faible niveau de l’école de sa fille. Puis, comme chaque soir, quelle que soit la saison, avant d’aller se coucher, Hugh se lève et file éteindre le chauffage de la maison. Une éducation à la dure, sans boussole pédagogique. Sans guère de psychologie non plus. Ainsi, il prend un jour ses trois enfants dans la voiture et conduit ce petit monde dans les quartiers pauvres de Chicago. Par les fenêtres de la rutilante Cadillac, les Rodham découvrent la pauvreté et entendent leur père leur expliquer doctement que s’ils ne travaillent pas correctement à l’école, s’ils n’écoutent pas les conseils des adultes responsables, s’ils ne fréquentent pas les bancs de l’Église méthodiste où leur mère enseigne, ils deviendront comme ces pauvres gens.

Heureusement, dans ce désert affectif, Dorothy est loin d’être la mère absente ou soumise qu’elle peut laisser croire. Selon Dorothy, Hillary « est née adulte ». Sa maturité et son sérieux surprennent nombre des amis des Rodham. Sa mère saisit en elle une personnalité forte et décidée. Alors, au fond libérale et féministe, Dorothy entretient une relation particulière avec sa fille aînée en qui elle voit celle qu’elle ne sera jamais : une femme qui vivra son ambition.

 

Si les premières années de sa vie ne sont pas aussi roses qu’elle le prétend dans ses Mémoires et si derrière l’apparence de sa famille parfaite se cache une autre réalité, Hillary a tout de même grandi dans un cadre structuré. Tout bien considéré, la petite blondinette au serre-tête et aux simples mais jolies robes blanches vit une enfance heureuse et largement insouciante. Surtout si on la compare avec celle qu’a connue Bill…

 

Comme un pressentiment, Bill naît après un terrible orage. La chaleur d’un mois d’août est habituelle dans l’Arkansas, un petit État du Sud des États-Unis. Les orages y sont souvent violents. À Hope, 6 000 habitants, celui du 18 août, dans une chaleur suffocante, déchire le jour et provoque trois incendies dans la ville. Dans la soirée, le temps est redevenu calme. Et dans la nuit, à 1 heure du matin, le 19 août 1946, à la maternité du Julia Chester Hospital de Hope, Virginia Dell Blythe donne naissance, avec deux semaines d’avance, à son premier enfant, un fils, William Jefferson Blythe III.

La vieille maison attend l’enfant et sa mère. Le père, il n’y en a pas. Mort quelques mois plus tôt dans un accident de voiture. William Jefferson Blythe Jr. a rencontré Virginia durant l’été 1943, au Tri-State Hospital de Shreveport en Louisiane où la jolie brune qui s’appelait encore Virginia Dell Cassidy apprenait son métier d’infirmière. William, que tous appelaient Bill, a débarqué à l’hôpital en toute hâte pour y conduire sa petite amie du moment qui souffre de l’estomac. Les beaux yeux bleus de Bill, ses larges épaules, ses cheveux poivre et sel ne pouvaient laisser insensible Virginia, qui, c’est le moins que l’on puisse dire, aime bien les garçons. Bill lui a probablement raconté n’importe quoi, comme il le fait la plupart du temps. A-t-il vingt-cinq ans ? Vingt-six ans ? Est-il fiancé ? Est-il déjà dans l’armée, comme le prouvent les archives, ou n’est-il que de passage à Shreveport avant d’aller s’engager à Sherman comme il le prétend ? Autant de parts d’ombre qui marqueront durablement son fils : « Toute ma vie, je n’ai eu de cesse de combler les blancs, m’accrochant plein d’espoir à la moindre photo, à la moindre anecdote, au moindre morceau de papier qui pouvaient m’en dire plus sur celui qui m’avait donné la vie. »

