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Développement au masculin/féminin

De
192 pages
Le genre, the gender, les expertes en genre, ...Depuis quelques années, le monde de la coopération résonne d'un terme nouveau, objet de polémiques passionnées, où l'on s'égare tant, qu'à la fin chacun s'interroge. Qu'est-ce que le genre ? Le présent ouvrage tente de faire le point sur cette question. Sur base d'exemples, glanés au fil des lectures et au gré des rencontres lors des rassemblements de réseaux féministes dans la coopération, l'auteure nous amène à comprendre le concept et à découvrir l'intérêt de son utilisation tant pour l'analyse que pour des actions de terrain. Son approche est délibérément militante et féministe. Elle partage cette attitude avec ses consoeurs des tiers mondes et d'ailleurs, qui affirment que l'inégalité entre les hommes et les femmes est une injustice, un déni de droit, une cause de misère croissante et que les discours sur la spécificité, la culture, "la nature", la différence... sont autant d'obstacles à surmonter. Pour l'auteure, le genre est un outil théorique qui offre la possibilité de poser les problèmes du partage du pouvoir et de la lutte pour la reconnaissance, seules voies possibles pour atteindre l'égalité.
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DEVELOPPEMENT
AU MASCULIN I FEMININ
LE GENRE
Outil d'un nouveau conceptLe "Genre" à L'Harmattan
JACQUET Isabelle: Développement au masculin/féminin -
Le genre, outil d'un nouveau concept, préfacé par Yvonne
Mignot-Lefèbvre, 192 p. (1995).
MIANDA Gertrude: femmes Africaines et Pouvoir - Les
maraîchères de Kinshasa, préfacé par Catherine Coquery-
Vidrovitch, 240 p. (1995).
5t HILAIRE Colette: Quand le développement s'intéresse
aux femmes -Le cas des Philippines, 272 p. (1995).Isabelle JACQUET
DEVELOPPEMENT
AU MASCULIN IFEMININ
LE GENRE
Outil d'un nouveau concept
Préface de
Yvonne MIGNOT-LEFEBVRE
Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 ParisL'auteure
Isabelle JACQUET, sociologue, docteure en
Etudes Africaines, actuellement chargée de cours à
l'IHECS (Institut des Hautes Etudes en Communica-
tions Sociales) à Bruxelles, membre de l'association
Le Monde selon les Femmes, (association qui
regroupe les femmes travaillant dans les organisations
non gouvernementales de développement en Belgi-
que francophone).
Elle a enseigné dans une école normale au ZaÏ-
re, a réalisé des missions d'identification et d' évalua-
tion de projets de développement pour l' Administra-
tion belge de la coopération au développement.
Pour le compte de cette même administration,
elle a conçu et réalisé une brochure pédagogique
sous le titre: "La place et le rôle des femmes dans le
développement.", 4ème trimestre 1994, AGCD, Bru-
xelles.
lllustration de la couverture par
Carine LEROY
(Ç) L'Harmattan, 1995
ISBN 2-7384-3103-8PRÉFACE
SEXE, GENRE ET NOUVELLES MÉDIATIONS
1995, Beijin/Pékin, la 4ème conférence mondiale sur
les femmes aura lieu en septembre: égalité,
développement, paix et ...action. Le thème du forum des
ONG est: "regarde le monde avec un oeil de femme".
Flash back. L'an dernier, le 8 mars 1994, un groupe de
jeunes femmes catholiques m'avait invitée à parler des
projets de développement concernant les femmes et des
nouveaux mécanismes de participation élaborés dans cette
perspective par l'ONU. J'évoquais Mexico, 1975, la
première conférence des Nations Unies consacrée aux
femmes, au développement et à la paix et les suivantes,
Copenhague, 1980, Nairobi, 1985 et enfin la prochaine,
celle de Pékin. Autant de jalons qui ont marqué
l'émergence progressive du droit des femmes à exister par
elles-mêmes.
