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Cette France qu'on ne peut plus aimer

De
112 pages
L'auteur observe ici les conduites les plus concrètes des Français, les relations conflictuelles qu'ils entretiennent entre eux et à l'égard des étrangers. Sont-ils aussi pingres, suffisants, frileux, xénophobes, avares d'échanges et ont-ils la tête aussi pleine de mythes, telle cette croyance que la France est le pays des droits de l'homme ? A l'heure où certains affirment l'existence d'une prétendue "identité nationale", ce livre vient à point pour les rappeler à un peu plus de modestie.
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Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland     questionsChômage, exclusion, globalisation Jamais les « contemporaines » nont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions Contemporaines » est doffrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.    Véronique WASYKULA,RMI : vous devez savoir, 2011. Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD,LImpérialisme économique. La visée hégémonique de la Chine, 2011. Louis R. OMERT,Le Sursaut. Essai critique, social et philosophique, 2011. Jean-Pierre DARRÉ,De lère des révolutions à lémancipation des intelligences, 2011. Jean-Pierre LEFEBVRE,Pour une sortie de crise positive,Articuler la construction autogestionnaire avec le dépérissement de lÉtat,2011. Jean-René FONTAINE et Jean LEVAIN, Logement aidé en France, Comprendre pour décider, 2011. Marc WIEL,Le Grand Paris, 2010. Theuriet Direny,Idéologie de construction du territoire, 2010. Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS,Les leçons politiques du néozapatisme mexicain, Commander en obéissant, 2010. Florence SAMSON,Le Jungle du chômage, 2010. Frédéric MAZIERES,Les contextes et les domaines d'interventions de l'Attaché de Coopération pour le Français, 2010. Noël NEL,Pour un nouveau socialisme, 2010. Jean-Louis MATHARAN,Histoire du sentiment d'appartenance en France. DuXIIesiècle à nos jours, 2010. Denis DESPREAUX,Avez-vous dit performance des universités ?, 2010. Vincent TROVATO,Marie Madeleine. Des écrits canoniques au Da Vinci Code, 2010.
 
    
  
 
Maurice T. MASCHINO        Cette France
quon ne peut plus aimer 
   
                      
 
Du même auteur
 Le Refus, Maspero, I960. LEngagement, Maspero, I961. LAlgérie des illusions, en collaboration avec Fadéla MRabet, R.Laffont, I972. Le Reflux, précédé dun entretien avec Francis Jeanson, P.J. Oswald, I975. Sauve qui peut, démocratie à la française, recueil denquêtes parues dansLe Monde diplomatique, Savelli, I977. Votre désir mintéresse, enquête sur la pratique psychanalytique, Hachette-Littérature, I982. Vos enfants ne mintéressent plus, Hachette-Littérature, I983. Voulez-vous vraiment des enfants idiots ?Hachette- Littérature, I984. Savez-vous quils détruisent luniversité ?Hachette-Littérature, I984. Etes-vous un vrai Français ?Grasset, I989. « Allez-y doucement, camarades ! » ou lamour chez les Soviets,  R. Laffont, I991 (traduit en roumain). LEcole, usine à chômeurs, R. Laffont, I993. Quand les profs craquent, R. Laffont, I993. Mensonges à deux, Calmann-Lévy, I995 (traduit en espagnol). Après vous, Messieurs, les femmes et le pouvoir, Calmann-Lévy, 1997. Ils ne pensent donc quà ça ?Calmann-Lévy, I998. Y a-t-il de bonnes mères ?Belfond, I999 (traduit en grec). Votre âge ne mintéresse pas, Denoël, 2000 (traduit en japonais). Louba la peste,Mercure de France, 2001. Oubliez les philosophes! Complexe, 2001. Parents contre profs, Fayard, 2002. LAlgérie retrouvée, Fayard, 2004. Algérie, un deuil impossible, El Wattan, Alger, 2006. Un geste ordinaire, Jean-Claude Gawsewitch, 2006. Lécole de la lâcheté, Jean-Claude Gawsewitch, 2007 (« Jai lu », n°8566). La République des bigots,Les Editions libertaires, 2009. Linsoumis,à paraître aux Editions libertaires.    
 
