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Des mots pour les maux de l'Afrique

De
268 pages
Malgré le vent de renouveau démocratique qui semble souffler sur l'Afrique, des conflits, coups d'état militaires, complots et trahisons continuent. Voici un bilan pénible, mais réaliste, des problèmes du continent. Le malheur de l'Afrique a fait et continue de faire le bonheur de beaucoup ; il est temps d'y mettre fin. Le désastre économique et social du continent ira s'aggravant si le naufrage politique n'est pas arrêté. Chaque Africain devra personnellement faire l'effort d'agir en acteur conséquent de la démocratie et du développement, pour qu'une aube véritablement nouvelle annonce enfin des lendemains meilleurs.
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DES MOTS POUR LES MAUX DE L'AFRIQUE

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Magloire SOMÉ, La christianisation de l'Ouest-Volta: action missionnaire et réactions africaines, 1927-1960, 2004. Aboubacar BARRY, Alliances peules en pays sarno (Burkina Faso),2004. Régis GOUEMO, Le Congo-Brazzaville de l'état de postcolonial à l'état multinational, 2004. Timpoko KlENON-KABORE, La métallurgie ancienne du fer au Burkina Faso, 2003. Céline V ANDERMOTTE, Géopolitique de la vallée du Sénégal: les flots de la discorde, 2003 J.A. DIBAKANA MOUANDA, L'État face à la santé de la reproduction en Afrique noire: l'exemple du CongoBrazzaville, 2003 Samba DIOP, Epopées africaines, 2003. Niagalé BAGA YOKO-PENONE , Les politiques de sécurité française et américaine en Afrique subsaharienne: les stratégies occidentales à l'épreuve de la conflictualité ouestafricaine,2003. Mahamadou MAÏGA, Pour la survie de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2003 Antoine Ndinga Oba, Les langues bantoues du CongoBrazzaville, tome 1: Phonologie, 2003. Antoine Ndinga Oba, Les langues bantoues du CongoBrazzaville, tome 2: Les classes nominales, 2003. Abraham Constant Ndinga Mbo, Pour une histoire du CongoBrazzaville,2003. Jean-Rodrigue-Elisée EYENE MBA, L'Afrique sur le chemin de la croissance et de l'évolution, 2003. Alain et Edgar HAZOUME, Lettre discourtoise aux souverainetés africaines, 2003. Vincent Sosthène FOUDA, Les médias face à la construction de l'État-nation en Afrique noire: un défi pour le Cameroun, 2003. Catherine COQUERY-VIDROVITCH (prés.), La découverte de

l'Afrique, 2003.

Mathurin C. HOUNGNIKPO

DES MOTS POUR LES MAUX DE L'AFRIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

@L'Harmatlan,2004 ISBN: 2-7475-6267-0 EAN : 9782747562676

Sur les places publiques À la barre des tribunaux Sur le sol nu des prisons humides Partout, Je leur dirai leur fait à nos tortionnaires Et même si dans leur fureur Ils me tranchent la tête Mon sang Pour qu'ils le lisent toujours Dans le ciel écrira « Fidélité à l'Afrique» Bernard B. Dadié (Légendes Mricaines, 1966)

INTRODUCTION

Après plusieurs années sombres de régimes autoritaires et/ ou militaires, le continent africain a emboîté le pas aux anciens États pro-soviétiques de l'Europe de l'Est. Grâce à une société civile d'un genre nouveau et une société « militaire» qui a compris que ses intérêts étaient désormais dans un État démocratique fort, le pouvoir est effectivement revenu au peuple dans certains pays. Mais très tôt la jeune démocratie africaine semble avoir été «kidnappée» par d'inlassables dinosaures politiques. Dans beaucoup de cas, la même poignée de corrompus privilégiés sortis du moule occidental a su muer à temps pour rattraper les valeureuses masses africaines qui ont continué à s'opposer à l'anarchie et à la dictature malgré les conditions extrêmement difficiles de leur combat. Contrairement à ce dont l'Afrique a besoin, à savoir une démocratie participative qui devrait associer toutes les couches sociales à la prise de décision, le continent est plutôt en train d'expérimenter la démocrature, à savoir une dictature sournoise qui s'est camouflée sous un accoutrement de démocratie et qui continue de diriger sans partage et sans contrepoids politiques réels. Les réformes politiques en Afrique devraient reposer sur la mise en place et le maintien d'institutions qui sous-tendent un gouvernement démocratique. Or ces institutions font défaut dans beaucoup de pays, et là où elles ont vu le jour, il n'existe pas une volonté réelle de les rendre fonctionnelles. Le rêve de gouvernements démocratiques représentatifs et respectueux de la primauté du droit devient de plus en plus un objectif plutôt abstrait et lointain pour une grande partie du