A un moment de mon exposé, la phrase fameuse de
Simone de Beauvoir me vint aux lèvres: "On ne naît pas
femme, on le devient" et j'eus brusquement l'impression
dans l'assistance d'un vide sidéral. J'avais franchi une ligne
de démarcation et mon auditoire refusait de me suivre de
l'autre côté, sur un territoire étranger. La résistance fut vite
identifiée. J'avais touché à l'interdit de la frontière qui
sépare les deux sexes. La petite différence reprenait sa très
1grande importance et la biologie l'inscrivait dans le champ
du légitime et de l'immuable, Girls will be girls and boys
will be boys.
Je m'obstinais néanmoins et abordais le concept de
genre qui reprend en la précisant la même approche
puisque l'on peut très rapidement définir le genre comme le
sexe socialisé, c'est-à-dire construit socialement. Mais ce
concept, peu usité en langue française, apparut à mes
interlocutrices d'une certaine manière plus appropriable.
Les relations de genre, en effet, ne sont pas statiques; elles
co-évoluent, se recomposent par d'incessantes négociations.
Le genre, hérité de la rigide grammaire qui tranche
rigoureusement entre masculin et féminin, a pris avec les
sciences humaines, une extraordinaire plasticité qui facilite
la compréhension de configurations actuelles souvent
inédites, correspondant à la diversité des situations vécues
par les hommes et les femmes, dans des cultures et
civilisations proches ou éloignées.
L'auteure montre ici avec beaucoup de pertinence en
quoi l'intégration du concept de genre a permis de
constituer un outil d'analyse et de gestion des programmes
de développement, ouvrant vers des études statistiques
différenciées par sexe et des approches de terrain plus
exigeantes. L'extrême diversité des statuts des femmes,
d'un âge à l'autre dans la même société et d'une société
l'autre, permet de mieux appréhender la gamme des
solutions possibles pour repenser à la fois leurs propres
rôles et leurs relations avec les hommes.
Cette souplesse a cruellement manqué dans l'approche
des problèmes de développement jusqu'à une date récente.
Les planificateurs et experts ont reconduit sur le terrain la
vision occidentale des relations de genre telle qu'elle s'était
construite au fil des âges dans notre culture et notamment
au XIXème siècle où la femme travailleuse s'estompe dans
l'idéal collectif au profit du Grillon du foyer et de la Mère
2de famille. Au sud, la cécité occidentale au travail des
femmes agricultrices et artisanes notamment a conduit ipso
facto à l'exclusion de ces femmes des actions de
développement et à leur marginalisation. C'est à cette
situation de mise à l'écart que l'on doit mettre fin
aujourd'hui comme le souligne Isabelle Jacquet, en
multipliant les programmes, soit destinés directement aux
femmes et gérés de manière autonome par elles, soit
réalisés en parité avec les hommes.
La plupart des agences de développement ont repris les
termes de l'amendement du sénateur américain Percy de
1973, qui prévoyait d'évaluer de manière systématique
l'impact, direct ou indirect, de tous les projets de
développement sur les femmes. L'aide américaine a ainsi
été conduite, sous la pression du mouvement féministe qui
avait suscité cet amendement, ainsi quà sa suite la plupart
des aides occidentales -dont très tardivement la France- à
proposer des méthodologies pour permettre de réduire
l'écart dans l'accès aux ressources et aux responsabilités
entre femmes et hommes.
L'originalité du mouvement féministe transparaît, par
ailleurs, à travers l'ouvrage: la forme non hiérarchisée et
décentralisée des organisations, la recherche permanente
d'alternatives dans les modes de vie avec l'estompage entre
sphères publique et privée, la recherche constante de la
convivialité. Les groupements spécialisés sur les femmes et
le développement sont nés de la difficulté, pour les ONG
classiques, de se dégager de la conception traditionnelle et
occidentale des genres dans les actions de développement.
De nouvelles stratégies sont portées par des associations
européennes comme "Femmes et Changements" en France,
"Le monde selon les femmes" en Belgique, le
NCOSVrouwengroep aux Pays-Bas, Kulu, au Danemark...,
et des réseaux particulièrment efficaces tels que WIDE
(women in development Europe) et, pour l'hémisphère sud,
DAWN avec lequel les liens sont extrêmement étroits.
