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COMORES : LES INSTITUTIONS D'UN ETAT MORT-NÉ

De
377 pages
Tous les problèmes des Comores ont pour origine les choix, la faiblesse et les dysfonctionnements des institutions publiques. Évitant toute langue de bois, l'auteur rend compte de cet état, en analysant à fond les institutions des Comores depuis l'indépendance de ce pays, en les confrontant aux réalités vécues et en faisant défiler, dans une effrayante galerie de portraits, les acteurs politiques nationaux et étrangers qui éclairent la scène politique comorienne.
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ABDELAZIZ RIZIKI MOHAMED

COMORES:
LES INSTITUTIONS D'UN ETAT MORT-NÉ

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2001

ISBN: 2-7475-0859-5

N ote au lecteur Le présent ouvrage est la version entièrement revue et mise à jour d'une Thèse de IIIème cycle soutenue à l'Ecole nationale d'Administration (ENA) de Rabat, le 26 septembre 1994, sur: « Comores: Institutions publiques et problématique de développement».

Nouveau titre: « Comores: Les institutions d'un Etat mort-né ».

Principaux sigles APOI : Annuaire des pays de l'océan Indien ASEC : Association des stagiaires et des étudiants comoriens FAS : Facilité d'ajustement structurel FIDH : Fédération internationale des Ligues des Droits de l'Homme FMI: Fonds monétaire international FPC : Front patriotique des Comores FRF : Franc français KMF : Franc comorien LOI: La Lettre de l'océan Indien MOLINACO : Mouvement de libération nationale des Comores PAS: Programme d'ajustement structurel

A la mémoire de :

Abdou Tsivandeni, mon arrière-grand-père: ami et ministre d'Andria Ramaneteka (Abderralnnane), sultan« batailleur» de Mohéli, en compagnie duquel il est venu de Madagascar. Ses ambitions et ses prises de position, notamment sur les questions coloniales, lui ont valu d'être déporté par la France en 1861 à Mayotte, où il mourut en 1863. Mahdi Tsivandeni, mon grand-père: conseiller à la Cour royale de Mohéli.

« Plus que la peste hier et le sida aujourd'hui, la corruption tue. Pour parler clair, en détournant à leur profit l'argent public, en méprisant, au-delà de toute décence, l'intérêt général, de nombreuses élites du TiersMonde doivent être tenuespour responsables,au moins partiellement, de la misère dans laquelle croupissent au moins deux milliards d'êtres humains. Par un enchaînement pervers et souvent mécanique, la corruption est devenue l'un des facteurs essentiels du sousdéveloppement. Traitée généralement à la rubrique "faits divers", elle devrait, dans certains cas, passer à celle de "crimes contre l'humanité" ». Péan (pierre) : L'argent noir. Corruption et sousdéveloppement, Fayard, Paris, 1988, p. 8.

Introduction
L'étude entreprise se propose de mettre en lumière la nature des institutions des Comores et d'analyser le lien existant entre elles et l'état de destruction dans lequel se trouve ce pays. En effet, une centralisation anachronique, la généralisation de l'incompétence, la corruption, le népotisme, l'absence de démocratie, le favoritisme surtout de type régionaliste, l'inexistence de projets de société viables, l'infantilisme des autorités, la marginalisation et la cooptation des cadres comoriens sur la base de critères subjectifs et illégaux sont érigés en méthodes de gouvernement et ont, n'en doutons pas, un avenir qu'aucune gestion rationnelle ne « risque» de troubler dans un proche avenir. Ces pratiques constituent les éléments figurant dans l'acte de décès de cet Etat mort-né.
Ce faisant, les défis que doivent relever les Comores sont légion. TIs ont pris de nouvelles proportions depuis 1975, mais ne constituent pas une nouveauté. En somme, lors de la décolonisation de l'archipel, « la France laissait sur place... presque rien, si ce n'est d'insurmontables difficultés. Une administration désorganisée, un lycée sans professeurs, des hôpitaux sans
médecins,

pas sans techniciens, des chantiers en suspens, des services lourdement handicapés [...], du chômage, des caisses vides et une économie en perdition... Un pays démuni, désarticulé, abandonné à son triste sort »1. En 1970, on constatait déjà: « Et pourtant, un Français de la métropole, lorsqu'il arrive en ces lieux admirables, ne peut légitimement éprouver que deux sentiments: la honte et le remords », à cause de « l'état de déréliction dans lequel a été laissé cet archipel [...] »2. En même temps que l'Etat comorien naissait en 1975 à la suite d'un accouchement difficile et controversé, on signait son acte de décès. Pour avancer dans l'analyse, nous essayerons d'étudier les notions d'« institution» et d'« Etat », avant de nous intéresser à l'évolution historique et institutionnelle, ainsi qu'aux principaux indicateurs de base des Comores. Cette analyse préliminaire est d'autant plus nécessaire qu'elle permettra de mieux comprendre les mécanismes institutionnels et les politiques publiques de l'Etat comorien.
1 Bourges

-

une radio

- seul

véhicule

d'information,

la presse

écrite n'existant

(Hervé) et Wauthier (Oaude) : Les 50 Afriques, Tome II, Le Seuil, Paris, 1979, p. 614. 2 Legris (Michel) : Les Comores: Un archipel plus une île. 1.- Un fleuron négligé, Le Montie, Paris, 31 décembre 1970, p. 8.

L- Institution Les concepts« séparément.

et Etat: des concepts à défmir institution» (A) et« Etat» (B) doivent être analysés

A- «Institution»

: signification et caractéristiques

La notion d'« institution» est complexe. Elle est défmie comme une chose instaurée ou établie, un usage, une règle, un organisme, ou encore un ensemble de lois régissant la vie politique et sociale d'un pays. L'institution est une manifestation créatrice ou organisatrice et peut se présenter sous la forme d'organes et de mécanismes. On peut parler alors d'« institutions-organes» et d'« institutions-mécanismes ». Les institutionsorganes sont des organismes ayant un régime juridique, une organisation et un fonctionnement régis par le droit. S'agissant, en revanche, des institutions-mécanismes, elles sont synonymes de règles portant sur une situation juridique ou sociale donnée, sur un service public déterminé ou sur une institution privée donnée. On note aussi que la notion d' « institution» est un « concept fondamental de la théorie juridique du Doyen Hauriou, qui dans ses éléments essentiels peut se définir comme une organisation juridique sociale, c'est-à-dire destinée à un ensemble d'individus, dont l'autorité est reconnue parce qu'elle est établie en correspondance avec l'ordre général des choses du moment, et qui présente un caractère durable, fondé sur un équilibre de forces ou une séparation de pouvoirs. En assurant une expression ordonnée des intérêts adverses en présence, elle assure un état de paix sociale qui est la contrepartie de la contrainte qu'elle fait peser sur ses membres »3.

Les institutions peuvent être publiques et ce, quand elles ont pour principale tâche la satisfaction de l'intérêt général, ont ainsi une mission de service public, sont régies par les règles du droit public, disposent d'agents essentiellement de droit public, et ont des biens qui peuvent relever de la domanialité publique pour la plupart. Elles sont dotées de prérogatives de puissance publique. A l'opposé, les institutions privées réalisent, avant tout, un intérêt particulier, sont soumises au droit privé et ne disposent qu'exceptionnellement de moyens mis au service des organismes publics. Cependant, la distinction entre les deux catégories d'entités est parfois imprécise et relative, et gagnerait à être nuancée. La gestion des
3

cf Guillien (Raymond) et Vincent (Jean) : Lexique des termes juridiques (Collectif),
Paris, 1985, p. 249.

Dalloz,

10

services publics peut être confiée à des organismes privés, surtout quand il s'agit d'activités industrielles et commerciales. TIarrive que, pour ce faire, les collectivités publiques soient liées à des sociétés privées à caractère industriel et commercial par un contrat de concession. Cependant, se décharger complètement sur l'initiative privée comporte un risque majeur : l'intérêt général se trouve réduit comme peau de chagrin4. Ce danger est d'autant plus réel qu'actuellement, avec la vogue du « libéralisme», les Etats bradent à tour de bras et sans en évaluer les effets négatifs, des pans entiers de leurs tissus productifs.

L'Etat a une vocation naturelle, mise à mal par le « libéralisme» : la gestion des services publics à caractère industriel et commercial. Ici, il a une mission de service public, mais les modalités de son action sont soumises en partie à des règles de droit privé.
En définitive, une institution peut être publique ou privée, de nature sociale, politique, économique, ou administrative.

B.- « Etat» : un concept à préciser
Il est nécessaire de donner un aperçu sur le terme « Etat» (1), avant de voir en quoi les Comores constituent un « Etat mort-né» (2).

1.- Signification du terme « Etat »
Par définition, l'Etat est une organisation politique composée de plusieurs institutions et qui a pour but de présider aux destinées d'une société donnée. TIdispose, pour ce faire, de prérogatives spéciales, qu'on ne saurait confier à des personnes physiques ou morales agissant dans un but autre que la satisfaction de l'intérêt général. On parle de « prérogatives de puissance publique ».

En droit, l'Etat est une « personne morale de droit public, territoriale et souveraine» et a la particularité de se présenter comme « la personnification juridique de la nation» 5. A ce propos, il est à noter que la nation se distingue de l'Etat puisqu'elle est une communauté humaine dont le lien n'est pas juridique, mais plutôt de solidarité matérielle et spirituelle: la conscience d'avoir vécu ensemble dans le passé, et la volonté de vivre ensemble dans le présent et dans l'avenir. A ce titre, « Etat» et « nation» ne
4 Chapus (René): Droit administratifgénéral, Editions Montchrestien, Paris, 1985, p. 100. S Debbasch (Charles) et Daudet (Yves) : Lexique de termes politiques. Etats, vie politique, relations internationales, Dalloz, 2èmeédition, Paris, 1978, p. 109.