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54305-8 EAN : 9782296543058 
Avant-propos
  Mais dans quel pays je vis ? Chaque matin, en méveillant, je me demande si je ne fais pas un cauchemar. Sur le devant de la scène, je ne vois que coquins et faquins. Se tortillant comme des clowns sur les estrades ou pontifiant à la télé, parlant tantôt comme des voyous, tantôt comme des cancres qui massacrent la langue, ils jurent au peuple quils sont à son service quand ils laccablent dimpôts et favorisent les riches, cassent le service public (hôpitaux, écoles, poste), font de la justice la servante du politique et des médias les porte-parole du pouvoir, fichent les citoyens, pressent comme des citrons les travailleurs et retardent leur départ à la retraite, mettent en garde à vue plus de 800 000 personnes en un an1 et multiplient les lois liberticides, agitent le spectre dune « invasion » dimmigrés, accroissent xénophobie et racisme et, foulant aux pieds les droits de lhomme quils prétendent défendre, emprisonnent des bébés, séparent des couples, brisent des familles. quon porte le regard, on ne voit que ruines, on nentend que pleurs et gémissements. Ces fripons détruisent ce quà force de luttes ce pays avait fini par se donner : une démocratie qui, malgré toutes ses insuffisances et le reniement fréquent de ses idéaux, assurait au plus grand nombre des conditions de vie relativement supportables et qui, dans une certaine mesure, grâce à des combats incessants, samélioraient régulièrement. Ce temps-là est fini. De la même façon quau sommet, des ennemis du bien public gèrent le pays dans le seul intérêt des ploutocrates, la base elle-même nest plus ce quelle était.
                                                           1 Le Monde,5 février 2009. 
 
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Décapitée, sans représentants authentiques ceux qui parlent en son nom sont aussi narcissiques, arrivistes et dénués de scrupules que ceux dont ils rêvent de prendre la place -, elle se désagrège. Elle se battait, elle est exsangue, elle était solidaire, elle sest dispersée en milliers dindividus qui signorent ou/et se combattent. Il y avait des camarades, il ny a plus que des gens, et auchacun pour tousa succédé lechacun pour soi. Avec son cortège dagressivité, de haines, de coups fourrés et de coups de couteau, jusque dans les écoles. Au respect a succédé la voyouterie, à la politesse lepousse-toi de là que je my mette,à la lutte des classes la cogestion, aux syndicalistes durs et purs des « partenaires sociaux », à lengagement la trahison, aux militants des courtisans et aux citoyens des sujets. La République est morte. Se met en place, dans lindifférence générale, sans que personne ne descende dans la rue pour dire son fait à lUbu élyséen, une sorte de monarchie bâtarde, mais qui saffirme chaque jour davantage, corrompt ou dépossède de tout pouvoir les institutions républicaines, que le roi-président, seul maître du royaume, tente de rendre héréditaire. Courbettes autour de sa Majesté, résignation dans le pays profond. Un pays qui lui-même se désagrège et se défait. Où tout sabîme, se dégrade ou se meurt. Nature saccagée, villes enlaidies et polluées, stupidité galopante, agressivité générale, délire de grandeur et détestation de létranger, servilité des médias, nullité du personnel politique, pléthore dintellectuels serviles et flagorneurs : comment sétonner que chaque jour des malheureux se jettent par la fenêtre ou sous une rame de métro ? Selon lenquête internationale dune centaine de chercheurs, la France se situe au 62e rang des pays où les habitants se disent heureux de vivre. Loin devant elle, la
 
