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Chemins d'occitanie-Camins d'occitania

303 pages
A l'heure de la construction européenne, l'aventure occitane témoigne d'une pensée et d'une action globale en rupture avec les idées politiques dominantes. Ce courant refuse les insuffisances et les impasses d'une société française et de sa classe politique figée dans une pensée pseudo universaliste incapable de renouveler à ce jour l'idée républicaine. Une Occitanie démocratique passe par un renouveau de la pensée et de l'action politiques, en liaison avec les aspirations populaires à plus de justice sociale, économique et territoriale, de progrès partagé et d'identité reconnue.
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CHEMINS D'OCCITANIE

Camins d'Occitania

(Ç)L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-6057-7

Gustave Alirol- Claude Ah'anq -l\liquèlaBramerie - Hervé Guerrera Henri Jeanjean - Robert Lafont -Jean Larzac - Jean-Claude Lugan PielTe lVlaclouf- Robert l\Iarty- Guy lVlartin- Claude Molinier Jacques Pince - Joseph Pinto -l\tlichel Romain - Alain RouchYves Rouquette - Jean-François Saïsset - Gérard Tautil Jean Urroz - Serge Viaule - Jean Vilotte

CHEMINS D'OCCITANIE Camins d'Occitania
Espace, territoires, identité, démocratie... 1974 (politique occitane,

- 2000)

Textes et documents présentés par GÉRARDTAUTIL
Pr~face de Gustave AL/ROL

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Table des matières

Préface:

Gustave

Aliro I . .. .. . .. .... .. .. .. ... .. .

. .. .. .. . .. .. .. .. .... ...

... ... Il

Ch ro n0Iogie

15

PREMIERE PARTIE: NAISSANCE ET EVOLUTION D'UN MOUVEMENT A U co IDIDen ce IDent. ..
Chapitre 1 Viticulture: le grand tournant

19
20

23

- Naissance du Mouvement: "Entreprenons le combat contre la colonisation" (Manifeste de Volèm Viure Al Païs) 23 - Minutes d'un été: Viticulture et occitanisme (Circulaire N°14-20, août 1975) 30 - Michel Romain: En finir avec le désespoir (V.V.A.P.Languedoc, N°l, février 1978) 35 - Jean Larzac: Montpellier-La colère (V.V.A.P.-Occitania, N°61, mars 1985) 37 - Gérard Tautil : 1976-1996 : Occitans, souvenez-vous! (Lo Cebier, N°35, mars 1996) 40
Chapitre 2 L'occitanisme politique, la droite et la gauche françaises. 43

- Guiu Martin. Occitania ? ! Primier camin a senèstra. (Viure, N°4,
i v em de 1965 ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

- Volèm Viure Al Pais: Après le 10 Mai, pour le changement, l'exigence occitane. (Occitania, N°34, juin 1981) Christian Oyarbide. 53 - Gustave AliroI. Jeux et enjeux: l'élection présidentielle. (Occitania, N°73, avril 1988) 55 7

Marty. Quelle identité régionale? (Occitania, N°80, mai 1991) 58 - Gustave Alirol. "Régions et Peuples Solidaires", Recampar las fôrças occitanas. (Occitania, N°97,janvier 1996) 60 - Jacques Pince. Retour à la politique (Occitania, N°95, juillet
1995) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63

- Robert

- Robert Lafont. Lo Pas. (Juin 1996) DEUXIEME PARTIE:
L'EN JE U OC C I TAN.

64

. .. . . . . .. . . . .. .. . . . . .. .. . . . . . . .. . .. . . .. . . . . .. . . . .. . . . .. . . . .. .. . . ... 73

De l'impasse à l'espoir Chapitre 1 Quel développement?

74

77

- Pierre Maclouf. Au-delà du déclin, réanimation sociale: sept propositions pour le développement. (Occitania, N°31, février 1981) 77 - Gérard Tautil. L'eau, enjeu pour une économie occitane maîtrisée, (Occitania, N°29, novembre 1980) 82 - Jean Guiter - Joseph Pinto. Mistral et Tramontane, une réserve d'énergiee (Occitania, N'o30, décembre 1980) 88 - Hervé Guerrera. Quelle gestion? (Occitania, N°64, décembre 1985) 91 - Jean Urroz, Vivre dans le Confolentais, c'est vossible. Novembre 1993 98

Chapitre 2 Décentralisation ou régionalisation?