Il

sont pas porteurs de la même signification. Au surplus, un Etat peut être fonné de plusieurs nations, comme une nation peut donner lieu à plusieurs Etats. Bien que l'Etat se caractérise par sa durée, il lui arrive de disparaître. L'Etat est le centre d'exercice des pouvoirs publics; stricto sensu, il est synonyme d'administration centrale, par opposition aux collectivités territoriales. Pour être viable, un Etat doit avoir un territoire aux frontières (terrestres, maritimes et aériennes) bien défInies, une population et un gouvernement à même d'exercer de manière à la fois discrétionnaire, et exclusive l'intégralité des prérogatives étatiques, grâce à un pouvoir institutionnalisé.
La question de l'Etat se pose avec beaucoup d'acuité surtout auprès des pays dont les institutions sont restées précaires et ne reposent pas sur des bases fiables. Elle prend également un relief particulier en présence des Etats qui n'arrivent pas surmonter leurs problèmes d'intégration nationale. Les Comores n'échappent à aucun de ces travers, et l'existence d'un Etat comorien est, depuis longtemps, menacée.

2.- Pourquoi parler d'« Etat mort-né» aux Comores? Parler d'« un Etat mort-né» à l'endroit des Comores pourrait paraître désobligeant et pessimiste. Malheureusement, même cette fonnule n'est pas en mesure d'exprimer toute la nature et toute l'étendue de la descente aux enfers entamée par l'Etat comorien.
Quand la France a déclenché le processus de colonisation des îles Comores en 1841, elle allait réaliser l'unité politique d'entités dont la seule relation était faite de guerres, razzias, spoliations et haines. En même temps, Paris a semé les gennes qui ont provoqué la précarité de cette unité de façade, en détruisant les structures socio-économiques des îles, en les façonnant selon ses propres besoins, et en attisant, de façon habile, les haines déjà vivaces entre les habitants des différentes îles.

Le pays exsangue que la France céda aux destructeurs locaux en 1975, ressemble à un être humain au destin tragique: un être humain affaibli par la Frnnce, blessé gravement par Ali Soilih (1975-1978), ayant reçu le coup de grâce des mains d'Ahmed Abdallah (1978-1989), enterré par SaïdMohamed Djohar (1989-1995), exhumé, incinéré et inhumé de nouveau par Mohamed Taki Abdoulkarim (1996-1998). Le« sauveur» Azali Assoumani est un autre fossoyeur. De même, l'aide internationale accordée massivement

12

à l'archipel ressemble à une prothèse sur une jambe en bois. TIs'agit bel et bien d'une «prothèse institutionnelle ». Ces malheurs en série font des Comores la parodie d'un Etat, et il faut beaucoup de pudeur pour ne pas constater que l'indépendance offerte en 1975, au lieu d'être un acte de renaissance nationale, un acte de naissance de l'Etat, est, au contraire, la signature de l'acte de décès de la petite République comorienne, victime de l'infantilisme et de la médiocrité de ceux qui se sont arrogé le droit de la transfonner en une malédiction. Cette escalade du ridicule fait des Comores un Etat mort-né, une entité continuellement exposée aux scandales, à la honte et aux extravagances. Le lecteur découvrira les raisons d'un constat aussi pessimiste, en apprenant la
consistance des mœurs politiques et financières des autorités de ce pays.

ll.- Les Comores: un pays à présenter Les Comores constituent une curiosité géographique et politique, sont peu ou pas connues, même si épisodiquement elles font la « une» de la presse internationale.
Pour une partie de mes interlocuteurs marocains, il est souvent de bon ton d'indiquer que les Comores se trouvent à côté de Madagascar, ce qui déclenche automatiquement la réaction suivante: « Madagascar? Là où était exilée la famille royale du Maroc en 1953-1955? ». Cette référence facilite beaucoup de choses car, plusieurs cartes du monde ne mentionnent pas ces pierres qui émergent à peine des eaux de l'océan Indien. Ceci étant, il sera utile de donner un aperçu géographique (A), politico-institutionnel (B), et socio-économique des Comores (C).

A.- Aperçu géographique Situé à l'entrée du Canal de Mozambique, en plein océan Indien occidental, à égale distance (300 km) de Madagascar et de la côte orientale du continent africain, l'archipel des Comores, plus familièrement appelé « les îles de la lune» (de l'arabe Al Kamar, la lune), « l'archipel aux sultans batailleurs »6 ou encore, « l'archipel aux parfums» (premier producteur mondial des plantes à parfums), est constitué de quatre îles principales: Ngazidja ou Grande-Comore (1.148 km2, 220.000 habitants), Ndzouani ou Anjouan (424 km2, 171.000 habitants), Maoré ou Mayotte (374 km2, 80.000 habitants), et Moili ex-Mohallaïli, aujourd'hui Mohéli, ou encore «lIe de la
6

Cf Faurec

(Urbain)

: L'archipel

aux sultans batailleurs,

Imprimerie

officielle, Tananarive,

1941.

13

Reine Djoumbé Fatima» (290 km2, 25.000 habitants). S'y ajoutent des îlots au large de Mayotte, et d'autres, inhabités, au large de Nioumachoi et Itsamia à Mohéli. Les Comoriens sont d'origines diverses et sont assez métissés' Indonésiens venus directement de leur pays ou en passant par Madagascar et la côte de l'Afrique orientale, des Africains appelés Makoa et installés aux Comores volontairement ou à titre d'esclaves, et les Antalaotra, d'ascendance malgache', des Persans et des Arabes.
Ce brassage ne pose pas de problèmes particuliers, bien que « tout le monde à Mayotte [et dans les autres îles de l'archipel] se rêve descendant de Shirazien... bref de ressembler à un Arabe »8. Des Comoriens renient toute origine africaine, qu'ils considèrent « honteuse», et aiment se qualifier d'Arabes, donc « nobles ». Pourtant, aucun Comorien n'est, en toute objectivité, « ethniquement pur », à cause du métissage précité. Si, depuis 1993, les Comores sont finalement devenues membres de la Ligue des Etats arabes (LEA), les « descendants des Shiraziens et des Arabes» oublient que, de longue date, les Comores sont membres du Centre international des civilisations bantoues (CICmA), au même titre que d'autres pays d'Afrique noire. TIs oublient qu'ils parlent certes une langue ayant 25 à 30% de mots arabes, mais que cette même langue a plusieurs affinités avec les autres langues bantoues. La belle formule de Pierre Vérin vaut d'être prise en compte: « Du point de vue de l'histoire du peuplement, les Comores sont une nation bantoue d'idéal islamique», et « ces Bantous se sont convertis à l'Islam, très progressivement, sous l'influence de migrants venus d'Arabie et du Golfè »9.

Un « racisme» particulier est inventé par les Comoriens, auteurs des termes« Mchéndzi », «Mtchétchéré », «Mgougna », «Mchambara » (<< métèque» ou« nègre» ), etc. pour fustiger des Noirs comme eux!
Tout le monde est unanime pour reconnaître que la cohésion de la population comorienne est renforcée par la langue comorienne et la religion islamique. Cependant, on a tendance à jeter un peu trop facilement un voile pudique sur les divergences entre Comoriens, selon qu'ils soient de telle île ou de telle autre. Pourtant, la mentalité des populations change radicalement d'une île à une autre: code d'honneur, principes moraux, sens de la famille,
7

Cf Battistini (René) : L'Afrique australe et Madagascar, PUF, Collection Magellan, édition, Paris, 1979, p. 233. 8 Fasquel (Jean) : Mayotte, les Comores et la France, L'Harmattan, Paris, 1991, p. 101. 9 Vérin (pierre) : Les Comores, Editions Karthala, Paris, 1994, p. 47.

2fme

14

discipline, croyances, organisation sociale, conception de l'autorité et respect du chef: amour du travail, etc. Même la langue pose une série de problèmes car, bien que tous les Comoriens aient la même langue, chaque île a ses spécificités linguistiques et la Grande-Comore a toujours cru savoir être investie de la mission d'imposer aux autres îles les siennes, pourtant les plus compliquées même pour les habitants de l'île. Conscient de ces différences, le Président Ahmed Abdallah faisait des jeux de mots d'un mauvais goût, pour injurier les habitants des îles autres qu'Anjouan, son île d'origine. En écoutant les émissions de la Radio Comores, on constate que la seu1e langue qui y a droit de cité est celle de la Grande-Comore.

Cette hégémonie linguistique exercée par la Grande-Comore est, depuis des années, sérieusement critiquée à Mohéli et à Anjouan. Par ailleurs, la pratique de l'Islam varie aussi d'une île à une autre dans la mesure où, exclusivement religieuse à Mohéli, Anjouan et Mayotte, elle peut être érigée en moyen de promotion sociale et politique ailleurs.
L'insu1arité crée aussi d'insurmontables problèmes politiques et des haines entre les habitants des différentes îles. Ce sentiment de rejet de l'autre est le fruit de l'histoire, de la colonisation et de ses relais locaux. Le chauvinisme insulaire divise et déstabilise l'archipel. D'où le complexe d'insularité, alimenté et exploité cyniquement par les états-majors politiques de tous bords.