3Cette combinaison remarquable de mise en réseau, d'action
et de recherche académique, dans et sur le féminisme,
semble caractériser ce mouvement et lui conférer longévité
et efficacité.
Ce livre témoigne de la très grande efficacité du
concept de genre élaboré collectivement dans le cadre des
études féministes et porté par les mouvements de femmes
du monde entier. L'approche par le genre aide à mieux
saisir le monde contemporain, à lui insuffler plus de liberté
et de solidarité. Elle permet enfin de penser la nature des
nouvelles médiations qui se tissent entre hommes et
femmes, du Nord comme du Sud.
Par Yvonne MIGNOT-LEFEBVRE
chercheuse CNRS -CECOD,
Université de Paris I
Membre de Femmes et Changements
4Remerciements
Le "nous" des pages qui vont suivre n'est pas
uniquement une convention d'écriture. Il signifie très
clairement et très délibérément que je m'appuie et
reprends très largement les analyses, les discours et
les réflexions glanés au fil des lectures de celles qui
m'ont précédée et lors des nombreuses réunions de
femmes du Sud et du Nord impliquées dans la coopé-
ration au développement.
Tout au long de la rédaction de ce travail, j'ai
souvent évoqué pour moi-même la sororité et le senti-
ment chaleureux de solidarité qui président le plus
souvent à ces rencontres.
Que toutes les artisanes de ces ambiances uni-
ques, que je salue cordialement, soient ici remerciées.
Cet ouvrage est en grande partie basé sur le
travail que j'ai réalisé dans le cadre d'une recherche
sur le genre et le développement au Centrum Derde
Wereld (Centre Tiers Monde) à UFSIA (Universitaire
Faculteiten Sint Ignatius Antwerpen) de décembre 90
à mars 93. Cette recherche a été financée grâce à
l'entregent et au dynamisme du professeur Cecilia
Andersen. Qu'elle trouve ici l'expression de ma grati-
tude.
Mes remerciements vont aussi à Christine
Courcelle pour les nombreuses relectures et le travail
de mise en page. Merci enfin à Johann, à Dominique
et à Moumousse pour la relecture du manuscrit.
5Avertissement
Etant donné que le contexte de production du
présent ouvrage permet de dire les faits sans complai-
sance et sans diplomatie, il y a lieu de préciser que les
responsables et les gestionnaires de projets de tout
bord et de toute tendance sont beaucoup moins
enclins qu'on ne pourrait de prime abord le supposer,
à ouvrir leurs dossiers aux observateurs extérieurs,
surtout lorsque des erreurs ont été commises ou que
les projets ne donnent pas de "bons" résultats. Il
existe dans le monde de la coopération au dévelop-
pement, et plus particulièrement dans la gestion des
projets de développement, une illusion de transparen-
ce.
Bien sûr, les contrôles, les évaluations et/ou la
nécessité de recourir au financement extérieur obli-
gent les gestionnaires à diffuser de l'information mais
l'objectif est essentiellement utilitaire. En général, les
informations sur les réalités de terrain, la vie des pro-
jets avec tous les acteurs concernés, restent la pro-
priété exclusive du cercle des personnes directement
impliquées. Ces informations sont d'ailleurs, le plus
souvent, uniquement verbales. Il est, dès lors, très dif-
ficile, voire impossible, d'en avoir une connaissance
précise et rigoureuse.
7INTRODUCTION
POURQUOI UNE RECHERCHE SUR
LE GENRE ET LE DEVELOPPEMENT
Le genre est un concept nouveau qui tente de
s'implanter dans les analyses, les réflexions et les
actions relatives à la coopération au développement.
De quoi s'agit-il?
Le genre est une construction théorique dont
l'objectif est de faire en sorte que toute analyse, toute
initiative, tout projet de développement prenne en
considération l'existence du découpage des sociétés
et des activités humaines entre deux types d'indivi-
dus: les hommes et les femmes.
