Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

CONGO-KINSHASA : Combattre la pauvreté en situation de post-conflit

De
133 pages
L’Etat de droit congolais se doit de dynamiser les capacités de tous les acteurs de développement et de créer des synergies positives entre toutes les formes de capitaux : capital physique, capital humain, capital institutionnel, capital financier. Pour cela, il faut réunir des outils d’analyse des facteurs déterminants et appliquer des actions publiques appropriées, le tout basé sur une approche confirmant une volonté publique ferme de vouloir changer la situation et une participation accrue de la population à la prise de décisions.
Voir plus Voir moins

Congo-Kinshasa: combattre la pauvreté en situation de post-conDit
Synergie entre l'Etat, le marché et le capital social

Collection Études Africaines
Dernières parutions Silvère Ngoundos IDOURAH, Colonisation et confiscation de la justice en Afrique, 2001. Alain MENIGOZ, Apprentissage et enseignement de l'écrit dans les sociétés multilingues, 2001. Pierre ERNY, Essais sur l'éducation en Afrique Noire ,2001. Mathurin C. HOUNGNIKPO, L'Afrique au passé recomposé, 2001. Léon MATANGILA MUSADILA, Pour une démocratie au Congo Kinshasa, 2001. Raphaël NTAMBUE TSCHIMBULU, L'Internet, son Web et son E-mail en Afrique, 2001. Julien CONDE, Abdoulaye-Baïlo DIALLO, Une ambition pour la
Guinée, 2001.

Mahamoudou OUEDRAOGO et Joachim TANKOANO, Internet au Burkina Faso: réalités et utopies, 2001. Tidiane N'DIA YE, L'empire de Ckaka Zoulou, 2001. Mwayila TSHIYEMBE, Etat multination et démocratie africaine, 2001. Marc BELLITO, Une histoire du Sénégal et de ses entreprises publiques, 2001. Yves Ekoué AMAIZO, L'Afrique est-elle incapable de s'unir, 2002. Roger Bila KADORE, Histoire politique du Burkina Faso (1919-2000), 2002. Franck HAGENBUCHER-SACRIPANTI, Le prophète et le militant (Congo-Brazzaville),2002. Souga Jacob NIEMBA, Etat de droit, démocratique, fédéral au CongoKinshasa, 2002. Pierre ERNY, L'école coloniale au Rwanda (1900 -1962), 2002. Rita Mensah AMENDAH, Mosaïques africaines, 2002. Jean PING, Mondialisation, paix, démocratie et développement en Afrique: l'expérience gabonaise, 2002. Etienne BEBBE-NJOH, «Mentalité africaine» et problématique du développement, 2002. Bibiane TSHIBOLA KALENGA YI, Roman africain et christianisme, 2002. Albert de SURGY, Syncrétisme chrétien et rigueur anti-pentecôtiste, 2002. Simon Pierre SIGUÉ, Gérer pour la croissance au cameroun, 2002. Junzo KAWADA, Genèse et dynamique de la royauté, 2002.

Laurent Luzolele Lola Nkakala

Congo-Kinshasa: combattre la pauvreté en situation de post-conDit
SJ'nergie entre l'Etat, le marché et le capital social

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

Publications

- Politique

de l'Union européenne et effets pervers pour le conflit dans les Grands Lacs, in Annuaire des pays des Grands Lacs, pp. 365396, 2002, Ed. Harmattan.

- Eléments indicatifs de la coopération entre l'VE et les pays ACPimpliqués dans la guerre au Congo, Bruxelles, REC,(juin 2000).

- La pauvreté urbaine en Mrique subsaharienne, le cas de Kinshasa, Ed. CEPAS. 999..Kinshasa. 1

- Table ronde sur la lutte contre la pauvreté à Kinshasa, in CongoAfrique, n° 325, pp. 270-280, mai 1998.

- Nouvelles sociabilités dans la commercialisation des produits vivriers à Kinshasa, Communication faite à Vienne dans le cadre de l'EADI, European Association of Development Research and Training Institutes, VIIIth General Conference, 11-14 September 1996. - Tradition et modernité ou Rôle économique de la culture dans la commercialisation des produits vivriers à Kinshasa (ouvrage en préparation) .

Montage de la couverture:

Marcel MAKUMAY N.K. A

Les dessins sur la couverture ont été réalisés par desfillettes congolaises et expriment la diminution des capacités de se faire soigner ou de s'instruire à cause de la guerre qui détruit les infrastructures.

