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Collecte et comparabilité des données démographiques et sociales en Europe

676 pages
Chaire Quetelet - N° 91
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CHAIRE QUETELET 1991
COLLECTE ET
COMPARABILITÉ
DES DONNÉES
DÉMOGRAPHIQUES ET
SOCIALES EN EUROPE Conseil scientifique
Josianne DUCHÊNE
Institut de Démographie
Évelyne THILTGÈS
Guillaume WUNSCH
Institut de Démographie
Comité organisateur
Patricia BRISE
Institut de Démographie
Isabelle THEYS
Evelyne THILTGÈS
Institut de Démographie
Traitement de texte Relecture
et correction de texte
Patricia BRISE
Isabelle THEYS Jean-Louis DECHESNE
Université Catholique de Louvain
INSTITUT DE DÉMOGRAPHIE
CHAIRE QUETELET 1991
COLLECTE ET
COMPARABILITÉ
DES DONNÉES
DÉMOGRAPHIQUES ET
SOCIALES EN EUROPE
sous la direction de Josianne DUCHÊNE
et de Guillaume WUNSCH
Actes de la Chaire Quetelet 1991,
Gembloux, 17-20 septembre 1991
Louvain-la-Neuve — 1995
Academia
L'Harmattan Cette Chaire Quetelet a été subventionnée par
la Banque Bruxelles Lambert (BBL)
le Commissariat Général aux Relations Internationales de la Communauté
française de Belgique (CGRI)
le Secrétariat Général de la CEE
la Faculté ESPO
le Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS)
la Loterie Nationale
le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP)
et tous les organismes ou fondations qui ont subventionné la participation
de certains de leurs membres
L'Institut de Démographie tient à leur exprimer ici toute sa reconnaissance.
D/4910/1995/09
ISBN 2-7384-3191-7
© ACADEMIA-ERASME s.a.
25/115, Grand Rue
B-1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d'adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit,
réservés pour tous pays sans l'autorisation de l'auteur ou de ses ayants droits.
Imprimé en Belgique
Liste des participants
* ABDOULAYE OUSMAN, D. Étudiant, Institut de Démographie, UCL
AJBILOU, A. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
ALEKSINSKA, J. Central Statistical Office
Al. Niepodleglosci, 208
00-950 Warsaw, Poland
ALEXANDER, S. Université de Liège
Bld. du 12e de Ligne, 1
4000 Liège, Belgique
ALM STENFLO, G. Demographic Data Base
Umea University
S-901 87 Umea, Suède
ALODJOUE Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
ALVOET, W. Administratie van de
Vlaamse Gemeenschap
Markiesstraat, 1
1000 Bruxelles, Belgique
AVDEYEV, A. Centre for Population Studies
Moscow State Univeristy
Leninskie Gory MGU
Department of Economics
Moscow 119899, URSS
BEGEOT, F. EUROSTAT
Bâtiment J. Monnet
L-2920, Luxembourg, G.D. de Luxembourg
BERTRAND, F. Unité d'Épidémiologie, UCL
Clos Chapelle-aux-Champs, 30-34
1200 Bruxelles, Belgique
BLAYO, C. INED
Rue du Commandeur, 27
F-75675 Paris Cedex 14, France
BURBAN, A. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
CABRON-BRISE, P. Institut de Démographie, UCL*
Institut de Démographie, Université Catholique de Louvain
1, Place Montesquieu, boîte 17, B-1348 Louvain-la-Neuve, Belgique.
6
CARUSO, I. CNR-IREM
Viale A. Gramsci 5
80122 Napoli, Italie
COPETTE, M. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
COTTER, M. Welsh Health Common Services
Authority Health Intelligence Unit.
Heron House
35-43 Newport Road
Cardiff CF2 1SB, Wales
DABIRÉ, B.
DAMAS, H. Route de Logne, 9
4190 Vieuxville, Belgique
DAOUDA, A. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
DELRUE MATOS, A. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
de SANTIS, G. Département de Statistique
Université de Florence
Via Curtatone, 1
I-50128 Firenze, Italie
DEBUISSON, M. Institut de Démographie, UCL*
DECROLY, J.-M. Laboratoire de Géographie Humaine,
U.L.B.
Campus de la Plaine, CP 246
1050 Bruxelles, Belgique
DEROUBAIS, J.-C. Institut de Sociologie, U.L.B.
Avenue Jeanne, 44
DOEVE, W. Department of Civic Design
University of Liverpool
Abercrombea Square, B.P. 147
Liverpool L69-3BX, Angleterre
DONADJE, F. Doctorant, Institut de Démographie, UCL*
DRAME, M. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
DUCHÊNE, J. Institut de Démographie, UCL*
ECHARRI, C.
EGGERICKX, T.
7
EKADE, G. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
EL ABIDI, A.
EL YOUBI, A.
FALL, M. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
FARRE, M. Departament d'Economia i Finances
Institut d'Estadistica de Cataluny
Calabria, 168
08015 Barcelona, Espagne
FESTY, M. IDP, Université de Paris
Rue Vauquelin, 22
F-75005 Paris, France
FORTIER, C. Statistique Canada
Division de la Démographie
Immeuble Jean-Talon. 6A-7
Park Tunney
Ottawa Ontario K1A OT6, Canada
GÉRARD, H. Institut de Démographie, UCL*
GISSER, R. Office Central de Statistique Autrichien
Hintere Zollamtstrasse, 2b
A-1033 Vienne, Autriche
GOURBIN, C.
GRIMMEAU, J.-P. Université Libre de Bruxelles
Bld. du Triomphe CP 246
1050 Bruxelles, Belgique
GUERET, L. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
GUINGNIDO GAYE, J. Doctorant, Institut de Démographie, UCL*
HAKULINEN, T. Finnish Cancer Registry
The Institute for Statistical and
Epidemiological Cancer Research
Liisankatu 21 B
SF-00170 Helsinki, Finlande
HAMANI, H. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
HENS FUCAM
Chaussée de Binche 151
7000 Mons, Belgique
8
JEANJEAN, M. Unité d'Épidémiologie
École de Santé Publique, UCL
Clos Chapelle-aux-Champs, 30
1200 Bruxelles, Belgique
KALIBOVA, K. Faculty of Science, Charles University
Albertov 6
128 43 Prague 2, Rep. Tchèque
KATUS, K. Estonian Demographic Association
P.O. Box 3012
200090 Tallinn, Estonie
KEILMAN, N. Central Bureau of Statistics
Unit for Demographic Analysis
P.O. Box 8131 Dep.
Oslo 1, Norvège
KLISSOU, P. Doctorant, Institut de Démographie, UCL*
KOUWONOU, K. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
KPADONOU, A.
KR U1VII J. Latvian State University
19 Rainis Boulevard
Riga 226098, Lettonie
KUIJSTEN, A. University of Amsterdam
Van Slingelandt-lanen, 135
NL-3445 ER Woerden, Pays-Bas
KUPISZEWSKI, M. Institute of Geography, PAS
Krakowskie Przedmiescie 30
00-927 Warsaw, Pologne
LANGERS, J. Service Central de la Statistique et
des Études Économiques (STATEC)
B.P. 304
L-2013 Luxembourg, G.D. de Luxembourg
LANGEVIN, B. Synthèse des Statistiques Sociales
EUROSTAT
Bâtiment J. Monnet
L-2920 Luxembourg, G.D. de Luxembourg
LAOUKOURA, K. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
LAOUROU, M. Doctorant, Institut de Démographie, UCL*
9
LAPIERRE-ADAMCYK, E. Département de Démographie
Université de Montréal
CP 6128 Suce. A
H3C 3J7 Montréal, Canada
LAPINCH, A. Department of Sociology
Latvian State University
19 Rainis Boulevard
Riga 226098, Lettonie
LASSINA, T. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
LOPEZ-RIOS, O. Doctorante, Institut de Démographie, UCL*
LORIAUX, M. Institut de Démographie, UCL*
LOVATON MUJICA, N. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
MALPAS, N.
MARTIN, I. Cardiovascular Diseases Unit
WHO
CH-1211 Geneva 27, Suisse
MASUY-STROOBANT, G. Institut de Démographie, UCL*
MEKSI, E. University of Tirana
Tirana, Albanie
MESLÉ, F. INED
Rue du Commandeur, 27
75675 Paris Cedex 14, France
MESSAN, A.A. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
MEZENTSEVA, E. Institut des Problèmes Socio-
Économiques de la Population
KRASSIKOVA str. 27
117218 Moscow, URSS
MILTENYI, K. Demographic Research Institute
Hungarian CSO
H-1052 Budapest V.
Semmelweis u.9, Hongrie
MIZRAHI, Andrée Centre de Recherche, d'Étude et de
Documentation en Économie de la Santé
1, Rue Paul Cézanne
7508 Paris, France
10
MIZRAHI, Arié Centre de Recherche, d'Étude et de
Documentation en Économie de la Santé
1, Rue Paul Cézanne
7508 Paris, France
Étudiante, Institut de Démographie, UCL* MOMPART, A.
MUNOZ PRADAS, F. Dept. Geografia
Universitet Autonoma Barcelona
08193 Bellaterra, Espagne
London School of Economics MURPHY, M.
and Political Science
Houghton Street
London WC2A 2AE, England
Étudiant, Institut de Démographie, UCL* NAMALGUE, G.H.
NENKAM, J.
NGAYIMPENDA, E.
NOUMBISSI, A. Doctorant, Institut de Démographie, UCL*
ODJOUBE, J. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
OTTAVIANI, M.G. Dipartimento di Statistica
Prob. e Statistiche Appl.
Universita di Roma "La Sapienza"
Pile A. Moro, 5
00185 Roma, Italie
PAVLIK, Z. Dept. of Demography and
Geodemography - Faculty of Science
Charles University
Albertov 6
128 43 Prague 2, République Tchèque
PHILIPS, K. Welsh Office
Essi, Rm 2-004 Welsh Office
Cathays Park Cardiff CF1, Royaume Uni
POOTEMANS Institut de Géographie Sociale
et Économique, KUL
3000 Leuven, Belgique
POULAIN, M. Institut de Démographie, UCL*
PRIOUX, F. INED
Rue du Commandeur, 27
F-75675 Paris Cedex 14, France
11
PUMAIN, D. INED
Rue du Commandeur, 27
F-75675 Paris Cedex 14, France
RASEVIC, M. Demographic Research Center
Beograd Narodnog Fronta 45
Beograd, Yugoslavie
RYCHTARIKOVA, J. Faculty of Science
Department of Demography
Albertov, 6
128 43 Praha 2, République Tchèque
SAHLI, A.-M. Institut de Démographie
Université de Strasbourg
Rue Descartes, 22
F-67084 Strasbourg Cedex, France
SALHI, M. Institut de Démographie, UCL*
SAMH, M. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
SANTINI, A. Dipartimento di Statistica
Universita di Firenze
Via Curtatone, 1
I-50123 Firenza, Italie
SEIDOU MAMA, M. Doctorant, Institut de Démographie, UCL*
SERELEA, G. Evelpidon 27
Athènes 812, Grèce
SIGURBJÔRNSDOTTI, K. Statistical Bureau of Iceland
Skuggasund, 3
IS-150 Reykjavik, Iceland
SOUGAREVA, M. Institute of Geography
Bulgarian Academy of Sciences
Moskovska, 5
Sofia 1000, Bulgarie
STANKUNIENE, V. Institute of Economics
Lithuanian Academy of Sciences
Taikos 24-4
Vilnius 232017, Lithuanie
TABUTIN, D. Institut de Démographie, UCL*
TEIXEIRA ANDRADE, G. Étudiante, Institut de Démographie, UCL*
THEYS, I.
12
Institut de Démographie, UCL* THILTGÈS, È.
THOMAS, I. Unité de Géographie, UCL
Place L. Pasteur, 3
1348 Louvain-la-Neuve, Belgique
TOSSOU, A. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
VALKOVICS, E. Central Statistical Office
Demographic Research Institute
Veres Palné u. 10
H-1073 Budapest V, Hongrie
VALLIN, J. INED
Rue du Commandeur, 27
F-75675 Paris Cedex 14, France
Institut d'Hygiène et d'Épidémiologie VAN CASTEREN, V.
Rue Juliette Wytsman, 14
1050 Bruxelles, Belgique
Doctorante, Institut de Démographie, UCL* VASCONCELOS, A.-M.
VILQUIN, É. Institut de Démographie, UCL*
Max Planck Insitute for Human WAGNER, M.
Development and Education
Lentzeallee, 94
Berlin 33, Germany
Doctorant, Institut de Démographie, UCL* WAKAM, J.
WANNER, P. Étudiant, Institut de Démographie, UCL*
WATTELAR, C. Institut de Démographie, UCL*
WILLEMS, M.
WUNSCH, G.
Institut de Démographie, UCL * ZAMOUN, S.
ZVIDRINS, P. Department of Demography
University of Latvia
19, RaMis Boulevard
Riga 226098, Lettonie
PARTIE I
Introduction Collecte et comparabilité des données démographiques et sociales en Europe,
Chaire Quetelet 1991. Institut de Démographie, UCL,
Louvain-la-Neuve, Academia/L'Harmattan, 1995, pp. 15-16.
Discours d'ouverture
Éric VILQUIN
Institut de Démographie, UCL, Louvain-la-Neuve
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis — les fidèles et les nouveaux,
Je vous souhaite à tous la bienvenue, au nom de l'Institut de Démo-
graphie de l'Université Catholique de Louvain, qui organise cette 17e
Chaire Quetelet avec la complicité de l'Association Européenne pour
l'Étude de la Population.
Puisque notre colloque est consacré cette année à la "Collecte et la
comparabilité des données démographiques et sociales en Europe", il
convient mieux que jamais d'évoquer le parrain (j'allais dire : d'invoquer
le saint patron) de la Chaire Quetelet. J'imagine que, si Adolphe
Quetelet était parmi nous, il serait partagé entre deux sentiments. Il se-
rait heureux, certainement, de voir quelque 120 spécialistes, d'une qua-
rantaine de nations différentes, réunis pour examiner les conditions et
les chances de la comparabilité internationale des statistiques, un sujet
qui lui tenait tellement à coeur. Mais aussi, il serait probablement navré
de voir que nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements, 140 ans
après ses premières initiatives.
Quetelet était un forcené de la collecte et un obsédé de la comparai-
son. Il poursuivait un idéal utopique : la standardisation internationale
des statistiques officielles de toute nature. Ses domaines de prédilection
étaient l'astronomie et la démographie, essentiellement parce que ces
deux disciplines étaient pratiquement les seules à avoir, au milieu du
XIXe siècle, une certaine tradition statistique, déjà ancienne — et en
partie commune d'ailleurs, puisque la démographie, aux XVIIe et
XVIIIe siècles, était souvent faite par des astronomes.
Quetelet a sûrement éprouvé une de ses plus grandes satisfactions
en septembre 1853, quand il a pu réunir à Bruxelles 150 statisticiens de
26 pays, pour une réunion qui ressemblait assez à la nôtre : le premier
congrès international de statistique. Dans son discours d'ouverture, il É. VILQUIN 16
définissait l'objectif de ce congrès : "introduire de l'unité dans les statis-
tiques officielles des différents pays et en rendre les résultats compara-
bles". Cet objectif n'a pas été atteint par ce premier congrès, ni par les
autres réunions semblables que Quetelet a préparées et animées avec
passion, ni par la Commission Permanente Internationale de Statisti-
que dont il a obtenu la création à Saint-Pétersbourg en 1872. En défini-
tive, c'est en dehors des lourdes structures officielles, en mobilisant per-
sonnellement des centaines de correspondants du monde entier, qu'il
sera parvenu à des réalisations concrètes, tel l'ancêtre des annuaires
démographiques internationaux qu'il a publié en 1866 sous le titre Sta-
tisti(zue internationale (population)... des différents États de l'Europe et
des Etats-Unis.