Les groupes humains sont découpés selon de nom-
breux critères: la race, l'âge, l'ethnie, le niveau du pou-
iliasouche "...Le génievoir, la classe sociale, l'origine,
humain n'a jamais été en peine de forger des raisons de
distinction qui justifient le plus souvent la discrimina-
tion, la domination, les privilèges.
Le découpage Homme/Femme, sans doute le pre-
mier de ces distinguos, se superpose, s'ajoute aux autres
distinctions et force est de constater et de déplorer que,
dans la plupart des cas, les discriminations dérivées
s'additionnent.
On a souvent décrit la double, voire la triple aliéna-
tion de la femme noire, pauvre et indigène, main-
d'oeuvre sans statutI et c'est certes l'endroit de répéter
1 Un exemple parmi beaucoup d'autres, le statut de fille indigène tra-
vaillant épisodiquement dans les plantations de café au Guatemala
décrit par BURGOS Elisabeth dans son ouvrage: Moi, Rigoberta
Menchu. Collections Témoins, Gallimard, Paris, 1993.
9qu'il y a toujours plus pauvre et plus démuni que le pau-
vre, c'est la femme du pauvre!
En revanche, les femmes, appartenant aux classes
dominantes, ont préséance et pouvoir sur les hommes
des classes inférieures. Mais, dans leur groupe social,
elles sont inférieures aux hommes.
La grande découverte que voilà!
L'apport théorique du concept du genre sem-
ble, à première vue, fort ténu. Au mieux ce serait un
nouvel avatar de la lampe rouge qui s'allume sporadi-
quement sur le chemin de la pensée des
"développeurs": "ah oui! n'oublions pas les femmes".
C'est d'ailleurs à cela que les détracteurs de l'emploi
du genre le réduisent.
Ce qui fait la richesse et l'intérêt de ce con-
cept, c'est qu'il s'appuie sur le résultat des Etudes
Féministes les plus récentes, qu'il en constitue une
des synthèses et qu'il comporte des implications très
pragmatiques.
Etudes féministes, Etudes féminines, Women stu-
dies, de femmes, sur les femmes, Etudes
par les femmes... Parmi ces libellés, chacun porteur
d'une conception spécifique, nous avons choisi celle qui
semble le mieux correspondre au caractère militant,
volontairement démarqué de la recherche de la neutralité
scientifique, de notre approche. Ce faisant, nous nous
inscrivons clairement dans la mouvance féministe pour
qui le discours et l'analyse sont des outils de changement
et de combat face aux constructions sociales où les fem-
mes se trouvent de façon systématique et constante dans
une position de dominées, d'arraisonnées, de subordon-
nées, de citoyennes de second rang etc...
"Si l'expression études féministes est moins
souvent employée, pour des raisons tactiques et
idéologiques, elle est historiquement la plus juste:
l'impulsion de départ de ces travaux est objective-
10ment liée à la (re)naissance et à l'impact des mou-
vements de libération des femmes dans les pays
occidentaux comme dans le Tiers Monde. De même
que l'analyse par Marxdu rapport prolétariat/capital
suscitée par une vision critique de l'organisation
sociale diffère des descriptions antérieures sur la
condition ouvrière, les études féministes diffèrent
des travaux antérieurs sur la condition féminine."2
Premier apport des Etudes Féministes à la
théorie du genre: la démonstration du caractère
construit, par opposition au caractère naturel, des
catégories homme/femme.
"On ne naît pas femme, on le devient." Lan-
cée en 1949 par Simone de Beauvoir3, l'idée a été
reprise et développée. Aujourd'hui, la démonstration
est faite, le processus mis à plat à partir duquel, dans
les sociétés humaines, au départ d'une différence bio-
logique, un clivage a été construit par la force et la
contrainte au profit et à l'avantage des éléments mas-
culins.
Le rôle et la place assignés aux individus des
deux types, sont construits et conçus pour établir la
supériorité d'un groupe sur un autre.