111

- Lettre ouverte de Volèm Viure Al Pais aux 113 députés élus en Occitanie (Occitania, N°36, octobre 1981) 112 - Jean-Claude Lugan. Pour avancer concrètement vers l'autonomie. (Occitania Encuèi, N°9, 4ème trimestre 1979). 117 - Yves Rouquette. Régionalisation? Oui! Dépeçage de l'Occitanie? Non! (Occitania, N°34, octobre 1981) 130

juiIlet 1993)
8

- Jacques

Pince. Haro sur la régionalisation.(Occitania N°91,

133

- Gustave AliroI. La construction d'une Europe démocratique passe par le pouvoir régional. (Occitania, N°83, Décembre 1991) 135 - Jean-François Saisset. Mouvement de décembre: social et anticentraliste. (Occitania, N°97, janvier 1996) 137 - Jean Vilotte. Contrecarrer la pensée unique. (Occitania, N°96, novembre 1995) 139

- Gérard TautiI. Décentralisation, acte 2 ? Régionalisation, point zéro. Questions à Marc Censi. (Occitania, N°98, juillet 1996)... 143
Chapitre 3 L'exception culturelle 147

- Guy Martin.
j an vie r 1 9 8 6)

Mai que jamai, volèm l'Estatut ! (Practicas, N°5-6,
7

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 14

- Robert Marty. Occitan, occitanisme 1985-1995. Etat des lieux depuis la passerelle de l'Institut d'Etudes Occitanes. (Décembre
1996).. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . ... . .. .. .. .. .. . . . . . .. . . . . .. . . .. . . . . . .. 153

- Alan Roch. Una premsa per faire ausir la votz occitana. (Décembre 1996) 161 - Claudi Alranq. Théâtre minoritaire: à qui perd gagne! (Septembre 1996) 167 - Miquèla Bramerie. Quelle télévision? (Septembre 1996) 175
Chapitre 4 L'idéologie française 183

- Yves Rouquette. Nacion duberta. (Aici e ara, N°l, décembre
1979) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 83 .'

- Jacques Pince. Nationalisme d'Etat? (Occitania, N°80, mai 1991) 193 - Gérard TautiI. Quand la pensée républicaine est incapable de se renouveler. (Occitania, N°96, novembre 1995) 195 - Gustave Alirol. L'après-Yalta ou le droit des peuples. (Occitania, N°7 6, mai 1995) 200

-

Jacques

Pince.

Côté jardin,

côté

cour.

(Occitania,

N°96,

novembre 1995) ... ...201 - Gérard TautiI. En Occitanie, l'alternative régionale au F.N. (Lo Cebier, N°32, juillet 1995) 204 - Robert Lafont. Venise, Barcelone, Paris. (Libertés, N°36, juin
1996) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208

9

TROISIEME PARTIE: L'OCCITANIE ET L'EUROPE Vers une nouvelle géopolitiq ue

213 214

- Gérard Tautil. C.E.E., périphérie et Occitanie (Occitania, N°33, mai 1981) 216

- Manifeste

européen, 1989

226

- Gustave Alirol. Maastricht, une étape nécessaire. (Occitania, N° 85, mai 1992) 229 - Plus d'Europe, moins d'Europe. (Motion 12, présentée par G. Alirol, 5 ème congrès du Partit Occitan. Mars 1996, Gaillac) 230 - Henri Jeanjean. Les occitanistes et l'Europe. (Mai 1996) 233 - Robert Lafont. Permanence des espaces et transitivité des territoires: entre Loire, Meseta et Arc Méditerranéen. (Conférence faite à la Sorbonne, dans le cadre d'un colloque de l'Institut d'Etudes Catalanes, octobre 1995) 244 - Claude Molinier. L'heure des systèmes a-t-elle sonné? (Juin 1996) 259 Chemins d'Occitanie 266

- Gérard

Tautil.

Documents 271 - Le second souffle de Volèm Viure Al Païs, (Politique Hebdo, N° 274, juin 1977) 272 - Projet de statut d'autonomie, octobre 1980. 275 - Fédération Régions et peuples Solidaires, orientations. Congrès de Rennes, novembre 1995 285 - Communiqué dans Le Confolentais, "Votez pour votre Europe". (2 juin 1994) 288 - Appel pour le rassemblement de Périgueux (9 décembre 1995). L'Occitanie la plus touchée par le contrat Etat-S.N.C.F 290 - Saint-Sulpice: Pour le bilinguisme à l'école, application de la loi! Serge Viaule 292 - La Région prend position. Jean Vilotte. 294 Biographie des auteurs Quelq ues adresses utiles 297 301

10

Préface

"Volèm Viure Al pais" : le mot d'ordre emblématique de la revendication occitane des deux dernières décennies a connu un succès extraordiaire dans l'Hexagone entier et n1ême audelà. Il a marqué chez nous, en pays d'oc, la symbiose entre l'expression occitane moderne et une opinion publique Î11quiète devant les évolutions socio-économiques. Jusqu'au bout des années soixante-dix, en dépit de quelques réactions importantes mais sporadiques, la seule réponse - offerte à la jeunesse -/ à la crise séculaire était celle, traditionnelle pour les régions occitanes, de l'exode. L'exil "intérieur" était accepté, quasiment intégré dans l'inconscient collectif d'oc. Sous-développé aux yeux du"Nord", dévalorisé à ses propres yeux, le pays occitan tout entier acceptait sans broncher de voir ses enfants "monter à Paris". Avec les premières retombées de la construction économique européenne, le marché agricole dans un premier temps, arrivèrent les ultimes mises en cause de ce qui restait des économies régionales traditionnelles. Et ce fut le déclic, la goutte d'eau faisant déborder le vase. Avant même la généralisation de la crise de l'ensemble de
l'Hexagone