Des Mots pour les Maux de l' Mrique continent africain1. La démocratisation en Afrique repose sur deux stratégies: prendre en compte la question de la survie de l'État, et encourager les institutions parlementaires à jouer leur rôle de vérificateurs des réformes. Selon Ottaway, l'une des plus grandes menaces à l'évolution de la démocratie dans de nombreuses sociétés africaines est le manque de stabilité politique. Pour être en mesure d'avoir des gouvernements démocratiques, il faut que l'État soit stable. Or, lorsqu'on observe la majorité des États africains, les conditions indispensables aux changements politiques n'existent pas et les dirigeants ne sont nullement pressés de les initier2. On a l'impression que la plupart des gouvernements africains préfèrent un changement de façade à une vraie démocratie, avec pour conséquence la substitution d'un régime despotique par un autre. Ainsi, le statu quo demeure parce que des forces organisées capables d'appuyer un État démocratique les institutions politiques, judiciaires,
financières et économiques

- n'ont

jamais

été mises

en place.

Par ailleurs, les réformes visant à la démocratisation s'effectuent souvent par le truchement d'une stratégie incorporant à la fois des incitations et des punitions, des pressions exercées par les gouvernements occidentaux exigeant une plus grande liberté civile en contrepartie d'une aide économique et financière. Ces réformes sont loin d'avoir été voulues par les gouvernants corrompus du continent. La croissance économique est l'un des facteurs favorisant la démocratie, or les économies africaines n'ont guère progressé depuis plusieurs décennies, en partie à cause des
1 Voir Marina Ottaway, «Democracy Challenged: the Rise of SemiAuthoritarianism» (Les Défis à la Démocratie et la Montée du SemiAutoritarisme), Carnegie Endowment for International Peace, Washington, DC 2003. 2 Ibid. 8

Introduction conflits ethniques et religieux, de la corruption des politiciens, et de la pandémie du SIDA. À la veille du départ du colon, sa mission civilisatrice avait déjà dénudé l'Afrique au point où des voix s'élevaient déjà pour dénoncer, sinon condamner le pillage systématique du continent. En 1966, Albert Meister se demandait si l'Afrique pouvait partir3. En 1962, René Dumont pensait, à juste titre, que l'Afrique noire était plutôt mal partie4. En 1978, Gabriel Gosselin trouvait une Afrique plutôt désenchantéeS, alors que Jean-Claude Pomonti découvrait une Afrique trahie6. Pour Samir Amin, c'était plutôt d'une Afrique bloquée qu'il s'agissait7. Après plusieurs années, quand Dumont a réévalué la situation du continent, c'est une Afrique étranglée qu'il a retrouvée. Même son« J'accuse», en 1993, n'a pu réveiller les dirigeants africains. Dans un ouvrage intitulé, L'Afrique est un Songe, Marie-France Motlin, en 1998, a dressé, elle-aussi, un tableau très sombre d'un continent réduit à l'état de « néocolonie8 ». D'autres publications, y compris plusieurs romans, dont les auteurs exprimaient leur inquiétude à l'égard de l'Afrique, peuvent s'ajouter à la liste de tous ceux qui ont essayé de tirer en vain la sonnette d'alarme. Malgré les nombreux avertissements, les dirigeants africains sont restés impassibles, multipliant les erreurs au fil des années, donnant ainsi raison au colon qui avait estimé les Africains incapables d'une bonne gestion de leur avenir. Comme il revenait aux Africains, à travers leurs leaders, de
3 Voir Albert Meister, L'Afrique Peut-Elle Partir? Changement Social et Développement en Afrique Orientale, Éditions du Seuil, Paris 1966. 4 René Dumont, L'Afrique Noire est mal Partie, Éditions du Seuil, Paris 1962. 5 Voir Gabriel Gosselin, L'Afrique Désenchantée: Sociétés et Stratégies en Afrique Tropicale, Anthropos, Paris 1978. 6Voir Jean-Claude Pomonti, L'Afrique Trahie, Éditions Hachette, Paris 1979. 7 Voir Samir Amin, L'Afrique de l'Ouest Bloquée: L'Économie de la Colonisation 1880-1970, Editions du Minuit, Paris 1971. 8 Voir Marie-France Motlin, L'Afrique est un Songe: Chronique de la Néocolonie, Éditions Exils, Paris 1998. 9