Notre XXe siècle est inondé sous un déluge de statistiques ; la mé-
thodologie statistique devient de jour en jour plus sophistiquée. Mais la
collecte et la comparabilité internationale restent les parents pauvres de
ce progrès. On est incapables de reproduire aujourd'hui certains ta-
bleaux comparatifs que Quetelet présentait au milieu du siècle dernier.
Mais à l'heure où le décloisonnement est tellement à la mode, nous de-
vrions avoir moins de mal que Quetelet à promouvoir la nécessaire
harmonisation de nos concepts et de nos paradigmes, de nos taux et de
nos quotients, de nos classes d'âges et de nos catégories matrimoniales,
de nos périodicités, de nos imprimés, etc. Ne pourrait-on pas rêver que
la Chaire Quetelet 1991, à la faveur des communications que nous al-
lons entendre et des contacts que nous allons nouer ou renouer, débou-
che sur des actions concrètes, limitées, dans le sens de la comparabilité
des données, des actions "à la base" qui vont, à terme, ouvrir la voie —
ou forcer la main — aux décisions politiques nécessaires ? C'est mon
voeu au seuil de ce colloque, et nous partagerons tous la responsabilité
de démontrer que ce n'est pas qu'un rêve.
Je vous souhaite beaucoup de satisfaction et de plaisir pendant ces
quatre jours, et je laisse à Josianne Duchêne et Guillaume Wunsch le
soin de nous faire pénétrer au coeur du sujet.
Collecte et comparabilité des données démographiques et sociales en Europe,
Institut de Démographie, UCL, Chaire Quetelet 1991.
Louvain-la-Neuve, Academia/L'Harmattan, 1995, pp. 17-18.
Introduction
Josianne DUCHÊNE and Guillaume WUNSCH
Institut de Démographie, UCL, Louvain-la-Neuve
Much research in the population sciences entails some form of com-
parison. We either relate for example the present situation of fertility or
mortality in a country to its past trends. Or we compare e.g. the levels of
abortion or of nuptiality between countries or between the different re-
gions of a country. Most social sciences are involved in some form of
comparative analysis in time or space, and demography is no exception
to the rule. Even if no spatial comparisons or time-series are envisaged,
we are nevertheless dealing in most cases with differences between in-
dividuals or between social groups. Indeed, we speak in this case of dif-
ferential mortality or of differential fertility for example, i.e. of differ-
ences in behavior between the observation units.
Even the methods of statistical analysis work mainly with differ-
ences, and therefore with comparisons. If all individuals in a data ma-
trix share a common causal factor, such as religion or sex, this common
factor will not appear in the statistical results, as most statistical meth-
ods point out what is different but not what is similar. Important causes
can therefore be hidden if they are shared by all the units of observa-
tion.
If stressing what is common and what is different is so important in
population research, we must then be aware of the fact that compari-
sons usually imply identical definitions. For example, if we compare fer-
tility by birth order between various countries, this analysis can only be
made if all the countries concerned use the same definition of "live
birth", on the one hand, and of "birth order" on the other hand. Our de-
mographic concepts should therefore be very precisely defined, and any
differential analysis should always be preceded by a thorough investiga-
tion of these definitions.
We must furthermore examine if the concepts we use have the same
meaning for all the groups concerned. For example, can we validly com-
pare "illegitimate" (non marital) fertility between Sweden and Ireland, 18 J. DUCHÊNE and G. WUNSCH
as the attitude towards cohabitation is so different in both countries? Do
the words "health" or "education" have the same meaning for university
professors and for manual workers? If not, do we nevertheless compare
the same indicators of the concept between the countries or groups, or
on the contrary do we need different indicators of the concept in each
group, if the meaning of the concept differs between the groups? In the
latter case, to what extent are the possible differentials real or due to
the use of non identical indicators?
The present Quetelet Seminar will consider these and other issues
related to the collection and comparability of demographic and social
data in Europe. Though comparability problems exist everywhere, our
focus here is on the European region, where political integration in the
European Community and the disappearance of barriers between East
and West are leading to doser ties not only in the political and economic
spheres but also in the statistical area. In demography too, Europe is in-
creasingly becoming "our Common House"!
PARTIE H
Collecte et comparabilité des données Collecte et comparabilité des données démographiques et sociales en Europe,
Chaire Quetelet 1991. Institut de Démographie, UCL,
Louvain-la-Neuve, Academia/L'Harmattan, 1995, pp. 21-41.
L'analyse comparative :
avantages et limites
Michel LORIAUX
CIDEP, Institut de Démographie, UCL, Louvain-la-Neuve
Une méthode universelle...
Le chercheur en sciences sociales entretient avec l'analyse compara-
tive des relations analogues à celle que le nourrisson entretient avec le
sein maternel. Il en découvre naturellement, et en quelque sorte instinc-
tivement, la direction et l'usage, sans qu'il soit nécessaire d'en prévoir
un long apprentissage.
Il est vrai que dès qu'il s'agit de décrire ou de comprendre notre envi-
ronnement, physique ou social, et a fortiori de l'expliquer, c'est la com-
paraison qui apparaît en premier lieu comme l'instrument privilégié de
notre connaissance : A est plus grand que B, C est meilleur que D, E est
plus rapide que F, etc. On peut donc affirmer sans grand risque de se
tromper que la méthode comparative est la première méthode scientifi-
que des sciences sociales, parce qu'elle correspond à une tendance natu-
relle de notre esprit, qui nous pousse spontanément à comparer ce que
nous observons et qu'il a suffi de la systématiser quelque peu pour l'éle-
ver au rang d'outil universel de la connaissance.
Le fait est qu'elle est d'application dans toutes les sciences sociales,
sans qu'aucune ne puisse la revendiquer comme spécifique : du sociolo-
gue à l'économiste, en passant par le juriste et le démographe, ou l'his-
torien et le futurologue, sans oublier l'anthropologue et le géographe,
tous les chercheurs peuvent évoquer la nécessité de s'appuyer sur des
comparaisons, qu'elles soient internationales ou nationales, générales
ou sectorielles, micro-individuelles ou macro-collectives.
En outre, la méthode comparative peut intervenir aussi bien au ni-
veau de l'observation quantitative que de l'analyse qualitative, la seule M. LORIAUX 22
différence tenant à ce que la comparaison implique un ordonnancement
des valeur relatives des phénomènes sous revue, alors que dans l'obser-
vation quantitative, la comparaison s'effectue en principe par rapport à
un étalon connu, ce qui permet de faire remarquer à certaine que, de ce
fait, comparaison et mesure pourraient être à la limite confondues,
puisqu'il y a, dans toute opération de mesure, une comparaison implicite
sous-jacente, entre les différentes unités entrant en ligne de compte.
De même, la méthode comparative peut intervenir à tous les stades
de la recherche, depuis l'observation et la collecte des données, jusqu'à
l'explication des phénomènes en passant bien sûr par leur description.
Au niveau de la collecte, une préoccupation cruciale sera par exemple
d'assurer une standardisation suffisante des instruments d'observation
pour valider les comparaisons ultérieures et éviter que des différences
qui seraient en fait dues à une variabilité dans les définitions des phé-
nomènes observés ou des concepts utilisés ne soient à tort imputées à
d'autres facteurs. Au stade de la description, la démarche peut aller de
la simple constatation d'analogies ou de divergences dans les niveaux de
certains phénomènes d'intérêt jusqu'à la mise en évidence d'"homologie
de structure ou de fonctions entre des éléments apparemment hétérogè-
nes, mais entre lesquels on établit une correspondance" 2. Enfin, au ni-
veau de l'explication, on évoquera aussi bien les classifications et les ty-
pologies qui sont par excellence des moyens de comparaison, que les
structures de causalité qui établissent des dépendances entre les varia-
bles retenues de façon à rendre compréhensibles et interprétables les
différences et les ressemblances constatées entre les unités observées ou
même que les schémas systémiques qui mettront en évidence les analo-
gies de fonctionnement structurel.
... qui souffre quelques reproches
Mais c'est précisément cette universalité et cette généralité de la mé-
thode comparative qui en constituent le talon d'Achille et qui contri-
buent parfois à la discréditer, par rapport à d'autres méthodes au
contenu plus précis et aux techniques mieux identifiées. A l'instar de
l'analyse qualitative, la méthode comparative souffre généralement d'un
manque de rigueur dans sa définition et dans la description de ses mé-
thodes. Des questions aussi élémentaires que : comment choisir les uni-
tés à comparer ? quels critères de comparaison retenir parmi la multi-
plicité de critères disponibles ? comment apprécier la validité des résul-
tats ? comment être sûr que les caractéristiques divergeantes non ap-
préhendées ne biaiseront pas l'interprétation des différences prises en
considération ? ont rarement reçu des réponses claires et précises et les
1. M. GRAVITZ, Méthodes des sciences sociales, Précis Dalloz, Paris, 1986, p. 449.
P. RONGÈRE, Mementos Dalloz, Paris, 1975, p. 2.
35.
L'analyse comparative : avantages et limites 23
recommandations faites relèvent souvent du plus simple bon sens, par
exemple, lorsque des spécialistes des méthodes comparatives "nous inci-
tent à comparer seulement ce qui se situe à des niveaux semblables et à
retenir les caractéristiques essentielles de ce que l'on veut comparer,
sans oublier de tenir compte du milieu d'où elles sont tirées" 3 .
Certains auteurs ont d'ailleurs parfois exprimé les plus vives ré-
serves à l'encontre de la méthode comparative, par exemple Georges
Balandier quand il reprochait aux ethnologues de l'utiliser "sans se po-
ser suffisamment de question à son égard", et d'aboutir le plus souvent à
"une mise en regard de systèmes culturels et sociaux différents, réalisée
à contretemps et de manière hasardeuse, et conduisant à des résultats
décevants et contestables" 4. Or, comme le rappelait un physiologiste
du ? siècle, "Quand on ne sait pas ce que l'on cherche, on ne sait pas ce
que l'on trouve".
Durkheim, lui-même, qui passe pourtant pour un chantre de la mé-
thode comparative, et un des pères de la sociologie à l'avoir utilisée avec
le plus de maîtrise et de bonheur, ne résiste pas à l'envie de contester
des approches statistiques comparatives basées sur l'analyse des
concordances et des différences mais manquant à ses yeux de rigueur :
"les résultats de cette méthode, écrit-il, sont loin d'être satisfaisants, car
on y nomme des faits empruntés aux sociétés les plus diverses et les
plus hétérogènes, et enregistrés dans des documents de valeur tout à
fait inégale. On attache ainsi une excessive importance au nombre des
expériences, des faits accumulés (et) on ne donne pas assez d'intérêt à la
qualité de ces expériences, à leur certitude, à la valeur démonstrative, et
à la comparabilité des faits" 5 .
On remarquera qu'une telle critique est toujours particulièrement
d'actualité et que ces pratiques dénoncées ici n'ont fait que se générali-
ser au fil du temps, parallèlement au développement des enquêtes de
terrain, des méthodes statistiques de manipulation des données et des
techniques informatiques de traitement des observations. Aujourd'hui,
une recherche bien pleine sera presque toujours préférée à une re-
cherche bien faite et la valeur reconnue d'un modèle est souvent fonc-
tion du nombre de variables incorporées ou la validité d'un échantillon
du nombre d'unités tirées au hasard.
La comparaison : une expérimentation indirecte
Pourtant, c'est le même Durkheim qui considérait déjà la méthode
comparative comme une "expérimentation indirecte". En effet, comme
M. GRAVITZ, op. cit., p. 452. 3.
4. G. BALANDIER, Tendances de l'ethnographie française, Cahiers internationaux
de sociologie, vol. 27, 1959, pp. 11-22.
5. Cité dans M. MAUSS, Essai de sociologie, Editions de Minuit, Paris, 1968, pp.
36-37.
M. LORIAUX 24
on l'a souvent souligné, l'absence de possibilité d'expérimentation en
sciences sociales désigne la comparaison comme l'unique moyen alterna-
tif de comprendre le réel et d'en dégager les lois d'organisation, en l'ab-
sence de pouvoir le manipuler, notamment pour dégager les relations
entre plusieurs variables. En choisissant judicieusement les unités à
comparer, on peut théoriquement mettre en correspondance deux ou
plusieurs sous-populations qui sont différenciées sous l'angle du facteur
dont on entend mettre en évidence l'effet, tout en s'assurant que les in-
fluences liées à d'autres facteurs considérés comme parasites sont
contrôlées ou rendues aléatoires.
La distinction classique entre variables indépendantes, variables in-
tervenantes et variables dépendantes dérive en droite ligne de ce
schéma expérimental, bien qu'on sache qu'au niveau des phénomènes
sociaux, le nombre de facteurs qui sont susceptibles de les influencer est
désespérément élevé et qu'il est de surcroît quasiment impossible de
considérer les variables dites indépendantes comme réellement telles,
parce que beaucoup de conditions causales influençant une variable,
sont inextricablement liées et associées dans des réseaux de dépendance
qu'il n'est pas possible de dénouer, même par des manipulations subti-
les. Ainsi, en démographie, l'âge et le statut matrimonial sont "naturel-
lement" indissolublement imbriqués, de même qu'en sociologie le statut
social et le revenu, de sorte qu'il est radicalement impossible d'isoler et
de contrôler chacune de ses sources de variation, en les rendant statisti-
quement indépendantes l'une de l'autre.
Dans la terminologie de R. Boudons, on dira que les structures socia-
les sont généralement complexes, alors que les situations expérimenta-
les postulent des structures simples. Dans ces dernières structures, on
peut répartir l'ensemble des conditions causales affectant une variable,
en traitant la plupart d'entre-elles comme des "paramètres" et quelques-
unes d'intérêt comme des "variables opérantes". Toutes les variables
sont suspectées d'influencer la variable dépendante, mais les paramè-
tres sont rendus invariables (ou présumés tels) de façon à révéler l'effet
de la seule ou des seules variables opérantes. Au cours du processus,
comme le statut des conditions est arbitraire, il est possible de trans-
former les paramètres en variables opérantes, ou réciproquement, et de
les combiner systématiquement de multiples façons afin d'aboutir à une
explication scientifique généralisée. Cette démarche est commune à
toute recherche scientifique, mais les méthodes peuvent pourtant sensi-
blement différer en fonction des différentes manières de convertir les
conditions actives en paramètres ou en variables 7 .
6. R. BOUDON, L'analyse mathématique des faits sociaux, Paris, Plon, 1967, pp. 47
et ss.
Prentice Hall, 7. Cfr N.J. SMELSER, Comparative methods in the social sciences,
Englewood Cliffs (N.J.), 1976, pp. 152 et ss.
L'analyse comparative : avantages et limites 25
De l'expérimentation provoquée à l'expérimentation invoquée
Trois situations au moins peuvent être distinguées. Premièrement,
celle où le contrôle s'exerce par la création des données et leur manipula-
tion directe : c'est le cas de l'expérimentation classique provoquée, telle
qu'elle est pratiquée dans les sciences exactes et qui repose générale-
ment sur la comparaison d'un groupe expérimental (ou de plusieurs) et
d'un groupe de contrôle identiques sous le respect de plusieurs sources
de variation connues et traitées comme des paramètres, tandis que le
"traitement" appliqué au groupe expérimental et non au groupe de
contrôle est considéré comme la variable opérative.
Malheureusement, on sait que les chances de rencontrer de telles
conditions de laboratoire ou de pouvoir pratiquer de telles manipula-
tions expérimentales, même sur le terrain, sont faibles et que, indépen-
damment des contre-indications de nature éthique, le caractère "histori-
que" et largement non-reproductible des données sociales représente un
obstacle dirimant à la pratique d'un contrôle rigoureux des conditions de
survenance des événements. Le chercheur peut se demander pourquoi
les données recueillies par l'observation sont organisées d'une certaine
façon, plutôt que d'une autre, mais il n'est pas capable de préciser ce que
pourraient être ces autres façons. Il est toujours envisageable de spécu-
ler sur ce qu'aurait été le cours des événements si une circonstance par-
ticulière s'était produite, mais il est rigoureusement impossible de vali-
der une telle hypothèse sans support empirique.
