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Député de brousse

De
119 pages
Fort de son expérience, Ferdinand Ndinda Ndinda se propose, sous forme d'une interview, de recenser les faiblesses du système parlementaire camerounais et pour suggérer alternatives et solutions. Si ses illusions de jeune élu se sont vite heurtées à des réalités plus que contraignantes, l'auteur ne s'avoue pas vaincu et choisit de prendre sa plume pour s'adresser directement au peuple et ouvrir un débat civique utile et constructif.
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Député de brousse

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12332-8 EAN : 9782296123328

Ferdinand NDINDA NDINDA

Député de brousse
Regard sur les faiblesses du système parlementaire camerounais

Préface de Joseph Mboui

Je dédie ce livre à ma famille, mon épouse et mes enfants qui supportent avec beaucoup de stoïcisme les contraintes de la vie de politique que je leur ai imposées sans les prévenir et qui m’apportent beaucoup de soutien moral dans les moments de déception et de doutes. A ma mère, qui a eu à éduquer, dans le dénuement total, une grande famille de dix enfants et qui a pu nous inculquer le sens de l’honnêteté, de la combativité et de l’optimisme.

PREFACE Peu d’études ont été consacrées à la doyenne de nos institutions démocratiques pour autant qu’on voudra bien se souvenir que notre actuelle Assemblée nationale est l’héritière, en ligne directe de la souche, de notre parlementarisme qu’est l’antique et vénérable Assemblée territoriale du Cameroun, née peu de temps après la fin de la dernière Guerre mondiale. A l’heure où, partout dans le monde et, singulièrement, en Afrique, nombre de pays en pleine effervescence de la célébration du cinquantenaire de leur accession à l’indépendance, se penchent notamment sur leur identité nationale, force est de constater que l’une des caractéristiques fondamentales du pays issu des décombres de l’ancien protectorat allemand du Golfe de Guinée est la remarquable continuité de fonctionnement de son institution parlementaire. Sous des formes adaptées aux circonstances sociopolitiques, celle-ci n’a connu aucune interruption de 1946 à nos jours, malgré les vicissitudes dont l’histoire a abreuvé à l’intervalle notre jeune Etat-nation. Sur la liste des auteurs traitant du sujet, la présence des connaisseurs de l’intérieur de l’hémicycle fait plaisir d’autant que leurs contributions sont loin de faire pâle figure dans cette littérature plutôt étique. Après les récentes parutions dues aux honorables Samuel Efoua Mbozoo et professeur Ebénézer Njoh Mouelle, voici qu’à présent, l’un de leurs collègues de la 7ème législature (2002-2007), l’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda, jette un regard très personnel sur notre vie publique à partir de son expérience de l’institution parlementaire dans son livre crument intitulé Député de brousse. Après s’être fait aisément élire parmi les plus jeunes députés de la 7ème législature, l’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda a su confirmer, tout au long de son mandat, son réel courage politique par la pertinence de son argumentaire dans la discussion générale en plénière, ainsi que dans les travaux en commission, son assiduité étant par ailleurs rarement prise en défaut. La renversante causticité de ses répliques lors des questions orales au gouvernement s’y est ajoutée pour lui valoir d’être reconnu sur

