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Congo (Zaïre)

192 pages
Le changement au Zaïre est difficile à accoucher. La confusion règne entre vraie et fausse opposition. Les forces capables de mettre fin à 32 années d'" indépendance néo-coloniale " et de mobutisme sont encore peu nombreuses et mal organisées. Le colloque de la Mouvance Progressiste pour la Démocratie au Zaïre s'est tenu fin 1991 afin de mettre en lumière les fondements de la crise actuelle, d'en désigner les responsables, de faire une autocritique de notre courant politique et de susciter la réflexion et le débat sur les perspectives de progrès : démocratie néo-coloniale ou deuxième indépendance ? Des Zaïrois de l'extérieur et de l'intérieur ont situé la crise actuelle comme étant la conséquence logique de la confiscation de l'indépendance nationale et l'installation à la tête du pays d'un régime néo-colonial au service des intérêts des puissances occidentales. Des patriotes conséquents ont été chassés du pouvoir ou assassinés, tandis que le peuple des bidonvilles et des campagnes était marginalisé et écarté de toute participation aux décisions. Pour que le pays revive et prospère à nouveau, les forces progressistes actives doivent être mobilisées et dirigées contre toutes les compromisions qui sont à l'origine de la dégénérescence du Congo-Zaïre.
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Congo
Démocratie deuxième

(Zaïre) :
néo-coloniale ou Indépendance?

LE CONGO/ZAÏRE A L'HARMATTAN
BUANA KABUE: Citoyen Prhident, lettre ouverte au prhident Mobutu et aux autres, 280 p. Colloque Histoire: Ribellionslrévolutions au Zorn, coll. «Racines du Présent», 2 tomes, 237 p. et 210 p. A. OBABENDU et E. EFOLO: Volonté tU changement au Zaire, 2 volumes, 224p. J-O KALONDA DJESSA: Du Congo prospb'f! au Zaire en débdcle, coll. «M6moires africaines», 24Op. KAMITATU Cléophas: Zorre-Ie pouvoir à la portée du peuple, 204 p. KASONGO NOOY M. M: Capital scolaire et pouvoir social en Afrique A quoi sertie dipMme universitain au Zorre, préfacé par Benoit VerhaeMBAYA M., STREIFFELER F.: Zaire - village, ville et campagne, coll. «Alternaûves Paysannes», 180 p. TSHITENGE MUTEBA: Zain combat pour la tUuxiime indépendance, coll. «Points de vue», 124 p.
.

- p. gen,250

-

VERHAEGEN Benoit: L'enseignement universitain au Zain

-

tU

Lovaniumàl'UNAZA 1958-1978, 200 p. B. VERHAEOEN: Femmes tU Kisangani, préface de J.-L. Vellut, 294p. Wll..LAME J-C: Zaire-l'épopie d'Inga ou la chronique d'une prédation industrielle, coll. «Villes et Entreprises», 231 p. MUBUMBD...A

p.

MFIKA: Sur le sentier mystérieux tUs nombres noirs, 184

MUBUMBll..A MFIKA: Sciences et traditions africaines le message du Grand Zimbabwe, 12Op. OTfEN RIK: Le cinéma au Zaire, Rwanda, Burundi, 122 p. BERPSIZAIRE: Dictionnain médical pour les régions tropicales, 858 p. Infirmiercomment Mtir la santé communautain, 684 p. Notions tU pharmacologie pour régions tropicales, 278 p. Littérature «Encres Noires» DJUNGU SIMBA K.: Cili 15, 80 p. NOANDU NKASHAMA P.: La mortfaile homme, 258 p. Le pacte tU sang, 340 p. Vie et mœurs d'un primitif en Essonne - 91, 196 p. Des mangroves en terre haute, 112p. MPOYI BUATU Th.: La re-production, 244 p. NZAU A. J.: Traite au Zaire, coll. «Polars Noirs», 255 p. KAMA KAMANDA: nents», 131 p. La somme du niant, coll. «Poètes des. 5 conû'

-

KAPITA MULOPO L.: P. Lumumba - Justice pour le
héros, 256 p.