Force est donc pour conserver la logique expérimentale de se satisfai-
re d'un certain nombre d'approximations, plus ou moins plausibles selon
les cas, et de pratiquer ce qu'il est parfois convenu d'appeler l'expéri-
mentation invoquée, qu'elle soit "naturelle" ou qu'elle repose sur une
analyse "ex post facto". Dans ces deux cas, c'est la "nature" ou l'"histoi-
re" qui produisent des observations qui peuvent correspondre à des si-
tuations quasi expérimentales (par exemple, observation des conséquen-
ces d'un événement, avant et après sa survenance, comme l'évolution de
la fécondité, après le vote d'une loi de légalisation de l'avortement) ou
qui peuvent être manipulées a posteriori de façon à faire apparaître les
effets d'une variable donnée.
Pour cette deuxième forme de contrôle, il est souvent fait appel au
traitement statistique des données, quand le nombre d'observations le
permet et que les échantillons sont de taille suffisamment élevée. En
principe, ces manipulations mathématiques ont pour but de transformer
des conditions potentiellement actives en paramètres désactivés comme
dans le cadre expérimental. Ainsi, lorsqu'un démographe désaisonalise
une série chronologique de taux de natalité, il vise à éliminer l'effet
connu des fluctuations à court terme pour mieux appréhender la ten-
dance à long terme du phénomène et la rattacher à l'évolution d'autres
variables. De même, lorsqu'il recourt à une technique de standardisa-
tion via une structure par âge type, il élimine, en la contrôlant, l'influ-
ence d'une variable susceptible de perturber les comparaisons du niveau
M. LORIAUX 26
de fécondité entre plusieurs populations. D'autres méthodes plus élabo-
rées, comme les techniques d'analyse multivariée du type analyse
variance-covariance ou analyse de régression, ont elles aussi pour but de
mesurer les effets nets de certaines variables sélectionnées en les
contrôlant par les autres variables indépendantes introduites dans le
modèle en même temps qu'elles.
Cependant, malgré la puissance de tels instruments, les chercheurs
qui les utilisent ne perçoivent pas toujours clairement à quel point le
contrôle mathématique des variables ne constitue parfois qu'un substi-
tut assez médiocre du contrôle physique, tel qu'il est pratiqué en situa-
tion expérimentale. Ainsi, dans le cas assez banal du calcul d'un coeffi-
cient de corrélation partiel, qui est généralement présenté comme la
mesure de la corrélation nette entre deux variables après qu'une ou plu-
sieurs tierces variables aient été prises en compte, et que leur influence
parasite ait été éliminée, le résultat ne vaut que si un certain nombre de
conditions statistiques ont été respectées : en l'occurrence, comme le cal-
cul ne fait intervenir que les coefficients de corrélation simple entre
toutes les variables impliquées prises deux à deux, il convient que l'hy-
pothèse de linéarité des relations soit partout satisfaite et de surcroît
qu'il n'y ait pas d'effet d'interaction entre les variables, sous peine de
biaiser le résultat qui peut en tout cas apparaître très différent de celui
que l'on obtiendrait en mesurant séparément la corrélation entre les va-
riables d'intérêt dans une série de sous-populations distinguées selon les
niveaux de la variable intervenante, ou les combinaisons des variables
de partielisation s'il en existe plusieurs.
De Tocqueville à Weber : l'illustration comparative systémati-
que
Quoiqu'il en soit, en dépit de leurs inconvénients, les manipulations
mathématiques restent un avantage par rapport aux situations où le
nombre limité de cas ne permet pas une estimation statistique des ef-
fets, et oblige le chercheur à se tourner vers une méthode d"'illustration
comparative systématique" qui est particulièrement d'application lors-
qu'il s'agit de l'analyse comparative d'unités nationales ou culturelles,
souvent disponibles en nombre très restreint. Comme le fait remarque
Neil Smelser 8, il existe une certaine tendance dans la littérature à
considérer l'approche par l'illustration comparative systématique comme
la méthode comparative par excellence, par opposition aux approches
statistiques et expérimentales, mais cette conception doit être tenue
comme trop restrictive, car toutes ces méthodes comportent, comme on
l'a vu, des aspects comparatifs.
En fait, l'illustration comparative vise également à produire une ex-
plication par la manipulation de paramètres et de variables opérantes et
8. Ibid, pp. 157-158.
L'analyse comparative : avantages et limites 27
elle doit sans doute en partie son prestige à la célébrité des auteurs qui
y ont recouru abondamment, qu'il s'agisse de Tocqueville, Durkheim ou
Weber. Comparant, par exemple les peuples anglais et américains,
Tocqueville fait remarquer que leur communauté de langue, de religion
et de coutumes interdit de considérer ces facteurs constants comme les
causes des différences observées au niveau des comportements et
qu'elles doivent donc être recherchées du côté de leurs conditions socia-
les différentes. Quant à Durkheim, pour rendre compte des propensions
au suicide différentes des catholiques et des protestants, et mettre ainsi
en évidence l'effet de la religion sur ce comportement, il découvre la né-
cessité de contrôler le statut minoritaire ou non d'une religion dans
chaque collectivité nationale en distinguant les pays dans lesquels les
catholiques sont numériquement majoritaires et ceux où ils sont minori-
taires, ce qui revient à maintenir constant le facteur perturbateur. En-
fin, Weber compare les religions de l'Orient et de l'Occident en traitant
les caractéristiques communes aux deux comme des paramètres et les
différences comme des variables opérantes.
Quand rien ne va plus, il reste toujours la clause du "ceteris pa-
ri bus"
Une troisième et dernière situation à distinguer, où les données ne
sont pas créées expérimentalement, ni manipulées a posteriori pour se
rapprocher des conditions idéales de la méthode expérimentale est de
transformer les variables non observées en paramètres contrôlés,
moyennant la validation de la fameuse clause de "ceteris paribus" ou du
"toutes autres choses égales par ailleurs", qui consiste à supposer que
tous les facteurs implicites susceptibles d'affecter les relations entre des
variables d'intérêt sont maintenus constants, ce qui revient indirecte-
ment à transformer des variables opérantes en paramètres. Mais il
s'agit toujours là de suppositions plus ou moins fondées, et la plupart du
temps invérifiables, c'est-à-dire relevant de la catégorie des postulats
plutôt que des hypothèses falsifiables. Or, l'usage qui en est fait en
sciences sociales est souvent abusif et incontrôlé, et l'expression "toutes
autres choses égales par ailleurs" est utilisée comme une sorte de formu-
le magique incantatoire destinée à repousser les mauvais sorts et à gar-
der éloignés ceux qui auraient la curiosité de contester la validité des
résultats présentés.
Parmi les diverses sciences sociales, l'économie est sans doute l'une
de celles qui a le plus largement et le plus ouvertement eu systémati-
quement recours à ce principe, qui lui a du coup permis de tenir cons-
tants une série de facteurs perturbateurs (les goûts et les préférences du
consommateur, la nationalité de l'homo economicus, les institutions col-
lectives, etc.) et de développer des théories relativement simples, avec
un nombre limité de variables conceptuelles, mais en même temps puis-
santes et difficilement falsifiables. De son côté, la démographie a eu peu
28 M. LORIAUX
recours à cet artéfact, sans doute parce qu'elle n'avait pratiquement pas,
jusqu'à une date récente, de prétention explicative, mais aussi parce que
son champ d'investigation est resté volontairement très restreint et qu'il
y est plus simple de contrôler les quelques facteurs perturbateurs cou-
ramment admis par des manipulations mathématiques, sans devoir
payer le prix lourd d'une hypothèse de clôture évanescente.
Il est vrai que la clôture des systèmes n'a pas la même signification
selon que l'on se référe à des situations de laboratoire, au travail sur des
petits groupes ou à l'analyse de sociétés globales. Dans une expérience
de laboratoire, souvent assez clairement formulée et strictement condui-
te, on peut espérer maintenir un contrôle suffisamment rigoureux sur
les principaux facteurs susceptibles de perturber les manipulations ex-
périmentales. Par contre, dans une expérimentation de terrain, mettant
en jeu des petits groupes, comme on la pratique beaucoup en psychologie
sociale, le risque est nettement plus élevé que des facteurs actifs échap-
pent entièrement au contrôle de l'expérimentateur (groupes de contrôle
et groupes expérimentaux insuffisamment appariés, survenance d'évé-
nements inattendus au cours de l'expérimentation, difficulté de prati-
quer des mesures avant et après sans danger de contamination, etc.).
Mais le problème prend toute son ampleur, lorsqu'il s'agit de comparer
des segments sociaux de grande dimension (les agriculteurs, les ou-
vriers, les armées, etc.) et a fortiori des sociétés globales comme les
états-nations qui sont caractérisées par un si grand nombre de varia-
bles, qu'il est toujours extrêmement difficile — sinon impossible — de
considérer que tous les facteurs de différenciation ont été pris en compte
ou de postuler que les causes potentielles de perturbation sont invarian-
tes d'une unité à l'autre.
En fait, les disciplines qui échappent le plus difficilement à la néces-
sité de recourir à des analyses comparatives trans-nationales ou trans-
culturelles sont celles qui incorporent majoritairement dans leur champ
d'investigation des variables globales, au sens de la typologie de
Lazarsfeld et Menzel 9, c'est-à-dire des variables qui caractérisent des
entités collectives, mais sans avoir de contrepartie au niveau des unités
individuelles constituantes. Ainsi, si la sociologie politique ou la polito-
logie est apparue comme un des domaines privilégiés du développement
de l'analyse comparative en sciences sociales, c'est précisément parce
que, le plus souvent, son objet d'étude ne lui réserve d'autre issue, en
dehors de l'analyse des votes et des caractéristiques sociales de l'électo-
rat, que de confronter des régimes ou des systèmes politiques qui sont
par nature, associés à des états.
9. P.F. LAZARSFELD et H. MENZEL, Relation between individual and collective
properties, in A. ETZIONI, ed., Complex Organizations , New York, Rinehart and
Winston, 1961, pp. 422-440.
29 L'analyse comparative : avantages et limites
Au pays de l'imaginaire méthodologique
Le chercheur soucieux de confronter les régimes capitalistes et com-
munistes sous l'angle de leur contribution à la dégradation de l'environ-
nement ou du développement du Tiers Monde, n'avait jusqu'à récem-
ment d'autres possibilités que de procéder à des illustrations comparati-
ves avec un nombre restreint de cas, et il n'est pas douteux que le récent
affrontement des systèmes communistes aura au moins pour consé-
quence néfaste de restreindre un peu plus son champ d'investigation et
de le forcer à recourir à des procéder de comparaison plus douteux enco-
re, comme l'expérimentation "imaginaire" qui consiste à comparer le
seul et unique "groupe" correspondant à une situation historique donnée
à un groupe expérimental imaginaire qui correspondrait en tous points
au groupe de contrôle réel, sauf sous l'angle du facteur dont le chercheur
entend mettre en évidence l'effet.
Bien entendu, une telle démarche ne vaut que par la qualité de la
connaissance a priori des processus historique en oeuvre et des modes de
fonctionnement du système sociétal. Par exemple, on pourrait essayer
de prévoir en quoi la réintroduction dans une économie de marché, d'un
système international de contrôle de prix des matières de premières
dont dépendent en grande partie les pays du Tiers Monde pourrait faci-
liter ou accélérer leur processus de développement économique et social.
Je pourrais également citer un exemple me touchant personnelle-
ment plus directement avec ma conception du vieillissement des pays
industrialisés, et mon hypothèse selon laquelle le vieillissement démo-
graphique en s'intensifiant deviendra progressivement un atout et un
facteur de développement pour les sociétés qui auront réussi leur recon-
version socio-culturelle et se seront adaptées à leurs structures par âge
en assurant une plus grande intégration sociale des personnes âgées et
une meilleure utilisation de leurs potentiels de ressources en tous
genres. En fait, seule une comparaison internationale portant sur des
contextes institutionnels et culturels différents devrait permettre de
confirmer le bien fondé de cette théorie, mais la vérification empirique
se heurte à la trop grande homogénéité des situations nationales sous
l'angle des états démographiques et des environnements économiques et
technologiques, de sorte qu'il est difficile d'observer des pays qui soient
déjà entrés dans cette ère de géritude et qui auront développé des modè-
les de fonctionnement sociétal adaptés en conséquence.
Il reste alors à recourir notamment à des méthodes prospectives
permettant par exemple de dégager les principaux courants sociétaux
lourds qui accompagneront inéluctablement le vieillissement démogra-
phique (par exemple, la révolution technologique, l'informatisation de la
société, la tertiarisation de l'économie, la scolarisation accrue de la po-
pulation, la féminisation de la population active, le pluralisme des va-
leurs, etc.) et qui exerceront des contraintes puissantes sur le traitement
social de la vieillesse et la mise en place de politiques des âges, du fait
des interdépendances étroites et des fortes interactions entre ces
30 M. LORIAUX
différentes tendances macro-sociétales. Sur cette base, une simulation
fictive pourra être effectuée mentalement, qui consistera à concevoir
plusieurs scénarios d'évolution sociétale pour n'en retenir que les plus
plausibles et apprécier leur congruence par rapport à l'hypothèse testée,
tout en n'oubliant pas que les tendances déterministes à l'ceuvre derriè-
re ces mutations risqueront d'être parfois infléchies ou annihilées par de
nombreux facteurs d'indétermination qui tiendront notamment aux
choix des acteurs en présence et à l'évolution incertaine d'un certain
nombre de phénomènes importants.
Cet exemple est intéressant à plus d'un titre. D'abord, il révèle sans
aucun doute les limites et les dangers de l'analyse comparative, surtout
quand elle est pratiquée dans des conditions extrêmes où les principaux
garde-fous méthodologiques ont été retirés et où l'imprudence, la naïveté
ou le simplisme peuvent conduire en droite ligne le chercheur vers le
précipice. Mais en même temps, il renforce la conviction que, sans un
minimum d'imagination et d'audace, l'analyse comparative peut rapide-
ment devenir ennuyeuse, inutile, anecdotique ou carrément trompeuse.
Comparaison n'est pas raison
Le proverbe "comparaison n'est pas raison" est là pour nous rappeler
opportunément qu'on ne peut pas tout comparer, n'importe où, n'impor-
te comment, et à n'importe quelle fin. Or, on rencontre malheureuse-
ment trop de travaux comparatifs où le chercheur se contente de mettre
en rapport deux (ou plusieurs) entreprises, deux régions, ou deux pays,
sans explication, ni justification du choix comme s'il était naturel de
procéder à une telle confrontation. Pourtant, tout rapprochement n'est
pas légitime ni intéressant et il faudrait toujours poser comme principe
fondamental qu'une comparaison doit être soutenue par une hypothèse
scientifique clairement formulée et reposer sur un plan d'observation ou
d'expérimentation détaillé et/ou sur des méthodes d'analyse appro-
priées, parce que les différences ne parlent jamais d'elles-mêmes et ne
sont pas immédiatement sociologiquement signifiantes, même quand
elles apparaissent statistiquement significatives. Comparer le Japon et
la Sierra Leone parce que ces deux pays enregistrent les deux scores ex-
trêmes sur le nouvel indice de développement humain construit récem-
ment par le PNUD n'est pas forcément plus pertinent que de comparer
au sein du Marché Commun la France et l'Allemagne sous prétexte que
ces deux pays battent tous les deux un record européen, l'un de
consommation de vin par habitant et l'autre de consommation de bière.
Mais même sans entrer dans des rapprochements aussi inattendus,
la comparaison d'indicateurs comme l'indice conjoncturel de fécondité ou
l'espérance de vie à la naissance n'apporte pas nécessairement la garan-
tie d'une connaissance plus approfondie. De quoi faut-il s'étonner le plus
par exemple en matière de fécondité européenne : de l'écart maximal du
nombre moyen d'enfants par femme entre l'Italie (1,3) et l'Irlande (2,1),
L'analyse comparative : avantages et limites 31
ou de la relative homogénéisation autour du niveau moyen de 1,6 enfant
et de la simultanéité dans le déclenchement du déclin de la fécondité en
Europe aux environs de l'année 1965 ?
