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Cahiers congolais de communication (Vol. X)

284 pages
La première partie de ce dixième volume des Cahiers congolais de communication rend compte d'une série de recherches en sciences de la communication. La seconde partie comprend des études pluridisciplinaires sur des enjeux culturels, psychosociopolitiques et géostratégiques.
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Revue interdisciplinaire

Publication du Centre d’Etudes en Communication de Masse (CECOM)
de l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la
Communication (IFASIC)

101, Avenue Colonel Ebeya, Commune de la Gombe, Kinshasa,
République Démocratique du Congo.

Comité d’édition de la revue

Professeur ordinaire Joseph MBELOLO ya MPIKU, directeur ;
Edouard NOSA MATUMONA, chargé de publication ;
Eustache NAMUNANAIKA KAMIRA, secrétaire de rédaction ;
Jiji MUJINGA MWAMBA, secrétaire administrative.


Conseil scientifique de la revue
Jean-Lucien KITIMA KASSENDWE, Emmanuel MWANGILWA
LUSSU, Espérance BAYEDILA BAKANDA, Georges Jérémie WAWA
MOZANIMU, Eddie Tambwe, Paul OKOMBA WETSHISAMBI, Albert
POMBO NGUNZA, Crispin MAKELELE SOLO, ITANGAZA
MUBANGU, Alexis MBIKAYI MUNDEKE, Jean-Claude MATUMWENI
MAKWALA, Emile BONGELI YEIKELO, François Xavier
BUDIM’BANI YAMBU, Rigobert MUNKENI LAPESS, Vincent
LUKUNKU MULABA, Aimé KAYEMBE TSHIBAMBA MALU, Dénis
NZONKATU, Jean-Pierre MANUANA, Alain NDEKE ALEY, Jean-
Bosco MAMBA wa NGINDU, Jean-Marie Vianney LONGONYA,
MUPAPA SAY, Bernard MUNSOKO wa BOMBE, Henry KOKOLO
THAMBA, Godefroid ELITE IPONDO, THAMBA NKENGE, YAV
SAMUTELA, Philippe NTONDA, MWEPU MULOMBWE, TEMINA
MOKE, Fidèle MAKIESSE LONGA, Placide BALEWEYA, ACHILLE
EKELE, TITO NDOMBI, KILIBA MWAHULWA, François ELIKA, ILO
EKHA, Sandra ITELA LOPONDA, Herbert KALA, Massey TAMBWE,
Anicet BASILWA, Félix DILUBENZI MULEMVO, Marc NGWANZA,
Didier MBUYI, Fanfan MUBENGA, Anicet NYEMBORANYAMA,
David PATA KINTWADI, VOTO TONGBA, Michel KITSIAKUDI,
KIMINA BAYINDIE.




























© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00399-3
EAN : 9782343003993
Cahiers congolais de communication
Revue interdisciplinaire
Volume X,
Kinshasa, Paris, Février 2013

Sommaire

Introduction
Jean-Lucien KITIMA KASENDWE A .......................................................................... 7

Partie I :
Communicologie

Quelle communication pour quel développement durable
en République Démocratique du Congo ?
Espérance BAYEDILA BAKANDA T. ....................................................................... 11

Autopsie du Système médiatique congolais : Pour une synthèse
des potentialités et chances d’un leadership pour le développement
de la démocratie en RDC
Aimé KAYEMBE T. MALU ........................................................................................... 33

Un regard anthropologique de la communication à travers
la polyandrie en RDCongo
Anicet YOMBORANYAMA .......................................................................................... 47

La radio de proximité en question
ELITE Ipondo Elika ....................................................................................................... 61

Le journaliste congolais et la problématique des sources
d’information
Jiji MUJINGA MWAMBA KANGABE ........................................................................ 77

La « Communication de panurge » et les états du moi.
Analyse d’une scène de conflit de culture et de fonctionnalité
en milieux universitaires congolais
Anaclet Vungbo ............................................................................................................ 91
3 Approche psychologique de la communication
George Jérémie WAWA MOZANIMU ................................................................... 101
Les effets du régime de protection des autorités publiques étrangères
contre les outrages par voie de presse et de communication
audiovisuelle au Cameroun
Albert MBIDA ................................................................................................................ 109

La place de l’oralité dans la conservation du patrimoine culturel
kongo à l’ère de l’écriture et des NTIC
David PATA KIANTWADI et Joseph Mbelolo Ya Mpiku ............................... 125


Partie II :
Communication : Enjeux culturels, socio-psycho-politiques
et internationaux

La perception masculine du leadership féminin
dans les institutions publiques congolaises
Sandra ITELA LOMPONDA ..................................................................................... 145

Pour une stratégie de communication de la RD Congo
face à la problématique des Droits de l’Homme.
Apport de l’approche systémique aux relations publiques d’Etat
Eustache NAMUNANIKA KAMIRA .................................................................... 163

