Dévaluation et politique de développement économique en Côte d'Ivoire

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296309531
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Dévaluation et politique. de développement économique en Côte d'Ivoire

La Côte d'Ivoire è l'Harmattan
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KOUMOUÉ

KOFF1 Moïse

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DEVALUA TION ET POLITIQUE
, ,

DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE
" EN COTE D'IVOIRE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Du même auteur
Politique économique et ajustement d'Ivoire, L'Harmattan 140 pages. structurel en Côte

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-3685-4

AVANT-PROPOS
Le Gouveroementde la Côte d'Ivoire, à partir du 12 janvier 1994, a abordé la période de l'après-dévaluation avec un secteur industriel dont la structure a été modelée par des distorsions, tandis que la compétitivité du secteur privé est restée gravement cqmpromise par la lourdeur du secteur public, un système d'incitations déséquilibrant, un cadre juridique et réglementaire inadéquat et .le coût élevé des ressources financières. Il fallait faire face à une perte de compétitivité importante, un déclin général de l'activité économique, une aggravation du déficit budgétaire et une impossibilité absolue pour l'État de régler la dette intérieure et extérieure. Ainsi, le gouvernement se trouvait confronté à une situation de défis et de promesses. Durant l'année 1994, l'économie ivoirienne a réagi de façon positive à la réorientation des prix relatifs et à la forte amélioration de la compétitivité des secteurs productif~ qui sont le résultat de la dévaluation du franc CFA. Malgré la baisse du revenu réel disponible, le produit intérieur brut réel a augmenté de 1,7 % (alors qu'il était en 1993 à moins 0,8 %). Cette amélioration résulte essentiellement de la progression de la production agricole et pastorale, ainsi que du redressement de l'activité dans le secteur manufacturier, notamment dans les branches du textile et de la chimie; la reprise de la production et de l'exportation des produits agricoles non traditionnels, comme le bois, l'huile de palme, le caoutchouc et certains autres produits manufacturés (tels les conserves de poissons, le ciment et le café soluble). 5

Cette reprise de l'activité économique s'est appuyée sur une meilleure utilisation des capacités existantes, sur une relance des investissements publics et sur de nouveaux investissements directs dans le domaine des hydrocarbures et de l'énergie. Le taux d'investissement global est passé de 8,6 % du produit intérieur brut nominal en 1993 à 14 % en 1994. L'épargne intérieure a augmenté considérablement, passant de 12,8 % du produit intérieur brut en 1993 à près de 27 % en 1994, en liaison avec la contraction de la consommation privée, le redressement des finances publiques et l'amélioration du cours des matières premières. En matière budgétaire, le solde primaire des opérations de l'État s'est amélioré de 5 points de pourcentage, passant d'un déficit de 3,5 % du produit intérieur brut en 1993 à un surplus de 1,5 % en 1994. Pour l'ensemble de l'année, la hausse cumulée des prix a été légèrement inférieure à la prévision initiale de 35 %. Elle s'est limitée à 32,2 %, ce qui s'est traduit par une amélioration du taux de change effectif réel de 36 %. La maitrise rapide de la hausse des prix a été rendue possible par celle des hausses de salaires dans les secteurs public et privé, par l'application stricte des mesures de politique fiscale, budgétaire et monétaire, ainsi que par la réorientation de la consommation vers les produits locaux, devenus moins onéreux que les produits importés. En définitive, la rigueur de la politique budgétaire en 1994 a joué un rôle déterminant dans cette amélioration générale. La réorientation de la politique fiscale, la maitrise rigoureuse des dépenses publiques et la réduction des arriérés intérieurs sont autant de facteurs qui ont contribué à la réaction positive de l'économie au changement de parité. La politique des finances publiques en 1995 et au-delà doit par conséquent viser à consolider ces progrès. Les principaux objectifs du Gouvernement pour 1995 sont:

