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Congo-Kinshasa :
le degré zéro de la politique























Gaspard-Hubert LONSI KOKO









Congo-Kinshasa :
le degré zéro de la politique



















DU MÊME AUTEUR


Essai


La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie
- L’Harmattan, collection Études africaines, Paris, 2011.
Socialisme : un combat permanent -Tome I - Naissance et réalités

du socialisme - Les Éditions de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre,
Paris, 2008 (coécrit avec Jacques Laudet).
Mitterrand l’Africain ? - Les Éditions de l’Égrégore, collection
Arbre à Palabre, Paris, 2007.

Un nouvel élan socialiste - L’Harmattan, collection Questions
contemporaines, Paris, 2005.


Témoignage

Le demandeur d’asile - Les Éditions de l’Égrégore, collection
Document/Réalité, Paris, 2006.


Roman


D rosera capensis - Les Éditions de l’Égrégore, collection
Roman/Nouvelle, Paris, 2006.








© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96162-3
EAN : 9782296961623

« Les démocraties sont des régimes dans lesquels
existe une organisation constitutionnelle de la
c o n c u rrence pacifique pour l’exercice du pouvoir . »
Raymond Aron
In Démocratie et Totalitarisme
« C’est la loi de la démocratie que les discussions
soient libres, que les intérêts s’opposent, mais c’est
l’intérêt de la République qu’il s’établisse sur des
points communs une majorité et que cette majorité
soit stable, de même qu’il serait souhaitable pour
le bien commun que les oppositions ne fussent pas
seulement de mécontentement ou de démolition
mais de construction et d’apports d’idées à la
majorité elle-même. »
Vincent Auriol
« La démocratie, d’après l’idée que je m’en fais,
devrait assurer au plus faible les mêmes opportu-
nités qu’au plus fort. Seule la non-violence peut
aboutir à ce but. »
Mohandas Karamchand Gandhi
In Tous les hommes sont frèresÀ Dieu tout puissant et aux forces de l’esprit !
À mes ascendants des clans Nlasa Ngandu, Vuzi
di Nkuwa, Kimuakasa et Nsala Nkanga, ainsi
qu’aux Nlasa Mpanzu et aux Nlasa Nzenzi.
Au patriarche Samuel Koko Buka Tona, que d’au-
cuns appelaient affectueusement « Maître Koko ».
À ma petite sœur Nicole Ngandu Koko et à mon
petit frère Pitshou Koko Buka Mayimona, tous les
deux partis trop tôt. Paix à leurs âmes !
À ma mère, Marie Wumba Ntongi, ya Kaya pour
les intimes, la « ndona nkentu » du clan Nlasa
N g a n d u .
À Emmanuel Bisengu Banionga, Odéon ou Magis-
trat pour les intimes, celui qui s’est battu pour que
les Nlasa Ngandu conservent leurs terre s .
À Françoise, Syrine et Lore n s .
À toutes les forces vives de la Nation congolaise.Avant-propos
Cet ouvrage n’est ni un bel exercice intellectuel sur fond de calcul
politicien, ni une démarche à visée machiavélique. Il explicite tout sim-
plement l’article reproduit ci-dessous intitulé Un Parisien à Madimba,
(1) lequel a été publié dans le blog Madimba d’abord ! et concernait les
élections législatives de 2011, en particulier, et au processus électoral,
en général, en République Démocratique du Congo.
« Il n’y [avait] pas de fumée sans feu. Effectivement, les
rumeurs qui annonçaient l’arrivée de Gaspard-Hubert Lonsi
Koko dans le territoire de Madimba se sont avérées. Deux
sources fiables l’ont confirmée.
» Un communiqué de presse de la Direction du Rassemble-
ment pour le développement et la paix au Congo [...] du
9 septembre [2011, ndlr] [affirmait] que “le candidat du
RDPC pressenti pour l’élection présidentielle, en l’occur-
rence le porte-parole Gaspard-Hubert Lonsi Koko, se [pré-
senterait] à la députation nationale dans le territoire de
Madimba dans la province du Bas-Congo”. Selon ce com-
muniqué de presse, sa candidature ayant été enregistrée en
bonne et due forme par la Commission électorale nationale
indépendante [...] le jeudi 8 septembre [2011, ndlr], M. Lonsi
Koko [aurait] comme premier suppléant M. Célestin Ndiadi
Mayemba, et M. Martial Armand Makengo Lesika comme
second suppléant. Par ailleurs, les services de la Commission
électorale nationale indépendante [...] basés à Kisantu ont bel
et bien affiché les photographies de M. Lonsi Koko et de ses
suppléants sur le panneau réservé aux candidats ayant déposé
leur dossier en vue des élections législatives.
» D’aucuns [affirmaient] que la venue de M. Lonsi Koko
dans le territoire de Madimba [était] une excellente chose. De