La diversité est troublante, l'uniformité est embarrassante
En principe, l'uniformité est aussi intéressante à constater que la di-
versité, car elle permet de découvrir des invariants collectifs ou des
constances universelles qui représentent précisément un objectif majeur
des sciences, fussent-elles exactes. Cependant, il faut admettre que
l'uniformité est parfois embarrassante, parce que l'absence de variation
empêche la découverte de lois de causalité ou, en tout cas, de structures
d'interdépendances entre les phénomènes. Sans variation, pas de corré-
lation. Dans le cas de la baisse de fécondité européenne, c'est précisé-
ment cette absence de concomitance entre la transformation des com-
portements procréateurs des couples et les autres mutations sociétales
qui ont conduit certains auteurs à parler du "trou noir de la démogra-
phie européenne", pour désigner l'impossibilité apparente de trouver
une explication satisfaisante à cette évolution.
En réalité, ce qui est embarrassant, c'est de constater que des chan-
gements importants sont partout intervenus dans un domaine particu-
lier, sans qu'on puisse les rattacher à des changements visibles dans
d'autres secteurs de l'activité sociétale, et alors même que les contextes
nationaux globaux sont assez fortement différenciés et que des varia-
tions importantes sont observables au niveau des évolutions historiques
des sociétés, de leurs législation, de leurs structures sociales et écono-
miques, de leurs styles de vie et de leurs cultures. Devant un tel échec
de l'analyse causale classique, deux attitudes sont possibles : invoquer
une défaillance de la clause "ceteris paribus" et donc une présomption
fausse de clôture du système observé et chercher dans le grand bazar
des variables inobservées celle qui serait potentiellement responsable de
l'évolution constatée en matière de fécondité, en reconnaissant qu'une
variation importante peut toujours échapper au contrôle de l'observa-
teur ; ou considérer que les divergences constatées entre les contextes
nationaux ne sont elles-mêmes que des épiphénomènes ou des aspects
secondaires d'une évolution sociétale globale commune à tous les pays et
attribuer le changement de régime de fécondité à un courant de fond qui
a traversé toutes les sociétés sans laisser de traces très apparentes, ou
très immédiatement perceptibles mais qui n'en a pas moins provoqué
des changements profonds, entre autre dans les mentalités et les modè-
les culturels.
Sans prétendre trancher entre ces deux interprétations qui recou-
vrent un débat déjà ancien entre causalistes et systémistes, il reste que
de tels exemples permettent de saisir tout la complexité de l'analyse
comparative et la diversité d'applications auxquelles elle peut donner
lieu.
32 M. LORIAUX
Critères pour une classification des recherches comparatives
Pour terminer ce rapide tour d'horizon de quelques avantages et li-
mites de l'analyse comparative, je soulèverai la question de son usage et
de son utilité dans le champ des sciences de la population, en esquissant
des pistes de réflexions pour une meilleure exploitation de ses ressour-
ces, mais non sans avoir rappelé au préalable un certain nombre de cri-
tères susceptibles de permettre une classification des recherches compa-
ratives. Plusieurs auteurs (Scheuch, Smelster, Wiatr, Kohn) ont proposé
de tels schémas typologiques auxquels je me référerai directement.
Un premier critère très général concerne les finalités de la recherche
comparative : sont-elles descriptives ou théoriques ? Une recherche des-
criptive visera seulement à estimer les différences ou les similarités en-
tre les unités observées, sans visée explicative, tandis qu'une recherche
théorique s'efforcera de formuler, de vérifier ou de falsifier des hypothè-
ses dérivées d'une théorie générale en construisant des plans de collecte
de données et d'analyse empirique appropriés. Mais bien entendu, une
telle distinction reste toujours quelque peu formelle dans la mesure où
une étude descriptive peut fournir un matériel intéressant pour des dé-
veloppements théoriques et qu'une recherche théorique comporte géné-
ralement la production d'une information descriptive de première main.
Un deuxième et un troisième critères concernent la nature et le
nombre des unités comparées : s'agit-il d'unités individuelles ou d'unités
collectives ? Ces dernières correspondent-elles à des segments sociaux
de dimension restreinte (petits groupes, institutions, catégories, etc.) ou
à des sociétés globales, voire à des cultures ? Sur combien d'unités por-
tent les comparaisons : une seule appréhendée à des temps différents ou
plusieurs unités géographiquement distinctes ?
En pratique, on parle rarement d'analyse comparative pour désigner
des études micro-individuelles et les unités collectives retenues sont
presque toujours des état-nations ou, à la rigueur, des régions à l'inté-
rieur des pays. Certains auteurs réservent toutefois l'expression d'ana-
lyse comparative ou d'analyse sociétale aux études mettant l'accent sur
les sociétés globales, les nations, les grandes régions géographiques, etc.
et utilisent plutôt celle d'analyse différentielle pour désigner les recher-
ches se focalisant davantage sur l'analyse d'unités plus petites au sein
de sociétés globales (sous-groupes, sous-communautés, sous-popula-
tions, etc.). Stein Rokkan, pour sa part, évoque une typologie quelque
peu différente en distinguant des recherches trans-culturelles, trans -
sociétales et trans-nationaleslo selon que les comparaisons se font à l'in-
térieur d'une culture, d'une société ou d'une nation.
Bien entendu, en recourant à des unités de plus en plus vastes, l'hé-
térogénéité entre elles augmente sans cesse de sorte que l'analyse com-
10. S. ROKKAN, Recherche trans-culturelle, trans-sociétale et trans-nationale,
Tendances principales de la recherche dans les sciences sociales et humaines, Paris,
Mouton/Unesco, 19, pp. 765-821.
L'analyse comparative : avantages et limites 33
parative devient plus hasardeuse, parce qu'il est davantage malaisé de
contrôler toutes les sources de variabilité possibles. C'est d'ailleurs une
loi assez universelle que plus une organisation ou une société sont com-
plexes et évoluées, plus les interdépendances entre les différents élé-
ments constitutifs sont nombreuses et plus il devient difficile d'isoler
quelques variables du réseau structurel de relations dans lequel elles
sont insérées. De surcroît, lorsque la distance sociale entre deux ensem-
bles d'unités est grande, le risque est plus élevé qu'ils obéissent à des
modèles d'organisation structurelle eux-mêmes différents et que toute
tentative de mesure par des méthodes statistiques des relations entre
les variables cruciales dans les deux groupes d'unités confondues abou-
tisse à des biais systématiques d'estimation de tous les paramètres.
On rencontre donc un dualisme d'attitude scientifique entre les cher-
cheurs qui considèrent que les comparaisons, pour être valides, doivent
porter sur des ensembles proches, sous peine d'être incapables de main-
tenir l'hypothèse de clôture du système, et ceux qui, à l'instar de Stein
Rokkan militent pour l'internationalisation dans tous les azimuts des
recherches et affirment que "plus la variété des cultures, des sociétés,
des systèmes politiques sera grande, plus les méthodologues auront de
difficultés et plus la théorie aura des chances de s'enrichir. Une position
de compromis est d'opter, comme Melvin Kohnll, pour un nombre limité
de pays qui assure au départ une information plus abondante et de
meilleure qualité et d'enrichir progressivement le plan d'observation de
façon à avoir l'opportunité de tester des hypothèses plus générales.
Un quatrième critère se rapporte à la façon d'aborder la nation,
quand elle est retenue comme unité d'observation en l'occurrence soit
comme objet d'étude, comme contexte d'intérêt, comme unité d'analyse
ou comme caractéristique transnationale. Bien qu'il s'agisse parfois de
simples nuances, on dira que la nation est objet d'étude quand l'intérêt
du chercheur est focalisé principalement sur les pays sélectionnés en
tant que tels, qu'elle est plutôt perçue comme contexte quand l'intérêt
principal est d'abord de tester l'influence de l'environnement sociétal sur
certains phénomènes ou sur certaines structures internes, qu'elle est
traitée comme unité d'analyse quand le chercheur se contente d'établir
des relations entre plusieurs caractéristiques des nations, sans accorder
d'importance particulière à leur spécificité et enfin qu'elle apparaît
comme une caractéristique transnationale quand elle est traitée comme
une composante d'un système international plus vaste. Toutes ces ap-
proches peuvent être utiles pour le progrès de la connaissance en
sciences sociales, avec peut-être une légère préférence pour la perspecti-
ve contextuelle, plus riche en problèmes substantifs de toutes natures.
Enfin, un cinquième critère concerne la stratégie de recherche selon
qu'elle est orientée vers la mise en évidences de similarités ou au
contraire de différences. L'une et l'autre peuvent être également riches
11. M.L. KOHN, Cross-national research as an analytic strategy, A.S.R. , vol 52, déc.
1987, n° 6, p. 726.
34 M. LORIAUX
d'enseignement et élargir le champ de la connaissance. La meilleure
démarche pour expliquer les similarités transnationales est de recher-
cher d'autres similarités structurelles qui ont pu produire les résultats
observés plutôt que de se focaliser sur des évolutions historiques spéci-
fiques à chaque contexte national ou des circonstances particulières,
l'idée sous-jacente étant que des similarités peuvent avoir été produites
par des processus historiques très différents, tout en ayant des consé-
quences sociales ou culturelles identiques.
En revanche, s'il s'agit de mettre l'accent sur les différences, l'intérêt
sera davantage de les mettre en correspondance avec les particularités
historiques, culturelles et politiques ou avec les événements économi-
ques propres à chaque pays. Ainsi, on peut considérer que la révolution
industrielle qui a gagné tous les pays européens a eu partout des consé-
quences équivalentes — mais non strictement identiques — en terme de
transformations des structures sociales, économiques ou politiques fon-
damentales, mais qu'elle a pu suivre localement des cheminements spé-
cifiques et répondre différemment à des conditions particulières.
Croisement entre l'usage du contexte et l'objectif de la comparaison
L'objectif de la Le contexte est traîté
comparaison est de
comme une entité comme un ensemble de variable
révéler des similarités identification d'universaux démonstration de la généralité
d'une proposition
trouver des différences spécification de la propriété spécification des coordonnées
unique d'une société donnée spatio-temporelles d'un phéno-
mène
Source : adapté d'après E.K. SCHEUCH, The development of comparative research : towards
causal explanation, in E. OGEN (éd.), Comparative methodology, , Sage Studies in International so-
ciology, London, 1990, p. 31.
La démographie : une discipline comparative par excellence ?
Si l'on regarde du côté des travaux démographiques, on ne peut
manquer d'être frappé par l'abondance des recherches comparatives.
Des auteurs comme Brazzel et Gillespie n'hésitent d'ailleurs pas à af-
firmer qu'elle est par sa nature et par objet essentiellement une disci-
pline comparative, et que "sa rigueur conceptuelle et sa sophistication
méthodologique font de cette discipline un des champs les plus produc-
L'analyse comparative : avantages et limites 35
tifs de recherche sociologique comparative" 12
De fait, il est bien rare qu'une structure par âge, un taux de croissan-
ce, une espérance de vie, un indice de fécondité établis dans une popula-
tion donnée ne soient pas immédiatement comparés aux mêmes mesu-
res enregistrées dans la population dix ans plus tôt. C'est d'autant plus
nécessaire qu'il y a rarement des points de repère absolus en démogra-
phie et qu'une structure n'est jamais en soi bonne ou mauvaise, pas plus
qu'un mouvement n'est trop rapide ou trop lent sans autres informa-
tions ou éléments de comparaison.
Si on considère par exemple un outil d'analyse aussi largement utili-
sé que les tables-types de mortalité, qu'est-ce d'autre qu'un effort re-
marquable pour réaliser une comparaison systématique des structures
de mortalité observées dans des populations fortement contrastées afin
de dégager, souvent par des manipulations statistiques assez complexes,
une typologie des principaux schémas de mortalité en vigueur dans le
monde, dans des régions et à des époques différentes, afin de pouvoir les
utiliser chaque fois que les données nécessaires font défaut pour estimer
empiriquement le niveau de mortalité ? Et d'autres illustrations du
genre pourraient également être données.
Pourtant, la démographie comparative souffre d'un certain nombre
de faiblesses qui rendent le portrait moins attrayant. La plus grave
concerne sans doute son manque généralisé d'orientation théorique
lorsqu'il s'agit de décider quelle comparaison effectuer. Ce qui guide
prioritairement le chercheur, c'est généralement la disponibilité de don-
nées comparables et pas de contextes comparables. Les pays qui peuvent
être comparés sont seulement ceux qui disposent de données suffi-
samment semblables ou de qualité proche. Dans la plupart des cas, le
démographe n'élabore pas un plan de recherche, en fonction d'un en-
semble d'hypothèses à vérifier, pour ensuite choisir des populations sur
base de considérations théoriques et éventuellement collecter les don-
nées nécessaires. Il se contente le plus souvent de formuler vaguement
sa problématique, de rechercher les données existantes et de sélection-
ner les nations observées sur cette seule condition.
De surcroît, comme la démographie a été longtemps dominée presque
exclusivement par des préoccupations descriptives, elle s'est surtout dé-
veloppée du côté de la mesure du niveau des phénomènes, avec une mi-
nutie et une précision qui tournent parfois à l'obsession, en négligeant
beaucoup plus d'appréhender les relations entre phénomènes ou de
comprendre le pourquoi des évolutions.
Trop descriptive et trop solitaire
Aujourd'hui encore — et on le voit à travers le thème même de cette
12. J.F. BRAZZEL and M.K. GILLESPIE, Comparative demography, International
Journal of Comparative Sociology, , vol. XXII, n° 3-4, sept-dec. 1981, pp. 141-163.
36 M. LORIAUX
Chaire Quetelet — l'objectif est d'avantage d'uniformiser et de standar-
diser les données démographiques que de les resituer dans un cadre
conceptuel cohérent qui briserait l'isolement farouche et fier dans lequel
la démographie s'est trop longtemps complue, en se laissant déborder
sur ses flans extérieurs par des disciplines voisines qui sont devenues
ses concurrentes et qui revendiquent une part de son objet pour avoir su
développer des théories explicatives s'y rapportant : qu'on pense seule-
ment aux théories économiques de la fécondité, à l'approche sociologique
de la transition, aux modèles de diffusion de la morbidité de l'épidémio-
logie, etc.
En fait, la démographie qui a longtemps profité de l'intimité de son
cadre de référence, s'est trouvée subitement à l'étroit à l'intérieur et a
dû en repousser brutalement les frontières, particulièrement quand les
peuples pauvres ont sonné le glas de l'isolationnisme des phénomènes
de population à la conférence mondiale de la population de Bucarest en
1974. La semonce fut salutaire et nombreux furent les démographes qui
comprirent à partir de ce jour que le système démographique n'était pas
fermé, mais qu'il se trouvait au coeur d'un réseau serré d'interdépen-
dances et d'influences en tout genre. Cependant des efforts importants
devront encore être consentis pour atteindre une plus grande opération-
nalité dans ce domaine.
Sans prétendre en aucune manière qu'il faut réduire les initiatives
en faveur de l'obtention d'une plus grande uniformisation des concepts
de base de la démographie et d'une comparabilité accrue des statistiques
internationales de population, force est de reconnaître que les dé-
marches ne produiront pas tous leurs fruits si elles ne sont pas épaulées
par des stratégies plus audacieuses et plus imaginatives en matière de
recherche comparative.
Des défaillances comme celles qui ont empêché les plus grands noms
de la démographie mondiale de prévoir — et même d'expliquer a poste-
riori — des changements fondamentaux de tendance de la fécondité
comme le Baby Boom d'après guerre dans les pays occidentaux ou le dé-
clin des années 65, ou encore dans les pays en développement, l'explo-
sion démographique et l'importance de l'élan démographique devront
vraisemblablement faire office de signaux d'alarme.
Sans doute s'est-il trouvé depuis longtemps des auteurs pour explorer
des pistes nouvelles, en dehors des chemins battus, comme Jean
Bourgois-Pichat lorsqu'il produisit son essai sur la mortalité biologique
de l'homme en s'inspirant d'une certaine forme d'analyse comparative.
