Cambodge

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La génération du "baby boom", qui a suivi immédiatement la défaite du régime khmer rouge a 26 ans en 2005. Comment vont vivre ces nouveaux couples ? Dans ce pays, les paramètres économiques promus par les experts internationaux affirment que la terre ne peut plus nourrir le paysan, et au-delà, le pays. L'avenir est-il, pour la grande masse de ses habitants, un Cambodge réservoir d'une main-d'oeuvre bon marché, candidate aux emplois déqualifiés ou à l'émigration clandestine dans les pays de la région ? La jeunesse représente un potentiel d'action formidable. Le monde a-t-il besoin de ce potentiel ?
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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EAN13 : 9782336264257
Nombre de pages : 314
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CAMBODGE Population et société d'aujourd'hui

Collection

Points sur l'Asie dirigée par Philippe

Delalande

La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s'apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l'Asie. Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s'informer de l'actualité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation; où vit la majeure partie de la population du monde.

Déjà parus
Lucas DOMERGUE, La chine, puissance nucléaire, 2005 Dominique LUKEN-ROZE, Cambodge: vers de nouvelles tragédies ? Actualité du génocide, 2005. Hervé CODRA YE, L'alliance nippo-américaine à l'épreuve du Il septembre 2001, 2005.

Chris REYNS, Images du Japon en France et ailleurs: entre
japonisme et multiculturalisme, 2005. J.P. BEAUDOUIN, Zen, Ie torrent immobile, 2005. Sabine 1RANNIN, Les ONG occidentales au Cambodge. La réalité derrière le mythe, 2005. Stéphanie BESSIERE, La Chine à l'aube du XXIème siècle, 2005. Nathalène REYNOLDS, L'enjeu du Cahemire dans le conflit indopakistanais,2005. N. SllvION-CORTES et A. TEISSONNIERE (Textes réunis par), Viet Nam, une coopération exemplaire, 2004. Hua LIN, Tribulations d'un Chinois en Europe, 2004. Sang-chun JUNG, Les relations commerciales franco-coréennes, 2004. Maria Linda TINIO, Les droits de I 'homme en Asie du sud-est, 2004. Hsiao-Feng LEE, Histoire de Taiwan, 2004.

Procheasas

CAMBODGE

Population et société d'aujourd'hui

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Pol. et Adm. ;

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac. .des Sc. Sociales, BP243, Université

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

KIN XI

1053 Budapest

de Kinshasa

- RDC

Procheasas est le nom d'une jeune équipe d'universitaires et chercheurs cambodgiens. Ce collectif se compose des auteurs suivants:

Monsieur Bun Serey, Monsieur Deup Channarith, Madame Katz Claude, Monsieur Ken Veasna, Mademoiselle Long Bunnath, Monsieur Rath Séthik, Monsieur Tong Soprach, Madame Trinh-Bo Lany, Monsieur Tuot Sovannary.

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
(Ç)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9719-9 EAN : 9782747597197

L'équipe de recherche Procheasas et les sources de données quantitatives au Cambodge
Claude Katz

Le livre que vous avez dans les mains est le résultat d'une entreprise originale. Fruit d'une équipe de jeunes chercheurs cambodgiens, il concrétise une démarche caractérisée d'abord par la mise en œuvre des outils quantitatifs. Il est ainsi largement fondé sur le vaste vivier de données quantitatives récentes disponibles au Cambodge. Cette démarche privilégie, ensuite, l'apport particulier que constitue l'étude d'une société par ses propres ressortissants. La nécessaire "mise à distance" permettant l'étude raisonnée des phénomènes sociaux bénéficie fortement d'être le fait d'enseignants chercheurs formés au sein des évolutions qu'ils observent, et confrontés à longueur d'année aux jeunes générations d'étudiants appelés à en être les acteurs futurs. Il s'agit donc, finalement, de soumettre la société cambodgienne aux outils usuellement mis en œuvre pour l'étude des pays développés. Cette approche est rendue possible par la rencontre du jeune milieu universitaire cambodgien avec le très important dispositif d'enquêtes financées par les grandes agences de l'assistance internationale: le PNUD et le FNUAP (agences onusiennes), la Banque Mondiale (BM) et la Banque Asiatique de Développement (BAD). Ces institutions ont, à partir de 1993, permis, par les fonds et l'aide technique alloués, de construire un ensemble statistique performant, créé et maintenu par l'Institut National de la Statistique (INS)1. L'INS a engagé une politique très complète de dissémination des résultats obtenus (en particulier des

1

D'autres agences multilatérales, comme l'UNICEF et l'OIT, ainsi que

des partenariats bilatéraux, impliquant en particulier l'agence suédoise de coopération internationale pour le développement (SIDA) - ainsi que l'agence des Etats-Unis pour le développement international, USAID, en ce qui concerne les enquêtes liées à la surveillance de l'épidémie VIR ont aussi pris leur part dans cette construction.

études primaires2 détaillées du recensement), y compris, pour les chercheurs et praticiens, la mise à disposition des bases de données correspondantes. Le lecteur trouvera la liste des bases de données disponibles dans la section "bibliographie quantitative" de la bibliographie annexée à l'ouvrage. L'équipe "Procheasas" s'est saisie de cet effort remarquable pour brosser, en direction d'un lectorat non spécialiste, à partir de techniques simples d'analyse de données, l'image de la société cambodgienne actuelle, telle qu'elle se dégage de cette information chiffrée. Image que Procheasas a entrepris d'éclairer, animer, conforter ou interroger, sur la base d'une démarche résolument réflexive, associant entretiens d'acteurs confrontés aux situations décrites et échanges critiques systématiques au sein de l'équipe, sous la forme de discussions régulières de chacun des points abordés dans l'ouvrage. Ce livre n'est donc pas une compilation érudite dans lequel le lecteur retrouverait les grandes références qui ont fait date pour l'étude du Cambodge. C'est une contribution modeste, mais nouvelle, à la compréhension de la situation présente de la population cambodgienne; contribution témoignant de la vitalité du très jeune milieu universitaire cambodgien, et, au-delà, de l'intérêt profond présenté par l'apport des nationaux à l'étude des sociétés en développement.