De la pertinence conceptuelle de la communication politique,
approche essentialiste et pluridisciplinaire
Michel ILUNGA LEMBA et Céleste MBALA MBABU ...................................... 189

La démocratie : Théories, principes et fondements. Application
à la République Démocratique du Congo
Alexis MBIKAYI MUNDEKE, Julie ALUA Pene Awazi et Nicodème
TSHILUMBA Hyote ..................................................................................................... 201

Pour une stratégie des transports au service du développement
Romain NGYLA ISUNG.............................................................................................. 213

Gestion et résolution des conflits interinstitutionnels en RD.Congo.
Cas du conflit entre l’ISS/Kinshasa et le ministère de la Jeunesse
et des Sports de 2009 à 2010
Michel MUKIAPO KAMISER .................................................................................. 225

4 Les théories classiques de l’intégration régionale
et la problématique de la sécurité interétatique
dans la région des grands lacs africains
Martin ZIAKWAU LEMBISA ................................................................................... 243

Francophonie et Gouvernance mondiale : le sous-système
international Afrique face à l’émergence des défis majeurs
et anormaux
Jean-Lucien KITIMA KASENDWE A. .................................................................... 269

5

Introduction
Jean-Lucien KITIMA KASENDWE A.
Professeur ordinaire, Recteur de l’IFASIC

Ce dixième volume de Cahiers congolais de communication - revue
scientifique publiée par le Centre d’Etudes en Communication de Masse
(Cecom en sigle et dans la suite du texte) de l’Institut Facultaire des
Sciences de l’Information et de la Communication (Kinshasa, République
Démocratique du Congo) – s’impose, à nous, comme un numéro
« spécial », à double titre, pour aller directement à l’essentiel.

Ce numéro consacre, d’abord, de manière certaine et éloquente, la
qualité du travail abattu, à la tête du Cecom, par le professeur ordinaire
Joseph MBELOLO ya MPIKU, figure scientifique bien connue des milieux
universitaires congolais et africains. Professeur des universités, recteur
honoraire de l’IFASIC, cet imminent collègue a dirigé - jusqu’au mois de
décembre 2012 - le Cecom, et donc la présente revue. Avec ardeur et
sérieux.

Cette page introductive au dixième volume – réalisé sous sa direction
- offre l’opportunité à toutes les composantes de la revue de rendre
hommage à cette figure incontournable de la vie scientifique de l’IFASIC.
Sous notre plume, le terme « composantes » renvoie au personnel aussi
bien académique, scientifique qu’administratif qui travaille sur la revue.
On soulignera un fait significativement et symboliquement historique :
après toutes ces années de labeur à la tête du Cecom, le professeur
Joseph MBELOLO ya MPIKU, philologue, spécialiste de la littérature et
de la sociologie du livre, passe le flambeau à l’un de ces anciens
étudiants, le professeur Eddie Tambwe, le nouveau responsable du
Cecom et de la revue.

Une seconde raison vient accentuer le caractère « spécial » du
présent volume, en en faisant en quelque sorte un numéro de transition.
En effet, nos bons vieux Cahiers – longtemps confinés dans les limites
nationales congolaises – entrent, avec ce dixième volume, dans une
nouvelle ère de leur histoire. Celle de l’internationalisation. Celle de la
standardisation. Celle de la normalisation. A la suite notamment de la
conclusion du partenariat de coédition avec les éditions françaises
L’Harmattan. Curieuse coïncidence : le chiffre « 10 » est souvent porteur
7 de symboliques ! Les Cahiers congolais de communication sont donc
désormais confrontés aux exigences de la modernité et de la
standardisation internationale : enjeux qui s’imposeront naturellement
à la nouvelle direction de la revue.

Mais ce numéro ne pouvait échapper à sa nature (inter) (multi)
disciplinaire, en se posant au carrefour des discours aussi bien
médiatique, journalistique, informationnel, culturel, économique,
politique, que géostratégique. Toutes ces dimensions sont remarquables
dans les pages suivantes qui se proposent, comme on le notera,
d’interroger la pensée communicationnelle congolaise sous deux axes
majeurs.

La première partie interroge directement la communicologie dans
ses diverses perspectives, alors que la seconde partie – tout en
maintenant son ancrage dans les SIC – rend compte dans une approche
pluridisciplinaire des enjeux culturels, psycho-sociopolitiques et
géostratégiques.

8






Partie I
Communicologie



Quelle communication pour quel développement durable
en République Démocratique du Congo ?