En revanche, est-il normal qu'après autant de calculs de corrélation et
de régression effectués sur des données transnationales, la question de
la relation entre la croissance démographique et la croissance économi-
que fasse encore l'objet de tellement de contreverses et apparaisse enco-
re si indéterminée ? Ne faudrait-il pas y voir l'indice d'un problème mal
posé ?
Il est parfois affligeant de constater que de nombreuses recherches
visant à expliquer les différentiels de fécondité ou de mortalité entre des
L'analyse comparative : avantages et limites 37
classes sociales, des nations ou des cultures, se contentent de mettre ces
variables en correspondance dans un modèle de causalité à structure
simple avec quelques indicateurs classiques, comme l'éducation, le reve-
nu et le niveau d'urbanisation, sans même prendre la peine d'essayer
d'identifier les canaux d'influence ou d'introduire des variables intermé-
diaires susceptibles d'améliorer la compréhension des mécanismes de
dépendance à l'ceuvre.
Le gigantisme méthodologique ne paie pas toujours
Les efforts n'ont pourtant pas toujours manqué au plan international
pour produire des études comparatives de grande envergure, dont un
des plus remarquables exemples a sans doute été l'enquête mondiale de
fécondité entreprise dans les années 70 pour évaluer "l'état de la fécon-
dité humaine dans le monde" en réalisant dans le plus grand nombre
possible de pays des enquêtes scientifiques par sondage devant fournir
"des données représentatives au niveau national et comparables au ni-
veau international".
Si les buts des organisations ont été partiellement atteints, il n'en
reste pas moins vrai que les études comparatives ont été légères, eu
égard aux investissements énormes mis en oeuvre pour réaliser ces en-
quêtes, et qu'elles se réduisent souvent à une juxtaposition de séries
statistiques par pays, sans grand effort de synthèse, ni volonté de
mettre systématiquement en évidence les similarités et les divergences.
Les promoteurs avaient pourtant consacré énormément de soins à stan-
dardiser au maximum les questionnaires et les procédures de sondage et
d'enquête, mais en croyant sans doute un peu trop rapidement que cela
suffisait à neutraliser les effets parasites liés à la diversité culturelle et
ethnique des populations et à la différenciation des contextes nationaux.
Parfois, il arrive que beaucoup moins d'investissements matériels et
un peu plus de pensée sauvage suffisent à produire des résultats plus
inattendus ou contre-intuitifs. Je n'en veux pour exemple que la récente
réhabilitation de l'ouvrage peu connu d'Emmanuel Todd, "La chute fina-
qui constituait un essai sur la décomposition de la sphère soviéti-le" 13
que et qui pronostiquait dès 1976 la désagrégation du bloc communiste,
non pas à partir de subtiles théories économiques ou politico-stratégi-
ques, mais à partir d'une observation simple sur un indicateur courant,
la mortalité infantile, qui avait eu tendance à augmenter anormalement
dans les pays de l'Est durant la décennie 70 alors que partout en
Occident, et même dans le Tiers Monde, la mortalité était en recul : la
prévision était audacieuse, mais nullement insensée, parce qu'elle repo-
sait sur une conception du fonctionnement global d'une société qui ne
pouvait pas, en toute logique, enregistrer une telle contre-performance
La chute finale. Essai sur la décomposition de la sphère soviétique, 13. E. TODD,
Paris, Robert Laffont, 1976.
M. LORIAUX 38
d'un de ses paramètres importants sans que d'autres grandeurs crucia-
les aient nécessairement évolués de façon défavorables et qu'on puisse y
détecter l'amorce d'un processus de déstabilisation et de déstructuration
de l'ensemble du système.
L'imagination au pouvoir
Un autre exemple, également intéressant, concerne la réinterpréta-
tion de la théorie de la transition démographique par Jean-Claude
Chesnais concernant les pays en développement et particulièrement
l'Afrique 14 . Cet auteur conteste la conception très répandue, notamment
dans les agences internationales, selon laquelle le taux élevé de crois-
sance des pays africains serait un obstacle à leur développement et ar-
gumente que l'importance de l'élan démographique y serait plutôt l'indi-
ce d'un processus de transition largement entamé, ne faisant lui-même
que refléter une tendance à la modernisation sociale et économique et
donc la preuve que des mutations importantes sont en cours au niveau
des pratiques culturelles et des valeurs collectives. Il rappelle, à juste
titre, que la variable décisive de toute transition est la mortalité, dont le
recul est incontestable, et qui s'accompagne partout de mutations rapi-
des dans d'autres domaines, comme l'urbanisation, l'industrialisation,
l'alphabétisation, la scolarisation, etc. Ce faisant, il n'hésite pas, malgré
les habituelles exhortations à la prudence de spécialistes de la transi-
tion plus timorés, à établir des parallèles directs entre la transition eu-
ropéenne au siècle passé et la transition africaine actuelle et à soutenir
des positions paradoxales en affrimant que "l'existence d'une basse mor-
talité — ou, si l'on préfère — d'une forte croissance démographique —
est incompatible avec le maintien d'une grande misère économique", et
que la thèse selon laquelle la baisse de la mortalité serait un phénomène
exogène, d'importation étrangère, ne résiste pas à l'examen des faits.
Mais à nouveau, ce qui me paraît le plus important, c'est que la con-
ception de Chesnais est d'abord globale et systémique et qu'il insiste sur
la nécessité d'aller au-delà de considérations purement mécaniques et
statiques, parce que la logique historique est celle du changement et de
l'adaptation : "la contradiction entre les dogmes économiques et la réali-
té historique est flagrante. Le pessimisme entretenu autour des implica-
tions de la croissance rapide de la population dans les pays pauvres a
été excessif. La polarisation sur les aspects les plus visibles du problème
(la misère, les famines, la lenteur du déclin de la fécondité, etc.) a con-
duit à privilégier certaines conceptions arithmétiques statiques, forte-
ment déterministes, au détriment d'une réflexion approfondie sur les in-
teractions dynamiques possibles en longue période, dans des sociétés
14. J.-C. CHESNAIS, La croissance démographique, frein... ou moteur du dévelop-
pement ?, in S. BRUNEL (éd.), Tiers Monde. Controverses et réalités, Paris, Economica,
1987, pp. 119-142.
L'analyse comparative : avantages et limites 39
peu avancées, mais dont aucune n'échappe au choc de l'occidentalisa-
tion" 15 .
Voilà des vérités que l'on aimerait entendre plus souvent répéter et
qui demontrent que le démographe peut aussi se hisser au niveau de ses
compétiteurs des autres disciplines et retrouver le chemin difficile mais
enrichissant, de l'explication, de la vision historique à long terme, et de
la compréhension globale de la dynamique de société, dont il ne devrait
plus oublier que la dynamique des populations n'est jamais qu'une par-
tie d'un tout qui la transcende.
Certes des recherches descriptives sont encore nécessaires. Certes,
les efforts de standardisation des concepts et des outils de collecte doi-
vent être poursuivis. Certes, des études micro-individuelles des compor-
tements démographiques des personnes et des couples, qui ont mis si
longtemps à s'imposer, parce que la démographie a paradoxalement pri-
vilégié pendant longtemps de façon quasi exclusive l'analyse des popula-
tions appréhendées à travers des unités collectives, comme les généra-
tions, les groupes d'âge, les catégories matrimoniales, etc. alors que les
propensions démographiques relevaient par définition de décisions lar-
gement individuelles, doivent être amplifiées et reproduites pour mieux
assurer leurs résultats. Mais surtout, ces études de niveau micro doi-
vent être soutenues et complétées par des approches macro-sociétales et
des études comparatives transnationales et trans-culturelles. La signifi-
cation cachée latente des variables démographiques doit être examinée
avec d'autant plus de soin que leur signification immédiate semble sou-
vent très naturelle, sinon triviale. Une attention constante doit être por-
tée aux contextes collectifs et aux influences qu'ils peuvent exercer, au-
tant pour homogénéiser des états démographiques auparavant éloignés
que pour diversifier des stituations nationales ou régionales en fonction
des cheminements historiques passés et des spécificités locales.
La liberté du chercheur, garantie de la qualité scientifique
Mais pour terminer, j'insisterai sur le fait que la recherche compara-
tive, comme d'ailleurs n'importe quelle autre recherche, doit être libre et
indépendante des bailleurs de fonds et des agences internationales de fi-
nancement, si on souhaite qu'elle émerge finalement de ses contradic-
tions et de ses confusions. Il est essentiel que les chercheurs ne se cou-
pent pas des problèmes de l'action et de la décision politique, à condition
que cette proximité ne se mue pas en dépendance et en perte d'autono-
mie.
Les acteurs internationaux ont non seulement des intérêts particu-
liers, mais souvent des hypothèses ou des paradigmes scientifiques à va-
lider pour justifier les décisions politiques antérieures. Leur stratégie
conditionne souvent celle des chercheurs, d'autant plus fragilisés que les
15. Ibid, p. 136.
40 M LORIAUX
moyens requis par de nombreuses recherches démographiques sont
énormes et qu'ils ne peuvent être obtenus dans le cadre des institutions
universitaires.
Les mots d'ordres succèdent aux slogans et après l'intégration de la
population au développement, c'est l'environnement qu'il faut mainte-
nant à tout prix faire entrer dans les modèles, fut-ce au prix d'une
grande pauvreté théorique ou de problèmes gigantesques de disponibili-
tés de donnés fiables. La politique des besoins essentiels a cédé le pas à
celle du traitement social des ajustements structurels qui vient juste de
se faire ravir la vedette par les nouvelles préoccupations en matière de
développement humain
A travers un rapide examen de la littérature démographique actuel-
le, on peut constater que beaucoup de travaux n'ont d'autres finalité que
d'aider les agences à formuler des plans d'actions ou à estimer l'efficaci-
té de programmes de terrains divers (planification, éducation, etc.). Bien
qu'il n'y ait là en théorie aucune contre indication majeure, il est évident
que de telles contraintes ne contribuent pas toujours à favoriser l'objec-
tivité et la rigueur, mais surtout qu'elles brident l'imagination et la li-
berté créatrice. Une étude dominée par des implications politiques di-
rectes et téléguidée par une agence externe se prête mal à la réorienta-
tion de ses méthodes ou à la révision de ses résultats.
Or, comme l'écrit Kohn, "la substance de la connaissance scientifique
provient du processus de spéculation, d'essai, de nouvelle spéculation et
de nouvel essai — un processus continu d'utilisation des données pour
tester des idées, de développement de nouvelles idées et de la réalisation
de nouvelles études pour tester ces idées" 16 .
Il n'y a aucune raison que la liberté soit seulement un mot d'ordre
pour les entrepreneurs de l'économie de marché. Les chercheurs y ont
droit aussi. Et, à ce prix, il n'y a guère de doute que la recherche compa-
rative, intelligemment conçue, correctement conduite et librement con-
sentie se révèle un instrument puissant de développement et de vérifica-
tion de la connaissance démographique, comme de la théorie sociologi-
que.
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Comparabilité et synthèse
des données européennes :
l'expérience d'Eurostat*
Bernard LANGEVIN et François BEGEOT
Eurostat, Luxembourg
Tous les pays membres de la Communauté ont développé des sys-
tèmes spécifiques d'information quantitative de haut niveau. C'est d'ail-
leurs souvent au travers de l'organisation régulière des recensements
de la population que se sont développés, au cours du XIXe siècle, les ac-
tuels Services Statistiques Nationaux (Services Statistiques Natio-
naux). Cependant, l'origine plurinationale des informations collectées
par les Services Statistiques Nationaux pose de difficiles problèmes
d'harmonisation et de comparabilité. La comparabilité est généralement
entravée par l'utilisation de méthodes de mesure propres à chaque
pays. Les nomenclatures utilisées sont partiellement (parfois totale-
ment) différentes. Même les langues découpent la réalité à leur façon et
les simples traductions de mots sont bien souvent insuffisantes pour
qu'elles désignent les mêmes concepts. En matière statistique, et plus
particulièrement démographique, les 12 pays membres de la Commu-
nauté européenne ont des pratiques longues et riches mais qui forment
autant de traditions spécifiques et différenciées.
1. La mission d'Eurostat
C'est en 1957, avec le traité de Rome, qu'est créé "l'Office Statistique
de la Communauté européenne" dont l'acronyme est "Eurostat". Il est la
direction générale de la Commission des Communautés européennes
Ce texte décrit l'organisation, les missions et l'expérience d'Eurostat en septem-
bre 1991. Depuis lors, des changements ont pu intervenir notamment avec la mise en
application du Traité de Maastricht, entré en vigueur le ler novembre 1993. B. LANGEVIN et F. BEGEOT 44
chargée de la collecte et de la production des statistiques nécessaires à
l'éclairage des politiques et des mesures visant à la réalisation des buts
fixés par le Traité de Rome révisé, en 1987, sous le nom de "L'Acte
Unique".
La vocation d'Eurostat est généraliste et son action couvre tous les
domaines de l'information statistique.
Sa mission poursuit quatre objectifs principaux :
1. être au service des institutions européennes et en particulier de la
Commission, en fournissant des données statistiques officielles et les
plus comparables possibles;
2. informer le public européen (entreprises, acteurs sociaux et écono-
miques, scientifiques, citoyens) par le biais de publications ou de
bases de données informatiques;
3. créer un Système Statistique européen, système de normes, de mé-
thodes et de structures organisationnelles permettant de produire
des statistiques comparables, adéquates et viables pour et sur la
Communauté ;
4. oeuvrer au développement des systèmes statistiques dans les pays en
voie de développement et dans les pays en transition vers des écono-
mies de marché.
Permettre aux acteurs européens de communiquer sans malentendu
est donc une tâche fondatrice pour Eurostat, grâce à des méthodes et
des terminologies appropriées. C'est notamment le cas des nomencla-
tures dont un des meilleurs exemples est fourni par la Nomenclature
des Activités dans la Communauté Européenne (NACE), sur laquelle
nous reviendrons.
2. Une méthode originale
Orientés par la demande politique des "Directions générales" de la
Commission des C.E., les travaux d'Eurostat se sont développés au tra-
vers d'une méthode de travail originale, en concertation et collaboration
entre les divers producteurs institutionnels nationaux de statistiques.
2.1 Répondre à une demande diversifiée et croissante
Les travaux d'Eurostat s'axent principalement sur les demandes de
la Commission des C.E. et, plus généralement, des différentes institu-
tions européennes. Dans le domaine social, ces demandes se fondent no-
tamment sur l'article 3 de l'Acte Unique (Libre circulation des person-
nes et création d'un Fonds social européen), l'article 7 (interdiction de
toute discrimination exercée en raison de la nationalité), les articles 48
à 52 (Liberté de circulation et d'établissement des travailleurs) et l'arti-
cle 118 (Promotion d'une collaboration entre états membres en ce qui
concerne l'emploi, le droit du travail, les conditions de travail, la forma-
45 Comparabilité et synthèse des données européennes...
tion et le perfectionnement professionnel, la sécurité sociale, les acci-
dents et maladies professionnelles, l'hygiène du travail, la santé et la
sécurité des travailleurs, le droit syndical et les migrations collectives).
Avec l'échéance du grand marché intérieur du 1er janvier 1993 et les
bouleversements mondiaux — à l'Est comme au Sud — la Communauté
européenne se retrouve actuellement dans une position éminente. La
demande de données chiffrées s'en trouve fortement accrue afin d'étayer
les politiques européennes actuelles ou envisagées.
En matière démographique, la baisse de la fécondité et l'allongement
de la durée de vie entraînent un vieillissement de la population avec ses
effets sur le marché du travail, sur l'avenir de la protection sociale et
sur la situation des personnes âgées. Un besoin de suivi des évaluations
de la fécondité et de la mortalité ainsi que de projections démogra-
phiques cohérentes au niveau européen est donc en train d'émerger.
Des discussions ont vu le jour pour la première fois au niveau européen
en ce qui concerne les politiques familiales.