2 On nomme "analyse primaire" l'exploitation des résultats d'une enquête par ses promoteurs mêmes, et "analyse secondaire" les analyses effectuées par les chercheurs d'autres institutions. 6

Préambule
Pour l'observateur de la fin douloureuse du XXe siècle de l'ère chrétienne, le Cambodge est d'abord le pays du génocide khmer rougel : sans doute un quart de la population mort au cours de la décennie 19702, du fait des combats intérieurs et des bombardements américains (entre 1969 et 1975), puis des massacres et des privations du régime du Kampuchéa Démocratique (le régime "khmer rouge", 1975-1979). Au nom de la construction d'un avenir que l'on rêvait juste, sans appel à quelque fracture ethnique ni religieuse, les bons (le "peuple ancien", c'est-à-dire les habitants des régions du Cambodge les plus précocement hors de l'influence du régime de Lon Nol et de son soutien américain), ou plus exactement ceux qui agissaient en leurs noms, ont été opposés aux mauvais, ceux que l'impérialisme avait "pollués". Pour l'économiste de l'Asie du Sud-est, le Cambodge est d'abord un pays agricole. Ici, les trois quarts de la population en âge de travailler sont classés comme exerçant une activité agricole, correspondant très majoritairement à la culture du riz - un des meilleurs riz du monde. Pour l'analyste de géopolitique, le Cambodge est le premier pays du monde où l'Organisation des Nations Unies ait été impliquée directement comme autorité de gestion. Après leur intervention au titre d'administrateur du pays (1991-1993), les Nations unies restent le pilier d'un système d'assistance internationale et l'une des
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Il est à noter que certains chercheursestiment que le mot "génocide" est

impropre à décrire ce qui s'est déroulé au Cambodge sous le régime Pol Pot. Lire Michael Vickery, Cambodia 1975-1982, Boston, South End Press - Sydney, George Allen & Unwin, 1984, et, plus récemment, Ser Sacha, Le parcours politique des "Khmers rouges": formation, édification, projet et pratiques, 1945-1978, Thèse de sociologie politique, université de Nanterre, septembre 2002, 770 p. 2 L'enjeu politique concernant ce genre de chiffrage est énorme, et un débat sans nuance, voir sans fond solide, a souvent prévalu, à côté de travaux informés. Pour les travaux universitaires les plus récents, lire par exemple Ser Sacha, septembre 2002. 7

composantes d'un mécanisme de financement qui, annuellement, échange les moyens d'existence d'un État, de fait sous tutelle, contre directives et remontrances. L'ambition de cet ouvrage est de mettre à jour les mouvements qui travaillent en profondeur la société cambodgienne actuelle. Ni paysannerie indifférenciée, ni marche harmonieuse vers le développement, l'image qui émerge est celle de profondes fractures partiellement recouvertes par des mythes agressifs, jouant dans un environnement régional et international strictement contraignant.
Le Cambodge face à son Histoire: points de repère

Comme partout sur la Terre, l'Histoire mythifiée joue au Cambodge un rôle unificateur important. Les mythes actifs se distribuent autour de quelques couples d'opposition: la splendeur d'Angkor au début du deuxième millénaire de l'ère chrétienne (incluant la domination sur les peuples voisins, culminant du Xlème au Xlllème siècle), s'opposant au "déclin" des siècles suivants; la distribution de la khméritude, débordant le territoire national, et en particulier le peuplement traditionnel du bassin inférieur du Mékong, s'opposant à la coupure Viêt-nam / Cambodge, qui laisse au sein du Viêt-nam le "Kampuchéa Krom", le Cambodge ancien; l'identité unique et préservée d'un "peuple khmer", s'opposant aux menaces que les tribulations de l'Histoire font peser sur son existence même. Ces mythes peuvent affleurer sous une forme adoucie, à travers un patriotisme flirtant parfois avec la xénophobie, ou s'exprimer sous des formes radicales, comme la revendication du retour du Kampuchéa Krom à la "mère patrie". Se revendiquant comme l'expression nationale la plus profonde, ils n'en portent pas moins fortement la trace d'influences extérieures. Une illustration de cette vision de leur histoire par les Cambodgiens est fournie par l'organisation spatiale du musée national de Phnom Penh, telle qu'elle se donnait à voir dans les dernières années du siècle précédent. Beau bâtiment organisé sur 8

un plan carré enserrant un jardin intérieur, ce musée abrite une statuaire impressionnante, et mène le visiteur au long des trois quarts du parcours jusqu'à une grande carte présentant l'extension du royaume au treizième siècle; qu'il s'agisse de l'extension de la suzeraineté des rois du Cambodge sur des royaumes voisins conservant leur identité n'est pas vraiment signalé. Les sept siècles suivants se contentent des quelques dizaines de mètres restant... Le Cambodge puise ses origines dans ces royaumes dits "indianisés" qui furent bâtis au début de notre ère. Le peuplement de l'Asie du Sud-est, et en particulier de la péninsule indochinoise, est de toute façon très ancien, comme l'attestent les découvertes des préhistoriens3 - des fouilles sont actuellement en cours au Cambodge. Mais l'histoire ancienne ne retient que les entités politiques suffisamment puissantes pour laisser des traces dans les chroniques des grands voisins, au premier rang desquels la Chine. On peut ainsi suivre, sur des territoires englobant tout ou partie de l'actuel Cambodge, la constitution du royaume du Fou Nan, né au début de notre ère sur les routes commerciales de l'Inde, pour disparaître au VIe siècle, laissant la place à deux royaumes dont le pouvoir va peu à peu s'émietter: le Chenla de terre et le Chenla d'eau. Puis, alternant des phases de division et d'unité, un empire khmer se développera à partir du neuvième siècle, ensemble politique en lutte récurrente avec ses voisins, en tout premier lieu le Champa, installé sur ce qui est aujourd'hui le centre du Viêt-nam. Tout au long de cette Histoire, l'influence culturelle et religieuse des royaumes insulaires est avérée, le golfe de Thaïlande et la mer de Chine jouant un peu, pour la région, le rôle de notre Méditerranée pour son bassin. Une histoire de bruits et de fureurs, comme toutes les histoires retenues par les chroniques, une histoire de partage de territoires et de mélange de cultures. Un système politique s'organisant autour de la constitution de très grandes suzerainetés va s'imposer dans la région au début du deuxième millénaire de notre ère (on peut sans doute penser aux
3 Voir Charles Higham, The Archaeology of Mainland Southeast Asia: From 10,000 B.C. to the Fall of Angkor, Cambridge University Press, 1989, 404 p. 9

empires constitués dans l'Europe moyenâgeuse, comme celui de Charlemagne). C'est l'époque bénie, pour la mémoire collective. Les souverains khmers étendent leur domination loin vers le nord et l'ouest, et leur puissance politique et économique s'exprime par des constructions grandioses, dont Angkor Wat et Angkor Thom, légitime fierté des Cambodgiens. Le recouvrement par les royaumes asservis de leur indépendance politique se fera au détriment du Cambodge, qui y perdra plus que sa position de suzerain: une part de son territoire, et beaucoup de son indépendance réelle. L' "âge d'or" prend symboliquement fin avec l'invasion des armées d'Ayutthaya, qui pillent Angkor en 1431. La vie économique et sociale de ce royaume devenu faible politiquement a été laissée dans l'ombre. Les explorateurs occidentaux qui s'aventurent, via la Thaïlande, en territoire cambodgien, décrivent un pays très pauvre. La vague de colonisation va frapper un Cambodge installé politiquement dans une instabilité chronique. Les deux entités politiques qui l'enserrent sont le Siam (correspondant à l'actuelle Thaïlande), à l'ouest, et le Viêt-nam à l'est, lequel vient juste d'achever sa construction sur son territoire actuel par expansion vers le sud. Affaibli par les luttes intestines qui déchirent les familles royales, le Cambodge doit verser un tribut à ces deux pays4. C'est d'ailleurs un épisode de ces rivalités de pouvoir qui va fournir à la France, en 1864, le prétexte de son intervention, alors qu'elle venait de prendre pied au Viêt-nam par les armes. Presque un siècle de colonisationS laissera le pays sans grandes infrastructures, sans élite importante numériquement, mais ne parviendra pas non plus à éradiquer ni la langue ni l'écriture

