Boni Yayi, société civile et dynamique du changement au Bénin

De opoubor alfred e. (auteur), hado philippe (auteur)
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L'élection présidentielle de mars 2006 au Bénin n'aura pas été de tout repos. La société civile s'est très tôt signalée à travers une campagne soutenue, relayée par une multitude d'organisations toutes soucieuses de jouer le rôle de contrepoids pour maintenir la démocratie dans un cadre acceptable. Cette mobilisation de la société civile ne soulève pas moins de questions sur les limites organisationnelles de la société civile elle-même, ses capacités de survie face aux tentatives de récupération politique...
Publié le : dimanche 20 mars 2011
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EAN13 : 9782336251592
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Boni Yayi, Société civile et dynamique du changement au Bénin

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-03273-6 EAN : 9782296032736

Alfred E. Opubor et Philippe Hado

Boni Yayi, Société civile et dynamique du changement au Bénin

Président de la Commission de l’Union Africaine

Préface de Alpha Oumar Konaré

L'Harmattan

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Kambayi BWATSHIA, L’illusion tragique du pouvoir au Congo-Zaïre,2007. Jean-Claude DJÉRÉKÉ, L’Afrique refuse-t-elle vraiment le développement ?, 2007. Yris D. FONDJA WANDJI, Le Cameroun et la question énergétique. Analyse, bilan et perspectives, 2007. Emmanuel M.A. NASHI, Pourquoi ont-ils tué Laurent Désiré Kabila ?, 2006. A-J. MBEM et D. FLAUX, Vers une société eurafricaine, 2006. Charles DEBBASCH, La succession d’Eyadema, le perroquet de Kara, 2006. Azarias Ruberwa MANYWA, Notre vision de la République Démocratique du Congo, 2006. Philémon NGUELE AMOUGOU, Afrique, lève-toi et marche !, 2006. Yitzhak KOULA, Pétrole et violences au Congo-Brazzaville, 2006. Jean-Louis TSHIMBALANGA, L’impératif d’une culture démocratique en République Démocratique du Congo, 2006. Maligui SOUMAH, Guinée : la démocratie sans le peule, 2006. Fodjo Kadjo ABO, Pour un véritable réflexe patriotique en Afrique, 2005. Anicet-Maxime DJEHOURY, Marcoussis : les raisons d’un échec. Recommandations pour une médiation, 2005. FODZO Léon, L’exclusion sociale au Cameroun, 2004. J.C. DJEREKE, Fallait-il prendre les armes en Côte d’Ivoire ?, 2003. STALON Jean-Luc, Construire une démocratie consensuelle au Rwanda, 2002. EMONGO Lomomba, Le devoir de libération. Esclave, libèretoi toi-même. ÉBOUA Samuel, D'Ahidjo à Biya – Le changement au Cameroun. KUOH Manga, Cameroun un nouveau départ.

Table des Matières
Préface d’Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l’Union Africaine 1. De la création de la BOAD 1. Les années d’incompréhension 2. Les suites du Sommet de Lomé ou les nouveaux axes d’amitié 3. L’intermède Baba-Moussa ll. La contribution de la BOAD au développement du Bénin lll. Boni Yayi, l’homme de synthèse lV. Visage politique et économique du Bénin 1. Touche pas ma Constitution 2. L’état de l’économie à la veille de la présidentielle 3. Corruption et détournements V. Loi électorale et financement du scrutin 1. Couplage et financement du scrutin 2. Polémique sur les dispositions particulières relatives à l’élection Vl. Élections et résultats des élections 1. En attendant la lettre de mission du peuple 2. De la déclaration de candidature au projet de société 3. La campagne au jour le jour 7 9 13 13 25 33 39 55 67 67 79 85 105 105 121 133 133 139 155

4. La caution des anciens de la classe politique 5. Vous avez dit « Alliance Wologuèdè » ? Vll Le Bénin et la quête permanente de l’homme nouveau

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1. Basile Adjou-Moumouni, 185 l’homme nouveau de 1968 2. L’émergence de la société civile 201 3. De la tutelle des partis politiques à la société civile 219 Vlll. Annexes Annexes 1. Témoignages : Boni Yayi, selon ses proches Annexes 2. Repères chronologiques ou de l’installation du Bureau de la CENA à l’investiture du président élu Annexes 3. Différents documents et documents relatifs au scrutin présidentiel Annexes 4 : Cartes de Tchaourou, du Bénin et d’Afrique 229 229