Professeur Espérance BAYEDILA BAKANDA


Résumé : Le développement durable est non seulement une invention de
la communication mais aussi une notion fortement idéologique. En tant
que produit de la communication, les médias sont pris de vitesse par
l’épaisseur du sujet. Il faut disposer des moyens financiers importants
pour parvenir à développer un discours médiatique cohérent à son
sujet. Ce discours est, en contexte congolais, plus difficile encore à
réaliser tant la notion même de développement durable reste floue. De
ce fait, il est permis de penser que toute communication sur le
développement durable en RDC reste absolument à inventer.


Introduction

Bâtir un pays plus beau qu’avant que nous léguerons à notre
postérité, tels sont les mots que l’on peut entendre en écoutant les
congolais chanter leur hymne national. Ces mots avoisinent la
conception que l’Occident donne au concept de développement durable :
« Un développement qui répond aux besoins des générations du présent
sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux
leurs. » Cette conception qui se dégage du rapport Bruntland montre
combien le développement durable est devenu la condition même de la
survie de la planète terre. Les mots de l’hymne national congolais
traduisent à leur manière l’engagement que la société adulte prend vis-
à-vis de sa postérité.
Cependant, entre le dire et le faire, le fossé est souvent trop grand.
Aussi, sommes-nous en droit de nous interroger si cet engagement pris
est sincère au regard de la dégradation de notre environnement au
niveau de la capitale Kinshasa devenue la risée du monde avec une note
peu reluisante : « Kinshasa, capitale la plus sale du monde. »
Nos modes de production et de consommation s’inscrivent-ils dans
cette logique de garantie à assurer aux générations futures ? La saleté,
sous toutes ses formes, est un poison qui se répand dans
l’environnement et finit par compliquer l’existence : la nourriture se fait
rare, les maladies éradiquées réapparaissent, enfin c’est la nature qui ne
cesse de se déchaîner pour venger toute la souffrance que les hommes
11 lui ont infligée. Pour que la vie soit vécue dans la dignité, il faudrait
assainir l’environnement. L’assainissement de l’environnement résonne
comme un fidèle écho à la maxime populaire qui pose que de la qualité
de l’environnement dépende celle de la vie.
La prise de conscience de cette situation devrait nous conduire vers
un changement de comportement vis-à-vis de notre environnement.
Mais pour qu’on y parvienne, la première arme de persuasion devrait
être la communication. Raison pour laquelle cette réflexion gravitera
autour de cette question cardinale : Quelle communication pour quel
développement durable en République Démocratique du Congo ?
L’interrogation est trop englobante pour faire l’objet d’un article. Il
faut réduire les angles et restreindre le champ en tentant de voir
comment, dans les médias grand public, le développement durable est
traité. Aussi, pour mener à bien notre réflexion, nous commencerons par
fixer d’abord le lecteur sur tout le flou conceptuel qui enveloppe le
développement durable. Nous parlerons ensuite des médias congolais
ainsi que leur communication sur le développement durable.

1. Le développement durable en quête de théorie

Le développement durable est aujourd’hui un concept à la mode. Non
seulement qu’il est à la mode, mais il devient une sorte de nouveau
paradigme à partir duquel une manière de concevoir le monde
s’organise. Cependant, toute la difficulté ne réside pas tant dans
l’érection du concept en paradigme mais plutôt dans sa définition. Il est
présentement difficile de se faire une idée assez nette sur sa définition
tant la notion s’enrichit chaque jour de nouvelles contributions.
1Christian Comeliau, reprenant la synthèse élaborée par Fabrice Hatem
relève, en 1989, au moins une soixantaine de définitions du
développement durable. Il va même plus loin jusqu’à constater que le
seul rapport Bruntland qui est devenu aujourd’hui le point de départ de
la réflexion sur le développement durable comporte au moins six
définitions différentes de la notion. Ce qui nous intéresse dans le travail
de Fabrice Hatem, c’est la classification qu’il élabore du développement
durable: le développement durable écocentré et le développement
durable anthropocentré. Cette division a pour objectif essentiel la
protection de la vie en général ou le bien-être de l’homme. Le souci du
bien-être de l’homme subdivise le développement durable en trois
approches : économique, écologique et radicaliste.

