//img.uscri.be/pth/0b87985d0b61c0a01dc74c1e4470b3fbde756934
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Côte d'Ivoire chroniques de guerre 2002-2011

De
264 pages
Le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire est coupée en deux à la suite d'un coup d'Etat manqué. Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo sort de son palais présidentiel bombardé par l'armée française. Entre ces deux dates, neuf ans de guerre larvée, de souffrances pour les populations civiles, de désordres. L'auteur raconte la longue descente aux enfers d'un pays africain autrefois présenté comme modèle.
Voir plus Voir moins
VOIR
E
CÔTE DI Chroniques de guerre 2002-2011
Collection IREA
Collection dirigée parDavid Gakunzi
Fournir des clés ermettant de mieux com rendre l'Afri ue, son histoire, ses réalités et mutations actuelles, ainsi ue sa éo oliti ue, voilà l'ambition de cette collection de l'IREA Institut de recherche et d'études africaines . La collection - ui réunit aussi bien des essais, des mono ra hies ue des textes littéraires issus des travaux et des débats animés par l'Institut - a pour vocation de faire connaître au rand ublic les travaux d'auteurs confirmés mais é alement ceux de eunes talents encore méconnus. Les ouvrages de la collection sont rédigées dans une langue conviviale, vivante et accessible. Dernières arutions Brian Tourré,De la « Francafrique » à la « Chinafrique », 2012.
Théophile Obenga,fédéral dAfrique noire : la seule issue,LÉtat 2012.
Jean-David NDa,Le nouvel ordre ivoirien, 2012.
Roger Gballou,Côte dIvoire : souver bafouée ineté, 2011. a
Calixte Baniafouna,La démocratie de lONU en Côte dIvoire, 2011. Calixte Baniafouna, ue veut : le cas de laCe ue France veut A ri Côte dIvoire, 2011. Calixte Baniafouna,La démocratie néocoloniale de la France, 2011. Roger Gballou,Côte dIvoire, le crépuscule dune démocratie orpheline,2011.
David Gakunzi,Libye : permis de tuer,2011.
Philippe DUVAL
CÔTE DIVOIREChroniques de guerre 2002-2011 Préface de Mamadou KOULIBALY
© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-97013-7EAN:9782296970137
Avertissement
Ce livre, constitué essentiellement de reportages, est constitué de deux parties. La première, « Fantômes divoire », a été écrite en 2002 et 2003 et publiée en octobre 2003. Ce livre, épuisé dans sa première édition, est réédité dans une version identique, allégée de quelques chapitres. La seconde partie couvre la période de 2004 à 2011.
Préface
« Ce nest pas le combat conscient des idées qui sétale devant nous, cela ne se passe jamais ainsi dans la réalité. Ce que nous voyons, ce sont les conflits humains, et au plus profond, entremêlées à eux, il y a des idées en lutte  elles sont mises en déroute ou sortent victorieuses. Ibsen Henrik, dramaturge norvégien (1857)
Quelques années dhistoire de la Côte dIvoire restent figées dans cet ouvrage, « Fantômes divoire ». Cest avec une vive émotion que nous relisons le cours de lhistoire récente et lenchaînement dévénements douloureux pour les populations et humiliants pour le pays. Coups dEtat, mutineries, rébellion armée, violence, avidité du pouvoir, trahison, pays coupé en deux, domination étrangère, les deux dernières décennies ont vu la Côte dIvoire senfermer dans une prison dont les clés sont jalousement gardées par des fantômes. Fantômes qui ne sont autres que les élites et les dirigeants qui se sont succédé dans le pays. La souffrance trouve en effet sa source dans la politique des hommes avec le seul pouvoir comme finalité. Ces quelques pages montrent cruellement que les enseignements de lhistoire nont pas été tirés et que les mêmes erreurs se répètent inlassablement. On avance sans traiter les problèmes de fond que lon préfère fuir en les voilant à tout prix dans une bataille acharnée de la communication et de lartifice. La suite de lhistoire nous la connaissons : huit ans de rébellion ponctués dune multitude daccords aussi coûteux que stériles ; des élections présidentielles organisées dans un pays coupé en deux, non réunifié, mal administré et une rébellion armée au Nord vivant grassement de trafics louches, de pillages et de taxes créées sur son fief hors la loi, hors Etat ; lépisode paroxystique de violence ayant
