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Conflits et territoires au Moyen-Orient et au Maghreb

De
210 pages
Si l'ordre territorial étatique est de plus en plus mis en cause par le processus de mondialisation, le désordre territorial reste bien présent et peut s'analyser. Cette publication part de l'hypothèse que le territoire est à la fois produit et producteur d'identité ; il est une nécessité première pour affirmer sa propre existence. Les sociétés sans territoire se trouvent d'emblée dans une situation conflictuelle. Ce Cahier s'articule autour des conflits frontaliers, identitaires et urbains.
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Groupe de Recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient (Gremamo)
Conflits et territo au Moyen-Orient et au Maghreb
Coordonné par Chantal Chanson-Jabeur et May Maalouf Monneau
Conflits et territoires au Moyen-Orient et au Maghreb
© L'HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29149-9 EAN : 9782336291499
Groupe de recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient (GREMAMO) Cahier n°21 Conflits et territoires
au Moyen-Orient et au Maghreb
Coordonné par Chantal Chanson-Jabeur et May Maalouf Monneau AVEC LE SOUTIEN DULABORATOIRESEDET ET DE LUNIVERSITÉPARIS-DIDEROTL’HARMATTAN
CAHIERS DU GREMAMO Comité éditorial Amor BELHEDI, géographie, Université de Tunis Nora BENALLEGUE, histoire, Université d’Alger Omar CARLIER, histoire, Université Paris Diderot Chantal CHANSON-JABEUR, histoire, Université Paris Diderot Maher CHARIF, histoire, IFPO Damas Jacques COULAND, histoire, Université Paris 8 Éric DENIS, géographie, CNRS, IFP Pondichéry Abdelmajid DJENANE, économie, Université de Sétif Elisabeth LONGUENESSE, sociologie, CNRS, GREMMO Anissa BOUAYED, histoire, SEDET, Paris Patrick RIBAU, géographie, SEDET, Paris Sid-Ahmed SOUIAH, géographie, Université de Cergy-Pontoise GREMAMO (Groupe de Recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient) Laboratoire SEDET (Sociétés en développement : études transdisciplinaires) http://www.sedet.univ-paris.diderot-fr Responsables : Chantal Chanson-Jabeur et Sid-Ahmed Souiah Groupe pluridisciplinaire à dominante histoire et géographie, à compétence linguistique, concerné par l’ensemble des pays arabes et leurs proches voisins du Moyen-Orient. Ses thèmes de recherche privilégiés sont : L’État et les services publics Les villes et les équipements urbains La mobilité et les transports Les phénomènes migratoires Les représentations identitaires
Cahier du GREMAMO n°21
« Conflits et Territoires au Moyen-Orient et au Maghreb »
INTRODUCTION GENERALE
May Maalouf Monneau Chantal Chanson-Jabeur Le territoire, en tant que constituant politique, reste au centre de la réflexion sur la fabrique de l’ordre social.A l’heure où certaines analyses annoncent "la fin des territoires", il est intéressant de revenir sur cette notion et de l’analyser dans ses rapports conflictuels. Car si l’ordre territorial étatique est de plus en plus mis en cause par le processus de mondialisation, le désordre territorial reste bien présent et peut s’analyser. C’est l’objectif de e ce 21Cahier du GREMAMOs’articule qui en termes de"conflitset territoires", observés et analysés au "Moyen-Orient et au Maghreb". Ces conflits éclatent sur la base de systèmes étatiquesfragiles et créés, dans la plupart des cas, en fonction d’anciennes frontières coloniales. Si, en Occident, le territoire a profité d’une relative stabilité, définie dans les limites générées par le système d’État-nation, d’autres espaces territoriaux, notamment dans les pays en voie de développement, n’ont pas bénéficié d’une telle stabilité. Un peu partout, des conflits internes éclatent. Ces conflits montrent que la division du territoire n’est pas définitivement acquise, et ce, même si les institutions onusiennes ont retenu le principe de l’intangibilité des frontières, notamment après les décolonisations.Pris dans ce sens, le territoirese trouve chargé de sens identitaire, avec tout ce que la notion d’identité implique comme dimension culturelle et/ou religieuse. Il est aussi lié à la notion d’État-nation. Ce n’est pas étonnant donc, que ce soit là où l’État-nation est défaillant que l’on voit cette fièvre identitaire se révéler. Derrière ces expressions identitaires, se cachent des sociétésen crise. Le propre de la revendication identitaire,c’est qu’elle se nourrit du malaisede l’État-nation. Un malaise, se traduisant souvent sous forme de conflits à l’intérieur d’un même territoire que nous tenterons d’analyser à travers le cas de certains pays du Moyen-Orient et du Maghreb. Plutôt que d’évoquer le « réveil » des identités dans ces pays, ou le "réveil" des religions, nous partons de la question suivante : les crises de société
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pourront-elles recevoir des solutions tant qu’elles ne seront pas comprises comme autant de crises de territoire ? Cette publication part de l’hypothèse que le territoire est à la fois produit et producteur d’identité. Il est dans l’ordre qui gère la vie politique des sociétés d’aujourd’hui et est une nécessité première pour affirmer sa propre identité, voire sa propre existence. Dans ce sens, ne pas avoir de territoire, c’est risquer de disparaître. Notre examendu territoire dans un contexte conflictuel, fait de lui une donnée indépassable. La relation entre territoires et conflits s’articule autourde trois thématiques qui appuient la réflexion générale menée dans cet ouvrage : les conflits frontaliers, les conflits identitaires et les conflits urbains. Sur cesbases, le présentCahier du GREMAMOles sociétés moyen- interroge orientales et maghrébines en s’appuyant sur un travail de terrain, la consultation d’archives et des dépouillements documentaires renouvelés