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De l'unité africaine de Nkrumah à l'Union africaine de Kadhafi

De
227 pages
L'idée de l'Unité africaine fascine les Africains, au point de susciter des rassemblements qui occultent les différences et les différends. Si la relance de l'idée, après la sclérose de l'OUA, est la preuve que l'Union africaine est désormais un rêve partagé, une question demeure : pourquoi un projet porteur du destin continental a-t-il du mal à se matérialiser ? Au-delà des réponses coutumières, il en est une essentielle: "l'unité politique n'est pas réalisable sans unité culturelle".
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De l'Unité africaine de Nkrumah à l'Union africaine de Kadhafi

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

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Fulbert

Sassou ATTISSO

De l'Unité africaine de Nkrumah à l'Union africaine de Kadhafi

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

ht1p:/ /W\VW .librairieharnlattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04742-6 EAN: 9782296047426

Je dédie cet ouvrage à tous les grands panafricanistes et martyrs (Kwan1e Nkr un1ah, Sylvanus Olympio, Modibo Keïta, Sékou Touré, Ruben Urn Nyobé, Félix Moun1ié An1ilcar Cabral, Cheick Anta Diop, Thon1as Sankara, Web Dubois, Sylvester William, Marcus Garvey...) qui ont fait Ie sacrifice de leur vie pour que l'Afrique connaisse des lendenlains qui chantent et que la race noire s'affirn1e comn1e acteur agissant de I 'histoire n10ndiale.

«Il ne saurait y avoir de réelle indépendance et de véritable développement économique, social, politique et culturel de l'Afrique sans l'unification du continent. » Kwame Nkrumah

« Le plus inlportant, ce n'est pas ce que I 'histoire a fait de nous, nlais ce que nous faisons de ce que I 'histoire afait de nous. » Jean-paul Sartre

Remerciements

J'adresse mes remerciements à Roland Kpagli, journaliste, à Gaba Cyriaque, cadre infornlaticien chez « Oracle» et à Liliane N sengimana, informaticienne. Je remercie Monique Vandenabeele qui m'a apporté un grand concours dans la réalisation de cette œuvre.

Prologue

L'Appel historique lancé le 9 septembre 1999 par le chef d'Etat libyen, le colonel Khadafi, depuis sa ville natale de Syrte, a fait son chemin et atteint son but en 2002 à Durban, en Afrique du Sud, avec la création de l'Union africaine. Les cinquante-trois Etats de l'Afrique ont reçu cet important message et travaillé, société civile et dirigeants politiques réunis, pour matérialiser ce projet que tout le monde sait être la seule réponse aux problèmes de l'Afrique. Cinq rencontres au sommet des chefs d'Etat ont permis de porter sur les fonts baptismaux l'Union africaine (UA) qui a succédé à l'Organisation de l'Unité africaine (OUA), complètement délitée dans les dernières années de son existence. L'Organisation de l'Unité Africaine, qui a vécu pendant près de quarante ans (1963-2002), était, faut-il le rappeler, le produit d'un cotnpromis boiteux réconciliant deux écoles: celle de Monrovia et de Casablanca, et deux conceptions opposées de l'Unité africaine. Elle était surtout la solution alternative trouvée par le sotnmet d'Addis Abeba à la proposition de la délégation ghanéenne de réaliser en cette année 1963, l'Unité africaine avec un gouvernement à la tête du continent, une direction politique et un commandetnent tnilitaire. L'Organisation panafricaine était le refus de la majorité des dirigeants africains d'alors, la plupart père de l'indépendance de leur pays,