Cependant, le domaine où l'émergence de la demande a été la plus
rapide et la plus politique est celui des migrations et de son corollaire,
l'intégration des migrants. Le triple différentiel — démographique, éco-
nomique, démocratique — risque de s'amplifier d'ici au début du siècle
prochain. Or, ce triple différentiel ne s'applique plus seulement "au
Sud" mais également "à l'Est". Les accords de Schengen, le groupe de
Trevi, le groupe ad-hoc "Immigration" sont des reflets des intenses dis-
cussions inter-gouvernementales qui ont lieu actuellement. La demande
statistique en est d'autant plus vive que la qualité des données dans ce
domaine est particulièrement problématique et que l'absence de don-
nées fiables prête à tous les phantasmes possibles dans un domaine ex-
trêmement sensible.
2.2 Allier concertation et subsidiarité
Le principe de base de la Communauté européenne est celui de la
subsidiarité. Il consiste à agir au niveau le plus bas possible et à ne re-
monter au niveau européen que lorsque l'action n'est pas possible au
niveau national ou dans des conditions nettement moins bonnes ou
moins économiques.
Ceci signifie que la mission d'Eurostat n'est pas de remplacer les
systèmes statistiques nationaux dans leur diversité et leur richesse
mais d'apporter les éléments subsidiaires qui permettront de relier or-
ganiquement ces Services Statistiques Nationaux pour en faire un corps
statistique cohérent.
Concrètement, comment ces principes ont-ils été mis en oeuvre ?
Les chevilles ouvrières de la concertation statistique consistent dans
les quelques 80 groupes de travail statistiques (G.T.S.) qui ont été mis
en place dans les différents domaines de la statistique. Composés d'un
ou plusieurs représentants de chaque état membre, ils se réunissent
46 B. LANGEVIN et F. BEGEOT
Graphique 1 : Processus de l'élaboration statistique à Eurostat
DEMANDES DES SERVICES DE LA COMMISSION
Recommandations
FMI, ONU, OCDE, etc.
Analyse du problème
par Eurostat
— Rapports des experts
Conférence des directeurs
Propositions d'Eurostat des instituts nationaux
de statistique
Groupes de travail
Règlements
Directives
Décisions communautaires
--1110n Recommandations
AI. Autres
Collecte INS
V
Vérification/Traitement Publication/Analyses
Eurostat Eurostat
Comparabilité et synthèse des données européennes... 47
sous la présidence et le secrétariat d'Eurostat, sur convocation de ce
dernier. La procédure de consultation d'un groupe de travail est infor-
melle, et d'ordre technique. Son but est d'aboutir à un consensus sur les
données à fournir, en harmonisant les concepts et les méthodes. En
fonction des demandes au niveau communautaire et dans le cas où les
éléments de réponses n'existent pas dans les Services Statistiques
Nationaux ou ne sont pas suffisamment comparables, Eurostat fait des
propositions "subsidiaires" sous forme de documents de travail qui sont
discutés par le G.T. concerné. Après discussions et amendements, l'ac-
cord débouche sur la mise en oeuvre par chacun des S.S.N. des décisions
prises en commun. Ces décisions peuvent aller d'un simple rassemble-
ment et transmission de données à la mise en oeuvre d'une nouvelle en-
quête statistique (telle l'enquête sur les forces de travail) ou d'une nou-
velle nomenclature communautaire (telle la NACE). Dans ces derniers
cas, ces décisions sont lourdes de conséquences juridiques et financières
et l'harmonisation volontaire et consensuelle ne suffit plus. Une harmo-
nisation beaucoup plus stricte est nécessaire et la Commission et Euro-
stat ont alors recours à des instruments juridiques, en utilisant des Di-
rectives et des Règlements.
Le graphique 1 décrit schématiquement ce processus.
Afin de mieux coordonner ces différentes initiatives, une politique
communautaire de l'information statistique a été adoptée par la Com-
mission des C.E. en avril 1988. Son instrument d'exécution en est un
"programme statistique" quadriennal proposé par Eurostat, discuté de
manière approfondie avec les Services Statistiques Nationaux et adopté
à la réunion des Directeurs Généraux des Instituts Nationaux de la
Statistique (DGINS). Le programme 1989-1992 a notamment fixé
comme l'un de ses grands objectifs "de contribuer au développement
d'un langage statistique commun favorisant les progrès des sciences
statistiques, afin d'améliorer la connaissance des réalités démogra-
phiques, économiques et sociales dans l'ensemble des Etats membres" et
de favoriser "des progrès à court terme pour améliorer l'information sta-
tistique dans le domaine de l'espace social européen pouvant faciliter
les programmes destinés à améliorer les conditions de vie et de travail
des citoyens".
Ce programme fait l'objet d'un suivi permanent par Eurostat et par
les Services Statistiques Nationaux au travers des réunions bi-an-
nuelles des DGINS dans le cadre du Comité du Programme Statistique
et de missions de programmations spécifiques dans chacun des états
membres tous les deux ans.
2.3 Eurostat et les statistiques démographiques
Au sein d'Eurostat, la démographie est sous la responsabilité de
l'unité E3 "Synthèses sociales" qui appartient à la direction E "Statis-
tiques sociales et régionales".
Un groupe de travail "Statistiques démographiques" a été établi dès
48 B. LANGEVIN et F. BEGEOT
la création d'Eurostat. En 1991, le groupe de travail "Statistiques dé-
mographiques" a donné naissance à deux sous-groupes : l'un sur les mi-
grations et l'autre sur les projections démographiques.
C'est à l'intérieur de ces groupes de travail que s'organise la collecte
de l'information démographique communautaire qui servira de matière
première à Eurostat.
Les données démographiques servant à la confection de l'annuaire
"Statistiques démographiques " sont discutées dans ce groupe de tra-
vail. Elles font l'objet d'un questionnaire transmis chaque automne aux
Services Statistiques Nationaux. Une fois arrivées à Eurostat, ces don-
nées sont vérifiées et servent aux calculs des indicateurs communau-
taires.
Elles forment l'ossature de la publication "Statistiques Démographi-
ques". Cette publication présente annuellement la situation démogra-
phique de la Communauté européenne et de ses 12 Etats membres.
En 1990, la présentation pays par pays a été abandonnée au profit
d'une présentation synoptique des 12 pays et de la Communauté euro-
péenne, indicateur par indicateur. Ainsi, la vision de la démographie
communautaire dans ses 12 composants nationaux s'en trouve facilitée.
La masse et la qualité des données collectées sont fonction du niveau
et de la qualité des données nationales. En matière de démographie, un
des problèmes majeurs est la rapidité avec laquelle l'information est
disponible. En effet, certains pays disposent des statistiques d'état civil
détaillées par âge (naissances, premiers mariages d'hommes et de
femmes célibataires, etc...) avec un décalage de 2 à 3 ans. La compila-
tion de ces statistiques au niveau communautaire s'en trouve ainsi af-
fectée. Eurostat doit alors estimer lui-même les chiffres manquants
pour établir une estimation pour l'ensemble de la Communauté.
3. Douze systèmes statistiques nationaux autonomes
Les statistiques démographiques sont collectées sur une base natio-
nale avec la méthodologie et les définitions propres à chaque pays, bien
qu'en démographie, certains concepts soient largement communs, le
sexe en étant à coup sûr la meilleure illustration.
3.1 Des définitions hétérogènes
En ce qui concerne l'enregistrement des faits d'état civil, tous les
Etats membres disposent d'un système de bonne qualité. Il existe pour-
tant des différences de pays à pays. Les données d'état civil sont généra-
lement exploitées selon la date de l'événement sauf pour l'Irlande où
elles le sont selon la date d'enregistrement.
Aux Pays-Bas, les naissances comprennent celles survenues à des ré-
sidents hors du pays s'ils sont inscrits sur un registre de population
néerlandais, mais ne comprennent ni les naissances, ni les décès des
49 Comparabilité et synthèse des données européennes...
personnes non rattachées à une population municipale.
En France, de nombreuses naissances seraient dues annuellement à
des personnes non résidentes, venues accoucher en France et dont l'en-
registrement serait abusif.
Ces exemples pourraient être multipliés. Cependant, leur impor-
tance numérique faible n'entache pas l'ordre de grandeur de la donnée.
De même, les définitions des événements d'état civil présentent des
acceptions nationales. Malgré les recommandations des Nations Unies,
aucun Etat membre n'a fait sienne les définitions des N.U. pour l'en-
semble des principaux événements démographiques. En outre, l'usage
de la définition ONU pour un même événement n'est jamais repris par
les 12 pays à la fois. Pour les morts foetales, seule la Grèce utilise la dé-
finition ONU. Dès lors, même si les définitions d'un même concept sont
très proches, les comparaisons stricto sensu sont entravées (Tableau 1).
Tableau 1 : L'utilisation des définitions ONU
pour les événements d'état civil pour les pays de la Communauté
Naissances Morts Mariages Divorces Pays Décès
vivantes foetales
Nationale Nationale Nationale Nationale Nationale
ONU Nationale Nationale Nationale Nationale ONU ONU Nationale Nationale
ONU Nationale ONU Nationale
(1) Nationale Nationale ONU ONU ONU Nationale ONU Nationale
ONU ONU ONU Nationale ONU Nationale
Nationale Nationale Nationale Nationale Nationale
ONU ONU Nationale Nationale 2 Nationale 3
Nbre de pays
membres utilisant la 8 7 1 3 1
définition ONU
Sources : ONU, Manuel de statistiques de l'état civil, Volume II, Etudes des pratiques na-
tionales, 1985.
Annuaire Démographique 1989, (1991)
1 Le divorce n'est pas prévu dans la législation irlandaise.
Différences entre les 3 composantes Angleterre Galles, Ecosse, Irlande du Nord. 2
3 Il n'existe pas d'enregistrement sauf pour l'Ecosse.

n c tc
t, C
b n --( '11
til xi B. LANGEVIN et F. BEGEOT 50
3.2 Outils d'observation et respect de la vie privée
La production des statistiques démographiques est également fonc-
tion des moyens d'observation dont disposent les Services Statistiques
Nationaux.
Ces dernières années, la protection du respect de la vie privée est
devenue une des préoccupations de l'opinion publique européenne. Cela
a conduit, par exemple, à la remise en cause dans plusieurs pays des re-
censements classiques de la population (Pays-Bas, RFA) ou à leur orga-
nisation à partir de méthodes statistiques nouvelles (recensement par
registre au Danemark).
Tableau 2 : Comparaison des types de registre de population par états membres
Informatisé Registre Registre des Sans registre
et centralisé étrangers communall
Belgique Allemagne Allemagne 2 Grèce 3
(Registre National) (Melderegister) (Auslcinderzentral-
register)
Danemark Espagne France
(Central population (Padron)
register)
Luxembourg Italie Irlande
(Répertoire général (Anagrafe)
des personnes
physiques)
Pays-Bas Portugal
(Persoonregister)
Luxembourg Royaume-Uni 4
Nombre de pays
3 5 1 5
1 Partiellement informatisé en Allemagne, Luxembourg, Espagne, Italie et totalement in-
formatisé aux Pays-Bas.
2 Registre informatisé et centralisé
3 Il existe des fiches rassemblées au niveau communal uniquement pour les Grecs.
4 Registre pour la perception des taxes communales (CCR), registre pour les soins de
santé (NHSCR)
51 Comparabilité et synthèse des données européennes...
7 des 12 Etats membres sont dotés de registres de population. Ce-
pendant la création de tels registres dans les 5 autres états membres
n'est guère imaginable dans l'état actuel de leurs opinions publiques,
notamment en France, au Royaume-Uni et en Irlande où l'opinion pu-
blique est très sensibilisée aux dangers des fichiers.
Parmi les "pays à registre", la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas
disposent de registres centralisés et informatisés au niveau national
(Tableau 2). Au Luxembourg, les registres de population communaux
coexistent avec le Répertoire Général des Personnes Physiques qui est
un registre national et informatisé. Les communes sont tenues de com-
muniquer régulièrement les entrées et sorties pour assurer la mise à
jour continuelle du Répertoire Général. La RFA dispose comme
l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas de registres communaux avec la parti-
cularité de posséder un registre spécifique pour les étrangers (Auslân-
derzentralregister). Ce registre est centralisé et informatisé au niveau
fédéral.
L'avantage des registres réside, statistiquement, dans la mise à jour
continuelle des informations concernant chaque individu.
Ceci suppose évidemment que les changements de résidence soient
soigneusement et exhaustivement enregistrés. Or, si ceci est à peu près
le cas pour les arrivées, ce l'est moins pour les départs qui souffrent,
dans pratiquement tous les registres de population, d'un sous-enregis-
trement plus ou moins accentué. Ceci est surtout le cas pour les migra-
tions vers l'étranger. Ce problème a été clairement mis en évidence par
la comparaison des chiffres d'arrivées enregistrés dans un pays A à par-
tir d'un pays B avec ceux de départ du pays B vers le pays A (Cf. ma-
trice établie par John Kelly pour la Commission Economique pour
l'Europe et confirmée par les travaux de Michel Poulain pour Eurostat).
La qualité des statistiques est donc liée à la contrainte ou à l'intérêt
qu'un individu peut trouver à bien s'inscrire ou à se radier des registres.
C'est alors un cas où apparaît la contradiction entre les intérêts de la li-
berté personnelle et de la démocratie face aux intérêts statistiques. Il
est clair que si choix il doit y avoir, il ne peut aller que dans le sens du
respect de l'homme.
3.3 Tradition et méthodes nationales
Parmi les nombreux exemples qui pourraient être cités, celui de l'es-
timation de la population totale est très représentatif. En effet, pour un
indicateur aussi simple, 4 types de calcul différents sont utilisés et la
mise à jour s'effectue selon plusieurs dates de référence. (Tableau 3)
Traditionnellement, l'Irlande estime chaque année sa population à la
mi-avril, le Royaume-Uni au 30 juin et la Grèce au 1er juillet. Ces esti-
mations servent de population moyenne. Les autres pays effectuent leur
estimation principale au 1er janvier et calculent alors la population
moyenne comme une moyenne arithmétique de la population de 2 pre-
Tableau 3 : L'estimation annuelle de la population dans les états membres
Pays Date de l'estima- Base Méthode de calcul utilisée Réévaluation après Méthode pour le calcul de la
tion principale un recensement population moyenne
B 1er janvier 1981 Fichier de population NON Moyenne arithmétique de 2 premier
janvier successifs
DK 1er janvier Sans objet Sans objet Etat du registre au 1er juillet
1 31 décembre 1987 Méthodes des composantes OUI Moyenne arithmétique de l'estimation D
mensuelle des 12 mois de l'année
GR 1er juillet 1981 OUI Estimation au 1er juillet
E 1er janvier 1981 Projections à partir des OUI Moyenne arithmétique de 2 premier
résultats du "Padron" janvier successifs
F 1er janvier 1982 Méthodes des composantes OUI
IRL mi-avril 1986 Estimation globale à partir de OUI Estimation à mi-avril
l'évolution de 9 indicateurs
ler janvier 1981 OUI Moyenne arithmétique de 2 premier
janvier successifs
1981 L 1 31 décembre Méthodes des composantes OUI Population en fin d'année
NI, 1er janvier Sans objet Registre de population Sans objet Etat du registre au ler juillet
P 1981 Moyenne arithmétique OUI
UK 30 juin 1981 OUI Estimation au 30 juin
1 Pour le calcul du solde migratoire, ces trois pays utilisent comme source leurs registres de population.
Comparabilité et synthèse des données européennes... 53
mier janvier successifs (Tableau 3), à l'exception de la RFA qui réalise
une moyenne arithmétique de l'estimation de la population totale par
mois et du Danemark et des Pays-Bas qui prennent en compte l'état de
leur registre au 1er juillet. Le Luxembourg considère le chiffre de popu-
lation totale de fin d'année comme plus près de la vraie moyenne des 12
mois que la moyenne arithmétique des 31 décembre d'une année à l'au-
tre, en raison des mouvements migratoires intenses à court terme de la
main d'oeuvre étrangère.