1 F. HATEM, « Le concept de développement soutenable », Economie prospective
internationale, n°44, 1990, p. 101-117.
12 L’approche économique reste plus proche de l’esprit du rapport
Bruntland. Ici, le développement durable « vise à préserver, d’une
génération à l’autre, le stock global (naturel et artificiel) nécessaire pour
2assurer le bien-être des générations futures et présentes. » Quant à
l’approche écologique, elle vise également la préservation du stock du
capital assurant la constance et la croissance du niveau du bien-être. Son
point fort reste le maintien du stock des ressources naturelles. Enfin,
l’approche radicaliste focalise son attention sur « la dimension des
inégalités Nord-Sud et les origines sociopolitiques du sous-
3développement. »
A ne prendre que ces quelques indications, on voit apparaître toute la
difficulté à conceptualiser le développement durable. Cette difficulté ne
serait que le prolongement d’un mauvais départ pris avec le
développement comme tel.
Les nations économiquement avancées avaient mis au point le
concept de développement puis surtout son corollaire de sous-
développement dans le double but simplement de garder l’hégémonie
qu’elles se sont donnée depuis la triste rencontre de la colonisation et
avoir une mainmise sur les richesses du sud. Les migrations
substantives pour désigner la même réalité sont la preuve que la réalité
que l’on veut ainsi exprimer est mouvante et difficile à saisir ou à
confiner dans un prisme conceptuel. Ainsi, tour à tour, les pays de
l’hémisphère sud se sont vu attribuer l’épithète d’« arriérés, sous-
développés, moins développés avant d’avancer à la catégorie en voie de
4développement» en même temps qu’ils ont été contraints de mettre en
place des programmes de développement à multiples facettes sans
qu’une seule n’ait connu un début d’exécution.
C’est ainsi que dans le Tiers-monde et singulièrement en Afrique, le
développement a été tour à tour humain, intégral, endogène, autocentré
5et bien d’autres qualificatifs que Jean-Marc Ela a bien fait de recenser.
Serge Latouche enfonce le clou en constatant qu’on « a vu des
développements «autocentrés», «endogènes», «participatifs»,
«communautaires», «intégrés», «authentiques», «autonomes et
populaires», «équitables» sans parler du développement local, du
microdéveloppement, de l'endo-développement et même de l'ethno-
développement ! En accolant un adjectif au concept de développement,

2 C. COMELIAU, « Développement du développement durable ou blocages conceptuels »,
Tiers-Monde, n°137, 1994, p.63.
3 Ibid.
4 I. SACHS, « Le développement reconsidéré : quelques réflexions inspirées par le
Sommet de la terre », Tiers-Monde, n° 137, 1994, p. 53.
5 J.M. ELA, Innovations sociales et renaissance de l’Afrique noire, Paris, L’Harmattan,
1998.
13 il ne s'agit pas vraiment de remettre en question l'accumulation
capitaliste, tout au plus songe-t-on à adjoindre à la croissance
économique un volet social comme on a pu naguère lui ajouter une
6dimension culturelle, et aujourd'hui une composante écologique. »
Il serait peut-être plus indiqué de démonter tout le mensonge qui
entoure ce concept aux allures d’oxymore. Cette expression vise plus à
changer de mot plutôt qu’à changer le cours de choses qui prend, chaque
jour, une tournure inquiétante. Autrement dit, on change les mots sans
changer les maux. La mystification conceptuelle donne aux ONG un
optimisme que rien ne justifie. Ces dernières ont pensé et pensent
encore que le développement durable est un développement
« économiquement efficace, écologiquement soutenable, socialement
équitable, démocratiquement fondé, géopolitiquement acceptable,
7culturellement diversifié», bref le merle blanc. »
A cet effet, ils ont parlé du développement humain, mais dans la
réalité, le capitalisme qui préside à ce type de développement est
foncièrement inhumain. Un cinglant démenti au capitalisme à visage
humain avec lequel on nous rabat les oreilles depuis que le
néoliberalisme a triomphé. C’est pour se donner bonne conscience que
les multinationales qui sont le symbole de son égoïsme s’emploient
aujourd’hui à développer un concept aussi creux que la responsabilité
sociale de l’entreprise. On croirait le concept nouveau alors qu’à la
vérité, les entreprises ont toujours exercé une responsabilité sociale.
Prendre les soins de son personnel en charge, inhumer dignement les
agents qui meurent, verser des allocations familiales ou d’autres primes
pour placer le personnel dans des conditions de travail idéales, n’est-ce
pas de la responsabilité sociale ?
Aujourd’hui, que cette responsabilité ait changé de champ d’action
pour s’occuper des secteurs qui ne rentrent pas dans leur champ
d’activité première, juste pour montrer qu’on est humain, ce n’est ni
plus ni moins que répandre un écran de fumée. A la vérité, rien n’est
plus normal que le bénéfice économique passe avant la vie d’un Noir. En
cela, nous avons fait un grand bond en arrière comme dirait Serge
8Halimi. L’état de pauvreté actuelle du Tiers-Monde est plus sévère que
celle qu’elle a connu alors qu’il n’y avait ni ajustement structurel, ni
dynamique de développement durable.
En outre, l’Occident nous a proposé un développement intégral, celui-
ci s’est révélé utopie car aucun Etat ne peut se développer de manière

