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Contre l'Europe : l'après référendum

De
136 pages
L'Europe, telle qu'elle se construit aujourd'hui a échoué aussi bien sur le plan économique -la croissance est en panne- que sur le plan social -le chômage reste à un niveau très élevé- ou encore sur le plan politique -l'Union européenne est incapable d'avoir une politique claire qui s'opposerait à l'hégémonisme américain. Le référendum a été en France l'occasion de faire le bilan du travail des institutions européennes, et d'analyser dans le détail le texte de la Constitution. Cette Constitution ne sera jamais adoptée, aussi il est bon de commencer à réfléchir à l'après référendum.
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Contre

l'Europe

L'après référendum

site: www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr «;)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-74759497-1 EAN : 9782747594974

René Teboul

Contre l'Europe
L'après référendum

L'Harmattan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace L'HannaUan Kinshasa

Fac..des

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa

L'HannaUan Italia Via Degli Artisli, 15 10124 Torino ITALIE

L'HannaUan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Université

- RDC

La rédaction de cet ouvrage s'achève au moment où le débat sur le référendum sur la Constitution européenne est lancé. Alors que tout le monde pensait que la campagne pour le oui serait une promenade de santé, une série de sondages donne le non largement gagnant, ce qui a pour conséquence immédiate d'affoler le journal Le Monde, Jacques Chirac et l'état major du Parti socialiste. Au fur et à mesure que la campagne s'avance, le non progresse. Des réprimandes sont envisagées. On en vient à censurer un texte destiné aux lycéens, parce qu'il contient un débat sur la Constitution. On commence à menacer les caciques du Parti socialiste qui font campagne pour le non, au nom de la démocratie! Les membres du Parti socialiste ayant voté à 58% pour le oui, il n'est pas question d'une double socialiste pour le référendum. La cacophonie règne et plus encore dans le camp du oui. Même au sein du sage parti de l'UMP, le non commence à croître. La confusion s'amplifie encore avec l'intervention des Commissaires européens qui commencent bien malgré eux à jeter le masque: oui, la Constitution est ouvertement néo-libérale, oui, elle ne permettra pas, si elle est adoptée, de changement démocratique des lois qui sont contenues en elle. Jacques Chirac intervient, demandant aux Commissaires européens de se taire au moins jusqu'à ce que le oui l'ait emporté, au motif que chaque fois qu'ils parlent pour défendre l'Union européenne et ses magnifiques avancées, ils accroissent le nombre d'opposants à la Constitution et à l'Union européenne! Cette dernière intervention jette le

dernière intervention jette le trouble, d'autant que le Président de la République Française demande le retrait pur et simple de la directive Bolkestein, tandis que M. Barroso, président en exercice de la Commission européenne, dit qu'il n'en est pas question. Le caractère borné du président de la Commission oblige un Jacques Chirac en colère à intervenir auprès de la chaîne de télévision publique française pour l'empêcher d'inviter M. Barroso à venir vendre sa soupe aigre, on craint qu'un tel avocat de la cause européenne n'accroisse encore l'avance du non. Plus important, au cours du débat qui s'ébauche, on constate une asymétrie forte entre les argumentaires pour le oui et ceux qui défendent le non. Les premiers insistent sur la part de rêve que contiendrait cette fameuse Constitution, sur les bienfaits que nous en retirerions dans des temps plus ou moins lointains, tandis que les seconds insistent sur le contenu concret de cette Constitution et ses effets directs sur la vie quotidienne des Français. On reste confondu de la faiblesse des arguments des partisans du oui, c'est au mieux un catalogue de bonnes intentions, au pire une menace et des insultes envers les tenants du non qui fermeraient la France au progrès sous l'impulsion des « souverainistes »1. L'autre argument avancé avec plus ou moins de
1

Le terme est utilisé sans autre précision comme un argument

en soi. Tout souverainiste, même si on ne sait pas ce que cela veut dire, est quelqu'un de peu fréquentable, entre Le Pen et un vieux paysan crasseux attaché à des traditions dépassées.

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confusion par les duettistes Sarkozy et Hollande est qu'une victoire du non serait un drame, un recul, et qu'il marginaliserait la France. Giscard d'Estaing, considéré comme le père de la Constitution, intervient pour dire que les partisans du non sont craintifs, mal informés, et qu'il suffira d'un peu de pédagogie pour que le non recule, et puis 'surtout que ce serait se singulariser drôlement que de voter non. La droite et la gauche réunies passent énormément de temps à dire qu'il faut expliquer mieux le contenu de la Constitution, sans aller au-delà de cette pétition de principe. C'est probablement cette faiblesse des arguments des tenants du oui qui explique la progression constante du «non» dans les sondages. Et d'ailleurs, on peut même se demander si ce n'est pas parce que les Français commencent à lire le texte de la Constitution que le non progresse! Les difficultés rhétoriques des tenants du oui sont perceptibles dans leur manière de dialoguer: c'est Jacques Chérèque, président de la CFDT qui refuse de débattre à la télévision avec Henri Emmanuelli, c'est un ministre britannique quelconque qui traverse la Manche pour venir dire à Bordeaux que les défenseurs du «non» sont des néo-cons. Le débat sur le Traité pour une future Constitution européenne est également très représentatif de la fracture qu'il peut y avoir entre les hommes politiques et les citoyens. Les caciques du parti socialiste qui se sont prononcés pour le oui, ne comprennent pas la montée du «non» au référendum. Pourtant, son contenu est à peu près le

