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Casamance

De
310 pages
L'auteur a méthodiquement recueilli ici les récits de ceux qui ont vécu les violences du conflit en Casamance et ont accepté d'en parler : protagonistes, maquisards ou anciens maquisards pour la plupart, et civils, souvent pris "entre le marteau et l'enclume". Plus de deux cents récits qui plongent le lecteur au coeur de la violence et lui en font comprendre la logique, tout en éclairant des épisodes peu ou pas connus de l'histoire de ce conflit oublié.
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Etudes
Casamance afric afric afric africaiaiaiainesnesnesnes
Récits d’un confl it oublié (1982-2014)
René Capain BDepuis 2012, les armes se sont à peu près tues en Casamance.
Pour être « de basse intensité », ce confl it, dans un pays considéré
comme une vitrine de la démocratie, n’en a pas moins été violent.
Aux violences accompagnant les affrontements entre maquisards
indépendantistes et forces gouvernementales sénégalaises,
voire bissau-guinéennes, se sont ajoutées les violences liées aux
affrontements entre factions rivales de la rébellion. Casamance
Pour la première fois, beaucoup de ceux qui les ont vécues
acceptent d’en parler. Ce sont leurs récits, plus de deux cents Récits d’un confl it oublié
au total, que René Capain Bassène a méthodiquement recueillis (1982-2014)
et qu’il nous livre ici à l’état brut. Récits de protagonistes, pour la
plupart maquisards ou anciens maquisards. Mais aussi récits de
civils, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre ou, le plus souvent, « pris
entre le marteau et l’enclume ». Les uns et les autres nous plongent
au cœur de la violence et nous en font comprendre les logiques,
tout en éclairant des épisodes peu ou pas connus de l’histoire de
ce confl it oublié.
René Capain BASSÈNE est né le 4 décembre 1979 à Bourofaye
Diola au Sénégal, un tout petit village situé à quelques kilomètres
de la frontière avec la Guinée-Bissau. Journaliste de formation
et spécialiste en communication, il a été très tôt marqué par des
événements relatifs au confl it casamançais, qui l’ont amené à
s’intéresser à cette crise. Il est actuellement basé à Ziguinchor où
il occupe le poste de coordonnateur de la cellule communication
de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et
sociales en Casamance (ANRAC).
Préface de Christian Roche
Avant-propos d’Assane Seck
En couverture : Combattants casamançais
s’apprêtant à aller en patrouille, janvier 2015.
ISBN : 978-2-343-05495-7
31 €
Casamance
René Capain B
Récits d’un confl it oublié (1982-2014)












Casamance
















Collection Études africaines
dirigée par Denis Pryen et son équipe

Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux
qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.


Dernières parutions


WEMBOLUA OTSHUDI KENGE HENRI, Réflexions sur la déclaration
universelle des droits de l’homme, valeur, contenu et importance vus d’Afrique, 2015.
N’GUETTIA KOUASSI (René), L’Afrique : un géant qui refuse de naître,
2015.
EKANI (Serge Christian), Liberté de saisir et exécution forcée dans l’espace
OHADA, 2015.
KOUAKOU (Jean-Marie) dir., Penser la réconciliation. Pour panser la Côte
d’Ivoire, 2015.
WOUAKO TCHALEU (Joseph), Le racisme colonial, Analyse de la
destructivité humaine, 2015.
TOE (Patrice) et SANON (Vincent-Paul), Gouvernance et institutions
traditionnelles dans les pêcheries de l’Ouest du Burkina Faso, 2015.
OTITA LIKONGO (Marcel), Guerre et viol. Deux faces de fléaux
traumatiques en République Démocratique du Congo, 2015.
MAWANZI MANZENZA (Thomas), L’Université de Kinshasa en quête de
repères, 2015.
MOUCKAGA (Hugues), SCHOLASTIQUE (Dianzinga), OWAYE
(JeanFrançois), Quelle gouvernance pour l’Afrique noire ?, 2015.
SEMANA (Tharcisse), Aux origines de la morale rwandaise. Us et coutumes : du
legs aux funérailles, 2015.


Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr

René Capain BASSÈNE






















Casamance

Récits d’un conflit oublié
(1982-2014)





Préface de Christian Roche

Avant-propos d’Assane Seck





































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05495-7
EAN : 9782343054957










« Je demande l’indulgence des lecteurs pour certaines erreurs
d’orthographe et /ou de style qu’ils auront à noter dans ce livre. A
mon avis, ce qui pourrait donner valeur à mon œuvre, c’est rien
d’autre que son contenu et l’esprit d’objectivité avec lequel j’ai
travaillé pendant dix ans. Je demeure convaincu que, les informations
qu’il livre contribueront à coup sûr à mieux faciliter la compréhension
de ce vieux et long conflit et par la même occasion à
considérablement faire avancer les débats dans le cadre de la
recherche de solutions de sortie de crise en Casamance. Enfin, j’ai
tenu à le faire publier par devoir et pour la postérité afin que l’histoire
de cette guerre « oubliée » car trop peu médiatisée puisse être
connue... »

René Capain Basséne







Je dédie ces pages à toutes les victimes directes ou indirectes du
conflit casamançais,
à « Namousso », mon épouse Odette Victorine Coly Bassène,
à mes enfants,
à mes parents, à mes frères et sœurs,
à tous mes amis,
ainsi qu’à tous ceux qui s’intéressent au conflit en Casamance



