6 S. LATOUCHE, « Imposture du développement durable, ou les habits neufs du
développement », Monde en développement, n° 123, 2003, p. 23.
7 S. , du développement durable, ou les habits neufs du
développement », p. 24.
8 S. HALIMI, Le grand bond en arrière, Paris, Fayard, 2005.
14 intégrale. Il est des aspects de la vie nationale qui prennent de l’avance
sur d’autres. Raison pour laquelle nous disons que le développement est
un processus de transformation qui intéresse tout le monde. Si les pays
développés étaient, eux aussi, intégralement développés, leurs
chercheurs ne travailleraient pas à innover en vue de se faciliter la vie.
Tous, nous sommes des Achille du développement ; chaque innovation
est un pallier de plus franchi. La tortue que constituent les besoins de la
vie fait naître d’autres envies qui nécessitent à leur tour de franchir ce
nouveau cap. Finalement, de palier en palier, on ne finit plus de se
développer. Nous sommes tous en voie de nous développer. Mais le plus
intéressant c’est que lorsque le bond est accompli, il n’est utile d’abord
que pour le pays pour lequel l’innovation a été mise au point. On sait
qu’il est des technologies qui n’intéressent que de pays dont elles sont
originaires, et parfois leurs alliés. L’exemple du scanneur déshabillant
que les Américains ont mis au point pour s’assurer que les passagers
entrant aux Etats-Unis ne sont pas porteurs des bombes n’a pas plu au
reste du monde.
Ils nous ont encore proposé un développement endogène ; mais
concrètement l’Afrique travaille plus sur des logiques d’un
développement exogène. Nos économies, vieux lieu commun que nous
reproduisons à souhait, sont les plus extraverties. Ce caractère exogène
favorise plus les autres que les pays du Tiers-Monde eux-mêmes. C’est
9dire qu’à la question posée par Sylvie Brunel de savoir à qui profite le
développement durable, nous répondons : à l’Occident. Car une matière
première achetée moins cher dans le Tiers-Monde rapporte gros au
fabricant de n’importe quel artifice technique moderne.
Bref, il faut considérer que toutes les facettes du développement
durable n’ont produit que le résultat contraire de ce qui était annoncé.
Toutes les structures mises en place y contribuent et le gros piège qui
nous a été tendu vise à faire croire que sans l’appui de l’Occident, nous
ne pouvons rien. Idée nocive et dangereuse que nous avons intériorisée
selon les mots de Charles Taylor : « depuis des générations, la société
blanche a donné d’eux (des noirs, et c’est nous qui soulignons) une
image dépréciative à laquelle certains n’ont pu résister. De ce point de
vue, cette auto-dépréciation devient l’une des armes les plus efficaces de
leur propre oppression. Leur premier objectif devrait être de se
10débarrasser de cette identité imposée et destructrice. »
Par ailleurs, la notion de développement, par-delà les apparences
concerne tout le monde en ce qu’il « s’agit d’une part, de libérer, en tant

9 S. BRUNEL, A qui profite le développement durable ?, Paris, Larousse, 2008.
10 C. TAYLOR, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Paris, Flammarion, 1997, p.
42.
15 que condition nécessaire mais nullement suffisante, de la gêne
matérielle et, d’autre part, de reconnaître le caractère transformationnel
11du processus. »
Pris dans cette perspective de processus transformationnel du vécu
d’un individu ou d’une communauté, il nous semble faux de considérer
qu’il y ait d’un côté des Etats développés et de l’autre, des Etats moins
développés. Déjà, à ne prendre, pour les Etats du sud, que l’aspect de la
décolonisation, on a assisté à une transformation qualitative de la vie
des individus et des nations. Ce que les Etats africains étaient au
lendemain de la proclamation des indépendances, ce n’est pas ce qu’ils
sont aujourd’hui, cinquante après. Nous savons qu’on nous objectera
que le niveau économique des Etats du sud n’a pas approché celui des
nations occidentales. Et les fameuses nations développées ? Elles aussi
se sont transformées en cinquante ans. Si elles ont également connu des
processus de transformation de leurs structures, nous pouvons allons
déduire qu’il n’y a aucun Etat développé, tous les Etats sont en voie de
développement. Car aucun Etat ne se satisfait de sa situation actuelle,
chacun travaillant pour s’améliorer ; le développement devient alors un
horizon à atteindre. Mais cet horizon, toujours fuyant, risque de se
transformer en une vraie poursuite du vent, laquelle poursuite peut être
comparée au mythe éléate d’Achille et de la tortue.
Outre la dimension transformationnelle qui caractérise les Etats du
monde, il y a lieu de réaliser que les trois critères à partir desquels on
envisage le potentiel de développement d’une nation sont communs
également à tous les Etats. En effet, « la capacité de se penser, de
concevoir un projet, l’existence des structures politico-administratives
permettant de mettre en œuvre le projet en toute transparence et sous
le contrôle démocratique de la société, enfin l’existence d’un appareil
productif assurant au pays une certaine résilience par rapport aux
12pressions du système économique international » n’est pas l’apanage
de quelques pays.
Conscients de tous ces critères, les Etats du sud essaient de les
mettre en marche. Mais la pression internationale à laquelle Sachs fait
allusion n’a cessé d’étouffer dans l’œuf toutes les initiatives des Etats du
sud qui tendraient à leur donner une plus grande marge de manœuvre.
Il faut dire ici que les séquelles de la colonisation qui ont octroyé aux
uns une position dominante et aux autres celle de dominés n’a pas
déserté les esprits. Les colonisateurs d’hier continuent de fonctionner
avec ce schème de pensée où l’arrogance se conjugue avec la brutalité