L'Harmattan 5-7, rue de l'EcolePolytechnique 75005 Paris

Dédicace

Nous membres du comité d'organisation du Colloque de la Mouvance Progressiste pour la Démocratie au Zaïre, dédions ce travail à nos martyrs: dirigeants nationalistes assassinés, dans des conditions atroces au cours des périodes différentes, par l'impérialisme occidental et ses valets locaux, au cours de la lutte pour une véritable libération nationale, l'abolition de l'exploitation sous toutes ses formes et l'instauration de l'indépendance totale dans notre pays. Nous citons: P. E. LUMUMBA, MPOLO, OKITO, J. MBUYI, B. MUJANAYI, J. FINANT, J. LUMBALA, E. NZUZI, ELENGESA, MUZUNGU, FATAKI, P. MULELE, A. BENGILA, MITUDIDI, KIBWE Tcha-Malenge, Th. MUKWIDI, G. YUMBU, TSHIMANGA... masses populaires nationalistes: paysans, travailleurs, étudiants et d'autres, ayant soutenu et continué avec cette lutte au sein des mouvements successifs de résistance, tués, dans des circonstances différentes à travers tout le pays, par la dictature mobutiste ; érigée et soutenue par l'impérialisme occidental, chapeautée par les U.S.A., qui sont morts dans l'anonymat et dont nous sommes incapables d'évoquer les noms.

@ Mouvance

Progressiste, 1992 ISBN: 2-7384-1591-1

Mouvance

Progressiste (Zaïre)

du Congo

Congo (Zaïre)
Démocratie
deuxième néo-coloniale ou Indépendance?

. .

Actes du colloque de la Mouvance Progressiste pour la démocratie au Zaïre Bruxelles, 18.20 octobre 1991

Préface de P. NGANDU Nkashama

Mouvance Progressiste du Congo (Zaïre)
139, rue Washington 1050 Bruxelles

L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique Paris-75005

Préface: Le colloque du réveil et de l'espoir
P. NGANDU Nkashama
Les événements qui ont secoué Kinshasa en ce mois de septembre 1991, appelé à juste titre septembre noir, ont constitué un temps ultime dans la rupture de la chronologie de la dictature. Pour la première fois dans la capitale, les populations des affamés sont montés à l'assaut des résidences des profiteurs du régime. La mise à sac des magasins et des villas luxueuses n'a pas été qu'un symbole et un signe. Il s'agissait réellement d'un acte d'existence. Les contradictions et les absurdités économiques avaient atteint un point tel que les humoristes de mauvais goût prétendaient que les ordinateurs les plus performants, à la lecture des paramètres socio-politiques de l'ancienne colonie belge, s'emballaient subitement et criaillaient qu'un tel pays ne devait pas exister sur la terre des vivants. La leçon la plus immédiate de ces secousses n'a cependant pas été celle-là. Pour une fois dans l'histoire nationale, l'ancien Congo belge se trouvait dans une situation idéale par rapport à toutes les autres concessions des métropoles colonisatrices. Le départ précipité des Coopérants étrangers « encadrés » par les troupes belges et françaises, l'arrêt brutal de toutes les activités minières permettait le retour à un chaos initial et originaire qui aurait pu être profitable pour tous les partenaires et pour les enjeux mis en présence depuis trente années d'indépendance politique confisquée par la dictature. Il aurait été bénéfique en effet, de saisir cette circonstance unique afin de recomposer les données politiques, afin de renégocier surtout tous les traités stratégiques et reconstruire la nation sur des bases nouvelles. Des cadres existaient à tous les échelons de la géopolitique, avec une compétence incomparable par rapport aux données primaires des années soixante. Depuis la Gécamines jusque dans toutes les entreprises commerciales des quartiers « indigènes », les nouveaux accords auraient pu être cautionnés par des institutions politiques et des instances constitutionnellement viables, et consolidés par une réorganisation totale des structures militaires. Celles-ci venaient de marquer des ruptures violentes et elles auraient, de toute évidence, constitué un temps mémorable pour le renouveau d'un pays devenu exsangue par un quart de siècle d'une tyrannie barbare. Cette chance a été dilapidée par les uns et les autres, dans une inconscience qui laisse sans souffle les analyses les plus pertinentes qui pourraient être menées désormais sur ce pays à la dérive. Du côté des puissances occidentales, des visages se découvraient enfin dans l'horreur de l'illogique politique. Les intérêts qu'ils s'étaient évertués de défendre 5

