Brésil (le) du Nord-Est

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Sans doute l'une des études les plus remarquables du Brésil d'aujourd'hui, procédant d'expériences vécues dans sa région du Nord-Est, grande comme trois fois la France. Probablement unique au monde par sa diversité et ses richesses culturelles, sa religiosité et ses croyances, la région du Nord-Est est confrontée à de graves problèmes sociaux, analysés sans détour dans cet ouvrage.
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782296209374
Nombre de pages : 322
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LE BRESIL DU NORD-EST
Richesses culturelles et disparités sociales

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06649-6 EAN : 9782296066496

Patrick Howlett-Martin

LE BRESIL DU NORD-EST
Richesses culturelles et disparités sociales

Préface de Fernando Henrique Cardoso

L'Harmattan

Horizons Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chas sin
La collection Horizons Amériques latines publie des synthèses thématiques sur l'espace s'étendant du Mexique à la Terre de feu. Les meilleurs spécialistes mettent à la disposition d'un large public des connaissances jusqu'alors souvent réduites, sur ce sous-continent, à quelques stéréotypes.

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-

nos jours, 2003.

" Le Nord-Est est le miroir qui nous renvoie l'image du Brésil dans sa plus brutale netteté' '. Celso Furtado Economiste et homme politique. (1920-2004).

Préface

Il est rare, il est même très rare, de trouver sous la plume d'un diplomate étranger un ouvrage qui manifeste une telle compréhension à l'égard du Brésil, une telle maîtrise des sources et des chiffres, un tel soin apporté au détail, comme ce livre du Consul Général de France à Recife, Patrick Howlett-Martin. D'autant qu'il ne s'agit pas d'une étude sur l'ensemble du pays, mais sur l'une de ses régions seulement (il est vrai plus grande que la France et avec une population de plus de 50 millions d'habitants). Il est toujours plus difficile d'obtenir des informations fiables sur une région donnée que sur le pays tout entier; il est nécessaire d'aller les chercher dans les journaux locaux, au cours d'entretiens avec les autorités et les dirigeants politiques, sans omettre la capacité d'observation in situ de l'auteur. Je ne connais pas de livre qui réunisse avec précision autant d'informations actualisées sur une gamme aussi vaste de questions relatives au Nord-Est du Brésil. Ces questions vont de la coopération internationale, thème attendu de la part d'un diplomate, aux méandres politiques de chaque Etat en passant par les informations économiques les plus pertinentes. Mais les chapitres qui m'ont le plus satisfait sont ceux dédiés aux questions sociales, des plus tradionnelles, comme l'éducation et la santé, aux moins débattues, comme le tourisme sexuel, la prostitution et la discrimination raciale. De plus, le regard qui confronte ces questions n'est pas celui d'un étranger prompt à décrier les maux, mais celui d'un observateur passionné, au demeurant objectif, soucieux non seulement de dénoncer, mais de comprendre. Dans son effort pour appréhender ces questions, notre auteur montre un autre côté de la médaille: s'il est vrai que la pauvreté, la discrimination et les maux qui affectent la politique locale (et nationale) sont décrites dans ce livre, on y trouve, également, la dynamique d'une société et de gouvernements s'efforçant de les maîtriser. Le lecteur attentif verra que des programmes sociaux-économiques tentent de répondre à presque tous les problèmes mentionnés. Il verra aussi que ces programmes n'ont pas surgi aujourd'hui, de rien, mais s'améliorent et s'élargissent au cours d'administrations successives. Certes, il y a des succès (presque toujours moindres que l'ampleur des problèmes), certes, il y a des insuffisances qui doivent être corrigées, mais le Nord-Est n'est plus une région oubliée. Ses propres fils veillent sur elle et la nation pressent que si elle veut être vraiment démocratique, prospère et plus égalitaire, elle devra concentrer ses efforts sur le Nord-Est. Ce livre aidera à conforter une attitude positive dans l'approche du NordEst qui, sans nier pour autant ses difficultés, entrevoit un futur plus prometteur pour cette région. Il servira de référence à ceux qui souhaitent connaître en détail les multiples questions qui préoccupent le plus les Brésiliens et, notamment, les Nordestins. Il peut paraître curieux et même paradoxal que l'on doive cette étude à un auteur "étranger", représentant diplomatique d'un pays tiers. Cela montre qu'il n'y a ni barrières culturelles ni frontières qui puissent

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prévenir une vision à la fois engagée et objective, faisant fi des distances et des éventuelles différences pour le plus grand bien de la compréhension humaine. Fernando Henrique Cardoso (Président de la République 1995/2002)

Fédérative

du Brésil.