11 I. SACHS, « Le développement reconsidéré : quelques réflexions inspirées par le
Sommet de la terre », Tiers-Monde, n° 137, 1994, p. 54.
12 I. SACHS, art. cité, p. 54.
16 pour infliger une humiliation aux Etats du sud. L’esprit des mots
prononcés naguère par Jules Ferry demeure encore tenace. En effet, ce
qu’il déclarait le 28 juillet 1885 définissant la politique de l’expansion
coloniale laquelle a cours jusqu’à ce jour : « les colonies sont pour les
pays riches un placement de capitaux des plus avantageux… La question
coloniale, c’est pour les pays voués par la nature même de leur industrie
13à une grande exportation, la question des débouchés… » C’est dire
combien avant même les indépendances que l’Occident capitaliste avait
radicalisé sa position : les affaires sont les affaires et n’ont que faire de la
charité. Et Césaire avait vu juste quand il constatait que « nul ne
colonisait innocemment ! » Il y a donc de la part des Occidentaux une
hégémonie à maintenir comme le dit si bien le président Georges Bush :
« Notre mode de vie n’est pas négociable » et de la part des Tiers-
Mondistes, une volonté de s’affranchir de cette tutelle lourde et
opprimante.
Cependant, ceux des Etats du sud qui croient en la justesse de leurs
options ont fini par arracher aux puissants la clé de leur pouvoir : la
technologie. Désormais leurs égaux, les nations économiquement
avancées traitent ces vaincus d’hier en puissances émergentes.
Euphémisme de mauvais aloi pour ne pas reconnaître le développement
de ces pays. A cet effet, pourquoi la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, le
Brésil ou l’Afrique du sud ne peuvent-ils pas être comptés parmi les
pays développés alors qu’ils sont bien loin devant certains pays
occidentaux ? Le Portugal, l’Espagne ou la Grèce peuvent-ils rivaliser
aujourd’hui avec la Chine ?
C’est net, le concept de développement est idéologique et exclusif.
Les standards à l’aide desquels le développement se constate sont mis
au point par l’Occident qui n’entend nullement élargir le cercle des
nations économiquement avancées. Quant au développement durable, il
n’est que « la dernière née d’une longue suite d’innovations
conceptuelles visant à faire entrer une part de rêve dans la dure réalité
de la croissance économique. Cette inflation des qualificatifs ajoutés au
développement est une tentative de conjuration magique de ses effets
14négatifs.»
Le gros effet négatif contre lequel les hommes du sud doivent lutter,
c’est la montée en flèche de la pauvreté. Les documents stratégiques
pour la réduction de la pauvreté ne sont que des masques pour créer
l’illusion que le fléau de la pauvreté est pris au sérieux et qu’on veut

13 J. FERRY cité par C.S. TIDIANY, « Le Noir et les cultures indo-européennes », Présence
erafricaine, Contributions au 1 Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs, n° 14-15, 1957,
p.8.
14 S. LATOUCHE, « Développement durable : un concept alibi », Tiers-Monde, n°137,
1994, p. 79.
17 vraiment en finir. Mais la vérité, à ce sujet, est que plus on dit lutter
contre la pauvreté, plus elle s’accroît. Car rien dans le chef de ceux qui
font semblant d’aider ne les dispose vraiment à nous voir sortir de cet
état infrahumain. Le développement du sud signe l’arrêt de mort de
l’Occident. A l’époque où existaient les blocs idéologiques – capitalisme
et marxisme – le développement favorisait les détenteurs du capital en
Occident et la nomenklatura dans les pays d’obédience marxiste. Avec la
fin théorique de l’antagonisme entre les blocs, les pratiques de deux
camps se sont affinées qui opèrent sous des formes subtiles concrétisant
ainsi les mots de Gabriel Marcel : les hommes contre l’humain.
En poussant plus loin le raisonnement, nous nous apercevons que le
bluff est total autour de ce concept de développement, quel que soit le
déterminatif qu’on lui applique. Et singulièrement en ce qui concerne le
développement durable. Cela pour deux raisons : « Si c’est le
développement et non l’environnement qu’il s’agit de rendre durable, on
a affaire à une mystification. Si durable veut dire préserver
l’environnement, alors c’est incompatible avec la logique
15économique. »
Le développement ne peut être durable car en tant que processus
transformationnel, il implique une action sur la nature. Or une action
sur la nature ne la laisse plus intacte, elle subit des modifications. Le
développement durable, dans son mensonge, est comparable à la
théorie de la guerre propre. Peut-il y avoir raisonnablement une guerre
sans dommages ?
Toutefois, ce débat n’est pas celui à l’ordre du jour de notre propos.
Ce qui nous préoccupe, c’est le lien entre la communication et le
développement durable. Ce concept est diversement apprécié par les
parties concernées. « Le développement durable est généralement
présenté comme la résultante d’un jeu de pressions multiformes, créés
16par des groupes d’acteurs aux motivations diverses. » Les motivations
diverses sont à chercher dans ce dilemme : « Mais de quel
environnement est-il question ? Celui des populations locales qui y
vivent et en tirent parti ? Celui des politiques et financeurs du
développement pour qui les problèmes environnementaux sont
engendrés par l’action des hommes ? Ou encore celui des logiques
institutionnelles dont la priorité est de « répondre durablement à des
17impératifs politiques et médiatiques mondiaux ? »