- et

la fin de l'Eldorado

nordique

-, le

pays d'oc

réagissait. Il mettait en question le fonctionnement centralisé de l'Etat, au bénéfice du Nord, de Paris et de l'lle-de-France. Entre la revendication populaire et l'idée occitane, la conjonction se fit. Le mouvement viticole, au-delà de ses aspects légitimement - corporatistes, en fut la manifestation la plus évidente. Le succès de la chanson occitane en assura l'expansion. C'est dans ce contexte que se structurèrent les premières

Préface

formes d'organisations politiques occitanes. Certes, le mouvement Volèm Viure Al Pais, à partir de 1974, ne pouvait représenter une force politique à part entière dans le champ politique. Mouvement de défense du pays occitan, il lui était difficile, dans la conjonctrue de l'époque, de s'autonomiser par rapport aux forces politiques en place. La victoire de la gauche en 1981 et les déceptions qui suivirent par rapport aux espérances lui en fournirent l'occasion. Ce processus d'autonomisation, il ne pouvait toutefois le conduire qu'au prix d'un rétrécissement de sa base populaire. Il lui revenait alors d'assumer un rôle ingrat, moins visible, mais cependant fOl1damental : celui d'une réflexion critique sur les institutions, le système politique, le lTIode de fonctiol1nement de l'Etat. A partir de la perspective occitane, il s'est efforcé dl approfo11dir et de concrétiser le débat sur la déce11tralisationj régio11alisation, sur la nature idéologique de la construction étatique française et son inadaptation profo11de aux réalités sociales, éco11omiques et politiques nouvelles, celle notanlment de la construction europée11ne. Cependant, le projet occitan se devait d'abord d'accepter le principe même de cette construction. Une mutation profonde s'imposait. Le "Non au Marché commun" des années soixante-dix s'alimentait d'une réaction de défense légitinle du pays occitan. Mais cette défense ne pouvait être assurée par la seule capacité de résistance de la société occitane, maîtrisée qu'elle était - et qu'elle l'est encore - par la classe politique hexagonale dont le souci premier, par-delà la démagogie électorale, est de garantir le fonctionnement traditionnel et la perpétuation de 1'''Etat-France'' et du système politique. L'Europe apportait toutefois une perspective nouvelle à la revendication occitane, celle d'un dépassement historique de l'Etat-Nation le plus centralisé. La conversion à la perspective européenne s'est faite lentement; elle s'est achevée lors du référendum sur le Traité de Maastricht à l'occasion duquel le Partit Occitan s'est pronollcé pour le oui. Il ne s'agissait nullement d'une approbation inconditionnelle, mais du souci de ne pas participer à un mouvelnent de repliement frileux sur l'Hexagone. L'Europe est maintenant une réalité, son approfondisse12

Préface

ment politique et son élargissement une nécessité. Mais la mise en place de l'Europe politique se heurte à deux difficultés majeures: la réticence des Etats, le rejet par les opinions publiques. Tant qu'il ne s'agissait que de "Marché commun", les Etats, la France en particulier, ont pu soutenir le processus, sans se soucier de ses répercussions régionales, sans pouvoir en percevoir les conséquences en termes de perte de souveraineté. Avec l'union politique, la difficulté est pour eux quasiment insurmontable. Faire l'Europe sans défaire les Etats représente la quadrature du cercle. Pour relever ce défi, une véritable prise de conscience générale et une pression forte des opinions publiques seraient illdispellsables. Mais les opiniolls publiques sont entretenues dans la défiance vis-à-vis de l'Europe. Ell France, la question européenne, qualld elle n'est pas laissée au second plan, ne sert que de repoussoir ou de paravent dans les débats électoraux. Pour les partis de gouvernement, pour les courants dominants, la seule préoccupation est de "faire l'Europe pour faire le France". Le vrai débat est escamoté. Entretenue dans ce chauvinisme, l'opinion publique ne peut que rejeter, en tout cas ne pas adhérer pleinement, à l'idée européenne; d'autant que chacun sent bien que l'Europe centralisée sur le mode étatique qui existe
déjà est à mille lieues des préoccupations des citoyens.