Remerciements




Qu’il me soit d’abord permis d’exprimer ma profonde reconnaissance
et ma gratitude à Madame Armelle Cressard, pour tout ce qu’elle a fait
pour moi : sans son soutien, je ne serais jamais devenu journaliste.
Je tiens ensuite à remercier tous ceux qui ont accepté de témoigner, en
particulier Abdou Elinkine Diatta pour sa grande disponibilité, sans
oublier les nombreuses personnes qui m’ont demandé que leurs
témoignages soient publiés sous l’anonymat.
Je tiens enfin à remercier tous ceux qui m’ont aidé et soutenu dans les
différentes étapes ayant abouti à la publication de ce livre, pour leur
disponibilité, leurs conseils et leurs encouragements. Je voudrais plus
particulièrement remercier Christian Roche pour avoir accepté de
rédiger la préface. Il va de soi que j’en assume seul l’entière
responsabilité de son contenu.



















9 In memoriam

Je souhaite un repos éternel à Antoine Ngor Faye. Ce professeur qui,
en 2004 avait accepté de devenir mon encadreur, à une condition non
négociable : que mon sujet de mémoire porte sur le conflit en
Casamance. Il m’avait dit : « Je me rappelle bien, un jour pendant que
nous discutions du conflit casamançais, tu t’étais bien défendu en
nous disant que nous étions mal informés et que nous raisonnions sur
la base de préjugés et non de faits concrets. J’ai partagé ton
argumentaire et depuis ce jour je t’appelle ‘Atika’. Tu as maintenant
l’occasion de pouvoir mener des recherches sur ce sujet pour mieux
éclairer l’opinion. Je m’engage à t’accompagner sur cette voie en
t’enseignant les méthodes d’investigation, et je demeure convaincu
que tu parviendras un jour à publier quelque chose sur cette crise ».
Hélas, il est retourné à Dieu, sans avoir eu la moindre opportunité de
pouvoir lire la plus petite de mes contributions. Merci pour tout, cher
professeur et ami, et que la terre de Fissel Mbadane vous soit légère.

Je m’incline également devant la mémoire du professeur Assane Seck,
première personne à qui j’ai soumis en 2006 mon premier projet de
livre sur le conflit en Casamance. Je lui resterai à jamais reconnaissant
pour tout ce qu’il a fait pour moi, pour sa collaboration, ses conseils,
son soutien et ses encouragements, malgré l’âge et la maladie.

Et j’ai une pensée pieuse pour ma petite sœur, Marie Anadesso
Bassène, retournée à Dieu à la fleur de l’âge. Je ne t’oublierai jamais
« Arambossé ». Repose en paix et que le Dieu tout puissant te reçoive
dans son paradis.












11 Préface



Les historiens s’appuient sur des documents écrits et oraux pour
expliquer les faits. René Capain Bassène leur rend un immense service
par la moisson considérable de témoignages qu’il a recueillis sur les
événements tragiques de Casamance depuis 1982. Il est allé au contact
des différents acteurs de cette tragédie pour dresser une chronologie
des moments importants. Ce travail minutieux mérite d’être salué.
Trop d’observateurs se limitent aux articles de presse pour se
faire une opinion. L’histoire de cette guerre civile n’est pas encore
écrite et il faudra du temps pour en connaître les véritables tenants et
aboutissants. Les événements actuels en ce monde nous révèlent
l’horreur engendrée par ces conflits internes dont les populations
civiles sont toujours les principales victimes.
René Capain Bassène nous révèle celles qui ont fait souffrir les
casamançais depuis trente ans, mais aussi les incroyables luttes
fratricides entre les membres du MFDC qui avaient au départ
l’objectif de faire accéder leur région à l’indépendance. Cette volonté
farouche d’en découdre entre les ambitions des chefs rivaux ne
pouvait être un bon présage pour établir un avenir heureux.
Diviser un peu plus pour régner, telle a été la devise des
autorités sénégalaises qui ont cherché par tous les moyens à étouffer
toute velléité d’indépendance. En dehors de la répression armée et des
exactions contre des civils innocents répondant à celles commises de
l’autre côté, on reste pantois devant les tentatives réussies de
corruption des combattants du MFDC et les initiatives diverses de
plusieurs médiateurs appelés « Messieurs Casamance », nommés et
remplacés au gré du pouvoir politique à cause de leurs échecs.
On est en droit de s’interroger pour savoir si les sommes
considérables dépensées pour tenter de résoudre le problème
casamançais ont été judicieusement employées. Les profiteurs de
guerre existent et ils ont toujours intérêt en dépit de leurs
proclamations hypocrites en faveur de la paix, de la repousser toujours
plus loin. Les échecs des négociations multiples, des rendez-vous
manqués, des cessez-le-feu non respectés montrent à l’évidence que le
bien-être des populations n’a pas été jusqu’ici la préoccupation
majeure des protagonistes de ce drame.
13 Qu’est devenue la Casamance que j’ai connue paisible dans les
années qui ont suivi l’indépendance du Sénégal ? Le bilan,
cinquantetrois ans plus tard, est hélas loin d’être positif, car la guerre a engendré
le malheur, la souffrance, la rancune et la méfiance. Le vieux
conseiller coutumier Tété Diadhiou, inquiet, l’avait pressenti dans les
années 1970 : « La Casamance me dit-il, peut devenir un volcan dont
la lave incandescente fera des milliers de victimes. » Sa terre natale,
joyau de l’Afrique méritait mieux.
Le temps de l’apaisement doit faire place à présent à la paix
véritable à laquelle tous aspirent. Cela suppose un objectif unique,
l’effacement des egos devant l’altruisme en faveur des masses
persécutées. Puissent les partenaires être sincères dans leur volonté
d’y parvenir en adoptant des mesures politiques, économiques,
sociales et culturelles qui rendront à la Casamance ce qu’elle n’aurait
jamais dû cesser d’être, une région prospère et où il fait bon vivre.
Il m’est agréable enfin de constater que de jeunes Casamançais
comme Mohamed Lamine Manga et René Capain Bassène ont pris la
relève pour approcher l’histoire de leur région. J’en avais exprimé le
vœu quand j’ai ouvert la voie en 1976 avec « Histoire de la
Casamance entre 1850 et 1920 ». Je les en remercie et les félicite
vivement. Puissent les nouvelles générations tirer les leçons de
l’histoire récente et penser en priorité au bonheur de leurs
compatriotes.

