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Cameroun : un nouveau départ

De
160 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 244
EAN13 : 9782296329423
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CAMEROUN UN NOUVEAU DÉPART

Collection Points de vue
Babu-Zalé : Le Congo de Lissouba, 246 p. NKAINFON. PEFURA Samuel: Le Canzeroun du multipartisme au multipartisme, 254 p. OKALA Jean-Tobie: La décennie Biya au Canzeroun - De la grâce à la disgrâce, 206 p. NSAFOU Gaspard: Congo de la démocratie à la démocrature, 268 p. ASSIÉ-LUMUMBA N'DRI Thérèse: Les Africaines dans la
Politique

-

Femmes Baoulé de Côte-d'Ivoire,

208 p.

MOUELLE KOMBI Narcisse: La politique étrangère du Cameroun, 238 p. ANTONIO AFRICANO Manuel: L'UNIT A et la 2ème guerre angolaise, 284 p. SUANT Jacques: Afrique du Sud - du principe à la nécessité, 124 p. DIARRAH Cheikh Oumar: Le défi démocratique au Mali, 316 p. GUlSSOU Basile: Burkina Faso, un espoir en Afrique, 218 p. ADAMON AFIZE D. : Le renouveau démocratique au Bénin - La Conférence Nationale des Forces vives et lapériode de transition, 224 p. TSHIONZA MATA T. Georges: Lès médias au Zaïre - S'aligner ou se libérer ?, 256 p. KOUMOUE KOFFI Moïse: Politique économique et ajustement structurel en Côte d'Ivoire, 138 p. KOUMOUE KOFFI Moïse: Dévaluation et politique de développement économique en Côte d'Ivoire, 176 p. DIÉGOU BAILLY: La réinstauration du multipartisme en Côte d'Ivoire - ou la double mort d 'Houphouët-Boigny, 284 p. COUBBA Ali : Le mal djiboutien - Rivalités ethniques et enjeux politiques, 172 p.
ÉBOUA Samuel: D'Ahidjo à Biya

-

Le changement au Cameroun, 224p.

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4815-1

Manga KUOH

CAMEROUN , UN NOUVEAU DEPART

.

L'Harmattan 5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55 rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Al' aîné et au cadet qui manqueront beaucoup dans cette aventure

REMERCIEMENTS
Ce texte doit beaucoup aux explications, illustrations et clarifications fournies par de nombreuses personnes parmi lesquelles ont figuré, en grande majorité, des Camerounais. Des Camerounais aux origines diverses et aux orientations politiques parfois radicalement opposées, qui auront montré, un peu à leur insu, que leurs idées peuvent être rassemblées dans une synthèse. Sans enfreindre l'engagement pris de respecter scrupuleusement l'anonymat des auteurs discrets de ces précieuses contributions, qu'il nous soit permis de demander à tous de recevoir l'expression de notre profonde gratitude. Février 1996

INTRODUCTION
Le Cameroun peut sortir de la crise dans des délais assez proches. Après une dizaine d'années de difficultés les Camerounais sont unanimes à reconnaître la nécessité d'un redressement; même si ce dernier appelle, dans plusieurs domaines, un renouvellement auquel certains concitoyens ne semblent pas encore suffisamment préparés. Le présent discours ambitionne de montrer que le redressement est réalisable moyennant une bonne compréhension de la crise multidimensionnelle et globale de ce pays et une préparation avisée des changements requis. Demain, les historiens observeront vraisemblablement que le Pouvoir} a omis d'anticiper. En matière économique, par exemple, nombre de ses initiatives ont été insuffisantes, tardives et peu crédibles. Insuffisantes, car les faiblesses de l'économie camerounaise ainsi que les dysfonctionnements de plusieurs institutions appelaient, dès le départ, des réformes et des restructurations profondes, au-delà des coupes budgétaires et des modifications de schémas d'organigramme. Tardives, car anxieux au moindre soubresaut de la hiérarchie politique, bien des responsables

avertis n'ont

pas pu . promouvoir opportunément

les

politiques économiques et financières indiquées. Peu crédibles, parce que, conçues et mises en œuvre dans la logique du monopartisme, les réformes n'ont pas été suffisamment expliquées et débattues, et parce que certaines restructurations annoncées ont été, dans la pratique, abandonnées, voire dénaturées. À l'heure des bilans, les opposants au Pouvoir risquent également d'être surpris par les éléments inscrits à leur