Des Mots pour les Maux de l' Mrique prendre en main la destinée de leur continent, les Européens ont simplement, et comme il fallait s'y attendre d'ailleurs, haussé leurs épaules. Lorsque l'on considère la situation politique et économique de nombreux pays africains en proie au conflit, à l'oppression, à la corruption et à la pauvreté et le fait qu'aucune amélioration immédiate ne paraît en vue, on peut se demander ce qui s'est passé9. Les perspectives de l'Afrique, sont « calamiteuses». Une analyse sérieuse de cette situation et une politique résolue et fondée sur des principes sont nécessaires si le continent africain veut avoir le moindre espoir de résoudre ses graves problèmes. Pour sortir de la pauvreté, la violence, l'autoritarisme, la corruption et les maladies infectieuses, les Africains comptent sur une démocratie qui continue de les éluder. Selon Richard Joseph, on peut résumer les tentatives de démocratisation en Afrique par une simple métaphore: à la fin

des années 1980, « des autocrates se sont dirigés sur la pointe
des pieds vers l'étang de la démocratie. Quelque douze ans plus tard, une poignée d'entre eux sont arrivés au centre de l'étang, et le monde entier considère que leurs pays sont gouvernés d'une façon transparente, responsable et éclairée. Toutefois, la plupart des pays africains se trouvent encore dans les eaux troubles, près des rives de l'étang et loin de la démocratie transparentelO ». En d'autres termes, la démocratie en Afrique est enlisée. Selon des spécialistes, seulement un tiers des 48 États d'Afrique sub-saharienne remplissent les critères de démocratie en ce qui concerne la liberté, l'équité et la concurrence, et seulement 5 d'entre eux sont dotés d'un régime démocratique progressif. Il ne fait aucun doute, selon
9 Voir Kelly Machinchick, «Qu'en sera-t-il de la démocratie en Afrique?

L'avis d'un politologue (propos du professeur Richard Joseph, de l'université Northwestern) », Washington File juillet 2003; Consulter à ce propos http://usinfo.state.gov / &ancais. 10Ibid.
ID

Introduction l'avis de Joseph, que la démocratie politique doit s'accompagner d'une démocratie économique et d'une meilleure égalité sociale. Peu d'États africains fournissent à leur population des services sociaux en amélioration constante. En réalité, il n'existe pas de solutions faciles pour améliorer la situation très difficile de l'Afrique qui se caractérise par la pauvreté, par une mauvaise administration, par des conflits violents et par des catastrophes humanitaires. Tous ces problèmes s'aggravent mutuellement et entraînent des cycles de plus en plus fréquents de régression politique, économique et sociale11. Plusieurs décennies après les indépendances, on se demande s'il est envisageable d'éliminer la misère et la famine en Afrique, ce continent de dictateurs et de chefs de guerre. Cette Afrique où les choses vont, toutes les heures, toutes les minutes, de mal en pis. Que reste-t-il aujourd'hui dans ce coin du monde, sinon les yeux pour pleurer ou constater qu'autour des Africains, il n'y a que décombres? Beaucoup y croupissent dans la misère la plus honteuse, alors que le continent regorge

d'immenses possibilités12? Alors que « servir et non se servir »
était le slogan de l'Afrique et des Africains en lutte pour leur libération, celui d'aujourd'hui semble être «se servir et non servir ». Autrefois, les Africains se lançaient à l'assaut des injustices et des spoliations. L'honnêteté et d'autres aspects de la moralité étaient hautement respectés, à tous les niveaux de la société. Une symbiose existait entre les gouvernants et les peuples et un minimum de distinction était observé entre le bien public et celui privé.

11Voir Machinchick, op. cit. 12Voir Mukinasa Kipulu, « Afrique: Une Pauvreté Multidimensionnelle Afrique Souveraine du 15 septembre 2002.

»,

11

Des Mots pour les Maux de l' Mrique Depuis la fin des années 1960, cette situation quasi

idyllique a « tourné au vinaigre ». Le règne de la corruption et du « chacun pour soi» est désormais la règle. Selon Kipulu :
Plus d'un tiers de la population africaine est sans eau potable, vit avec moins d'un dollar par jour ou font des poubelles pour se nourrir, s'agglutinent dans des champs de fortune, dorment dans des cabanes de carton, subissant toutes sortes d'intempéries. Des millions d'enfants, vivant innocemment un calvaire de la part de ceux qui sont censés les protéger ou les aider, sont mis aux travaux forcés. Ils sont briquetiers, ferrailleurs, chiffonniers, miniers, éboueurs, domestiques, garagistes, tanneurs, prostitués, tisseurs, verriers, planteurs, etc. Éparpillés dans les rues, ils poussent des voitures et des camions embourbés dans les trous creusés par la pluie, portent sur la tête des paniers croulant sous les régimes de bananes, traînent des colis faisant trois ou quatre fois leur poids, tirent des poussepousse chargés de fûts d'huile et de sacs de sel, etc. Des travaux forcés où ils sont exposés à des températures extrêmes et à de multiples dangers (... )13.

En dehors de la division ethnique, des lourdes dettes extérieures et/ ou des complicités occidentales, les causes principales de la pauvreté sur le continent africain sont l'échec des États à remplir leurs fonctions de redistribution, le manque de volonté politique, l'absence de sens des responsabilités des dirigeants, et la disparition de normes sociales. Les régimes politiques africains, même quand ils se « démocratisent», se fondent encore sur le clientélisme et le corporatisme. Conséquences directes: on assiste, ici et là, à la patrimonialisation à outrance de l'État ou à de féroces dictatures, à de profondes divergences entre les élus - quand ils le sont réellement - et les électeurs, au détournement de
13Kipulu, op. cit.

