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Cameroun Amorçage raté d'une démocratie promise

De
138 pages
Pourquoi le Cameroun, malgré les promesses du président de la République Paul Biya, est-il toujours en mal de démocratie ? En procédant à l'autopsie du processus démocratique camerounais, l'auteur tente d'apporter quelques éléments de réponse à cette interrogation. D'emblée, il considère le mauvais amorçage de ce processus comme étant à l'origine de la question et souligne quelques incohérences politiques et dérapages socio-économiques.
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Charles Biwole Atangana
Cameroun Amorçage raté d’une démocratie promise
ÉTHIQUE, POLITIQUE ET SCIENCE
CAMEROUN Amorçage raté d’une démocratie promise
Éthique, Politique et Science Collection dirigée par Lucien AYISSI  Cettecollection offre une plage intellectuelle à tous ceux qui sont déterminés à soumettre à la sanction philosophique les questions relatives à l’éthique, à la politique et à la science. En prenant, à travers des publications, part aux divers débats relatifsau devenir des valeurs, au sens du pouvoir politique et au rapport de la science à l’aventure existentielle de l’homme dans le temps et dans l’espace, ils pourront ainsi contribuer au renouvellement d’une infrastructure conceptuelle qui risque de se pétrifier si elle n’est pas constamment revisitée. Déjà parus Ciriac OLOUM,Max Stirner, contestataire et affranchi, 2012. Serge-Christian MBOUDOU,L’heuristique de la peur chez Hans Jonas. Pour une éthique de la responsabilité à l’âge de la technoscience,2010.
Charles Biwole Atangana
CAMEROUNAmorçage raté d’une démocratie promise
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01352-7 EAN : 9782343013527
INTRODUCTION
D ès son accession à la magistrature suprême, le 6 novembre 1982, le président Paul Biya s’est aussitôt engagé en faveur du progrès économique et social du Cameroun, à travers son ambition de démocratiser le pays. Du coup,la société se pensait désormais en termes de changement et d’innovation, à l’abri de quelconques instabilités ou crises. Dans ce contexte, la promotion des libertés et d’un État de droit fut alors présentée à la fois comme le gage de cette volonté de changer radicalement la vie politique camerounaise et comme facteur principal d’émergence de la nation. Ce pari de Monsieur Biya donna l’espoir à tout le peuple que la démocratie devait, dans une durée relativement courte, venir à bout de tous les maux hérités de l’ancien régime qui l’oppressait. Les premiers discours donnèrent ainsi le ton sur l’assainissement des mentalités. Et pour se rapprocher de cet idéal, il promit d’engager le pays dans une réforme ferme, profonde et élargie, basée sur la rigueur dans la gestion des affaires publiques. La restauration de la démocratie fut alors constamment évoquée comme principal catalyseur du développement appelé à permettre au génie camerounais de donner vie à ses grandes idées, à booster les volontés et à encadrer les démarches pour un Cameroun meilleur.
En théorie, la transformation socio-économique positive du Cameroun semblait imminente. Malheureusement, le temps finit par démontrer que cette théorie ne pouvait pas être à l’épreuve des faits. Plusieurs décennies après l’avènement de Biya, le Cameroun ne retrouve toujours pas fondamentalement le chemin de la démocratie promise: un constat qui s'impose avec la force de l'évidence, malgré que
le pays regorge d’hommes et d’atouts capables de le propulser au rang de pays démocratiquement émergent. Incapables de s’affirmer par des idéaux valables, les hommes politiques en charge de la gestion de la chose publique estiment qu’il est suffisant de le brandir au monde entier comme un pays de paix gratifié, par la nature, d’un chef d'État visionnaire, pour qu’il soit interprété comme pays démocratique ;une carte à usage externe qui n’a malheureusement pour seul but que d’étouffer les gémissements et de noyer la souffrance muette d’un peuple gouverné en réalité par le mensonge et l’égoïsme.