L'union européenne représente pourtant l'horizon actuellement indépassable de toute perspective politique, en termes de démocratie, autrement dit de maîtrise de notre destin individuel et collectif. Valens nolens, les Etats devront s'adapter. La reconnaissance du "fait régional" en France et en Europe est une des conditions de cette construction démocratique, donc de l'adhésion populaire. Dès lors l'émergence dans le champ politique hexagonal de ce qu'il est convenu d'appeler le courant "régionaliste" est l'une des conditions du renouveau du débat politique. Sur le terrain économique et social, la question qui se pose aujourd'hui pour les Régions occitanes est de savoir si, face au 13

Préface

désengagement inévitable de l'Etat - mis en évidence récemment par l'échec de la politique d'Aménagement du Territoire - elles sauront trouver en elles-mêmes suffisamment de force

et de courage pour s'assurer
reconquête de leur "identité"

un avenir choisi et maîtrisé.
peut en constituer le moteur.

La

.

Pour cela, il est nécessaire aussi que l'Europe de demain ne les enferme pas, comme c'est le cas, dans une politique de simple assistance.

En se situant dans cette perspective, à l'écart d'un quelconque passéisme, loin de tout régionalisme étriqué carnIne d'UI1 nationalisme réactionnaire et archaïque, notre projet occitan est de faire participer pleinement les homInes et les femmes d'ici à la grande ambition de notre époque. C'est sans complexe, en étant tout simpleInent nousmêmes, que nous voulons faire entendre la voix des Régions d'Gc dans le grand concert des Régions d'Europe. Gustave Alirol
Saint-Hostien, le 1er juillet 1997.

14

Chronologie

1969.

Conférence de La Haye: G.Pompidou partisan de l'élargissement de l'Europe à l'Irlande, le Danemark et le Royaume Uni.

16 avril 1974, candidature de Robert Lafont aux élections présidentielles, invalidée par le Conseil Constitutionnel. - Féniers (Creuse) : les comités de soutien à la candidature de R. Lafont se transforment en mouvement politique, Volèn1 Viure Al Pais. - Giscard d'Estaing, président de la République. 1975. 1976. Convention de Lomé. 5 février et 29 avril, grandes manifestations culteurs languedociens. des viti-

4 mars à Montredon (Narbonne), affrontement sanglant (deux morts, vingt blessés par balles) entre viticulteurs et C.R.S. 1977 L'Institut d'Estudis Occitans engage la campagne "l'Occitan, langue nationale". - Création de Tecimeoc (Télévision, cinéma méditerranéen et occitan). - Sergi Viaule, militant de Volèm Viure Al Pais, renvoie son livret militaire, refuse de parler autrement qu'en occitan à son procès; incarcéré, il sera libéré quinze jours plus tard à la suite d'une forte mobilisation. "Mon Pais escorjat". Echec d'une stratégie d'union de la gauche en Occitanie.

1979

1980

Dix ans de résistance: les paysans du Larzac à Paris (27 novembre). - Création de la première Calandreta (Ecole en occitan) à Pau (janvier), suivie de celle de Béziers en septembre. Toulouse: grande manifestation pour l'occitan à la télévision. Occupation de la Cepière (FR3). Heurts légers avec les C.R.S. - Projet de loi de décentralisation. Après son vote, Gaston Defferre déclarera que "l'idéal serait de redécouper les régions" et "ultérieurement, s'il le faut, on les redécoupera". (Le Monde, 20 octobre 1981). - François Mitterrand à Lorient (14 mars 1981) déclare : " Le temps est venu d'un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence réelle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l'école, de créer les sociétés régionales de radio et TV pernlettan t leur diffusion, de leur accorder toute la place qu'elles rnéritent dans la vie publique".

1981

- Projet de statut d'autonomie pour la Communauté occitane (Volèm Viure Al Païs, octobre 1980). 1982 Cinq mille manifestants à Marseille pour l'occitan à la télévision.

1983-1986. Les luttes entre courants au sein du P.S. se répercutent au sein de l'appareil d'Etat. La "grande affaire du septenat" qu'est la décentralisation va vite aboutir à un renforcement des notables en région: absence de réelle réforme du mode de scrutin, maintien du département, absence de réforme de la fiscalité et de ressources financières permettant une gestion régionale, avec toutes les conséquences au plan social. La question linguistique et culturelle devient la dernière affaire du septenat. - Elections régionales. 1985 L'Institut d'Etudes Robert Marty Occitanes élit son président,

16

1987

Dissolution de Volèm Viure Al Païs et création du Partit Occitan. Gustave Alirol, maire de Saint-Hostien (Haute-Loire), élu président. Manifeste européen du P.Oc Peuples et des Régions".
1/

1989 1992

Pour une Europe des des

Manheim: Quatrièmes assises de l'Assemblée Régions d'Europe. Juin: Traité de Maastricht.