William Jefferson Blythe et Virginia Dell Cassidy se marient le 3 septembre 1943. Deux mois plus tard, le jeune marié est envoyé sur le front italien, en tant que technicien. Virginia ignore quasiment tout de son bel amant. Elle ignore qu’il a été marié une première fois chez lui, au Texas, en 1935 avec une autre Virginia, de dix-sept ans celle-là. Qu’il a divorcé un an plus tard et qu’il a eu un enfant, Henri Leon Blythe, né en 1938 d’une liaison avec une certaine Adele Gash. Que six mois après cette naissance, il a été marié pendant neuf mois avec une jeune femme de vingt ans, Maxine Hamilton. Une pauvre jeune femme que Blythe n’a jamais acceptée en tant qu’épouse et qu’il a même abandonnée à Los Angeles, ne lui donnant pas les moyens de rejoindre ses parents à Oklahoma City, à 2 135 kilomètres de là. Bien sûr, Virginia ne sait pas non plus que Blythe a été marié quelques mois en 1940, une troisième fois, à la petite sœur d’Adele Gash… Dans ces années-là, le fédéralisme permettait à un homme, même peu discret, de vivre plusieurs vies en une.

Blythe ne revient d’Italie qu’au début du mois de décembre 1945. Il a des projets très clairs en tête : filer avec sa jeune épouse à Chicago où l’attend son job de vendeur d’avant guerre, chez Manbee Equipment Company. Mais c’est encore dans l’Arkansas que le couple se retrouve et que, comme dans une romance hollywoodienne, Virginia tombe enceinte. Blythe semble heureux de la nouvelle, lui qui a déjà, rappelons-le, au moins deux enfants, qu’il a ni plus ni moins abandonnés ! Quand il apprend l’heureuse nouvelle, le couple est déjà installé à Chicago, même si le terme « installé » est certainement un peu fort. Disons plutôt que le couple est théoriquement installé à Chicago, vivant dans un vieil hôtel en attendant d’avoir une maison à Forest Park, au bord du lac Michigan.

L’illusion du bonheur familial vole en éclats un jour de mai 1946. Enceinte de cinq mois et demi, Virginia est allée se reposer chez ses parents à Hope. La maison de Forest Park est enfin prête. Excité à l’idée de s’y installer, William a attendu avec peine la fin de la semaine pour se précipiter au volant de sa Buick bleue marine, direction le Sud. En pleine nuit, dans le Missouri, sur l’autoroute 60, le pneu avant droit éclate. La chaussée est humide. Blythe roule à tombeau ouvert. La Buick sort de la route, fait quelques tonneaux avant de s’immobiliser. Après avoir cherché le conducteur pendant deux longues heures, les secours font la macabre découverte d’un homme noyé dans un fossé destiné à recueillir les eaux stagnantes. « Il était marié depuis deux ans et huit mois, et il n’avait passé que sept mois avec ma mère », écrira Bill Clinton dans ses Mémoires.

6.

AU TOUR D’HILLARY


Le président et sa femme saluent les services de sécurité. Redevenus de simples citoyens, désormais ils ne profiteront plus de leur protection. Au début de l’été suivant, l’ancien couple présidentiel entre dans sa nouvelle voiture, une magnifique Chrysler noire, modèle New Yorker. Le coffre est plein. Pendant presque trois semaines, le couple sillonne les routes américaines. Un voyage de 4 000 km sans garde du corps, enfin seuls, à dormir dans des motels et à se nourrir dans des restaurants sur le bord de la route. Après tant d’années passées à la Maison Blanche, c’est un immense plaisir que de retrouver la liberté et l’insouciance. Quand le couple est reconnu, ce qui n’est pas si fréquent, l’ancien président refuse les honneurs : « Nous sommes deux citoyens ordinaires. » Bess et Harry Truman auraient adoré prolonger ce voyage, mais les temps sont durs, la retraite d’ancien combattant ne suffit pas. L’ancien président a dû emprunter pour faire ce voyage.

Dans un discours rendant hommage à George Washington né cent soixante-quinze ans plus tôt, Grover Cleveland, qui avait quitté la Maison Blanche depuis dix ans, résuma ainsi sa conception de la vie après la présidence : « Que doit-on faire de nos anciens présidents ? Il a été suggéré de les emmener sur un terrain vague et de les abattre. Il me semble cependant qu’un ancien président a déjà assez souffert comme ça. » Que faire des anciens présidents ? Un temps, il avait été imaginé de leur offrir un fauteuil au Sénat puis, pendant la guerre froide, l’idée de les faire siéger de droit au Conseil national de sécurité avait germé. Mais ni l’une ni l’autre des propositions n’aboutit. Le fait est qu’il n’y a ni obligation ni règle en la matière. Pour autant, les anciens présidents n’ont pas la liberté de faire ce qu’ils veulent. L’exceptionnel voyage des Truman serait aujourd’hui impensable, ne serait-ce que parce que depuis une loi votée en 1958 les anciens présidents continuent de disposer à vie d’un service de sécurité.