Christian Roche
Montpellier, 9 mai 2013
14 Avant-propos





Je ne suis pas spécialiste du conflit casamançais, et je ne prétends pas
le devenir. Mais j’ai vécu ce conflit depuis ma tendre enfance, et j’ai
cherché à connaître et à comprendre le pourquoi et le comment de ce
qui se passe chez moi, en Casamance. Pour cela, comme tout
journaliste, je suis allé à la source : grâce à un réseau d’informateurs
de plus en plus large, j’ai parcouru une bonne partie de l’intérieur du
Sénégal, de la Casamance, de la Gambie et de la Guinée-Bissau, pour
recueillir des témoignages. L’essentiel de ce document provient donc
de ce long et méticuleux travail d’investigation mené sur le terrain
pendant dix ans, de 2004 à 2014, auprès d’acteurs impliqués de façon
directe ou indirecte dans le conflit et d’observateurs, originaires ou
pas de la région mais qui s’intéressent à la situation qu’elle traverse.
La consultation d’une partie des nombreux écrits sur la question m’a
aidé dans cette tâche.
Cet ouvrage constitue le deuxième et dernier volet de mon projet
initial. Avant la publication de mon oeuvre sur l’abbé Augustin
Diamacoune Senghor, j’avais en effet rédigé un premier projet de livre
intitulé : « Destins croisés : l’abbé Augustin Diamacoune Senghor et
le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance
(MFDC) ». Quand j’ai entrepris les démarches pour le publier, il m’a
été conseillé de scinder mes écrits en deux documents différents, l’un
se focalisant sur la personne de l’Abbé et l’autre sur le conflit
proprement dit : cette proposition, je l’avais acceptée à grand-peine,
même si le promoteur de cette idée m’avait servi des arguments assez
convaincants pour le faire. En effet, je ne voulais pas perdre le travail
d’Assane Seck qui, malgré son grand âge, avait accepté de lire mon
document, d’y apporter les premières corrections de forme et de fond,
et d’en rédiger une première préface en 2006. À un certain moment, il
croyait plus que moi en sa publication, et il m’avait beaucoup soutenu,
notamment en contactant - mais en vain - certaines personnalités pour
qu’elles m’aident à le faire publier. Aujourd’hui que son vœu est
réalisé, je tiens, par devoir de reconnaissance, à faire figurer ici un
extrait de la préface qu’il avait alors rédigée :

15 « Le jeune étudiant en communication, René Capain Bassène, a
incontestablement apporté du nouveau à la compréhension du difficile
problème casamançais qui dure depuis plus de 25 ans.
Le conflit casamançais est, en vérité, si complexe qu’il nécessite que
tous documents et développements soient exploités, pour en saisir les
données, essentielles.
Pour ma part, j’ai souvent eu à insister sur cette complexité. Les
troubles baptisés communément de ‘rébellion casamançaise’
comportent en effet des aspects multiples, avec un ‘dedans’, un
‘dehors’, un ou plusieurs ‘à côté’, un ‘passé’, un ‘présent’ etc,si
imbriqués les uns dans les autres que serait présomptueux celui qui
prétendrait les maîtriser tous, pas même les acteurs directs, encore
moins les observateurs extérieurs et autres communicateurs. Cette
situation rend indispensable la prise en compte de beaucoup
d’éléments si on veut donner des chances de succès à une quelconque
action d’apaisement en vue d’un règlement définitif. (…)
En conclusion, des félicitations et encouragements mérités doivent
être adressés à René Capain Bassène, ce jeune journaliste, dont le
travail, en apportant des éléments peu connus, contribue à une plus
grande connaissance de cette ‘rébellion’ meurtrière qui a détruit tant
de vies et de biens.
J’en recommande donc la lecture attentive à tous les Sénégalais, et
plus particulièrement aux Casamançais, je veux dire à tous ceux qui,
par l’origine ou par une option volontaire, quelles que soient leurs
ethnies, sont heureux et fiers de se sentir casamançais, comme
ailleurs leurs compatriotes des autres provinces, dans un Sénégal
réconcilié avec lui- même. »

