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Diplomate

De
231 pages
Quel est le rôle du diplomate ? L'ambassadeur détient-il une position de pouvoir ? Comment celle-ci a-t-elle évolué au fil des siècles ? Aujourd'hui le diplomate a perdu l'exclusivité de la représentation de l'État à l'étranger. Il négocie dans un contexte international plus complexe et moins cadré par le protocole diplomatique. C'est une sociologie de ces ambassadeurs qui est présentée ici.
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DIPLOMATE
U1l£ sociologie des ambassadeurs

Collection Logiques Politiques dirigée par Pierre Muller

Dernières parutions

MOQUAY Patrick, Coopération intercommunale et société locale, 1998. BOISSEAU DU ROCHER Sophie, L'ASEAN et la construction régionale en Asie du Sud-Est, 1998. AL WARDI Sémir, Tahiti et la France. Le partage du pouvoir, 1998. JULIEN Christian, Les politiques régionales de formation professionnelle continue, 1998. LEIBFRIED S., PIERSON P., Politiques sociales européennes, 1998. IHL Olivier, Cérémonial politique: les voyages officiels des chefs d'Etat, 1998. KALUSZYNSKI Martine, WAHNICH Sophie (dir.), L'Etat contre la politique? 1998. SAVARESE Eric, L'ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine, 1998.

@ L' Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7119-6

Meredith KINGSTON de LEUSSE

DIPLOMATE
Une sociologie des ambassadeurs

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Daniel Gaxie qui a accepté, en 1991, de diriger mon travail de doctorat en science politique dont ce livre est, en partie, extrait. Mes remerciements s'adressent également à Jean-Claude Colliard pour ses conseils et les discussions qui ont permis de préciser le projet d'une sociologie des ambassadeurs. Ce travail n'aurait pu se faire sans la disponibilité des diplomates que j'ai rencontré en Europe, en Asie et en Amérique du Sud, tout particulièrement l'ancien ambassadeur de France en Inde. Cet ouvrage me permet enfin de les en remercier. Mes remerciements vont aussi à Claudine Haroche et MarieLouise Terray qui ont accepté de lire ce manuscrit et de le corrIger. Merci du fond de mon coeur à Angèle, Joséphine et Emmanuel de Leusse.

INTRODUCTION

Les ambassadeurs et hauts commissaires prennent place dans la tribune diplomatique en échangeant des salutations et quelques sourires complices de reconnaissance. Puis les personnalités officielles apparaissent dans leurs véhicules, ces Ambassadors de couleurs claires, entourés par les uniformes noirs de la garde des Black Cats. Ce contraste de clair et de sombre célèbre le prestige étatique voulu par les distances protocolaires en ce jour de fête nationale à New Delhi. Tandis que le Président et le premier ministre de la République indienne, le premier ministre britannique, à titre d'invité d'honneur de la cérémonie, gravissent les marches qui mènent à la tribune présidentielle, l'hymne national retentit. Les ambassadeurs se lèvent comme un seul homme et font corps pour observer cette montée majestueuse.}

Cette cérémonie officielle met en scène les usages politiques de la distance et de la proximité dans les rapports de pouvoir. Les protagonistes de cette mise en scène, les ambassadeurs, les ministres et les autres personnages officiels s'inclinent devant le pouvoir de la forme qui donne à voir le prestige étatique et les chances hiérarchisées de reconnaissance. La question des liens entre les formes et le pouvoir, des contours de la civilité politique est centrale pour
} Journal de terrain, janvier 1993.