10

L'essentiel des informations contenues dans cet ouvrage procèdent des entretiens menés par l'auteur, de septembre 2003 à juin 2006, dans la région du Nord-Est du Brésil avec des autorités politiques, des artistes, des intellectuels, des universitaires, des religieux, des magistrats, des syndicalistes, des responsables des principales organisations non-gouvernementales de solidarité. Sept des principaux journaux du Nord-Est ont été consultés quotidiennement au cours de cette période avec une mention particulière pour les quotidiens A Tarde de Bahia (directeur Edivaldo Boaventura), DÜirio do Pernambuco (directeur Joezil Barros) et Jornal do Comércio (directeur Ivanildo Sampaio) du Pernambuco, Diétrio do Nordeste (directeur: Idefonso Rodrigues) du Ceani qui se sont révélés une source précieuse d'informations, notamment dans le domaine social. La lecture de ces journaux nordestins a été complétée par une consultation quotidienne des journaux 0 Globo (Rio de Janeiro), Correio Braziliense (Brasilia), 0 Estado de Sào Paulo (Sào Paulo) et Gazeta Mercanti! (Sào Paulo). Une bibliographie suggérée figure en annexe de cet ouvrage.

11

CARTE DU BRESIL

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SOMMAIRE

INTRODUCTION PREMIERE PARTIE

......................

17

LA VIE POLITIQUE Les principales formations politiques ..................................................... Le parti des travailleurs et les municipalités rurales ............................ La question agraire - le mouvement des travailleurs sans terre........... Les programmes sociaux du gouvernement fédéral.............................. L'Eglise .... Annexe: entretien avec Leonardo Boff .................................................. LES QUESTIONS SOCIALES La violence ...... L'enfance et l'adolescence pauvres ......................................................... Le tourism e sexu el... ...... La prostitution d'enfants et d'adolescents.............................................. L 'habitat populaire et le logement social................................................ L'enseignement supérieur public et la discrimination positive ............ La discrimination raciale .......................... La lutte contre le sida ............................................................................... L'ACTIVITE ECONOMIQUE

31 41 45 51 57 65

71 79 85 89 93 97 101 107

In trod u ctio n ..... ... ... ..... La SUD ENE en panne .............................................................................. Le tourism e ...... L' aq uaculture de la crevette .................................................................... La viticulture ... ...... LA SCENE CULTURELLE In tr 0d u cti 0n ............................................................................................... La m usiq u e pop ulaire . ...... L'art lyrique et musical............................................................................ Le cinéma ............ Le théâtre ... .... La danse ..................................................................................................... Le livre et l'édition ....................................................................................

113 117 121 123 127

131 133 137 139 143 147 151

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LA COOPERATION INTERNATIONALE In trod u ctio n ..... Les principaux partenaires internationaux - les coopérations avec: . l'Allemagne................................................................................. . l'Italie........................................................................................... . le Po rtugal ..................................... . les Etats-Unis .............................................................................. . Cu ba............................................................................................. . la F ran ce ............................................................ La coopération décentralisée France-Brésil ........................................... Les organisations de solidarité françaises et européennes .................... Les relations avec la zone Asie-Pacifique................................................ La place de r Afriq ue .........................

157
159 163 167 169 171 175 187 193 199 207

DEUXIEME PARTIE
LES ETATS DE LA REGION ALA GO AS ............................................................................ BAHIA ................................................................................... CEARA .............................................................. MARANHÀ 0 ............................................................................. PARAIB A .............................................................................. PERN AMB V CO................................................................... PIA vi ................................ RIO GRANDE DO NORTE ................................................ SERG IPE............................................................................... BIBLI 0 GRAPHIE ...................................................... 217 225 245 257 269 277 293 301 311 315

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INTRODUCTION

L'appellation Nord-Est a été mentionnée en 1941 par le géographe Fabio Macedo Soares Guimaraes dans sa proposition de diviser le Brésil en 5 régions géographiques (Nord, Nord-Est, Est, Sud, Centre-Ouest) et adoptée par le gouvernement Vargas lors de la création de l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE). Le gouvernement crée en 1952 le concept de polygone de la sécheresse (poligono das secas) incluant le nord des Etats du Minas Gerais et de Espirito Santo, zone de compétence géographique de la Banque du NordEst et, en 1958, est utilisée officiellement r appellation Nord-Est, un espace placé sous la tutelle de la SUDENE, organisme destiné au développement économique et à la mise en oeuvre de politiques sociales en faveur d'une région considérée, à juste titre, défavorisée...