Pr Assane Seck
ancien ministre d’État
Dakar, le 27 novembre 2006









16 Introduction



Le conflit qui oppose le Mouvement des Forces démocratiques
de la Casamance (MFDC) à l’Etat sénégalais est complexe. En effet,
comme l’a souligné le professeur Assane Seck, « les troubles baptisés
communément ‘rébellion casamançaise’ comportent (…) tant
d’aspects multiples imbriqués les uns dans les autres que celui qui
prétendrait les maîtriser tous serait bien présomptueux ». Commencée
en 1982, cette rébellion s’est transformée en guerre de plus de trente
ans à cause des multiples facteurs qui s’y sont greffés en interne
comme à l’externe.
Cette guerre fratricide est entrain de se dérouler sur un espace restreint
couvrant essentiellement la région de Ziguinchor et, dans une moindre
mesure, les régions de Sédhiou et de Kolda. Et elle est moins intense
et moins atroce que celles qu’ont connues des pays comme la Sierra
Léone, le Libéria, le Rwanda ou l’Angola. Pour le MFDC elle n’en est
pas moins considérée comme une lutte pour l’indépendance de la
Casamance, alors que du côté de l’Etat sénégalais, on tente de la
banaliser en la ramenant à des opérations de maintien de l’ordre.
Certains observateurs la considèrent tout simplement comme une
guerre civile.
Mon modeste objectif est d’apporter des informations pouvant
contribuer à éclairer certaines zones d’ombre du conflit, permettant
ainsi de mieux comprendre les tentatives d’en sortir. Pour cela, je
m’appuie essentiellement sur des témoignages : ils constituent une
sorte de canevas pour ceux qui, dans un esprit d’objectivité,
s’intéresseront à ses origines, à son évolution, et à ses conséquences.
Le conflit en Casamance est le fait de ce que j’appelle « le
second MFDC », celui qui s’est illustré à partir de 1982 par une
marche à Ziguinchor pour réclamer aux autorités du Sénégal
l’indépendance de la Casamance. Très vite, ce mouvement a créé une
branche armée, Atika (« le combattant », en diola). Après une période
intense de violences, dont les populations civiles ont été les
principales victimes, la guerre a dégénéré. De part et d’autre, des
exactions ont attisé les haines et le désir de vengeance, dont
témoignent de nombreux récits. La rébellion elle-même s’est déchirée
dans de sanglantes querelles internes. Et des profiteurs sont apparus,
qui ont intérêt à voir se poursuivre le conflit. Autant d’évolutions dont
17 sont montrées ici les modalités et les raisons à travers la parole de
ceux qui les ont vécues, que ce soit comme acteurs, volontaires ou
1non, ou comme témoins .





La diversité ethnique casamançaise
(communiqué par Christian Roche)


1 La plupart des témoignages oraux figurant dans cet ouvrage ont été recueillis en
diola : je les ai traduits en français. Quant aux témoignages écrits, je les ai sont
restitués dans leur forme originale, tels qu’ils m’ont été communiqués. Les uns et les
autres ont pu faire l’objet de menues retouches destinées à en faciliter la
compréhension.
18







Première partie
LES ORIGINES DE LA RÉBELLION 1- Controverses sur la nature du Mouvement des Forces
démocratiques de la Casamance de 1947 à 1954


Les défenseurs de la thèse d’un premier MFDC indépendantiste.

Version de Mamadou Nkrumah Sané l’un des principaux, sinon
le principal instigateur de la marche du 26 décembre 1982:

« Le MFDC n'a jamais été deux. Ceux qui te disent qu'il y a
deux MFDC, ils le sortent de leur imaginaire, donc il y a un seul
MFDC, c'est celui qui lutte pour l'indépendance de la Casamance. Je
ne suis donc pas d'accord sur le mot primitif que tu as utilisé pour
qualifier le MFDC indépendantiste, je ne suis pas d'accord sur ce
mot, il n'est pas approprié. Quand il y a fusion cela veut dire que les
deux éléments deviennent une seule entité pour travailler ensemble, ce
qui n’était pas le cas entre le MFDC et le BDS, ou chacun avait gardé
son identité bien qu’ils travaillaient ensemble. Cela dit, je réaffirme
que le MFDC n'a jamais été déclaré mort par ses fondateurs, cela
malgré leur association avec le BDS de Senghor.
Pour terminer sur ce point, je voudrais te dire que le MFDC
était tout simplement en veille et encore une fois, ne s’est jamais
dissout dans le BDS des Sénégalais, comme ceux- ci essayent de vous
le laisser entendre dans leurs discours de tous les jours. Ce que tu
appelles le deuxième MFDC qui en fait, n'en est qu'un seul et unique
et identique fut créé le 4 Mars 1947 à Sedhiou, en Casamance par les
Casamançais et pour les Casamançais, pour libérer leur pays, la
Casamance.
Tout est parti de la conférence de Bamako qui fut convoquée en
1946 par le leader ivoirien Félix Houphouët Boigny pour débattre
sur deux sujets :
Si l'Afrique de l’Ouest (l’AOF) devait partir à l'indépendance,
allait-t-elle le faire en fédération ou en confédération ou en Etats
séparés, mais l'absence des députés du Sénégal à cette rencontre a
empêché de débattre de ces deux sujets parce que c'est Dakar qui
devait être la capitale de l'AOF. L’absence des leaders sénégalais qui
étaient Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia et Lamine Guéye à
cette conférence de Bamako s’explique dans la mesure où ils
appartenaient à la SFIO, parti métropolitain français alors au
pouvoir en France.
21 Il fut donc décidé de débattre sur une autre structure que fut la
création du RDA, le Rassemblement Démocratique Africain avec la
décision que chaque leader adhérant devait une fois arrivé au niveau
de leurs territoires respectifs créer leurs propres mouvements pour
aller à l'indépendance. Je précise encore qu’aucun leader sénégalais
n’a assisté à la naissance du Rassemblement Démocratique Africain à
Bamako.