12

Introduction fonds publics, à la gabegie de l'administration, à l'égoïsme le plus poussé et à l'élévation exponentielle du coût de la vie. Tous les secteurs importants de l'État, à savoir l'armée, la police, la douane, et même la justice, sont corrompus14. La situation économique et sociale du continent laisse à désirer. Plus de 40% des 659 millions d'habitants de l'Afrique sub-saharienne vivent sous le seuil international de la pauvreté établi à 1 dollar américain par jour. Le salaire moyen par personne est plus bas aujourd'hui qu'il ne l'était à la fin des années 1960. La part africaine dans le commerce mondial a chuté et représente maintenant moins de 3% des échanges. Un Africain sur cinq est touché par un conflit armé. Plus de 140 millions de jeunes Africains sont analphabètes. En Afrique sub-saharienne, 52% des femmes sont fonctionnelle ment analphabètes. Avec près de 10% de la population mondiale, l'Afrique sub-saharienne ne contribue que pour 0,8% des publications scientifiques. L'Afrique a l'espérance de vie la plus basse au monde. L'Afrique a le taux de mortalité infantile le plus élevé au monde. L'Afrique a la plus grande croissance démographique prévue, soit 120% entre 2001 et 2050. C'est en Afrique sub-saharienne que se trouvent les 21 pays ayant le taux de prévalence de VIHjSIDA le plus élevé. Dans quatre pays de l'Afrique australe (Botswana, Malawi, Mozambique et Swaziland), l'espérance de vie est descendue sous la barre des 40 ans. L'Afrique sub-saharienne compte 90% des 300 à 500 millions de cas cliniques annuels de malaria dans le monde entier. Devant ces chiffres ahurissants, les gouvernants africains demeurent incapables, excellant plutôt dans la course pour le détournement des deniers publics. En réalité, l'Afrique est victime de sa propre richesse. En tant que scandale géologique, de par ses ressources, le continent a invité les Européens qui s'y sont régalés, au nom de la «civilisation ».
14Kipulu, op. cit. 13

Des Mots pour les Maux de l' Mrique En effet, les ressources du continent ont entraîné des rivalités de toutes sortes quand les matières premières se sont raréfiées en Europe. Si la colonisation a duré des siècles, c'est simplement parce qu'elle a généré des profits importants avant de virer progressivement à un passif plus lourd et intolérable. Du Congrès de Berlin (décembre 1884-janvier 1885) où le continent a été théoriquement partagé, aux différentes conquêtes effectives sur le terrain, l'enjeu a toujours été la répartition des ressources africaines. Dès l'indépendance, les principaux leaders africains ont commencé, eux aussi, à se battre pour l'accaparement des biens de leurs pays respectifs. Corruption et détournement de deniers publics sont devenus les jeux préférés auxquels s'adonnent beaucoup de dirigeants politiques africains1S. C'est d'ailleurs le combat pour s'approprier les ressources de l'État, pour soi-seul ou pour son ethnie, qui a entraîné les guerres civiles dont le mobile réel était, au moins au début, une répartition plus équitable des ressources des pays nouvellement indépendants. Après la première vague de dirigeants politiques, sont venus ceux qui ne sont même pas prêts à partager leur «butin» avec leurs propres frères. Cette situation a alors provoqué, et continue de créer, une kyrielle de mouvements de contestation beaucoup plus véhéments avec des conséquences désastreuses pour l'Afrique16. Pour un continent déjà appauvri par un environnement international compétitif et pas toujours bienveillant, les rivalités entre différentes factions en Afrique et les nombreuses guerres qu'elles entraînent, ne feront que retarder davantage son développement.

15Voir Jean-Pierre Olivier de Sardan, «L'Économie Morale de la Corruption en Afrique », Politique Africaine, No. 63 (octobre 1996), pp. 97-116. 16 Voir Philippe Leymarie, «Une Afrique Appauvrie dans la Spirale des Conflits », in Manière de Voir (Le Monde Diplomatique), No. 25, février 1995. 14