Zaïre:

Démocratie

néo-coloniale

ou deuxième

Indépendance?

contre le bon sens se détruisaient lamentablement dans les flammes qui achevaient de consumer la capitale Kinshasa. Cependant, les chancelleries tutélaires du régime dictatorial n'arrivaient pas à distinguer dans les fumées épaisses le chemin qui auraient mené à une conscience correcte des événements. De la part des partenaires nationaux, l'action politique se trouvait engagée dans des illusions d'optique qui ne pouvaient nullement permettre une méthodologie correcte dans la prise en compte des charges publiques. Le tyran ainsi que les membres de son clan qui avaient usurpé de tous les avantages économiques devenaient des ombres pesantes contre lesquelles les forces progressistes ne pouvaient éprouver que de la terreur et une peur instinctive qui les paralysaient jusqu'à les tétaniser totalement. C'est à partir de ce moment que peuvent se mesurer les ravages causés par la dictature dans la conscience du Peuple, et plus particulièrement, dans l'esprit de ceux qui avaient tenté de s'accaparer du pouvoir politique. Les mécanismes mis en place depuis plus de trente années faisaient ainsi la preuve de leur efficacité. Les pendaisons et les tueries sauvages, les massacres permanents, les supplices dans les cachots de la sécurité s'étaient constitués en des paramètres dans l'imaginaire, au point de s'interposer à chaque réflexion intellectuelle sur les destructions accomplies par le parti unique.
.

le décor, apparaissent alors comme des instances frustrantes, totalement intégrées dans l'inconscient politique, celles qui doivent être exorcisées par des actes matériels de violence politique. Le phénomène s'est accompli de part et d'autre des interlocuteurs sur le thème de la stratégie et de la géopolitique, aussi bien du côté des anciennes puissances occidentales que celui des leaders nationaux. Le Colloque de la Mouvance progressiste qui s'est tenu à Bruxelles du 18 au 20 octobre 1991 survenait à un moment crucial par rapport à ces données immédiates. La lucidité qui soutient les textes des communications témoigne de l'espoir qui avait été suscité malgré les déficiences de réflexion décrites dans les paragraphes précédents. En effet, la panique qui avait frappé les cadres des Evolués dans les années soixante, et qui avait abouti à des tragédies historiques avec la mort de Lumumba ou les « Rébellions» des années 1964-1966, tout cela n'avait été possible que parce que les ombres pesantes du« maître coloniaI» n'avaient pas pu être maîtrisées et exorcisées par un acte de réflexion soutenue. Le dictateur s'était imaginé qu'il pouvait rééditer l'exploit. Il avait seulement oublié que le système qu'il avait installé et institué lui-même avait secrété des mécanismes de défense et immunisé les Patriotes, du fait des iniquités et des absurdités qui dépassaient les limites de la pensée. Après les massacres sauvages des Etudiants, ceux-ci avaient composé une chanson accompagnée d'une danse significative:

Les Hiboux, les « brigades

présidentielles»

et les gardes

civiles dans

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Préface: Le colloque du réveil et de l'espoir

bokoboma biso bokolemba kasi biso tokolonga vous nous massacrerez vous vous fatiguerez nous finirons par vous vaincre