1. Dans ce texte, la majuscule fera référence au pouvoir en place pendant les années de crise. 7

passif. Dispersée, l' Opposition2 constitue, depuis l'instauration du multipartisme en 1990, un mélange étrange du fait des rapprochements tout aussi contre nature que certaines séparations entre les partis et associations qui s'en réclament ou s'en sont réclamés. Le citoyen s'est interrogé sur ces personnes qui sont passées allégrement, du jour au lendemain et avec le même zèle, du parti au pouvoir à un ou plusieurs partis d'opposition et vice versa. Que devrait-on attendre de ces hommes politiques, qui, n'exerçant pas encore le pouvoir et n'en maîtrisant pas encore l'appareil

coercitif, outrepassent, avec aisance, les statuts et les
règlements des partis et organisations qu'ils ont souvent créés eux-mêmes et, ce faisant, étalent déjà leurs talents dans l'art de la manipulation, du coup d'État, de la révolution de palais et de la gestion autocratique? Ces hommes-là accepteraientils de se plier aux exigences de l'État de droit ou bien chercheraient-ils à soumettre la nation toute entière à la logique particulière de leurs caprices? On comprend alors que les femmes et les hommes du « village» comme ceux du «quartier» mettent parfois tous ces gens de la politique «dans le même sac» et que des Camerounais aient pu résumer la tragique impasse politique de leur pays à un brutal dialogue de sourds. À un arrogant «j'y suis et j'y reste» aurait répondu un empressé « poussetoi que je m'y mette»; ceux qui exercent le pouvoir omettant de répondre à la question: «rester mais pour quoi faire? » et ceux qui veulent accéder au pouvoir ne répondant pas plus à la question « s'y mettre mais pour quoi faire? ». Pourtant, nombreux sont ceux qui ressentent la nécessité de construire un Cameroun meilleur. Meilleur grâce à des institutions et à des pratiques politiques reflétant un plus grand respect de la règle de droit, du pluralisme politique et des caractéristiques sociologiques de ce pays. Meilleur aussi du fait de rapports plus harmonieux entre un État légi,timé et un citoyen plus écouté. Meilleur, enfin, par la viabilité de ses finances et par la solidité de son développement économique et social. Construire un Cameroun meilleur requiert une analyse sincère de la situation présente mais aussi un regard critique
2. La majuscule distinguera cette opposition à toute autre ne correspondant pas à.la période de la crise. 8

sur un passé encore frais dans la mémoire du citoyen. Faire une impasse sur les deux premières décennies de l'Indépendance, tout comme s'abstenir de procéder à un examen objectif. du cheminement du Cameroun depuis le début des années quatre-vingt, entraverait la compréhension des difficultés actuelles et l'identification de la voie du redressement. Dans cette perspective, la présente réflexion voudrait contribuer à une meilleure compréhension de la crise et des perspectives de redressement. Il s'agit d'aider à l'émergence d'une plate-forme sociale minimale dans laquelle puisse se reconnaître la majorité des Camerounais. Bien comprendre la crise demande de saisir qu'elle déborde les limites d'une compétition toute légitime pour l'exercice du pouvoir politique. Par son ampleur et par sa durée, la crise que connaît le Cameroun reflète un profond divorce entre de larges segments de la population et l'ensemble des dispositions régissant le mode de fonctionnement du pays. Vis-à-vis de l'organisation générale de la vie politique et sociale, on a pu détecter une crise de confiance dont la persistance est révélatrice d'une crise de gestion. Comprendre et surmonter la crise demandent aussi d'en souligner la dimension économique avec ses multiples conséquences sociales. Cette dimension économique conduit à un nouvel examen des performances du Cameroun avant les années quatre-vingt, et renforce le message politique en insistant sur la nécessité de rompre avec l' héritage (Chapitre I) des deux premières décennies d'Indépendance. Le poids de cet héritage historique ne suffit certainement pas pour expliquer l'ampleur et la dynamique de la crise (Chapitre II), mais il permet d'identifier des approches pour un nouveau départ (Chapitre III).