d'entrer dans le rêve de Kwame Nkrumah, l'un des rares chefs d'Etat qui ont compris que le continent africain n'avait pas d'avenir en dehors de son unité. Le visage que présente aujourd'hui l'Afrique, balkanisée et el11preinteaux conflits anllés et aux maux de tous genres, est un hommage à la prophétie de cet homme d'Etat et un appel à la mobilisation des peuples africains pour la reprise du combat pour l'unification de l'Afrique. L'Appel de Syrte est le constat d'échec de l'OUA, et celui de la conception qui préconisait le maintien des Etats dans la l11archeprogressive vers l'Unité africaine. Il est surtout le résultat de la prise de conscience unanime que l'union est la seule solution qui assurerait à l'Afrique une place dans un monde tourné vers la création de grands ensel11bles. Est-il besoin de préciser que l'Unité africaine, avant de devenir un projet politique, était un sentiment. Ce sentiment d'unité était apparu chez les esclaves noirs déportés d'Afrique, qui avaient compris que la solidarité raciale était nécessaire pour résister contre les intrus. Devenu au fil du tel11psun projet politique, ce sentiment de solidarité a germé dans tous les fils d'Afrique qui en ont fait une conviction, un idéal à traduire dans la réalité. Arrivé au pouvoir en 1957, au Ghana, Kwame Nkrumah a repris à son compte cet idéal cher aux Noirs de la Diaspora et déployé tous les moyens pour le traduire dans le quotidien des peuples africains. Déboulonné en février 1966, à Accra, par un putsch militaire concocté par les ennemis de l'union, l'üsagyefo n'a pas eu le temps de réaliser son dessein. Il n'empêche! L'idée de l'Unité africaine qui est inscrite à jamais dans la conscience des Africains est si forte que plusieurs années après, elle a été relancée avec plus d'ardeur par le chef d'Etat libyen qui n'a eu aucun mal à obtenir la mobilisation de tous les Africains. De réunions politiques en sommets de chefs d'Etat, trois ans ont suffi pour lever l'union que revendiquent 800 000 000 d'âmes. Le sommet des dirigeants africains de Durban a créé en 2002, l'Union africaine qui a reçu la mission de venir à bout des nombreux problèmes du continent. La véritable question est de 12

savoir si cette Union africaine créée par les dirigeants africains est celle à laquelle aspirent les peuples africains. Une chose est certaine: l'Union africaine née de l'Appel de Syrte est en deçà des espérances des peuples africains. Elle n'est pas le produit de la conception des pères du panafricanisme, tels que (Sylvester William, Web Dubois, Marcus Garvey...) et moins encore la traduction dans la réalité du rêve du père de la nation ghanéenne. Dans l'entendement des peuples Africains, l'Union africaine c'est la démolition des frontières héritées de la colonisation et la mise en commun des énergies dans la définition d'un seul projet politique. L'Union africaine, c'est le retour de l'Afrique à son histoire, à ses origines, à son identité culturelle. C'est en cela que l'Union africaine est différente de l'Union européenne dont la fin ultime est le repositionnement du vieux continent face à l'hégémonie de la puissance américaine. L'Europe s'évertue à construire une union au sein de laquelle les Etats conserveront leur souveraineté, tandis que le projet d'Union africaine vise à remettre en cause les Etats-nations et à les fondre dans une vaste entité, dépoui lIée des scories du passé colonial. L'Union africaine version Khadafi, qui a reconduit les Etatsnations dans les l11êmesprincipes que ceux qui ont présidé à l'Organisation de l'Unité africaine, n'est pas celle que veulent les Africains. Elle est plutôt la volonté de cinquante-trois Etats appartenant à un continent de s'organiser pour parler d'une seule et l11êmevoix face au reste du l11onde.Dans un monde où les Etats, même les plus puissants, se mettent ensemble pour être plus forts, l'Union africaine de Durban est une bonne chose en soi, d'autant plus qu'elle est la volonté de solidarité politique d'Etats qui partagent le l11ême espace géographique et les mêmes problèmes. Si les grands efforts qui ont été faits dans le sens de l'édification de cette Union africaine sont à saluer, ils ne peuvent occulter l'assertion selon laquelle cette construction ne répond pas au projet politico-culturel de l'ouverture des frontières et de brassage des peuples que vise l'idéal panafricaniste. L'Union africaine doit être un vaste espace sans frontière, qui rassemble les peuples dans la réalisation d'une communauté de destin. Cet espace géographique qui ne connaîtra plus les 13

frontières de la colonisation, doit s'ouvrir aux valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Il sera le lieu où les peuples africains seront le seul détenteur de la souveraineté et du droit de désigner les gouvernants. Cette Union africaine qu'il faudra reconstruire et pour laquelle l'élite africaine émergente a le devoir de se battre, pose une question essentielle: le Maghreb qui est différent, à tous points de vue, de l'Afrique Subsaharienne, peut-il former avec cette dernière l'Union africaine? Cette inquiétude vaut la peine d'être soulevée dans la mesure où la lutte pour l'Unité africaine est avant tout l'apanage des Noirs-Africains. Il est connu que les leaders du Maghreb sont plus engagés dans la lutte pour la réalisation de l'Unité arabe que dans les combats africains. De Nasser à Khadafi en passant par Boumédienne, le Maghreb s'est toujours montré plus proche du monde arabe que de l'Afrique noire. A l'instar de tous les leaders du Maghreb, le Colonel Khadafi privilégie la culture et la religion à la proxil11ité géographique. Cette dernière qui est souvent un fait contingent, lié aux mouvements migratoires, n'a pas plus d'importance que la culture, la religion et la race qui déterminent les liens de sang et de fraternité. L'unité politique n'est pas réalisable sans unité culturelle. Les Noirs et les Maghrébins, qui sont deux peuples dissemblables, peuvent-ils se rassembler dans une communauté politique? Cette question doit constituer un sujet de réflexion pour les panafricanistes, d'autant plus qu'elle est déterminante dans la construction de l'avenir du continent. En Afrique, la question des races, des ethnies, des religions et des différences en général est un sujet tabou, alors qu'elle existe et se pose avec acuité. Le projet d'Union africaine doit être repensé et reconduit pour répondre aux aspirations des peuples africains. Il est inconcevable de penser qu'il existe aujourd'hui une Union africaine alors que les Etats évoluent chacun de son côté. Aucune dynamique unitaire n'est développée dans aucun dOl11aine,alors que les Etats connaissent, à quelques différences près, les mêl11esproblèmes. Au 36e sommet de l'Organisation de l'Unité africaine, tenu à Lomé (Togo), en 2002, Khadafi s'est écrié, après l'adoption de 14