. réaliser un taux de croissance du produit intérieur brut réel de 6,5 % ; 6

abaisser le taux d'inflation.à 5 %1 ; . renforcer .les performances en matière de recettes en prenant des mesures visant à élargir la base d'imposition et à accroître l'efficacité de l'administration fiscale afin de réduire le recours aux taxations d'exportation; . réformer les procédures budgétaires et administratives afin d'assurer pleinement le contrôle du budget de l'État et mettre à exécution les mesures économiques et structurelles; . pour développer le secteur privé, le Gouvernement a l'intention de renforcer et d'accélérer les réformes structurelles. Le programme de privatisation et la restructuration du secteur semi-public seront accélérés, le contrôle des prix sera allégé parallèlement à l'élimination de certaines dernières barrières non tarifaires, et de vastes réformes seront appliquées dans le secteur agricole. Néanmoins, des inquiétudes commencent à germer dans l'esprit de certains analystes de l'économie ivoirienne sur la voie de retour il une croissance soutenable en 1995 et au-delà. Les banquiers africains et étrangers, aussi bien que les économistes se posent la question de savoir comment les pays de la zone franc pourront résoudre leur problème de. dette2. Ils se posent la question de savoir pendant combien de temps encore le fameux prix cyclique des produits de base peut-il demeurer ~levé ? Pour la Côte d'Ivoire, les pluies abondantes et la hausse des prix internationaux des matières premières ont accru les revenus du cacao, du café et du caoutchouc après six années de

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1. les tendances de janvier à août 1995 révèlent que le taux d'inflation se situerait entre 7 et 9% pour l'année 1995 2« La Côte d'Ivoire nejJ'upporte plus que 33 % de sa dette publique passée. Elle ne peut rembourser sa dette multilatérale que par de nouveaux prêts concessionnels de la Banque Mondiale. Enfin, sa dette commerciale (5 à 6 milliards de dollars) a peu de chance d'être honorée ». Lettre du Continent n° 244, du 19 octobre 1995. 7

dépression. Un taux de croissance de 6,5 % est attendu pour l'année 1995, après la légère amélioration de l'année dernière3. L'économie de notre pays est, en effet, dans le contexte actuel, soutenue par les cours internationaux favorables des produits de base (du café et du cacao notamment). Alors, la question se pose de savoir quelles seraient les perspectives de l'économie ivoirienne au cas où les tendances s'inverseraient. Ce n'est pas une simple hypothèse d'école. L'économie ivoirienne a déjà connu une telle évolution à partir de 1987 après les périodes de croissance de 1985 et 1986 (respectivement 5 % et 3,6 %). En conséquence, il semble opportun d'examiner les perspectives de la politique économique de la Côte d'Ivoire susceptibles de maintenir une croissance durable même en cas d'une détérioration brutale des termes de l'échange.

3. Washington Post du samedi 17 juin 1995.

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INTRODUCTION
L'économie ivoirienne est dominée par l'agriculture et les activités de traitement et de transformation des produits agricoles. Le développement de ces secteurs a permis une croissance économique rapide pendant la période 19601980. Cette amélioration de la situation économique a incité le Gouvernement à s'engager dans un vaste programme d'investissements publics qui ont été financés par les bénéfices d'exportation de cacao et de café, (mais également par des emprunts extérieurs). Partant, la dépendance de l'économie à l'égard de ces produits d'exportation traditionnelle s'est renforcée en dépit d'une diversification des exportations ainsi que le développement d'un tissu et d'une infrastructure industriels. Cette fragilité de l'économie est apparue évidente lors de la baisse des prix mondiaux du café et du cacao et de l'impact du second choc pétrolier en 1979. Le retard du Gouvernement dans la mise en œuvre d'une politique d'ajustement appropriée a suscité de profonds déficits du secteur public et de la balance des paiements au début des années 1980. C'est ainsi que la Côte d'Ivoire s'est engagée, en 1981, dans une politique. vigoureuse de stabilisation financière et économique en accord avec les institutions financières internationales. Ces efforts d'ajustement ont permis une amélioration sensible de la situation des finances publiques et ont conduit à une croissance positive en 1985 et 1986. Toutefois, la forte baisse des. cours du café et du cacao survenue au second semestre 1986 et les baisses supplémentaires depuis .lors ont entraîné une nouvelle détérioration des termes de l'échange à laquelle s'est greffée 9