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même que le vote du 21 avril 2002. Le non apparaît maintenant majoritaire parmi le peuple de gauche, y compris au sein du parti socialiste dont les militants ont choisi à l'automne 2004 de faire campagne pour le oui de manière un peu inconsidérée. Ces résultats ne nous étonnent pas. Il y a un rejet massif de l'Union européenne qui provient essentiellement du déficit économique, social et politique qui s'est creusé au fil des années. Les électeurs jugent l'Union européenne à partir de ce qu'elle leur a apporté et non plus sur ce qu'elle promet. Les Français sont au moins clairs sur la question. Pour eux l'Europe véhicule les délocalisations, la stagnation des salaires et la précarité des emplois. Ils comprennent bien que l'élargissement continu de l'Europe à des pays de plus en plus pauvres est une remise en cause directe de leurs acquis sociaux et que le démantèlement des services publics est au programme des futurs « progrès» de l'Europe.
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Ensemble français Gauche parlementaire Dont PS Droite parlementaire Dont UMP FN/MNR

des

45 42 47 67
70 20

55 58 53 33
30 80

Sondage Ipsos publié le 29 mars 2005 dans Le Figaro

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Du reste, ces dispositions apparaissaient à peu près les mêmes dans un sondage de janvier 2004 qui montrait déjà que les Français, et particulièrement ceux de gauche, se méfiaient massivement de l'Union européenne et de sa Commission. En trente ans d'extension des pouvoirs de l'Union européenne, l'eurosepticisme n'a cessé de croître sur le continent, preuve s'il en était besoin du décalage croissant entre les discours et les promesses et la réalité du

terrain 1. C'est probablement la meilleure mesure du
fonctionnement de l'Union européenne. Trente ans, c'est long, et sur une telle période, la montée du désenchantement est bien porteuse de sens. Les points les plus forts qui sont reprochés à Bruxelles sont le manque de présence sur le terrain social, les délocalisations et la montée des précarités. Plus encore, les jeunes générations se détournent de l'Europe, alors que jusqu'au début des années 2000, ils adhéraient plus facilement que leurs aînés à ce projet, aujourd'hui, ils rejoignent les plus vieux pour la condamner. L'Union européenne a mangé son pain blanc, et elle ne peut plus se présenter comme porteuse d'avenir. Au contraire, elle signifie que les jeunes générations devront faire face à des difficultés accrues par rapport à leurs parents, que ce soit en ce qui concerne l'emploi, qu'en ce qui concerne l'environnement.
I

Chaque année Eurobaromètre enquête auprès de la

population européenne pour connaître l'état de l'opinion. Celle-ci s'est détériorée au fil des années et plus encore avec l'élargissement de 2004. Cf. Le Monde daté du 9 avri12005.

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Le moins qu'on puisse dire est que les dirigeants du Parti socialiste sont en décalage complet avec l'aspiration de leurs électeurs, et que cela laissera des traces. Le programme politique contenu dans la future Constitution européenne apparaît bien comme un programme libéral de droite, et les électeurs s'en aperçoivent. Les responsables du parti socialiste ont laissé croire que les Français risquaient de voter « non» au référendum pour de «mauvaises raisons », l'adhésion future de la Turquie, le désastre dans tous les domaines de la politique suivie par Chirac et Raffarin. Mais tout converge pour montrer que les Français vont se prononcer d'abord sur les performances récentes de l'Europe. Qu'a fait l'Europe pour construire un espace protégé pour ses citoyens dans le contexte de la mondialisation? Qu'ont fait l'Europe et ses bureaucrates pour éviter la dégradation continue du pouvoir d'achat, les délocalisations et la précarité du travail? Le dernier argument qu'on voit apparaître maintenant, vis-à-vis de cette Union européenne qui décidément a du mal à enthousiasmer les foules, est que sans l'Europe, les effets de la mondialisation eussent été encore plus ravageurs! Qu'est-ce que cela aurait été! Laisser entendre que les Français ne voteraient pas en connaissance de cause est à tout le moins un mépris pour la démocratie. Le vote des Français le 29 mai sera un vote capital. Non pas parce que la Constitution aggraverait l'état de l'Union européenne, et de fait, cette Constitution ne sera ni votée ni appliquée. Mais, si le non l'emportait, les électeurs enverraient