C'est ainsi que les leaders casamançais qui avaient assisté à
cette conférence de Bamako, une fois rentrés en Casamance
programmèrent un Congrès à Sedhiou qui a créé le Mouvement des
Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) à l’image de Sékou
Toure qui a fondé son PDG-RDA, le 14 mai 1947 en Guinée Conakry
et Modibo Keita du Mali, qui lui, a gardé le RDA comme Mouvement
pour aller à l'indépendance.

Le Mouvement a été créé par des hommes et des femmes
responsables qui comme, les autres responsables de l’époque étaient
conscients des actes qu'ils posaient pour leurs pays respectifs, ils
savaient ce qu'ils faisaient pour libérer leurs territoires aux mains du
colon français, il est illusoire de penser que ces Casamançais se
seraient trompés de pays en créant ce MFDC chez eux en Casamance,
comme d'autres responsables politiques l'ont fait dans leurs territoires
respectifs. Le premier secrétaire Général du MFDC qui
malheureusement n’a pas été assez connu des Casamançais était
Victor Sihoumehemba Diatta originaire de Cabrousse. Cela
contrairement aux Sénégalais qui eux, savaient que Léopold Senghor
était le père fondateur de son Mouvement BDS . Il était licencié ès
Lettres à la faculté de Montpellier en France en 1933. Il fut assassiné
le 19 avril 1948 à Dakar avant que Léopold Senghor ne crée son BDS
le 27 octobre de la même année et fut inhumé un an plus tard, le 25
juillet 1949 à Dakar. Sa tombe se trouve au cimetière de Bel-Air de
Dakar, tu peux la visiter où est galement enterré à ses côtés son aîné,
Jean Diatta décédé à Paris en 1999.
C’est ce même mouvement des Forces Démocratiques de la
Casamance (MFDC) que j’ai réveillé. C'est moi-même qui suis le
premier à avoir pris contact avec des gens, très exactement en juin et
juillet 1967 à cet effet.
22 Lors de la conférence de Bamako du 8 mai 1960 qui aboutit à la
création de la fédération du Mali, c'est Emile Badiane qui a signé
pour la Casamance, Mamadou Dia pour le Sénégal et Modibo Kéita
pour le Mali. La Fédération du Mali fut créée le 4 avril 1959 et
l'élection du premier Président de la fédération du Mali fut fixée pour
le premier septembre 1960. A la suite de différends avec le Mali le
Sénégal quitta cette fédération le 20 aout 1960. Cette fédération était
donc composée de trois membres: Casamance, Mali et Sénégal.
Après l’éclatement de la fédération du Mali, Léopold Senghor
proposa à la Casamance une sorte de fédération que les gens ont
dénommé « compagnonnage » entre la Casamance et le Sénégal. Elle
fut négociée dans la nuit du 20 août 1960 à Rufisque. La délégation
casamançaise avait proposé dix ans, Senghor les persuada d’accepter
un compagnonnage de vingt années avec le Sénégal, après quoi les
Casamançais pourraient partir, conformément aux accords. Ce fut
l’erreur monumentale commise par les dirigeants du MFDC
d’accepter la proposition de Léopold Senghor qui était plus
visionnaire qu’eux et qui savait que le temps allait être son principal
allié contre l’indépendance de la Casamance.
Cette décision de compagnonnage venait satisfaire une vieille
préoccupation de Senghor qui avant même la création de son BDS
avait adressé une telle proposition d’alliance entre le Sénégal et la
Casamance à Victor Diatta. Ce dernier s’y serait opposé et c’est ce
qui aurait provoqué son assassinat six mois avant la naissance du
BDS
L’autre principal événement qui marqua la fin de l’époque
coloniale et le début de la période des indépendances fut le
référendum de 1958 où chaque colonie à l’exception de la Guinée
vota pour le « oui » à la Communauté avec la France. Si le Sénégal
vota Oui à 93%, la Casamance vota « non », avec, 27% des suffrages
déclarés, mais ses voix furent diluées dans celles du Sénégal à cause
du « compagnonnage » avec le Sénégal. De tous les territoires, seule
la Guinée de Sékou Touré vota massivement pour le Non, ce qui lui
permit d’accéder immédiatement à l’indépendance ».