C'est le « patriotisme insulaire qui veut qu'on soit GrandComorien, Mohélien, Anjouanais ou Mahorais avant d'être Comorien ». D'ailleurs, « on ne peut s'empêcher d'évoquer ce que Gabriel Ferrand écrivait, il y a près d'un siècle: "[...] Dans aucune circonstance, je n'ai entendu ces indigènes se qualifier de Comoriens, ni appeler Comore l'une des quatre îles que nous désignons sous ce nom" ». Toujours selon Gabriel Ferrand, quand on demandait à un « Comorien» à Majunga (Madagascar) s'il allait aux « Comores», il répondait invariablement et selon sa direction: « Non, je vais à Ngazidya (Grande-Comore), Inzuani ou Nzuani (Anjouan), Muali (Mohéli) ou Motu (Mayotte) »10.D'une île à une autre, les Comoriens se détestent cordialement. Le mariage entre personnes d'îles différentes est souvent vécu comme une honte abominable.
L'insularité du pays pose aussi des problèmes dans le domaine des transports et des communications.
10 Ferrand (Gabriel) : Les musulmans à Madagascar et aux îles Comores, 1891-1892,3 volumes, cité par Vérin (p.) : Les Comores, op. cit., p. 5. E. Leroux, Paris,

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Ces précisions étant faites, il conviendrait d'analyser l'évolution politique et institutionnelle qu'ont connue les Comores. B.- L'évolution politique et institutionnelle L'histoire des Comores est longue et tmnultueuse. Quatre étapes principales permettront de donner un aperçu sur la période ancienne (1), la colonisation française (2), la décolonisation et l'Affaire de Mayotte (3), et sur les Comores indépendantes (4). 1.- La période ancienne L'histoire ancienne des Comores est mal connue, en raison de la primauté des légendes et des traditions orales souvent imprécises, mais aussi à cause du peu d'intérêt que lui porte la petite communauté de chercheurs comoriens. Pour ce qui est des légendes, par exemple, d'aucuns aux Comores, croient savoir que le trône de Balkis, la Reine de Saba, est englouti par le volcan Karthala, et que le Prophète Mouhammad se serait réfugié une fois à la « Grotte du Prophète », sur les rivages de la Grande-Comore, après une violente tempête. Mais, comme l'a si bien dit Théodore Monod, « il ne faut pas confondre I 'Histoire avec les histoires». Le gouvernement des Comores n'a jamais accordé la moindre importance à l'histoire de l'archipel, et certains des chercheurs étrangers qui s'y intéressent, livrent une histoire des Comores qui est, en réalité, leur propre histoire des Comores. TIsprennent pour point de départ, les rivalités européennes aux Comores et la colonisation française. Dès lors, ils ne parlent pas de « période ancienne», mais de « période précoloniale ». Souvent, entre ce que disent ces chercheurs et les faits rapportés par leurs acteurs directs et leurs descendants ou d'autres témoins crédibles, l'écart est immense. Même des événements récents sont analysés avec la même légèreté. TIarrive que les témoins les mieux informés soient ignorés au profit de personnes complaisantes et dont les connaissances sur le sujet sont des plus discutables. Ce phénomène est d'autant plus inquiétant que l'histoire des Comores est restée une histoire coloniale. Même et après l'indépendance de l'archipel. Qu'un chercheur comorien demande à consulter les archives coloniales, il se trouvera dans l'obligation d'aller en France. Pour savoir ce qui s'est passé chez lui, le Comorien doit lire ce qu'écrivent les autres, les privilégiés qui ont accès aux fameuses archives. Avec les moyens modernes de reproduction de documents, pourquoi ne pas faire des copies de ces archives afin que la communauté scientifique de chacun des pays en cause puisse en tirer profit plus librement, et sans avoir à entreprendre des démarches administratives (consulaires) dont l'issue n'est pas garantie? 16

Cependant, l'autodafé que le Président Ali Soilih avait fait au détriment des archives coloniales oblige à penser qu'il vaut mieux que ces documents restent là où ils sont actuellement. TI faut également avoir l'honnêteté de reconnaître que, empêtrées dans leur légendaire incompétence criminelle, les autorités comoriennes ont un profond mépris du présent, détestent le futur et n'ont que faire du passé. De ce fait, l'histoire du pays est le cadet de leurs soucis. Tout ceci laisse perplexe. Et quand on sait encore que le CNDRS (Centre national de documentation et de recherches scientifique - Moroni) est un service destiné aux études portant sur la selie Grande-Comore, cette perplexité augmente d'un cran.
Soulignons aussi qu'il y a, de la part de certains chercheurs, un réel acharnement qui consiste à contester systématiquement le bien-fondé et l'authenticité d'une des sources les plus crédibles: les anciennes chroniques arabes et persanes, et même des faits historiques avérés.

En réalité, l'histoire ancienne des Comores est marquée par plusieurs événements. Au nombre d'eux, on peut citer le passage ou l'installation de nombreux peuples dans l'archipel: la flotte du roi Salomon (970-931 avant Jésus-Christ)!!, des Mélano-Polynésiens (Vfme siècle de l'ère chrétienne), des Arabes (du ~me au XYlèmesiècles), des Portugais (15001505), des pirates européens et malgaches (XYlèmesiècle), etc. On note aussi le voyage qui y a été effectué par le grand voyageur et géographe marocain Ibn Battouta (1304-1377) au XIvme siècle. Qui plus est, les travaux de l'anthropologue français Pierre Vérin pennettent d'affirmer que le peuplement des Comores est plusieurs fois sécliaire. En effet, grâce à la datation au carbone 14, P. Vérin conclut que certains des échantillons qu'il a prélevés en 1966 témoignent d'une ancienneté de plus de 10 siècles. Quant à l'implantation de l'Islam aux Comores, des chroniques en arabes font remonter celle-ci peu de temps avant sa révélation: ayant appris par des marins arabes l'avènement de l'Islam, des Comoriens se sont rendus en Arabie pour rencontrer le Prophète Mouhammad et apprendre les règles de la nouvelle religion. Arrivés à Médine deux ans après la mort du Prophète, ils y sont restés dix ans avant de regagner leur lointain archipel. A titre d'exemple, l'historien et géographe arabe Mass'oundi (mort en 950) parlait déjà des Comores en tant que pays habité par une popliation musulmane.

11

Cf. Gevrey (Alfred)

: Essai sur les Comores, Imprimerie

A Saligny, Pondichéry,

1870.

17

S'agissant, par ailleurs, de l'émergence des institutions, on constate que, dès les premières décennies de l'ère chrétienne, les Comores ont jeté les bases de leurs différents systèmes politiques. Ces derniers naissent et se développent dans le «Moudji », au pluriel «Midji », village (à Mayotte, le terme« Moudji» a pour équivalent, «Dlago », qui signifie« maison» dans les autres îles). De manière générale, le Moudji » ou « Dlago » a donné naissance à un ensemble politique autonome de personnes apparentées. Dans le « Moudji » ou « Dlago », les décisions sont prises par la communauté villageoise dans son ensemble. La fonction de Chef est attribuée au Doyen, assisté d'un Conseil formé des chefs des différents foyers12. Des villages comoriens actuels remontent au wme siècle.
Les structures sociales et politiques des Comores varient d'une île à une autre, sont marquées par l'importance du clan (<< Dzouwé »), de la classe d'âges (<< Chikawo », «Béya » ou« Hirimou »). Les clans et les tribus sont plus visibles à Mohéli que dans les autres îles. Les institutions sociales ont connu un élargissement et une adaptation aux nouvelles réalités, dont la première est l'inclusion de l'archipel dans le vaste réseau maritime de l'Afrique de l'Est, de l'Arabie et de l'Inde, inclusion qui suppose la consolidation des villages côtiers. Cette évolution débuta au ){fme siècle et se renforça sous la pression démographique, la cohabitation de plusieurs clans, et sous la complexité des problèmes politiques, économiques et juridiques.

Entre-temps, les îles sont restées des sultanats indépendants et antagoniques. Même au niveau d'une seille île, comme ce fut le cas de la Grande-Comore, le voisinage entre de nombreux sultanats faisait apparaître ces conflits entre souverains.
La position géographique des Comores place ce pays dans un point de passage, d'influences et d'invasions étrangères. Mais, bien avant les visées européennes sur elles, les îles constituaient des sultanats dont on dénombrait jusqu'à dix en Grande-Comore, deux puis un à Mohéli, deux puis un à Anjouan, et un à Mayotte, où l'usurpateur Andriantsoly, un Malgache de l'ethnie Sakalava, ne tardera pas à vendre l'île à la France en 1841, ouvrant ainsi la voie à la colonisation13. La France a exploité à fond les conflits entre les différents « sultans batailleurs» pour s'installer dans l'archipel, prenant de vitesse l'Allemagne
12 Cf Ben Ali (Damir) : Approche historique des structures administratives des Comores, APOI, volume XI, 1986-1989, Editions du CNRS, Paris et Presses universitaires d'AixMarseille, 1991, p. 18. 13Vérin (Emmanuel) : Les Comores dans la tourmente: vie politique de l'archipel, de la crise de 1975 jusqu'au coup d'Etat de 1978, APOI, volume X, 1984-1985, publié en 1989, p. 19.

18

qui le convoitait déjà et les pirates et autres aventuriers malgaches venus spécialement pour razzier les populations et parfois pour chercher à occuper le pouvoir dans les îlesl4. On observe, du reste, que les invasions étrangères sont plus destructrices que les guerres auxquelles se livrent régulièrement les sultans, puisqu'elles accroissent l'appauvrissement de l'archipel, poussant les sultans à rechercher la protection des puissances étrangères. Du reste, certains souverains se croyaient investis du droit d'être « généreux », en proposant aux puissances étrangères, les terres et les biens des sultans voisins et adverses. Profitant de cette pagaille, la France est arrivée à entrer progressivement en possession de l'archipells.