l'Acte constitutif de l'Union africaine, en ces termes: « L'Etatnation africain qui est un héritage du colonialisme est dépassé. » Malheureusement, l'Etat-nation postcolonial existe bel et bien après qu'on a donné naissance à l'Union africaine. Face à ces observations, est-il vrai d'affirmer qu'on a créé l'Union africaine conformément aux aspirations des peuples?

Fulbert Sassou ATTISSO

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I
Qu'est-ce que l'Union africaine

L'Unité africaine ou l'Union africaine a pris naissance dans la conscience collective des Africains en mêlne temps que le grand fléau de l'esclavage et la traite négrière. Très tôt, les peuples africains ont compris que la seule façon de résister et protéger l'Afrique contre la volonté prédatrice des envahisseurs venus du froid, est la Inanifestation d'une solidarité raciale qui dépasse les ethnies et les régions. Conscients de la menace que l'esclavage constituait pour le continent et ses habitants, les Africains se sont ligués contre ces envahisseurs dont le but ultime était la désorganisation des sociétés africaines. L'histoire retient la résistance des peuples africains qui, par leur bravoure et leur solidarité, ont réussi à limiter les dégâts de cette grande tragédie humaine. Des Africains capturés en différents endroits et faits esclaves se sont révoltés contre leur « maître », une fois rassemblés pour le voyage dans le Nouveau Monde. Moult révoltes d'esclaves se sont produites sur les navires qui effectuaient le voyage sans retour, dans bien des cas, de façon spontanée par des captifs qui au départ ne se connaissaient pas. Cette solidarité, cette complicité grâce à laquelle des gens qui ne se sont jamais vus, se sont unis pour défendre une

cause dont les termes n'avaient pas fait l'objet d'entente préalable, symbolise l'Unité africaine. C'est la naissance de l'esprit d'unité chez les peuples de souche africaine, la conscience du rassemblement. Cette manifestation émotionnelle apparue chez les esclaves a fait naître chez l'élite africaine la conscience du panafricanisme. Dans le long processus de formation de la conscience de l'Unité africaine, la colonisation, cette autre tragédie qui s'est abattue sur le continent, prenant le relais de la traite négrière comme pour dire que la misère qu'on a faite à l'Afrique ne suffisait pas, a joué le rôle d'accélérateur. Les nationalistes africains qui ont bouté les colonisateurs hors du continent, à partir de 1960, ont compris que le seul moyen d'éloigner définitivement de l'Afrique de nouvelles formes de servitude était de réaliser le rassemblement des peuples. Ils ont surtout compris que le mode de vie Î1nposé par la colonisation à l'Afrique où les communautés linguistiques et ethniques qui vivaient en parfaite symbiose ont été Inorcelées et coupées, n'était pas confonne aux valeurs traditionnelles de solidarité et de vie en groupes des Africains. Une seule solution s'imposait: opérer le retour de l'Afrique à ce qu'elle était avant les invaSIons. L'Union africaine, c'est ce sentilnent de solidarité raciale qui a uni les peuples africains contre les visées conquérantes des races étrangères au continent. C'est la volonté tnanifeste de toute une communauté, rudoyée et mahnenée pendant des siècles, de se retrouver entre ses différentes composantes pour construire une communauté de destin dans un espace géographique imprenable qui lui assure une place dans le monde. L'Union africaine, c'est le retour de l'Afrique balkanisée aux époques glorieuses des Empires (Mali, Ghana, Éthiopie...), où les peuples, les groupes ethniques étaient imbriqués et vivaient sur un territoire dont la seule frontière était la mer. L'idée de créer un ensemble africain dans lequel les peuples se retrouveront, n'est pas une invention de l' élite ; elle est un sentiment populaire, une revendication des populations africaines. Ce vœu cher aux Africains de voir les États artificiels créés par le colonialisme s'unir pour peser sur le cours de l'histoire mondiale, a 18