Des cantiques de la mort, des danses de défi, des gestes de mépris pour le tortionnaire. Ils avaient compris que désormais, l'Histoire leur appartenait en propre, et que plus rien, plus personne ne pourrait leur arracher cette vérité unique. Longtemps, tous les textes écrits pour dénoncer la dictature sanguinaire étaient écartés avec mépris, sinon suspectés d'allégeances « communistes ». Les auteurs littéraires ou les penseurs critiques qui décrivaient les mécanismes de la tyrannie du MPR passaient pour des prétentieux, des téméraires, des ambitieux-aigris, sinon pour des paranoïaques. Ils étaient vilipendés, rejetés de la presse «sereine» occidentale, voués à la malédiction. Depuis ces deux dernières années, des auteurs courageux ont surgi qui rivalisent d'adresses stylistiques dans la description des horreurs commises par le Guide illuminé. Quelques titres suggestifs méritent d'être retenus dans une bibliographie conséquente: Edi Angulu, Adieu Mobutu: de la dictature authentique à la démocratie intégrale (Genève, DS Edition SA, 1991), Pierre Yambuya, Zaïre: l'abattoir (un pilote de Mobutu parle) (Bruxelles, Editions EPO, 1990), Emmanuel Dungia, Mobutu et l'argent du Zaïre: révélations d'un diplomate, ex-agent des services secrets (Paris, L'Harmattan, 1992), A. Gbabendu Engunduka et E. Efolo Ngobaasu, Volonté de changement au Zaïre, Volumes I et II (Paris, L'Harmattan, 1991), Philippe Kabongo-Mbaya, L'Eglise du Christ au Zaïre: formation et adaptation d'un protestantisme en situation de dictature (Paris, Karthala, 1992), Colette Braeckman, Le dinosaure (Paris, Fayard, 1992). D'autres pamphlétaires étrangers se découvrent des vocations tardives de rhétoriqueurs et rapportent des scènes horribles sur les massacres des opposants, sur les abominations dans les cachots des services de la sécurité, sur les atrocités dans les couloirs du palais présidentiel, sans convaincre réellement. Il ne serait même pas cocasse de relever les périphrases qui transparaissent dans ces « exercices de style ». Car pendant cette période de la souffrance la plus horrible du Peuple, il appartient aux acteurs privilégiés que sont les Penseurs, les Hommes de Culture, les Critiques lucides, de procéder à une autre méthodologie de l'activité intellectuelle. Il est évident que lorsqu'un individu a cédé à la terreur inspirée par les rouages du système, en livrant les membres de sa famille pour servir comme « précepteur des enfants du Guide », il lui reste un autre sens du tragique à assumer quant à son destin personnel. Non seulement sa crédibilité en a été entamée, mais il demeure pour les usurpateurs du pouvoir, comme un élément fragile, susceptible de se briser entre leurs mains si la lutte pour la Liberté devait se radicaliser. Les tyrans ne sont-ils donc dangereux que lorsqu'ils menacent les intérêts de l'Occident? C'est alors que les «Conseils de sécurité» 7

Zaire:

Démocratie

néo-coloniale

ou deuxième

Indépendance?

expédient des armadas et des bombes par milliers de tonnes pour détruire les nations qui les défient. Mais lorsqu'un dictateur sanguinaire de l'acabit de celui de l'ancien Congo belge prend tout son Peuple en otage, et exerce sur lui des tortures, des supplices et des assassinats aussi sauvages que flagrants, les missions plénipotentiaires s'avisent d'intercéder pour le supplier de faire moins mal. Cette logique absurde ne résiste plus au temps ni à la volonté des Peuples. Il ne s'agit même pas de ces « démocraties stéréotypées» qui se dispensent parcimonieusement par la grâce des« bâilleurs de fonds », selon des modèles qui ont été pratiqués avec des indépendances futiles des années soixante distribuées à l'ensemble de l'Afrique, ou des coups d'Etat militaires soutenus généreusement dans tous les pays par le cynisme des anciens colonisateurs. Les travaux dont les Actes sont publiés ici permettent d'abord une expression immédiate de la volonté affirmée par tout un Peuple pour sortir le pays de l'impasse d'une dictature atroce. Pendant des années, l'argument évoqué pour soutenir les tyrans avait été l'adhésion du

Peuple

»

à leurs personnes. Depuis une décennie, il a été prouvé d'une

manière radicale que le Peuple n'adhérait plus à des systèmes arbitraires d'oppression et de négation des valeurs essentielles. Voilà que les puissances occidentales recourent à d'autres subterfuges pour contourner ce moment fondamental et imposer d'autres formes d'exploitation néo-coloniale. Ces efforts sont condamnés irrémédiablement. Les régimes des partis uniques étaient tellement iniques qu'ils n'ont réussi qu'à rétablir l'unanimité nationale contre les individus et les misérables qui avaient assis de telles aberrations historiques. Les analyses qui suivent devront se lire dans ce sens précis. Ils proviennent des souffrances endurées pendant des années, mais également des naïvetés, des illusions et même des sanctions subies durant la période du MPR par tous ceux qui avaient osé affirmer la Liberté de l'Homme. Puisse l'espoir se soutenir, longtemps encore. D'autres activités de réflexion et d'union de pensées viendront soutenir ce temps de confiance en soi, et prolonger la lutte contre l'arbitraire dans des perspectives plus impératives encore.
bokoboma biso bokolemba kasi biso tokolonga

Avec mes remerciements les plus sincères à tous les Amis qui m'ont témoigné de leur sympathie, en me confiant la rédaction de la Préface à cet ouvrage.