243 267 339

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Pour un réveil citoyen en Afrique
En réussissant pacifiquement l’alternance politique de mars 2006, le génie béninois vient d’offrir encore un cas d’école, certainement digne d’approbation et d’imitation. Ce livre raconte, sans fioriture, cette expérience (ou cette exception) béninoise de la dynamique du changement social. Une expérience encore toute chaude livrée ici comme un mode d’emploi à toutes nos sociétés qui aspirent à un mieux d’État pour un mieuxêtre, tout court. C’est de l’histoire instantanée du Bénin qu’il s’agit ici. Une histoire restituée sans forcément les outils et les techniques propres à cette discipline. C’est tout de même de l’histoire qu’il est question : l’histoire d’hier, l’histoire d’aujourd’hui et l’histoire de demain, l’histoire de l’évolution récente de l’Afrique, plus précisément de l’aspiration des sociétés africaines à une plus grande liberté, à la justice sociale à la démocratie, à travers l’émergence d’un nouveau leadership sur le continent. Cette quête ne date pas d’aujourd’hui. Elle s’est déjà manifestée à travers l’accession des pays africains à l’indépendance. Cette aspiration légitime a atteint son paroxysme avec la démocratisation de pays africains pendant la dernière. Ce processus de démocratisation prend un nouvel essor avec l’émergence de la société civile. Quoique encore flou, le concept de la société civile est sur toutes les lèvres en Afrique. Mais elle n’est pas seulement dans les discours, elle s’honore déjà d’un parcours impressionnant en tant que force de proposition citoyenne. 9

L’émergence de la société civile en Afrique souligne un réveil citoyen face à une profonde crise du politique, une fracture de plus en plus béante en l’élu et l’électeur. Dans un contexte où la démagogie politique reste agissante et où l’incurie des gouvernements condamne des générations entières à la précarité, l’ère du soupçon est plus que jamais ouverte. Il ne suffit plus de voter, de rentrer chez soi, avec le sentiment du devoir accompli et croiser les bras en attendant que le politique change la société. Désormais, les peuples prennent davantage conscience de leur rôle, de la force de leur vote et sont déterminés à peser décisivement sur le cours des choses, notamment en gardant les élus en état de tenir leurs promesses électorales, de respecter la loi, de rendre compte de leur gestion et surtout d’avoir des résultats de progrès social, de développement économique et d’émancipation effective des droits humains. Le pluralisme qui caractérise les sociétés africaines, le dynamisme du mouvement associatif renforcé par le processus de la démocratisation offrent un terreau favorable à cette mobilisation citoyenne au service de la transformation démocratique de la société. Encore très peu lisible, souvent inorganisée et parfois « incivile », la société civile africaine n’est pas audessus de tout soupçon ; elle est perfectible. On aurait tort de lui demander d’avoir, en quelques années seulement, la maturité d’une institution séculaire. Mais elle fait son petit bonhomme de chemin et gagne, chaque jour davantage, en autorité, en crédibilité, et l’efficacité de sa vitalité ne fait plus l’ombre d’un doute. Ce qui s’est passé au Bénin, cette année, est une alerte, l’avertissement d’un peuple qui veut désormais 10

exercer pleinement sa souveraineté en rendant possible le contrôle et la « responsabilisation » (accountability) du pouvoir politique. L’élection de Boni Yayi est l’aboutissement de tout cela en même temps qu’elle apparaît comme sa parfaite illustration. On peut s’interroger sur la pertinence du moment et de ses relations avec celui qui est aujourd’hui l’aboutissement du processus. Levain ou non de cette énorme demande sociale, l’élection de Boni Yayi, on s’en doute, n’est qu’un aspect des attentes de la société civile et de son extraordinaire capacité à intervenir aujourd’hui dans la destinée de nos États. Est-il possible aujourd’hui de gouverner en Afrique sans la complicité entre gouvernants et gouvernés ? La vérité est que les forces vives africaines sont capables d’aider, dans la confrontation et la concertation, les gouvernants à sauvegarder la culture démocratique et avoir un style de gouvernance qui favorise l’épanouissement socioéconomique. Le peuple béninois, plus d’une fois, a donné la preuve de l’émerveillement de son génie. La Conférence des forces vives de la Nation de février 1990 n’en est qu’un exemple. Quinze ans après cette formule originale qui a ouvert la voie du renouveau démocratique sur le continent, l’attachement des Béninois à la liberté et à la démocratie est tout entier. Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l’Union Africaine

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I. De la création de la BOAD
1. Les années d’incompréhension
Un an après l’accord de création de la Banque ouestafricaine de développement (BOAD), première réunion des chefs d’État de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) à Lomé le 11 octobre 1974, premières lézardes aussi dans l’édifice commun.

Selon Histoire de l’Union Monétaire OuestAfricaine qui rapporte l’événement, la réunion des chefs d’État se tient à huis-clos. Dans la soirée, à l’issue des travaux, un communiqué est publié indiquant que les chefs d’État réunis à ont décidé de fixer le siège de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à Dakar et celui de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) à Lomé. Ils se sont par ailleurs mis d’accord, pour confier le poste de gouverneur à un ressortissant de la Côte d’Ivoire et celui de vice-gouverneur à un ressortissant de la HauteVolta (actuel Burkina-Faso), à titre provisoire. Concernant la BOAD, le poste de président reviendra à un ressortissant de la Haute-Volta et celui de vice-président à un ressortissant du Niger. La présidence de la conférence des chefs d’État est confiée au président Eyadéma et celle du conseil des 13