1994

Elections européennes. Fondation de la Fédération Régions et Peuples Solidaires (Mai 1994, Aix-enProvence). Premier congrès: Rennes (Novembre 1995). Gustave Alirol élu président. Electio11s présidentielles. Max Simeoni (U.P.C.) représente les nationalités de l'Etat français: les 500 signatures ne sont pas atteintes. Début de l'ère chiraquienne. Mars: cinquième congrès du Partit Occitan (Gaillac). Août: Deuxième congrès de Régions et Peuples Solidaires et première Université d'été (Anglet, Pays Basque-Nord). Septembre: Rentrée scolaire: 26 calandretas scolarisent près de 1500 enfants. Après Orange, la deuxième calandreta ouvre ses portes en Provence, en pays gavot, à Gap.

1995

1996

17

Première partie

Naissance et évolution d'un mouvement

Au Commencement...

Le mouvement politique occitan n'est pas né avec Volèm Viure Al Pais. Le C.O.E.A. (Comité Occitan d'Etude et d'Action) l'avait précédé dès 1965. Plus avant, le mouvelnent culturel re11aissanciste du XIXème siècle était déjà une réaction partielle aux tiraillements sociaux et politiques que les pouvoirs centralistes parisiens avaient engendrés. Le P.N.O. (Parti Nationaliste Occitan), l'organisation de François Fontan, fondé sur des bases strictement éthnistes, vint à la fin des années cinquante reposer la question nationale dans le cadre de l'Etat français. Quand Volèm Viure Al Pais se constitue, après l'échec de Lucha Occitana, organisation politique qui participait de l'idéologie de 1968, e'est au travers de ce cadrage historique que ses promoteurs ont pensé un type d'organisation autonome des partis français traditionnels et engagé dans les mouvements sociaux en Occitanie. La candidature de Robert Lafont aux élections présidentielles de 1974, invalidée pour quatorze signatures contestées, est le signal qui permet aux militants engagés dans les domaines culturel et politique de donner consistance à une dynamique qui, rapidement, n'aura plus rien à voir avec l'étape électorale précédente. Commence alors une aventure dont une grande partie des acteurs est toujours engagée dans ce long processus de
construction du pays occitan.

Dès le début, le mouvement politique trouve sur le terrain viticole en Bas-Languedoc un domaine d'intervention dont 20

l'aboutissement le plus spectaculaire sera la mobilisation de milliers de viticulteurs et le drame de Montredon. Confrontés à la politique européenne, le mouvement social, regroupé autour des Comités d'Action Viticole (C.A. V.), va recevoir un soutien non négligeable de Volèm Viure Al Pais. A la fois défensif et corporatif, expression d'une aspiration occitane refoulée, le mouvement viticole cristallise, de 1975 à 1985, toutes les contradictions de l'intégration communautaire européenne et les drames de la reconversion économique. Il apparaît comme le secteur socio-économique le plus typé de la société occitane méridionale. Cette période est comme un racourci d'une dési11tégration sociale de la communauté occitane : la logique de la concentration capitaliste - qui n'aime pas le vide - taille dans le vif du tissu socio-économique et humain. L'ensemble occitan réagit au gré des agressions (agriculture, navale, sidérurgie...). Aucune organisation politique traditionnelle n'est en mesure de produire une parade qui rassemble les" forces vives" au pays. Syndicats et partis sont conduits par des stratégies qui se décident ailleurs. L'échec du manifeste" Mon pais escorjat" illustre bien cette préoccupation partisane d'une gauche toute tournée vers l'illusoire programme commun, sacrifiant au pays toute stratégie d'union qui n'a pas d'issue électorale. Aussi, l'arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981 ne se traduit pas par des réformes structurelles et ne remet pas en question les habitudes et ankyloses politiques qui commandent à la gestion du pouvoir d'Etat. Ses relais restent des relais: le pari du changement et de l'audace, de la confiance envers les acteurs sociaux de ce pays, n'est pas à l'ordre du jour. La décentralisation, à l'heure européenne, apparaît comme la conscience d'une nécessité de transformation qui, trés rapidement échoue au port. De l'Etat giscardien au pouvoir chiraquien, l'intermède mitterrandien - soutenu pendant trois ans pat les ministres communistes au gouvernement - ne change pas fondamentalement les règles du jeu politique français. La question de la nature du pouvoir d'Etat, de l'absence 21

de démocratie régionale sont les facteurs fondamentaux d'une Occitanie qu'on ignore et qui s'ignore dans le sillon d'une tradition néo-jacobine et centraliste. Le mouvement politique occitan, avec des moyens extrêmement réduits, oeuvre à son niveau pour une prise de conscience collective, pour un possible changement démocratique. Les textes de cette période, resitués dans leur contexte, traduisent ce passage et exigent du mouvement politique qu'il s'arme de patience et d/esprit d'innovation pour trouver son chemin. G.T.