trouvé écho auprès des premiers nationalistes africains. Pour les populations, il était nécessaire que « l'Afrique des fiers guerriers » 1 retrouvât ses savanes sans borne que les puissances coloniales cisaillèrent et partagèrent à la Conférence de Berlin. La volonté des peuples d'Afrique de bâtir une grande Afrique déliée des frontières et des tentacules du colonialisme, a suscité l'engouement et la mobilisation de toutes les communautés d'origine africaine. Preuve que le « rêve de l' Unité africaine» n'est pas l'apanage des politiques, mais plutôt une aspiration de l'Afrique tout entière. Bien que se trouvant encore dans les limbes, le projet d'Union africaine finira par éclore, tant que les puissances ne se lasseront pas de susciter la division, les guelTes et la misère en Afrique. Sa mise en œuvre dépend de la seule volonté de l'élite dirigeante qui, bien qu'elle continue à se fourvoyer entre la méthode et le modèle à construire, a conscience que l'Afrique balkanisée n'a pas de place dans un monde régenté par les grands ensembles. Les peuples africains, sans exclusive, ont accepté le principe de la construction d'une Afrique unifiée qui prendra en charge la gestion de ses problèmes L'Union africaine peut se construire! Elle n'est ni une idéologie ni une philosophie politique. L'union n'est pas semblable aux idéologies classiques qui sont de vrais enchevêtrements d'idées absconses, difficiles à mettre en œuvre. Certaines idéologies se sont révélées de pures philosophies, des idéaux qui n'ont pu être véritablement concrétisés avant de disparaître. L'Union africaine à l'avantage de ne pas être une invention intellectuelle, une suite d'idées sorties des universités ou des centres de recherche. Elle est un sentiment, une émotion, une aspiration. Cette aspiration est née de l'injustice et des torts faits pendant des siècles à une race, à une communauté, qui trouve sa justification dans le droit légitime de tout peuple à se défendre contre ses agresseurs. Ce sentiment permanent qui réside audedans de chaque africain, où qu'il se trouve et quel que soit son statut, trouve son expression dans le projet d'Union
Terme utilisé par l'écrivain David Diop dans son poème « Afrique mon Afrique ». 19
1

africaine. La volonté de se rassel11blerpour retrouver la force et l'énergie nécessaires à la défense et à l'affirmation de l'Afrique, s'inscrit dans la logique qui veut que des gens contraints à subir une injustice commune se mettent ensemble pour se défendre. L'Afrique continue de subir de façon permanente l'injustice et le diktat du monde extérieur qui n'a jamais renoncé à sa volonté de la soumettre et la dominer. L'Africain qui voudra sortir de sa sphère individuelle pour s'impliquer dans les problèmes de son continent, ne peut que manifester la volonté de le défendre. L'Africain qui se soucie de son continent et qui souhaite son émancipation, n'a pas d'autre issue que d'entrer dans le rêve de l'Unité africaine; il ne peut que devenir panafricaniste. Il n'est pas, jusqu'à preuve du contraire, un seul africain qui soit opposé au projet d'Union africaine comme c'est le cas d'Européens qui sont contre l'Union européenne et d'Américains qui étaient anti-fédéralistes. Les Africains sont panafricanistes et soutiennent le projet d'Union africaine; mais tous ne partagent pas la mêtlle conception de l'union. Il ne peut en être autrement; l'homme, par nature, ne peut renier ses origines. L'Union africaine, c'est la reviviscence d'un état précédemment vécu, d'un état originel détruit par les invasions répétées de l'Afrique par les étrangers. Nostalgiques de ce passé originel, et surtout de cette Afrique communautariste aux valeurs d'hospitalité et de solidarité, les Africains veulent revivre cette Afrique perdue, cette Afrique originelle aux espaces infinies. L'Union africaine apparaît, au finish, comme le combat d'un peuple qui croit fermement que son destin réside dans la volonté commune de ses composantes de retrouver leur identité. Ce désir de retour aux sources ne signifie pas le reniement de 1'histoire imposée à l'Afrique par l'esclavage et la colonisation; une histoire indélébile qui a façonné les Africains. Il s'agit pour les Africains, enrichis par la culture du colonisateur, de retourner à leur histoire, celle de leur origine, la seule dans laquelle ils peuvent puiser la force et la sagesse nécessaires à l'édification d'un continent, puissant et respecté. L'Union africaine, telle que rêvée par Nkrumah, devait promouvoir les cultures africaines et donner au continent des langues africaines de communication.