ministres à M. Edem Kodjo, ministre des Finances et de l’Économie du Togo Le Bénin n’aura donc rien gagné, du moins dans les premières années de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Pas même le poste de président de l’institution. La question du siège de la banque a été vite évacuée à cette mémorable réunion tenue dans la capitale togolaise le vendredi 11 octobre 1974. Lomé a été préférée à Cotonou qui se voulait le nouveau pôle du socialisme scientifique sur le continent. La déception de Mathieu Kérékou, l’homme fort du Dahomey, actuel Bénin a été grande. Peut-être, les Béninois se souviennent-ils encore de son coup de colère au retour de Lomé. « Le néo-colonialisme africain est plus dangereux que l’impérialisme international », déclare-t-il à la presse nationale venue l’interroger au salon d’honneur de l’aéroport de Cotonou. En dehors de « La Voix de la Révolution » qui relaya l’information à longueur d’émissions, aucun média international ne se préoccupa de l’état d’âme du chef militaire. En somme, un nonévénement ! La déception du gouvernement révolutionnaire béninois et de son chef a été certainement à la mesure de leur naïveté. Pour les autorités de l’époque, soucieuses de rompre les amarres avec Paris, il fallait trouver d’autres points d’attaches. L’Union soviétique, l’alliée politique naturelle paraissait pourtant lointaine et lente à accompagner l’expérience des militaires révolutionnaires. De ce fait, il ne restait plus que la coopération interafricaine pour donner de l’espace aux ambitions du 14

gouvernement révolutionnaire. Le contexte s’y prêtait à merveille tout au moins du côté des finances. Depuis la signature du traité du 12 mai 1962 instituant l’Union monétaire ouest-africaine, c’est en 1974, soit douze ans plus tard que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, l’établissement en charge de l’activité d’émission monétaire a débuté l’africanisation de ses cadres avec la nomination de l’Ivoirien Abdoulaye Fadiga au poste de gouverneur. C’était un peu les débuts de ce qui deviendra, en 1994, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Parallèlement, l’accord instituant la Banque ouestafricaine de développement, signé un an plus tôt à Paris, a été ratifié le 5 mai 1974 avec comme objectif de promouvoir le développement des États membres et de réaliser l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. À ce sujet, les statuts de la BOAD sont très explicites. En effet, l’article 2, stipule que la banque, directement ou par l’intermédiaire de filiales ou de fonds spéciaux constitués par elle ou des institutions nationales, devra contribuer notamment : 1. à la collecte de disponibilités intérieures en conformité avec les législations nationales 2. à la recherche de capitaux extérieurs par emprunts ou obtention de fonds de concours non remboursables ; 3. au financement par participation au capital, par octroi de prêts, avals, bonifications d’intérêts, à des investissements ou activités ayant pour objet : - la construction ou l’amélioration d’infrastructures nécessaires au développement ; - l’amélioration des conditions et moyens de productions ; - l’établissement de nouvelles activités. 15

Le transfert de la propriété des moyens de production et de distribution des biens et services à des personnes morales, publiques ou privées ressortissant de l’Union ou de l’un de ses membres, ou à des personnes physiques nationales de l’Union. Par ailleurs, les textes de la Banque indiquaient déjà que dans le choix des actions auxquelles elle apporterait son concours, la priorité serait donnée à celles qui faciliteraient le développement des États membres de l’Union les plus défavorisés par les conditions naturelles. Pour les nouvelles autorités du Bénin soucieuses d’exorciser les démons de l’instabilité politique et d’engager le pays dans la voie de la normalisation économique, la création de la BOAD offrait une chance supplémentaire. Dans la réalité, les choses évolueront tout des militaires le rêve autrement, contrariant révolutionnaires. De ce fait, la BOAD, dans ses débuts, aura été pour le Bénin une occasion de se rendre compte que sa politique indisposait plus d’un pays de la sousrégion. Pour le Sénégal, par exemple, le nouveau Bénin rappelle une bien étrange expérience, celle du voisin du Sud, la Guinée de Sékou Touré. Et, le rapprochement entre Cotonou et Conakry ne sera pas du goût de Dakar. Rien, cependant ne sera fait, du moins officiellement pour compliquer les relations entre les deux pays. Celles-ci n’étant pas autrement développées. Pour l’essentiel, elles se limitaient à des échanges universitaires avec notamment de nombreux étudiants béninois en formation à l’Université de Dakar. 16