Introduction L'Afrique est malheureusement devenue un continent de scandales, d'ironies, d'illogismes, de paradoxes, de contradictions, d'aberrations, d'hérésies, de bavures et même de sacrilèges. En fait, ce n'est pas que l'Afrique était mal partie comme l'estimait, au début des années 60, Dumont17, c'est qu'en réalité elle n'a jamais décollé. D'entrée, les Européens ont pris les dispositions nécessaires pour la garder en laisse, et cela a échappé aux nouveaux dirigeants des indépendances. C'est ainsi que rien n'était faisable sans défaire les nœuds de la colonisation ou de la néo-colonisation, et que très peu a été effectivement fait pour un décollage réel de l'Afrique. Aujourd'hui, le continent le mieux loti se trouve, paradoxalement, être celui qui est le plus pauvre du globe. Trente-cinq des quarante-neuf pays les moins avancés (PMAs) de la terre se trouvent sur le continent le plus doté en ressources naturelles. En dépit de sa richesse, l'Afrique ne cesse de quémander des aides voire de demander l'aumône. C'est comme si dans la théorie de l'avantage comparatif ou dans la répartition des tâches dans les relations économiques internationales, l'Afrique s'est spécialisée dans la mendicité ou
«

l'assistanat ». Beaucoup de pays africains continuent de

dépendre de leurs anciens «maîtres» pour régler leurs problèmes budgétaires. En exemple, la Belgique a dû octroyer, en octobre 2003, 5 millions d'euros pour permettre au Burundi de payer trois mois d'arriérés de salaire des fonctionnaires18. C'est le continent où les fortunes personnelles de dirigeants politiques avoisinent sinon dépassent les budgets nationaux. C'est encore le lieu où des leaders se lamentent au quotidien en vue d'obtenir des prêts auprès de leurs « pères» européens alors que leurs comptes bloqués en Europe sont « bourrés» de fonds publics. Même les élections en Afrique, indépendante s'il vous plaît, ne sauront être organisées sans
17Voir Dumont, L'Afrique Noire est Mal Partie, Éditions du Seuil, Paris 1962.
18RFI, Afrique-Midi du 04 octobre 2003.

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Des Mots pour les Maux de l' Mrique l'aval et le soutien financier très important des partenaires au développement. C'est en Afrique que l'on trouve des paysans en train de mourir de faim, parce qu'ils cultivent ce qu'ils ne mangent pas alors qu'ils n'ont pas de contrôle sur le prix des produits à l'exportation qu'ils cultivent. C'est encore sur ce continent que l' on voit, contrairement à l'adage, non pas des borgnes conduire des aveugles, mais des bien-voyants se faire guider par des aveugles. Et l'on s'étonne de la perdition du continent. En Afrique, on a l'impression que l'excellence est pénalisée alors que la médiocrité est récompensée. Ceux qui se battent pour faire avancer le continent semblent générer une haine pour avoir réussi là où les incapables ont échoué, et font ironiquement les frais de leur réussite. Seul récompenser le médiocre peut expliquer le fait que des crapules qui ont passé des décennies à la tête de leur pays sans le moindre progrès, osent se représenter encore à des élections dites «libres et démocratiques », et les «remportent» aisément. Dans l'euphorie de ce que d'aucuns ont appelé «la troisième vague» de démocratisation19 ou la «deuxième indépendance» en Afrique20, les Africains, gouvernés et gouvernants confondus, avaient cru à l'avènement d'une ère véritable de changement. Heureusement ou malheureusement, l'illusion est passée très tôt et les gouvernés se rendent compte des intentions réelles de leurs gouvernants. Au-delà des slogans trompeurs et des professions de foi, la plupart des dirigeants africains n'ont pas envie de perdre le pouvoir. L'état actuel des lieux en Afrique laisse un bilan sans équivoque. Le présent du continent est plus qu'imparfait et seul un travail consistant et sérieux pourra permettre

19Voir Samuel Huntington, The Third Wave of Democratization, Norman, OK: Oklahoma University Press, 1991. 20 Voir Colin Legum, «The Coming of Mrica' s Second Independence», Washington Quarterly, No.1 (Winter 1990), pp. 129-140.

16

Introduction d'ébaucher le redressement économique, politique et social de l'Afrique. Dès les premières heures des indépendances, les dirigeants politiques africains avaient mis sur pied diverses organisations censées accélérer le développement du continent. De la pièce maîtresse que constitue l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) aux autres regroupements régionaux comme la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Communauté Économique des États de l'Afrique Centrale (CEEAC), Ie Southern African Development Community (SADC), etc., ces organismes étaient tous supposés servir de locomotive pour tirer le continent africain vers un avenir meilleur. En dehors de ces institutions régionales, il y avait aussi des programmes-pilotes tels que le Plan d'Action de Lagos de 1980, l'Alternative au Programme d'Ajustement Structurel de 1989, la Charte Africaine pour une Participation Populaire et le Développement, ou Charte d'Arusha de 1990, le Traité d'Abuja de 1991, le Mouvement de Kampala de 1991, et le Programme du Caire de 1994. Malheureusement, toutes ces initiatives ont laissé les Africains sur leur faim. La kyrielle d'institutions régionales dont les missions se chevauchent d'ailleurs, a été incapable de sortir l'Afrique de son immobilisme. En fait, la situation du continent s'est sérieusement dégradée entre-temps parce que les facteurs qui sont à la base du mal-développement africain ne se sont pas améliorés. L'un après l'autre, des leaders incapables et insouciants se remplacent, et des régimes militaires se substituent aux civils sans la moindre amélioration de la vie des Africains. C'est dans cette situation que les «faisant fonction» de chefs d'État africains ont une fois encore voulu exhiber leur «intelligence collective» à travers la création de nouvelles institutions, plutôt que d'oser examiner le pourquoi de l'échec des institutions existantes. Ainsi, l'Union Africaine (UA) vient simplement remplacer 17