une appréciation importante du taux de change réel du franc CFA, et de faiblesses structurelles profondes. Dans ce contexte très complexe, le Gouvernement a mis en œuvre, en juillet 1989, un programme global de stabilisation financière et de réformes structurelles qui a visé à réduire les déséquilibres macro-économiques et à améliorer la compétitivité de l'économie. Dans la cadre de ce programme, d'importants progrès ont été accomplis. Ainsi, durant les dix-huit premiers mois, le Gouvernement a adopté des mesures destinées à réduire les déséquilibres des finances publiques, notamment la baisse des prix aux producteurs de cacao et de café, le rétablissement de la liquidité du secteur bancaire, la consolidation de la dette publique intérieure, et la restructuration des opérations du secteur public. Par ailleurs, des mesures structurelles ont été prises par le Gouvernement visant à redynamiser les secteurs de l'agriculture, de l'énergie ainsi que de la distribution et de l'assainissement du secteur de l'eau. A partir de 1991, le Gouvernement a défini un cadre à moyen terme de réformes structurelles plus approfondies visant essentiellement à rétablir la compétitivité du secteur industriel, à restructurer le secteur financier, et à développer les services de santé et les ressources humaines. Une série de réformes du secteur public, comportant notamment un plan de privatisation d'environ cinquante entreprises publiques a été lancé. Ces mesures d'ajustement interne, malgré la réduction des coûts et la restructuration des filières du cacao et du café, n'ont pas permis de remédier à la détérioration accrue des termes de l'échange du pays alors que le taux de change effectif réel n'enregistrait guère d'amélioration. Ainsi, la production des cultures d'exportation a stagné sous l'effet de la baisse des prix aux producteurs. L'activité des secteurs secondaire et tertiaire a été affectée par la contraction de la demande intérieure résultant de la baisse des revenus et des difficultés du secteur financier. L'investissement intérieur brut a stagné sur la période 1989-1993 à environ 9 % du produit intérieur brut, tandis que l'épargne intérieure a baissé de 10 % du produit intérieur brut dans la même période,

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comparé à un niveau de 28,4 % du produit intérieur brut en 1985, avant le début de la récession. En outre, les mesures fiscales n'ont pas pu compenser l'érosion de l'assiette de l'impôt résultant à la fois de l'extension de la fraude et de la contraction régulière du produit intérieur brut et du revenu réel. Les réformes administratives ne se sont pas traduites par une augmentation des recettes. De même, bien que la masse salariale de la fonction publique ait diminué d'environ 5,5 % en valeur nominale entre 1989 et 1993, elle est passée de l'équivalent de 56 % en recettes fiscales 1989 à environ 75 % en 1993. En conséquence, malgré une réduction initiale du déficit budgétaire primaire de 7,8 % du produit intérieur brut en 1989 à environ 1,4 % du produit intérieur brut en 1992, les excédents primaires prévus au programme n'ont pu être dégagés. Les contraintes budgétaires qui se sont aggravées en 1993 ont empêché une rationalisation importante du système fiscal et de la structure des incitations. L'accumulation des arriérés de paiements intérieurs et la dette extérieure considérable ont entravé le retour à la confiance des investisseurs. Ainsi, en l'absence d'un réarrangement profond de la stratégie d'ajustement, jusqu'alors basée exclusivement sur les mesures internes, il serait difficile à la Côte d'Ivoire de redresser sa situation économique et financière et de mobiliser les moyens exceptionnels nécessaires pour couvrir

les insuffisances de l'épargne nationale.

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En conséquence, le Gouvernement a accepté, en étroite concertation avec ses partenaires de la zone franc, d'inclure dans sa stratégie d'ajustement structurel, la modification de la parité du franc CFA qui a été fixée à 100 francs CFA pour 1 franc français à compter du 12 janvier 1994, ce qui représente une réduction de 50 % de la valeur du franc CFA en termes de franc français. Cette nouvelle stratégie contribuera, sans aucun doute, à un assainissement en profondeur des finances publiques et à un apurement rapide des arriérés de paiement intérieurs et extérieurs, ce qui fera disparaître un des principaux obstacles à une croissance durable et équitable et d'accélérer le retour à une situation de viabilité financière intérieure et extérieure 11

dans la mesure où les dépenses publiques seront désormais orientées en faveur des investissements productifs et du développement des ressources humaines du pays. Avec le changement de la parité, la Côte d' Ivoire dispose de plusieurs atouts: elle bénéficie en particulier des avantages de la stabilité et de la convertibilité monétaire procurés par son appartenance à la zone franc; ses infrastructures et installations industrielles sont développées mais sous-employées; son processus de réformes structurelles internes est suffisamment avancé pour que l'économie réponde positivement à une amélioration de la compétitivité. Par ailleurs, la Côte d'Ivoire est en bonne position pour jouer un rôle essentiel dans le renforcement de la coopération régionale. Pour mieux appréhender les perspectives économiques de la Côte d'Ivoire après le changement de la parité du franc CFA, il convient, dans un premier temps, d'analyser les conditions de la restauration d'une croissance économique durable et, dans une deuxième partie, la politique de développement économique appropriée à mettre en œuvre. En d'autres termes, quels sont les voies et moyens que doit suivre la Côte d'Ivoire pour que son modèle de développement devienne, une fois de plus, une référence pour l'Afrique.