La place dans la Fédération Les neuf Etats qui composent le Nord-Est (le tiers du nombre total des Etats de la Fédération), couvrent 18% de la superficie du pays (un territoire grand comme trois fois la France), rassemblent 30% de sa population (quatre cinquièmes de la population française) et concourent à hauteur de 14% du PIB brésilien (le plus important est Bahia avec 4,36% du PIB national, sixième économie du pays). Cette région reçoit 11% du budget fédéral (2005) et 4% des investissements étrangers directs destinés au Brésil (en 2004 quelque 560 millions de dollars sur un total estimé à 14 milliards de dollars). Le premier investisseur est le Portugal qui assure la moitié des flux, essentiellement dans les secteurs du tourisme et de l'industrie textile, hors l'investissement vénézuelien prévu dans la construction d'une raffinerie au Pernambuco, jointventure avec la société pétrolière brésilienne Petrobnis. Le Nord- Est assure 8% en moyenne des exportations brésiliennes (17% dans les années 70) et la balance commerciale, excédentaire jusqu'en 1995 est, aujourd'hui, déficitaire. Les Etats-Unis sont le premier partenaire commercial,

La recherche et l'enseignement

supérieur

La richesse conférée aux élites de la région par les cultures d'exportation (canne à sucre, cacao, coton, sisal, etc.), fondée sur la grande propriété et r esclavage, avait permis l'avènement d'une élite très minoritaire mais puissante, attachée aux modèles universitaires européens, On recense dans la région les premiers établissements supérieurs du genre au Brésil: l'Ecole de Médecine de Bahia et le Cours de Droit de Olinda (1808). L'Etat du Maranhào, en dépit de l'esclavage, était alors surnommé l'Athènes brésilienne.

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Aujourd'hui, la région ne compte que 16% des établissement supérieurs du pays. Elle contribue peu à la production scientifique (8,5%) et à la délivrance des doctorats (10%). La législation oblige le Fonds National de Développement de la Science et de la Technologie à consacrer 30% de ses ressources au Nord-Est, mais le ministère à la Science et à la Technologie aurait des difficultés à honorer cet impératif, car les projets de recherche ne correspondraient pas aux exigences des appels d'offres. L'accord inter-universitaire institutionnel avec la France, CAPES-COFECUB, était conçu, à son origine, exclusivement pour les universités du Nord-Est, région minoritaire aujourd'hui dans ce programme. Il est vrai que lorsque le ministre à la Science et à la Technologie, Roberto Amaral, originaire du Pernambuco, avait souhaité en 2003 observer une approche géographiquement plus équilibrée (implantation d'un centre de recherche en neurosciences auprès de l'université fédérale du Rio Grande do Norte, d'un centre en aquaculture de la crevette à Natal, élargissement de l'institut de recherche sur le semi-aride à Petrolina...), il s'était heurté au lobby puissant des chercheurs du centre-sud du pays.