Les hommes sont les dominants, les références,
et les femmes leur sont inférieures. Dans l' organisa-
tion des sociétés, les hommes légifèrent, dirigent, com-
mandent. Au niveau individuel, les unions matrimo-
niales allient un homme plus âgé, plus fort physique-
ment, plus grand, plus riche, plus puissant, plus ins-
truit à une femme plus jeune, plus faible, plus petite,
2 MATHIEU Nicole. Etudes Féministes et Anthropologies. in: Dic-
tionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUP, Paris, 1992.
3 DE BEAUVOIR Simone. Le deuxième sexe. Gallimard, Paris,
1949.
11moins riche, moins puissante, moins instruite, ...4 Dans
les groupes familiaux, les hommes adultes occupent
une position supérieure par rapport aux femmes adul-
tes de même rang social.
Sous cet éclairage, les descriptions sociologi-
ques, anthropologiques et ethnologiques des activi-
tés humaines dans les sociétés du Tiers Monde pren-
nent un relief et une coloration nouvelle. La logique
de la domination s'impose comme "guide de lecture"
et ce qui était perçu et décrit une particularité
folklorique devient une nécessité: le machisme latino-
américain, l'enfermement des musulmanes, les mutila-
tions sexuelles en Afrique, ... deviennent autant d'ou-
tils, de machines de domination qui tentent d'asseoir,
au mieux et de la façon la plus fiable, la suprématie
masculine. Les préséances, le recours à la religion, à la
tradition, aux convenances, aux habitudes sociales
peuvent être "décodés". Ces pratiques, qui sont par-
fois imposées avec une violence inouïe, construisent
des rapports de force. Les effets de ce rapport de
force sont de mieux en mieux connus et dénoncés.
Concernant la santé physique des femmes et la
croissance des filles, le FAG et /'UNICEF, dans chacun
de leurs rapports annuels, mettent en évidence les caren-
ces alimentaires dont souffrent les femmes et les filles
qui mangent après les hommes et les garçons. Très con-
crètement et très dramatiquement, cela signifie qu'elles
mangent les restes ou qu'elles ne mangent pas du tout.
Dans les pays pauvres, la comparaison des courbes de
poids des enfants et des adultes de deux sexes est, pro-
prement édifiante. Dans les pays riches, en revanche,
/'examen des courbes de poids révèle qu'on évolue très
4 Nous énonçons ici un constat général et universel. Il existe des
exceptions et notoirement parmi la génération actuelle des jeunes
gens bénéficiant d'une longue instruction dans les pays industriali-
sés et riches de l'hémisphère nord.
12sensiblement vers une indifférenciation des sexes. La
tendance est toutefois légèrement retardée par l'effet de
mode - très largement dictée par des hommes stylistes ou
couturiers- de l'extrême minceur féminine.
L'UNICEF insiste sur le mauvais état de santé des
populations féminines et les risques qu'elles encourent à
chaque maternité.
Tant que l'alimentation desfilles passera après celle
des garçons, tant que les femmes seront les dernières à
se nourrir et qu'elles mangeront le moins, tout en étant
celles qui travaillent le plus durement et le plus long-
temps, la grossesse présentera plus de risques qu'elle ne
devrait en comporter. Chaque année, 500.000 mères
meurent de maladies liées à la grossesse et à l'accouche-
ment.
Concernant les possibilités des femmes par rapport
aux hommes, d'innombrables rapports et témoignages
ont décrit. analysé et constaté lefossé entre les hommes
et les femmes, le "gender gap ". Les femmes ont un accès
réduit au droit à la mobilité (femmes cloîtrées), à la pro-
priété, au crédit, à l'instruction, à laformation ...
Difficile devant ces réalités de continuer à
parler de différences naturelles. Il n'empêche que la
J
fréquence de I argument de la nature, un des plus
rabâché par les anti-féministes et les sexistes, justifie
qu'on y revienne le temps d'un parallèle et de quel-
ques questions relatives au statut scientifique des
Etudes Féministes qui seront, nous l'espérons, éclai-
rantes et convaincantes.