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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE OBJECTIFS DE PERFORMANCE ÉCONOMIQUE MACRO-

Les grandes orientations de politique économique retenues pour le moyen terme demeurent celles qui sont présentées dans le document cadre de politique économique du Gouvernement.

A. Orientations

et stratégies

à moyen terme

Au lendemain de la modification de la parité du franc CFA, la stratégie du gouvernement a consisté à relancer l'économie afin de rétablir le plus rapidement possible la stabilité des prix tout en confortant la situation des finances publiques afin de dégager un excédent primaire suffisant susceptible d'assq.rer le service de la dette extérieure et une réduction substantielle du stock des arriérés de paiements intérieurs. En conséquence, l'objectif du programme économique à moyen terme sur la période 1995-1997, est de parvenir à une croissance élevée grâce surtout à une reprise durable du développement du secteur privé. Dans cette perspective, le Gouvernement escompte un taux de croissance du produit intérieur brut de6,5 % en 1995, 7,8 % en 1996 et environ 8,2 % en 19974. Cette croissance résultera de la reprise de la
4. L'économie ivoirienne devrait connaître une croissance de 10% en 1998, 11% en 1999 et enfin 12,2% en l'an 2000: communiquédu Conseil des Ministres Fraternité Matin du 8 septembre 1995.

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demande due à l'amélioration progressive des revenus des ménages, de la dynamique du secteur des exportations et des industries de substitution aux importations Une telle politique nécessite un programme de réformes complémentaires dans la poursuite de la rationalisation d'un cadre réglementaire et incitatif, le renforcement de la compétitivité, l'amélioration des performances du secteur public, le maintien d'un niveau d'inflation réduit et le retour progressif à une viabilité financière extérieure durable. Au niveau des dépenses d'investissement, celles-ci seront davantage orientées sur la réhabilitation, l'entretien et la mise à la disposition d'infrastructures et de services publics à un niveau cohérent avec les priorités sociales et économiques. Ainsi, sur la période 1995-1997, la part des dépenses d'investissement en infrastructures publiques et sociales représentera 65,5 % du total des investissements publics, dont environ 38 % pour le secteur social. Les autres investissements concernent des actions d'appui à la restructuration et à la modernisation du secteur productif privé ainsi que des opérations de renforcement de l'efficacité des structures publiques. Quant au secteur privé, le taux d'investissement brut attendu devrait passer de 6,7 % en 1994 à 14,1 % en 1997. Une grande partie de ces investissements devrait être orientée vers les secteurs d'exportation.

B. Principaux éléments du cadre macroéconomique
Le secteur agricole vivrier Le cbangement de parité monétaire intervenu en 1994 a modifié les termes de l'échange domestique en faveur des productions alimentaires locales, ce qui a eu pour conséquence une baisse de la demande des biens alimentaires importés au profit des biens locaux. Cependant, la totalité de l'effet de substitution n'a pu se produire dès 1994 et 1995. Compte tenu de la flexibilité relative de l'offre, du délai 14

nécessaire à l'adaptation des circuits d'écoulement des produits et du caractère paysan et familial des exploitations agricoles avec un faible recours au crédit bancaire, les productions vivrières connaîtront encore en 1996 et 1997 une croissance relativement forte pour répondre progressivement à l'augmentation de la demande nationale et sous-régionale (hausse de. l'exportation vers les pays limitrophes suite aux effets de la dévaluation). Le rythme de croissance tendanciel de la production agricole vivrière qui était tombé à environ 4 % par an entre 1988 et 1993, s'accélérera et atteindra en moyenne 6 % de 1995 à 1997. Les efforts du gouvernement en faveur de l'autosuffisance en matière de riz, traduits par des programmes de soutien à la production vivrière domestique, permettront d'accroître la production de riz paddy, de 738000 tonnes en 1993 et de 768000 tonnes en 1994 à 957 000 tonnes en 1997. Celle de l'igname passera de 1 619 000 tonnes en 1993 et de 1 660 000 tonnes en 1994 à 2 021 000 tonnes en 1997. Celle de la banane plantain évoluera de 1 078 000 tonnes en 1993 et 1 124000 tonnes en 1994 à 1 335000 tonnes en 1997. Cette performance de la production agricole vivrière sera renforcée par les mesures visant à moderniser l'agriculture et à accroître sa productivité grâce à un encadrement rationalisé, à renforcer l'accès au crédit agricole et à mieux organiser les circuits de commercialisation et les groupements coopératifs agricoles pour lesquels des programmes d'appui sont prévus dans la stratégie du secteur.