4 Lire à ce propos David Chandler, Cambodia before the French: Politics in a Tributary Kingdom, 1794-1848, Ann Arbor, Michigan University, 1974, 212 p. 5 Des analystes ont pu parler d'une colonisation "sans heurts". Voir Alain Forest, Le Cambodge et la colonisation française. Histoire d'une colonisation sans heurts (1897-1920), Paris, L'Harmattan, 1980,541 p. 10

khmères6. Lorsque, à la mort du roi Monivong, les Français installent sur le trône, en 1941, un tout jeune homme de 18 ans, ils n'ont sans doute pas conscience d'introniser le futur premier souverain d'un Cambodge indépendant. C'est pourtant ce même Norodom Sihanouk qui négociera la sortie du protectorat, proclamera l'indépendance le 9 novembre 1953, et, après plusieurs décennies particulièrement tumultueuses et douloureuses, toujours roi du Cambodge, abdiquera en faveur d'un de ses fils en 2004. Peu de travaux cambodgiens ont été dévolus à l'étude socioéconomique de la colonisation. Mais on dispose de matériaux précieux de par les archives administratives, les écrits des résidents (en particulier Adhémard Leclère 7), et certains travaux de recherche8. De cette histoire mal connue de l'homme de la rue, persiste pourtant dans la conscience populaire le grief fait aux Français de n'avoir pas su conserver - ou même d'avoir donné - le Kampuchéa Krom au Viêt-nam, nonobstant le fait historique de l'unification politique du Viêt-nam sur son territoire actuel avant l'arrivée des armées coloniales. Aujourd'hui, les discours de la rue peuvent facilement reconnaître aux Français à la fois l'honneur abusif d'avoir sauvé le Cambodge d'un démantèlement définitif entre le Siam et le Viêt-nam, et le déshonneur immérité d'avoir bradé "leur" Kampuchéa Krom.
Un pays d'eau

Niché dans un bassin sédimentaire conquis sur la mer par les alluvions du puissant système fluvial du Mékong, le Cambodge se
6

Voir en particulier Osborne, Milton E. The French Presence in

Cochinchina and Cambodia: Rule and Response (1859-1905), White Lotus Press, Bangkok, 2nd ed 1997, 379 pages. 7 Histoire du Cambodge depuis le 1er siècle de notre ère, d'après les inscriptions lapidaires, les annales chinoises et annamites et les documents européens des six derniers siècles, par Adhémard Leclère, Ancien Résident de France au Cambodge, Nokor Thom éditeur, Phnom Penh, 1974, 592 pages (première édition Librairie Paul Geuthner, Paris 1914). 8 Lire Alain Forest, op. cit., 1980. Voir aussi John Tully, Cambodia Under the Tricolor, Monash Asia Institute, 1996, 352 p. Il

caractérise, pour l'essentiel de son territoire, par une altitude très faible et l'importance de l'eau. Le visiteur est frappé par l'aspect rigoureusement plat du paysage, enrichi de collines isolées. Dans cet univers de rizières, les palmiers à sucre, têtes rondes ébouriffées au sommet d'un haut tronc nu, sont comme la signature du pays. Les contreforts de ce bassin délimitent imparfaitement le territoire du Cambodge: au nord-est, les premiers ressauts des plateaux conduisant à la cordillère annamitique; au nord, les rebords modestes de la plate-forme des Dang Rek ; au sud-ouest, seul relief important (point culminant 1 813 m.), la chaîne des Cardamomes. Ce massif montagneux, qui force l'orientation nord-ouest sud-est du bassin cambodgien en le séparant du golfe de Thaïlande, a joué et joue encore un rôle important de refuge, et de barrière tout autant que de passage vers la Thaïlande. Toutes proportions gardées, que le lecteur français pense au rôle joué par les Pyrénées. C'est dans la ligne d'allongement nord-ouest / sud-est que les frontières viennent imposer la marque de I'histoire contre la continuité du paysage: passage vers la Thaïlande à l'angle nordouest du pays, et surtout, frontière sud laissant les deltas du système fluvial Tonlé Bassac - Mékong au sein du territoire vietnamien. Frontière de plaine, continuité et rupture de peuplement, Histoire longuement disputée. Le lecteur peut penser à la plaine des Flandres. Enfin, au centre du bassin, on trouve un grand lac. Ce lac Tonlé Sap communique avec le fleuve Mékong par un grand cours d'eau très particulier, également nommé Tonlé Sap. Tant que le Mékong est en basses eaux (de novembre à juillet), cette rivière draine les eaux du lac vers le fleuve. Lorsque le Mékong entre en crue, le courant s'inverse, et le lac se remplit des eaux du fleuve et déborde à son tour de ses rives. Ses crues annuelles en font un milieu nourricier optimum pour la faune aquatique, et le Tonlé Sap a été sans doute une des zones les plus poissonneuses de la planète. Cette géographie peut se résumer en quelques zones écologiques: plaines inondables et plaines à rizières de saison des pluies forment 12

la majeure partie du territoire; la zone côtière est réduite, le Cambodge n'ayant accès à la mer qu'au long de son étroit flanc sud-ouest; le massif des Cardamomes, avec sa langue sud formant les montagnes de l'Éléphant, est le seul relief important; les plateaux des frontières ouest (province de Pailin), et surtout nordest (provinces de Mondolkiri et de Rotanak Kiri) forment une zone très spécifique.
Éléments pour une étude de la stratification sociale

On peut lire, dans le roman "Jaraï" de Loup Durand (1980)9, qui se déroule dans le Cambodge des années soixante, l'appréciation suivante: « Au Cambodge en fin de compte, un Cambodgien pur ne pouvait être que prince ou cyclo-pousse. Entre les deux, rien ». Bien évidemment, le roman poursuit d'autres buts que sociologiques, et ce n'est pas lui qui est en cause ici. Mais cette vision d'un Cambodge à la population indifférenciée, la bourgeoisie de commerce étant composée de ressortissants chinois, est conforme à l'image que les sociétés colonisées ont longtemps renvoyée aux observateurs occidentaux, lesquels les appréhendaient superficiellement, engoncés qu'ils étaient dans leurs préjugés. La double distance du racisme et des préjugés sociaux explique cette cécité: la réalité n'a évidemment jamais été conforme à ces simplifications. Les bouleversements culturels et sociaux accompagnant la grande vague nommée "mondialisation" sont, du fait de cette vision antérieure simplificatrice, d'autant plus difficiles à appréhender. Là est la première motivation de ce travail: tenter de décrire la société cambodgienne telle qu'elle est aujourd'hui, avec l'ambition de fournir ainsi les éléments indispensables à la compréhension des mutations culturelles, économiques et sociales, à l'œuvre en ce début de troisième millénaire. Une hypothèse sous-jacente à ce travail est, en effet, que c'est dans la structure passée et présente d'une société que se dessine le champ des possibles de son
9 Durand Loup, Jaraï, (page 33), Ed Denoël., Paris 1980, 509 pp. 13