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CHAPITRE I L'HÉRITAGE
Dans l'histoire du Cameroun, l'année 1982 restera singulière, avec la passation de pouvoirs entre les Présidents Amadou Ahidjo et Paul Biya conformément aux dispositions constitutionnelles. Elle séduira toujours l'observateur content d'identifier le début d'une ère nouvelle ou encore, l'annéecésure permettant de couvrir, avec le confort des symétries temporelles, les vingt années qui s'écoulèrent de 1972 à 1992. En 1972, la Révolution Pacifique du 20 mai marque l'avènement de la République Unie, met fin au fédéralisme, et inscrit dans la Constitution l'achèvement d'un processus conduisant à un monolithisme politique des plus subtils. En 1992, les élections législatives et présidentielles pluralistes consacrant, par les urnes, l'abandon du monopartisme, confirment l'évolution d'un tissu social que le renouvellement des générations, les difficultés économiques et l'environnement international ont rendu incapable de supporter passivement les pratiques politiques de près d' un quart de siècle d'Indépendance. La comparaison entre le Cameroun sous la direction du Président Biya et celui dirigé par son prédécesseur tentera longtemps les esprits. Comment reprocher au planteur de cacao d'avoir comparé ses revenus (nominaux de surcroît) de la campagne 1981/82 (310 FCFA le kg) à ceux de la campagne 1992/93 (200 FCFA le kg)? Le diplômé sans emploi de 1992 pouvait-il oublier combien il avait admiré tel cousin lorsque ce dernier faisait part à la famille de ce dossier important que l'État lui avait confié quelques mois après l'obtention de son diplôme en 1972? Notre planteur et notre diplômé sans emploi ont pu s'exclamer: «du temps d'Ahidjo, c'était mieux ». D'autres compatriotes ont pu Il

émettre des avis diamétralement opposés et faire remarquer, par exemple, combien ils apprécient la facilité de mouvement aux frontières dont ils disposent depuis la suppression des visas de sortie du territoire en 1990; les Camerounaises, notamment, enfin dispensées de présenter une autorisation du mari ou de quelque chef de famille, pour voyager à l'étranger. Aussi animés que puissent être de tels échanges, ils ne mènent pas bien loin parce que le catalogue des comparaisons rapides reste une approche insuffisante. Il convient plutôt de procéder à l'analyse des forces profondes et des éléments explicites ou implicites qui ont conduit le Cameroun à la crise et l'y ont maintenu jusqu'à présent. Dans une telle démarche, le temps fort de la succession présidentielle en 1982 ne mérite vraisemblablement plus toute l'attention que suggérerait le changement de chef d'État. La marque politique d'Amadou Ahidjo reste forte jusqu'à ce jour et son ombre enveloppe encore divers cercles dont les membres se sont initiés, affirmés, épanouis ou usés dans ce qu'il est permis d'appeler le «système-Ahidjo ». Depuis 1982, en matière économique comme sur le plan politique, attribuer les motifs de satisfaction aussi bien que les souffrances à la seule action des gouvernements présidés par Monsieur Biya serait aussi intellectuellement malhonnête que néfaste pour la construction d'un Cameroun meilleur. Concernant l'économie, par exemple, l'aisance de la
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trésorerie de l'État au début de la décennie quatre-vingt
explique largement les appréciations positives portées, jusqu'en 1986, sur la gestion de l'économie du Cameroun. Inversement, les problèmes que le secteur des entreprises publiques connaît encore en 1996, résultent, en partie, des choix effectués dans les années soixante-dix sous l'autorité du premier Président de la République. L'itinéraire du Cameroun depuis l'Indépendance respecte une continuité et n'offre pas de rupture profonde jusqu'à présent. Dès lors, à défaut de comprendre la nature du système-Ahidjo et de reconnaître ses limites dans la sérénité, le Cameroun s'expose aussi bien à de graves confusions conceptuelles qu'à de récurrentes réactions émotionnelles qui l'empêcheraient de trouver, opportunément, les marques d'un nouveau départ. Le parcours politique d'Ahidjo aux commandes, examiné, 12

notamment, à travers la finalité et les mécanismes de son système de pouvoir, apparaît comme une page d'histoire glorifiant l'autocratie. Cependant, malgré des avancées indéniables, l'autocratie allait conduire à un développement économique impossible et à une société minée.