Parallèle: l'inégalité sociale est aujourd'hui
reconnue comme une dysfonction, une injustice qu'il
faut combattre. Ce sujet d'études était irrecevable et
férocement combattu sous l'ancien régime où le
dogme était que les différences de naissance, les dis-
parités dominants-dominés, maître-esclave étaient
"naturelles". On peut schématiquement dater de la fin
du 18ème siècle la mise au ban, au point de vue
13humain et scientifique, de cette manière de voir.
Depuis 1789, l'homme moderne se fait un point
d'honneur et de vertu à proclamer officiellement
l'égalité entre tous les humains. Même les dictatures
les plus sanglantes souscrivent officiellement à ce
principe. Hormis la très inquiétante remontée des cou-
rants d'extrême-droite et des idéologies ségrégatives,
le consensus est établi sur le fait que les inégalités
sociales doivent disparaître.
L'inégalité entre les hommes et les femmes
commence à être reconnue mais qu'il faille la combat-
tre n'est pas une vérité officielle universellement
acceptée. Qu'on l'analyse au Nord ou au Sud, le phé-
nomène de l'inégalité homme-femme, les mécanismes
de son processus, demeurent des sujets de recherche
et d'étude incomplètement et partiellement reçus. Il
ne s'agit pas d'une période de probation pour cause
de nouveauté. Le caractère récent de la recherche
écologique, de la défense de l'environnement n'en-
traîne pas ce type de suspicion. Le sujet est d'emblée
reconnu comme un sujet d'étude et de recherche
recevable.
Doit-on, dès lors, risquer l'hypothèse que cette
défiance est temporaire ou doit-on conclure que le
changement culturel escompté remet trop de privilè-
ges en question pour espérer que les obstacles soient,
un jour, définitivement levés?
Faut-il recourir à l'anthropologie pour estimer
que "cette grande parade du verbe (le discours fémi-
niste) est une forme subtile nouvelle mais dévoyée
des anciens rituels de rébellion des groupes sociaux
dominés? Ces rituels seraient-ils des soupapes de
sécurité qui contribuent au renforcement des structu-
res sociales et politiques?"5 Les questions restent
5 BISSILLIAT Jeanne. L'échec de l'intégration des femmes dans quel-
ques projets de développement. in: EIOU M. et alii, Femmes et
Développement, EADI, 1983.
14ouvertes. En ce qui nous concerne, nous optons déli-
bérément pour une position optimiste et militante.
Deuxième apport des Etudes Féministes à la
théorie du genre: la prise en considération des rap-
ports politiques et conflictuels du partage du pou-
VOlr.
Les Etudes Féministes ont mis en lumière la
manipulation qui consiste à parler de spécificités, de
différences et d'harmonisation des différences quand
le pouvoir et l'usage de la force sont en jeu. Ce dis-
cours, ferme et politiquement engagé, introduit dans
le monde de la coopération une nouveauté. Il va, en
effet, à l'encontre d'une certaine forme d'aveugle-
ment volontaire qui caractérise un courant de pensée
selon lequel la coopération consiste à mettre en oeu-
vre des solutions de développement pour des popula-
tions dont l'unique caractéristique est d'être dému-
nies et misérables. Le discours classique des actrices
et des acteurs de la coopération insiste très peu,
"glisse" sur l'injustice des termes de l'échange inter-
national et sur la domination idéologique, stratégique
et politique des dominants. Quant aux clivages, aux
rapports de pouvoir qui traversent les sociétés aidées
(ceux qui nous intéressent prioritairement dans cet
ouvrage), ils ne sont guère pris en compte et sont, le
plus souvent, noyés dans des considérations techni-
ques.
Dans les faits, cette attitude est lourde de con-
séquences et préjudiciable aux groupes sociaux
dominés. Plusieurs travaux concernant le pouvoir
ont, en effet, démontré qu'une intervention exté-
rieure qui se "plaque" sur une réalité sociale, qu'elle
prend comme un donné, renforce le pouvoir domi-
nant à l'intérieur de cette structure.
L'absence de reconnaissance des femmes,
15