2.- L'évolution du cadre des institutions sous la colonisation française L'occupation des Comores par la France commença par 1'« achat» de Mayotte en 1841, en contrepartie d'une rente de 1000 piastres que Paris accorda à l'usurpateur Andriantsoly, (paris accepta aussi de prendre en charge l'éducation des enfants d'Andriantsoly). En 1886, la France signa des conventions de protectorat avec la Grande-Comore (6 janvier), Anjouan (12 avril) et Mohéli (26 avril). L'unité politique des îles venait d'être réalisée pour la première fois et ce, sous l'impulsion et pour l'intérêt de Paris. D'aucuns n'hésitent pas à parler d'un souci « de se parer hypocritement de la mission civilisatrice» et de « protectoratsfictifs» 16.On sait, par exemple, que le « traité» signé en 1865 par la reine Djoumbé Fatima de Mohéli et le Français Joseph Lambert comportait une clause« classique» de la littérature juridique et anthropologique coloniale française et même européenne de manière générale: Lambert s'engageait à « aider la reine de tout son pouvoir dans ses efforts de civilisation et de moralisation de son peuple». Tout ce qui a été produit sur le plan juridique entre les Comores et la France est sujet à caution, à commencer par la notion de «protectorat ». Celle-ci résulte d'un traité international librement et équitablement élaboré et accepté conjointement par l'Etat protégé et l'Etat protecteur pour que « l'Etat protecteur protège l'Etat protégé ». Ce dernier conserve sa personnalité juridique interne. Ses compétences internationales, quant à elles, sont exercées par l'Etat protecteur. Dans la pratique, les traités de protectorat conclus aux Comores comportent des vices rédhibitoires: contraintes et
14

Martin (Jean) : Comores: quatre îles entre pirates et planteurs: Tome I razzias malgaches et rivalités internationales (fin du XVIIIème siècle-1875), L'Harmattan, Paris, 1983. - Tome II: genèse, vie et mort du protectorat (1875-1912), L'Harmattan, Paris, 1983. 15 Chagnoux (Hervé) et Haribou (Ali) : Les Comores, PUF, Que sais-je?, Paris, 1990, p. 22. 16Vérin (E.) : Les Comores dans la tourmente..., op. cU., p. 19.

-

19

pressions, usurpation de pouvoirs et de titres, application douteuse des tennes du traité, etc. La mainmise de la France était totale et ne favorisait pas le développement des îles. La France s'intéressait à la défense de ses propres intérêts et de ceux de ses ressortissants, dont la domination sur les îles n'a pas cessé de s'accentuer. Tout en tirant un maximum de profits, l'administration était réduite à la portion congrue. Ses moyens eux aussi étaient réduits comme peau de chagrin. Cette politique était destinée à accroître la puissance des sociétés coloniales, devenues désonnais les détenteurs du vrai pouvoir. Déjà, en 1904, le domaine de Humblot à la Grande-Comore (47% de la surface totale de l'île, soit 52.000 sur 114.762 hectares!) était qualifié, à juste titre, d'« Etat dans l'Etat», alors que ce phénomène ne faisait que commencer1'. En réalité, cette mainmise n'a été possible que grâce à la complicité du sultan Saïd Ali, qui en subira les conséquences par sa déposition et la restauration d'un système de rotation de la fonction de sultan. Déjà le 26 février 1906, à la Chambre des députés à Paris, René Le Herissé proclama: « Ce qui se passe dans ces îlesfait injure à la civilisation».
Pour mieux dominer, Paris chassa les sultans de leur pouvoir, et n'a pas hésité à déporter certains panni eux et à accorder aux autres une dérisoire pension. Tel est, notamment, le sort de la Mohélienne Salima Machamba, fille de la reine Djoumbé Fatima. Officiellement, Salima Machamba (1877-1964) se fixa en France de son propre gré, et y resta de son propre gré. En réalité, elle avait à maintes reprises manifesté la volonté d'aller finir ses jours à Mohéli, ou du moins voir Mohéli pour une dernière fois, mais en avait été empêchée. On notera aussi que« c'est elle qui sollicita du général de Gaulle, lors d'un voyage du chef de l'Etat en Bourgogne, un relèvement de sa pension, faveur que les bureaux ministériels n'eurent pas le temps de lui accorder avant sa mort »18. Morte en 1964, elle est inhumée à Pesmes (Haute-Saône).

En 1908, la France rattacha les Comores au Gouvernement général de Madagascar, tout en essayant de leur donner l'illusion d'une autonomie administrative et financière. Un décret du 23 février 1914 réunit les quatre îles en une circonscription administrative de Madagascar, en application de la loi de 1912 qui transfonnait le statut initial de protectorat en colonie ordinaire, subtilité juridique n'ayant aucune conséquence pratique. L'unité ainsi créée en 1914 devenait ce qu'on appelait, dans la terminologie officielle, «Madagascar et Dépendances».
17

Cf Chagnoux
Vérin (p.) : Les

(H.) et Haribou
Comores, op.

(A.) : Les Comores, op. cit., p. 31.
cil., p. 109.

18

20

Dorénavant, l'archipel, devenu « colonie d'une colonie» ou encore une « colonie par procuration », est gouverné par un administrateur des colonies, et chaque île est administrée par un chef de la subdivision, autorité nommée par le Gouverneur général de Tananarive (Madagascar). Au niveau local, l'île est divisée en cantons, eux-mêmes composés de villages, lesquels sont dirigés par un chef (le chef du village) assisté du Conseil des notables. Cependant, la réalité du pouvoir était entre les mains du chef de la subdivision, qui se faisait entourer d'un personnel des services civils qu'il nommait et révoquait à sa guise. Encore traumatisés, certains Mohéliens parlent du « Yézi ya Dipi », « le règne de Dupuy» en souvenir d'une autorité coloniale particulièrement sadique et vicieuse qui, entre autres gâteries, se déplaçait dans une sorte de fiacre sans chevaux (<< Fl1ako »), porté par des Mohéliens « punis» par Dupuy qui, à des heures impossibles, exigeait la pêche de poissons d'une couleur donnée. Les poissons devaient rester vivants! D'où, l'expression mohélienne : « Mauvais comme le règne de Dupuy» . Pour ce qui est du système judiciaire, un décret du 5 novembre 1904 a mis sur pied un tribunal de première instance à Mayotte. Sur chaque île, certains agents de la subdivision, nommés par le Gouverneur général, exerçaient les compétences du ministère public et de la police judiciaire. Le juge-président de Mayotte faisait la navette entre les îles. Les Comores n'ont pas fait disparaître ce « tourisme judiciaire» à cause de la concentration des magistrats, réels ou de prestige, à Moroni. Parallèlement, il existait une «justice indigène », dont les Cadi (juges religieux) étaient désignés par le pouvoir central et régis par les décrets du 29 mars 1934 et du 1erjuin 1939. Le Minhadj-AI-Talbin, traité de jurisprudence musulmane chafiite de l'Imam arabe Mohydine Abou Zakaria An Nawawi (1233-1278) était déclaré par les deux décrets précités, seul code officiel des Comores. La principale caractéristique de l'administration coloniale aux Comores est la centralisation. Cette dernière ne sera atténuée très légèrement que par l'avènement de la !Vrne République en France en 1946. Même l'occupation anglaise durant la Seconde Guerre mondiale (les Mohéliens l'appellent« la guerre des Anglais contre Pétain») de juillet 1942 à octobre 1943, n'entraîna aucun changement. Cependant, la loi du 9 mai 1946 détacha les Comores du Gouvernement général de Madagascar, et leur attribua le statut de territoirefrançais d'outre-mer (TOM). Une« promotion». Cette mutation donnait à l'archipel son autonomie interne, en matière administrative et financière. Qui plus est, le décret du 25 octobre 21

1946 dotait les Comores d'une assemblée élue, le Conseil général, et qui sera dénommée Assemblée territoriale à partir de 1952. Plus tard, est adopté le décret du 27 juillet 1957 relatif à la mise en application de la loi n056-619 du 23 juin 1956 plus connue sous le nom de« Loi-cadre Deffèrre » (du nom de Gaston Defferre) ou« Loi-cadre pour les territoires d'outre-mer». A la suite de ces mesures auxquelles il faut associer la loi n° 57-702 du 19 juin 1957, est créé un Conseil de gouvernement à côté de l'Assemblée territoriale. TI faut noter que le Conseil de gouvernement se présentait sous forme de pouvoir exécutif agissant dans le cadre d'une décentralisation et constitué de six à huit ministres (parmi lesquels on n'y trouvait pas encore de Mohéliens et de Mahorais. Il a fallu attendre la décennie 1970 pour qu'un Mohélien et un Mahorais deviennent ministres). Ces ministres sont élus au scrutin de liste par l'Assemblée territoriale, et placés sous l'autorité du chef du territoire. Par la même occasion, il y eut extension des compétences de l'Assemblée territoriale: le statut des fonctionnaires du territoire; la procédure civile (l'organisation judiciaire est confiée aux métropolitains et aux autorités dites de la «justice indigène») ; les professions libérales; les établissements publics et les départements ministériels; les questions relatives au statut civil, coutumier, et à l'état civil; la codification des coutumes; le domaine public et privé du territoire; le commerce intérieur; les organisations socioprofessionnelles des producteurs; les questions portant sur l'élevage, la commercialisation et l'abattage des animaux ; le contrôle des voies de communication; l'organisation de l'épargne; la formation et l'enseignement de manière générale; l'administration pénitentiaire; le vote du budget et la détermination des impôts.
Par ailleurs, lors du fameux référendum du 28 septembre 1958 sur la Communauté française, la population de l'archipel des Comores exprima sa volonté de rester dans le cadre d'un TOM (territoire d'outre-mer) français. Cette option n'est pas sans rappeler le discours prononcé par Michel Debré, alors Premier ministre français, le 27 août 1958 devant le Conseil d'Etat, discours à travers lequel, il a qualifié les îles Comores, entre autres colonies, de «fractions isolées de la France et qui ne peuvent en aucun cas prétendre vivre seules» 19, et qui « peuvent et doivent se diriger vers le statut qui les intègre à la République, c'est-à-dire qui maintient leur statut actuel [...] »20. Nous n'avons même pas besoin de souligner le caractère foncièrement colonialiste de cette opinion.
19 Debré (Michel) : Discours devant le Conseil d'Etat, 27 août 1958, in Constitution française du 4 octobre 1958, Documents d'études - La Documentation ftançaise, n° 1.04, édition de 1992,Paris, 1992,p. 18. 20 Debré (M.) : Discours devant le Conseil d'Etat, op. cit., p. 19.