L'importance

politique et les principales formations

Le chiffre élevé de population dans la région et le caractère proportionnel de la représentation politique (3 sénateurs par Etat) ont contribué à accentuer l'importance du Nord-Est sur la scène politique brésilienne, une influence bien supérieure à son poids économique. C'est le deuxième collège électoral du pays avec 32 millions d'électeurs. Au cours de ces vingt dernières années, ce sont trois présidents de la Fédération issus de la région (Fernando Collor de Mello, José Sarney, Luis Ignacio Lula da Silva). Une région qui compte des dirigeants parmi les plus influents du Brésil (la famille Sarney au Maranhào, Tasso Jereissati et Ciro Gomes au Ceani, la famille Arraes au Pernambuco, feu Antonio Carlos Magalhaes à Bahia...). En 2006, les présidents du Sénat (Renan Calheiros) et de la Chambre des députés (Aldo Rebello) étaient originaires du Nord-Est (Etat de l'Alagoas). L'enquête publiée en juin 2005 par le Département Inter-Syndical Parlementaire (DIAP) avait identifié 34 parlementaires nordestins (députés et sénateurs) parmi les 100 parlementaires les plus influents du Brésil. Plusieurs formations politiques sont présidées par des parlementaires issus du Nord-Est (PSOL, PPS, PSB, PSDB...). Certaines formations ont leur base politique dans la région: cas du PSB dont le président, les deux sénateurs et 12 de ses 28 députés fédéraux sont du Nord-Est, cas du PFL-DEM dont les deux tiers de ses sénateurs et le tiers de ses députés fédéraux sont issus de la région. Au demeurant, dans cette région, comme dans l'ensemble du Brésil, les questions d'intérêt local, les personnalités et les accords électoraux comptent davantage que les filiations partisanes souvent précaires. L'ancien gouverneur 20

du Ceani, Ciro Gomes, ministre du gouvernement Lula, a changé quatre fois de parti (abrité aujourd'hui au PPS après avoir été au PDS, au PMDB et au PSDB). Si le PMDB a décidé dans sa très grande majorité de participer au gouvernement Lula après les élections d'octobre 2006, en revanche, ses principaux sénateurs pour le Nord-Est se sont déclarés hostiles (Mào Santa au Piaui, Jarbas Vasconcelos au Pernambuco, Garibaldi Alves au Rio Grande do Norte, Almeida Lima au Sergipe). La dépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral de la grande majorité des municipalités rurales et l'importance de l'administration locale (dans l'Etat d'Alagoas, 63% du PIB vient de l'administration publique, 54% dans le Rio Grande do Norte, 43% dans la Paraiba, 42% au Piaui) ont perpétué les relations traditionnelles de clientélisme politique héritées des puissantes oligarchies familiales qui se perpétuaient au pouvoir (les Maltas en Alagoas, Pires Ferreira au Piaui, Rosas e Silva au Pernambuco, Accioly au Ceara, Franco au Sergipe, Maia et Alves au Rio Grande do Norte, etc.). Ces influences et ces relations de clientélisme sont entamées dans les principales capitales régionales aujourd'hui comme en ont témoigné, en octobre 2004, les élections de Joào Henrique (PDT) à Salvador, ville alors fief du sénateur Antonio Carlos Magalhaes (PFL/DEM), de Luizianne Lins (PT) à Fortaleza, malgré l'opposition du ténor politique local (Tasso Jereissati, sénateur du Ceara au titre du PSDB), de Silvio Mendes (PSDB) à Teresina en dépit de l'influence du sénateur pour le Piaui et ancien gouverneur, Francisco de Assis de Moraes. Le Parti des Travailleurs compte, dans le Nord-Est, trois gouverneurs, aucun sénateur et seulement 15 députés fédéraux, mais contrôle ou participe par le biais das alliances électorales locales à la gestion des principales capitales: Recife, Fortaleza, Aracaju directement; Salvador (avec le PDT), Natal et Joào Pessoa (avec le PSB). Ce parti administre la ville de Camaçari (Bahia), le plus important pôle pétrochimique du Brésil et le premier parc industriel du Nord-Est.

Les inégalités et les problèmes sociaux

Parmi les cinq Etats brésiliens qui recensent les plus graves inégalités sociales, quatre Etats sont du Nord-Est (Alagoas, Piaui, Maranhào, Paraiba), selon une enquête de l'Institut brésilien de la géographie et de la statistique (IBGE) publiée en novembre 2005. Cinq Etats du Nord-Est ont un revenu per capita le plus faible du pays, cinq fois moindre que celui enregistré dans l'Etat de Rio de Janeiro ou dans celui de Sào Paulo. Le pourcentage de la population pauvre en zone urbaine (39%) n'a pas varié depuis 1970, selon un rapport de la Fondation Getulio Vergas. Quelque 46% de la population gagnent moins d'un salaire minimum (contre 27% en moyenne nationale). Les indices sociaux - mortalité infantile, chômage, analphabétisme, homicides - sont les plus élevés du Brésil. Selon l1BGE, en 2005, le taux de mortalité infantile était de 53,7 pour mille en Alagoas, 42 pour mille au Maranhào, taux record même s'ils sont en baisse sensible, rapportés 21