l’ensemble des bancs de l’hémicycle comme l’un des principaux animateurs du débat public au cours de la législature. Ce jeune et dynamique parlementaire ne s’est pas contenté de cette flatteuse réputation ni même de l’assurance d’une trace indélébile dans les annales de l’auguste chambre. Visiblement assoiffé d’action, il a voulu aussi y marquer son passage en s’agrégeant au petit groupe de parlementaires ayant témoigné par écrit sur leur expérience d’élus du peuple souverain. Le résultat de cette noble entreprise est un beau livre d’entretiens où, par la complicité du journaliste Maurice Simo Djom, d’évidence, partisan comme son interviewé, du parler-vrai, notre auteur s’est laissé interroger sur la plupart des sujets pouvant légitimement préoccuper les libres citoyens qui élisent leurs représentants au parlement. Son regard est d’autant plus acéré qu’il est celui du député de base sans contrainte particulière, qu’il a eu la fierté d’être du premier au dernier jour de l’exercice de son mandat. Autant les questions de monsieur Maurice Simo Djom sont directes dans leur brièveté et mordantes dans leur précision, autant les réponses de l’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda vont droit au fond des choses par d’amples développements, sans laisser la moindre place à la langue de bois dont le politicien camerounais est pourtant si coutumier. De toute façon, notre collègue est persuadé qu’il ne mérite de porter le qualificatif accolé à son patronyme que s’il se comporte en conformité avec sa conviction, maintes fois affirmée, qu’un parlementaire appartenant au parti majoritaire devrait se sentir soumis, au moins autant que ceux d’en face, à l’obligation d’un examen approfondi des projets et actes de l’exécutif, pour les approuver sans état d’âme inutiles ou, le cas échéant, pour essayer de contribuer à leur amélioration de façon constructive. Ce n’est donc pas pour bousculer à la légère la vieille dame mais pour la munir d’un vigoureux viatique en prévision des chausse-trapes du temps qui vient, qu’il donne à son Député de brousse le sous-titre de Regards sur les faiblesses du système parlementaire camerounais. L’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda met surtout l’accent sur plus d’une vingtaine de ces faiblesses sans qu’aucune ne lui paraisse insurmontable. Au contraire il assortit la description de 8

chacune d’elles de propositions le plus souvent concrètes et détaillées. Par exemple, il pense que certaines des catégories de personnalités élues (il n’en cite aucune mais les descriptions ne sont pas un brouillage parfait) n’auraient pas dû l’être, compte tenu de leur incapacité étalée ex post à participer sur le plan intellectuel ou moral, à la haute mission du parlement qui est le vote des lois et le contrôle de l’action du gouvernement. Il déplore notamment une sorte de mélange des genres dans la représentation nationale en pointant ce qui y semble de trop considérables écarts relatifs à l’âge, au profil professionnel, au niveau d’instruction et de formation ainsi qu’au contraste de motivation. Pour rester égal à lui-même, il décrit certaines des tares de son nouveau milieu avec tant de véhémence qu’il lui arrive de recommander parfois des remèdes dont l’application friserait le moralisme, voire la radicalité. Il n’y va vraiment pas de main morte lorsqu’il dénonce, entre autres situations, celle d’une catégorie de parlementaires qui ne verraient dans la fonction de député que la faculté de s’offrir des positions d’attente ou des sinécures de fin de carrière ou celle d’élus, plus nombreux et plus nuisibles encore à l’institution, qui n’y lorgneraient que des occasions de trafic d’influence en vue notamment de l’obtention hors normes des marchés publics ; mais l’espèce la plus abhorrée par l’interviewé est en fin de compte constituée par ceux dont la brigue politique ne viserait qu’à les mettre autant que possible à l‘abri des rigueurs de la loi face à la gravité de leurs divers et multiples errements. Aux yeux de l’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda, la faute en revient principalement aux partis politiques. Certains laisseraient n’importe qui sortir vainqueurs des foires d’empoigne sans foi ni loi que seraient les primaires alors que d’autres sélectionneraient de manière bureaucratique ou sans motif apparent, leurs candidats. Dans tous les cas, les élus des divers camps sont soumis à des règles internes draconiennes, voire arbitraires. Il pourfend notamment les pratiques de certains partis de l’opposition en matière de limitation des mandats et du prélèvement des indemnités parlementaires, ce qui fait des élus des moutons sans

