De Gaulle et Mobutu

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Cet ouvrage s'attaque à l'un des paradigmes fondateurs de la sociologie politique contemporaine: la stabilité politique comme antithèse de l'instabilité politique. Le cas de la France et du Zaïre, deux pays sortis meurtris de la Seconde Guerre mondiale et de la crise de la décolonisation, dirigés par deux chefs militaires, De Gaulle et Mobutu, en est une illustration. En quête de stabilité politique, le premier optera pour la démocratie et le second pour la dictature.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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EAN13 : 9782296988071
Nombre de pages : 198
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GÉOPOLITIQUE MONDIALE
Mathieu KIRONGOZI BOMETADe Gaulle et Mobutu
Deux fgures paradoxales
en quête de stabilité politique
Cet ouvrage s’attaque à l’un des paradigmes fondateurs de la sociologie
politique contemporaine : la stabilité politique comme antithèse de
l’instabilité politique. Le mérite de cette recherche est d’avoir démontré
qu’il s’agit bien d’un mythe savamment entretenu et non d’une réalité. De Gaulle et Mobutu Car l’instabilité est la réalité normale de la nature, de la société et
de la politique en tant qu’activité humaine conditionnant la possibilité
des institutions.
Deux fgures paradoxales Autrement dit, la stabilité politique est une illusion d’optique créée
par le droit, comme armature de la durée, subséquente à la maîtrise en quête de stabilité politiquede l’instabilité politique lorsqu’elle est pensée par une société
démocratique, intégrée dans la loi, dans les institutions, dans la culture
politique et gérée par un leadership éclairé. Le cas de la France et du
Zaïre, deux pays sortis meurtris de la Seconde Guerre mondiale et de
la crise de décolonisation, dirigés par deux chefs militaires, Charles de
Gaulle et Joseph-Désiré Mobutu, en est une illustration. En quête de
stabilité politique, le premier opta pour la démocratie et le second pour la Préface de Mwayila TSHIYEMBEedictature. Quelques années plus tard, la V République résiste à l’épreuve
du temps grâce à l’instabilité politique contrôlée par la démocratie et la
eréforme, alors que la II République a disparu corps et biens avec son
leader, à cause de l’instabilité politique incontrôlée par la dictature.
Mathieu Kirongozi Bometa est docteur en sciences politiques et
administratives et professeur à la faculté de droit de l’université
de Kisangani (RDC). Il est également visiteur aux universités
Divina Gloria et Ofcielle de Rwenzori de Butembo .
E-mail : matthieukiro@yahoo.fr
ISBN : 978-2-336-00492-1
20 e
KIRONGOZI_135-215.indd 1 02/11/12 13:43
De Gaulle et Mobutu
Mathieu KIRONGOZI BOMETA
Deux fgures paradoxales en quête de stabilité politique





DE GAULLE ET MOBUTU


Collection « Géopolitique mondiale »

Dirigée par Mwayila TSHIYEMBE


L’objet de la collection « Géopolitique mondiale » est de
susciter les publications dont la vocation est double : d’une
part, donner un sens aux mutations provoquées par la
mondialisation, étant donné la perte des repères du monde
ancien et la nécessité d’inventer des repères du monde
nouveau ; d’autre part, analyser la complexité des enjeux
territoriaux, des rivalités d’intérêt et de stratégies qui pousse
les acteurs à user de la force ou de la diplomatie, pour
modifier ou tenter de modifier le rapport de force
(ressources naturelles, humaines, culturelles), selon des
idéologies qui les animent. A cette fin, la prospective et la
pluridisciplinarité sont des approches privilégiées.