En dehors de quelques rares déclarations du président Senghor en réponse à des questions de journalistes où il est revenu sur les choix politiques de ces deux pays, rien d’autre ne pouvait signaler la mauvaise humeur des autorités sénégalaises. Il ne restait donc plus que les espaces d’intégration économique et des relations multilatérales comme la BOAD pour entretenir les risques de tensions et donner libre cours à la méfiance réciproque. De l’accueil des chefs d’État à l’ouverture du sommet À sa descente d’avion, le vendredi 11 octobre 1974 à Lomé, le Colonel Mathieu Kérékou qui ne se doutait pas de l’issue du sommet a déclaré qu’il attachait beaucoup d’importance à la réunion de l’UMOA, parce que, dit-il : « elle nous permettra de faire un tour d’horizon des problèmes qui se posent au continent africain et en particulier à notre sous-région ». Il a également rappelé que dès son avènement au pouvoir en octobre 1972, son gouvernement avait clairement défini l’orientation de sa politique étrangère : « nous libérer de la domination étrangère. Pour ce faire, nous avions dit que nous devions d’abord compter sur nos propres forces, nos propres moyens, sur l’initiative de nos masses ». « Nous allons travailler en toute honnêteté, en toute franchise, et nous allons trouver des solutions à tous les problèmes que nous aurons à aborder durant le sommet », a-t-il conclu. De son côté, le président ivoirien, HouphouëtBoigny a déclaré que le sommet de Lomé était la manifestation concrète de la volonté commune des États membres d’organiser dans l’intérêt de leurs populations, la solidarité devant permettre le progrès continu, le progrès harmonieux des États membres de l’UMOA. 17

Il a ensuite exprimé la conviction qu’aujourd’hui ses collègues et lui-même pourront jeter les bases d’une organisation qui « fera honneur au Togo qui nous reçoit et également honneur à l’Afrique ». Pour sa part, le Colonel Kountché, le président nigérien a indiqué qu’ « il s’agit essentiellement de faire que notre Union devienne un outil afin de favoriser le développement de nos États respectifs. Pour répondre à cette exigence, il fallait bien que l’UMOA, par rapport à ce qu’elle était avant, s’adapte, c’est-à-dire, subisse certaines corrections eu égard aux accords et dispositions initiaux, de façon à apporter des assouplissements et des allègements » Le Niger, selon le Colonel Kountché qui participait pour la première fois à une réunion interafricaine, ne saurait manquer de prendre une part active aux assises de Lomé. « Et nous espérons qu’à l’issue des débats, il sortira quelque chose de bénéfique allant dans le sens de la promotion économique et sociale de notre pays. », a-t-il ajouté. Interrogé sur l’ordre du jour du sommet de l’UMOA, le président Senghor a indiqué les différents points qui seront discutés par les chefs d’État avant de s’attarder avec ses envolées habituelles sur la crise économique mondiale : « Je ne pense pas qu’il y aura guerre économique entre pays développés et sousdéveloppés, entre pays producteurs et consommateurs. Nous avons toujours préconisé le dialogue et je pense que déjà dans le cadre de l’association euro-africaine, nous pourrons trouver la solution par un double dialogue, le dialogue euro-arabe et le dialogue arabo-africain qui a commencé et qui va se poursuivre méthodiquement ». 18

Des déclarations générales derrière lesquelles, se cachent des enjeux que les mots ne suffiront pas à dissimuler. Le président Eyadéma, l’hôte du sommet, rappelle à l’ouverture de la conférence qu’il s’agit de la première réunion au sommet depuis la réforme de l’organisation. « Cet événement marque le début d’une ère nouvelle dans la coopération de nos États entre eux, ainsi que l’instauration de relations spécifiques entre l’UMOA et notre partenaire français. Il donne en même temps le coup d’envoi de la mise en place des institutions et des structures nouvelles que prévoit la réforme conclue entre nous ». Il précise que les chefs d’État auront à déterminer le siège des deux banques de l’organisation et à en désigner les responsables. En soulignant cette évolution, le président togolais affirme que la nécessité de nombreuses et continuelles adaptations devait être admise comme une évidence. « Nous ne devons pas nous effaroucher des décisions à prendre, des positions à affirmer, lorsque l’intérêt supérieur de nos nations le commande ». Enfin, il estime que les États africains devraient affirmer leur détermination à bâtir des économies solides. « Pour cela, nous devons nous débarrasser de la vieille mentalité de pays éternellement assistés pour compter sur nos propres forces. » En sa qualité de doyen, le président HouphouëtBoigny prend ensuite la parole pour se féliciter de la discipline dont avaient fait preuve des États de l’Union dans leurs relations monétaires. Il remercie également les autorités françaises qui ont facilité la réalisation du souhait 19

que soit transféré en Afrique le siège de l’institut d’émission de l’Union. Le président ivoirien relève qu’au prix d’une discipline rigoureuse, librement consentie, les États de l’Union avaient obtenu des résultats très enviables. « Notre monnaie est constamment demeurée forte et librement convertible. Cette stabilité financière nous a valu le respect de nos partenaires commerciaux et la confiance des investisseurs publics et privés… De cette capacité nouvelle que nous tenons aujourd’hui, il nous reste à montrer que nous sommes dignes ». « Les efforts que nous aurons à faire pour pallier les inconvénients de la conjoncture actuelle, devront être acharnés et persévérants. C’est pourquoi la gestion de nos institutions monétaires et financières devra demeurer exemplaire ». Les résultats du Sommet Commentant les résultats de la réunion, le Général Sangoulé Lamizana de Haute-Volta, actuel Burkina-Faso se déclare très « satisfait du déroulement des travaux ». « Le but de la réunion était d’africaniser les cadres du personnel de la BCEAO et de transférer le siège de cette banque en territoire africain, ce qui a été fait ». « Nous avons créé parallèlement, une banque ouest-africaine de développement dont la mission est d’intervenir dans le développement social et économique de nos pays ». « Compte tenu de l’inflation mondiale et de la situation peu rassurante dans le domaine monétaire, les chefs d’État de l’UMOA ont décidé que les institutions seront mises en place le plus rapidement possible pour faire face à l’objectif que nous voulions atteindre, c’est-àdire, la bonne gestion de notre monnaie et ensuite dans le 20