Des Mots pour les Maux de l' Mrique l'OUA, pendant que le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NOPADA) doit, à la place du réaliste Plan d'Action de Lagos resté, malheureusement, vœu pieux, désormais tenter de rectifier la trajectoire du développement africain. Si pour un novice de la politique et de l'histoire africaines, ces initiatives peuvent donner l'impression d'être de véritables outils nouveaux de développement, et beaucoup s'en réjouissent d'ailleurs, il n'en est pas de même pour des chercheurs ou observateurs avertis. En effet, si la seule mise en place d'institutions ou la prise de décisions au cours de forums importants pouvaient suffire à faire décoller un continent, l'Afrique serait déjà à son zénith, car ce ne sont pas les arrangements politiques, économiques ou sociaux qui manquent sur le continent, encore moins les discours et autres professions de foi. Ce qui a toujours manqué à ces merveilleuses initiatives, c'est plutôt la volonté politique des décideurs, condition sine qua non, non seulement de la mise en œuvre, mais surtout de l'efficacité desdites initiatives. Si le passé de l'Afrique pouvait servir de repère, il n'y a pas de gros risques à affirmer qu'aussi bien l'Union Africaine que le Nap ADA ne feront pas grand chemin avant de s'essouffler faute d'énergie. Les mêmes maux, tels que le refus ou l'incapacité de payer les quotes-parts annuelles, les rivalités infantiles, les crocs-en-jambe, etc., qui ont miné et finalement « tué» l'OUA guettent déjà l'UA. Au lieu d'un diagnostic franc de l'OUA, ce qui pourrait donner de nouvelles chances à l'Afrique de l'après-guerre froide, les dirigeants africains se sont contentés de s'offrir un nouveau gadget de divertissement. Espérons qu'en supprimant 1'0 de l'OUA, les dirigeants africains auront enlevé l'eau du gaz de ru A afin que cette dernière remplisse sa délicate mission. Pour ce qui est du NOPADA, qui donne déjà l'impression d'être en train de couler en amarres, son document fondamental situe le drame du continent au niveau de sa 18

Introduction mauvaise gestion. Pourtant aucune mention n'est faite des dispositions à prendre ou à faire prendre afin d'apporter une solution réelle à cet état de chose. Pire, ce sont ceux qui ont conduit l'Afrique dans son cauchemar qui sont les mêmes à parler d'une renaissance politique et économique. D'autre part et curieusement, alors que par le passé les documents de grandes réunions de chefs d'État ou de gouvernement parlaient d'engagement quand une nouvelle institution était mise sur pied en Afrique, l'acte constitutif du Nap ADA rapporte cette fois-ci, que ce nouvel outil représente une promesse des dirige~ts politiques africains vis-à-vis de leurs peuples. Si tel est le cas, comment espérer qu'une promesse réussisse là où des engagements ont échoué? C'est là un défi que les leaders africains auront à relever. L'Afrique dans son ensemble a bénéficié d'une croissance modérée du milieu des années 1960 jusqu'à la fin des années 70. Tout en restant nettement inférieur aux taux enregistrés par un petit nombre de pays d'Asie de l'Est, le taux moyen de croissance a été égal ou supérieur aux taux obtenus par de nombreux pays en développement dans d'autres régions. Il y a eu en particulier une accélération notable de la croissance dans les pays d'Afrique sub-saharienne pendant les années 70, alimentée par une forte hausse des prix des produits de base à l'exportation et de l'aide extérieure. Les investissements dans de nombreux pays de la région ont dépassé 25% du Produit Intérieur Brut (PIB), et le déficit d'épargne est resté relativement modéré. L'activité économique s'est rapidement détériorée dans les pays d'Afrique sub-saharienne à la fin des années 70 et au début des années 80, alors que le ralentissement de la croissance était relativement modeste dans les pays d'Afrique du Nord. Tandis que beaucoup de pays d'autres régions en développement réussissaient à renouer avec la croissance après la décennie perdue des années 80, la stagnation et le déclin ont persisté en Afrique 19