La méthode d'estimation varie également en fonction des moyens
d'observation. La Belgique, le Danemark et les Pays-Bas se fondent sur
l'état de leur registre à une date donnée. L'Allemagne, le Luxembourg
et l'Italie obtiennent à partir de leurs registres le chiffre de la migration
nette externe qui, ajouté au solde naturel, donne l'accroissement de la
population. De plus, l'Italie réalise ses calculs au niveau communal et
c'est leur sommation qui fournit le chiffre national.
La Grèce, le Portugal, la France et le Royaume-Uni estiment le solde
migratoire, soit par la confrontation de diverses sources (Grèce,
Portugal, France), soit grâce à une enquête spécifique aux frontières
(International Passenger Survey au Royaume-Uni).
L'Irlande réalise une estimation globale de sa population à partir de
plusieurs indicateurs et calcule la migration nette par la différence avec
le solde du mouvement naturel.
Tableau 4 : Sources des données sur les migrations internationales
Fichier de Fiche d'entrée Enquête par Sources 1 indirectes
population central sortie sondage pour les non-
informatisé nationaux
Belgique Grèce RFA2 Royaume-Uni 3
Danemark Italie Irlande4 France
Luxembourg Pays-Bas Portugal
Espagne
1 Aucune source n'est disponible pour les nationaux.
2 Pour ce qui est des étrangers, il y a une source parallèle : lAusleinderzentralregister.
3 International Passenger Survey : enquête volontaire organisée aux frontières par
l'OPCS; chaque année sur les 100 000 sortants interrogés, environ 1 000 peuvent être
considérés comme émigrants et sur les 60 000 entrants, 2 500 environ peuvent être considérés
comme immigrants.
4 Une question spécifique est posée lors de l'enquête sur les forces de travail.
Enfin, l'Espagne extrapole, à partir des résultats de chaque Padron,
le chiffre annuel de sa population. C'est une projection à 5 ans sur base
d'hypothèses en matière de fécondité qui ont été largement démenties
dans la période 1981-1986 où la prise en compte de la baisse de la fécon-
dité avait été trop prudente. Les hypothèses de mortalité sont tirées
et F. BEGEOT 54 B. LANGEVIN
d'une table de mortalité centrée sur l'année du Padron et considérée
comme constante sur la période. Enfin, le solde migratoire extérieur est
considéré comme nul. Les estimations sont révisées tous les 5 ans, à
l'occasion du Padron suivant.
3.4 Le problème de la mesure des migrations
De tous les phénomènes démographiques, les déplacements humains
sont certainement parmi les plus difficiles à mesurer et par delà à com-
parer. C'est dans ce domaine que les définitions utilisées par les pays
sont les plus disparates. A titre d'exemple, la période minimale pour
qu'un "déplacement" soit considéré comme "migration" s'échelonne en-
Tableau 5a : Critères pour définir les flux migratoires des nationaux
Immigrant Emigrant Pays
B Citoyen belge retournant dans son pays après L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
une période de résidence à l'étranger
DK Citoyen danois retournant dans son pays pour L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
une durée de résidence d'au moins 3 mois après sans précision de durée (exception : absence de 6
une période de résidence à l'étranger mois et garde de logement)
Toute personne se rendant dans un pays étran- D Toute personne venant d'un pays étranger et oc-
cupant un logement en Allemagne que ce soit en ger en quittant le logement qu'elle occupait en
tant que propriétaire, locataire ou sous-locataire Allemagne
Ca Pas de définition en raison de l'absence de col- Pas de définition en raison de l'absence de col-
lecte lecte
E Citoyen espagnol retournant dans son pays L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
après une période de résidence à l'étranger
F Citoyen français retournant dans son pays après Pas de définition en raison de l'absence de col-
une période de résidence à l'étranger lecte
IRL Personne enquêtée à l'occasion de l'Enquête sur Personne mentionnée par ses proches à l'occa-
les Forces de Travail, ayant sa résidence en sion de l'Enquête sur les Forces de Travail, com-
Irlande alors que celle-ci se trouvait à l'étranger me ayant sa résidence en Irlande un an aupara-
un an auparavant vant et résidant à l'étranger au moment de l'en-
quête
Citoyen italien retournant dans son pays après L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
une période de résidence à l'étranger
L Citoyen luxembourgeois retournant dans son L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
pays après une période de résidence à l'étranger
NL Citoyen néerlandais retournant dans son pays L'intention de résider à l'étranger définitivement
après une période de résidence à l'étranger ou pour une durée supérieure à une année
P Pas de définition en raison de l'absence de col- Pas de définition en raison de l'absence de col-
lecte lecte
UK Personne enquêtée à la frontière et ayant l'in- Personne enquêtée à la frontière et ayant
tention de résider plus d'une année au Royaume- l'intention de résider plus d'une année à
Uni après avoir résidé plus d'une année à l'étranger après avoir résidé plus d'une année au
l'étranger Royaume-Uni
55 Comparabilité et synthèse des données européennes...
tre 3 mois et une année, parfois même sans précision. En outre, certains
pays font intervenir un critère subjectif comme l'intention de rester du-
rant telle ou telle autre période indépendamment de ce que ce soit réali-
sé ou pas.
Tableau 5b : Critères pour définir les flux migratoires des non -nationaux
Emigrant Pays Immigrant
B L'intention de résider plus de 3 mois et dispo- L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
sant d'un permis de séjour
DK L'intention de rester plus de 3 mois et disposant L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
d'un permis de séjour sans précision de durée (exception : absence de 6
mois et garde de logement)
D Toute personne venant d'un pays étranger et oc- Toute personne se rendant dans un pays étran-
cupant un logement en Allemagne que ce soit en ger en quittant le logement qu'elle occupait en
tant que propriétaire, locataire ou sous-locataire Allemagne
GR Pas de définition en raison de l'absence de collec- Pas de définition en raison de l'absence de collec-
te te
L'intention de résider plus de 3 mois et dispo - L'intention d'établir sa résidence à l'étranger E
sant d'un permis de séjour
F Basé sur les procédures administratives de diffé- Pas de définition en raison de l'absence de collec-
rents organismes (pas de définition) te
mL Personne enquêtée à l'occasion de l'Enquête sur Personne mentionnée par ses proches à l'occa -
les Forces de Travail, ayant sa résidence en sion de l'Enquête sur les Forces de Travail, com -
Irlande alors que celle-ci se trouvait à l'étranger me ayant sa résidence en Irlande un an aupara -
un an auparavant vent et résidant à l'étranger au moment de l'en-
quête
I L'intention de résider plus de 3 mois et dispo- L'intention d'établir sa résidence à l'étranger
sant d'un permis de séjour
L de 3 mois et dispo- L'intention d'établir sa résidence à l'étranger L'intention de résider plus
NL L'intention de rester plus de 6 mois (ne dispo - L'intention de résider à l'étranger définitivement
sant pas nécessairement d'un permis de séjour) ou pour une durée supérieure à une année
P Pas de définition en raison de l'absence de collec- Pas de définition en raison de l'absence de collec-
te te
UK Personne enquêtée à la frontière et ayant l'in- Personne enquêtée à la frontière et ayant l'in-
tention de résider plus d'une année au Royaume- tention de résider plus d'une année à l'étranger
Uni après avoir résidé plus d'une année à après avoir résidé plus d'une année au
l'étranger Royaume-Uni
Les tableaux 5a et 5b présentent la complexité de la situation ac-
tuelle.
La qualité des statistiques produites par les pays est, de plus, fort
différente. Celle-ci est en partie fonction du système administratif en vi-
gueur dans le pays et de son système de fonctionnement (tableau 5). Les
pays recourent d'ailleurs parfois à des sources multiples : Fichiers des
ministères du travail, de l'intérieur, de l'office spécialisé sur les migra-
B. LANGEVIN et F. BEGEOT 56
tions, de la santé ou de la sécurité sociale, etc.
4. Des avances concrètes
Les problèmes de comparabilité restent donc nombreux et Eurostat a
entrepris plusieurs démarches.
4.1 Une première collaboration
Une des premières initiatives d'Eurostat pour améliorer la situation
concernant les statistiques démographiques de l'état civil détaillées par
âge a été menée en collaboration avec l'Institut National d'Etudes Dé-
mographiques (INED, Paris) qui avait développé, à l'initiative de son di-
recteur, G. Calot, un ensemble de programmes connu dans le monde
scientifique sous le nom de Projet International d'Analyse Démographi-
que. Cet ensemble, donné à Eurostat par l'INED, a été mis en oeuvre
dans l'environnement informatique d'Eurostat et complété et amélioré
en collaboration avec l'INED. Ce système, rebaptisé SYStème Commu-
nautaire d'Observation DEMographique (Syscodem) est maintenant
opérationnel.
Dans la pratique, les pays classent les événements soit pour une
même année de calendrier selon l'âge en années révolues, soit selon
l'âge atteint dans l'année. Les premiers découpent ainsi la bande verti-
cale du schéma de Lexis (graphique 2) en carrés, les seconds en parallé-
logrammes. Ces événements découpés selon l'une ou l'autre vision du
temps, conduisent à l'établissement de taux par durée écoulée, en les di-
visant par l'effectif approprié.
A l'échelle internationale, ces deux sortes de taux "peuvent créer
confusion dans la mesure où ils sont généralement désignés par le mê-
me terme" (G. Calot, 1984). Le fait de comparer sans précautions parti-
culières les taux établis dans l'une et l'autre définition, peut biaiser la
réalité et les comparaisons internationales. En effet, prendre l'une ou
l'autre définition entraîne des différences importantes surtout dans une
analyse par année d'âge, car l'âge exact auquel se rapportent en moyen-
ne les taux en année révolue est supérieur de l'ordre d'une demi année à
celui auquel se rapportent les taux par âge atteint dans l'année civile.
Pour pallier à ce problème, Eurostat met en oeuvre depuis cette an-
née, à partir de Syscodem, une méthode de conversion qui permet, à
partir de données de n'importe laquelle des définitions, de fournir des
données comparables pour tous les pays de la Communauté en matière
de fécondité et de primo-nuptialité.
Ce système permet également le calcul d'un indicateur conjoncturel
annuel à partir de la seule disponibilité du nombre absolu d'événe-
ments. Il devient alors possible d'estimer cet indicateur plusieurs mois
avant que ne soient disponibles les éléments détaillés nécessaires à son
calcul.
57 Comparabilité et synthèse des données européennes...
Figure 2 : Taux par âge atteint dans l'année et taux par âge en années révolues
INED Age
exacta, 11684
i + 1
i - 1
aux p Taux par
âge en âge
atteint années
dans révolues
l'année

Année Année Temps
civile civile
a a
Ceci devrait pallier aux éventuels retards observés dans certains
pays mais également fournir des estimations plus précises pour les in-
dicateurs communautaires par la conversion de tous les pays dans une
définition commune.
De plus, grâce à une observation mois par mois des phénomènes dé-
mographiques, Syscodem fournit les indicateurs mensuels permettant
de dater de manière précise les inflexions. Ainsi, il est possible de
mettre en évidence l'impact sur les indicateurs démographiques de di-
vers événements récents tels que mesures législatives ou circonstances
économiques ou sociales particulières.
Enfin, Syscodem assure le reclassement des données, par année
d'observation, dans les générations et calcule les principaux indicateurs
transversaux et longitudinaux.
4.2 Des résultats comparables à partir de recensements synchronisés
En raison de l'importance pour les travaux de la Commission des ré-
sultats des recensements nationaux de la population, Eurostat a sou-
haité traiter les résultats du recensement des années 70. Cependant, la
réception d'une trop grande masse de données transmises sur des bases
nationales s'est révélée inefficace.
58 B. LANGEVIN et F. BEGEOT
De plus, l'organisation des recensements sur un intervalle de temps
trop long a rendu les comparaisons rapidement caduques.
Pour remédier à ces difficultés, le groupe de travail Statistiques dé-
mographiques a été à l'origine d'une directive sur la synchronisation
des recensements de la décennie 80. Cette Directive a été adoptée par le
Conseil en 1973 (Annexe 1) au moment même où le Royaume-Uni,
l'Irlande et le Danemark rejoignaient la Communauté. Les deux objec-
tifs recherchés étaient d'une part la synchronisation des recensements
au cours d'une période spécifique (ler mars-31 mai 1980) et d'autre part
la fourniture d'un jeu de tableaux standardisés, donnant les résultats
principaux de ces recensements en matière de population, de ménage-
famille et de logement.
Des dérogations ont dû être accordées à la France et à l'Italie en ma-
tière de synchronisation, et à la RFA et aux Pays-Bas en matière de
type de collecte. Par contre, l'Espagne et le Portugal qui avaient fait
acte de candidature dans la Communauté européenne se sont joints au
programme et ont fourni les tableaux standardisés.
A l'issue de cette première expérience, Eurostat a reconduit celle-ci
pour les recensements 1990-1991 et le Conseil a pris une directive sur
la synchronisation des recensements de la décennie 90 en 1987 (Annexe
2). Le principe a été cette fois de laisser à chaque pays le choix de sa
méthode de recensement (Tableau 6) tout en les obligeant à fournir un
certain nombre de données selon des normes communes. Au niveau de
la synchronisation, dès l'origine, des dérogations ont été prévues pour la
France et l'Italie. (Tableau 7)
Tableau 6 : Les types de recensements lors des programmes
communautaires du recensement de 1981 et 1991
Pays Les recensements de 1981 et 1991 par état membre
Classique, questionnaire distribué par courrier
Par registre
Par enquêtel
Classique, interview par agent recenseur
Classique, dépôt du questionnaire
Registre/enquête
Classique, dépôt du questionnaire
1 La RFA a réalisé un recensement classique le 25 mai 1987
Eurostat a repris à son compte les recommandations émises par la

F,. C tic
I'Ll M
'e 4 > t.' '"
Fti hComparabilité et synthèse des données européennes... 59
Commission économique pour l'Europe des Nations-Unies à Genève
pour les définitions concernant les ménages-familles et les logements.
C'est sur cette base que les Etats membres doivent fournir leurs résul-
tats.
Tableau 7 : Les recensements dans les pays de la Communauté depuis 1960
Décennies 1960 1970 1980 1990
B 31.12.61 31.12.70 01.03.81 01.03.91
DK 26.09.60 09.11.70 01.01.81 2 01.01.91 2
27.09.65
06.06.61 27.05.70 D 1 25.05.87 3 04.913
GR 19.03.61 14.03.71 05.04.81 14.03.91
31.12.60 31.12.70 01.03.81 01.03.91 E2
F 07.03.62 20.02.75 04.03.82 05.03.90
01.03.68
IRL 09.04.61 18.04.71 05.04.81 24.04.91
17.04.66 01.04.79 13.04.86
I 15.10.61 24.10.91 24.10.71 25.10.81
L 31.12.60 31.03.91 31.12.71 31.03.81
31.12.66
NL 31.05.60 28.02.71 04.814 04.91 4
P 15.12.60 15.12.70 16.03.81 16.03.91
UK 23.04.61 25.04.71 05.04.81 24.04.91
24.04.66
1 En ex-DDR des recensements ont eu lieu les 31.12.64, 01.01.71 et 31.12.82
2 Recensement par registre
3 Micro-recensement en avril 1981 et avril 1991
4 Recensement par registre/enquête
Le but recherché par Eurostat n'est donc pas l'harmonisation des
questionnaires, ce qui se révélerait difficile en raison des besoins et des
pratiques nationales, mais la possibilité de comparer a posteriori les ré-
sultats obtenus par une autorité nationale et compilés dans un jeu de
tableaux élaborés par Eurostat.
4.3 S'attaquer à la jungle des statistiques de migration
Il s'agit là d'un des chantiers les plus risqués projetés par Eurostat,
compte tenu de l'état actuel des statistiques dans ce domaine. La
grande étude qu'Eurostat avait confiée à l'Université Catholique de
Louvain sous la responsabilité de Michel Poulain a été utilisée comme
point de départ à l'action. Le poids de la nécessité a beaucoup pesé dans
la décision des Directeurs Généraux des Instituts Nationaux de Statis-
tique de soutenir ce projet et dans la demande des pays de l'AELE de s'y
60 B. LANGEVIN et F. BEGEOT
associer. La création d'un groupe de travail spécifique "Migrations" en
est l'expression la plus évidente.