Parmi les tenants de la version indépendantiste cet ancien cadre
de l’administration affirme :
« Une fois devenu président, Léopold Sédar Senghor a divisé la
Casamance par un décret pris en 1963 en créant la région du Sénégal
23 oriental. Cela était un bon calcul, car si un jour la Casamance devait
se séparer du Sénégal, elle aurait perdu ainsi la partie la plus riche
en minerais et ressources naturelles »
Un vieux sympathisant du MFDC : « Le Sénégal ne s’est pas
limité à cette division, car quelques années plus tard, on constata une
sorte de vague funeste avec les décès successifs et difficilement
explicables des principaux leaders politiques de la Casamance,
Edouard Diatta le 9 mai 1971, Ibou Diallo rappelé à Dieu en 1971 et
Emile Badiane le 22 décembre 1972. C’était l’œuvre des autorités
sénégalaises de l’époque. C’est pour échapper à la mort que les
dirigeants« rescapés » du Mouvement» de cette première génération
auraient été contraints de s’allier avec Léopold Sédar Senghor,
abandonnant ainsi leur combat, acceptant malgré eux la dissolution
du MFDC et sa fusion avec le BDS qui a marqué le rattachement
2politique de la Casamance au reste du Sénégal »
Les défenseurs de la thèse d’un MFDC primitif non indépendantiste
Assane Seck, professeur de géographie, ancien ministre des
présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, un des derniers
témoins du premier MFDC rencontré chez lui à Dakar, au quartier
Fass, en juin 2000 témoigne :
« Quand je me suis engagé en politique dans les années 1950,
j’ai trouvé que certains acteurs tels que, Abdoulaye Diallo, Doudou
Kane, Amadou Daffé et Magor Gaye, avaient complètement arrêté de
faire de la politique, c’est pourquoi je ne pourrai faire aucun
témoignage sur leurs idées et leur action politique. Mais j’ai connu et
collaboré avec tous les grands acteurs du Mouvement qui
représentèrent les Casamançais aux élections du 30 mars 1952 à
l’Assemblée territoriale, des gens comme Emile Badiane de Bignona,
Ibou Diallo de Sedhiou, Edouard Diatta d’Oussouye, Yéro Kandé de
Kolda, Ansou Mandian de Vélingara. Ils avaient créé en mars 1947 le
Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), sur
la base de principes que je partage entièrement et que j’aurais
moimême défendus si j’avais été présent, parce que je ne pouvais pas

2 Note de l’auteur : Il est utile de rappeler quand même que le BDS avait été fondé
en1948 et que les leaders casamançais sont morts dans les années 1970 à une époque
où le BDS n’existait plus.
24 comprendre qu’après l’élargissement de l’électorat sénégalais, on
3continue à conserver la vieille tradition des « Quatre communes »
Le MFDC était donc un mouvement de protestation qui
s’adressait d’abord à Lamine Guéye et Senghor qui étaient encore
tous les deux membres de la SFIO et également de façon directe
contre le fait que les premiers représentants de la Casamance au
Conseil général (rétabli par la loi du 30 octobre 1946) continuaient à
être investis à Dakar
Le Mouvement avait d’abord fonctionné pendant longtemps
sans statut officiel. Son texte, balisé par des résolutions adoptées le 23
février 1949, fut transmis au gouverneur du Sénégal avec les
signatures d’Ibou Diallo et d’Emile Badiane, tous deux anciens
instituteurs à Sedhiou, par une lettre datée du 14 avril 1949 et dans
laquelle était mentionné l’objectif principal du Mouvement. Son
article 2 stipulait que :
Le MFDC est autonome, n’est affilié à aucun autre mouvement
régional, fédéral ou métropolitain. L’objet du MFDC est de grouper
et d’unir toutes les populations de la Casamance en vue de la
réalisation d’un programme politique de démocratisation rationnelle,
d’évolution ascensionnelle de la masse, et d’amélioration du standard
de vie. Toute l’activité du MFDC repose sur les résolutions adoptées
par les conseillers politiques du Mouvement dans leur appel du 23
février 1949, dont la quintessence politique locale est de militer en
communauté intellectuelle pour poser, étudier et résoudre les divers
problèmes locaux dans un cadre général, sans toutefois entraver, ni
créer des obstacles aux questions intéressant le Sénégal dans son
ensemble ou une autre région de la colonie ».
J’insiste et je répète, que je partageais entièrement les idées
régionalistes que défendait à cette époque le Mouvement.
Ainsi, quand après leur séparation, Léopold Sédar Senghor
fondateur du Bloc démocratique sénégalais (BDS) a battu Lamine