Déjà parus :
Ambroise BUKASSA, Le blocage des télécommunications au
Congo-Zaïre, 2012.
Edmond MOKUINEMA BOMFIE, Géopolitique de l’eau et
gouvernance en province orientale/RDC, 2012
Pétillon MUYAMBI DHENA, Normes internationales
impératives et droit d’ingérence humanitaire, 2012.
Jean-Pierre LOTOY ILANGO-BANGA, Partenariats entre les
multinationales et l’Etat, 2012.
Mwayila TSHIYEMBE, Organisations internationales, Théorie
générale et études de cas, 2012. Régionalisme et problèmes d’intégration
économique. Aléna, Mercosur, Union européenne, Union africaine,
2012.
Évelyne GARNIER-ZARLI, Les risques de la
fragmentation de la recherche scientifique sur les enjeux
sociétaux, 2011. Mathieu KIRONGOZI BOMETA





DE GAULLE ET MOBUTU

Deux figures paradoxales
en quête de stabilité politique



Préface de Mwayila TSHIYEMBE




































© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336- 00492-1
EAN : 9782336004921 Dédicace
A nos chers parents Corneille KIRONGOZI BONGA BOMBOLEMBOLE
et Marie-Josée BASINI BOSEYA BANGWELA pour le don de la vie, les
sacrifices incommensurables consentis pour notre instruction et notre épanouissement,
afin que nous devenions ce que nous sommes aujourd’hui.

A toute la famille KIRONGOZI ainsi qu’à notre tendre épouse, Mamie
OSUNGA ILANGINKOY.

A toi peuple bien-aimé de notre pays libre et à libérer.
Liste des abréviations et sigles
1. ABAKO : Association des Bakongo
2. AND : Agence Nationale de Documentation
3. Art : Article
4. ANEZA : Agence Nationale des Entreprises du Zaïre
5. BALUBAKAT : Baluba du Katanga
6. B.P. : Bureau politique
7. CEREA : Centre de Regroupement Africain
8. C.C. : Comité Central
9. C.L : Conseil Législatif
10. C.M.Z. : Compagnie Maritime Zaïroise
11. C.N.S. : Conseil National de Sécurité
12. C.N.L : Comité National de Libération
13. CONAKAT : Confédération des Associations du Katanga
14. CONDIFFA : Condition Féminine et Famille
15. C.V.R : Corps des Volontaires de la République
16. CRISP : Centre de Recherche et d’Information Socio-Politique
17. CRIDE : Centre de Recherche Interdisciplinaire pour le Développement
et l’Education
18. D.E.S. : Diplôme d’Etudes Supérieures
19. éd. : Edition
20. Ed. : Editeur
21. E.I.C. : Etat Indépendant du Congo
22. ENDA : Ecole Nationale de Droit et d’Administration
23. FAZ : Forces Armées Zaïroises
24. FIKIN : Foire Internationale de Kinshasa
25. F.D.C. : Front Démocratique Congolais
26. FORCAD : Ecole de Formation des Cadres du Parti
27. FSSAP : Faculté des Sciences Sociales, Administratives et Politiques
28. GECAMINES : Générale des Carrières et des Mines
29. I.M.K. : Institut Makanda Kabobi
30. J.M.P.R. : Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution
31. L.G.D.J. : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence
32. L’Shi : Lubumbashi
33. M.N.C. : Mouvement National Congolais
34. M.N.C/K : Mouvement National Congolais/Kalonji
35. M.N.C/L : Mouvement National Congolais/ Lumumba
36. MOPAP : Mobilisation Propagande et Animation Politique
37. M.P.R. : Mouvement Populaire de la Révolution
38. N.I. : Niveau Inférieur
39. N.S. : Niveau Supérieur
40. OFIDA : Office des Douanes et Accises
41. OGEDEP : Office de Gestion de Dette Publique
42. OKIMO : Office des Mines d’Or de Kilo-Moto
43. ONATRA : Office National de Transport
44. ONRD : Office National de Recherche et du Développement
45. OZACAF : Office Zaïrois du Café
46. P.D.G. : Président Délégué Général
47. P.N.P. : Parti National du Progrès
48. P.U.F. : Presse Universitaire de France
49. R.D.C : République Démocratique du Congo
50. R.I. : Relations Internationales
51. RPR-UDF : Rassemblement Pour la République- Union pour la Démo-
cratie Française
52. R.V.F. : Régie des Voies Fluviales
53. S.G.A. : Société Générale d’Alimentation
54. S.P.A. : Sciences Politiques et Administratives
55. UMHK : Union Minière du Haut - Katanga
56. UNIKIN : Université de Kinshasa
57. UNIKIS : Université de Kisangani
58. UNILU : Université de Lubumbashi
59. UDPS : Union pour la Démocratie et le Progrès Social
60. UNAZA : Université Nationale du Zaïre
61. UNIMO : Union des Mongo
62. UNTZA : Union Nationale des Travailleurs du Zaïre
63. ULB : Université Libre de Bruxelles.
10 Préface
Voici des décennies que la sociologie politique s’est assoupie dans
le vacarme de la scolastique, au point de ne plus s’interroger sur la
pertinence de certains de ses concepts couramment utilisés.
Au palmarès de ces concepts figure la stabilité politique qui, au fil
du temps, s’est imposé comme variable explicative, pour paraphraser
Samuel P. Huntington : « Dans toute analyse de système politique, la
1stabilité constitue un facteur essentiel » . Robert Michels ne dit pas
autre chose lorsqu’il note que : « Toute organisation a besoin de
2stabilité pour se maintenir » . Pourtant, aussi paradoxal que cela
puisse paraître, l’usage abondant de ce concept contraste étrangement
avec l’opacité des indicateurs censés définir son contenu et garantir
son opérationnalité. Dès lors, il n’est pas sans intérêt de se poser les
questions suivantes : qu’est-ce qu’une stabilité politique (ses
indicateurs sont-ils universels ou singuliers) ? Comment l’envisage-t-
on (quelles sont les conditions de sa faisabilité ou de son surgis-
sement) ? A quel système politique correspond-elle (système démo-
cratique ou dictatorial, un gouvernement des hommes ou un
gouvernement des dieux) ?
Il en résulte que faute de contenu intangible et d’opérationnalité
garantie, la stabilité politique est encore à l’étape d’une notion floue,
ballotée au gré des vagues par des interprétations subjectives ou
objectives, selon le contexte et l’histoire.
Tant est si bien qu’à cause de ce flou, la stabilité politique est
devenue une variable structurelle des dictatures de droit ou de fait,
dont le « pouvoir fort » ou le « pouvoir hégémonique » au service
d’une institution ou d’un individu, est un exutoire pour tenir en