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un signal fort au reste des pays européens, et on commencerait enfin à se poser de vraies questions sur l'utilité de l'Europe institutionnelle. Il est d'ailleurs probable que la France ne sera pas le seul pays qui rejettera le Traité. La Suède, le Danemark qui n'ont pas accepté la monnaie unique pour conserver leur autonomie politique, mais également la Hollande emboîteront selon toute vraisemblance le pas à la France. En Angleterre, on sait que le « non» à l'Union européenne est et restera également largement majoritaire. Mais même parmi les pays nouvellement adhérents certains se prononceront contre le Traité. Dans tous les cas, le débat sur le référendum est salutaire. Le référendum questionne le fait européen, on finit par s'interroger sur la pertinence d'un tel projet. Jusqu'alors il semblait incongru d'être contre l'Europe telle qu'elle se fait depuis 1957. Il semblait politiquement correct de se dire, sans plus de réflexion, pour l'Europe. L'idée même de réfléchir à la forme géographique des institutions paraissait un combat à tout le moins d'arrière garde. Les raisons de fond à l' eurosepticisme ne manquent pas. La grande majorité des Européens se méfient d'une bureaucratie bruxelloise opaque et ils ne jugent pas que les performances économiques et sociales de celle-ci soient suffisamment bonnes pour en contrebalancer les inconvénients. Egalement ils se rendent compte, avec plus ou moins d'acuité, que sur le plan politique, l'Union européenne ne fonctionne pas vraiment, ce qui les rend nostalgiques d'un Etat national qu'ils pouvaient tout de même un

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peu contrôler, remettre éventuellement en question par leur bulletin de vote. Enfin, ils ne comprennent généralement pas qu'on se lance dans un élargissement frénétique et sans fin avant même d'envisager une unification des normes législatives et sociales qui ferait effectivement de l'Union européenne une unité politique, économique et sociale cohérente à l'image des Etats-Unis. Le désenchantement est tel que même les tenants du « oui» iront voter pour la Constitution en traînant les pieds, pensant que de toute façon il n'y a pas d'autre choix possible, que c'est le sens de l'histoire, et même s'ils ne cessent de pester au fil des jours contre les décisions ubuesques de la Commission qui leur empoisonnent la vie au quotidien. A l'origine de ce profond désaveu, il yale fait que le parti européiste est, depuis trente ans, le parti de toutes les promesses et de tous les reniements. On a promis le plein-emploi, une croissance forte, une communauté de destin, le renforcement d'une culture spécifiquement européenne. Et, années après années, on n'a rien vu venir. Mais la question de l'Europe est aussi un formidable alibi, et c'est peutêtre aussi pour ça que les partis dits de gouvernement y sont si attachés. C'est la possibilité pour eux d'abriter leur impuissance derrière le primat des décisions bruxelloises. C'est l'absence de volonté gouvernementale dans tous les domaines, le renoncement du pouvoir au profit d'« experts ». On a même vu ces derniers temps Jacques Chirac qui n'est plus, il est vrai, à un retournement de veste près, prendre le référendum sur la Constitution à son

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compte, après avoir condamné il y a quelques années les proeuropéens comme figurant «le parti de l'étranger »1. C'est le même Jacques Chirac qui, en 1997, au moment où il décidait de dissoudre l'assemblée, nous disait qu'il abandonnait l'idée d'une politique sociale au motif de s'aligner sur la logique européenne. Quarante années de propagande frénétique et coûteuse pour l'Union européenne ont eu raison des esprits les plus méfiants; presque tout le monde, de l'extrême droite à l'extrême gauche, a rallié l'idée européenne, même quand c'est pour la critiquer, pour signaler qu'on voudrait d'une « autre Europe », tout comme aujourd'hui plus personne n'ose remettre en cause le système économique tel qu'il fonctionne. La régression de la pensée critique depuis une bonne trentaine d'années nous a fait admettre comme des évidences que ce n'est pas parce que les institutions et les formes sociales ne fonctionnent pas qu'il faut les critiquer ou les changer. L'Union européenne est censée représenter la marche de l'histoire, le progrès. Le problème est que ce progrès relève seulement du fantasme, incapable de se cristalliser dans des résultats tangibles sur le plan
I « Nous disons "non" à une France vassale dans un empire de marchands, "non" à une France qui démissionne aujourd'hui pour s'effacer demain. (...) Comme toujours quand il s'agit de l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l'écoutez pas. C'est l'engourdissement qui précède la paix de la mort» disait Chirac le 6 décembre 1978 !

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