22

Chapitre
Viticulture

1

le grand tournant

Naissance d'un mouvement

,. "Eldleplenons le

COIllbat COIllle la colonisation"

Le manifeste de Volèm ViuTe A l Pais
" Le 16 avril 1974, répondant aux sollicitations basques, bretonnes, catalanes, corses, occitanes, Robert Lafont faisait acte de candidature à la Présidence de la République. Cette candidature était celle d'un homme qui depuis trente ans, comme enseignant, comme écrivain, comme militant mène le combat pour son pays d'oc. Elle était beaucoup plus que celle d'un homme: les minorités nationales de l' hexagone s' y reconnaissaien t, les nouvelles lu ttes de la classe ouvrière y étaient impliquées, les luttes de la paysannerie, celle de la viticulture en Languedoc, celle du Larzac s' y inscrivaient, comme toutes les luttes populaires contre la liquidation de l' agriculture, la désindustrialisation ou l'industrialisation délirante, contre la dépossession par le tourisme, contre l'occupation militaire, contre toutes les formes, les plus apparentes et les plus insidieuses de ce que Robert Lafont lui-même a appelé le "colonialisme intérieur", ce poids de l'impérialisme sur notre terre. Sans but électoral, sans intention de nuire à la gauche, cette candidature permettait enfin de lier devant l'opinion la défense des langues et des cultures opprimées et celles des populations victimes

de l'Etat bourgeois autoritaire, allié du capitalisme international.

Elle était l'occasion d'une explication centrale des problèmes de la vie en France, de la crise de la société française. "Pourquoi Robert Lafont fait-il si peur?" a titré la presse. Il semble bien que l'on ait craint du côté du pouvoir un mouvement de l'opinion autour de cette candidature. On ne voulait pas entendre expliquer le sens politique nouveau de cette phrase qui de plus en plus rassemble les Occitans, comme elle peut rassembler les basques, les catalans, les Corses et tant de régionaux français:

"VOLEM VIURE AL PAIS". "Nous voulons vivre chez nous".
La candidature de Robert Lafont a été refusée. Le Conseil Constitutionnel a allégué que sur 114 signatures d'élus qui la soutenaient, 18 n'étaient pas valables. Pour quatre signatures, R. Lafont a été privé de voix publique et avec lui des peuples à qui il voulait donner la parole. Mais le mouven1en t est né. Les cOlnités de sou tien se son t transforn1és en con1ités "Volèn1 Viure Al Pais" qui, au-delà de l'échéance électorale, en treprennen t avec d'au tres moyens d'alerter l'opinion publique. Les sept thèmes retenus pour la can1pagne qui n'a pas eu lieu restent valables. Ils servent de base à un vaste mouvement d'explication.

~
Autour d'eux, rassemblez-vous:

. OCCITANS qui ne voulez pas que soient étouffées au terme
de sept siècles de résistance votre langue et votre culture;

. TRA VAILLEURS intellectuels, de la terre et de l'usine qui ne voulez pas subir le joug du capitalisme qui aménage à son profit votre pays livré; JEUNES GENS qui voulez trouver ici une vie heureuse et en finir avec la menace de l'exil;

.

24

. EXILES à Paris et dans le Nord de la France qui rêvez d'un
pays prospère où vous pourriez retourner.

~
Tous ensemble et avec l'aide de tous les vrais démocrates, de tous les vrais amis des travailleurs, nous bâtirons le bonheur de VIvre ICZ.

ENTRE TOTES 0 FAREM

TOT!

~
1. NOUS SOMMES UNE MINORITE NATIONALE, une nationalité opprimée, privée du plein usage de sa langue et de sa culture historiques. Il y en a sept en France: Euskadi-Nord (le pays basque), la Bretagne, La Catalogne-Nord, le pays flamand, l'Alsace-Lorraine germaniques, la Corse, notre Occitanie. Aux termes de la législation internationale, nous avons le droit de cultiver notre différence. Den1andons donc l'élargissement de l'enseignement de notre langue et une place digne pour cette langue à l'O.R.T.F.. Il n'y a plus que trois Etats en Europe pour ne pas reconnaître ce droit à leurs minorités: l'Espagne, la Grèce et la France. Répondons à ceux qui craignent que notre revendication les fasse retourner au passé: - que la revendication de la différence culturelle est la plus moderne de toutes: elle est en train de réussir partout dans le monde; - que nous ne nous enfermons pas en elle: nous serons des hommes d'autant plus ouverts au monde que nous serons plus sûrs d'être de ce pays; - que nous voulons une promotion culturelle du peuple. Nous sommes fiers de notre langue et de notre culture parce que, trahis par de fausses élites, elles font de nous une nationalité populaire.