1 è S.-P. HUNTINGTON, Troisième vague. Les démocraties de la fin du 20 siècle, Manille,
Nouveaux Horizons, 1996, p.9.
2 R. MICHELS, Les partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties,
Paris, Flammarion, 1978.
respect les « hordes des barbares », entendez les populations en furie
des pays dévastés, soit par la guerre, soit par les crises internes
multidimensionnelles.
Se confondant avec le « pouvoir fort », la stabilité politique en
épouse l’archéologie, c’est-à-dire la mise en œuvre des rapports de
force et des stratégies, des contre-pouvoirs, des objectifs et des
moyens coordonnés en vue de l’action.
Dès lors, la thématique de Machiavel impose le pouvoir comme
mode de domination de l’homme par l’homme, à travers « la
3technique du pouvoir et l’art de sa conquête » , souligne Jacqueline
Russ. D’où cette question lancinante : comment s’emparer du
pouvoir et le conserver ? Réponse : à travers une stratégie maîtrisée et
réfléchie de la domination et de la violence, enracinant dans les sujets,
l’amour du maître et la crainte de son autorité comme fondement de
l’obéissance (l’exercice du monopole de la violence légitime, dixit Max
4Weber ).
A cause de cette extrapolation, le paradigme de stabilité politique
s’est imposé sans coup férir, comme l’horizon indépassable de tout
pouvoir politique, en quête d’efficacité managériale et d’honorabilité
morale. Néanmoins, le mérite de la recherche de Mathieu Kirongozi
Bometa est d’avoir su démontrer que la stabilité politique n’existe pas
à l’état brut. Elle est un mythe sinon une vue d’esprit savamment
entretenu. Et pour cause. Contrairement aux idées reçues, en effet,
c’est l’instabilité, antidote de la stabilité, qui imprime sa dynamique
sur la réalité quotidienne. Autrement dit, l’instabilité est l’état normal
du mouvement, de la mobilité, du changement perpétuel façonnant la
nature et la société, y compris « la politique en tant qu’activité
humaine conditionnant la possibilité des institutions », selon Julien
Freund (L’essence du politique, Paris, Sirey, 1965).
Abordée sous cet angle, la stabilité politique est un état second
c’est-à-dire une illusion d’optique créée par la maîtrise de l’instabilité
politique, lorsque celle-ci est pensée et intégrée dans les lois, les
institutions, la culture politique, c’est-à-dire dans les cœurs et les
esprits, en vue de faire face aux crises. Ainsi entendue, la stabilité
politique est l’expression de la durée que le droit procure à l’ordre
politique et social alors que la mobilité sociale et institutionnelle
imposée par les mandatures quadriennales, quinquennales voire