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Malaisie (17ème), le Costa Rica (13ème), et parmi les tout premiers, le Danemark, la Suisse, lAutriche2 Ici, la vie devient si dure, si insupportable, que chacun, un jour ou lautre, est tenté den finir. Et, de plus en plus souvent, passe à lacte : 25 employés de France Télécom en quelques mois, dautres chez Renault, à la Poste, au Pôle emploi Si lon ne se tue pas, on fait une dépression  cest le cas, entre autres, de très nombreux enseignants  ou lon sabrutit pour oublier. Presque tous se scotchent à la télé plus de trois heures par jour, dautres, ou les mêmes, se saoulent ou se droguent, beaucoup se réfugient dans la maladie et la plupart se gavent de psychotropes, tandis que des excités se trouvent une raison de vivre en saccageant des tombes ou en enlevant des gamins et que des millions de paumés attendent chaque semaine le tirage du loto comme dautres le messie. Les moins atteints, ou les plus débrouillards, prennent la tangente et filent à létranger. Je nen suis pas là. Mais depuis mai 2007, je ne my retrouve plus. Comme si, autour de moi, tout avait brusquement changé. Ou plutôt, comme si, dans un même décor, une autre pièce se jouait. Avec des acteurs qui ne connaissent pas leur rôle, ou le méprisent, jouent nimporte comment, disent nimporte quoi. Constamment choqué, ou scandalisé, je ne reconnais plus ce pays. Et, plus souvent quautrefois, je my sens mal à laise, tant lair que nous respirons est pollué, tant les valeurs qui ont la cote  largent bien sûr, la réussite matérielle, le bling bling et le clinquant, le mépris affiché de toute intellectualité, légoïsme et la bassesse généralisée  tant ces valeurs sont à mille lieues de celles qui mont formé. Deux exemples ? Le premier  lécole. Il y a plus de 25 ans, je dénonçais, avec quelques autres, sa débâcle. Mais jétais loin dimaginer                                                            2Le Monde magazine, 19 septembre 2009.  9
quelle allait carrément se prostituer et payer les élèves pour quils daignent la fréquenter. Un voyage, un permis de conduire gratuit pour récompenser ceux qui ne sabsentent pas ! Ce nest quun début : je ne vois pas pourquoi demain un surveillant ne donnerait pas chaque jour I euro à tout élève qui franchit le portail dun établissement. Inversion radicale des valeurs : hier, on « payait » pour être admis dans un lycée ou dans la classe supérieure (on « payait » par ses bonnes notes, la qualité de son travail), aujourdhui, cest lécole qui paie  sans guillemets  pour nêtre pas désertée. Disqualification radicale du travail intellectuel qui, de fin, devient un moyen pour apprendre à conduire ou voir du pays ! Deuxième exemple : cette affirmation sereine, contente delle-même, quil y a deux justices, lune pour le tout-venant, lautre pour le gratin. Un pédophile lambda soulève lindignation, larrestation dun cinéaste célèbre, accusé de pédophilie, suscite lémoi de la Cour et la colère du ministre de la culture. Valeurs piétinées ou inversées, étalage impudique de forfaits qui passent pour de hauts faits, revendication éhontée dune école, dune justice, dune fiscalité à deux ou trois vitesses : chaque jour apporte son lot de reniements. Par exemple encore, cette volonté du Prince de faire « élire » son fils à la présidence dun organisme à dimension internationale. Lémoi fut tel, certes, quau dernier moment il a renoncé, mais il a osé. Avait--il perdu la tête ? Etait-il devenu complètement fou ? Les pays étrangers se moquaient, éditorialistes et caricaturistes sen donnaient à cur joie, tandis que les courtisans, ici, singéniaient à faire du vice une vertu et du népotisme le plus grossier une marque daffection paternelle. Mais dans quel pays vivons-nous ? Cest pour y voir plus clair et mieux comprendre ce qui magresse que jai décidé dobserver de plus près, à tous les
 
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