évolution, avec de très grandes marges, dépendant en particulier du degré de violence imposée. Dans le cas du Cambodge, l'histoire singulière de ce pays ajoute une deuxième série de motivations à l'étude de sa structure sociale. Pays sorti de la dépendance coloniale largement par une voie négociée, il a pu se maintenir pendant des années sur une position originale de non-alignement. Entraîné tard, mais combien violemment, dans la deuxième guerre d'Indochine, il a fait l'expérience sur un cours laps de temps, la décennie soixante-dix, d'un coup d'état quasi ouvertement téléguidé, d'invasions croisées sur son territoire, de bombardements aériens d'une intensité inouïe, enfin de la victoire d'un mouvement de résistance qui transforme pour presque quatre ans le pays en camp de travail mortifère. Rescapée de cet enfer grâce à l'intervention d'une armée étrangère, une fraction de la population fait le choix de l'émigration, face à des libérateurs doublement récusés comme "ennemis héréditaires" et comme communistes. Comment les structures sociales, broyées dans un tel engrenage, survivent-elles? Que doit au passé récent la société qui va maintenant frayer sa voie dans le contexte de la mondialisation? Y a-t-il eu, dans le grand déracinement voulu par les Khmers rouges, brassage des cartes, remise à zéro de l'héritage social? Nous sommes conscients de n'effectuer qu'un pas modeste sur la voie de cette analyse, mais la contribution de la jeune équipe que nous formons est sans doute, du moins est-ce notre espoir, utile, parce qu'originale. L'équipe signataire de cet ouvrage, Procheasas, est en effet pour l'essentiel un groupe de jeunes universitaires de l'Université Royale de Phnom Penh, enseignants de géographie et acteurs des premiers pas de l'enseignement de la démographie au Cambodge. Les plus jeunes d'entre nous sont nés à la fin des années soixante-dix, et les plus âgés ont au contraire une mémoire vive de leur enfance ou adolescence sous le régime du Kampuchéa Démocratique. Enseignants, nous formons et côtoyons cette fraction de la jeunesse cambodgienne appelée à constituer l'ossature intellectuelle du pays. Chercheurs investis dans des champs spécifiques, nous avons tous à connaître et à rendre compte 14

de la structure sociale. Travailleurs sociaux, nous sommes immergés dans cette réalité que nous étudions. La présence de notre premier directeur de recherche, qui a encadré l'équipe pionnière de chercheurs en démographie, a permis de donner corps à une méthode de travail conduisant à un produit commun. Cet ouvrage est ainsi la résultante d'interrogations professionnelles et
de réflexions sur un vécu
10.

Le livre brosse d'abord un portrait du Cambodge au tournant du siècle. Les quatre premiers chapitres s'efforcent d'éclairer les tensions principales qui structurent la société actuelle. Les deux premiers chapitres correspondent aux deux couples d'opposition fondamentaux pour l'étude de toute formation sociale, villescampagnes et hommes-femmes. Le troisième aborde la question de l'existence et de l'accès aux services publics à partir de l'exemple de la santé et de la maladie. Enfin, le quatrième chapitre est dévolu à la question des identités communautaires qui, dans le cas du Cambodge, se vivent profondément dans les termes d'une opposition majorité-minorités. Le tissu social ainsi dessiné révèle des zones de fragilité, qui sont aussi des zones de mutations. Au premier plan s'impose la question de la terre, sous le double aspect de l'accès aux terres cultivables et de l'existence d'un marché des produits agricoles rémunérateur. Du problème de l'autosuffisance alimentaire du pays à celui des migrations de travail forcées, une partie essentielle de l'avenir immédiat du Cambodge se joue sur cette question. Le livre reprend ensuite l'examen de la société cambodgienne sous un angle particulier, qui est celui de l'exercice du pouvoir. Cette perspective impose, dans les conditions particulières du Cambodge, la prise en considération de trois catégories d'acteurs: les décideurs cambodgiens (chapitre 5), l'assistance internationale (chapitre 6) et les citoyens (chapitre 7). Il est universellement vrai qu'aucune étude du système de pouvoir ne peut faire l'économie de
10Un tel projet a bien naturellement traversé des phases plus ou moins difficiles. Procheasas tient à remercier très chaleureusement François Broquin, professeur d'économie en classe préparatoire, pour son soutien amical, qui ne s'est jamais démenti au milieu des nombreuses péripéties ayant jalonné notre travail. 15

la prise en compte du contexte international et de ses institutions. Mais le cas cambodgien est, à cet égard, particulièrement spectaculaire. Avec des revenus propres extrêmement faibles et un budget national dépendant dans une mesure essentielle11 de l'apport de l'assistance internationale, le pouvoir cambodgien conjugue une capacité à mobiliser des financements importants avec la fragilité inhérente à la dépendance. Au-delà de sa singularité, cette situation jette une lumière crue sur bien des traits de ce que nous nommons la mondialisation. Le Cambodge est d'autre part marqué, chair et esprit, par la violence qui a déferlé depuis la fin des années soixante et jusqu'aux toutes dernières années du siècle. En l'espace d'une génération, quelque trois décennies, la population cambodgienne a construit et/ou subi des solutions extrêmes et contrastées face aux violences tout aussi extrêmes de l'Histoire. Une politique d'équilibriste entre gauche. et droite (rouge et bleu, comme Norodom Sihanouk les baptisera lui-même) à l'intérieur, mais aussi entre les deux camps de la guerre froide à l'extérieur, a d'abord été menée par le prince Sihanouk. Lui ont succédé des basculements successifs dans la violence, violence d'un régime partiellement fantoche soutenu à coup de dollars et de bombardements intensifs par les États-Unis, violence inouïe d'une résistance intérieure victorieuse imposant, dans la délation, la faim et le meurtre, un système de travail autarcique et centralisé. Au total, il ne s'est écoulé que dix ans. De la situation inédite créée par l'intervention vietnamienne, mettant fin à l'hécatombe, mais inaugurant une nouvelle phase de guerre civile et un long embargo des Nations unies, à l'administration directe du pays par les même Nations unies, à peine plus de dix ans s'écoulent encore. Enfin, si la dernière décennie voit se terminer, étape par étape, la lutte armée, elle est aussi celle de la confrontation directe de la société cambodgienne avec la mondialisation libérale, ébranlement pacifique, mais intensément déstructurant, d'un tissu social déjà terriblement malmené.

Il Officiellement, cette part est d'un tiers si l'on se limite à l'aide aux projets d'infrastructure, mais certains analystes considèrent que l'on atteint 60 % si l'ensemble des entrées est comptabilisé.

