DÉMOCRATIE ET DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE FACE AU LIBÉRALISME

De
Publié par

Comment refonder la démocratie, indispensable à l'impulsion du développement en Afrique ? La refondation de l'Afrique passe par le retour sur soi et le départ de soi, en réfutant le modèle de l'État néo-colonial. Recentrer les institutions sur l'homme africain, sur l'individu et le citoyen, et non l'inverse. L'auteur analyse le rapport Mondialisation/Etat/Développement en Afrique, à partir de la pensée libérale de Hayek pour revenir aux théoriciens du XIXè siècle, Adam Smith et Hegel.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 245
EAN13 : 9782296267343
Nombre de pages : 140
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Jean-Rodrigue-Elisée

EYENE MBA

DEMOCRA TIE ET DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE FACE AU LIBERALISME

Essai sur la refondation politique

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRP~NCE

L'auteur Jean-Rodrigue-Elisée Eyene Mba est né à Mitzic, ville située au nord du Gabon. Il a étudié dans les Universités de Libreville (Gabon) et Paris X Nanterre. Titulaire d'une Maîtrise en philosophie, option Philosophie politique, juridique et morale (1999), et d'un Diplôme d'Etudes Approfondies «La philosophie et la cité» (2000); il prépare, sous la Direction du Professeur Jean-François Kervégan, une thèse de doctorat nouveau régime sur le thème «L'Etat et le marché. Lecture hégélieru1e du libéralisme de Hayek» à l'Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. «Démocratie et Développement en Afrique face au Libéralisme» est son premier ouvrage.

(Ç)L'Harmattan 2001 ISBN: 2-7475-1320-3

A feu mon père J-H Mvomah Et ma mère E. Ndogo Bekale

REMERCIEMENTS

J'exprime ma gratitude à Marc Mvé Bekale, Maîtres de Conférence (Reims), qui m'a toujours soutenu depuis le début de mes études universitaires. Je tiens également à remercier tous les enseignants du département de philosophie de l'Université Omar- Bongo (Gabon) qui ont contribué à ma formation intellectuelle. Et que tous ceux qui, de près ou de loin, m'ont encouragé moralement et matériellement pendant la rédaction de cet essai reçoivent ma profonde reconnaissance.

Je vous sens dans nzes os. Votre silence crie dans mes oreilles. Vous pouvez vous clouer la bouche, vous pouvez vous clouer la langue, est-ce que vous vous elnpêcherez d'exister?

J-P. Sartre, Huis clos.

Introduction générale
Depuis l'effondrement du bloc communiste en Europe de l'Est et les programmes d'ajustement structurel des années 90, les termes «démocratie» et « Etat minimal» sont devenus des modèles politiques en Afrique noire. Ils traduisent la volonté de bâtir des Etats de droit et d'engendrer le développement. Par Etat minimal, il faut entendre ici une forme d'organisation sociale préconisée par les tenants du «laisser-faire ». Il procède de l'idée selon laquelle le développement de la société dans sa globalité nécessite un cadre qui favorise l'auto-réalisation des initiatives privées. On admet, à cet effet, qu'en dehors du fait de protéger les individus, le pouvoir de l'Etat est périlleux, parce qu'il entrave le développement individuel et collectif. I Pourtant, plus de dix ans après l'instauration de l'Etat minimal, un scepticisme quant à l'émergence du développement en Afrique semble toujours de mise. Ni l'Etat minimal ni la démocratie ne sont à la hauteur des espérances.
« «

L'Afrique

affamée»!

« L'Afrique

déboussolée

»

!

L'Afrique bloquée»! L'Afrique confrontée aux problèmes de mal-gouvernance et d'alternance politique, plongeant ses populations dans une misère intolérable. Une question apparaît alors incontournable: comment
1 Précisons que le terme « Etat minimal » s'oppose au concept d'EtatProvidence. Il est basé sur le postulat selon lequel la propriété privée est un bien sacré et le moteur principal de la cohésion sociale. Dans cette perspective, l'Etat ne doit ni intervenir dans le marché ni distribuer les services: sa fonction consiste à veiller exclusivement à la sûreté de la propriété privée. Ce type d'Etat débouche sur la mise en question de l'idée de justice sociale, considérée comme un simple mirage ou un avatar du socialisme, identifié ici à l'interventionnisme ou au totalitarisme.

9

refonder la démocratie, nécessaire à l'impulsion du développement, devant l'opacité des phénomènes sociaux et politiques? Que peut être le sens de cette refondation ? Les impasses actuelles de l'Afrique procèdent de certains malentendus qu'il convient d'abord de clarifier afin de savoir vers quelle voie devons et pouvons-nous aller. Le premier concerne l'intégration de l'Africain dans le monde moderne. A première vue, l'histoire contemporaine de l'Afrique noire depuis la Conférence de Berlin (1885), marquée par le découpage du continent en « pré-carré» français, « zone d'influence» anglo-saxonne, «zone d'influence» lusophone, montre que la notion d'Etat dans les sociétés africaines modernes ne résulte pas d'un processus historique maîtrisé par les Africains euxmêmes. Bien au contraire, il repose sur des bases artificielles, parce qu'il n'y a jamais eu ce « Repositionnement» philosophique et moral par lequel tout peuple intègre à sa propre culture des éléments exogènes en vue d'une mutation rationnelle. En Afrique noire, force est de constater que les cultures et les traditions, qui auraient dû contribuer à la construction d'une société stable et dynamique, ont été immolées sur

l'autel

du

« mimétisme

artificiel »,

à

distinguer

du «mimétisme rationnel », c'est-à-dire le processus dialectique par lequel un peuple s'approprie certains éléments de la vision du monde d'un autre en vue de maximiser son utilité ou ses intérêts. Il en résulte un autre malentendu: faute de n'avoir pas su faire la synthèse de son histoire, l'Africain n'arrive pas à se définir comme être éthique et juridique. Cette errance (ou brisure) de la conscience éthique et juridique se manifeste à travers l'égoïsme des classes politiques et de certains intellectuels: l'amour de soi et pour soi s'est substitué à l'amour pour sa communauté. L'action