Les principales périodes du système-Ahidjo L'itinéraire d'Ahidjo au sommet de l'Exécutif, se résume en trois périodes successives de 1958 à 1966, de 1966 à 1975 et, enfin, de 1975 à 1982. Toutefois, le système dont la paternité lui revient connaîtra encore deux phases après son retrait du devant de la scène politique. L'élaboration et la mise en place: 1958-66 En 1958, sous le régime de l'Autonomie interne, Ahidjo devint Premier Ministre avec une espérance de vie au sommet de l'Exécutif que beaucoup d'observateurs limitaient à un intérim. Avec habileté, il neutralisa progressivement toutes les sources de contre-pouvoir au Cameroun Oriental puis au West Cameroon. En 1966, il réussit à instituer le parti dit « unifié» (l'Union Nationale Camerounaise UNC), confirmant la conquête effective d'un pouvoir que lui avait reconnu l' organigrammè de l'Exécutif bien avant les faits. En insistant sur la distinction entre les régimes de parti unique alors majoritaires en Afrique et l'expérience camerounaise caractérisée par l'unification «spontanée» des partis politiques, Ahidjo a pu se permettre de maintenir des dispositions constitutionnelles relatives à un pluralisme qu'il ne pratiqua plus jamais. Cette période de 1958 à 1966 est fortement marquée par la violence. A ce propos, une clarification historique demeure nécessaire concernant les évé~ements généralement associées à l'action du mouvement nationaliste dans les années cinquante et soixante. Il est impérieux de distinguer les maquis de l'UPC du vent de terrorisme qui l'a parfois accompagné mais, surtout, qui l'a suivi. A défaut d'une telle 13

clarification, le Cameroun sera incapable de rendre hommage et de réhabiliter certains de ses enfants les plus méritoires, car leur action sera constamment teintée de banditisme, en écho aux thèses que le pouvoir colonial cherchait à faire accréditer. Inversement, pour le grand bien des générations futures appelées à consolider l'idée de droit et les pratiques démocratiques dans notre pays, il serait malséant d'anoblir, à travers une présomption brumeuse d'action révolutionnaire, des bandes de malfaiteurs et de profiteurs de guerre qui troublèrent la paix civile pendant plusieurs années. Le triomphe: 1966-75 Pendant cette dizaine d'années, Amadou Ahidjo contrôle effectivement l'ensemble du corps social. L'unicité de la source de l'autorité, de la décision et du contrôle aidera, alors, à créer l'illusion d'un mortier capable de cimenter l'unité nationale. De cette période, il convient de souligner l'importance de l'année 1972. A travers ladite «révolution pacifique du 20 mai 1972» et l'avènement de la République Unie du Cameroun, disparaît, avec le fédéralisme, le dernier élément institutionnel de pluralisme au niveau de l'autorité politicoadministrative, même s'il ne s'agissait plus que d' un symbole. En effet, l'unification des partis politiques en 1966 avait progressivement réduit le fédéralisme camerounais à un exercice de voyeurisme protocolaire dont le caractère « budgétivore» fut dénoncé et utilisé, précisément, comme

argument en faveur de - la centralisation des pouvoirs à
Yaoundé. Pour les politologues, l'expérience camerounaise entre 1966 et 1972 confirmait la faible signification du fédéralisme en l'absence de pluralisme politique. A noter également, est le faible enthousiasme (moins dissimulé aujourd'hui qu'hier) avec lequel les Camerounais honorent la fête nationale, administrativement fixée le 20 mai. Contrairement aux deux dates banalisées dans l'ahidjoïsme du 1er janvier (anniversaire de la proclamation de l'Indépendance) et du 1er octobre (anniversaire de la Réunification), la date du 20 mai ne correspond à aucun événement collectif chargé d'espérance, à aucune grande 14