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Le mot d'ouverture
TSHITENGE Muteba
Coordinateur général du Comité d'organisation du Colloque.

.

Chers Camarades, Je voudrais vous remercier tous d'être venus pour commencer ensemble les travaux de ce colloque dont le moins qu'on puisse dire, est qu'il n'a pas été facile à réaliser. Je me permets de rendre hommage aux organisations politiques, aux associations zaïroises et non-zaïroises, à tous les patriotes et amis qui ont contribué moralement et matériellement à la réussite de cette rencontre. La première du genre que le mouvement de progrès de notre pays organise dans ces conditions, depuis plus de trente ans. Je salue la présence dans la salle de Maître Kinkela, Secrétaire général du « Front Patriotique pour le Renouveau )', venu de Kinshasa pour nous apporter le témoignage sur ce qui se passe sur le terrain. Il vous présentera lui-même les regrets et excuses de notre compatriote, le docteur Numbi qui, pour des raisons de santé, ne peut nous rejoindre à la présente session. Je m'adresse en premier lieu aux amis du Comité d'organisation du Colloque. Ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour nous rassembler dans des bonnes conditions. Ensemble, nous avons travaillé, en donnant le meilleur de nous-mêmes, parfois au prix de nos propres personnes. Chers camarades, vous avez agi avec conscience, avec la volonté affirmé de transformer notre société. Vous vous êtes comportés comme des agents de changements. Si demain le Zaïre peut compter sur des milliers de mains et de têtes comme les vôtres, nous pouvons espérer que la bataille du développement soit totalement gagnée. Après ces premiers moments de remerciements, il me faut répondre à la question principale de nos débats: pourquoi un Colloque de la Mouvance progressiste sur la démocratie? Aujourd'hui encore, trente années après les indépendances octroyées par l'Occident aux pays d'Mrique, il est généralement admis que la voie de développement choisie par les dictatures néo-coloniales, a débouché sur un véritable désastre. Ces dictatures étaient installées et soutenues, militairement autant que politiquement, par les anciennes puissances coloniales. Nul doute que les méthodes utilisées étaient inspirées et con-

seillées par les « experts du Fonds monétaire international, de la Banque
mondiale, de la Communauté économique européenne, des Agences de coopération bilatérale, ou celles du système des Nations Unies. Les objectifs à long ou à court terme étaient fixés à l'avance, à savoir, l'intégration au système économique mondial dans le respect d'une division internationale du Travail en des termes injustes. Il s'agit ici du 9

Zaire:

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Indépendance

?