cadre de la BOAD, la participation de cette banque à notre développement ». « Nous revenons de Lomé heureux et ravi », affirme le président ivoirien, dès son retour à Abidjan. « Ravi par tout ce que nous avons vu, entendu et senti ; heureux car l’objectif que nous nous étions fixé a été atteint et même au-delà ». « Nous voulions, en effet, consolider les liens fraternels qui nous unissent, en renforçant notre solidarité, afin de nous permettre d’obtenir au plus tôt les meilleures armes pour accélérer le développement économique de nos pays ». Indiquant qu' « après de longues heures de discussions et de dialogue nous sommes parvenus au succès escompté », il rappelle, que le transfert de Paris en Afrique du siège de l’Institut d’émission est maintenant une réalité et que la BOAD qui vient d’être créée « doit apporter un concours décisif à nos partenaires les plus défavorisés ». Enfin, le président ivoirien souligne que les membres de l’UMOA avaient refusé les aventures monétaires : « Notre monnaie est stable et convertible ». Interrogé à son retour à Dakar sur la répartition des sièges et des postes et sur l’orientation générale issue de la conférence, le président Senghor précise : « Ce qui est important, ce n’est pas que telle banque soit dans tel pays ou que tel fonctionnaire soit nommé président. Ce qui est important, c’est le caractère particulier de nos regroupements en Afrique de l’Ouest, car ces regroupements sont fondés sur une stricte égalité et en même temps sur la solidarité ». 21

« Par exemple, ajoute-t-il, la BOAD interviendra surtout dans les États les plus défavorisés et non pas au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Je crois que c’est cette égalité et cette solidarité agissante qui sont les caractéristiques de notre énergie ». Dès son retour à Niamey, le Lieutenant-Colonel Seyni Kountché, chef d’État nigérien a souligné : « Au cours de cette rencontre, nous avons tenu à ce qu’un nouvel esprit anime nos délibérations, afin que la solidarité devienne effective et non affective ». À propos de la répartition des sièges et des directions des deux institutions, il relève : « Dire que nous sommes satisfaits est beaucoup dire. Nous aurions voulu que notre solidarité soit mieux marquée par la répartition des sièges des deux banques. Toutefois, nous avons pu constater que nous ne sommes plus les parents pauvres et que l’on tient compte de la personnalité du Niger en tant qu’État et en tant que Nation ». Commentant les résultats de cette réunion, le chef de l’État du Dahomey fait remarquer qu’il espérait que la solidarité interafricaine jouerait en la circonstance et qu’il n’est pas normal que ce soit toujours les plus nantis qui accaparent ces postes. « La BCEAO est toujours sous contrôle français. Le transfert de son siège en Afrique exige que l’État qui l’accueille remplisse certaines conditions que le Dahomey ne remplit pas politiquement, en raison de l’option qu’il a prise le 30 novembre 1972, dans son discours-programme. À partir de ce moment, il était éliminé… » Relayant les commentaires de milieux proches du sommet, l’Agence France Presse a évoqué l’éventualité d’un retrait du Dahomey de l’UMOA. 22

La rumeur sera plus tard démentie par le ministre béninois des Finances Isidore Amoussou à son retour de Ouagadougou où se sont tenues les réunions du Conseil des ministres de l’UMOA et du conseil d’administration de la BCEAO les 15 et 16 décembre 1974. M. Amoussou précisera en substance : « Ma participation à ces réunions est significative. En effet, après les récentes mesures de prise en charge de certains secteurs économiques vitaux de notre pays, et malgré l’affirmation que le Dahomey reste membre de l’UMOA, d’aucuns nous prêtèrent l’intention de vouloir battre monnaie. C’est donc pour prouver notre volonté de rester membre de l’UMOA que j’ai assisté aux réunions de Ouagadougou ». Il ajoutera que les rumeurs « soigneusement entretenues qui voudraient déduire de ces prises en charge l’annonce imminente de la conquête par le Dahomey de sa pleine souveraineté monétaire, procède d’une manœuvre de sape ». « L’exercice de la souveraineté monétaire, exige d’autres contraintes que les mesures de prise en charge de certains secteurs économiques. Les Républiques de Mauritanie et de Madagascar ont quitté la Zone franc sans avoir pour autant proclamé la voie socialiste marxiste et léniniste de développement ». « Par contre, la République populaire du Congo qui est notre aînée dans cette voie, n’est pas encore sortie de la Zone franc ». « Il n’y a donc, à notre avis, aucune similitude à faire et aucune déclaration à tirer du fait de notre idéologie, en ce qui concerne l’exercice de notre souveraineté monétaire ». 23