Des Mots pour les Maux de l' Mrique sub-saharienne au cours de la première moitié des années 90 sous l'effet d'une combinaison d'événements extérieurs défavorables, de blocages structurels et institutionnels et d'erreurs d' orientation21. Devant la détérioration des conditions socio-économiques, facteur de troubles civils et politiques, la communauté internationale a lancé diverses initiatives, dont le Nouveau Programme des Nations Unies pour le développement de l'Afrique dans les années 90, afin d'essayer d'apporter une réponse aux problèmes rencontrés par les pays de la région. Parallèlement, de plus en plus de pays africains ont engagé des programmes d'ajustement structurel soutenus par les institutions de Bretton Woods, assortis de mesures de libéralisation, de déréglementation et de privatisation rapides et profondes de l'activité économique pour remédier à la stagnation et au déclin économiques. Toutefois, si ces programmes d'ajustement structurel ont été appliqués de façon plus intense et plus fréquente en Afrique que dans toute autre région en développement, il n'est guère de pays africains où ils aient été couronnés de succès et aient permis d'instaurer les conditions d'une croissance économique rapide et soutenue. Cela est vrai non seulement pour les pays qui, en matière de programmes d'ajustement et de stabilisation, ont

pu être considérés comme de « mauvais élèves », mais aussi
pour la plupart des pays qualifiés de «bons élèves22 ». Le pessimisme ambiant quant aux perspectives de l'Afrique a été quelque peu dissipé par une reprise économique relativement générale à partir du milieu des années 90, qui a amené le taux moyen de croissance du revenu à dépasser le taux d'accroissement démographique pendant
21

CNUCED, Le Développement Économique en Afrique: Bilan, Perspectives et Choix des Politiques Économiques, Nations Unies, Genève 2001, UNCTADjGDSj AFRICAj1 TDjBj48j12. 22 CNUCED, op. cit.

20

Introduction quatre années consécutives, ce qui s'est traduit par une progression du revenu par habitant dans tous les pays du continent pour la première fois depuis de nombreuses années. En dépit d'une amélioration récente, le revenu par habitant en Afrique sub-saharienne en ce début de vingt-et-unième siècle reste de 10% inférieur au niveau enregistré en 1980, et l'écart est plus marqué encore par rapport au niveau d'il y a 30 ans. La croissance économique est bien inférieure à l'objectif de 6% par an fixé dans le Nouveau Programme; dans l'ensemble de la région, deux pays seulement - Mozambique et Ouganda - ont atteint cet objectif au cours de la dernière décennie. Les taux de croissance nécessaires pour atteindre l'objectif plus récemment fixé d'une réduction de moitié de la pauvreté en Afrique d'ici 2015, devraient être encore plus élevés que l'objectif de 6% figurant dans le Nouveau Programme. Au vu des tendances récentes, il est fort peu probable que ces objectifs soient atteints23, surtout si on prend en compte l'état de l'investissement étranger en Afrique. Les Investissements Étrangers Directs (lED) continuent de progresser rapidement et donnent à la production internationale un rôle grandissant dans l'économie mondiale. Ils ont augmenté de 18% en 2000, taux de croissance plus élevé que celui d'autres agrégats économiques tels que la production mondiale, la formation de capital et le commerce, pour atteindre le montant record de 1 300 milliards de dollars. Dans le monde en développement, l'évolution des lED a été très différente selon les pays. Contrairement à ce qui s'est passé sur la plupart des autres continents, les investissements
23D'après les estimations régionales et sous-régionales établies par la CEA, les taux annuels de croissance nécessaires d'ici à 2015 pour atteindre l'objectif fixé en matière de réduction de la pauvreté sont de 5 à 6% pour l'Afrique du Nord et l'Afrique australe, de 6 à 7% pour l'Afrique centrale, de 7 à 8% pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique de l'Est, et de 6,8% pour l'ensemble de l'Afrique (Rapport économique sur l'Afrique, 1999, AddisAbeba, par. 24). 21

Des Mots pour les Maux de l'Afrique à destination de l'Afrique (y compris l'Afrique du Sud) ont diminué en 2000 (pour la première fois depuis le milieu des années 90), passant de 10,5 milliards à 9,1 milliards de dollars. La part de l'Afrique dans les flux totaux d'IED est ainsi descendue en dessous de 1%. Deux pays sont essentiellement responsables de cette diminution, à savoir l'Afrique du Sud et l'Angola. Dans le premier, le ralentissement enregistré est dû à un nombre moins élevé de privatisations et de fusionsacquisitions; dans le second, il s'explique par la baisse des investissements étrangers dans le secteur pétrolier. La Communauté de développement de l'Afrique australe est restée le groupe de pays qui a attiré le plus d'IED en Afrique: 44 % des entrées totales, contre 21 % pendant la première moitié des années 90. TIest possible que l'attrait accru de cette sousrégion soit surtout dû à des facteurs propres aux pays membres, mais une partie au moins des apports d'IED soit également attribuable à leur intégration économique24. D'une façon générale, ce livre situe sans ambages les responsabilités sur le présent plus qu'imparfait de l'Afrique. Il y a des situations et des personnes qu'il faut dénoncer désormais avec véhémence parce que les Africains méritent mieux. Il convient de signaler que bien que la tendance soit de généraliser à cause du comportement voyant de la majorité, il y a quand même des Chefs d'État africains qui se battent véritablement pour le progrès de leur pays, voire de l'Afrique. Devant le constat que le continent qui a le premier connu les merveilles de l'humanité est celui qui continue de traîner les pas, que le réservoir de plus de la moitié des ressources mondiales demeure pourtant la région la plus démunie, des questions imp'ortantes et légitimes interpellent. C'est comme si sa forme de gigantesque point d'interrogation empêchait
24