mythe de la croissance transmise par l'échange inégal de marchandises, par l'échange des capitaux ou par la délocalisation industrielle. Le résultat s'est imposé de lui-même: une Mrique qui bat tous les records de la médiocrité. Le continent connaît actuellement le taux le plus élevé de mortalité infantile, d'analphabétisme, de chômage, d'accroissement démographique. L'Mrique a remplacé l'Asie comme premier bénéficiaire de l'aide alimentaire mondiale. La demande des capitaux qui a débouché sur une dette improductive a fait le bonheur des vendeurs de technologies, des banquiers occidentaux, ainsi que des oligarchies installées au pouvoir en Mrique. Nous nous trouvons ainsi en face d'une situation objective d'oppression et de déshumanisation sur l'ensemble du continent. Dans une situation de ce type, le Zaïre se situe au niveau le plus bas de l'échelle. Il y a trente ans, les meilleurs de ses Fils dénonçaient déjà le néo-colonialisme qui ne cherchait qu'à s'installer dans le pays sous des formes plus sournoises encore: La crise politique actuelle est le fait du divorce existant entre un gouvernement fantoche et le peuple, lequel gouvemement reste le dos tourné aux masses et aux exigences nationales d'un peuple qui lutte pour l'indépendance, la démocratie, et un niveau. de vie correspondant aux immenses richesses de son pays dont profitent actuellement les seuls impérialistes et leurs agents (programme du Conseil de Libération, CNL, 1964). Les assassinats politiques des meilleurs Fils du Zaïre dont celui de Patrice Lumumba, qui ont pour but d'éliminer de la scène politique tous ceux qui étaient porteurs de ce message, interviennent dans une période où le multipartisme importé de l'Europe bat son plein. Dans un pays que la colonisation avait longtemps maintenu dans l'ignorance et l'obscurantisme, le niveau de formation générale et politique de la population pouvait-il leur permettre d'apprécier en connaissance de cause les enjeux du débat politique? Ces assassinats furent commis sur les ordres de ceux-là mêmes qui s'autoproclament depuis des siècles, champions de la démocratie et du respect des droits de l'Homme. Le champ sera ainsi laissé libre au pillage, à la corruption, au mensonge, au terrorisme d'état. Bref, le mouvement du progrès en est sorti totalement affaibli. Le 24 avril 1990, le président de la République proclame le multipartisme. Tout le comité central du Parti-Etat, le MPR, éclate en plusieurs partis qui se situent dans une opposition contre un symbole, et non contre le système dont ils étaient tous issus, et pour lequel ils s'étaient comportés comme des maîtres d'œuvre. De ce fait, la réalité politique actuelle qui valorise les soi-disant «grands partis », n'est que la reconduction sous une autre forme, du projet politique néo-colonial, et non un volet altematif. Le mouvement démocratique qui aurait dû être le cheval de bataille du peuple zaïrois meurtri, pour faire aboutir ses revendications principales: être libres et s'organiser lui-même afin de produire des biens nécessaires pour résoudre ses problèmes matériels et moraux, se voit en-

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Le mot d'ouverture

core confisqué par ceux-là mêmes qui sont à l'origine de cette crise violente. C'est pour cela qu'il est urgent d'unir toutes les forces progressistes, afin d'accélérer la mobilisation des masses contre les forces qui sont à la base de toutes ces misères. L'histoire nous montre qu'en partie, si les choses se sont empirées ainsi, c'est parce qu'à certains moments, des patriotes conséquents n'ont pas su prendre des initiatives susceptibles d'éclairer les masses sur la voie à suivre. Un Colloque des forces progressistes dans de telles circonstances, constitue un lieu indiqué pour apporter des meilleures réflexions concernant toutes ces questions. Lorsque nous avions commencé les préparatifs de cette rencontre, nous ne savions pas que la situation politique serait ce qu'elle est devenue aujourd'hui. C'est-à-dire, un pays occupé militairement par les puissances impérialistes, sous le prétexte de l'action humanitaire qui cache mal une ingérence dans nos affaires intérieures. Les intentions mal dissimulées de ces opérations apparaissent comme des manœuvres pour mettre au pouvoir une nouvelle équipe de fantoches, qui perpétueraient le vieux projet néo-colonial que l'on tente de masquer sous les formes caricaturales d'une démocratie bourgeoise. Quels sont les objectifs de ce Colloque? Il doit permettre à la mouvance progressiste de faire le point de son évolution depuis trente ans, et de situer sa place aujourd'hui dans le combat de notre Peuple pour la démocratie et le développement. Les différents intervenants vont tenter: 1° de mettre en lumière les fondements de la crise actuelle et d'en désigner les responsables, afin que notre Peuple cesse d'être trompé et manipulé continuellement.

de faire un bilan, une autocritique de notre propre mouvance notamment les insuffisances dans la mobilisation et l'organisation des masses populaires, seule force stratégique dans la lutte contre l'oppression et la domination coloniale. 3° susciter la réflexion et le débat sur les perspectives de progrès: démocratie néo-coloniale ou deuxième indépendance. A présent, je déclare ouvert les travaux du Colloque, et je vous souhaite un bon travail.



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Première partie

Les responsabilités des acteurs politiques - « Mobutuet ses dinosaures» dans la crise actuelle du Zaïre

1.1. 1.2. 1.3.

L'ECONOMIE LA POLITIQUE

LE SOCIAL ET LE CULTUREL

1.1. L'économie

1.1.