L’hebdomadaire Jeune Afrique, l’une des rares publications paraissant hors de la zone UMOA à s’intéresser à la réunion de Lomé a, sous le titre : Afrique de l’ouest : Les limites de l’indépendance, replacé l’événement dans le contexte de la crise économique et de l’indépendance monétaire vis-à-vis de Paris qui avait jusque-là en charge la gestion de la monnaie commune, le franc CFA. « Presque un an après leur création, les institutions de l’UMOA vont donc entrer dans une phase opérationnelle. Étape décisive s’il en est, dans une conjoncture internationale pour le moins inquiétante », écrit le périodique. S’agissant des accords monétaires conclus avec Paris dont le transfert du siège de la BCEAO et la création de la BOAD en sont les conséquences directes, l’auteur de l’article écrit que lesdits accords disposent « que les États africains peuvent, par une décision unanime, changer la parité actuelle du franc CFA. Sans préjuger l’avenir, on peut se demander dans quelle mesure cette situation peut être envisagée. Car les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles le paraissent. En particulier, la distance qui sépare la plupart des pays membres et la fragilité de leurs économies prises isolément les feraient réfléchir avant toute démarche dans ce sens. Sans compter que les relations économiques avec la France, qui garantit encore leur monnaie, les placent dans une situation favorable. Comme l’écrit Togo Presse, « toute fluctuation de l’économie en France se répercute aussitôt sur la nôtre »… Dans ces conditions, des aménagements s’imposent. Et seuls nos chefs d’État sont habilités à les inventorier d’abord et à les faire accepter ensuite par nos partenaires de la zone franc. Autant dire que l’indépendance économique totale n’est pas pour demain ». 24

2. Les suites du Sommet de Lomé ou les nouveaux axes d’amitié
La nomination du ministre béninois du Plan, Aboubakar Baba-Moussa au poste de président de la BOAD en février 1982 consacre la fin des années de bouderie qui avaient marqué les débuts de la création de l’institution régionale de financement du développement

Si le chef de l’État nigérien Seyni Kountché ne pouvait être accusé de verser dans la logorrhée marxiste de son voisin dahoméen Mathieu Kérékou, il n’a pas été moins déçu des résultats du sommet de l’UMOA tenu à Lomé pour statuer sur le choix des sièges des institutions financières de l’UMOA et la nomination de leurs responsables. La réaction de Mathieu Kérékou et les échanges peu amènes qu’il a eus avec certains des participants à la réunion de Lomé indiquaient clairement qu’un climat de méfiance allait durablement s’installer dans les relations entre Cotonou et différentes capitales de la sous-région. Dans l’immédiat, l’axe Cotonou-Niamey paraissait exempt de toutes turbulences. Le 20 novembre 1974, soit un mois et quelques jours après le sommet de l’UMOA, Seyni Kountché était en visite à Cotonou, occasion pour les deux présidents de réaffirmer leur volonté de renforcer la coopération dans tous les domaines. Situant son voyage dans le cadre de la prise de contact avec les chefs d’État des pays limitrophes du 25

Niger, le Lieutenant-Colonel Kountché a déclaré que pour le peuple nigérien, le Dahomey est une porte ouverte sur le monde extérieur et un cordon ombilical. Il a, par ailleurs, précisé que sa présence était le symbole de la marque de sympathie et de considération pour tout ce que le Dahomey et ses autorités avaient fait pour le Niger, particulièrement lors de la période critique pendant laquelle des problèmes de ravitaillement s’étaient posés à son pays. Le Colonel Kountché faisait allusion à la sécheresse de l’année précédente. Dans le traditionnel communiqué conjoint qui a marqué la fin de la visite de Seyni Kountché, on pouvait lire : « Sur le plan africain, les deux chefs d’État ont insisté sur la solidarité plus agissante qui doit exister entre les États membres des organisations interafricaines ». On ne peut s’empêcher de penser à l’UMOA et à la frustration des deux présidents lors du sommet de Lomé. Kountché et Kérékou pouvaient rêver donner plus de contenu aux relations entre les deux pays. La preuve, cinq mois après cette visite, le chef de l’État nigérien faisait escale à Cotonou, de retour d’une visite de trois jours au Ghana. Du côté de Lomé, les relations n’étaient pas des plus cordiales. Les autorités des deux pays ont tenté, du moins formellement d’en limiter la portée. La preuve, à la suite de problèmes frontaliers occasionnant des accrochages entre les populations d’Agoué (Bénin) et celles d’Agouégan (Togo), les ministres de l’Intérieur des deux pays s’étaient réunis le 1er septembre 1975, donc moins d’un an après le sommet de l’UMOA, « aux fins d’examiner certains problèmes frontaliers qui pourraient 26