10

citoyenne n'a plus pour mobile la totalité objective, le bien commun. Bien au contraire, l'égoïsme, la cupidité, l'injustice, la corruption ont fini par devenir des vertus républicaines. Tout se passe comme si les droits fondamentaux de la personne humaine ne faisaient pas partie du patrimoine culturel des Africains. Contrainte par les défis de l'heure, l'Afrique doit se ressaisir. Un préalable apparaît, à notre avis, nécessaire: ramener l'homme dans la société, lui reconnaître sa valeur, sa dignité et ses droits. Ceci a deux implications pratiques. La première, c'est que la refondation politique de l'Afrique passe par la « révolution culturelle », c'est -à-dire la déconstruction de certains habitus hérités de l'Etat post-colonial. A cet égard, s'impose une éthique sociale, comprise comme un ensemble de normes juridiques, économiques, sociales et culturelles sur lesquelles les institutions républicaines sont sensées se reposer. TI s'agit de refondre nos Etats, en choisissant nous-mêmes (les Africains) la manière dont nous voulons et devons les organiser. En effet, nous avons souvent adopté plusieurs paradigmes de développement, mais nous les avons rarement fondées sur nous-mêmes. Or, s'il faut refonder les institutions républicaines pour qu'émergent la démocratie et le développement, c'est vers l' indi vidu qu'il convient maintenant de se tourner. La. deuxième implication concerne les conditions de réalisation de l'éthique sociale. Concrètement, une éthique sociale ne peut avoir de sens chez nous aujourd'hui que s'il existe au préalable une éthique individuelle. Ceci réduit, grosso modo, notre raisonnement à un monisme: l'éthique sociale doit d'abord se poser comme éthique individuelle afin qu'émerge le progrès. Le « mal africain» procède de l'impossibilité factuelle de l'individu à se positionner comme être inaliénable. La crise des institutions, du développement ou du libéralisme en

Il

Afrique contemporaine doit, avant tout, se comprendre comme une crise de la conscience éthique et juridique. D'où la nécessité pour l'Africain de s'assumer comme projet de rationalisation du monde qui exclut le non-droit. Ce qui implique, par ricochet, l'idée de lutte pour la reconnaissance et l'application des droits inaliénables de la personnalité humaine. Toute proportion gardée, le texte qui suit n'est pas une encyclopédie de la politique africaine. Il n'est non plus un résumé ou un condensé de la démocratie et du développement en Afrique. En intitulant cet essai «Démocratie et Développement en Afrique face au Libéralisme» nous avons voulu, avant tout, exprimer notre pensée sur les malaises de notre continent. Certes, certains lecteurs auraient souhaité trouver dans cet essai une analyse détaillant les différences typologiques de la démocratie au sein des Etats africains, mais nous n'avons pas jugé utile de procéder à un tel inventaire. D'autant plus qu'au-delà des spécificités culturelles et de légers progrès observés dans certains pays, le libéralisme dans notre continent demeure fondamentalement confronté au même cancer: le « liberticisme » ou le formalisme. Aussi avons-nous refusé, pendant nos analyses, de verser dans l'indexation ou dans une forme de personnification des énoncés.

En somme, aborder le sujet: «Démocratie et Développement en Afrique face au libéralisme» est un défi intenable, une gageure. A cet effet, nous nous limiterons à trois objectifs principaux:

. Réfléchir sur la question du rapport entre mondialisation économique, Etat minimal et développement en Afrique. Le concept de mondialisation sera pris à travers le prisme de la pensée libérale de
12

Hayek. Ce choix s'explique par le fait que la théorie hayékienne du marché nous a paru mieux indiquée pour exprimer la variante contemporaine du libéralisme: la mondialisation des échanges ou l'ultra-libéralisme. Dans cette perspective, nous essayerons de montrer, à partir de l'histoire des faits et des théories économiques que la notion d'Etat minimal est dépourvue de consistance épistémologique et sociologique, et que sa transposition en Afrique ne constitue qu'un miroir aux alouettes. Aussi, en nous inspirant d'Adam Smith et Hegel, nous tenterons de montrer que le bien-être général de la société nécessite une subsomption générale du marché sous la puissance publique, c'est-à-dire une intervention rationnelle de l'Etat dans le « système des besoins ». . Le deuxième objectif concerne l'analyse de la démocratie en Afrique. Après avoir examiné le concept d'« universalisation de la démocratie libérale », nous tenterons de montrer combien les démocraties africaines constituent un leurre d'espoir, un « contrat de dupes» dont se nourrissent les classes politiques et l'impérialisme nord atlantique.

. Enfin le troisième objectif consistera à montrer que l'émergence du progrès en Afrique contemporaine passe par le «mimétisme rationnel» et l'émergence d'une éthique individuelle de la responsabilité qui amènent chacun à se positionner comme « absolu» de l'Etat et du droit.
De fait, conscient du fait que le monde est ouvert à des évolutions sociales irréversibles, nous avons entrepris cette réflexion avec la conviction que libéralisme, démocratie, et développement doivent être repenser audelà des paramètre purement économiques et financiers

13

pour s'enraciner dans une éthique qui situe l'être humain comme une valeur primordiale. Car il est incontestable que la globalisation «en soi et pour soi », porteuse de crise profonde, conduit à la dépréciation de l'essence humaine.

14

PREMIERE PARTIE

LIBERALISME

ET INTERVENTIONNISME

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.