3 Les habitants des quatre communes, Dakar, Gorée, Rufisque, Saint-Louis avaient
obtenu pendant la période coloniale le privilège d’être reconnus comme des citoyens
français.
25 Guèye aux élections législatives du 17 juin 1951 et quand la SFIO a
perdu les élections de mars 1952, à cause du soutien en Casamance
du MFDC primitif à Senghor, je me suis retiré pendant quelques
années de la politique et je me suis engagé, au sein d’un petit groupe
de jeunes cadres locaux ou rentrés de France, qui produisait le
journal dénommé « Réalités africaines ».
Mais ce qu’il faut retenir, c’est que la victoire de Léopold Sédar
Senghor sur Lamine Guéye a eu deux conséquences majeures sur la
vie du Mouvement : la première plus heureuse, a donné satisfaction à
la principale revendication du MFDC primitif, à savoir la
responsabilisation des populations locales dans les décisions les
concernant, et la deuxième que je juge très négative fut que cette
victoire permit au BDS d’avoir les coudées franches, de se sentir
puissant jusqu’à exiger au congrès de Ziguinchor de 1954, le
sabordage du Mouvement et sa fusion en son sein.
Cela veut dire qu’à partir de ce moment, les activités politiques
régionales de ses membres se firent désormais et de façon exclusive
dans les structures officielles du BDS, ce qui entraina par la même
occasion, la disparition officielle du MFDC primitif.
Nos principaux leaders dont Emile Badiane et Ibou Diallo
furent d’accord avec cette proposition qui a la limite était une
exigence. Ils optèrent pour la collaboration avec Senghor et son BDS.
Mais leur décision fut rejetée par certains membres du
Mouvement, notamment par les plus jeunes militants qui lors du
dernier congrès du Mouvement tenu à Bignona en 1954 avaient
contesté la décision de leurs ainés. Ils refusèrent de rejoindre le BDS
et créèrent le Mouvement Autonome de la Casamance (MAC) en
1955, avec pour chefs de file Djibril Sarr, Louis Dacosta et
moimême, Assane Seck ».
Cependant, je tiens à dire que le MFDC primitif affirmait sans
aucun complexe toutes ses ambitions régionales en y intégrant
l’ensemble des fils de la Casamance. On parlait de Casamançais et
non de Diolas, Mandings, Peuls, Wolofs ou autres. Je précise
également que de tels mouvements existaient dans les autres régions
périphériques, au Sénégal oriental avec l’Union des ressortissants du
26 Sénégal oriental (URDSO) et dans la vallée du fleuve Sénégal avec
l’Union générale des originaires de la vallée du fleuve (UGOVAF). Il
y en a qui existait aussi, peut être avec moins de personnalité dans le
Sine Saloum, autour de Kaolack, dans la région de Thiès et le
Ndiambour de Louga.
A cette époque, les élus des régions périphériques avaient pris
l’habitude d’unir leurs forces, au Conseil général d’abord, à
l’Assemblée territoriale ensuite, afin de mieux défendre leurs intérêts,
qui tournaient essentiellement autour du désenclavement par des
équipements en ponts, bacs, route en terre etc.
Contestation de cette thèse par N’Krumah Sané
« Le MFDC est créé en 1947 bien avant le BDS de Senghor.il
fait partie des premiers partis politiques locaux de l’AOF. Le
comparer aux autres organisations régionales c’est tordre l’histoire à
travers de fausses comparaisons. D’ailleurs Assane Seck ne connaît
que le seul MFDC que tu connais. Il avait fini ses études en juin 1954
et il avait assisté pour la première fois au Congrès du MFDC à
Bignona les 18,19 et 20 juin 1954. Il n’était donc pas parmi les
fondateurs comme il te l’a si bien dit, il n’est pas non plus censé tout
connaitre ou bien il a refusé de te dire la vérité sur la création du
Mouvement.
C’est ce même Mouvement que l'Abbé (Diamacoune) et moi
(nous nous sommes connus en 1976), avons travaillé ensemble pour
son réveil. Le réveil du seul MFDC qui est toujours celui que tu
connais aujourd'hui. Ni l’Abbé, ni moi, n’avons jamais dit que nous
étions des fondateurs du MFDC et les fondateurs du MFDC sont
connus de tous depuis 1947 ».
Témoignage du Président Mamadou Dia, extrait du journal « sopi »
N° 149. Vendredi 14 septembre 1990), et qui avait pour titre : «
L’unité nationale n’est pas au bout du fusil ».

« Je n’ai donc pas cessé d’attirer l’attention sur ce problème. Il y a
longtemps qu’on aurait du poser ce problème (de la Casamance) qui
est avant tout un problème d’intégration économique. Déjà sous la
colonisation, nous l’avions perçu. C’est un problème spécifique qui
27 remonte à très loin et concerne certaines ethnies diolas qui ont une
histoire sociale, une anthropologie socioculturelle différente des
autres. Souvenez-vous de la résistance de la reine Aline Sitoé Diatta.
Une région, celle d’Oussouye n’a jamais été assimilée. Rappelez-vous
que j’ai eu à titre symbolique, à rendre à ces populations leur
tamtam de guerre qui avait été confisqué par les autorités coloniales.
C’est donc tout cela qui explique qu’avant même l’élaboration du
premier plan quadriennal de développement du Sénégal, j’avais mis
en place un programme intérimaire de développement de la
Casamance. Malheureusement après 1962, le Gouvernement a
complètement changé de politique et les casamançais ont été laissé
pour compte. Il est donc normal qu’il y ait une recrue descendance du
mouvement séparatiste.
Je rappelle déjà lorsque nous avions créé le Bloc démocratique
sénégalais, Senghor et moi, nous avions maille à partir avec les
dirigeants casamançais. Ils ne se disaient séparatistes mais, mais ils
avaient créé le Mouvement des Forces démocratiques de la
Casamance (MFDC) qui se voulait autonomiste. Il nous a fallu une
lutte épique faite de doigté et de ressources de dialogue pour les
convaincre d’intégrer le Bloc Démocratique Sénégalais (BDS).
Malgré cela le sentiment autonomiste n’a jamais disparu. Il a toujours
affleuré dans la conscience de certains leaders.
A l’occasion du Référendum de 1958, il y a eu des tentatives de
collusion entre certains leaders casamançais et ceux du PAIGC (Parti
Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap – vert) et de la
Gambie. Il fut très difficile de les convaincre, mais tout de même, on y
était arrivé. Et pour ce faire, il avait fallu là aussi beaucoup de
diplomatie. »