entraver les relations de bonne coopération… et d’y trouver les solutions nécessaires ». Mais quelques semaines seulement après cette rencontre, le Bénin ferme sa frontière terrestre avec le Togo. Il en sera ainsi jusqu’au 25 mars 1976, date à laquelle les autorités béninoises décident de rouvrir la frontière. Auparavant, il y a eu le sommet tripartite de Conakry, réuni le 20 mars à l’initiative du président guinéen Sékou Touré. Les présidents Kérékou et Eyadéma se sont retrouvés à Conakry pour exposer leurs griefs et convenir d’un nouveau départ dans leurs relations. En se rendant à Conakry, la délégation béninoise était, dit-on, préoccupée « de trouver au plus tôt une solution révolutionnairement juste à ce différend, pour faire échec à la politique impérialiste de ‘diviser pour affaiblir, affaiblir pour vaincre, vaincre pour régner’ et sauvegarder les intérêts fondamentaux des deux peuples et de notre mère commune, l’Afrique ». En écho, Sékou Touré, l’hôte guinéen a, au terme des discussions, proclamé qu’ « aujourd’hui à Conakry, se sont déroulés sous le signe de la maturité politique et morale des peuples d’Afrique, des entretiens empreints de fraternité, de sincérité et doublés d’une commune volonté de victoire à inscrire au nom de l’Afrique tout entière, l’Afrique qui veut être indépendante et totalement libre ». La déclaration publiée à cette occasion reprend en sept points l’essentiel des engagements auxquels ont souscrit les deux présidents : Le gouvernement du Togo et le gouvernement du Bénin s’engagent à renoncer définitivement à la fermeture des frontières entre les deux pays ; 27

considèrent et affirment que la seule coopération franche et loyale, l’amitié sincère et la compréhension mutuelle basées sur la confiance réciproque et sur la pérennité des intérêts des peuples africains en général, et des peuples en particulier, est de sauvegarder la sérénité des liens de fraternité qui ont toujours existé entre le Togo et le Bénin ; en vue de concrétiser cette nouvelle politique entre les deux États, les deux parties s’engagent à faire renaître la confiance réciproque par des actes pratiques, notamment par : la réouverture des frontières entre les deux pays à partir du jeudi 25 mars 1976 ; les mesures appropriées seront prises de part et d’autre avant cette date, l’interdiction formelle et définitive de toute activité subversive dirigée contre l’un quelconque des deux États à partir du territoire de l’autre, l’instauration de contacts aussi fréquents que possibles entre les deux chefs d’État et leurs gouvernements en vue de s’informer mutuellement et barrer la route à l’ennemi ; décident de tout mettre en œuvre pour créer les conditions objectives propices au rétablissement des relations amicales et fraternelles entre les deux pays ; confirment la validité de tous les accords liant le Togo et le Bénin et s’engagent à faciliter leur application notamment par la réactivation de la commission mixte paritaire créée par les deux pays dans un esprit de totale amitié et de sincère fraternité ; 28

saluent les efforts déployés de part et d’autre pour trouver une solution heureuse et durable à ce regrettable différend entre les deux États afin de sceller définitivement leur réconciliation ; décident d’une rencontre des deux chefs d’État dans les meilleurs délais et de l’organisation de contacts fructueux en vue de traduire et consolider la réconciliation intervenue. En application des conclusions du sommet de Conakry, la frontière entre le Bénin et le Togo a été réouverte le jeudi 25 mars 1976. Une cérémonie riche en couleurs a réuni les ministres de l’Intérieur des deux pays entourés d’une foule en liesse. Le même jour, le ministre togolais de l’Intérieur signait deux arrêtés. Aux termes de ces arrêtés, 25 ressortissants béninois en situation difficile avec le régime de Cotonou, étaient expulsés du Togo et interdits de séjour sur le territoire togolais. Au nombre de ceux-ci, on retrouve des noms bien connus comme Zinsou Emile Derlin, Houngbédji Adrien, Lemon Idelphonse, Hodonou Valentin, Quenum Philippe, Nicoué Urbain, Darboux Paul, Adotévi Amédéo… Trois mois plus tard, Kérékou était en visite officielle à Lomé, tournant ainsi les pages de la méfiance et des accusations réciproques. L’évolution des relations avec la BCEAO et la BOAD suivra la même courbe, mais de manière moins spectaculaire. Déjà, le 8 décembre 1975, soit onze mois après sa nomination, M. Abdoulaye Fadiga, le gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest 29

(BCEAO) était à Cotonou. Au sortir de l’entretien avec le président Kérékou, il a déclaré : « Je suis arrivé en République Populaire du Bénin en provenance de Niamey, dans le cadre des contacts habituels que j’ai avec les autorités de tous les États membres. Vous vous souvenez, en effet, il y a onze mois de cela, nouvellement nommé gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, j’avais rendu une visite de courtoisie à l’ensemble des chefs d’État et en particulier au président Kérékou pour lui dire quelles étaient mes intentions en ce qui concerne les tâches que les chefs d’État avaient consignées au gouverneur de la Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest. Après onze mois donc, il était normal que je revienne en RPB pour faire le point de la situation ». M. Fadiga a indiqué que l’une des premières tâches que les chefs d’État et le Conseil des ministres lui ont assignées, était le problème de l’africanisation de la Banque Centrale. "J’ai donc dit au président Kérékou en ce qui concerne les six agences nationales, qu’elles sont désormais toutes entre les mains des nationaux des six États. Donc en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Togo, au Niger en Haute-Volta et en République Populaire du Bénin, les responsables, les directeurs de ces Agences sont effectivement des ressortissants des États, que j’ai pris un certain nombre de dispositions qui tentent à faire en sorte que les directions centrales principales soient tenues par des nationaux, ressortissants des États membres de l’UMOA ». Quelques jours plus tard, M. Fadiga était encore à Cotonou, précisément le jeudi 8 avril 1976. Il était en tournée dans l’ensemble des États membres de l’UMOA 30