22

Par la suite, on assiste à l'adoption de la loi du 22 décembre 1961, qui dota le territoire d'une large autonomie de gestion, avec la mise en place de nouvelles institutions: un haut-commissaire français, représentant de Paris sur le territoire; le Conseil de gouvernement (composé de six à huit membres) précité; une Chambre de députés (ex-Assemblée territoriale) de 31 membres élus au suffrage universel direct; et un Conseil de subdivision, élu pour quatre ans dans chaque île.
En 1962, eut lieu une des plus grandes catastrophes politiques des

Comoresau ~me

siècle: l'élection de Saïd-Mohamed Cheikh à la tête du

Conseil de gouvernement. Cheikh, aide-soignant autoproclamé docteur (aux Comores, infirmiers et aides-soignants portent le titre de docteur!), mesquin jusqu'à la caricature, inculte, ouvertement fasciste, et originaire de l'île de la Grande-Comore, n'avait aucun projet de société, si ce n'était son mépris viscéral et son hostilité envers Mayotte et Mohéli.

L'une de ses premières et plus graves décisions, a été le transfert injustifiable de la capitale des Comores de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni, chez lui en Grande-Comore. Mayotte n'a jamais oublié cet affront qui ne cessera pas d'avoir des retombées négatives sur le devenir des Comores. L'impopularité de Cheikh à Mayotte a battu des records, au point que quand celui-ci s'est rendu sur place, le 2 août 1966, il a été accueilli par des Mahorais furieux qui le lapidèrent. De même, quand des « Serrer-Iamain» (les Mahorais favorables au rapprochement avec les autres îles) ont voulu se rendre à Moroni le 13 octobre 1969 pour soutenir Cheikh, ils en ont été empêchés par le Mouvement populaire mahorais (MPM).
S'agissant de Mohéli, « le royaume de Djombe Fatima, que s'étaient disputé un siècle auparavant la France et Zanzibar, était entré dans une léthargie et souffrait de ne disposer d'aucun ministre pour défendre ses intérêts, car aux Comores, autrefois comme aujourd'hui, on est d'abord insulaire avant que d'être patriote. [...]. Cette observation demeure encore actuelle. Alors, elle s'appliquait aussi à Mayotte où Said Mohamed Cheikh ne nomma jamais un ministre mahorais »21. En affirmait que d'importance ministres des 1976, Thierry Flobert ne disait pas autre chose quand il « ce que Moroni peut faire pour la petite île [Mohéli] n'a pas aux yeux de ces habitants n'ayant aucune confiance dans les autres îles, et encore moins dans un président anjouanais (ou

21

Vérin (P.) : Les Comores,

op. cit., p. 12.

23

grand comorien). Les Mohéliens considèrent la présence de l'un des leurs au gouvernement comme la seule garantie de protection de leurs intérêts »22. Un des courtisans de Cheikh a demandé à celui-ci si ses méthodes ne risquaient pas de créer un jour des grands problèmes politiques. Avant de répondre, Cheikh lança en l'air ses lunettes et dit ceci: «A mes yeux, les Mohéliens ne valent pas plus que mes lunettes [de 500 KMF = 10 FRF] ». TI fit ensuite sa tristement célèbre déclaration: « Oi-Moüi, mdzima tréndlé, mdzima poumbou », « ces Mohéliens, dont les uns ont les pieds enflés et les autres les testicules enflés» (<< maladies honteuses» répandues sur toutes les Comores, mais qu'« on » croit pouvoir attribuer aux seuls Mohéliens).

De 1946 à 1970, Cheikh était la principale personnalité politique des Comores et ses méthodes ont fait des émules. La France n'a jamais ramené le dictateur à plus de sagesse et n'ignorait pas les dangers d'une telle erreur. Pourtant, elle disposait de tous les moyens nécessaires au maintien de la capitale des Comores à Mayotte. Mais, pourquoi empêcher une mesure scélérate, surtout quand la France pouvait s'en laver les mains en se cachant derrière le fallacieux argument «d'affaires comoro-comoriennes »? A partir du 3 janvier 1968, la tendance à l'élargissement des pouvoirs de la Chambre des députés et du Conseil de gouvernement se renforça. Entre-temps, des partis politiques comoriens se livraient à d'âpres rivalités, et l'idée de décolonisation faisait son chemin. 3.- L'accession des Comores à l'indépendance et la sécession de Mayotte La revendication de l'indépendance des Comores a commencé en 1961 avec la création du Mouvement de libération nationale des Comores (MOLINACO) à Dar-Es-Salam (Tanzanie). Le MOLINACO regroupait des intellectuels comoriens et avait obtenu une reconnaissance internationale, notamment auprès de l'ONU et de l'OUA. TI a été reconnu comme mouvement de libération nationale et obtenait une aide internationale conséquente23. Cependant, la France avait pris ses dispositions pour que cette organisation n'ait pas d'assises officielles dans l'archipel, malgré ses liens avec le PASOCO.

22

Flobert (Thierry) : Les Comores, évolution juridique et socio-politique, Aix-Marseille, 1976, cité par Vérin (p.) : Les Comores, op. cit., p. 12. 23 Cf Hasbi (ADz) : Les mouvements de libération nationale et le droit international, Editions Stouky, Rabat, 1981, pp. 343 et sq.

24

Sur le plan interne, le Parti socialiste des Comores (pASOCO), créé en août 1969, fut le premier parti politique comorien à se rallier aux thèses indépendantistes du MOLINACO, suivi par la socialiste ASEC ou Association des stagiaires et étudiants des Comores, et par d'autres groupuscules de Gauche, plus ou moins structurés et crédibles. Le 16 mars 1970, Saïd-Mohamed Cheikh est décédé, et en avril Ibrahim Saïd-Ali, fils de Saïd-Ali le dernier des sultans de la GrandeComore, devient président du Conseil de Gouvernement. Parlant de Ibrahim Saïd-Ali en comparaison avec Cheikh, un observateur nota que, « d'une intégrité qui n'est mise en cause par personne, cet homme d'une soixantaine d'années, fin, cultivé, très pieux, voit son prestige accru par sa qualité de pèlerin de la Mecque. D'autres traits contribuent à révéler en lui l'opposé de son prédécesseur: il est aussi calme que Mohammed Cheikh était coléreux, aussi patient que celui-ci était bouillant et impulsif La pratique du népotisme lui est étrangère,. lefaste ne lui tente guère [...] »24. Cependant, Ibrahim Saïd-Ali fut renversé par les députés le 12 juin 1972, et a été remplacé par Saïd Mohamed Djaffar, lui-même obligé par les parlementaires comoriens à céder le pouvoir à Ahmed Abdallah, le 22 décembre 1972. De la Chambre des députés, Ahmed Abdallah reçut le mandat de « négocier l'accession des Comores à l'indépendance, dans l'amitié et la coopération avec la France ». Bernard Stasi, ministre français des DOM-TOM, et Abdallah ont, dans une déclaration commune du 15 juin 1973, annoncé le principe de l'organisation d'une consultation populaire dans un délai de cinq ans, ainsi qu'une période transitoire au cours de laquelle les compétences d'Etat seront progressivement transférées aux autorités comoriennes. Mais, on est aux Comores. Et, au lieu de 1978, le scrutin eut lieu le 22 décembre 1974. La question posée est: les populations îles Comores sont-elles pour leur indépendance ou souhaitent-elles demeurer au sein de la République française? Plus de 94% des électeurs comoriens, toutes îles confondues, ont manifesté leur attachement à l'indépendance25.
De par île, les résultats du référendum sont les suivants : - Grande-Comore: 99,98%
24

Legris

(Michel) 1971, p. 5.

: Un archipel

plus

une île. IV. - Le prince

et le sénateur,

Le Momk,

3-4

janvier 25 Cf Comores,

Wadaane-Mahamoud (AJuned) : Mayotte: le contentieuxentre la France et les
L'Harmattan, Paris, 1992, p. 121.

25

colonial.