2. NOUS SOMMES LES COLONISES DE L'INTERIEUR. Les ressources naturelles de notre sol sont exportées sans 25

nourrir chez nous le développement industriel (bauxite, gaz naturel). On liquide les exploitations existantes pour des raisons qui nous sont étrangères: on ferme nos mines au moment de la crise du pétrole! Par contre, on nous impose des installations gigantesques (centrales nucléaires, complexe de Fos) qui détruisent notre environnement, transforment notre pays en une foire aux impérialismes économiques sans profit pour les populations régionales. On condamne à Paris ou à Bruxelles notre monde agricole, prétendant que ses exploitations ne sont pas rentables. On sacrifie la viticulture, les productions fruitières modernisées à grands frais, aux lois dlun marché où nous ne pouvons rien. On transforme l'espace de notre travail en un espace de loisir pour les autres. Nos côtes de la Méditerranée et de l'Aquitaine, nos montagnes sont transformées en vivoirs touristiques pour le plus grand profit de l'industrie des vaca11ces dont les profits ne passent jamais par nos mains. Entre les parcs naturels, les zones d'aménagement touristique et les terrains d'occupation, les Occitans ne seront bientôt plus que des ramasseurs de miettes, des laveurs de vitres, des gardiens de musées et des ornements folkloriques du paysage. Entreprenons le combat pour la décolonisation en affirmant que notre pays est d'abord le lieu de notre travail et le cadre de notre libre développement. Demandons le pouvoir
régional des travailleurs.

3. NOUS NE SOMMES PAS EN DEMOCRATIE. La France n'a jamais été une démocratie véritable. Elle a toujours été administrées par le sommet, quadrillée de fonctionnaires préfectoraux, soumise à des décisions sur lesquelles les élus locaux ont été dans le meilleur des cas consultés. Quand il est apparu qu'il fallait, pour répondre à une évolution mondiale et à la pression de l'opinion, "régionaliser le territoire", on nous a fabriqué une régionalisationbidon, avec des assemblées sans pouvoirs, sans moyens, que consulte un Préfet régional, représentant d'un Etat lointain, 26

seul maître de nos destinées. Pour restaurer la démocratie en France, demandons les autonomies naturelles, les responsabilités citQyennes, là où s'articule la vie du pays. Demandons l'élargissement des pouvoirs et des moyens de la commune. Demandons des assemblées régionales élues au suffrage universel, sur un programme politique régional et un exécutif régional émanant d'elles, responsable devant elles, au service de qui seront placés les fonctionnaires régionaux. C'est la condition de la vraie citoyenneté. C'est aussi, dans une perspective de société nouvelle, la condition d'un socialisme qui ne tourne pas à l'oppression bureaucratique. 4. MAIS NOUS SOMMES DANS LES LUTTES NOUVELLES. La lutte des classes prend sous nos yeux, en France, des formes surprenantes, radicales, d'une immense richesse d'idées. Ce sont les luttes ouvrières qui, en prenant pour objectif l'emploi sur place, menacent la stratégie géographique des trusts, contredisent ce principe capitaliste qui fait des travailleurs une masse déplaçable. Ces luttes prouvent, comme à Lip, que les ouvriers sont capables, là où ils sont, d'assumer la responsabilité d'une entreprise en améliorant leurs conditions de vie. A partir de là, le courant autogestionnaire du socialisme cesse d'être une rêverie: il devient une promesse. Ce sont les luttes paysannes qui, en partant d'une défense des productions, mettent en question la domination capitaliste des marchés. Nous savons bien que le producteur ne pourra rien, jamais, s'il ne se rend pas maître de la distribution de ses produits. Nous savons aussi qu'il restera dupé s'il ne comprend pas que, plus que la terre, la vraie valeur qu'il a à défendre est la valeur de son travail. C'est cela qui apparaît dans les combats les plus avancés du monde agricole. Luttes ouvrières et luttes paysannes nouvelles, ensemble, commencent à dessiner une organisation sociale dont nos maîtres anonymes ont peur, celle où le travail donne aux hommes les droits fondamentaux. Le pays où nous habitons 27

est le lieu où ces luttes sont solidaires, où elles ne peuvent être que solidaires. Dans cette solidarité entrent nécessairement les intellectuels, qui ne veulent plus être, dans les régions dites sousdéveloppées, la richesse exportable au service des régions développées. Volèm Viure Al Pais, pour les travailleurs intellectuels d'Occitanie, cela signifie qu'ils vont concourir au développement de la société dont ils sont les fils, qu'ils sont dès maintenant solidaires des travailleurs manuels en lutte ici pour ce développement. y entrent aussi les catégories des artisans et petits commerçants, si dangereusement dupées par une défense corporatiste. Si elles comprennent la solidarité concrète d'une société régionale, comme elles avaient commencé à le faire en 1962 autour de Décazeville, ces catégories comprendront aussi que leur combat n'est pas corporatiste: c'est U11cOlnbat contre le capitalisme à son niveau actuel d'intégration (que démontrent les "grandes surfaces"), c'est un combat au côté des travailleurs pour une prolnotion globale des forces productrices du pays. N'ayons garde d'oublier que ces luttes prennent tout leur sens si on les relie à la lutte des jeunes et des femmes, qui sentent d'une façon particulière l'oppression du système économique. Ce sont les jeunes et les femmes, de plus en plus, qui prennent la tête du combat populaire, du combat occitan. C'est parce que nous sommes dans ces luttes et que nous croyons à leur avenir, qu'en demandant, nous sommes déjà sûrs que nous aurons la force d'obtenir. Notre revendication n'est pas académique; elle naît des luttes de notre temps, de notre pays et se lie à elles. 5. NOUS SOMMES AVEC TOUTES LES VICTIMES DE L'IMPERIALISME. Le combat est global. Nous ne pouvons que nous placer au côté des populations des départements et des territoires d'outre-mer qui luttent pour secouer un joug colonial direct, écrasant. Nous sommes avec les travailleurs immigrés, déplacés pour les intérêts de l'impérialisme économique, sous-payés, 28