16

Avec un tel héritage, comment la citoyenneté se recrée-t-elle? Qu'ont en partage les différentes générations, et en particulier quelle mémoire est léguée aux jeunes? C'est une des ambitions du dernier chapitre de l'ouvrage que d'apporter des matériaux à cette réflexion.

17

Carte 1.1 : la densité du peuplement au Cambodge (données par commune, 1998).
Le rôle des plaines du système fluvial Mékong -Tonlé Bassac (triangle dense sud-est), et celui des deux voies de communication entourant le grand lac, sont immédiatement visibles.

Carte réalisée par Procheasas sur la base des données du recensement général de la population. Les nombres entre parenthèses correspondent au nombre de communes de la tranche de densité considérée

Chapitre 1
Un pays agricole... en possible manque de terre?

La société cambodgienne est de façon très dominante rurale. Cette écrasante majorité est fort silencieuse, et il faut des catastrophes de grande ampleur, comme les inondations de l'été 2000, pour voir des paysans réclamer leurs droits par un sit-in massif dans la capitale. D'autre part, si l'approvisionnement de la capitale et des autres agglomérations de quelque importance en produits frais donne naissance à de beaux marchés actifs, et si le moindre cheflieu de canton existe autour de son marché, une très grande partie de l'activité agricole semble réduite à de la pure subsistance, sans création de surplus, voire déficitaire pour une partie des villageois. Le recensement général de la population de 19981 a compté la population en âge de travailler (14 ans et plus suivant les normes internationales), et déclarant un emploi, comme étant de 4 800 000 personnes, avec un rapport de sexe correspondant à 48,7% d'hommes (9,5 hommes pour 10 femmes). Parmi ces quatre millions huit cent mille personnes, trois millions six cent mille déclarent un emploi dans l'agriculture de subsistance, soit plus de 75% : trois cambodgiens adultes actifs sur quatre travaillent dans l'agriculture. Ces paysans sont un peu plus souvent des femmes que des hommes: dix femmes pour huit hommes, un déséquilibre bien supérieur à celui de la population active totale. La pêche joue un rôle primordial dans l'alimentation au Cambodge, et donc comme activité complémentaire de la plupart des ménages paysans. Comme activité professionnelle principale,
1 Le recensement général de la population, conduit en 1998, était le premier recensement organisé depuis des décennies. Exhaustif par définition, il permet une connaissance robuste des grandes caractéristiques de la population. Nous en faisons un large usage tout au long de l'ouvrage. Pour les sources des bases de données et les publications correspondantes, voir la bibliographie des données quantitatives en fin de volume. 19

elle occupe moins de 2% de la population active, et est une profession masculine à 70%. Aujourd'hui, la très grande majorité de la surface cultivée en riz l'est en riz de saison des pluies, une technique qui peut en partie réussir sans système généralisé d'irrigation, puisque le riz est mis en terre aux premières pluies (vers juin), et croît dans des rizières dont les murets recueillent et conservent les pluies de la mousson. Une petite irrigation locale, tirant parti des réservoirs naturels, est souvent organisée au niveau villageois, et de petits forages commencent à apparaître. La reprise de la saison agricole, remise en activité de la terre après le repos de la saison sèche, se fait par les premiers labours de mai-juin, suivant la précocité ou le retard des pluies. La cérémonie du "sillon sacré,,2, qui se déroule en mai dans la capitale, et où le roi (ou son représentant) laboure symboliquement un espace situé à proximité du palais royal, marque, avec un peu d'avance d'ailleurs, le début de la saison de culture. Une tradition sans doute multi-millénaire avait diversifié.) de manière peut-être optimale, les techniques de culture du riz et les semences, largement utilisées en combinaison pour accroître la résistance des rizières aux maladies et aux accidents climatiques. Il n'est pas certain que cette connaissance survive à l'introduction des méthodes "modernes", sous la triple pression de leur très grande efficacité immédiate, du prestige des techniques "occidentales" (qui viennent dans un accompagnement de financement de projets...), et surtout du lobby des industries agroalimentaires. Il est en particulier certain que la diversité de semences se perd peu à peu. Lorsque la saison de culture a été bonne, les paysans mettent en réserve les semences pour l'année suivante, souvent en ayant battu la récolte correspondante à la main. S'agissant du riz de consommation, lorsque aucune batteuse n'est disponible sur l'exploitation, après avoir été soigneusement étalé en un disque de taille modeste, il est foulé par les pattes des buffles tournant patiemment en rond. Les paysans les plus à l'aise
2 Cérémonie liée au régime monarchique, elle a été suspendue de 1970 à 1994 et a repris avec le retour de la royauté 20

investissent souvent dans une batteuse mobile, qu'ils louent aux autres fermes3. De façon générale, les techniques restent assez traditionnelles et, faute d'irrigation pour compléter le riz de saison des pluies par un cycle de culture de rizière irriguée en saison sèche, les paysans ne pratiquent qu'une seule récolte par an. On trouve très souvent dans la littérature consacrée à l'économie cambodgienne la "constatation" que les rendements en riz à l'hectare sont parmi les (ou sont les) plus faibles de l'Asie du Sudest. De telles affirmations supposent en réalité un grand nombre de postulats rarement explicités: on pose en effet que les intrants sont de quantité et de qualité identiques par hectare de terre supposé homogène. La qualité du riz produit, par exemple, disparaît au profit unique de sa quantité. L'utilisation massive d'engrais, indispensable à la répétition des cycles de culture au cours de l'année, mais qui dégrade les sols et est de sombre pronostic pour l'avenir à moyen terme, n'entre pas non plus dans l'équation: en réalité, le rendement par hectare est un indicateur peu pertinent, et son utilisation abusive risque de canaliser l'analyse vers des conclusions mécaniques4. En cas de récolte catastrophique, voire inexistante, les paysans ont recours à l'achat de semences, ou le gouvernement peut les fournir gratuitement. Des formes d'organisation locale (banques de riz) sont également actives. Un phénomène se développe dans les provinces du Sud, faisant des paysans cambodgiens des "soustraitants" du marché vietnamien des semences: contre la fourniture des semences, une part de la récolte entre directement dans le marché vietnamien. La durée de maturation d'un plan de riz dépend de la variété, et va de quelque trois mois (variétés précoces), à six mois (intermédiaires), jusqu'à neuf mois pour les variétés les plus nobles (tardives). Les paysans parlent de riz lourd ou léger, ce qui est une
3