15 Ibid., p. 79.
16 J. LAURIOL, « Le développement durable à la recherche d’un corps de doctrine »,
Revue française de gestion, n° 152, 2004, p. 137.
17 H. RAKOTO RAMIANTSOA et J.M. SAMYN, « Arrimer le local et le global ou le
développement durable pour qui ? L’exemple de la gestion contractualisée de la forêt de
Merikanjaka », Mondes en développement, Vol. 32, n° 127, 2004, p. 91.
18 Ce concept central dans les relations environnement –
développement participe de la « médiatisation mondiale des questions
d’environnement global. » H. Rakoto Ramiantsoa et J.M. Samyn insistent
sur l’importance de l’interrogation en soulignant son caractère
fondamental dans le contexte d’une exigence environnementale du
développement où elle doit toucher, de ce fait, des champs relevant des
réalités naturelles, du milieu social comme des opportunités
économiques, alors que prévalent surtout, dans les projets de mise en
18valeur territoriale, des conditionnalités écologiques. »
Le mouvement altermondialiste qui naît dans la foulée est une
indication précise du flou qui entoure le concept. Le credo
altermondialiste d’un « autre monde est possible » l’illustre. Et les
manifestations parallèles aux rencontres de grands décideurs de la
marche du monde sont également une autre preuve que le système
socio-économique qui mène le monde n’est pas le bon.
Pour cette raison, le sud devrait s’inspirer du combat des délaissés
du nord pour organiser le sien. Car la logique du flou entretenu autour
du développement durable laisse libre cours à des interrogations du
genre « s’agit-il d’une nouvelle logique de développement qui résulterait
d’un meilleur arbitrage entre préoccupations court-termistes (fondées
pour l’essentiel sur des critères économiques), ou d’une nouvelle
définition de la performance élargie à des considérations
environnementales et sociales ? Quels sont les fondements théoriques
sur lesquels s’appuyer pour codifier et déployer le développement
19durable ?»
A prendre en considération tout ce questionnement, on réalise tout le
flottement du langage qui doit rendre raison au développement durable.
Les think tank de grandes puissances procèdent comme par essai et
erreur ; dès qu’un concept est adopté, ils se frottent les mains et
mobilisent des moyens pour réussir son ancrage dans les cerveaux de
ceux pour qui le concept est destiné. Le concept ne doit avoir de place
que dans la tête jamais dans le vécu quotidien des peuples pauvres. De
la sorte, les interventions du nord au sud ne profitent réellement qu’au
nord. Les Congolais en savent quelque chose avec le bout de phrase
assassin qui a mis à mal les relations diplomatiques avec la Belgique :
« Un franc investi au Congo rapporte cinq à la Belgique. » Autrement dit,
le développement durable n’est qu’un concept alibi pour masquer la
volonté occidentale de piller les ressources des nations du Tiers-Monde.


18 Ibid., p. 91.
19 J. LAURIOL, « Le développement durable à la recherche d’un corps de doctrine »,
Revue française de gestion, n° 152, 2004, p.138.
19 2. Axes du développement durable