Ftennerciennents

D'abord je rends honnnnageau professeur Stefaan Marijsse et à Tonn De Herdt qui m'ont donné l'occasion de travailler avec eux de 1996 à 1999, sur le thème de la « lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne », à l'Université d'Anvers. Ensuite, j' ainnerais exprinner ma profonde reconnaissance à tous les stagiaires qui ont suivi nnes enseignements dans le cadre du nnodule « Lutte contre la pauvreté» en Evaluation des projets / Gender et Développennent aux Facultés Universitaires SaintIgnace d'Anvers-Belgique (UFSIA). Beaucoup de points décrits ci-après résultent de leurs nombreux questionnements et témoignages. Enfin, nnes sentinnents de gratitude s'adressent égalennent aux professeurs Christophe Lusendi Matukanna et Souga Jacob Niemba qui nn'ont apporté leurs précieuses critiques, ainsi qu'à Marcel Makumaya qui a assuré le traitement informatique du livre.

@ L'Harmattan, ISBN:

2002

2-7475-3453-7

Avant-propos

Intituler notre livre: Congo-Kinshasa: combattre la pauvreté en situation de post-conflit, Synergie entre l'Etat, le marché et le capital social, constitue pour nous une manière d'exorciser le spectre d'un énième échec de différentes retrouvailles entre Congolais, dans le cadre de l'évolution actuelle du Dialogue intercongolais et de bien d'autres Accords pour mettre un terme au conflit ~ échec qui plongerait d'avantage dans l'abîme social l'ensemble du pays et en premier, les couches les plus défavorisées de la population. C'est aussi une manière de souligner le fait que les causes structurelles de la situation de p~uvreté que traverse le Congo depuis des décennies résultent non seulement des défaillances, des désintégrations, des désarticulations du marché ou des faiblesses de la gouvernance de l'Etat, mais aussi de la déliquescence de la sodalité, de la sociabilité, de la socialité, en un mot du capital social des Congolais. Ce dernier, le capital social, est malheureusement flou, voire ambigu. Une bonne partie de celui-ci se paralyse aujourd'hui dans l'obscurantisme spirituel des sectes et autres groupes religieux avec leur cohorte de nouveaux dieux, de pasteurs ou de prophètes, d' « Archiépiscope Kut... », de « Général Son..., de Marna Ola. .., etc. Même si l'on peut admettre que la dimension spirituelle est nécessaire dans la production des sens face aux réalités humaines, à la violence sociale, à la violence économique, à la violence politique, et que la confrérie dans les groupes religieux ou réseaux satisfait certains besoins de ses membres, force est de constater qu'au Congo le phénomène religieux rend les personnes de plus en plus apathiques, attendant toute solution de vie quotidienne de la bonne volonté divine- Nzambe akosala, akosunga == Dieu agira, protégera. Dès lors, la revendication de ses droits vis-à-vis des gouvernants apparaît tout simple-

ment contraire à la profession de foi exprimée devant les sœurs et frères du groupe religieux; profession de foi qui devient ellemême une attitude diabolique, sorcière, une violence sectaire. Ledit phénomène religieux, non seulement il dépossède les personnes de leur lucidité, mais il attise des conflits entre parents, entre conjoints, cela à travers des rites souvent appelés de « délivrance » qui désignent « des sorciers» dans les familles, dans les ménages. L'impact de cette religiosité est tellement marqué dans la société que le thème de la sorcellerie occupe aujourd'hui une large plage dans les télévisions congolaises. L'ambiguïté de cette forme de capital social, les réseaux religieux, provient du fait que l'on ne sait pas s'il (capital social) agit pour inhiber les tensions sociales qui feraient exploser la violence dans les rues ou s'il crée une complicité tacite entre la population qui ne sait plus revendiquer ses droits (c'est-à-dire pousser les autorités politiques à construire des plans d'action concrets qui épousent les aspirations de la population) et les gouvernants qui apprécient cette apathie de la population qui les arrangerait. Avec ce type des liens sociaux qui développent des rapports dangereux et ambigus entre la masse et les dirigeants politiques, il est difficile d'espérer obtenir le changement social que la société congolaise appelle de tous ses vœux. Les Mouvements de réveil religieux qui pullulent au Congo deviennent de vrais mouvenlents d'endornlissement sociopolitique. D'après nos observations, le réveil religieux de la population semble plus que jamais tourné vers la possession de biens ostentatoires. Cette possession participe des modes de consommation kinois ou congolais des biens matériels et culturels qui procurent la distinction sociale affirmant par le fait même la réussite sociale. Cette distinction sociale produit deux catégories de nouveaux riches, les pasteurs et les musiciens, qui sont aujourd'hui des modèles et des références pour les jeunes filles et jeunes garçons congolais qui cherchent à prouver leur réussite ma-

