Côte-dIvoire : après la faillite, l'espoir ?

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Dénonciation du régime actuel et promotion du Front populaire ivoirien.

Publié le : lundi 1 janvier 1990
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EAN13 : 9782296211261
Nombre de pages : 208
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Après la faillite, l'espoir?

lA COTE.D'IVOIRE A l'HARMATTAN
AMONDJI Marcel: Côte-d'Ivoire - Le P.D.C.!. et la vie politique de 1944 à 1985, 1986,208 p. Côte-d'Ivoire - La dépendance et l'épreuve des faits, 1988, 188 p. Front populaire ivoirien (F.P.I.): Propositions pour gouverner la Côte-d'Ivoire - tome 1, introducrion de Laurent Gbagbo. 1987. 197 p. GHAGHO Laurent: Côte-dïFoire - Economie et société à la veille de l'indépendance (1940-19601, 1982. 256 p. Côte-d'Ivoire - Pour une altemative démocraiique. 1983. ]80 p. KOFFI TEYA Pascal: Côte-d'Ivoire - Le Roi est IIU, 1985, 132 p. BERNARDET Philipp~: L'association agriculturejéletiage che:: les Peuhls semi-transhumants de Côte-d'I voire, 1985, 235 p.
BREDELOUP Sylvie: Négociants au long cours

-

Rôle

moteur

du

commerce dans une région de Côte-d'Ivoire en déclin: Dimbokro - Prdace de Georges Balandier. 1989. J\:AKA Léon: Le Tiers-Monde et la crise de l'endettement des années 80 - Fléchissement des flux financiers en direction des pays en développement. préface de V. Giscard d'Estaing, 1989. 180 p. « Afrique 2000 »jL'Harmattan, TEDGA Paul J.-M. : Enseignement supérieur et Afrique noire francophonc. ] 988, 224 p., PUSAF-L'HARMA TTAN. TERRA Y Emmanuel (sous la direction de): L'Erat cOlllemporain en Afrique. 1987. 418 p. Table-Ronde de décembre 1985. PIAUL T Marc H. (sous la directÜ.n de): La colonisation. rupture ou parenthèse? 1987, 326 p. HAUMONT NicoJe et MARIE Aiain (SOUSla direction de) : PoUtiques et pratiques urbaines dans les pays en voie de développement, 2 tomes, 1987, Colloque de septembre 1985. WONDJI Christophe: La côte ouest-africaine du Sénégal à la Côte-d'IFoire (1500-1800), 1984. 164 p. De ROUVILLE C. : L'organisation sociale des Lobi (Burkina Faso et Côte-d'Ivoire), 1987.260 p. GIRARD: Les Deïma, 2 volumes (en diffusion). NUGUE E. et LAGET E.: Artisanat traditionnel en Côte-d'Ivoire. 1987,286p. ANOUMA Joseph: Les matins blafards (poésie\. BACHY ViclOr: La Côte-d'Ivoire et le cinéma. DERV AIN Eugène: Termites (poésie). LIKING et MANIOK: Orphée d'Afrique (roman-théâtre). KOTCHY Barthélémy: La critique sociale dans l'œul'N? théâtrale de Bernard Dadié. MIEZAN BOGNINl : Herbe féconde (poésie). OUSSOU ESSUI D. Les saisons sèches (roman). WEREWERE LIKING: Elle sera de jaspe et de corail. journal d'une Misovire (roman). ZADJ ZAOUROU H.: Fer de lance (poésie).

Antoine SERY

CÔTE D'IVOIRE, après la faillite, l'espoir?

L'Harmattan 5 - 7 rue de IEcole Polytechnique 75005 Paris

@

L'Harmattan, 1990.

ISBN: 2-7384-0682-3

NOTE DE L'AUTEUR

Cher (ère) lecteur(trice), Vous avez acheté ce livre, je vous remercie de votre confiance. J'espère avoir su poser les problèmes que connaît la Côte d'Ivoire et proposé des solutions appropriées. J'attends vos remarques, vos critiques et vos suggestions. Dans ce livre, vous constaterez que je fais souvent allusion au Front Populaire Ivoirien, dont je suis membre. Je suis en accord avec de nombreux amis du Front sur la plupart des questions abordées dans ce livre. Cependant, je tiens à préciser que je m'exprime ici à titre personnel. J'offre ma vision profonde des choses afin d'apporter une contribution à l'enrichissement du débat démocratique dans mon pays.