3 J. RUSS, Les théories du pouvoir, Paris, Le Livre de Poche, 1994, pp. 261-263.
4 M. WEBER, Le savant et le politique, Paris, Plon, 1959, pp. 100-101.
12 septennales par exemple, rythme et sauvegarde l’essence de cette
précarité : « Le droit est essentiellement considéré pour sa contri-
bution à la stabilité de l’ordre politique et pour finir, de l’ordre
5social » , écrit Philippe Raynaud, avant de préciser « Pour le dire de
façon plus générale, il semble que nous aurions tout intérêt, s’agissant
des rapports possibles entre le droit et la science politique, à nous
intéresser à la manière dont le droit dessine le cadre de ce qui est
pensable dans la longue durée, plus encore qu’à l’efficacité directe des
textes et des décisions ».
Dès lors, la maîtrise de l’instabilité politique est le substrat de la
gouvernementalité des sociétés démocratiques, pilotée par un
leadership structurel, collectif ou sociétal que j’ai appelé ailleurs « la
capacité de faire, de faire faire et d’interdire de faire, mobilisée par
l’Etat et la société pour agir ensemble, trouver des solutions aux
problèmes saillants du pays, à travers la puissance des institutions et
des lois, des valeurs communément partagées, à l’horizon d’une
6vision commune de la société et du monde à bâtir » . Et ce, par
opposition au leadership individuel ou la puissance d’un homme, fut-
il fondé sur la domination traditionnelle, charismatique, légale-
rationnelle, selon la typologie de Max Weber.
Poser le problème en ces termes, c’est souligner le fardeau du
génie humain, qui s’emploie à maîtriser temporairement les facteurs
d’instabilité avant que ceux-ci ne reprennent leur marche inéluctable.
Dans cette optique, la démocratie comme construit procédural, est
probablement le système politique objectivement et subjectivement
fondé sur l’acceptation de l’instabilité politique en tant que variable
structurelle de la gouvernance moderne. Et ce, par légitimation de
l’Etat comme pouvoir politique (capacités extractive, dispensatrice, et
responsive), société juridique (territoire, population, gouvernement),
représentation symbolique (pouvoir paternel, pouvoir du contrat
social, pouvoir de classe, pouvoir de l’intérêt général), par le biais de
l’édification de la charte des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, la socialisation (idéologie, culture politique), la
participation politique (le vote), les partis politiques, la représentation
des gouvernants et des gouvernés, etc.