Mamadou DIA, ancien Président du Conseil. Extrait du journal «
Yaakaar » n° 6 janvier 1996, Page 5)

« Le problème casamançais est un vieux problème. C’est pourquoi
mon gouvernement avait fait de l’intégration de la Casamance dans
l’ensemble sénégalais la priorité. Un plan intérimaire avait été conçu
pour résorber les tendances séparatistes décelables dés l’époque, car
il faut le reconnaitre et le dire, le colonisateur n’avait pas intégré la
Casamance dans le Sénégal. Après décembre 1962, ce plan a été
abandonné et nous vivons aujourd’hui les tragiques conséquences de
28 cet abandon. C’est pourquoi j’ai fait certaines propositions qui sont
très claires.
Ces propositions je les ai adressées à Abdou Diouf qui n’a pas eu la
courtoisie de me répondre. Senghor lui aurait répondu. J’ai
également adressé une correspondance à l’Abbé Diamacoune
Senghor, Secrétaire général du Mouvement des forces démocratiques
de la Casamance, laquelle m’a été purement et simplement retournée,
au motif qu’elle « n’aurait pas été réclamée par le destinataire ».
Comment l’abbé mis en résidence surveillée dans les conditions les
plus strictes, pouvrait-il deviner l’existence de cette correspondance
et la réclamer ? Je crois qu’il est urgent d’intervenir sur le dossier
casamançais, avant qu’il ne soit trop tard. Toutes les forces
nationales sont interpellées pour ouvrir la voie à des négociations
sincères et loyales. C’est pourquoi j’exprime mon accord avec
certaines propositions faites notamment par Landing Savané qui vont
dans le sens d’une concertation sur ce dossier. »


2- Le MFDC de 1982 à nos jours.

Le MFDC se fait connaître publiquement par une marche dans les rues
de Ziguinchor, la capitale régionale, le 26 décembre 1982. Reprenant
à leur compte un certain nombre de griefs à l’encontre des autorités et
des ‘Nordistes’, les marcheurs s’appuient sur le discours nationaliste
d’un prêtre catholique, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor.
Le discours nationaliste de l’abbé Diamacoune
L’abbé Augustin Diamacoune Senghor a depuis longtemps adressé
des lettres et tenu des discours aux plus hautes autorités du pays pour
s’offusquer contre certaines pratiques ayant cours en Casamance.
Aussi, il prôna la séparation pure et simple de la Casamance avec le
reste du Sénégal. En voici quelques extraits de ses propos
nationalistes :

« Le Sénégal a procédé à la destruction d’une très grande quantité
d’importantes archives de la Casamance et un strict embargo sur les
autres archives de la Casamance épargnés. On veut oublier que, dans
le coeur de tout fils authentique de la Casamance, se trouve, tissé en
lettres de chaire le mot « indépendance ».

29 « Le Sénégal existait-il en tant que territoire autonome avant la
colonisation ?
Quelles auraient été les limites territoriales d’un Sénégal précolonial
autonome ?
Qui aurait été son chef à l’arrivée des français ? Quant à notre pays,
le décret du gouvernement français du 12 octobre 1982 a pris acte de
la réalité de l’autonomie territoriale et administrative de la
Casamance précoloniale constituée d’Etats indépendants. La France
a coulé le statut colonial de cette Casamance nouvelle dans ce cadre
préexistant, en confiant l’autorité administrative à un
Lieutenantgouverneur qui le 18 janvier 1894 lors du transfert de la capitale
casamançaise de Gorée à Sédhiou, prit la lettre d’administrateur
supérieur. Le « district de Casamance » devint « territoire de la
Casamance ». Quel acte juridique français intégra la Casamance
dans le Sénégal colonial ? Quand et par qui fut-il porté ? Un simple
arrêté peut-il abroger un décret de cette importance ? C’est-à-dire
aussi les traités d’Etat à Etat ? Par quel décret la France a-t-elle
intégré, disons plutôt aurait-elle intégré la Casamance dans le
Sénégal, abrogeant de ce fait, le décret du 12 octobre 1982 et par voie
de conséquence l’essentiel de toutes les institutions administratives
issues de ce décret, qui ont régi la Casamance jusqu’au départ de la
France elle-même en 1960. Il faut le savoir, le connaître et le dire :
jamais, à aucun moment de son passé colonial, la Casamance n’a
jamais été juridiquement parlant partie intégrante de la colonie du
Sénégal ».

« En 1945, alors que la Casamance était déjà dans le maquis depuis
octobre 1942 et souffrait encore plus des dérapages des sénégalais,
bras droits des colons blancs, les casamançais ont tout de même
fermé les yeux pour favoriser l’ascension politique d’un certain
Léopold Sédar Senghor qui a ensuite poignardé la Casamance dans le
dos.
En 1978, à Sédhiou, le Président Léopold Sédar Senghor proclame
« urbi et orbi » : « Si vous voulez la libération de la Casamance, votez
PS » ! La Casamance ferme les yeux et vote le Parti socialiste, malgré
l’éviction des Senghoristes de la première heure. Eviction que
Léopold en personne aura cautionnée.

En 1980, après avoir laissé les sénégalais faire en Casamance
n’importe quoi et impunément, le Président Senghor acheva de
30