L'ECONOMIE

ZAIROISE, UNE ECONOMIE EXTRAVERTIE

1.1

L'économie zaïroise. . ,. une economle extravertie, conséquence d'une politique
R. NYEMBO L'UFPC a été honoré au cours de ce colloque qui lui permet de présenter un thème fondamental en économie, et cité comme tel par beaucoup de scientifiques et de politologues: l'extraversion économique des pays en voie de développement. Il s'agit là d'un thème fondamental dans le processus de lutte des pays en voie de développement en général, et du Zaïre en particulier. En l'abordant aujourd'hui, nous ne voulons pas uniquement le traiter en tant que scientifique. Mais nous essaierons d'être plus que des scientifiques, c'est-à-dire des hommes d'action, des acteurs de l'économie. Parce qu'un scientifique, un spécialiste en sciences économiques est un gestionnaire plutôt qu'un acteur de la scène politique. La politique économique d'un pays est arrêtée en premier lieu par les hommes politiques, et les scientifiques ne sont à considérer que comme des exécutants des décisions. C'est dans ce cadre que nous abordons le problème de l'extraversion économique. Afin de mieux cerner le problème, nous définissons d'abord ce que nous entendons par extraversion économique. Puis, dans un premier chapitre, nous abordons le problème concernant les aspects historiques de cette extraversion. Ensuite, nous traiterons et nous analyserons la situation découlant des acteurs de l'extraversion économique. Et pour finir, nous parlerons du problème des indépendances et de la formation du pouvoir étatique dans les pays en voie de développement, plus particulièrement dans la période post-coloniale. Qu'est-ce d'abord une extraversion économique? Le dictionnaire définit le terme extraversion comme une situation où une institution où un individu sont tournés vers l'extérieur. Il y a extraversion économique à partir du moment où un pays concentre essentiellement ses activités économiques vers l'exportation. Il n'y a donc pas antinomie entre le mot dans son assertion classique et le mot dans son assertion économique. Nous voyons bien que l'un et l'autre expriment la même réalité. Le problème posé est de savoir à partir de quand l'économie de notre pays a été extravertie. 17

Les responsabilités des acteurs politiques



Mobutu et ses dinosaures»

-

dans la crise...

Le concept de l'extraversion économique est un concept récent. Mais la réalité qu'il recouvre remonte à très loin, parce que dès 1885, lors de la Conférence de Berlin, lorsque l'Mrique a été partagée par les grandes puissances, il a été convenu d'établir ce qu'on appelait le pacte colonial. Il s'agissait d'une convention qui liait toutes les puissances coloniales à entreprendre une politique économique dans les colonies qui soit conforme aux besoins de l'Occident. A partir de ce moment, la Conférence de Berlin, si on la prend comme une conférence de référence, avait prévu dès la première année que, pour l'ensemble des colonies résultant du partage, la liberté de commerce serait totale entre pays colonisés et pays colonisateurs. Elle avait prévu aussi que les droits de douane devaient être supprimés au profit de la métropole. On établissait donc un lien intégral entre l'économie du pays colonisé et l'économie du pays colonisateur. Il a été établi qu'il n'y aurait pas de contingentement entre les pays colonisés et les pays colonisateurs. Tous les pays colonisateurs étaient libres de s'installer et de s'établir dans les pays colonisés sans qu'aucune restriction ne leur soit imposée. Et enfin, le mouvement de capitaux était considéré comme élément essentiel à cette colonisation. Si tels étaient les termes de référence, il a aussi été convenu que le ministre des colonies français, belge, portugais, allemand, devraient tenir une conférence avec l'ensemble des gouverneurs généraux des colonies pour essayer d'harmoniser la politique économique dans chacune de ces colonies. Si aujourd'hui nous vivons une scène douloureuse de voir chaque année le chef de l'Etat français tenir une conférence avec les chefs d'Etat africains, ce n'est pas un phénomène nouveau. A partir de ce moment, la notion d'extraversion économique était donc présente. Mais la confusion, le manque d'analyse dans le domaine de la domination économique, nous empêchaient de discerner ce phénomène de l'extraversion économique. Nous constatons que l'extraversion économique à l'époque où nos pays étaient des colonies, empêchait les pays dits colonisés de pouvoir mettre en place les industries d'une certaine puissance, des entreprises d'une certaine dimension, de développer des entreprises ayant la capacité de fixer des prix, de transformer les matières à l'intérieur de l'espace national. Tout était fait de telle manière que seules les métropoles colonisatrices étaient appelées à pouvoir transformer les matières premières, alors que les pays colonisés étaient des pays producteurs de ces mêmes matières premières. Ce lien de causalité, d'une part une colonie productrice de matières premières, d'autre part, un pays colonisateur transformateur de ces matières premières, avait établi la notion de l'extraversion dès ses origines, dès la création des colonies. Tels sont les faits historiques, que nous avons peut-être vécus d'une façon indolore, du fait que nous étions politiquement colonisés, culturellement dominés. Mais néanmoins, il existait déjà à cette époque, des professeurs, des penseurs qui avaient remis en cause cette notion. Je citerai un seul d'entre eux, le professeur Fernand Baudouin qui, en 1931 dans une revue qui s'appelle La Belgique après le centenaire, parue aux Editions de la Société d'études morales et juridiques de Louvain, disait ceci:
Le Congo, de matières une bonne à défaut premières, d'être ce dont une colonie de peuplement, aux Belges, belge aura peut besoin plutôt être soit un réservoir par échanges, qui fournira l'industrie soit directement (p. 59).