aux taux des Etats du sud (Rio Grande do Sul: 14,3 pour mille; Sào Paulo: 16,5 pour mille). La région a le pire indice dans le domaine de la voirie et de l'adduction d'eau: 46% des domiciles sont dénués de tout-à-l'égout. On recense dans cette région 41% de la population mineure brésilienne, quelque Il millions d'enfants et d'adolescents. Les trois quarts d'entre eux vivent dans des familles dont le revenu mensuel est inférieur à un salaire minimum (100 euros en novembre 2006). C'est dans le Nord-Est que se trouvent la majorité des familles bénéficiaires du programme d'assistance sociale fédéral Balsa Familia (quelque 8,3 milliards de reais en 2006, soit 3 milliards d'euros environ, en faveur de Il millions de familles). Une famille sur trois reçoit cette allocation dans la région (une famille sur douze dans le centresud du pays). Du Nord-Est proviennent, aujourd'hui, 40% des flux migratoires vers les villes de Rio de Janeiro et de Sào Paulo. Selon le quotidien 0 Globo du 16 mai 2005, 10% de la population de Rio de Janeiro (1,3 million d'habitants) sont nés dans le Nord-Est. La moitié de ces émigrés vivent en bidonvilles, favelas, contribuant à l'ostracisme dont est généralement l'objet le nordestino dans les villes du centre-sud du pays. De 1940 à 1995, la région a perdu plus de 15 millions d'habitants dans cet exode, tandis qu'une large partie de la population s'est urbanisée (30% de la population est urbaine en 1960 ; 85% actuellement). L'inégalité dans la structure foncière - 4% de la population en zone rurale possèdent 60% des terres cultivables; 75% en possèdent 10% - explique des conflits permanents et l'action des mouvements agraires (Pastorale de la terre, Mouvement des travailleurs sans terre, Confédération des travailleurs ruraux...).

La coopération française Le prestige de la France dans la région, à défaut de son influence, se nourrit d'héritages et se situe bien au-delà des moyens engagés, lesquels sont en diminution constante au cours de ces vingt dernières années. Les matrices de cette influence (pensée française, coopération universitaire, valeurs universelles, droits de l'homme, démocratisation des voies d'accés au savoir), se sont trouvées confortées ces dernières années, en dépit de positions jugées excessivement protectionnistes dans le domaine agricole, par les initiatives défendues par la France sur le plan international (multilatéralisme, primat du droit international, diversité culturelle, développement durable, mécanisme de taxation internationale en faveur d'un accès plus démocratique aux médicaments, etc.). Il reste que l'écart croissant entre le discours, l'intérêt affiché, feint ou réel, exprimé à l'égard de cette région du Brésil auprès des autorités locales et des médias généralement bien disposés à l'égard de la France, suscite désormais des interpellations régulières et des comparaisons sur les actions menées par les principaux pays représentés dans la région (Espagne, Portugal, Canada, Japon, Etats-Unis, Pays- Bas, Italie, Allemagne). 22