(1) http://madimbadabord.blogspot.com/2011/09/un-parisien-madimba.html.plus, ce socialiste humaniste dispose d’un réseau internatio-
nal qui ne pourra qu’être utile aux Madimbadiers dans le
cadre de la coopération décentralisée et du développement
rural, ainsi que territorial. Fin connaisseur des relations euro-
africaines, M. Lonsi Koko est l’auteur de plusieurs ouvrages
publiés en France, dont La République Démocratique du
Congo, un combat pour la survie.
» Rappelons que Gaspard-Hubert Lonsi Koko, qui est origi-
naire du village de Ndanda et a vécu plus de vingt-huit ans à
Paris en France, s’est fait enrôler l’année dernière dans le vil-
lage de Kongo-Nord, dans le secteur de Ngufu. Il est Nlasa
( 2 )Ngandu par sa mère, et Vuzi di Nkuwa par son père .»
Cet ouvrage n’est pas non plus le « remake à re b o u r s » de l’œuvre
du merveilleux et génial auteur ivoirien Bernard Dadié intitulé Un Nègre
à Paris. À l’instar de l’écrivain français, le Martiniquais Aimé Césaire,
dans son Retour au pays natal, l’auteur, en l’occurrence Gaspard-Hubert
Lonsi Koko, se contente de brosser dans un document mélangeant plus
d’un genre littéraire – notamment l’essai, l’interview, le témoignage et le
récit – un tableau mettant en scène le retour à la terre des ancêtres. Un
second article, publié quelque mois plus tôt à Paris par des frères jésui-
( 3 )tes, dans la revue C h r i s t u s , servira aussi de point d’appui pour mieux
soutenir la sempiternelle thèse biblique selon laquelle l’exil est, et res-
tera, cette défaite qui permet de mieux préparer les prochaines victoires.
De toute évidence, il est question des turpitudes électorales d’un natif
de Léopoldville, devenue Kinshasa, ayant longtemps séjourné à Paris en
France. Ce dernier, après un très long séjour dans la « Ville lumière », a
pris conscience du fait que l’arbre s’élève seulement en enfonçant ses
racines dans la terre nourricière. On suivra donc, chapitre après chapitre,
l’évolution d’un homme vivant dans de meilleures conditions matérielles,
( 4 )injustement qualifié de « b o u n t y » , qui, à un moment donné de son par-
cours terrestre, a fait le « choix incompréhensible » pour un bon nombre
de gens. Choix qui a consisté à tout abandonner afin de retourner dans un
(2) Par souci de précision, il vaut mieux compléter sa lignée : petit-fils des Kimuakasa et
des Nsala Nkanga.
(3) N° 230, paru en avril 2011. Cet article, intitulé Regards croisés, a traité de la problé-
matique de l’exil.
(4) Noir à l’extérieur mais Blanc à l’intérieur, comme cela se dit couramment dans la
diaspora congolaise.
12pays africain où le processus démocratique est en plein balbutiement ; un
pays où l’économie peine à décoller, où les droits fondamentaux de l’être
humain sont bafoués, où les infrastructures font honteusement défaut ; un
pays où le chômage ne cesse de battre des records inimaginables ; un pays
où l’État a démissionné depuis belle lurette ; un pays où tout est presque
à mettre en place, où il faut absolument imaginer d’autres voies, un sys-
tème politique adéquat, qu’il faudra surtout pratiquer avec « f o rce et
v i g u e u r », en vue du bien-être des populations en proie à la misère. Bref,
un pays qui a urgemment besoin « d’inventeurs d’avenir », d’hommes et
de femmes de talent pouvant tracer des sillons qui serviront de canevas à
des générations à venir.
C’est dans cette optique que le narrateur, qui plus est l’acteur et le
témoin d’un des moments décisifs du devenir de la République Démo-
cratique du Congo, livre aux lecteurs, grâce à l’ironie du peintre et à la
culture du savant, un vécu censé conscientiser à court, moyen et long
terme les acteurs économiques, sociaux et politiques d’un pays qui, s’il
est dirigé de manière responsable, deviendra sans conteste l’un des
géants du continent africain.
Le prétendant à la députation nationale aurait pu se présenter dans
la circonscription de la Funa, dans la ville de Kinshasa. Il a en effet
(5)habité dans la commune de Bumbu , et a traîné ses guêtres dans celles
de Selembao ainsi que de Makala. Il a beaucoup d’amis d’enfance dans
ces deux agglomérations populaires où il est connu comme le loup
blanc. Mais il a préféré être électeur dans le secteur de Ngufu et candi-
dat dans le territoire de Madimba. Ce territoire d’une superficie de
27 968 km , situé géographiquement entre à peu près 4° 58’ 35” Sud de
latitude et 15° 7’ 5” Est de longitude, fait partie intégrante du district de