La première réunion de ce groupe de travail Migrations a décidé
d'une approche pragmatique et au pas-par-pas : chaque état membre va
mobiliser toutes les sources existantes pour essayer de remplir un jeu
de tableaux statistiques qui a été décidé en commun. Celui-ci couvre 2
des 3 volets de l'information désirée dans ce domaine : les "flux" de mi-
gration et les "stocks" des populations étrangères. Le 3e volet, celui de
l'intégration des étrangers, a fait l'objet d'une étude confiée au profes-
seur Cagiano de Azevedo à Rome et d'un séminaire sur les indicateurs
de l'intégration qui a eu lieu du 30 mai au 1er juin 1991 à Rome.
La difficulté de la tâche entreprise entraîne que les étapes sont diffi-
ciles à fixer. Par contre, les voies de progression sont claires :
Rassembler les données existantes, les analyser — notamment dans
leur cohérence — et, année après année améliorer leur qualité.
– Etudier et faire progresser les définitions et la méthodologie dans ce
domaine encore très jeune. Ceci sera fait en commun entre les 12
états membres de la Communauté européenne et les 7 de l'AELE.
– Promouvoir des recherches en matière de connaissance de l'intégra-
tion des étrangers.
Cette tâche est très ambitieuse et comporte la nécessité de rassem-
bler les efforts de tous. C'est la raison pour laquelle Eurostat travaille
dans ce domaine en très étroite coopération avec le secrétariat de
l'AELE, la Commission Economique pour l'Europe des Nations Unies à
Genève, l'OCDE et le Conseil de l'Europe.
4.4 Une enquête harmonisée pour un problème sans frontière
L'harmonisation et le suivi d'enquêtes communes à tous les Etats
membres sont une des clefs de voûte du Système Statistique européen
de demain. Par ses caractéristiques et son histoire de plus de 30 ans,
l'enquête sur les forces de travail est sans doute le meilleur exemple à
présenter.
En raison de l'importance des politiques d'emploi pour la Commu-
nauté européenne, Eurostat a créé, dès 1960, une enquête communau-
taire sur les forces de travail qui a été établie sur un rythme biennal à
partir de 1973 avant de devenir annuelle à partir de 1983.
En accord avec les experts nationaux des Etats membres, Eurostat
fixe le contenu de l'enquête, avec une description détaillée et une codifi-
cation commune. La base juridique de l'enquête est constituée par un
règlement du Conseil et s'applique à tous les Etats membres.
Selon le principe de la subsidiarité, les Services Statistiques Natio-
naux sont chargés de sélectionner l'échantillon, de préparer les ques-
tionnaires et d'effectuer les interviews auprès des ménages. Ils trans-
mettent les résultats à Eurostat suivant le système de codification nor-
malisé tout en effectuant complémentairement des exploitations et ana-
lyses pour des fins nationales. Eurostat se charge alors du traitement et
61 Comparabilité et synthèse des données européennes...
de la diffusion des résultats transmis par les Services Statistiques Na-
tionaux.
Pour mieux harmoniser les résultats de l'enquête, ceux-ci sont éta-
blis pour la population des seuls ménages privés. Toutes les personnes
vivant dans les ménages enquêtés sont incluses, même celles absentes
du ménage pour des courtes périodes pour raisons d'études, de congés,
de maladies, d'affaires, etc.
Les caractéristiques de chaque personne interrogée concernent sa si-
tuation au cours d'une semaine de référence donnée, qui doit être une
semaine normale au printemps, choisie en dehors des fêtes légales
(Tableau 8).
Tableau 8 : Caractéristiques de l'enquête communautaire en 1989
sur les forces de travail
PAYS PERIODE DE TAILLE DE L'ECHANTILLON
REFERENCE 1989 (Nb de ménages privés)
avril 31 780
mars-avril 16 280
341 avril 95
avril-juin 48 638
mars juin 58 207
mars 65 417
avril-mai 45 393
avril 140 749
mai 9 265
janvier-mai 30 467
janvier et avril 26 688
mars-mai 65 247
Les tailles des échantillons nationaux sont fixées conformément aux
indications du règlement (Tableau 8).
Depuis la nouvelle série d'enquêtes en 1983, l'utilisation systéma-
tique des mêmes concepts et définitions — sur la base des nouvelles re-
commandations du B.I.T. — permet une comparaison d'une année sur
l'autre. En outre, il devient alors possible de comparer les résultats
communautaires avec les pays extra-communautaires appliquant ces
recommandations.
4.5 Un langage commun
Le rôle fédérateur de la statistique poursuivi par Eurostat s'exprime
dans l'élaboration de nomenclatures harmonisées. C'est la raison pour
laquelle la nomenclature statistique des activités économiques dans la
Communauté européenne (NACE 70) élaborée et adoptée dans les an-

MC 4 t" ›--4 P "4 C CI
4 @ t, 62 B. LANGEVIN et F. BEGEOT
nées soixante, vient d'être révisée.
Cette nouvelle "NACE rev. 1" a fait l'objet d'un règlement n 0337/90
et a été publiée au journal officiel 1-293 du 24/10/90. Le règlement sti-
pule que les statistiques par activités économiques des états membres
seront établies en utilisant la NACE Rev 1 ou une nomenclature natio-
nale qui en dérive pour autant qu'on puisse toujours reconstituer exac-
tement les rubriques à chaque niveau de la NACE Rev 1.
Par ailleurs la NACE Revl est subdivisée de telle façon qu'il soit
possible par simple addition de reconstituer la CITI Rev 3 des N.U.
Il en résulte que désormais les statistiques par activité économique
élaborées par les états membres peuvent être simplement agrégées
pour obtenir des statistiques communautaires et ces dernières peuvent
à leur tour être agrégées pour obtenir des statistiques mondiales. Cette
nomenclature est particulièrement précieuse dans le cadre du Pro-
gramme communautaire de recensement où elle est utilisée pour com-
parer les résultats des différents recensements nationaux en matière
d'activités économiques.
5. Un projet humble et ambitieux
L'entreprise de relier organiquement les statistiques européennes en
un ensemble cohérent est vaste et les quelques exemples fournis ici sont
loin d'être exhaustifs. Bien d'autres sujets auraient pu être étudiés ou
seront étudiés à l'avenir : notamment la question des ménages et fa-
milles nécessite également dans l'avenir des études ciblées comme par
exemple la mesure des familles mono-parentales et des familles recom-
posées (Duchêne, 1990).
Recueillir, traiter et actualiser l'information démographique néces-
saire à la construction européenne d'une part, promouvoir un langage
commun aux statisticiens européens et un échange toujours plus in-
tense de leurs résultats et découvertes d'autre part, telle est la mission
à la fois humble et ambitieuse d'Eurostat.
Rassembler un corps solide de données démographiques comparables
de pays à pays et constamment mises à jour et le mettre à disposition
des démographes européens est la partie humble de l'objectif. Ces fon-
dations de la statistique démographique seront en place avec la banque
de données démographique (EURODEMO) en cours d'achèvement pour
mi-1992 et par le jeu des publications annuelles sur papier. Dans un
avenir proche, ces publications pourraient être doublées et accompa-
gnées d'un support informatique (disquette ou CD ROM).
Si l'ambition d'Eurostat est aussi de réaliser des analyses, elle est —
plus encore — de soutenir celles faites par les acteurs institutionnels de
la démographie européenne. A ce titre, Eurostat entend favoriser et
promouvoir avec détermination et tous les moyens disponibles des col-
laborations scientifiques entre les différents instituts de démographie, à
l'image de ce que l'INED et le NIDI ont réalisé au printemps 1991.
Comparabilité et synthèse des données européennes... 63
Tout autre rapprochement naissant pourrait trouver à Eurostat
l'impulsion et le soutien indispensable à son essor.
Ce premier élément de synthèse n'exclut pas des initiatives plus
ambitieuses telles que la création de nouveaux outils communs à l'en-
semble des parties de la Communauté européenne.
En raison de la complexité des systèmes statistiques en vigueur et
des sensibilités socio-politiques des peuples en matière de respect de la
vie privée, la réalisation de cette idée est complexe. Une idée triviale se-
rait la généralisation des systèmes de registre de population. Mais,
nous l'avons vu, cette idée semble, actuellement du moins, difficilement
réalisable dans plusieurs états membres.
A l'image des options prises naguère par Jean Monnet, la réalisation
concrète de projets limités mais efficaces est la démarche européenne.
Ainsi, la mise en place effective de normes communes en matière de
concepts et de définitions démographiques est sans doute une voie privi-
légiée. Une telle normalisation ne toucherait pas aux outils d'observa-
tion, restant de compétence nationale, mais à la fourniture standardisée
des statistiques que réclame la mission d'Eurostat et dont les démo-
graphes européens ont besoin pour leurs analyses.
Ainsi, le respect de la vie privée serait facilité mais l'analyse pour-
rait gagner en efficacité.
Enfin, ces initiatives s'intègrent dans une volonté de synthèse plus
générale qui s'exprime particulièrement cette année dans la grande
Conférence sur "Le Capital Humain Européen à l'Aube du 21ème Siè-
cle" qui se tiendra à Luxembourg du 27 au 29 novembre prochains. La
volonté de sortir la démographie de son cercle fermé et de la relier aux
autres disciplines sociales s'y exprime pleinement tant par la recherche
de faire dialoguer les décideurs politiques et économiques avec le monde
scientifique que dans le contenu de la conférence. Les données démogra-
phiques et leurs projections seront la base de départ des discussions qui
auront lieu sur l'avenir du marché du travail, sur celui de la famille et
de la place de la femme, de la formation tout au long d'un cycle de vie
qui s'allonge ainsi que sur les grands défis de la société européenne de
demain : le vieillissement, le problème des exclusions et la place des mi-
grations et des étrangers.
Les profondes évolutions observées par les démographes européens
sont des lames de fond trop importantes et aux conséquences trop lour-
des et trop longues pour que l'ambition de ceux-ci ne soit pas de relever
ce défi : alerter et éclairer la société européenne sur ce qui est sa vérita-
ble richesse : l'homme
Références bibliographiques
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atteint dans l'année. Incidences du choix de la définition. Application à la fécondité
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64 B. LANGEVIN et F. BEGEOT
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La famille dans les pays pour une mesure de leur incidence ?, in F., PRIOUX, ed.,
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ternationale au sein de la Communauté européenne, Rapport à la demande
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Chaire Quetelet 1991. Institut de Démographie, UCL,
Louvain-la-Neuve, Academia/L'Harmattan, 1995, pp. 65-74.
Sources and criteria of registration of data
on vital events and population migration
in Poland
Janina ALEKSINSKA
Central Statistical Office, Warsaw
The general population censuses and the current registration of
basic demographic events, (those causing changes in the state and
structure of population), are the two main sources of information for
population statistics. Special surveys carried out with the use of rep-
resentative methods, and estimates calculated from the data obtained
from the above mentioned sources as well as other socio-demographic
survey results are the complementary source of information
Because of the wide range and very detailed results, the general
population censuses are the most important for demographic research.
They supply data on:
— the population state and structure at a defined moment (for the
country and all units of basic regional division) by basic demographic
and socio-economic (professional) characteristics.
— the number and structure of households and families i.e. strictly
defined groups of people. Until now, the data from general population
censuses are the only complete source of information in this field, since
no country has worked out a full current registry that would cover
changes in households and families. Many countries however, carry out
permanent, representative household surveys, in 1991 this kind of sur-
vey has begun in Poland.
During the after war period in Poland, the general censuses were
carried out in 1946 (the so-called summary census), 1950, 1960, 1970,
1978 and 1988 — as complete, nominal rolls of population. Also two so-
called micro-censuses, that is a census of a representative group, were
carried out in 1974 and 1984. Detailed results of each of the censuses,
have been published in special CSO publication series and in a syn-
thetic form in statistical and demographic yearbooks. 66 A. ALEKSINSKA
The current registration of vital events and population migration is
the second basic source of information for population statistics. The
registration of vital events (i.e. of marriages, births and deaths) is done
by Civil State Offices and forms the legal basis of the marital status
documentation of each citizen.
The current registration of basic events of population migration is
done by population evidence offices of the regional state administration
organs (in Poland — town-districts and commune offices). This regis-
tration is carried out for administrative and police needs of defining the
character and place of citizen's dwelling.
The Central Statistical Office defines the scope of the collected data
on vital events and population migration, organizes the current
reporting and processing of the data as well as its tabulation and publi-
cation. Generaly speaking, the utilization of current registration docu-
mentation for statistical purposes is secondary (to registration itself).
Marriages
The general population censuses and the Civil State Office reports
are the two main sources of statistical data on marriages. The popu-
lation censuses supply the number and structure of marriages at a de-
fined moment, by obtaining information on the marital status of cen-
sused person and the year of marriage for those who stated their mari-
tal status as married. The Civil State Office current reporting in this
field - informs about the number and structure of newly contracted
marriages during a certain period of time (month, year).
One should add, that the current reports of the civil state offices in-
clude only legaly contracted marriages while the population censuses
carried out in Poland (except 1988 census) supplied the number of mar-
ried couples (formal and informai) that did not have to be legally regis-
tered.
For the first time in Poland, apart from the usual question about
marital status, the 1988 census asked for the year of marriage at the
Civil State Office. Answers to this question gave the information on the
number of legally registered marriages.
Until the end of 1945 ail registration of newly contracted marriages
was carried out by local parish register offices. Since 01.01.1946, laic
Civil State Offices took over the parish duties of contracting marriages.
It was still allowed to get married in a parish but from the point of view
of law it was only a religious ceremony.
Conditions that have to be met to contract a legal marriage have
been defined by the Decree "Marriage law" dated 25th of September
Sources and criteria of registration and collecting data... 67
1945 (Dz.U.R.P. Nr 48, poz 270). Interesting from the statistics point of
view was the introduction of an age limit to get married, set to 18 years
both for men and women. Introduced in 1965 (effective since
01.01.1965) the new Family Codex (Decree dated 25.02.1964, DZU PRL,
Nr 9 poz 59) raised the age limit for males from 18 to 21 years. Women
aged between 16-17 years and men 18-20 years may get married after
obtaining a legal agreement from the tutorial court.
Despite of the existing current marriage registration in civil regis-
tration offices since the 01.01.1946, the current reporting in this field
was introduced in 1948. This is why the number of registered marriages
in the years 1946 and 1947 was established as an estimate. Since 1948
a statistical form was filled out for each separate contracted marriage
during a year. The reporting principle from that field guaranted con-
sistency of those numbers in statistical reports with those of actualy
registered facts in the marriage books.
The current reports include all marriages legally contracted in
Poland — regardless of the newlywed's nationality (citizenship).
Until 1977, tabulations including data on marriages, by regional
characteristics were prepared according to the husband's place of living,
in the years 1978-1989 according to the couple's decleared place of liv-
ing after marriage and once again beginning with data for 1990 accord-
ing to the husband's place of residence. The newly-weddeds age given in
the tabulations is the so-called "completed age". Since 1977, there exists
a possibility of dividing an newly-weddeds from a calendar year into
elementary groups of "older" and "younger", since a full birth date is
registered for each newly-wedded as well as a complete date of mar-
riage.
Divorces
The institution of divorce was introduced in Poland on the lst of
January 1946. According to the unified marriage law for the whole
country, that existed since 1946, a marriage could be legaly contracted
only in front of an official from Civil State Office and dissolved by a div-
orce. A divorce may be granted by regional courts that are entitled to
judge such cases.
The marriage law (that has been revised since) defines more or less
in a precise way the reasons for granting a divorce. The present mar-
riage law gives two basic conditions for granting a divorce that is: "com-
plete and durable dissolution of married life" and "that in case of the
divorce the welfare of the couple's children under 18 will be guaran-
teed".
During the first period of the unified marriage law being in force, a
large number of marriages seperated by the World War II, were for-
mally dissolved.
Statistics in the field of divorce was introduced by the Ministry of