privés de droits civiques et souvent de recours syndical dans le pays où ils apportent leur force de travail, dépersonnalisés culturellement dans le creuset anonyme de la main-d'oeuvre mobile. Leur combat est plus dur que le nôtre, il ressemble au nôtre. A côté d'eux, nous avons à barrer la route au racisme, cette maladie de l'intelligence qu'on développe chez nous pour diviser les travailleurs. Nous ajoutons que rien n'est plus étranger que le racisme à la grande tradition occitane d'accueil : notre pays, s'il n'est pas la proie d'un système qui nous détruit comme peuple, est le pays de la fraternité. 6. NOUS SOMMES A LA MESURE DU MONDE. Nous ne 110USrenfermons pas dans U11monde rétréci. Nous saVOl1S que nous vivons à llheure où se construisent les unités supra-nationales. Nous ne refusons pas l'Europe. Mais qu'il soit bien clair que l'Europe telle qu'elle se dessine, Europe des Etats et Europe capitaliste, est notre pire ennemie. C'est elle qui nous colonise, qui nous soumet à sa logique de fer. Quelle logique? Celle d'un territoire qui va de Londres à Francfort et de la Ruhr à Milan: sur 8% de la surface européenne, il monopolise les richesses produites par la Communauté et nous vassalise inéluctablement. Nous sommes avec les travailleurs de cette région; mais nous ne pouvons être avec un capitalisme européen qui s'appuie sur elle pour nous transformer en réservoir de main-d'oeuvre ou en parc de vacances. L'Europe que nous voulons ne peut être que celle des travailleurs et des régions décolonisées. Le monde que nous appelons de nos voeux est un monde libéré de l'impérialisme. 7. NOUS VOULONS UN MONDE HABITABLE. On nous oppose un prétendu modernisme. Nous sommes ultra-modernes. Au-delà de ce modernisme qui détruit la nature, pollue nos espaces naturels, grossit des cités inhumaines jusqu'au délire, nous imaginons notre monde: l'industrie y serait distribuée dans les profondeurs du pays; elle serait de haut niveau technique, ses pollutions seraient rigoureusement contrôlées; les zones de nature s'imbriqueraient dans les zones de travail; villes et campagnes se dissou29

draient dans l'harmonie d'une occupation rationnelle de l'espace; le tourisme ne serait pas aboli, mais il deviendrait contact entre des hommes; il serait une ressource saine pour une société qui le maîtriserait. Cela signifierait nécessairement l'abolition de ces vieilles distinctions, que le progrès, scientifique et technique, permet aujourd'hui de dépasser; entre ruraux et citadins, entre manuels et intellectuels. Voilà l'Occitanie que nous voulons bâtir. Elle est à l'horizon de nos efforts. Le bonheur est possible!
CAL PRE NE LO CAMIN DE L'AVENIR

2. L'été sans lrève : le mouvement des vitkuIIeurs
Minutes d'un été

La chronologie mêlne des événements qui se sont déroulés traduit le fait que VOLEM VIURE AL PAIS devient, en Languedoc, un véritable mouvement populaire. 23 Juillet On apprend l'échec des négociations de Bruxelles. De toutes manières, depuis la mi-juin, le Minervois et les Corbières avaient repris la lutte contre les importations de vins italiens (une vingtaine de camions-citernes italiens ou appartenant à des négociants avaient été vidés de leur contenu). Ce sont en effet les régions de côteaux, qui font des V.D.Q.S., qui sont les plus touchées par les méventes, les bas prix, les importations; les régions de plaines (l'Hérault notamment) IIbénéf~.cient" plus des diverses opérations de distillation. C'est dans Jes côteaux que des coopératives à court de liquidités n'ont pu parfois payer des acomptes mensuels à
leurs vignerons; c'est là que le climat est plus dur

- ainsi

que

dans le Gard. Ce jour, un comité V.V.A.P. se crée en Corbières. A la suite des contacts pris pendant les luttes viticoles du printemps 75, une réunion est organisée le 23 juillet à la mai30