 

Bill Clinton n’a que cinquante-quatre ans quand il quitte la Maison Blanche. Il est le plus jeune ancien président depuis Theodore Roosevelt, qui avait refermé derrière lui la porte du Bureau ovale en 1909. Homme des grands espaces, amoureux de la nature et symbole de virilité, Teddy avait filé immédiatement en Afrique, sillonnant le continent pendant un an, avant de vivre un retour triomphal, attendu par des centaines de milliers de personnes en Amérique. Déçu par Howard Taft, son successeur qu’il avait adoubé en 1908, Roosevelt décida de se lancer dans la course à l’investiture du Parti républicain. Battu par le président, il se présenta tout de même pour le camp progressiste. Hors des deux grands partis et de leur argent, Roosevelt mena une campagne impressionnante de vitalité qui culmina à Milwaukee, lorsqu’il fut touché par une balle de pistolet. Sa défaite électorale face à Woodrow Wilson – mais il devança Taft – ne l’éloigna pas longtemps de la vie politique américaine. Durant la Première Guerre mondiale, il fut un infatigable avocat de l’entrée en guerre de son pays. Son décès en 1919 mit un terme à ses ambitions pour l’élection présidentielle de 1920. D’ambitions présidentielles, Clinton ne peut plus en avoir. Mais son âge, son énergie et sa popularité peuvent être mis au service des autres. Des Américains, du reste du monde, du Parti démocrate, et bien évidemment d’Hillary. Un vent mauvais accompagne cependant le départ de la Maison Blanche. Les grâces que Clinton a accordées le 20 janvier ouvrent un nouveau scandale. Sur les quelque 140 grâces et 36 commutations de peine, une poignée suscite l’indignation. Passe encore que le président gracie son demi-frère Roger Clinton, effaçant de son casier judiciaire sa condamnation de 1985 pour trafic de cocaïne.

L’ombre d’Hillary plane sur les cas les plus sensibles. Une commission d’enquête parlementaire se saisit de la grâce de Marc Rich. Milliardaire et financier, ce bel homme au regard sombre paraît sorti d’un film de Martin Scorsese. Fuyant le nazisme, il s’installe avec sa famille aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Celui que l’on appelle encore Marcell David Reich n’a qu’une dizaine d’années. Rich s’enrichit dans le commerce des matières premières, mais fait fortune de manière illégale en continuant à faire affaire avec l’Iran malgré l’embargo décrété par les États-Unis après la révolution islamiste de 1979. En 1983, installé en Suisse, il est condamné par contumace à plus de trois cents ans de prison par la justice américaine. À cette date, le FBI le classe parmi les « dix fugitifs les plus recherchés » ! C’est cet homme peu recommandable – aux passeports américain, israélien, espagnol, suisse et belge ! – que Clinton gracie le 20 janvier 2001. S’il y a un scandale, c’est parce que Clinton est soupçonné d’avoir voulu ainsi remercier l’ex-femme de Marc Rich, Denise, bien connue pour être une importante contributrice du Parti démocrate auquel elle a donné 1 million de dollars, mais aussi de la campagne sénatoriale d’Hillary, à hauteur de 109 000 dollars, et même du projet de bibliothèque présidentielle de Bill pour 450 000 dollars. Tout cela sans compter les fastueuses soirées organisées par Denise Rich au cours desquelles de généreux donateurs signaient quelques gros chèques. Là n’est pas le seul scandale. Le Pardongate concerne de plus près encore Hillary. Son frère, l’avocat Hugh Rodham, bénéficie également d’une grâce contestable. L’affaire est particulièrement grave. Rodham est soupçonné d’avoir reçu 400 000 dollars pour obtenir de son beau-frère une grâce et une commutation de peine pour deux clients. Le premier, Glenn Braswell, est un homme d’affaires véreux qui a purgé trois ans de prison en Californie dans les années 1980 pour avoir menti sur l’efficacité d’un traitement de la calvitie… Le second, Carlos Vignali, incarcéré depuis six ans pour son implication dans un réseau de trafic de cocaïne entre Los Angeles et Minneapolis, se trouve subitement remis en liberté. Enfin, une dernière grâce intéresse la justice et les médias américains. Quatre hommes, Kalmen Stern, David Goldstein, Benjamin Berger et Jacob Elbaum, quatre membres éminents de la communauté hassidique de New Square à New York, quatre justiciables accusés d’avoir créé une école juive orthodoxe fictive afin de détourner 40 millions de dollars d’aides gouvernementales. Clinton a-t-il commué leurs peines pour rétribuer les voix apportées par cette communauté à Hillary aux sénatoriales ? Les doutes sont légitimes. Le 22 décembre 2000, à la Maison Blanche, alors qu’elle est encore première dame, Hillary a rencontré des amis des quatre hommes pendant quarante-cinq minutes. Un mois et demi plus tôt, Hillary a pu compter sur 1 400 voix de la communauté de New Square contre seulement 12 pour son adversaire, le républicain Rick Lazio.