Au nord, le développement durable a partie liée avec l’entreprise,
l’industrie. Autrement dit, au nord, le concept est à considérer dans sa
relation avec l’économie et l’écologie. Ainsi, partant de leur racine
étymologique grecque, oikos, on en arrive à la déduction que économie
et écologie sont les deux faces d’une même médaille : la terre. Il faut
apprendre à la gérer, à la manager. En effet, en parlant du
développement durable, les habitants de l’hémisphère nord entendent
trouver un équilibre entre la durabilité qui s’inscrit dans la logique de la
croissance économique, l’équité sociale et la protection de
l’environnement.
La logique de la croissance économique qui supplante les deux autres
a longtemps été considérée comme le critère de développement. Par elle
et avec elle, les nations ont développé différentes technologies pour
faire partie des élus, c’est-à-dire être comptés comme pays développés.
Mais cette croissance, pour globale qu’elle soit pour un pays, n’a cessé
de fracturer les sociétés de différents pays. La logique capitaliste ayant
pratiquement triomphé avec la mondialisation, une constatation est
partout observée : les riches deviennent plus riches et les pauvres
s’appauvrissent presque dans les mêmes proportions.
Nous pensons qu’il y a lieu de crier haut et fort l’échec de l’aide au
développement. Car même si les responsables du Tiers-Monde sont
réputés mauvais gestionnaires, on ne peut quand même pas
comprendre qu’en autant d’années d’aide au développement, il n’y ait
aucun pays africain qui accède au développement, encore moins au rang
des pays émergents. Il faut tout de suite écarter toute évocation de
l’Afrique du sud qui a acquis sa stature économique actuelle depuis le
temps de l’apartheid. Selon que les Etats africains sont considérés
comme les lieux de placement de capitaux, l’aide au développement
développe plus les nations donatrices que celles qu’elle était censée
développer. Le progrès par la coopération n’est ni plus ni moins qu’un
vrai marché de dupes. Cinquante ans après, le sud a vraiment intérêt à
redéfinir les termes de sa relation avec l’Occident à défaut de rompre
carrément certaines formes de coopération où il est le plus souvent
perdant. Quelle est l’opportunité des accords entre l’Union européenne
et les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique lorsque l’on constate
que ces accords favorisent plus les Etats européens ? La reconduction
desdits accords ne constitue-t-elle pas la voie par laquelle le sud est
contrôlé afin qu’il n’échappât point au piège tendu par l’Occident ?
La réponse à cette interrogation est loin d’être obtenue. Par contre,
on sent un malaise gagner les partenaires africains au développement
quand une pareille interrogation est soulevée. En dépit du mutisme
20 occidental sur la question, il apparaît néanmoins que l’Occident a pris
conscience des inégalités trop criantes engendrées par la croissance
économique. Celle-ci a accablé la conscience des riches et les a poussés à
rechercher l’équité sociale en développant la notion de responsabilité
sociale des entreprises à travers laquelle les riches entendent se
dédouaner. On entend instaurer une justice distributive, c’est-à-dire une
justice qui « consisterait dans la répartition des avantages selon la
conformité des conduites aux normes en vigueur et, de façon plus
particulière, aux normes morales. Cette inversion de la définition ne doit
pas masquer la solidarité très profonde qui unit justice retributive et
justice distributive. Elles sont en effet définies dans cette perspective de
, la seconde étant pour la conformité façon rigoureusement symétrique
20aux normes ce qu'est la première au regard de leur violation. »
En outre, ces deux formes de justice se correspondent ainsi terme à
terme inversé dans deux registres en opposition, sans toutefois que l'on
soit capable d'établir une relation de préséance de l'un de ces registres
sur l'autre. La justice sociale distributive participe de ces nombreuses
utopies que l’homme s’est toujours formées à certains moments de son
existence. A la vérité, il s’agit pour ces entreprises multimilliardaires de
donner l’illusion d’équité en partageant les bénéfices avec le reste de la
société. Pourtant personne n’est dupe à ce sujet ; ce qui est investi dans
la responsabilité sociale des entreprises ne représente souvent que les
miettes des bénéfices engrangés. Si l’on peut entrevoir cette équité au
niveau local, national, il faut se garder de la mesurer au niveau
international. La croissance économique se moque bien de l’équité
sociale. Autrement, l’aide au développement aurait déjà entraîné un
avancement significatif des nations du Tiers-Monde. Et tant qu’on en est
encore à distinguer entre pays développés et nations en voie de
développement, ce fait montre que l’équité sociale n’est pas pour
demain. Et John Rawls qui s’est investi à proposer des éléments de
pensée pour un monde juste se retournerait plusieurs fois du fonds de
sa tombe en voyant le spectacle qu’offrent les nations.
En dépit de cette volonté de partage, les inégalités demeurent. La
pauvreté croît à un rythme exponentiel et les nations économiquement
avancées ont lancé à la face du Tiers-Monde le concept de réduction de
la pauvreté. Aujourd’hui, la réduction de la pauvreté est devenue un
beau slogan que l’on reproduit à chaque discours sans que le quotidien
des habitants n’en ressente les effets palpables. De ce fait, on doit
constater avec Emmanuel Ndione que « dans les forums internationaux,
la référence au développement a cédé la place à la lutte contre la

20 J.P. BRODEUR, « Justice distributive, justice retributive », Philosophiques, Vol. 24, n° 1,
1997, p.72.
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