Le secteur de l'élevage et de la pêche La consommation dans ces secteurs est encore très dépendante de l'extérieur. La Côte d'Ivoire couvre à peine 50 %. de ses besoins en protéine animale. Le taux de croissance annuel moyen de son cheptel n'est que de 5,4 % pour une croissance démographique de 3,8 % .l'an. La stratégie de développement du secteur vise à porter le taux de renouvellement du cheptel à 6 % l'an sur la période 199515

1997. Les actions consistent à renforcer l'encadrement des éleveurs et à accroître la productivité des ranches de l'État par la privatisation, par l'introduction d'espèces à croissance rapide, et par une meilleure maîtrise des coûts de production et d'acheminement. Au niveau de la pêche, le gouvernement encouragera la pêche artisanale sous toutes ses formes. Des actions visant à inciter le secteur privé à développer l'aquaculture lagunaire et fluviale et de la pêche crevettière seront prises. Les industries de conserves de thon ont augmenté leurs capacités de production en 1994 et des investissements sont prévus sur la période. Globalement, le taux de croissance des activités de la pêche se situera à environ 10 % l'an sur la période 19951997.

Le secteur de l'agriculture d'exportation La part de ce secteur dans le produit intérieur brut et dans les exportations diminue progressivement au profit des secteurs secondaires et tertiaires mais les deux principales filières d'exportations, le café et le cacao, continuent à occuper une part importante du produit intérieur brut et des exportations. Les effets bénéfiques de la dévaluation sur ce secteur, conjugués à la hausse des cours mondiaux permettent une reprise des investissements et un accroissement de la production. Ainsi, sous réserve de maintenir les cours, celle de café devrait passer de 148 000 tonnes en 1994 à 230 000 tonnes en 1997, soit légèrement en dessous du niveau de 1992 (257 000 tonnes). Celle du cacao pourra croître de 811 000 tonnes en 1994 à 860000 tonnes en 1997. Cette croissance sera assurée grâce au programme de régénération et de recépage des caféiers couplé avec une politique incitative des prix aux producteurs qui refléteront de plus en plus la situation des cours sur le marché mondial. Sur la base des investissements privés programmés sur la période, une part croissante du cacao sera transformée sur place permettant d'atténuer les risques d'effets de la hausse de la production sur les cours mondiaux. En ce qui concerne les autres cultures 16

d'exportation, la compétitivité liée à la dévaluation favorise la croissance de la production et celle des investissements privés dans ces sous~secteurs, appuyée par le programme accéléré de privatisation des sociétés agro-industrielles mis en place par le gouvernement. La production de la banane (poyo) pourra passer de 200 500 tonnes en 1994 à 227 000 tonnes en 1997. Celle de l'ananas évoluera de 190000 tonnes en 1994 à 235 000 tonnes en 1997. Au niveau de la canne à sucre, la production croîtra de 1 338 000 tonnes en 1994 à quelques 1 500 000 tonnes en 1997, ce qui permettra d'optimiser l'utilisation de la capacité industrielle actuelle de production de sucre estimée à environ 160000 tonnes. Quant à la production de noix de palmier, elle passera de 1 100 000 tonnes en 1994 à environ 1 450000 tonnes en 1997. L'hévéaculture prévoit une production de 156000 tonnes de caoutchouc naturel en 1997 contre 103 000 tonnes en 1994. La production de coton graine passera de 250 000 tonnes en 1994 à 300000 tonnes en 1997 (soit environ 110000 tonnes de coton fibre en 1994 et 130000 tonnes en 1997). La politique des prix pour la plupart de ces produits d'exportation non traditionnels sera, tout comme celle du café et du cacao, indexée sur .les cours mondiaux. L'État recentrera son rôle sur l'encadrement et la régulation puis progressivement se désengagera complètement de la production.

La sylviculture et l'exploitation forestière L'exportation de bois en gmmes est devenue très compétitive après la dévaluation ce qui a conduit à une augmentation d'environ 43 % de la production nationale de gmmes en 1994. Un tel rythme de croissance n'est pas soutenable à long terme étant donné le niveau relativement faible des disponibilités forestières du pays. Le gouvernement, conscient de ce fait mettra, en place une stratégie visant à garantir la pérennité du couvert forestier. 17

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