Le présent constat, en même temps qu’il présente l’autre Cameroun dont la seule critique met en branle toutes les énergies répressives du gouvernement et place les auteurs dans la situation des ennemis de la République, tente également d’aller au-delà des apparences en mettant l’accent sur les multiples manœuvres des différentes composantes politiques de la nation impliquées dans le processus de démocratisation du pays. Tenant compte des quelques avancées observées, le point est beaucoup fait sur une critique plus ou moins acerbe des erreurs et des échecs du chemin parcouru, ainsi que sur des propositions relatives à ce qui peut être envisagé comme corrections ou rectifications. Ce constat est donc tout simplement réalisé pour présenter un autre reflet de la démocratie au Cameroun, selon plusieurs témoignages. Tous ceux qui interviennent (gouvernement, opposition, société civile, peuple, communauté internationale) dans ce processus devraient pouvoir méditer, et surtout s’en inspirer pour l’orientation de leurs différentes actions en vue d’instaurer un esprit qui fera du Cameroun un État démocratique à part entière.
Ce point de réflexion se veut donc une pure présentation contextuelle et narrative mettant l’accent sur l’évolution de la
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vie politique, sociale et économique du Cameroun depuis le 06 novembre 1982. Aucune particularité n’est à souligner puisque tout ce qui est dit ici l’a déjà été sous d’autres formes et n’est pas inconnu du grand public. Mais, l’approche abordée dans cet ouvrage à l’aide d’une exploration des trois dimensions majeures que sont : la politique, l’économie et la justice, qui modulent l’épanouissement de la nation démocratique, vise dans toute sa subjectivité à évoquer la problématique sur les mises en cause permanentes du processus démocratique au Cameroun. Elle invite également les responsables de la mise en œuvre de ce processus à ne plus imposer à l’opinion de se fier seulement aux apparences, mais plutôt à lui laisser la latitude de voir ce qu’il y a à l’intérieur et, surtout, de comprendre que leurs politiques qu’ils croient admirées par le monde et que la foule semble applaudir, peuvent aussi n’être qu’un assemblage brillant de mots stériles ou qu’une association de raisons sans évidence ; un système que le peuple subit pour ainsi dire, malgré lui. Le pouvoir se prouve par ses résultats car par logique, rien ne vaut une pratique pour confirmer une théorie. Et comme l’a écrit, dit-on, un grand politique des temps modernes: «la responsabilité est quelque chose quand on ne réussit pas».
Il n’est pas question ici de nier complètement les avancées de la démocratie au Cameroun, mais de dénoncer l’intensité de la passion des élites au pouvoir qui, pour noyer leurs échec et incapacité, étendent l’ombre maléfique du mensonge sur le Cameroun en cautionnant l’idée que la démocratie au Cameroun est une réussite absolue, ou qui ne la rendent absolue qu’en supposant qu’elle l’est déjà, au risque de soulever des marasmes sociaux et de mettre en péril la paix. La paix étant, comme disait un grand penseur, «l’œuvre du diable quand elle est le triomphe tranquille du mensonge», il est formellement reproché, ici, leur volonté de s’éterniser dans la falsification de la vérité des choses pour maintenir des
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illusions sans en peser les conséquences. Il apparaît sans doute que la volonté de démocratiser le Cameroun est sous-tendue par l’écart entre la dimension réaliste de la pratique et celle de la théorie. En effet, les intentions ne sont pas greffées sur une volonté ferme de démocratiser le Cameroun au plus vite. Elles restent encore si parfaitement intégrées qu’il arrive quelles soient quasiment contraires aux actes. Pourtant, la démocratie est déjà là pour faire sens, et ne doit plus être décrite comme une pensée politique propre à un individu quelconque. Il faut désormais sortir de l’analepsie politique derrière laquelle les acteurs politiques camerounais de tous bords se réfugient pour voiler leurs manquements vis-à-vis de l'État.
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DERAPAGES, ET INCOHERENCES POLITIQUES