La location revient en général à un sac de grains tous les dix sacs

obtenus. 4 Deux rendements à l'hectare identiques donnent deux productivités par actif et par unité de temps différentes selon les rapports nombre d'actifs par hectare et durée moyenne du travail par actif sur cet hectare. 21

image transparente de la différence de qualité afférente. Récolter vite un riz léger, peu nourrissant, ou prendre le risque d'une saison de culture plus longue, mais de meilleur rendement réel? C'est le premier arbitrage auquel doit faire face chaque paysan. Le deuxième est la proportion de terre à garder en rizière ou à convertir en cultures que l'on espère plus rémunératrices. Dans un pays où "manger" se dit "manger du riz" (niam bay), abandonner la rizière est une décision désespérée, quand celle-là ne permet plus la survIe. Les deux moments les plus intenses du travail de la rizière sont le repiquage et la récolte, pour lesquels la main d'œuvre féminine est largement sollicitée. La grande fête "Pchum Ben" s'insère dans la période de calme relatif entre repiquage et récolte. C'est le moment où les pluies de mousson tombent à verse sur le pays. Les bonzes5 sont confinés à l'intérieur des pagodes, et la population y apporte la nourriture nécessaire. La période de retraite des bonzes commence avec l'entrée "officielle" dans la saison des pluies, et s'achève quinze jours après "Pchum Ben". Avec de grandes variations donc, la saison de culture se termine en première partie de saison sèche, vers novembre-décembre en moyenne. L'inversion de la mousson et l'arrivée de la saison sèche sont un moment social important, avec la fête des eaux, où le roi ordonne au Tonlé Sap d'inverser son cours, signe que la décrue du Mékong ramène le drainage des eaux vers la mer. La possibilité d'activités de saison sèche décide en grande partie du niveau de vie des paysans. Là où les fruits ou les légumes peuvent prendre le relais, l'équilibre de l'année peut être assuré, tout en permettant aux paysans d'effectuer les travaux de remise en état des maisons. C'est le moment de l'exploitation des palmiers à sucre, du tressage des végétaux... Quand il n'y a pas de possibilité
5 Les moines bouddhistes (parfois nommés bonzes) constituent le clergé bouddhiste, analogue pour une part aux moines de la chrétienté, avec cette différence cruciale par rapport à ces derniers qu'ils peuvent prendre la robe pour un temps (parfois court) seulement. Le monastère bouddhique (souvent nommé pagode) est le lieu de culte, profondément intégré dans la vie locale (voir chapitre 4). 22

d'activités au village, une émigration saisonnière s'installe, avec, en particulier, l'arrivée à Phnom Penh de travailleurs qui se louent à la tâche ou à la journée, et d'un contingent supplémentaire de moto-taxis. La vie cambodgienne est ainsi très fortement marquée par la succession des deux saisons.

Un exemple de l'enracinement du rituel bouddhiste: Pchum Ben Cette fête se déroule pendant le dixième mois khmer6, nommé "photnebot", plus exactement au milieu de ce mois, dès que commence la décroissance de la lune. C'est une fête en l'honneur des morts. Elle dure quinze jours. Elle correspond à une période où il fait très mauvais, avec un temps réputé très sombre, de plus en plus sombre lorsque le dieu des enfers libère les morts, pendant un temps limité, pour qu'ils reviennent sur terre voir leur famille et en recevoir des offrandes. C'est parce que les morts ont peur de la lumière que l'on célèbre la fête en lune décroissante. La tradition veut que les morts trouvent des offrandes à leur destination dans sept pagodes différentes, faute de quoi la famille défaillante rencontrera des malédictions. Pchum Ben, à proprement parler, clôt une période de quinze jours de cérémonies dite "Kanben". A tour de rôle, de simples familles, ou surtout ceux ayant des positions dominantes dans la cité, collectent des fonds pour des dons aux pagodes, et remercient les participants par l'offre de repas collectifs ("ben", c'est le morceau de riz). L'ancienneté de la pratique est attestée par une inscription
datant du règne de Yasarvarman (889

- 910),

faisant état, dans les

pagodes construites par le monarque, de cérémonies Kanben pour rendre hommage aux morts tués à la guerre, ainsi qu'à tous ceux qui sont sans famille. Cérémonie la plus importante avec le nouvel an khmer - fêté lui en Avril - c'est bien une fête pré bouddhiste, complètement intégrée dans la sociabilité bouddhiste actuelle.

6 Le calendrier traditionnel du Cambodge utilise les mois lunaires. Il s'agit donc d'une période située en septembre ou octobre. 23

La population

cambodgienne

en 1998

Nombre de provinces: 24 Nombre de districts: 183 Nombre de communes: 1 609 Nombre de villages: 13 406 Nombre de ménages: 2 162 000 Pourcentage de population urbaine: 15,7 % Taux de croissance annuel de la population: 2,49 % Taille moyenne des ménages: 5,2 (5,5 en milieu urbain, 5,1 en milieu rural) Pourcentage de ménages dont le chef est une femme: 25,7 % Structure par âge de la population: a) Enfants (de 0 à 14 ans) : 42,8 % b) Population en âge de travailler (15-64) : 53,7 % c) Personnes âgées (65 ans et plus) : 3,5 % d'où un rapport de dépendance ((a+c)/b) de 86,1, avec une forte disparité en fonction de la ruralité (milieu urbain: 69,1 ; milieu rural: 89,7). Structure par sexe de la population: Nombre d'hommes pour 100 femmes, nationalement : 93 milieu urbain: 95,7 ; milieu rural: 92,5
Statut marital, en pourcentage: Sexe Célibataire Marié( e) veuflve total 29,4 61,3 6,5 hommes 32,8 64,6 1,6 femmes 26 ,6 58,4 10,8 Divorcé( e) 2,4 0,8 3,7 Séparéee) 0,4 0,2 0,5

Age moyen au premier mariage: hommes: 24,2; femmes:

22,5

Taux de fécondité (estimation) : 5,3 (4,4 en milieu urbain; 5,5 en milieu rural) Taux de mortalité infantile: 80 pour 1 000 garçons: 88 pour 1 000; filles: 72 pour I 000 milieu urbain: 65 pour 1 000 ; milieu rural: 82 pour 1 000

Source: Recensement de la population du Cambodge 1998, Analyse des résultats, Institut National de la Statistique / Ministère du Plan 24

1. 1 Qui habite où ? 1.1.1 Quatorze millions de Cambodgiens.

Le Recensement de la Population, conduit en 1998 par l'Institut National de la Statistique7, a dénombré Il 437 656 personnes, et les projections effectuées sur cette base prévoient 13 661 375 personnes en 20058, sur la base d'un taux de croissance annuel moyen très proche de 2,5%. Une population déséquilibrée quant au rapport de sexe, avec presque 52% de femmes (51,4% selon les chiffres projetés pour 2003), et une population jeune, les moins de 15 ans représentant 42,8% de la population totale9 (la projection 2004 est 38,8%). Cette population occupe un territoire correspondant au tiers de la France (181 035 km2). C'est donc un pays de densité moyenne basse (63,2 hab. Ikm2), la deuxième plus basse en Asie du Sud-est après celle du Laos. Comme partout au monde, la population est très inégalement répartie sur le territoire. Que le massif des Cardamomes soit très peu peuplé n'est pas pour étonner. Mais le peuplement est beaucoup plus spécifique que la simple répulsion pour les zones montagneuses (carte 1.1). L'essentiel de l'habitat se situe à l'arrière des zones inondables, formant deux arcs de cercle autour du Tonlé Sap (lac et rivière), puis un triangle dense dont la pointe
7