Le Canada, dont l'Agence Internationale pour le Développement, a ouvert à Recife un bureau régional en 2005, prévoit de consacrer au cours des prochaines années la moitié de son budget Brésil au Nord-Est. L'Allemagne, dont le siège de la Confédération des Coopératives se trouve à Recife, réoriente ses actions de coopération sur la région. Les Pays-Bas ont ouvert en 2005 une représentation commerciale à Recife. L'Italie a inauguré en décembre 2005 une Chambre de Commerce et d'Industrie régionale sise à Recife. Les Etats-Unis, dont les fondations sont très actives, doublent les effectifs de leur représentation consulaire dans la région. La République Populaire de Chine doit ouvrir, prochainement, un Consulat Général pour le Nord-Est à Recife. Le Japon finance de nombreux projets sociaux et d'infrastructures. Quant au Portugal, il est le premier investisseur dans la région. Faibles sur le plan économique (il y a peu d'investissements français actuellement, hormis le tourisme et l' agroindustrie), les moyens sont insuffisants sur le plan de l'enseignement du français (étudié par moins de 5% des apprenants au Brésil, quelque 10 000 élèves) et sur le plan de la coopération artistique dans une région riche en traditions, modèle de diversité et pluralisme culturels, qui recensent les artistes et les écrivains parmi les plus importants du Brésil. L'influence française procède essentiellement d'un héritage intellectuel que traduisent une coopération universitaire de qualité et un attrait réel préservé pour les formations doctorales (10% du corps professoral de l'excellente université fédérale du Pernambuco a été formé en France). Quant à la coopération menée par l'Union européenne, financée pour un cinquième par la France, (un apport s'élevant à quatre fois le budget de la coopération bilatérale), quand bien même serait-elle connue des médias et des autorités régionales, elle n'offre pas le même intérêt en terme politique que la coopération bilatérale, importante, appréciée et reconnue par le passé. La communauté française compte quelque 4 000 personnes dont près de 2.000 sont inscrits au registre consulaire, soit 12% des Français inscrits au Brésil. C'est une communauté en croissance régulière au cours de ces cinq dernières années (+10% à + 15% par an). Elle est dispersée essentiellement sur quatre Etats: Bahia (près de 30%), Pernambuco (25%), Ceara (20%), Rio Grande do Norte (10%). Il faut observer que le Consulat Général de France à Recife, compétent pour la région du Nord-Est, n'a, paradoxalement, plus accès depuis le I er septembre 2004 à la liste des ressortissants français dans sa circonscription, désormais tenue et actualisée par la section consulaire de l'ambassade à Brasilia, et a perdu l'essentiel de ses responsabilités consulaires depuis cette date, dans le cadre d'une mission nouvelle, dite d'influence, habillage conceptuel pour une représentation désormais amoindrie qui, en vérité, n'a plus de raison d'être, confrontée à l'autonomie quasi totale du programme 209 (coopération scientifique, technique, éducative, linguistique et culturelle) dans le cadre de la Loi d'orientation de la Loi de Finances (Lolf) et à la perte de ses fonctions principales (hors la protection consulaire justificatrice de l'exaequatur) et gagnerait à se refondre dans le cadre d'une structure 23

consulaire européenne qui pourrait serVIr de modèle d'expérience référence.

et de

Le tourisme

Le développement sans précédent de l'industrie touristique dans la région à laquelle sont consacrés 44% des investissements étrangers dans ce domaine au Brésil, a accentué les flux de touristes en provenance d'Europe: scandinaves et hollandais au Rio Grande do Norte, portugais au Ceara, espagnols, italiens et français à Bahia. Dans ce domaine, se distingue la compagnie aérienne portugaise TAP qui maintient des vols quotidiens depuis Lisbonne vers quatre capitales du Nord-Est (Natal, Fortaleza, Recife et Salvador) transportant, en 2005, quelque 383 000 passagers sur ces lignes (120 000 en 2000). La croissance de ces flux suscite une augmentation du trafic international de drogue et du tourisme sexuel, les deux chefs d'inculpation principaux retenus contre les ressortissants français et européens détenus dans la région.

24

ANNEXE 1

LA PART DU NORD-EST DANS LA FEDERATION BRESILIENNE Population Urbaine (2000) % 69,10 68 67 71 59 71 76 63 73 71

Superficie Km2 Nord-est Alagoas Bahia Ceara Maranhao Paraiba Pernambuco Piaui Rio Grande do Norte Sergipe 1.554.257 27.767 564.692 148.825 331.983 56.439 98.311 251.529 52.796 21.910

% Brésil 18,3 0,3 6,6 1,7 3,9 0,7 1,2 3,0 0,6 0,3

Population (2004 ) 50.432.280 2.980.910 13.687.080 7.976.563 6.021.504 3.568.350 8.323.911 2.977 .259 2.962.107 1.934.596

% Brésil 27,8 1,6 7,5 4,4 3,3 2,0 4,6 1,6 1,6 1,1

Electeurs (2006) 34.123.710 1.859.487 9.109.353 5.361.581 3.920.608 2.573.766 5.834.512 2.073.504 2.101.144 1.299.785