œuvre à la réalisation de laquelle les Camerounais dépensèrent leur énergie et, pour nombre d'entre eux, offrirent leur sang, voire leur vie. Il y a lieu de se demander si, le 20 mai de chaque année, les Camerounais sont conviés à leur fête nationale. L'évolution politique a montré la pertinence d'une telle interrogation, car depuis l'abandon, en 1984, de la « République Unie du Cameroun» pour revenir à la « République du Cameroun », notre pays pourrait bien être le seul au monde à célébrer sa fête nationale le jour anniversaire d'une république qu'il aurait reniée en la rebaptisant.

Interrogations

et remise en cause progressive:

1975-82

La deuxième moitié de la décennie soixante-dix connaîtra plus de remous que la première. Des grèves sauvages seront menées en 1975 et 1976 dont celle de la Société Sucrière du Cameroun (SOSUCAM) à Mbandjock. Par aiIleurs, pour la première fois depuis bien longtemps, un groupe de cadres, d'étudiants et de lycéens, tentera, en 1976, de mener des actions de sensibilisation et de partager leurs préoccupations avec des travailleurs de différentes entreprises. Cette volonté de remettre en cause le système-Ahidjo fut d'autant plus prise au sérieux (comme en témoigne l'incarcération des participants à cette affaire dite des «tracts subversifs») qu'elle provenait de jeùnes gens situant leur action dans le contexte et les préoccupations du moment, loin des enjeux politiques de la période de l'Indépendance. Plus que la remise en cause par des éléments extérieurs au régime, cette phase de l'ahidjoïsme se distingue par les interrogations personnelles qui, phénomène remarquable, en marquent les bornes: 1975 et 1982. Au congrès de l'UNC à Douala en 1975, la rumeur de la possibilité d'un désistement d'Ahidjo à l'élection présidentielle qui allait suivre, provoque supplications et sarcasmes mais nulle .attention à l'état d'esprit de la première personne concernée. Avec le recul du temps, on se demande si la rumeur de 1975 ne trouve pas un écho dans la démission de 1982. L'usure aurait-elle été autant celle du système-Ahidjo confronté à une société en évolution que celle de la personne du premier 15

Président de la République? L'état quelque peu déprimé dans lequel des proches et des visiteurs ont eu le sentiment, à l'occasion, de l'avoir surpris, dès la seconde moitié des années soixante-dix suggère une réponse affirmative. La mise en gérance et l'amendement: 1982-90

Fragilisé avec le temps, le système-Ahidjo est secoué par la démission de son créateur en novembre 1982. Ce dernier en confie alors les clés à son Premier Ministre, conformément aux dispositions de la constitution. Quelles qu'aient été la motivation de la démission et les intentions réelles du président sortant, la gestion qui fit immédiatement suite à son départ eut des difficultés à se distinguer d'une gérance sans tutelle; ce qui semblait exclure toute velléité d'appropriation et suggérait l'obligation de rendre des comptes. Lorsqu'enfin sera confirmée l'irréversibilité du transfert . de l'autorité, le système de pouvoir paraîtra quelque peu dénaturé, avec des divergences perceptibles au sein de l'équipe gouvernementale, de fréquents remaniements ministériels et changements d'organigramme au sein de l'Exécutif, des tendances déclarées et en lutte ouverte à l'intérieur du parti etc.. Pourtant, bien des éléments du système-Ahidjo survivront à son créateur parce qpe les politiques de la Rigueur, du Renouveau et puis du Libéralisme communautaire engagées par le Président Biya durant la décennie quatre-vingt, ne rompront pas avec les schémas des années soixante-dix et parce que la classe politique camerounaise continuera à vivre littéralement dans l'ombre d'Ahidjo. Bref, la nouvelle équipe dirigeante ne réussira ni à s'approprier pleinement un système taillé à la mesure d'un personnage particulier et, par conséquent, difficilement endossable, ni à implanter un nouveau système politique s'écartant des principes de l'ahidjoïsme.

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