la Lukaya dans la province du Bas-Congo. C’est dans le territoire de
Madimba que l’ancien administrateur colonial, le Belge André Ryck-
mans, avait fait scandale, le 21 avril 1960, par un discours dans lequel
il avait déclaré aux responsables congolais de cette localité qu’ils
seraient désormais les chefs, et que les Blancs ne seraient que leurs
conseillers librement acceptés aussi longtemps qu’ils le voudraient.
Ainsi avait-il espéré provoquer un choc, à tel point que les modalités de
(5) La maison familiale où il a grandi existe toujours, quelques-uns de ses frères et sœurs
l’occupent encore.
13l’indépendance seraient corrigées de manière à accorder plus de poids
aux dirigeants régionaux, au lieu de les soumettre à un gouvernement
central congolais qui aurait continué de diriger le pays à la manière
belge.
Le choix du territoire de Madimba comme base électorale tire son
origine, pour le narrateur, dans le fait de vouloir s’implanter dans une
circonscription rurale, laquelle a besoin d’un véritable développement
économique. Or, le secteur de Ngufu, d’où ses parents sont originaires,
est très peu développé dans plusieurs domaines. Fils du terroir, il ne
pouvait que s’y installer afin d’apporter sa pierre à une aventure collec-
tive susceptible d’apporter le bien-être aux habitants non seulement de
ce secteur, mais de l’ensemble du territoire.
Le pari s’est avéré très difficile, voire insurmontable. Il a donc fallu
se montrer intrépide pour vouloir s’attaquer à une situation que d’aucuns
qualifiaient d’irréalisable. Ne dit-on pas qu’à « cœur vaillant rien n’est
i m p o s s i b l e » ? Le personnage i n t r a d i é g é t i q u e n’a pas choisi Madimba
par simple facilité. Masochisme et calcul politique mis à part, il a jeté
son dévolu sur ce territoire par amour pour une entité administrative
pour laquelle quelques dignes fils – Edmond Nzeza Nlandu, l’abbé Jean
Loya, parmi tant d’autres – ont beaucoup contribué en vue non seule-
ment de l’indépendance de la République Démocratique du Congo vis-
à-vis du Royaume de Belgique, mais surtout de la reconnaissance du
peuple congolais au regard de la communauté internationale.
Les tribulations du Parisien d’adoption ne se sont pas déroulées que
dans le territoire de Madimba dans le Bas-Congo, mais bien au-delà. Elles
se sont également poursuivies à travers la ville de Kinshasa, et dans les
autres contrées d’un pays qui était enfiévré par un processus électoral aux
nombreuses conséquences oscillant avec imprécision entre la stabilisation
et la déstabilisation, la démocratisation et le chaos, la construction et la
destruction, la pacification et les violences…, donc au futur incertain. Un
futur qui ne dépendrait que de la capacité des différents acteurs à mettre
sur pied un havre où prédominerait la vraie joie de vivre.
Gaspard-Hubert Banacek Lonsi Koko
Kinshasa, Mont Ngafula – quartier Masanga Mbila,
le 25 octobre 2011
14L’exil, une défaite pour des victoires futures
J’ai passé une grande partie de mon existence sur le sol français,
dans le quinzième arrondissement de Paris, après avoir habité pendant
quatre années la rue Vaneau, dans un immeuble où avait vécu le célèbre
écrivain français André Gide, dans le septième arrondissement. Je me
suis installé en 1989 dans l’appartement du boulevard Pasteur, juste en
face de la station de métro ayant la même appellation : c’est-à-dire à
l’opposé, aperçu sous un angle diamétral, du lycée Buffon. Le logement
que j’occupais dans le quartier Pasteur a fini par me servir de bureau,
très longtemps d’ailleurs, après avoir élu domicile dans le quartier
Convention. En effet, à la suite de la rencontre en 2000 avec celle qui
deviendrait plus tard ma compagne, je me suis retrouvé dans une rue
très calme non loin du parc des Expositions sis à la porte de Versailles.
Je me trouvais donc sur la terrasse de l’appartement familial, en
train d’arroser mes plantes lorsque, ce dimanche matin. Le soleil
estival commençait à s’étaler timidement sur l’ensemble du territoire
gaulois, lorsque la radio Africa n° 1 a balancé, à la fin de la populaire
( 6 )émission Le matin d’Eugénie , le refrain de la chanson de Tabu Ley,
communément connu sous le pseudonyme de Seigneur Rochereau,
intitulée Congo avenir :
« Congo, Congo nde mboka,
Congo, mboka ya bakoko.
» Congo, bokomona kaka,
Lobi, bokolula yango.
» Congo, ya bato ya mayele,
Congo, tokobikisa yo.
(6) Émission animée par la célèbre journaliste gabonaise Eugénie Diecky.