suivi le scrutin de novembre 2010, émaillé de milliers de morts, de milliers de blessés, de vols, de viols, de violences morales, dun blocage économique asphyxiant ayant fait exploser le chômage, des bombardements de larmée française et des troupes onusiennes appuyées par celles de lEcomog ; et il y a un mois, des élections législatives que lon pourrait qualifier pudiquement de « tropi-cales » pour ne pas entrer dans le détail de la mascarade. Lirresponsabilité des hommes de pouvoir conduit aujourdhui le pays à une situation compliquée où linsécurité est au premier plan puisque les autorités semblent faire comme si elles ne maîtrisaient absolument pas leurs nouveaux militaires, anciens guerriers rebelles dont la plupart, sans formation, ont du mal à comprendre que leur mission est de protéger les populations, non de les violenter, ni de punir celles qui ne soutiennent pas leur mentor. Mais leur a-t-on déjà expliqué ou assigné dautres missions que celles quils exécutent depuis 2002 ? Les Ivoiriens vivent dans la peur et sont profondément divisés par une justice aux ordres des vainqueurs qui récompense une partie des criminels anciens rebelles proches dAlassane Ouattara, le nouveau président de la République, alors quelle punit et humilie ses opposants et que Laurent Gbagbo est le seul à devoir répondre de ses actes devant la Cour pénale internationale. A travers les lignes qui suivent, Philippe Duval nous rappelle pourtant que le crime nest pas lapanage du seul clan Gbagbo. Cette nouvelle fuite en avant, ce refus daborder les vrais problèmes ne pourront conduire quà limpasse, une nouvelle fois, comme nous lavons constaté ces dernières années. Nous redécouvrons avec plus dacuité lampleur des complicités inavouables. La Côte dIvoire se meurt de lirresponsabilité de ses dirigeants successifs. La Côte dIvoire se meurt de lexcès de pouvoir de ses chefs dEtat successifs et de la haine quils se vouent les uns envers les autres avec le soutien implicite ou pas de leurs supporteurs respectifs. Partout, dans toutes les chapelles politiques, la logique semble la même : sans nous, le déluge pour la Côte dIvoire. Aujourdhui, alors même quAlassane Ouattara est arrivé au pouvoir soutenu par une communauté internationale saffirmant soucieuse du respect de la démocratie, son pouvoir dérive dangereusement vers une tyrannie. LAssemblée nationale déjà affaiblie ces dernières années sest retrouvée dissoute sur un simple coup de fil présidentiel dès son arrivée au pouvoir, et le pays est
8
depuis gouverné par décrets et ordonnances illégales ; le Conseil constitutionnel a été renouvelé en toute illégalité sur décision présidentielle ; de nombreux amis du pouvoir promus fonction-naires et agents de lEtat sont déversés dans ladministration en violation de toute législation, dans la continuité des agissements des régimes précédents, donnant ainsi aux Ivoiriens un sentiment de déjà-vu rétrograde et démotivant ; la carte électorale a été révisée de manière discrétionnaire en violation complète des dispositions des principes de bonne gouvernance édictés et acceptés ailleurs par les pays membres de la soi-disant communauté internationale ; le viol régulier de la Constitution ivoirienne simpose désormais comme norme démocratique. Nous dépassons toutes les bornes jamais connues et la communauté internationale, par une communication habile et intéressée, soutient la dictature en préférant promouvoir, comme une avancée majeure, les nids-de-poule comblés dans les rues dAbidjan, comme si cétait cela le cur du problème. Un peu de vernis sur une planche de