II

térielle et sociale. La correspondance entre les pasteurs et les musiciens se résume dans leurs modes d'habillement, les marques identiques de leurs voitures et la nature de la nomenclature désignant leur pouvoir et leur rang social le plus élevé possible: pastellrs-prophètes, Archiépiscope, Général, pour les premiers (du côté religieux), et du côté des musiciens on dénombre les noms comme Grand Mopao (Koffi Olomide), Le Grand Pharaon (Madilu), Seigneur Rochereau (Tabu Ley), Papa Wemba Kuru Yaka Chef coutumier (Wemba), King Emeneya (Emeneya), Le Conlmandant Jossky (Kiambukuta), etc. A notre avis, aucun de ces deux modèles, ni les pasteurs, ni les musiciens congolais, ne produit des manières, des idées ou des structures sociales dans la population qui puissent induire le changement social ou la dynamique sociale dont le Congo a besoin. Ils n'inspirent que des modèles de valeurs de consommation ostentatoire. Au niveau d'autres éléments du capital institutionnel, un éclaircissement du rôle des pouvoirs publics (le capital politique) est aussi nécessaire dans les décisions économiques des entreprises privées ou publiques. Car, la réalité aujourd'hui est que les trois acteurs: l'Etat, le marché, les différents réseaux ou associations ne fonctionnent toujours pas dans une synergie de production de sens qui libère et mobilise toutes les forces nécessaires à l' établissement du bien-être collectif Les péripéties de l'échec de l'après Conférence Nationale Souveraine ou du Dialogue Intercongolais (DIC)d'abord à AddisAbeba, puis à Sun City, qui n'ont pas pu montrer au monde les vertus de la palabre africaine qui prône la résolution des conflits par le débat constructif: nous poussent parfois à nous interroger si « les premiers ennemis des Congolais ne sont pas les Congolais eux-mêmes? Car faudra-t-il sempiternellement accuser l'extérieur pour couvrir les faiblesses propres qui caractérisent les élites poursuivant d'une façon opportune leurs intérêts égoïstes? III

Pourquoi les Congolais se neutralisent-ils à chaque grand moment historique qui cherche à remettre les institutions du pays sur les rails? Le drame de la pauvreté dans nos pays est qu'elle soit la conséquence des comportements des dirigeants caractérisés par le déni d'octroyer aux populations des Capacités ou des Opportunités de choisir leur vie. L'unique choix binaire imposé étant souvent: se nourrir demain et se faire soigner aujourd'hui ou aucun des deux. Non. La misère des gens ne doit pas devenir une occasion pour les élites à penser d'abord à elles-mêmes, en oubliant leur mission principale de rechercher l'intérêt général. Au contraire, elle doit constituer le fluide vital qui renforce les autorités à prendre les mesures ou des décisions courageuses pour leur propre survie politique parce que la population est loyale et soutient les autorités qui rencontrent ses préoccupations. Enfin, soyons sur nos gardes. La persistance d'un tel comportement de nos hommes politiques continuera à accentuer les frustrations de plusieurs générations de jeunes qui constituent des bombes à retardement, une fois à l'âge adulte. Dans la ville de Kinshasa, le phénomène des enfants sorciers ou desfazeurs (enfants de la rue), victimes de l'exclusion socio-économique, conduira tôt ou tard les autorités à supporter des coûts énormes de la violence de ces enfants à l'âge adulte où ils deviendront des adultes sorciers ou des adultes de la rue. La vraie lutte contre la pauvreté doit s'inscrire dans la durée dans la mesure où elle nécessite l'investissement de toutes les formes des capitaux: physiques, humains, institutionnels et financiers. Ceci dans une approche globale et durable qui s' attaque aux causes fondamentales du désastre socio-politico-économique congolais. Anvers (Belgique), octobre 2002
L.L.N.