%

27,10 1,48 7.23 4,26 3, Il 2,04 4,63 1,65 1,67 1,03

25

PREMIERE PARTIE

LA VIE POLITIQUE

LES PRINCIPALES FORMATIONS POLITIQUES

Il est malaisé, dans le Nord-Est comme dans l'ensemble du Brésil, de mesurer les tendances et les clivages politiques à l'aune des appartenances partisanes, car celles-ci sont souvent instables, sans réel contenu idéologique et négociées au gré des avantages électoraux, des alliances globales et des questions locales, une situation d'autant plus volatile que la nouvelle législation électorale brésilienne exige, pour reconnaitre une formation politique et lui donner les droits afférents (bénéfices financiers du Fonds des Partis, participation aux commissions, droits de TV, etc.), qu'elle obtienne au moins 5% des votes valides dans, au minimum, 9 Etats de la Fédération. Aux élections d'octobre 2006, seules 7 formations sur les 21 ayant participé au scrutin ont satisfait à cette exigence (PT, PMDB, PSDB, PFL-DEM, PP, PSB, PDT). Le PT a été le premier parti, devant le PMDB avec 15,60% des votes pour la Chambre fédérale. Un regroupement des petites formations sous un sigle unique ou un transfert vers les principales formations sont attendus si cette disposition est entérinée par la Cour Suprême. Mais d'une façon générale, on observe dans le Nord-Est une dichotomie assez nette entre le vote plutôt progressiste dans les capitales régionales et le vote plutôt conservateur dans les municipalités et zones rurales. Le Parti des Travailleurs (PT) contrôle désormais trois Etats du Nord-Est (Bahia, Sergipe et Piaui) et par le jeu de ses alliances électorales tous les Etats (avec le PDT et le PSB), saufles Etats de Paraiba et de Alagoas dirigés par des gouverneurs issus du PSDB. Cette formation contrôle actuellement les principales capitales, sauf Teresina, soit dans le cadre d'une gestion directe (Recife, Aracaju, Fortaleza où des maires issus du PT ont été élus en octobre 2004), soit dans le cadre d'alliances (Salvador, Natal, Joào Pessoa, Olinda). Mais, hormis le Pernambuco, le PT a beaucoup de difficultés à pénétrer dans les zones rurales où dominent les formations conservatrices (PFL-DEM et PMDB). Ce parti n'a aucun sénateur sur les 27 sénateurs représentant le Nord-Est. Deux formations politiques bénéficient d'une base importante dans le Nord-Est: - le Parti Social Brésilien (PSB), de gauche, importance héritée de l'action politique de Miguel Arraes, dont le président actuel du parti, ses deux sénateurs, ses trois gouverneurs (Rio Grande do Norte, Pernambuco, Ceani) et quatorze de ses vingt-huit députés fédéraux, sont du Nord-Est; - le Parti du Front Libéral (PFL) rebaptisé DEM, de droite qui, en dépit d'une influence en baisse sensible, a encore près de la moitié de ses députés fédéraux issus de la région et la majorité de ses sénateurs (l0 sur 17).

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Le scrutin présidentiel et parlementaire du mois d'octobre 2006 a entamé cette dichotomie dans le paysage électoral du Nord-Est: il a souligné r affaiblissement de l'influence des grandes familles politiques traditionnelles (au Maranhào, à Bahia et au Sergipe) au profit de formations progressistes (PT, PSB, PDT). C est la région dans laquelle le candidat Luiz lnacio Lula da Silva a enregistré ses meilleurs résultats électoraux. Dans six Etats du Nord-Est (Ceara, Maranhào, Paraiba, Pernambuco, Piaui, Bahia), Lula a reçu plus des trois quarts des suffrages exprimés (60% sur le plan national). Les résultats tiennent, dans une certaine mesure, à l'extension des programmes sociaux du gouvernement qui favorisent dans le Nord-Est près d'une famille sur trois. Près de la moitié des familles bénéficiant de ces programmes d'assistance réside dans cette région (49,8% selon le quotidien Valor du I cr octobre 2006). Il y a une corrélation claire entre ce score électoral et l'importance des programmes sociaux: dans les 5 municipalités de l'Etat du Pernambuco où les programmes sociaux favorisent plus de 75% des familles, Lula obtient ses meilleurs scores. Ainsi de Manari, dont l'indice de développement humain est le plus bas du pays, les votes favorables à Lula sont passés de 16% aux élections présidentielles de 2002 à 77% à celles d'octobre 2006. Mais l'importance de ces programmes sociaux n'est pas toujours déterminante: dans la municipalité de Porto da Folha, Etat du Sergipe, plus des deux tiers des 6.000 familles bénéficient des allocations financières au titre du programme Balsa Familia, mais Lula a été battu par son adversaire politique aux élections d'octobre 2006.

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