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La conception de l'Unité africaine de l'Osagyef02 dépouille l'Afrique des oripeaux du colonialisme et replace l'Africain dans son milieu. L'Union africaine, c'est le cadre de promotion de la vraie personnalité de l'Africain, déformée par une civilisation qui n'est pas mauvaise, tnais qu'on a imposée à coups de bâton comtne substitut à une autre autant valeureuse. C'est la restauration de l'Africain dans son monde originel, dans son identité. Elle reste aujourd'hui le ciment des Etats balkanisés et l'unique projet qui rassemble les Africains. Dans l'Afrique post-coloniale, l'Union africaine est une véritable religion, à en juger par le nombre d'êtres humains qu'elle mobilise et la foi qu'elle professe.

L'Union africaine:

une religion

L'Union africaine est une quasi-religion pour les Africains. La croyance en l'Union africaine cOlnme solution aux problèmes du continent est absolue. Son projet rassemble plus de monde en Afrique que les religions qui se partagent les peuples africains. L'animisme, croyance ancestrale, le christianisme religion du colonisateur, et l'islaln croyance religieuse née au Moyen-Orient et importée en Afrique, ne mobilisent pas autant d'adeptes que l'Union africaine. Contrairement aux religions monothéistes qui professent la croyance en un Dieu transcendant invisible qui promet le paradis aux justes après leur mort, le projet d'Union africaine est concret et propose des solutions immédiates qui emportent la foi. Le dieu de l'Union africaine est immanent et son paradis réside au-dedans de l'Union africaine elle-même. Depuis la nuit des temps, rien n'a autant mobilisé les africains et emporté leur croyance comme l'Union africaine. Il n'existe pas un seul Africain qui souhaite que le continent africain demeure dans la forme que les colonisateurs lui ont donnée. En d'autres termes, nul Africain n'est opposé à l'avènement de l'Afrique unifiée.
2 Surnom donné à Kwarne Nkrumah, après le triomphe de la lutte du peuple ghanéen sur le colonialisme britannique, qui signifie le messie. 21

L'animistne fut la seule croyance religieuse en Afrique avant l'introduction du christianisme par les missionnaires européens. Même s'il apparaissait comme le seul canal par lequel l'Africain pouvait rechercher son créateur et rester en communion avec lui, celui-ci n'a pas su faire de l'animisme une véritable religion. Or, la religion, en tant que système de croyances et de pratiques, doit promouvoir la perfection de l'être humain. Le christianisme en Occident et le bouddhisme en Asie sont des corps de valeurs et de préceptes qui ont façonné les peuples de ces continents et ont servi de repères aux grandes idées qui ont permis la construction de ces sociétés. La démocratie qui, en dépit de ses imperfections, reste la seule forme de gouvernement respectueuse de la dignité humaine est essentiellement fondée sur le précepte chrétien selon lequel les Hommes sont nés libres et égaux. De la même façon, l'islam a inculqué aux musulmans des valeurs et des conduites qui leur ont permis d'organiser leurs sociétés et de créer des Etats islamiques, fonctionnant suivant les prescriptions du Coran. L'Afrique au sud du Sahara n'a pas su faire de l'anitnisme un corps de valeurs et de prescriptions dans lequel les Africains puiseraient la force et les idées qui devraient servir à bâtir un continent puissant. Il est vrai que les valeurs morales essentielles ne sont pas absentes dans l'animisme, mais il faut reconnaître que le continent noir ne peut se prévaloir d'une religion fondée sur des écrits. L'absence d'écrit et de magistère dans l'animisme fait de cette croyance ancestrale une mystique qui allie pratiques variables et discours changeant. Personne en Afrique ne peut prétendre connaître de façon précise la pratique animiste. Les rares tnagistères qui maîtrisaient la pratique et les rites n'ont pas, pour la plupart d'entre eux, transmis leur savoir. Cette absence de passerelle entre les générations a considérablement entamé la religion animiste. Les vaudous existent encore en Afrique, mais la pratique varie d'un couvent à un autre et suivant les prêtres. L'introduction du christianisme en Afrique par les « Blancs », a achevé ce qui reste des croyances et pratiques animistes. Pire, le christianisme a réussi à détourner les Africains de leur croyance ancestrale. Les missionnaires peu scrupuleux, envoyés par leurs Etats avec le parrainage de 22