partie de

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L'économie zaïroise: une économie extravertie, conséquence d'une politique

Et il ajoute: Plutôt que de mettre en valeur des territoires étrangers, d'où l'on voudra nous expulser, une fois que nous les aurons équipés, il vaut mieux nous attacher à tirer de notre colonie tous les partis qu'elle peut nous offrir.

Si telle était déjà la position de ceux qu'on appelle communément des scientifiques, et qui est devenue une doctrine, c'est-à-dire que les hommes politiques s'en inspireront, il faut en conclure que le phénomène de l'extraversion économique n'est pas un fait nouveau. Il est nouveau par rapport à l'approche théorique que nous lui avons donnée, mais c'est une réalité qui a fait son chemin depuis de longues années. Si telle est la constation, qu'aurions-nous dû faire pendant la période de la colonisation, et que nous n'avons pas fait, parce que nous étions colonisés. La question qui se pose est de savoir quelle est la situation qui découle de cette réalité, pour qu'il y ait une symbiose entre la réalité observée et les acteurs qui engendrent cette réalité ou la mettent en place. Il est vrai que le Zaïre, ou le Congo de l'époque, était une colonie politiquement organisée sur le modèle belge, la Belgique étant une puissance coloniale. Pour que l'extraversion puisse être une réalité, il aurait fallu que le gouverneur général, les gouverneurs de province, les administrateurs de territoire, et les vice-gouverneurs, qui étaient à la fois présidents de 1'«Union minière du Haut Katanga », puissent contribuer à asseoir et à réaliser cette volonté de l'extraversion économique. Tous ces agents n'étaient que des éléments au service d'un système, d'une structure, qui était dépendante de la structure dominante qu'était la Belgique. Les entreprises zaïroises étaient des entreprises complémentaires par rapport aux entreprises de la structure dominante, l'économie belge. L'économie congolaise était intégrée dans un système qui échappait à la logique propre du Congo. On peut donc considérer qu'à cette époque l'économie congolaise n'était qu'une sous-structure, un sous-système intégré dans un système global, le système de l'économie belge. C'est à partir de cette notion qu'il nous faudrait progressivement essayer de comprendre ce que signifie l'extraversion. Il nous faudrait essayer de comprendre le problème à partir de la systémique. Ce n'est qu'à partir de ce concept globalisant que nous parviendrons à mieux comprendre la notion de l'extraversion économique. Le système se définit comme une totalité organisée, faite d'éléments solidaires, ne pouvant être définis les uns par rapport aux autres qu'en fonction de leur place dans cette totalité. Si telle est la définition du système, nous comprenons très bien que l'économie du Zaïre ne constituait pas un système en elle-même. Parce que si elle avait été un système, elle aurait pu, comme l'économie belge, avoir des liaisons amont et aval, c'est-à-dire le produit fini d'une usine devient la matière première d'une autre usine, jusqu'au moment où on fabriquait un produit fini localement. Ce n'était pas le cas au Zaïre. C'est à partir de cette définition qu'on peut parler en termes d'industrialisation. Mais au Zaïre, du fait de l'absence de cette intégration, de cette liaison amont-aval, la totalité des matières premières étaient amenés à sortir du Zaïre au profit de la Belgique où elles correspondaient à la notion de la totalité du système. Le Zaïre, en tant 19