Institut National de la Statistique (NIS) et Ministère du Plan (MoP), Population general census, main results, Phnom Penh, 1999, 299 pages 8 La première projection du Centre d'Etude de la Population (Center for Population Study, CPS) et de l'Institut National de la Statistique (National Institute of Statistics, NIS), effectuée en 2003 par Dr Ricardo Neupert à partir du recensement de 1998, fournit pour l'année 2005 le chiffre de 13 806 923 personnes (Population Projections, Appendix 2, CPS/NIS, Phnom Penh). La deuxième projection, effectuée en 2005 et tirant parti des résultats de l'enquête intercensus de 2004 pour réviser les paramètres démographiques, donne le chiffre très légèrement inférieur de 13 661 375 (New demographic estimates and updated projections for Cambodia, Dr Ricardo Neupert, mai 2005). 9 A titre de comparaison, les chiffres équivalents pour la France sont: - pourcentage de femmes: 51,3% - pourcentage de la population de moins de 15 ans: 18,3% 25

correspond à la réunion des systèmes fluviaux du Mékong et du Tonlé Sap, et la base à la frontière sud du pays, enfermant en son sein les cours jumeaux du Tonlé Bassac et du Mékong. En se basant sur les chiffres du recensement de 1998, la densité par province varie de 2,3 hab./km2 pour la province des hauts plateaux nord-est de Mondol Kiri1o, à 301 hab./km2 pour Kandal, province de plaine entourant la capitale et centre du triangle de haute densité, Phnom Penh lui-même comportant 3 448 hab.lkm2. Si donc la densité moyenne du pays est d'un peu plus de 63 hab.lkm2, les trois quarts des Cambodgiens vivent dans des zones de densité supérieure ou égale à 110 hab.lkm2, et la moitié dans des zones de densité supérieure ou égale à 211 hab./km2. On reste très loin des densités du voisin vietnamien, de moyennell 320 hab.lkm2, mais où les deux grands deltas, celui du Fleuve Rouge et celui du Mékong, atteignent respectivemeJ;1t1180 et 480 hab./km2. Néanmoins, si nous observons la continuité de population dans le bassin inférieur du Mékong-Tonlé Bassac, aux 480 hab./km2 du delta vietnamien répondent les 280 hab.1km2de la partie cambodgienne: différence marquée certes, mais dont une part tient à la très grande différence de taille des deux villes dominant les deux régions, Ho Chi Minh Ville et Phnom Penh. Un sentiment de fragilité due à la faible intensité de peuplement est pourtant présent au sein des secteurs intellectuels et gouvernementaux, contrecarrant de fait les analyses tendant à appeler à la maîtrise du taux de croissance de la population. Une image parfaitement transparente illustre bien cette crainte: «prenez deux pièces d'eau proches l'une de l'autre. L'une est surpeuplée de poissons, ils n'y trouvent plus assez de nourriture.
10

Les auteurs ont fait le choix, pour la romanisation des noms de lieux,

d'adopter les conventions utilisées pour le recensement de 1998. Dans les très rares cas où l'usage actuel est sensiblement éloigné de cette convention, l'usage a été privilégié, mais la dénomination du recensement est rappelée en note. Il Calculs effectués d'après les résultats publiés du recensement vietnamien de 1999 : Central Census Steering Committee, 1999 Population and Housing Census, Sample results, 3% sample results of the census using sampling weights, The Gioi Publishers, Hanoi, 2000, 238 p. 26

L'autre en abrite un tout petit nombre. Vous n'empêcherez jamais les poissons de la première de profiter des pluies pour migrer en masse vers la seconde. .. ». 1.1.2 Une minorité urbaine, quatre-vingt-quatre cent de ruraux. pour

Administrativement, les autorités cambodgiennes définissent quatre villes-provinces: la capitale Phnom Penh, le grand port Sihanouk-villeI2, et deux toutes petites villes, l'une côtière, Kaeb, l'autre frontalière de la Thaïlande, Pailin. Si les deux premières se particularisent nettement par leur taille ou leurs activités (presque un million de personnes dans l'agglomération de Phnom Penh, 70 000 à Sihanouk-ville), les deux autres sont parmi les moins peuplées des capitales régionales, et la logique qui a présidé à leur statut de villes-provinces est essentiellement politique.
La capitale Phnom Penh

Phnom Penh, qui abrite plus d'un cambodgien sur douze, se différencie nettement du reste du tissu urbain, avec des densités en centre ville13 atteignant 50 000 hab.lkm2. Ce centre engendre rapidement une zone périurbaine conquise par transformation de la ceinture rurale. Là s'implantent actuellement en particulier les industries de confection, dont la production est destinée essentiellement à l'exportation, et qui drainent une main d' œuvre de jeunes femmes rurales. Des banlieues résidentielles semblent d'autre part sur le point d'émerger. Mais le tissu anciennement urbanisé se gonfle aussi lui-même, par place, de par le développement de I'habitat précaire et le renflouement anarchique des lieux inondables et des étangs. La ville est en pleine gestation,
12 Dérogeant à notre choix de respecter la romanisation adoptée par le recensement, nous gardons le nom de Sihanouk-ville, validé par l'usage, bien que le recensement ait choisi «KIong Preah Sihanouk ». 13 Les calculs de ce paragraphe sont effectués à partir des données du recensement de 1998. D'après cette source, six communes, réparties dans les quatre districts urbains de Phnom Penh (Chamkar Mon, Doun Penh, Prampir Meakkakra, Tuol Kouk), dépassent cette densité. 27

et en l'absence d'une conduite claire du développement urbain, cette situation est grosse de difficultés à court comme à long terme. A preuve, l'incapacité de la ville à évacuer à un rythme suffisant les eaux de collecte au cours de l'hiver 2000-2001, lors des habituels violents mais brefs orages, avec comme résultat des avenues impraticables des heures durant, transformées en rivières trop profondes même pour l'audace pourtant étonnante du conducteur de moto cambodgien, et une population pataugeant dans une eau mélangeant pluie et résurgence des égouts... A preuve surtout, la situation des villages de squatters, objet croissant de l'inquiétude des autorités, dont les incendies meurtriers répétés soulignent et accroissent la fragilité. L'hiver 2001-printemps 2002 a vu ainsi deux grands bidonvilles s'embraser. Démunis, les squatters doivent alors accepter les relocalisations proposées par les autorités, à l'extérieur de Phnom Penh. Solution de désespoir, car d'une part, si ces gens sont arrivés en ville, c'est pour y trouver un minimum de travail; d'autre part les sites disponibles pour les besoins municipaux sont souvent impropres à recevoir, dans l'urgence, des milliers de personnes: terrains inondables, absence de puits et d'installation sanitaire... Sans l'aide d'ONG actives dans ce domaine, la situation serait intenable, et certains problèmes ne peuvent être résolus sans moyens plus importants. C'est ainsi qu'en mars 2002, les 436 familles rescapées de l'incendie de leur village de fortune étaient en train de se battre, plusieurs mois après leur relocalisation, pour la construction d'une digue, seul espoir de ne pas se retrouver sous l'eau au moment des crues de saison des pluies, quand un incendie a détruit un autre des bidonvilles de Phnom Penh, installé sur les toits de grands immeubles entourant le marché central. Deux à trois cents familles vivaient là entre terre et ciel. Confrontée à nouveau à l'urgence, la municipalité de Phnom Penh a alors proposé un terrain, situé à 24 Km de la ville, admettant que le site n'était pas, en l'état, habitable, mais qu'il permettait néanmoins de procurer à chaque famille un morceau de terre, premier pas vers une réinstallation. En réponse, les rescapés campaient dans la rue au pied de ce qui fut "leur" immeuble, jugeant la proposition impraticable. Mais les marges de manœuvre de la municipalité sont bien étroites: en 28

réaction à l'expansion et à l'enrichissement visible de la ville, les terrains suffisamment proches pour constituer une solution réaliste sont chers. ..
Les autres villes