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plan de carrière autonome ou des vaches à lait abusivement dépouillées des moyens de leur action. Les assertions et observations de l’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda n’ont évidemment toutes pas une égale pertinence et soulèvent parfois beaucoup de questions. Il y en a qui méritent d’être sérieusement discutées tels le niveau d’instruction, le profil professionnel ou les motivations des candidats. Celles des hommes d’affaires ne sont pas nécessairement mauvaises au motif qu’il y aurait risque de collusion entre la recherche des avantages privés et la défense de l’intérêt général. Des garde-fous peuvent être érigés pour faire la part des choses. Et faudrait-il recourir à une hypothétique épuration pour éliminer les uns, pour s’assurer du bon choix des autres ? La censure et l’investiture sont loin d’être sans danger puisque, souvent, au bout, il y a l’arbitraire et le favoritisme car l’ordre moral n’est pas forcément un ordre juste. Ces remarques de simple bon sens n’entachent en rien les réels mérites de Député de brousse. La première satisfaction qu’il nous procure est que, depuis sa parution, certaines mesures y préconisées sont intervenues dans la gestion de l’ordinaire du parlementaire comme dans le fonctionnement de l’ensemble de l’institution. Même si on ne saurait attribuer le mérite de cette évolution à la seule influence de ce brillant essai, on peut au moins constater que les recommandations de son auteur sont tombées bien à pic. Quoi qu’il en soit, beaucoup reste à faire en matière de réforme touchant l’institution parlementaire camerounaise dans un système de gestion publique où le poids d’une autorité a de plus en plus tendance à dépendre de sa capacité supposée à être distributrice ou attributaire de prébendes que de sa position officielle. C’est le lieu de rappeler celle, incomparable par rapport à tant d’autres, que la Constitution réserve à la représentation nationale et à chacun de ses membres. Ainsi, selon les dispositions expresses de l’article 2, alinéa 1 du texte fondamental : (1) La souveraineté nationale appartient au peuple camerounais qui l’exerce soit par l’intermédiaire du Président de la République et des membres du Parlement, soit par voie de référendum…

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Puis celles de l’article 4 : L’autorité de l’Etat est exercée par : Le Président de la République Le Parlement Ces citations montrent à quel point l’honorable Ferdinand Ndinda Ndinda a raison de regretter la présence des mécréants au sein du temple de la République au motif que le parlementaire doit être le premier conscient de sa dignité sans pareille, par un comportement exemplaire et un sens élevé de l’Etat. Mais l’éminence qui lui est reconnue par notre texte fondamental oblige de même la société globale à respecter les règles qu’elle s’est librement fixées. On ne peut que relever, pour s’en féliciter très fortement, que le président de la République, chef de l’Etat (article 5, alinéa1 de la Constitution), montre en toutes circonstances la haute considération qu’il a du parlement et de ses membres. Le signe le plus visible n’en est-il pas dans le geste protocolaire par lequel, au cours des cérémonies officielles, la clé de voûte de nos institutions fait toujours placer à sa droite le président de l’Assemblée nationale ? Rien d’autre ne traduit mieux le contraste entre l’extrême importance de cette fonction que conforte cette pratique présidentielle et les vexations dont le parlementaire est l’objet de la part des autres représentants de l’Etat qui ne lui accordent jamais un traitement analogue dans sa circonscription ? Lors des manifestations publiques, le député ne sait jamais s’il a droit à quelque place d’honneur, d’autant plus que sa présence n’y est souvent mentionnée qu’après celle de bien d’autres invités. D’où vient-il qu’en dépit du parallélisme des formes, un traitement analogue ne lui soit pas réservé dans sa circonscription ? Même à Yaoundé, siège des institutions, le bureau de l’Assemblée nationale ne reçoit pas toujours les égards auxquels il a droit. Qu’on n’évacue pas une affaire lancinante touchant au respect de la lettre et l’esprit des institutions en accusant de basse manifestation de susceptibilité ou de pusillanimité, la représentation nationale tenue, au contraire, de signaler à son mandant, le peuple souverain, tout ce qui ternit son image. De 11