Toutes ces affaires n’auront aucune suite juridique. Au cours de l’année 2002, le procureur général républicain James B. Comey classera sans suite le dossier de New Square puis c’est George W. Bush lui-même qui donnera un coup de main aux Clinton en se prononçant pour le respect du droit présidentiel à accorder des grâces et à commuer des peines. Quelques mois plus tard, la Maison Blanche refusera de communiquer plus de 4 340 pages de documents concernant le Pardongate, particulièrement celles concernant la grâce de Marc Rich.

 

Hillary s’installe au Sénat. Si le calendrier est respecté, elle devra y rester plusieurs années avant d’envisager de faire les quelques centaines de mètres la séparant de son ancienne future demeure, la Maison Blanche. Le 5 avril 2001, après avoir prononcé une allocution devant la Société américaine des directeurs de journaux, Hillary se livre à une petite confidence qui fait rapidement le tour des rédactions. À un journaliste du New York Post qui lui demande si elle exclut une candidature pour la présidence en 2004 et en 2008, juste avant de s’engouffrer dans sa voiture elle répond simplement : « Oui. » Le lendemain le journal barre sa une d’un titre sensationnel : « Hill déclare qu’elle ne sera jamais candidate à la présidence. » Durant ses premiers mois loin du pouvoir, Bill Clinton est très sollicité. Tout le monde veut écouter l’ancien président, qui facture ses discours à plus de 100 000 dollars. Selon des estimations crédibles, cette activité lui aura rapporté 30 millions de dollars entre 2001 et 2005, dont 9 millions rien que pour la première année ! Il signe également un très juteux contrat d’édition de 12 millions de dollars pour publier ses Mémoires chez Knopf. Les éditeurs ne s’y sont pas trompés, My Life, sorti en 2004, est un immédiat succès d’édition. Le jour de sa sortie, ce sont presque 400 000 exemplaires qui sont vendus aux États-Unis. Dans ces conditions, on comprend que son bannissement pour cinq ans du barreau de l’Arkansas – en raison de son parjure lors du procès Paula Jones – ne pèse pas trop lourd pour Bill. Les bureaux qu’il ouvre à Harlem en juillet 2001 sont majestueux. Près de 800 m2 dédiés à ses activités de levées de fonds sur la 125e rue. Plus de 2 000 personnes célèbrent l’arrivée de l’ancien président toujours très populaire parmi la population africaine-américaine majoritaire dans le quartier. Bill prononce alors un discours dans lequel il rappelle son attachement à ce quartier et son amour pour le jazz dont deux des temples, l’Apollo Theater et le Lenox Lounge, sont à deux pas. L’arrivée du président dans un quartier encore populaire de New York est un des symboles mais aussi un accélérateur de la « gentrification » de Harlem. Dans la foulée de cette arrivée, les prix du foncier augmentent rapidement, tant et si bien qu’en 2006 une petite foule se masse devant les bureaux de Clinton afin d’y pointer du doigt l’un des responsables selon eux. Le site conservateur Free Republic s’en amuse : « C’est assez ironique que Clinton soit tenu responsable de cela après qu’il a été encensé pour son déménagement par une presse servile et après qu’on a lu tant de choses sur l’amour que lui porte la communauté africaine-américaine. Apparemment, les habitants de Harlem adoreraient que Bill Clinton s’installe dans l’Upper West Side pour un petit moment. »

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