Le seul port important du pays, Sihanouk-ville, plus couramment nommé Kampong Som, mérite une mention particulière. Si la ville n'est pas très importante numériquement, avec moins de 200 000 personnes recensées dans l'ensemble de la province en 1998, son rôle de porte maritime du pays lui confère une situation unique. Mais c'est surtout pour ses plages qu'elle semble appréciée par le citoyen de la capitale: c'est une des destinations favorites des Phnom-penhois lors des fêtes... Le quart nord-ouest du pays abrite les trois villes atteignant ou dépassant 100 000 habitants, capitales respectives des provinces de Banteay Mean Chey (qui contrôle la route vers la Thaïlande), de Bat Dambang et de Siem Rieb (deux villes historiques, et deux pôles de développement, le deuxième spécifiquement lié au tourisme~ puisque contrôlant le flux de touristes vers les temples d'Angkor). Le reste des capitales provinciales (le Cambodge est divisé en 24 provinces) se partage à égalité en un premier groupe rassemblant de 40 000 à 80 000 personnes, et un deuxième de 10 000 à 30 000. Celle de la province nord-est de Mondol Kiri, la plus isolée du pays, est en queue de peloton avec quelque 7 000 personnes. C'est la somme des populations habitant ces capitales régionales qui fournit l'estimation habituellement donnée d'environ 16% de population urbaine au Cambodge. Une classification rassemblant une intensité urbaine très hétérogène donc, mais qui s'appuie sur un trait incontestable de la vie cambodgienne: le rôle joué par l'accès aux différents services et aux marchés. L'essentiel des services d'un pays moderne (hôpitaux, transports, services administratifs. ..) n'est accessible que dans ces capitales régionales, ce qui leur confèrent bien un rôle particulier, quel que soit leur volume. 29

Le milieu rural

L'habitat rural s'organise autour de l'accès aux petits marchés locaux, en des villages essentiellement linéaires le long de la voie de communication. Ces villages se gonflent en bourgs, aux intersections, et dans les zones de haute densité forment une chaîne quasi ininterrompue le long d'un quadrillage d'axes secondaires, larges chemins rouges de latérite. Le paysage typique des régions basses de l'est et du sud est un paysage de rizières; dans les zones de haute densité, les parcelles de taille modeste, les bouquets d'arbres, les maisons sur pilotis et leur carré de bananiers ou de potagers, les grands bœufs blancs que les enfants emmènent brouter les petits talus entre les rizières, dessinent une image idyllique, mais trompeuse, de plénitude. En réalité la vie y est pour beaucoup sur le fil du rasoir, entre l'accès à davantage de terre qui permettrait la survie comme paysan, et la vente forcée, qui signifie la déchéance. Cette terre, qui paraît si verte sous le jeune riz, est divisée en parcelles trop petites maintenant pour donner à beaucoup des familles qui l'exploitent, dans les conditions actuelles d'une récolte par an, même la simple subsistance14: loin de dégager du surplus, la récolte de riz ne permettra de se nourrir que dix, huit, parfois six mois seulement. Pour le reste de l'année il faudra acheter le riz de la soudure, ou plus souvent l'obtenir en échange d'un travail chez les quelques paysans aisés, dont les rizières, au moment du repiquage et de la moisson, ont besoin de bien plus de main d'œuvre que ne peut en fournir leur famille. C'est qu'une vingtaine d'années après la réinstallation comme paysans indépendantsl5, les familles se sont agrandies, et les
14En 2001, les terres agricoles représentaient environ 21 % des quelque 181 000 km2 que compte le pays. En 1999, l'exploitation familiale moyenne mesurait entre 1 et 1,3 hectare (So Sovannarith, Chan Sphal et Sarthi Acharya, «An Assessment of Land Tenure in Rural Cambodia », Cambodia Development Review, vol. 4, n° 5, octobre-décembre 2001, p. 1-5). 15Il Y a eu un décalage de temps important entre la distribution physique des terres, effectuée pour l'essentiel autour de l'année 1983 sur la base 30

besoins en terre proportionnellement aussi. Mais dans ces régions très peuplées, la répartition de la terre est un jeu à somme nulle. A partir d'une répartition suivant un principe égalitaire dans les premières années 1980, une polarisation s'effectue à vue d'œil, tendant à accroître le patrimoine de quelques familles, et à déraciner ceux dont le quota en terre, par le jeu en particulier de la constitution des jeunes couples, devient dérisoire. Dans l'ouest du pays, entourant les rives du Tonlé Sap, autour des grandes villes de Bat Dambang et de Svay Sisophonl6, on rencontre des paysages différents, des rizières très étendues, et un soupçon de mécanisation. Ce riz-là a vocation de fournir le marché. C'est pourtant du riz thaïlandais ou vietnamien que l'on va bien souvent acheter à Phnom Penh: le jeu de la fixation des prix agricoles ne rend pas le produit cambodgien systématiquement moins cher que les produits importés. D'une manière générale sur l'ensemble du pays, comme le montre une étude publiée en 2000 par le Cambodia Development Research Institute (CDRI), la spéculation foncière élargit le fossé entre riches et pauvres1? Ainsi, 20 à 30% des foyers, possédant plus d'un hectare, occupent à eux seuls 70% des espaces agricoles, tandis que la vaste majorité des familles, ne disposant que d'un demi-hectare, doivent se contenter de 10% des terres arables. En 1999, on comptait même 12 à 15% de familles rurales sans terre aucunel8. Les deux phénomènes du manque de terre et de la construction d'un marché rémunérateur des produits agricoles sont liés. Tous les deux conditionnent le maintien à la terre, dans un
d'une dotation en surface au prorata de la taille du ménage, et la mise en place du cadre juridique de la propriété privée sur la terre, qui commence en 1989.
16

17Cambodia Development Research Institute (CDRI), « Land Ownership,

Le recensement utilise pour cette ville la dénominationSerei Saophoan.
-

0 Secondary Data from Four Recent Surveys », in Working Paper, n 16, septembre 2000 18 D'après un rapport du CDRI, la seule province de Battambang, « grenier à riz» du pays, comptait plus de 25% de sans-terre en 2000 (So Sovannarith, Chan Sophal et Sarthi Acharya, article cité). 31

Sales and Concentration in Cambodia

A Preliminary Review of

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