Antoine SERf est Ivoirien. Agé de 35 ans, il est professeur de gestion dans l'enseignement supérieur en France. Il est aussi conseiller en entreprise. Fervent partisan de la création et de la gestion des Petites et Moyennes Entreprises, pour donner une économie dynamique à la Côte d'Ivoire, il crée à Abidjan la Maison des PME, un cabinet-conseil, en 1985. Confronté à de multiples problèmes, notamment politiques - l'amitié qui le lie à Laurent Gbagbo lui vaut des "peaux de bananes" dans l'exploitation de son cabinet - il cesse ses activités pour œuvrer en France, en 1988. Convaincu que le développement de la Côte d'Ivoire et, de façon globale, de l'Afrique, passe forcément par la restauration de la Liberté des peuples, il crée et préside deux associations: "Afrique Solidarité" et bien sûr "Démocratie Pour l'Afrique" pour promouvoir et renforcer des comportements démocratiques en Afrique . A la fois témoin et victime de la politique du PDCI, il livre dans cet ouvrage son état des lieux. Pour lui, la Côte d'Ivoire, qui avait tout pour réussir - l'or, le manganèse, le diamant, lefer, le pétrole, l'eau, laforêt, les Hommes - est enfaillite. Mais il croit qu'au-delà de cette faillite existe un grand
espoir - celui de conduire le peuple vers le progrès

- et

invite ses compatriotes à se serrer les coudes pour créer ensemble en Côte d'Ivoire les conditions d'un changement meilleur et durable. Il indique les pistes.

A mon très cher ami Innocent ANAKY KOBENA

Ton emprisonnement arbitraire m'a poussé à chercher au plus profond de moi-même les ressources nécessaires pour écrire ce livre. Trouve à travers ces lignes ma profonde amitié et mon soutien permanent. Car ta souffrance est la mienne et ton espoir mon espOIr. L'histoire de la Côte d'Ivoire nous donnera un jour raison. Raison de vouloir vivre libres et de conduire notre peuple dans la Liberté. A bientôt. SERY.

CET HOMME EST UN PRISONNIER POLITIQUE: SA VIE EST EN DANGER!

Innocent Kobénan Anaky est membre du Secrétariat du Front Populaire Ivoirien (F.P.I.) [Parti d'opposition que Houphouët-Boigny et le P.D.C.I. veulent réduire à la clandestinité). Soupçonné de financer l'opposition, il a été condamné à 20 ans de prison et une amende de 7 milliards de F. C.F.A. Si nous n'agissons pas, il risque de disparaître comme Ernest Boka, Kragbé Gnanbgbé et bien d'autres.

Carte postale émise par le Mouvement Ivoirien pour les droits démocratiques après la condamnation d'Anaky. (Publiée avec l'aimable autorisation du M.LD.D.).

A Pascal KOKORA DAGO, Mon cher "Vieux frère". Toi aussi, tu as été contraint de partir du pays. Pourtant la cause que nous défendons ensemble pour notre Peuple est noble: Vivre dans un environnement démocratique. Quoi de plus beau et de plus simple? Nous vaincrons les forces de la dictature, car nous avons la foi. A bientôt en Côte d'Ivoire.

SERY.

AVANT -PROPOS

La Côte d'Ivoire va très mal. L'économie est en veilleuse, le chômage a atteint des proportions insoutenables, l'argent manque dans les caisses de l'Etat et dans les poches des citoyens; les hôpitaux, de plus en plus vétustes, manquent d'équipements; les écoles, surpeuplées, refusent du monde; les droits du citoyen sont bafoués et le citoyen lui-même est ridiculisé. Au moment même où dans le monde, en Algérie, en Union Soviétique, en Chine, en Pologne, les peuples avancent progressivement vers plus de liberté et plus de justice sociale et font de ce fait craquer des pouvoirs politiques jusque-là hermétiques, avons-nous le droit de regarder notre pays sombrer dans une situation de crise aussi grave? Avans-nous le droit de regarder sans réagir notre peuple se laisser détruire par l'immobilisme, la résignation ? Avons-nous le droit, lorsque nous saisissons des occasions pour nous exprimer sur la situation de la Côte d'Ivoire, de continuer de mentir au peuple en disant que tout va bien et que la paix règne, ou quand nous disons le contraire, accuser la conjoncture internationale d'être responsable de nos maux? Pour ma part, je réponds non. Car, toutes les difficultés, toutes les injustices, tous les arbitraires vécus par nos concitoyens, nous interpellent et nous invitent à prendre position, même si cela doit nous coûter la vie. Il s'agit d'un cas de conscience. Car quelle société allons-nous laisser à nos enfants et petits-enfants si ce n'est celle que nous faisons aujourd'hui ?