5 P. RAYNAUD, « Le droit et la science politique », in Jus Politicum (revue de droit
politique comparé) n°2, 2009, pp. 1-9.
6 M. TSHIYEMBE, Politique étrangère de la République Démocratique du Congo, Paris,
L’Harmattan, 2009, chapitre 10.
13 La démocratie comme système de gouvernance, repose sur les
instruments chargés de dompter l’instabilité politique ne fut-ce que
l’espace d’un temps. Parmi ces instruments ou procédures, il y a lieu
de citer les élections régulières (locales, législatives, présidentielles)
pour renouveler le personnel politique ; la précarité du leadership
individuel (pouvoir limité par mandat, contrôlé et sanctionné en
droit) et concurrentiel (compétition et possibilité de choisir entre
plusieurs prétendants, la participation) ; la révision constitutionnelle
et la constitutionnalité des lois (les constitutions et les lois changent,
s’il y a lieu) ; la dissolution de l’Assemble nationale par le chef de
l’Etat et la révocation du gouvernement par motion de défiance votée
par l’Assemblée nationale (système semi-présidentiel de type
français) ; l’irrévocabilité des majorités présidentielle et parlementaire
(système fédéral de type américain) ; l’indépendance du pouvoir
judiciaire du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif pour punir les
coupables car nul n’est au-dessus des lois ; le droit de l’opposition de
contester et de critiquer la gestion du gouvernement de la majorité ;
l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes, le
pluralisme, etc.
En revanche, la dictature en tant qu’autocratie ou totalitarisme de
jure (dictature du prolétariat, centralisme démocratique dans les pays
de l’ex- bloc soviétique, présidence à vie dans les pays en voie de
développement) ou de fait (coup d’Etat militaire), rejette l’idée
d’instabilité politique. Elle invente une durabilité dérisoire fondée sur
la corruption, l’anéantissement de toute vertu civile et politique
(apolitisme), l’usage de la terreur ou la violence légitime.). Lorsqu’il
perd le monopole de l’un ou de l’autre de ces instruments ou les deux
à la fois, le despotisme s’effondre comme un château des cartes,
laissant derrière lui un champ des ruines (Sékou Touré, Bokassa,
Eyadema, Ben Ali, Moubarak, Kadhafi par exemple).
Dès lors, le constructivisme en tant que théorie critique des
concepts et des pratiques produits par des acteurs et des intérêts
socialement construits et situés dans les structures de pouvoir
(politique, économique, culturel, etc.), à un moment historique donné
de l’évolution de telle ou telle société, éclaire la politique comparée
(Bertrand Badie, Guy Hermet, 1990) sur les dynamiques occidentales
et extra-occidentales.
Pour étayer cette thèse, l’auteur a choisi la France et le Zaïre, deux
pays sortis meurtris, l’un de la seconde guerre mondiale, l’autre de la
14 crise d’une décolonisation bâclée par la Belgique, dont les héritiers
sont deux chefs militaires, Charles de Gaulle et Joseph-Désiré
Mobutu. En quête de stabilité politique, le premier opte pour la
démocratie et le second pour la dictature.
èLa 5 République française créée en 1958 en tant que système
classique (mélange de régime présidentiel et de régime parlementaire)
et baroque (revanche du droit constitutionnel car la loi est
l’expression de la volonté générale, selon Carré de Malberg et du
pouvoir populaire ou monarchie républicaine car le président de la
république est élu au suffrage universel, d’après Maurice Duverger), a
survécu à son fondateur et résiste à l’épreuve du temps, par la vertu
de la réforme.
èEn revanche, la 2 République zaïroise, née d’un coup d’Etat
militaire en 1965 et fondé plus tard sur un parti unique (1967) devenu
parti-Etat depuis la constitution révisée de 1974, a disparu corps et
biens avec le président-fondateur, à cause de l’instabilité politique non
maîtrisée par la dictature, sous les coups de boutoirs des crises
internes et externes. C’est ici qu’il sied de dire que le travail de
Mathieu Kirongozi Bometa est une invitation à revisiter le
positivisme, pour ne s’en tenir qu’à la vertu des faits sociopolitiques
réputés têtus.
Moralité ! Il y a lieu de remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier,
car c’est au pied du mur que l’on voit le maçon.
La sociologie politique ne peut échapper à cette exigence
épistémologique de retour aux faits donc à la réalité, pour infirmer ou
confirmer les concepts devenus familiers, mais restés inopérants.
Si le discours savant sur l’objet politique ne peut prétendre à une
légitimité sociale supérieure, sa logique fondatrice est celle
d’élucidation, c’est-à-dire « une ambitieuse tentative du dévoilement
7du vrai » , écrit Philippe Braud, car l’analyse savante est par essence
démythologisante. Elle a pour objet de dissiper des fausses
apparences, d’ébranler des illusions fussent-elles socialement utiles.
Le binôme stabilité/instabilité est une dialectique de la gouver-
nance moderne, à condition, bien entendu, d’inverser les termes de
l’équation entre la démocratie et la dictature.

7 P. BRAUD, Sociologie politique, Paris, LGDJ, 1992, p.10.
15 8La sociologie des crises politiques , selon Michel Dobry, nous
enseigne qu’à travers la plasticité des systèmes complexes, les
conjonctures fluides, l’interdépendance tactique élargie, la régression
vers les habitus et le processus de légitimation, s’exprime le désordre
lorsque l’instabilité politique n’est pas maîtrisée.

Mwayila Tshiyembe

Docteur d’Etat en droit, Docteur en sciences politiques,
professeur de géopolitique aux universités de Paris XII,
Lubumbashi et Kisangani.