-Mohéli: 99,88% -Anjouan: 99,92% - Mayotte: 36,18%, soit 63,80% en faveur du maintien du statut

Mayotte et la France ont imposé une appréciation des résultats du scrutin île par île et ont fait prévaloir que les électeurs étaient les populations de chacune des îles et non la population des Comores. Les fraudes furent massives et les menaces évidentes, de part et d'autre. D'ailleurs les taux frisant les 100% parlent d'eux-mêmes car, à Mohéli, par exemple, les adversaires de l'indépendance étaient légion et le chiffre de 99,88% est tout simplement risible.

Ici, les thèses officielles françaises se contredisent. En effet, le 31 janvier 1972, Pierre Messmer, alors ministre français des DOM-TOM a affirmé : «Mayotte française depuis cent trente ans peut le rester pendant autant d'années si elle désire. Les populations seront consultées dans ce but, et il sera procédé, à cette occasion, à un réftrendum île par île». Plus tard, Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française, tiendra un discours tout à fait différent au cours d'une conférence de presse en date du 24 octobre 1974 : «Est-il raisonnable d'imaginer qu'une partie de l'archipel devienne indépendante et qu'une île, quelle que soit la sympathie qu'on puisse éprouver pour ses habitants, conserve un statut diffirent? Je crois qu'ilfaut accepter les réalités contemporaines. Les Comores sont une unité, ont toujours été une unité,' il est naturel que leur sort soit un sort commun, même si, en effet, certains d'entre eux pouvaient souhaiter - et ceci
naturellement nous touche et bien que nous ne puissions pas, ne devions pas en tirer les conséquences - même si certains pouvaient souhaiter une autre

solution. Nous n'avons pas, à l'occasion de l'indépendance d'un territoire, à proposer de briser l'unité de ce qui a toujours été l'unique archipel des Comores ». Mais, Paris fit prévaloir l'opinion de Pierre Messmer. Toujours est-il que, les Mahorais (les natifs de Mayotte) ont eu le moyen légal de manifester leur mécontentement vis-à-vis de l'arrogance de Cheikh et d'Abdallah. Le transfert de la capitale des Comores en 1962 a été souvent évoqué à cette occasion et est le principal point sur lequel se cristallise une grande partie de la rancœur des Mahorais. S'y ajoute le fait que les Mahorais n'ont jamais vu d'un bon œil l'accaparement de leurs terres par les ressortissants et autorités de Grande-Comore et d'Anjouan. En plus, Cheikh, avec sa morgue, n'a jamais accédé à la demande formulée par les Mahorais pour l'obtention d'un petit bateau de liaison entre la Grande Terre et la Petite Terre de Mayotte, alors qu'entre l'île principale et l'îlot voisin la circulation des personnes et des biens est incessante. 26

Mayotte réitéra sa position de décembre 1974, lors du référendum organisé le 8 février 1976 par la France spécialement pour les Mahorais. Ce choix a multiplié les polémiques et, souvent la condamnation de la France, accusée, à juste titre, de violer la Résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960, intitulée « L'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux» ou « Charte de la décolonisation». L'article 6 de cette résolution stipule, en effet, que « toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l'unité nationale ou l'intégrité territoriale d'un pays est incompatible avec les buts et les principes de la Charte des Nations Unies». De même, l'article 3 de la résolution insiste sur le fait que « le manque de préparation dans les domaine politique, économique ou social ou dans celui de l'enseignement ne doit jamais être pris comme prétexte pour retarder
l'indépendance ».

La controverse est de taille, et « alors que les Comores, comprenant l'ensemble de l'archipel étaient admises le 12 novembre [1975] à l'ONU, les Mahorais chassaient de Mayotte les autres Comoriens [...]. Avec le réfirendum sur mesure du 8 février 1976 favorable à 99% au maintien des liens avec la France, et même au statut de département, les Mahorais et la France avaient réussi à disjoindre provisoirement le cas de Mayotte »26.

Entre 1975 et 1978, les autorités comoriennes ont réclamé avec vigueur le retour de Mayotte dans l'ensemble comorien. Mais, une très grande erreur politique a été commise par Alnned Abdallah, auteur de la proclamation unilatérale de l'indépendance, le 6 juillet 1975. Pressé d'avoir tous les leviers de l'Etat entre ses mains et de se débarrasser du hautcommissaire français, Alnned Abdallah a agi selon sa méthode habituelle: la brutalité. Or, les négociations avec la France avaient le mérite d'exister, malgré leur lenteur. Or, la lenteur est l'une des caractéristiques de la négociation.
Proclamer l'indépendance alors que le statut de Mayotte n'était pas encore défini et qu'aucun compromis n'était obtenu fut une lourde erreur qui scella la partition de l'archipel et qui a réduit à néant l'emploi des procédés susceptibles de favoriser une solution équitable qui aurait été l'attribution d'une large autonomie à chaque île.

Entre 1975 et 1978, le gouvernement dirigé par Ali Soilih eut des rapports déplorables avec la France. Depuis mai 1978, avec la destitution et l'assassinat d'Ali Soilih par les mercenaires commandés par Bob Denard (ou « commandant Maurin », « Gilbert Bourgeaud », ou encore « "colonel"
26 Ki-Zerbo (Joseph): Histoire de l'Afrique noire, Ratier, Paris, 1978, p. 527.

27

Saïd Moustolfa Mhadjou ») et envoyés par la France et le tandem Ahmed Abdallah-Mohamed Ahmed, les Comores se contentent de sauver les apparences, en faisant de temps à autre et sans conviction, des déclarations de principe. Même le FROLIMA ou Front de libération de Mayotte, créé par Ali Soilih n'a pas survécu à son fondateur. En 1993, le Président Djohar avait convoqué Mohamed Hassanaly, Mouzaoir Abdallah, Ali Mlahaili et SaïdHassane Saïd-Hachim pour leur intimer l'ordre de ne plus faire de déclarations publiques sur le statut colonial de Mayotte et sur la nécessité de trouver les voies et moyens de rattacher cette île à l'ensemble comorien'
Les Comoriens s'accommodent du statut de Mayotte, l'envient et en tirent profit, provoquant le mécontentement des Mahorais. Régulièrement, les Mahorais réagissent contre l'immigration clandestine de leurs voisins, et depuis 1994, un visa d'entrée à Mayotte a été imposé aux autres Comoriens. Mayotte aurait une population de 94.000 habitants, dont 15.000 Comoriens, en situation irrégulière pour la plupart. La perspective d'avoir à Mayotte un salaire à la fois régulier et quatre fois supérieur à celui qu'on perçoit aux Comores constitue un motif de déplacement pour nombre de Comoriens. De surcroît, ces derniers trouvent à Mayotte des soins médicaux de qualité, et sur cinq personnes accouchant à la principale maternité de Mayotte, trois sont des Comoriennes27. S'y ajoutent les réfugiés qui fuient la répression depuis 1976, et ceux qui y font des mariages de complaisance pour obtenir la nationalité française. Cette filière est excessivement exploitée par des personnes originaires de la GrandeComore et d'Anjouan. Ahmed Abdallah, l'auteur de la déclaration unilatérale d'indépendance de 1975, n'a jamais renié sa nationalité française.

En 1984, le cyclone Kamissy causa des dommages à Mayotte. Les autorités de Moroni y ont envoyé une aide humanitaire derrière laquelle se cachait une volonté de récupération politique. Les Mahorais ont refusé ladite aide, bien que le navire qui la transportait se trouvait déjà sur le port de l'île. Certaines personnes avaient été tentées de prendre ces vivres gratuits, mais en ont été empêchées: « Certains les ont pris et les ont cachés. Les regrets les ont gagnés », dit la chanson composée spécialement par AIpajo (papa Djo), un fervent adversaire du rattachement de Mayotte aux Comores. Mais, il y a plus grave encore: la colonisation n'a jamais pu évangéliser les Comores; et ce n'est qu'après 1975 que quelques Mahorais ont accepté volontairement de se convertir au christianisme, pour marquer leur différence par rapport aux autres Comoriens. Bien évidemment, l'affirmation
27 Cf AFP: Protestations contre l'immigration clandestine de Comoriens BQA (Bulletin quotidien d'Afrique) n013820, Paris, 27 octobre 1992, p. 35.

à Mayotte,

AFP

28

selon laquelle les Mahorais ont choisi de rester Français en 1974 parce qu'ils sont majoritairement chrétiens, est ridicule. En définitive, Mayotte relève de la souveraineté française, sans doute pour longtemps, tant que la France continuera de considérer que Mayotte, en face du Canal de Mozambique, est un lieu stratégique appréciable et peu coûteux et qui a accepté le drapeau français sur son territoire, à un moment où l'empire colonial français n'est plus que l'ombre de lui-même. Même si la France mettait fin à sa présence à Mayotte, cette île ne retournerait dans le giron comorien. La déconfiture de l'Etat aux Comores n'est pas faite pour soulever des sentiments pro comoriens à Mayotte. L'une des manifestations les plus significatives de ce délabrement de l'Etat comorien réside dans le fait que la France avait une politique qui n'incitait pas les jeunes de Mayotte à faire de vraies études, puisque avec un niveau de collège ou de lycée, ils devenaient des fonctionnaires bien rémunérés, et que pour ne pas tomber dans ce piège, plusieurs centaines de Mahorais étudiaient dans des établissements publics des Comores. Aujourd'hui, ce sont les jeunes des Comores qui s'instruisent à Mayotte.