IV

Résumé Notre texte s'articule autour de quatre axes essentiels. Dans le premier axe nous évoquerons brièvement quelques définitions et les principales causes de la pauvreté. Selon la Banque Mondiale, la croissance économique est la meilleure politique contre la pauvreté. Cependant, elle constate que la croissance économique n'est pas synonyme de réduction des inégalités ou de diminution de la pauvreté. Celle-ci a plusieurs causes et exige plus que la simple croissance pour la combattre. Nous y donnons aussi quelques éléments spécifiques qui distinguent la pauvreté urbaine de la pauvreté rurale. Le deuxième axe compare la situation de la République Démocratique du Congo "RDC" celle de ses voisins sur les critères à de l'indicateur du développement humain (IDHou HDI). a situaL tion socio-économique du Congo se résume en ces termes: l'économie est bloquée et l'Etat ne dispose ni d'institution financière de grande envergure, ni de groupe d'hommes (bourgeoisie locale) d'affaires qui peuvent financer l'économie. Dès lors, l'Etat congolais se doit de réunir les capacités de remettre la machine en marche avec la participation de tous les acteurs de développement (secteur public, secteur privé, secteur associatif) afin de renverser les tendances négatives de beaucoup d'indicateurs du développement humain. Quelques stratégies de lutte contre la pauvreté en général y sont traitées. En troisième lieu, nous donnerons quelques réflexions sur les contraintes liées au facteur Temps dans la lutte contre la pauvreté. Combattre la pauvreté dans la période de transition ne peut être valable que si cela s'inscrit dans une dynamique de développement global et durable (en d'autres termes, les résultats positifs obtenus doivent se reproduire). Dans le cas du Congo, les réponses doivent être trouvées à deux types de questions:

1. Les questions liées au Temps dans la lutte contre la pauvreté (temps sociologique et économique, stratégies à court terme et à long terme). La pauvreté elle-même étant multidimensionnelle, elle n'a pas une définition univoque dans l'espace et dans le temps et ne peut être combattue par une seule action. Dès lors, dans un pays où les structures socio-économiques sont désarticulées, les capacités de réceptivité ou d'absorption des innovations culturelles et morales à apporter peuvent exiger un temps long. Les stratégies de lutte contre la pauvreté même pendant la période de transition doivent donc se définir dans un processus cohérent de développement de l'ensemble de la société. Celui-ci (le développement) étant défini comme un ensemble des changements de structures associés à la génération, à la répartition, à l'utilisation du surplus économique. Dans ce même cadre, le temps sociologique renvoie aux stratégies de formation, de sensibilisation pour améliorer la participation de la population à tous les stades qui concernent la prise de décisions sur son devenir et le contrôle sur l'utilisation des ressources. Pour cela la démocratisation et la liberté des espaces culturels d'expression et de rencontre doivent être une priorité pour évacuer la situation anomique qui crée une société sans règles ni sanction sociale pour les gestionnaires politiques. La lutte contre la pauvreté doit compter sur la construction d'un capital social positif et productif qui recrée des repères et des références qui incitent à la recherche de l'intérêt général et à l'effort commun pour sortir de ce que l'on pourrait appeler « culture des pauvres» (la reproduction de la pauvreté). Ce capital social doit traverser toutes les stratégies à mettre en œuvre dans l'exploitation des richesses capitales ou des capitaux: capital physique, capital humain, capital institutionnel, capital financier, en instituant à tous les stades de la vie sociale congolaise le principe de participation et la confiance entre les différents acteurs.

VI

Pour ce faire, nous suggérons l'institution de deux organes que nous appelons Espaces culturels et Espaces de pouvoir élargis qui fonctionnent en harmonie et synergie avec les structures de l'Etat central. Ceux-ci représentent au niveau de chaque localité administrative (rurale et urbaine) pour les premiers les lieux de convivialité et de rencontre entre Congolais et de réflexion ouverts à tous les groupes stratégiques ou non, pour les seconds les espaces spécialisés ou techniques qui produisent par une approche participative des plans et programmes qui répondent aux intérêts et priorités exprimés par les populations qui décident des affectations budgétaires au niveau de leur entité administrative. L'Etat central, quant à lui, jouera pleinement son rôle classique de régulateur et agira dans le sens de toujours favoriser l'épanouissement de ces espaces auxquels il prend activement part. Il ne s'agit plus de simple verticalité ou d'horizontalité de communication entre différents acteurs de développement, mais de densification de rayonnements ou de rayons sociaux entre partenaires de développement autour des objectifs collectifs et communautaires pensés et réalisés par l'ensemble des membres de la communauté. Cependant, au niveau de ces espaces de création de sens, nous attirons une attention particulière sur la prolifération des sectes et groupes religieux qui risquent, à notre avis, d'exacerber à la fois des stratégies sectaires d'exclusion entre Congolais et des comportements amorphes des adeptes qui attendraient tout changement social d'un deus ex machina. 2. Les questions liées aux moyens sociaux et financiers à mettre en oeuvre pour stimuler le développement économique à court et à long terme. La croissance et la construction de la société ne se réalisent pas sur les exclusions qui constituent une des causes fondamentales de la pauvreté. La solidarité est une tâche de la collectivité et non du privé. Cependant, le capital social productif suppose une articulation particulière de tous les

\

VII