8 M. DOBRY, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation nationale des
Sciences politiques, 1992.
16 0. Introduction
0.1. Etat des lieux
En matière d’organisation de l’Etat, il n’y a pas d’institutions
idéales ; chaque Etat se préoccupe de se doter des institutions pour sa
politique et pour sa cohésion nationale. Néanmoins, on s’accorde à
préciser que l’Etat moderne s’organise autour de quatre institutions
clés (pouvoirs classiques) : le chef de l’Etat, le parlement, le gouver-
nement et les cours et tribunaux.
Le fonctionnement de ces institutions repose sur cinq principes :
– L’existence d’une constitution stable et durable, et des lois
fondées sur la primauté de la raison ;
– La séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) ;
– L’alternance au pouvoir, qui suppose le choix libre des
gouvernants par les gouvernés ;
– Le respect des droits de l’homme et des libertés fonda-
mentales, gage de la protection de la vie privée et de la liberté
de l’opinion publique ;
– La souveraineté du peuple qui garantit la participation des
citoyens libres et égaux.

Quand une telle organisation et un tel fonctionnement sont
respectés, l’« Etat de droit » émerge.
De nos jours, face au divorce constaté entre l’Etat et la société
civile, un thème majeur a été mis en avant, à savoir la gouvernance,
qui se mesure dans et par le réaménagement des rapports entre l’Etat
et la société civile. A l’heure actuelle, la légitimité du pouvoir et de la
bonne gouvernance se mesure à la une de la participation et de la
responsabilité de tous les acteurs aux actions et directives de l’Etat.
Ainsi, les paramètres de la bonne gouvernance seront essen-
tiellement les suivants :
1. la vitalité des secteurs non étatiques ;
2. le pluralisme institutionnel ;
3. la délégation de certains pouvoirs aux collectivités locales ;
4. un degré significatif de participation populaire.

Devant le vent du changement et les besoins de gouverner
autrement, des scientifiques ont voulu faire de la gouvernance une
méthode d’analyse et de comparaison des processus de changements
amorcés, à partir de l’année 1990. C’est notamment le cas de Goran
Hyden, coauteur de l’ouvrage intitulé « Gouverner l’Afrique, vers un
partage des rôles ». L’idée simple de Hyden est qu’il faut corriger le
divorce entre les dirigeants et le peuple. Divorce dû au fait que les
dirigeants mettent les privilèges de leurs postes au service de leurs
intérêts personnels. Divorce qui se traduit par une fracture entre la
sphère de l’Etat et celle de la société civile. Divorce entretenu par
l’idée selon laquelle l’Etat est le seul acteur responsable du bien
commun. Et Hyden souligne aussi « qu’il est possible de reformer les
structures et les institutions politiques afin que les acteurs puissent
individuellement consacrer leur énergie au service de l’intérêt public. »
Au regard des principes sus évoqués, il y a lieu de constater que la
République Démocratique du Congo au même titre que la France a
connu des moments de troubles dans le passé.
La République Démocratique du Congo, indépendante le
30/06/1960, au terme d’une colonisation succédant au statut d’un
Etat Indépendant mondialement reconnu par l’acte de Berlin (E.I.C.),
est précipitée dans la crise par la décolonisation bâclée, la classe
politique immature et la rivalité Est-Ouest.
Cette crise atteint son paroxysme avec la mutinerie de la Force
publique (5 Juillet 1960), la sécession du Katanga (11 Juillet 1960), la
sécession de Bakwanga (15 Août 1960), le choc au sommet de l’Etat
entre le premier ministre (Patrice-Emery Lumumba) et le président de
la République (Joseph Kasa-Vubu). L’assassinat du premier ministre
au Katanga (17 Janvier 1961), suivi des rébellions de ses partisans,
annonce l’intervention du Haut-Commandement militaire faisant
appel à un militaire le lieutenant-général Joseph-Désiré Mobutu après
l’intermède du gouvernement de salut public de Moïse Tshombe.
Devenu l’homme fort du pays J.-D. Mobutu se donne la mission
d’assurer la stabilité politique du pays, dit-il, afin de mettre fin à la
pagaille des politiciens.
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