Le 2 juillet 2000, profitant de la lassitude de la « communauté internationale» sur le dossier Mayotte et du délabrement de l'Etat comorien, la France organisa sur l'île un référendum sur la transformation de Mayotte en « collectivité départementale ». 74% des habitants de Mayotte votèrent pour cette évolution juridique. 4.- Les Comores indépendantes: institutionnelles les options politiques et

Les Comores, petit pays ayant de grands problèmes, sont un modèle sui generis d'Etat. Elles font parler d'elles à l'occasion de circonstances dont certaines frisent le tragi-comique et le ridicule. En effet, et pour remonter jusqu'au référendum d'autodétermination de 1974 précité, ce scrutin a suscité plusieurs controverses et interrogations aux Comores, dans l'immédiat, mais aussi dans le futur : « Le territoire a connu en peu de temps (1975-1978) une succession d'événements violents et contradictoires: proclamation unilatérale de l'indépendance [le 6 juillet 1975] (puis négociée ultérieurement par tractations diverses) par le Président Abdallah, coup d'Etat [le 3 août 1975] de Ali Soi/ih qui veut instaurer à (trop?) vive allure les fondements d'une société socialiste révolutionnaire,. contrecoup d'Etat [le 13 mai 1978] avec l'assistance de mercenaires étrangers du Président Abdallah qui élimine Soilih et reprend le pouvoir à son compte en 1978 en ramenant le balancier au point de 29

départ mais dans des conditions économiques et sociales profondément perturbées» 28.
En réalité, l'envoi des mercenaires de Denard par la France en 1975 était destiné à « punir» Abdallah, coupable d'avoir proclamé sur un coup de tête, l'indépendance des Comores alors que rien ne laissait présager une telle aventure. En 1978, des mercenaires rétablissent l'autorité de l'Hexagone sur l'ensemble des îles et « sanctionner» au passage Ali Soilih, en l'assassinant car, ce dernier avait déployé des « trésors de francophobie».

Le souci de contrôle de l'archipel par la France a également prévalu lors de l'assassinat d'Abdallah dans la nuit du 26 au 27 novembre 1989, toujours par l'inimitable et inévitable Denard, car l'Hexagone désapprouvait l'emprise de la République Sud-africaine sur les Comores, chasse gardée de la France. Quand Abdallah est assassiné par Denard en novembre 1989, les mercenaires ont placé au pouvoir Djohar, demi-frère d'Ali Soilih, un instituteur retraité, nommé pour le prestige, à la présidence de la Cour suprême (un exemple de gérontocratie). Naturellement, la désignation de Djohar est entérinée par les élections présidentielles du Il mars 1990, outrageusement truquées par Omar Tamou, ministre de l'Intérieur qui, pourtant ne jouira pas longtemps de la gratitude de Djohar (cf infra). Le 28 septembre 1995, le même Denard internent avec l'aide de ses mercenaires pour écarter Djohar du pouvoir. Le chef de l'Etat fut retenu prisonnier par les mercenaires pendant une semaine avant d'être libéré par un détachement français qui le déporta sur l'île de la Réunion, département français de l'océan Indien. Grâce à une médiation de l'OUA, Djohar retrouva le palais présidentiel de Moroni en janvier 1996, mais fut sommé de ne prétendre qu'à un rôle purement honorifique, sans possibilité de se présenter aux élections présidentielles du 10 mars 1996. Enfin, furent organisées les élections présidentielles de l'aprèsDjohar et « le deuxième tour de celles-ci eut lieu le 16 mars 1996 (dans l'indiffirence de la population, plus de 45% des électeurs ayant refusé de se rendre aux urnes) et fut remporté par Mohamed Taki Abdoulkarim, un politicien sorti tout droit de l'époque médiévale, voire de l'Antiquité,. pour lui, les Comores se limitent à sa région natale du Hamahamé (dont à maintes reprises il a déclaré la sécession et ce, chaque fois qu'il est en
28 Cadoux (Charles) : Les décolonisations dans l'océan Indien et l'émergence de nouveaux rapports. Le cas des îles du sud-ouest, APO!, volume VIII, 1981, publié en 1984, p. 53.

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désaccord avec Moroni). Parallèlement, il considère Mbéni - son village natal - comme le nombril du monde, les Comoriens ses vassaux, et se prend lui-même pour un Néron des temps modernes: n'a-t-il pas déjà promis d'incendier Moroni et planter des bananiers à la place? »29. Telle fut l'opinion que j'ai émise le jour-même de l'élection de Taki. J'aurais tant souhaité avoir eu tort. Malheureusement, il n'en est rien, même si l'élu de mars 1996 n'a pas exécuté son projet d'incendie sur Moroni. La mort de Taki en 1998 fut suivie d'une transition cahoteuse et d'un coup d'Etat. A ce niveau, signalons que les Comores ont connu deux modèles institutionnels principaux. Le premier est instauré par Ali Soilih de 1975 à 1978, et se caractérise par ses orientations socialistes (de type maoïste) et s'inspire du système communautaire ou Oudjamaa de la Tanzanie voisine, lui-même sur les traces des communes rurales chinoises. Ce cadre se voulait autogestionnaire et en rupture avec l'administration coloniale.
En revanche, le choix institutionnel opéré par Ahmed Abdallah est, théoriquement, le fédéralisme, mais en réalité, une centralisation poussée. Quant à lui, Djohar ne remet pas en cause ce modèle, malgré les pressions exercées par la classe politique mohélienne, partisane d'une autonomie plus large et réelle des îles, voire d'une confédération. Entre les deux chefs d'Etat, il n'y a que peu de divergences. En août 1992, un ancien coopérant belge, retraité et resté à Mohéli, Arthur Dan Doven, m'a fait part de son opinion sur les deux présidents: «Ahmed Abdallah était plus politique, c'est-à-dire plus démagogue et plus manipulateur, mais Saïd-Mohamed Djohar maîtrise mieux la langue française que son prédécesseur ». Dan Doven n'a pas tort, loin s'en faut.

En 1996-1998, Taki conserva le fédéralisme de façade des années Abdallah et Djohar. Mais, incompétent entouré d'incompétents, il n'a rien fait pour lutter contre le mal qui ronge l'Etat comorien. Et, les Mohéliens et les Anjouanais réclamèrent leur indépendance à l'égard de Moroni, une année après l'élection de Taki. En avril 1999, un autre cadre institutionnel est mis en place à la suite d'accords conclus à Antananarivo (Madagascar). Ces accords seront suivis d'autres, mais les données du problème resteront les mêmes, compte tenu des rivalités politiques en présence. Mais, au-delà des revendications des uns et des autres, se proflle l'inquiétant état du développement socio-économique des Comores.
29

Riziki Mohamed (Abdelaziz) : Contribution des organisations non gouvernementales au développement en Afrique. Cas des Comores, Thèse de Troisième Cycle en Droit public, Université Mohammed V, Rabat, 15 octobre 1994, mise àjour en mars 1996, p. 13.

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C.- L'état du développement socio-économique des Comores La situation socio-économique des Comores n'est pas des plus perfonnantes : « l'archipel des Comores symbolise [...] tous les maux dont souffre l'Afrique »30.Pour s'en convaincre, il faut partir de l'idée suivante: en 1993, les Comores occupent la 139ème place des 173 pays classés par le PNUD selon leur IDH (indicateur du développement humain). Elles ont un pœ réel ajusté par habitant de 721 dollars, un PNB de 480 dollars par habitant, une espérance de vie de 55 ans, 12,290 habitants par médecin, 3,3% du PNB consacrés aux dépenses sanitaires, un coefficient de dépendance alimentaire (importation/consommation) de 37,5%. Quant à l'enseignement, il reçoit, théoriquement, 4,3% du PNB, et 61% des adultes sont scolarisés31. A titre de comparaison, en 1998, les indices des Comores se présentent ainsi :

-Mortalité
- Espérance - Taux

infantile: 83 pour 1000 (contre 165 en 1960)
de vie à la naissance: 56,5 ans (42,5 ans en 1960)

-Taux d'alphabétisation:

57,3% (primaire: 78%; secondaire: 19%)
39%

-pœ réel par habitant: 1317 dollars -pœ réel corrigé par habitant: 1317 dollars -Médecins pour 100.000 habitants: 10
-

de scolarisation, tous niveaux confondus:

- Infirmiers pour 100.000 habitants: 33 - Dépenses publiques de santé: 3,3% du pœ Dépenses publiques d'enseignement: 3,9% du PNB Population active: 45% de la population totale Agriculture: 77% (83% en 1960) Industrie: 9% (7 en 1960) Secteur tertiaire: 13% (10% en 1960) Radios: 137 postes pour 1000 personnes Téléviseurs: 5 postes pour 1000 personnes Lignes d'abonnements téléphoniques pour 1000 habitants: 9 Téléphones publics payants pour 1000 personnes: 0,1 Dette extérieure: 0,2 milliard de dollars - Aide publique reçue en 1996 (versements nets) : 40 millions de dollars, soit 17,1% du PNB ou encore 80 dollars par habitanf2.

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-

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Amalric (Jacques) : M. Mitterrand demande au président des Comores d' « assainir » l'économie, Le Month, Paris, 14 juin 1990, p. 5. 31 Cf PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1993, Economica, Paris, 1993, pp. 158 à 191. 32 PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1998, Economica, Paris, 1998, pp. 149-206.