pour recueillir la signature des six chefs d’État sur le parchemin devant être scellé au nouveau siège de la Banque Centrale à Dakar. Du côté de la BOAD, le Burkinabè Pierre-Claver Damiba a été reçu en audience par le président Kérékou le jeudi 22 avril 1976. Le tout nouveau président était en tournée dans les capitales des États membres de l’UMOA pour, dit-il : « Identifier les projets, les opérations, les programmes susceptibles d’obtenir le concours financier de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) ». Il a donc exposé les objectifs de sa tournée au président Kérékou. Après sa rencontre avec ce dernier, Pierre-Claver Damiba a précisé que ces prises de contact avec les responsables politiques des pays membres de la BOAD étaient indispensables avant le démarrage effectif des opérations de l’institution financière inter-africaine. Pendant son séjour à Cotonou, le président de la BOAD a eu des séances de travail avec différents responsables de ministères en vue de faire le point des des nécessiter pouvant sectorielles activités investissements.

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3. L’intermède Baba-Moussa
M. Damiba a été le pionnier appelé à poser les jalons pour assurer à terme l’envol de l’entreprise commune. Cet envol ne devait commencer que bien plus tard avec Aboubakar Baba-Moussa. Seulement pour diverses raisons non éclaircies, le Bénin ne suivra pas le mouvement.

Ousmane Batoko qui a été à plusieurs reprises ministres au moment de la révolution, se souvient : « Je n’ai pas suivi le président Baba-Moussa au quotidien dans ses initiatives comme dans ses œuvres au niveau de cette institution régionale, mais je pense quand même que pendant son mandat à la tête de cette institution, le Bénin a pu bénéficier de beaucoup de projets un peu à l’image de ce que le Président Boni Yayi, en son temps, a eu à faire. Il est vrai qu’en termes de volume et d’enveloppes, Boni Yayi a certainement quadruplé voire quintuplé l’action de Baba-Moussa au Bénin. Mais Baba-Moussa, tout comme Boni Yayi, a toujours eu, en arrière-plan, l’impact que son action pourrait avoir sur le développement. » « En outre, si mes souvenirs ne me trompent pas, à l’époque de la révolution, puisque moi-même j’étais au gouvernement, lorsque nous faisions les bilans de l’action gouvernementale et en particulier celle des ministères au plan du développement et au plan de la consommation des crédits, nous étions pratiquement autour de 16 à 20 % de consommation des crédits. Cela signifie que les fonds ne manquaient pas, mais que ces fonds n’étaient pas utilisés. Tout cela parce que les procédures étaient compliquées, ou que les initiatives qui devraient déboucher sur la mise 33

en œuvre des projets, n’avaient pas suivi ou encore parce que la bureaucratie avait pris le pas sur le pragmatisme et l’efficacité. Effectivement, Aboubakar Baba-Moussa suppliait pratiquement le gouvernement béninois de venir chercher des fonds à la BOAD. Lui, dans sa position, ne pouvait inventer ou imaginer les projets pour le Bénin. Les tentatives qui avaient été faites à l’époque n’avaient pas permis à Baba-Moussa de concrétiser les ambitions qu’il avait pour le Bénin d’autant que certains dossiers étaient mal ficelés. Des Béninois pensaient qu’il suffisait de dire, pour que les fonds soient débloqués ; alors qu’il y a des formes de présentation du projet qu’il fallait respecter. » Interrogée, Mme Adizathou Baba-Moussa, l’épouse de l’ancien président de la BOAD a confirmé les propos de Batoko : « Il est entré à la BOAD en février 1982. Il en est sorti en 1995. Je dois, quand même, dire que son passage à la BOAD n’a pas laissé suffisamment d’empreintes du côté du Bénin. Malheureusement dans le temps, comme lui-même a eu à le déplorer publiquement à la télévision, il semble que les cadres du Bénin bloquaient les dossiers. Tout ce qu’il accordait comme prêt n’étant pas utilisé ». Comme un malheur n’arrive jamais seul, BabaMoussa a souffert également de l’incompréhension et de la jalousie de certains de ses proches, ceux-là qui constituaient sa famille politique naturelle. La désignation en février 1990 de Nicéphore Soglo au poste de premier ministre de la transition et son élection comme président de la République en 1991 et récemment l’élection de Boni Yayi au poste de président de la République confirment, s’il en était besoin, que les postes internationaux sont perçus au Bénin comme des positions privilégiées, d’où leurs titulaires peuvent être sollicités 34

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