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Allons-nous leur laisser en héritage une société où il fait bon vivre, où chacun peut s'épanouir en fonction de ses propres aspirations, de ses propres choix? Une société où la reconnaissance et le respect mutuels sont de règle. Une société d'échange, de création et d'innovation. Ou bien allons-nous leur laisser une société de corruption, d'abus de pouvoir, de répression, de frustration et d'humiliation permanente du peuple? Nous avons à choisir. Car il nous faudra bien un jour répondre aux questions de nos enfants sur notre participation à la construction de ce pays. Il faudra bien leur expliquer, comment la Côte d'Ivoire qui avait tout pour réussir - l'eau, la forêt, le fer, le manganèse, le diamant, les hommes - est devenue un pays en faillite. Chacun de nous devra expliquer et surtout convaincre. Si nos enfants sont lucides et je crois qu'ils le sont, ils ne manqueront pas de nous mettre au banc des accusés. Je souhaite vivement que le banc des accusés ce jour-là soit vide parce que personne n'aura été reconnu coupable et que nous nous retrouvions tous, mais alors tous, dans la loge réservée aux Hommes marqués d'avoir accompli avec force et persévérance, l'œuvre de construction de la Côte d'Ivoire. En écrivant ces lignes, vous comprendrez, j'ai fait mon choix: celui de gagner ma place dans la loge. Celui de participer au débat pour l'enrichir, pour créer la dynamique.

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Ma seule préoccupation, c'est la Côte d'Ivoire, c'est le peuple de mon pays. Je n'ai de compte à régler avec personne et je ne veux faire du ton à qui que ce soit. Que personne ne voit donc à travers ce livre des attaques personnelles. Je tiens à faire maintenant cette précision parce que je ne demanderai pas pardon ou je ne présenterai pas des excuses à qui que ce soit. Ceci étant, je vous propose en partage mon constat des faits. Dans une première partie, je passe en revue les principaux problèmes dont souffre notre pays, leurs causes, et j'indique à chaque fois les pistes possibles pour le sonir du bourbier où il a été plongé par le PDCI (1). Dans une deuxième partie, j'examine, au-delà des actions possibles, comment, au détour de cette faillite, se profilent des raisons d'espérer.

(1) Parti Démocratique de Côte d'Ivoire, parti unique.

PREMIERE PARTIE

PEUPLE DE CÔTE D'IVOIRE, DANS QUEL ETAT SE TROUVE TON PAYS?

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LA SANTÉ

La politique de santé publique a pour but d'améliorer l'état de santé de la population. Ce but ne peut être atteint que si au moins deux conditions sont réunies: 1) Conduire par des actions concrètes sur le terrain, une politique préventive et curative au niveau du système de santé. 2) Agir par des actions bien réfléchies sur l'environnement économique, social et culturel de la population pour favoriser l'épanouissement des individus. A ce niveau, la politique à conduire dans le domaine du logement, du cadre de vie, du travail et de ses conditions, de l'hygiène alimentain~ reste à inventer. Nous y reviendrons. Les actions préventives et curatives à mettre en œuvre pour améliorer l'état de santé et prolonger la durée de vie de la population sont données dans "Propositions pour gouverner la Côte d'Ivoire" (1). Je rappellerai ici quelques-unes de ces actions: - formation du personnel médical et paramédical, - amélioration des conditions de travail, - augmentation des infrastructures d'accueil, - équipement des hôpitaux, - sensibilisation de la population aux bienfaits de la médecine traditionnelle et de la médecine moderne.

(1) "Propositions pour gouverner la Côte d'Ivoire", FPI, 1987, Editions l'Harmattan.

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Mais d'autres actions sont aussi indispensables. Je vais faire des propositions dans ce sens, notamment dans le domaine de la propreté et de l'équipement des hôpitaux, de la gestion de l'hôpital. Peut-on hôpitaux ? améliorer la propreté dans nos

Actuellement, les hôpitaux publics dans notre pays sont malpropres. Les sols, les murs, les couloirs, les blocs opératoires, tout est sale. Les odeurs qui s'y dégagent sont d'une aigreur à vous couper le souffle. Les locaux de l'hôpital de Treichville se désagrègent. La maternité ressemble à une porcherie plutôt qu'à des salles d'accouchement et de repos. Les toilettes sont quasiment inexistantes ou si elles existent, elles sont inutilisables. Le CHU de Cocody ne fait guère mieux. L'hôpital public de l'un des plus vieux quartiers résidentiels d'Abidjan est accueillant de l'extérieur; de l'intérieur, il l'est moins. L'insalubrité règne partout: les urgences de pédiatrie ou de blessés graves - accidents de
circulation, brûlures

-

les blocs

opératoires,

la

maternité, les salles d'attente, les bureaux, les couloirs et les escaliers, tous manquent de netteté. Cette insalubrité croissante qui caractérise les hôpitaux ivoiriens contraste avec l'image traditionnelle de propreté donnée par les établissements de soins. Elle est certainement pour quelque chose dans l'accroissement des décès par infections.