proposant ainsi des approches innovantes et inédites. Ainsi, Monique Chemillier-Gendreau démontre que la fragilité de ces sociétés est elle-même liée à l’extrême fragilité de la notion d’État notamment dans ses dimensions territoriales. Si le modèle étatique est né et s’est développé en Europe, son extension au reste du monde n’a pas toujours été une réussite. Les conflits territoriaux au Moyen-Orient et au Maghreb en offrent un exemple patent. En partant de l’hypothèse que le modèle étatique occidental a montré ses limites en s’universalisant, Monique Chemillier-Gendreau insiste sur le besoin de le repenser. Deux exemples concrets, basés sur un travail de terrain, viennent appuyer cette thèse : le cas de la ville de Jérusalem-Est et celui des Lieux Saints, tous les deux au cœur du conflit israélo-palestinien. En analysant la situation à Jérusalem et dans sa banlieue, May Maalouf Monneau démontre que même si la gestion territoriale n’a pas toujours été monopolisée par Israël, car les Palestiniens ont réussi à s’imposer, la dimension conflictuelle augmente en intensité avec la construction du mur de séparation dans les territoires palestiniens occupés. Cette analyse explique minutieusement les graves problèmes territoriaux et sociaux notamment à travers l’examen de la fabrique d’espaces enclavés autour de Jérusalem. Ces espaces, qui incarnent une réelle "guerre des frontières" apparaissent aussi dans les Lieux Saints, étudiés par Sossie Andézian. Les tombes sacrées ont souvent constitué des enjeux importants dans le conflit israélo-palestinien. En examinant le cas de la Tombe de Rachel, l’auteur montre comment le sacré peut être instrumentalisé à des fins politiques. Loin d’être un simple lieu de recueillement pour les fidèles, cette tombe devient une véritable "frontière" à forte signification politique qui sépare non seulement deux communautés religieuses mais aussi deux territoires et donc deux peuples antagonistes.
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Nous ne pouvons pas traiter le thème des conflits frontaliers au Moyen-Orient sans développer la question épineuse de l’eau. Patrick Ribau montre que cette ressource collective qui se raréfie, serait moins "une menace" - idée défendue par la thèse de la "guerre de l’eau" - qu’ "un bien commun" capable de constituer un sérieux "outil de diplomatie préventive". Du conflit israélo-palestinien, au plan GAPen Mésopotamie, en passant par le Nil, l’analyse est échafaudée à la lumière de ce dénominateur commun. Mais les conflits frontaliers ne sont pas absents du paysage maghrébin. C’est ce que démontre l’étudede Kmar Bendana et Habib Belaid qui relate les étapes d’une opération de délimitation de la frontière tuniso-e algérienne au XIX siècle. Cette contribution révèle les différentes manières de "territorialiser" l’espace, traduisant ainsi deux représentations différentes de l’espace mais aussi deux façons d’affirmer le pouvoir sur cet espace. Cescinq exemples s’inscrivent dans le cadre de la première thématique qui soutient la présente étude : les conflits frontaliers. La deuxième thématique s’articule autour des conflits identitaires. Aminata Tembély montre ainsi la difficile affirmation d’une identité nationale jordanienne. Un problème de fond mine en effet la société jordanienne : comment le royaume hachémite peut-il affirmer son existence nationale dans une société où les Jordaniens "de souche" représentent la minorité de la population du pays ? La Jordanie réussira-t-elle à affirmer sa "jordanité" sans passer par la négation de l’autre identité, jordano-palestinienne, qui la constitue ? Par ailleurs, la question identitaire se pose avec acuité en Turquie. Ce pays a du mal à gérer ses minorités notamment chrétiennes. Sébastien de Courtois soulève ce problème délicat à travers son étude de la communauté syriaque dans le Tur Abdin. Bien que le gouvernement turc semble mener une "guerre psychologique" visant à faire fuir les derniers syriaques et à rendre irréversible l’idée d’un retour, on assiste paradoxalement à un mouvement de retour des Syriaques qui vivent en exil. Si ces retours, pour l’instant saisonniers, brisent le tabou de la peur, la relation entre territoire et conflit identitaire reste à déterminer. L’auteur tente ainsi de décrypter cette identité déchirée entre territoire et mémoire. Les conflits territoriaux apparaissent, bien que sous une forme différente, dans le domaine urbain qui constitue la troisième thématique de cet ouvrage. Deux contributions tentent d’affirmer cette hypothèse. Tout d’abord, Lucas Oesch explique la complexité de la lecture d’un paysage urbain à travers son examen des camps de réfugiés palestiniens à Amman. En distinguant entre camps de réfugiés, quartier informel et quartier régulier, l’auteur s’efforce de montrer tous les paradoxes d’un espace qui oscille entre fragmentation territoriale et homogénéité urbaine.
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De son côté, Karima Messaoudi, en étudiant le cas de Béni Béchir dans la vallée du Saf-Saf en Algérie, constate que la diffusion du phénomène urbain peut être porteuse de conflits territoriaux. Plus précisément, c’est la « confusion territoriale » d’un espace qui n’arrive pas à se transformer dans son intégralité, qui est problématique. L’auteur prouve que lorsque le territoire bascule dans une configuration « mi-urbaine, mi-rurale », autrement dit floue, il devient progressivement source de conflits. e Ce21 numéro desCahiers du GREMAMOqui porte sur les« Conflits et territoires au Moyen-Orient et au Maghreb »prétend pas à ne l’exhaustivité, il réunit néanmoins des contributions qui permettent de mesurer à quel point le facteur conflictuel est omniprésent dans la constitution actuelle des sociétés étudiées.
LES CONFLITS FRONTALIERS