CNUCED, Rapport sur l'Investissement dans le Monde;
Nouvelles Relations UNCTAD/WIR/2001, Inter-entreprises, pp. 3-5. Nations Unies,

Vers de
2001,

Genève

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Introduction l'Afrique de trouver une solution à sa raison d'être. Pendant que quelques leaders se battent pour sortir leurs pays du sousdéveloppement, la majorité des gouvernants africains ont élaboré des plans sordides pour dépouiller leurs pays, affamant du coup leurs concitoyens. Après une introduction qui plantera le décor, le premier chapitre explorera la situation sociale tragique que connaît le continent africain, et surtout la corruption qui y sévit. Le second chapitre abordera ensuite l'Afrique des maladies et des conflits. Le chapitre III tentera d'expliquer les échecs successifs sur le plan de l'intégration économique et politique, en explorant l'UA et le NOP ADA ou NEP AD, avec évidemment un bref tour en arrière sur l'OUA. Enfin, le dernier chapitre épluchera les imperfections actuelles de l'Afrique avant d'exhorter tous les Africains à plus de vigilance.

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CHAPITRE

I

LE CAUCHEMAR DU SOCIAL EN AFRIQUE
De tous les continents, l'Afrique demeure celui de tous les maux et de tous les dangers. Plusieurs décennies d'indépendance n'ont pas réussi à améliorer fondamentalement les conditions de vie des Africains. En fait, il n'est pas exagéré de dire que la situation s'est détériorée. La plupart des Africains sont obligés de mener une gymnastique quotidienne pour survivre, pendant que leurs dirigeants politiques entassent des milliards sur leurs comptes à l'étranger. Comme si elle n'en est pas gênée, la classe au pouvoir reste indifférente à la baisse sans cesse croissante du niveau de vie des Africains. D'ailleurs, il semble s'instaurer un nouveau phénomène sur le continent, c'est la politique de paupérisation délibérée accompagnée d'un chômage sauvage. La plupart des politiciens et leaders africains donnent l'impression d'affamer à dessein leurs concitoyens afin de contraindre ces derniers à s'affilier aux partis politiques influents. Sinon, comment comprendre que des pays riches en ressources naturelles continuent de voir la pauvreté croître en leur sein. Pendant que tant d'Africains se donnent beaucoup de peine pour joindre les deux bouts, leurs dirigeants remplissent leurs comptes bancaires, et exhibent aussi leurs propriétés et autres biens, à l'étranger. Contrairement à leurs attentes, les Africains ont vu l'emploi diminuer à travers les ans, et par conséquent, le chômage augmenter. Malgré les créations de ministères du travail et/ ou de l'emploi, et les promesses de créations d'emplois proférées dans plusieurs

Des Mots pour les Maux de l' Mrique pays, la situation d'emploi demeure précaire. Depuis la fin de l'embauche automatique pratiquée dans certains pays exsocialistes, la recherche du travail est une activité qui demande non seulement de l'endurance, mais aussi et surtout

des « bras longs ». La compétence et les diplômes n'ont plus
tout à fait leur sens puisqu'ils ne servent plus toujours à grand chose devant la « magouille» qui sévit dans le secteur de l'emploi. Ce sont plutôt des critères «personnels », à savoir basés sur la région, l'ethnie, le parti politique, le rang social, et le sexe, qui déterminent l'obtention ou non d'un emploi. D'ailleurs, la vague de démocratisation en cours n'a pas encore pu défaire ce triste phénomène. Depuis que le soleil des indépendances a point au firmament, le social a subi très peu de changements positifs en Afrique. C'est plutôt le «sauve-qui-peut» qui semble prévaloir puisque les Africains sont obligés de se « débrouiller », à travers des méthodes parfois peu honorables, devant l'irresponsabilité de leurs États et de leurs dirigeants. Ainsi, une nouvelle classe de malhonnêtes africains s'est affirmée grâce à des activités économiques et des transactions financières illégitimes. C'est ainsi que des «hommes d'affaires », nigérians surtout, continuent de donner une mauvaise image au continent. Dans leur farouche détermination de s'ernichir, même malhonnêtement, certains Nigérians ont organisé un système d'arnaque, basé sur de fausses joint-ventures (partenariats) ou des transferts de fonds fictifs, auxquels mordent malheureusement de nombreux « partenaires» occidentaux.

LA PAUPÉRISATION

DÉLIBÉRÉE

Comme dans toute société, les Africains ont eu par le passé à connaître la misère. Même les grands empires et 26