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Les bureaux de nos chers professeurs et médecins sont lugubres. Dans les couloirs, on n'hésite pas à enjamber les traces de sang ou flaques d'eau sale pour entrer dans les bureaux. Tout le monde, le personnel administratif, le personnel soignant, semble s'accommoder de cette situation. "Que peut-on faire? Si les lieux sont sales, c'est la faute aux malades", ou "Ce n'est pas nous qui gérons l'hôpital", entend-on dire ici et là. Soit! Mais devons-nous comprendre par cette attitude de résignation que nos professeurs, médecins ainsi que tout le personnel hospitalier ont renoncé à ce qui constitue un élément fondamental de leur profession, la propreté? Ne rien faire, ne pas se battre ne serait-ce que pour maintenir son lieu de travail propre, agréable, c'est se faire du tort et en faire aux autres - malades et visiteurs. Certes, la population, parce que mal préparée à l'utilisation des lieux publics, n'a pas encore acquis des comportements responsables. Mais il appartient au moins aux dispensateurs de soins, parce qu'ils sont les premiers concernés - ce sont eux qui passent le plus de temps dans les hôpitaux d'entamer le dialogue de sensibilisation. Les femmes et les hommes de notre pays, quel que soit leur milieu social, sont des gens intelligents, capables de se surpasser pour aller de l'avant, il faut donc éviter le nivellement par le bas.

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Propositions

Pour rendre nos hôpitaux propres et accueillants, trois actions au moins sont nécessaires: 1) Mener une politique de sensibilisation au niveau de la population. Choisir les thèmes en fonction des cibles visées - selon qU'ils'agisse de paysans, ouvriers, cadres, femmes au foyers, etc - pour faire passer le message. A titre d'exemple, celui-ci peut-être libellé de la façon suivante: "Hôpital propre = Santé retrouvée", ou "Faisons ensemble la propreté de nos hôpitaux". De tels messages dont le but est de faire prendre conscience aux gens de la nécessité de maintenir les lieux propres, évitera à terme de cracher et de coucher n'importe où, de cuisiner ou de se baigner dans tous les coins de l'hôpital. Ce message peut être entendu de tous, y compris de la population paysanne. Il s'agit de parler aux gens dans leur langue, de vouloir faire du chemin avec eux vers l'amélioration de leurs conditions de vie, et je suis persuadé qu'ils accepteront d'avancer. 2) Sensibiliser également le personnel hospitalier. En prenant les gens avec délicatesse, ce travail de sensibilisation ne devrait pas poser trop de problèmes. La sensibilisation peut revêtir plusieurs formes. Au départ, elle peut se faire sous forme de rencontres avec l'ensemble du personnel de l'hôpital pour discuter propreté: quelles actions mener et avec quels moyens.

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Ensuite, le personnel se constitue en petits groupes de travail au sein desquels professeurs, médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants et aidessoignantes travaillent ensemble. Ceci a l'avantage de se serrer les coudes, de se montrer solidaires les uns des autres. Pour le suivi des travaux d'entretien, les groupes ainsi constitués assurent à tour de rôle la permanence au cours de laquelle la ou les personnes exécuteraient des tâches diverses: contrôle des locaux, gestion des différentes plaintes, encouragement du personnel de nettoyage, des malades et des visiteurs. L'organisation d'un tel travail n'est pas forcément synonyme de nouvelles embauches et réussirait avec un peu de bonne volonté de la part des pouvoirs publics, du personnel des hôpitaux et de la population.
Peut-on mieux équiper nos hôpitaux ?

"Nos hôpitaux sont sous-équipés". Ce point de vue d'un grand médecin ivoirien est largement partagé par l'ensemble de ses collègues et aussi par la population. Les problèmes que rencontrent nos médecins dans l'exercice de leur profession sont l'insuffisance de matériel de soins, de laboratoires et de lits. Par exemple, à la maternité de l'hôpital de Treichville, la durée de séjour d'une mère est de deux jours en moyenne. Dans les années 1970, elle pouvait aller jusqu'à sept jours. A la maternité d'Abobo, une mère qui accouche aujourd'hui est libérée dans les vingt-quatre heures qui suivent.

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