bois pourrie ne lui a jamais redonné sa robustesse. Tout ce gâchis pour en arriver là ? En effet, après toutes ces années de souffrance durant lesquelles la pauvreté na cessé de croître, la Côte dIvoire na pas résolu ses problèmes structurels puisquelle na pas osé les aborder. Aucun enseignement na été tiré des erreurs successives, bien au contraire, comme latteste ce livre. Dévidence, compte tenu de lirresponsabilité dont font preuve les dirigeants dans le pays, il est urgent daccroître les libertés individuelles pour que les populations puissent construire, entreprendre, devenir des propriétaires productifs. Aujourdhui, lEtat a tout en main et les populations vivent séquestrées dans lattente dune redistribution qui non seulement ne vient pas mais risque de ne jamais sortir du cadre de la politique clientéliste instaurée depuis les indépendances en vue de garder le pouvoir, protéger son ethnie et ses proches. Le manque de liberté est le cancer du continent, mais, en Côte dIvoire, ses effets sont encore plus criants. Il est impératif de se battre pour la mise en place dun cadre institutionnel qui soit favorable à linitiative privée individuelle et qui mette fin aux excès de la gestion patrimoniale du pouvoir. Cela, associé à de bonnes incitations, permettrait de voir les investissements progresser. Les Ivoiriens sont créatifs, imaginatifs,
9
débrouillards, vaillants, il faut donc leur donner lopportunité de vivre de tous ces talents et davancer enfin sur la voie du progrès, de la liberté et de lindépendance, au-delà des fausses illusions. Il est urgent de mettre en place des outils de contrôle du pouvoir et de limiter ce pouvoir absolu de manière drastique. En ce sens, un régime parlementaire est une voie incontournable, car il encadre les dirigeants, permet de vérifier la bonne utilisation des finances publiques et lutte plus efficacement contre la corruption et le tribalisme. Les pays dAfrique ayant choisi ce régime sont moins corrompus, plus libres, plus riches, plus en paix, cela nest un secret pour personne, alors arrêtons de dire que ce régime constitutionnel nest pas adapté à un pays en sortie de crise. Il est non seulement tout indiqué mais notons que la Côte dIvoire avait un régime parlementaire en 1959 et que Houphouët Boigny en était alors le Premier ministre. Le modèle nest donc pas aussi irréaliste que ce que lon veut nous laisser croire. Il est cependant difficile pour les dirigeants de sorienter vers ce genre de choix, car le pouvoir, selon les pratiques actuelles, grise par lenrichissement personnel des acteurs politiques. Mettre un grain de sable dans ce système bien huilé ne tente pas trop les animateurs de la classe politique et tous les arguments sont bons pour fuir en avant quelques années encore, le temps de gonfler le magot personnel et de laisser le terrain miné à ceux qui suivront. Après nous le déluge ! Ou, comme ils aiment à le dire : « A chacun son tour. Hier, cétait vous et votre groupe ethnique, aujourdhui, cest à nous et notre groupe ethnique de gérer et partager le gâteau que représente lEtat de Côte dIvoire. » Au-delà de lirresponsabilité de la classe politique ivoirienne, Philippe Duval ouvre une réflexion que nous ne pouvons occulter. Il nous plonge en effet en pleine guerre de la France contre la Côte dIvoire et nous présente des jeux de rôle et des acteurs que lon voit tour à tour se battre pour pouvoir entrer dans les bonnes grâces de lElysée. Ceci rappelle que lorsque lon critique la Françafrique, il y a certes le côté français de lunion, mais il y a aussi et surtout la branche africaine. Notons que tous les candidats à lentrée de la Françafrique ne sont pas systématiquement acceptés. La crise ivoirienne nous montre sans surprise que certains chefs dEtat, même en exercice, avec toutes leurs offrandes aux dieux élyséens, peuvent en être refoulés sils ne se fondent pas totalement dans le
10