30

32

L'agriculture reste la principale activité des Comores; elle occupe 65% de la population active et participe à 50% à la formation du PNB, contre 5% pour l'industrie, ou 30% et 45% pour les services (avec une nette prépondérance des activités commerciales). Par milliers de tonnes, la production agricole peut être présentée de la manière suivante: Bananes = 52 ; manioc = 46 ; noix de coco = 50 ; riz = 15 ; patates

douces, maïs = 4 ; légumineuses = 7 ; ignames = 1,8 ; tarots = 1,7 ; ambrevades, fruits, ilang-ilang, vanille = 0,127 ; girofle = 0,681 ; coprah = 3. Autres; basilic, cassie, oranges, lantana, poivre, cannelle, café... Elevage (par milliers de têtes) : Poulets = 66 ; chèvres = 125 ; bovins = 47. Pêches: 8000 tonnes. De subsistance et tournée vers l'exportation, cette agriculture connaît de sérieux problèmes. Tout d'abord, en raison du morcellement des terres exploitables, de l'érosion (surtout à Anjouan) et de l'utilisation de méthodes culturales archaïques, l'agriculture comorienne n'est pas en mesure d'assurer une autosuffisance alimentaire à l'archipel. En témoignent, les importations de riz, de la viande bovine sud-africaine et botswanaise, entre autres opérations qui, du reste, affectent lourdement la balance comorienne des paiements. Ensuite, la primauté accordée aux cultures de rente pose problème à cause de la mévente des produits agricoles comoriens sur le marché international. En plus, les opérations de commercialisation sont très mal organisées et très peu de profits ont été tirés par les Comores sur la vente (<< mévente») des produits de rente33. De cette situation résulte une pénurie de devises que l'Union européenne compensait autant que faire se peut, au titre du STABEX34,dans le cadre de la Convention de Lomé. C'est à ce titre que lors des transferts de 1989, par exemple, Les Comores ont bénéficié de 808.000 ECU pour la vanille, et 655.000 ECU pour le girofle. Ces fonds ont été volés par les autorités de Moroni. Entre-temps, les exportations rapportent 115,2 millions de FRF, dont 72,5 millions pour la vanille, 25,5 millions pour l'ylang ylang, et 12,6 millions pour le girofle. Pour les importations, elles coûtent 271,5 millions,
33 Oyowé (Augustin) : Les Comores, une situation économique CEE, n0130, Bruxelles, novembre et décembre 1991, p. 31. 34 ST ABEX: Système de stabilisation des recettes d'exportation. 33 critique, Le Courrier ACP-

dont 55,2 millions pour le riz, 15,6 pour les produits pétroliers, 15,2 pour les équipements de transports, 6,8 millions pour le fer et l'acier et 6,2 millions pour le ciment. Les Comores ont un taux d'accroissement naturel de 3,3% par an, une population essentiellement jeune (45% des Comoriens ont moins de 15 ans, et 57% moins de 20 ans). Nombre de Comoriens émigrent et on en dénombre actuellement plus de 100.000 fixés en France. Une gestion laxiste fragilise la structure sociale et économique de l'archipel. L'aide internationale est attendue avec impatience par les dignitaires du régime, pressés de la répartir entre eux. Les résultats de cet infantilisme sont connus: les arriérés de salaires peuvent durer une année (sans possibilité de rappel), les villages sont privés d'eau et d'électricité, les systèmes scolaire et médico-sanitaire sont des plus délabrés35. Ces desiderata sont accentués par la présence des mercenaires dans l'archipel de 1978 à 1989. L'un d'eux témoigne: « ...Denard ne s'intéresse plus qu'aux affaires et met en coupe réglée le pays qui n'avait jamais été aussi pauvre [...]. Les quelques officiers [...] ont accaparé le petit commerce [...]. Le riz coûte de plus en plus cher. La viande est réservée à la Garde et aux quelques familles qui trafiquent avec Denard et Abdallah. Les Comoriens en sont réduits à manger des hérissons. Ceux qui veulent se procurer un kilo de riz doivent fournir en échange un kilo de vanille »36.A l'époque, le kilo de riz coûtait 150 KMF et celui de la vanille théoriquement 3000 KMF! En décembre 1989, les mercenaires ont regagné leurs pays d'origine, mais leurs méthodes n'ont pas disparu; elles sont mises en œuvre par des Comoriens, qui avaient déjà une longue expérience en corruption. Les hommes changent (pas tous!), mais les pratiques restent en vigueur. La bêtise a une longévité exceptionnelle, et « [...] aux Comores, l'Etat est pillé par des proches du Président Djohar, un poulain de la France. "Les Comoriens en reviennent à regretter le temps des mercenaires", soupire un
haut fonctionnaire»
37.

Les conséquences du manque de civisme de la part des dignitaires des différents régimes comoriens sont à la mesure de la gabegie, puisque

35

Cf. AFP:

Les dangers du «Mkara-kara

» [ColTUption en comorien],

dépêche du 15 juin

36 Cité par : Péan (pierre) : Affaires africaines, 2ème édition, Fayard, Paris, 1991, pp. 183-184. 37 DuteD (Mireille) : Les héritiers de l'Afrique, Le Point nOll17, Paris, 12 février 1994, p. 41.

1990.

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dans le secteur de l'enseignement, les « années blanches» se succèdent, tandis que les malades sont toujours évacués vers l'étranger; une très grande partie de la population vit sans revenus stables et conséquents, participant ainsi au développement de la délinquance et à la destruction du précaire tissu socio-économique. A l'heure actuelle, des programmes de développement sont élaborés pour sortir les Comores du marasme. Certains ont été conçus par les autorités comoriennes, alors que d'autres sont préparés par les principaux bailleurs de fonds des Comores: France, Japon, Chine, République sud-africaine lors de l'Apartheid, ou encore PNUD, PAM, Banque mondiale, Union européenne, voire des organisations non gouvernementales, ces dernières apportant aux Comores, 2,1 millions de dollars par an. Toutefois, c'est le FMI qui s'est le plus imposé en matière de ce qu'on appelle pudiquement « stratégies» de développement aux Comores, en optant pour des méthodes technocratiques, très peu fiables, fantaisistes à souhait, résolument criminelles et qui ont déjà fait leur preuve d'inadéquation dans les autres pays sous-développés: il s'agit des programmes d'ajustement structurel ou PAS

Considérations fmales
Aux Comores, du mal naît le pire. Les politiciens se succèdent à la tête de l'Etat. A tour de rôle, chacun y déploie des trésors de médiocrité. Lors de son règne, il demeure honni. En quittant le pouvoir, il devient le mauvais que remplace le pire. Sans qu'il puisse être apprécié de manière positive, il donne lieu à un constat: « Le prédécesseur ne valait rien mais, tout compte fait, il valait mieux que le successeur », disent souvent les Comoriens, désabusés. Les continuelles ruptures du contrat social par les détenteurs de l'autorité font tomber les Comoriens de Charybde en Scylla chaque fois que s'opère changement de régime.

Cette situation a anéanti la possibilité d'avoir un Etat viable aux Comores. Dès lors, une question se pose: dans quelle mesure les institutions nationales peuvent -elles éliminer les tares de l'administration comorienne, afin que soient jetées les bases d'un meilleur développement? On peut toujours espérer un miracle. Cependant, comme l'avait si bien écrit Virgile (70-19) dans L'Enéide, il y a de cela plusieurs siècles, « Una salus victus nul/am sperare salutem » : « Le seul espoir du condamné est de n'espérer nul salut».

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Chapitre I Révolution et développement endogène dans 1'« Etat-lycéen » d'Ali Soilib (1975-1978) L'action entreprise par le gouvernement Ali Soilih consiste à remodeler profondément l'administration léguée par la colonisation française. Cependant, il serait intéressant d'étudier au préalable les conditions qui ont présidé à la prise du pouvoir par Ali Soilih. Section L- La prise du pouvoir par Ali Soilih Après le référendum de décembre 1974 sur la décolonisation des Comores, les négociations entre la France et les autorités comoriennes ont eu pour pierre d'achoppement le statut de Mayotte.
Abdallah, président du Conseil de gouvernement depuis 1972, perd patience et radicalise ses positions. Le 6 juillet 1975, contre toute attente, et profitant de l'absence des députés de Mayotte et ceux de l'opposition, il se rendit à la Chambre des députés à Moroni, habillé à la manière des anciens sultans comoriens. Les députés présents ne savaient pas encore pourquoi ils étaient convoqués de toute urgence. Le message d'Ahmed Abdallah aux parlementaires est simple: les Français « nous ont considérés comme des enfants de 12 ans », « et je déclare l'indépendance immédiate et unilatérale de l'Archipel dans ses frontières coloniales, c'est-à-dire, Mayotte, Mohéli, Anjouan et Grande-Comore ».

Les députés présents, sauf un appartenant de longue date à l'opposition, ont voté pour la résolution sur la déclaration de l'indépendance. Des pays progressistes d'Afrique (Madagascar, Algérie, Mozambique, Guinée-Conakry et Tanzanie), ainsi que la Chine populaire reconnaissent le nouvel Etat. La France a accueilli cet événement « dans la sérénité». Ce qui intéressait Abdallah, c'était le pouvoir. Le 8 juillet, il s'est fait élire chef d'Etat par les députés des Comores, dont certains n'étaient même pas présents au Parlement de Moroni. Le 9 juillet, les Mahorais refusent d'apporter la moindre reconnaissance à l'Etat comorien. Le Mahorais Marcel Henry avait déjà dit le 7 juillet qu'« une coexistence pacifique seraitplus facile si l'opposition était aupouvoir à la place de M Abdallah... Mais je ne vois pas ce que les autres îles pourraient nous apporter ». Dans sa déclaration du 9 juillet, le même Marcel Henry avait clairementdit, s'agissantdes Comores,que « nous refusons de reconnaître
leurs lois, que nous considérons comme nulles et non avenues ».