9

comprendre l'évolution de l'activité diplomatique, du statut et du pouvoir des ambassadeurs. Il s'agit ici de montrer pourquoi et comment le rang prestigieux et la position de puissance, autrefois caractéristiques du rôle d'ambassadeur ont décliné malgré la permanence d'une grande formalité dans les échanges et les comportements diplomatiques. Cette recherche, associant les approches sociologique, historique et l'anthropologie politique2 des actes quotidiens effectués dans les missions et dans les Corps diplomatiques contemporains3, vise à comprendre une telle évolution de statut et de participation au pouvoir politique et plus généralement, la portée de la mise en scène du prestige étatique par les ambassadeurs. L'analyse sociologique et historique de la fonction et de l'institution diplomatiques met en lumière les conditions et les raisons de l'apparition des ambassadeurs et des affaires étrangères ainsi que l'influence dont les diplomates peuvent initialement se prévaloir. Une histoire diplomatique a ainsi été retracée et témoigne des échanges, des accords négociés, des dialogues suscités par les avantages perçus dans les rapports de force pacifiés comparés aux conflits. Des liens diplomatiques réguliers et réciproques sont entretenus par les ambassadeurs permanents dans l'Europe du XVIe siècle. A l'instar de la structuration de la scène diplomatique, la fonction d'ambassadeur se précise progressivement. D'abord cantonnés au rôle de message~ les diplomates deviennent, à partir de la fin du Moyen-Age, les représentants et les. négociateurs du monarque à l'étranger, ce qui leur procure un rang prestigieux et une positio~ de pouvoir reconnue. La charge d'ambassadeur, qui est réservée à la petite et moyenne noblesse jusqu'au XVIIIe siècle, confère, de ce fait, un statut prescrivant une présentation de soi destinée à inspirer l'admiration, à exprimer le charisme, à incarner le prestige
2 Nous empruntons à Georges Balandier la définition de l'anthropologie politique. "En tant que discipline aspirant à acquérir l'état scientifique, l'anthropologie politique s'impose d'abord comme un mode de reconnaissance et de connaissance de l'exotisme politique, des formes politiques" autres". Elle est un instrument de découverte et d'étude des diverses institutions et pratiques assurant le gouvernement des hommes, ainsi que des systèmes de pensée et des symboles qui les fondent." Cf. G. Balandier, Anthropologie politique, Paris, P.U.F., 1967, p.7. 3 Cette étude se fonde sur une enquête de terrain à l'ambassade de France et dans le milieu diplomatique de New Delhi (Inde) en 1992 et 1993. D~s observations complémentaires ont également été effectuées en Asie du Sud en 1993 (Bangladesh, Népal, Sri Lanka) et en Amérique centrale en 1994 (Guatemala, Mexique, Nicaragua). Des ouvrages et textes sur la diplomatie des siècles précédents, souvent écrits par des ambassadeurs, ainsi que des articles de presse relatifs au même sujet, ont également été consultés.

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étatique. Ce statut va de pair avec une participation au pouvoir politique formalisée par la généralisation du titre d'ambassadeur au XVIe siècle et des instructions diplomatiques au XVIIe siècle et concrétisée dans les activités de renseignement, de négociation entreprises par l'ambassadeur. La fonction diplomatique devient politicorituelle, associe le prestige et les contraintes d'un statut privilégié à des pratiques de participation et de répartition du pOUVOIr. Mais le statut et le pouvoir des ambassadeurs s'établit et se manifeste dans un domaine d'activité incertain. Les affaires étrangères présentent, en effet, un caractère par définition hétérogène qui laisse présager de la difficulté d'accorder une identité professionnelle stable à ces diplomates. La prise en charge étatique des affaires étrangères a concerné la plupart des ministères gui se sont partagés la gestion de l'action extérieure de l'Etat, dès le XVIe siècle. Or cette délégitimation tacite du ~ôle du ministère des Affaires étrangères au sein de l'Etat est redoublée par le cloisonnement des services, l'absence de coordination ou de concertation efficiente de ce ministère. L'éclatement du Corps diplomatique, entraîné par la perte de spécificité des concours d'entrée au quai d'Orsay, après la deuxième guerre mondiale, renforce cette remise en question qui se répercute sur l'institutionnalisation du rôle diplomatique. Ainsi les ambassadeurs gèrent un domaine d'intervention de plus en plus diversifié mais font également face à une concurrence accentuée, qui invite à s'interroger sur la légitimité du rôle diplomatique. Dessiner les contours de l'activité de l'ambassadeur implique de comprendre ce qui se joue à présent dans les ambassades et dans les Corps diplomatiques. Une approche anthropologique met en lumière le soin apporté par les ambassadeurs à la mise en scène du prestige étatique dans des formes protocolaires. A New Delhi, par exemple, un ordre spatial et temporel organise la mise en scène de l'ambassadeur de France et des autres diplomates qui prennent appui sur les codes solennels pour s'intégrer dans le respect des différences de culture, d'intérêt qui sont symptomatiques de l'écartèlement du Corps diplomatique. Et les rapports de pouvoir, qui sous-tendent la mise en scène de l'ambassadeur de France à New Delhi, justifient le soin que celui-ci apporte à la préparation des visites officielles. Cette théâtralité des activités diplomatiques sert de support à Il

l'intégration du diplomate qui fait profession du paraître, de la représentation permanente. Sa participation aux activités

du Corps diplomatique local lui permet de frayer avec ses
pairs et de se faire des relations indispensables au succès des échanges diplomatiques. Mais en se situant dans une représentation permanente, l'ambassadeur gère de considérables contraintes de comportement. Des conventions diplomatiques sanctionnent, en effet, tout esclandre, tout éclat, verbal ou physique, et prônent, au contraire, la maîtrise de soi. Or ces devoirs de réserve sont perçus comme des signes de distinction en faveur de la noblesse de l'activité diplomatique et critiqués par l'opinion publique. De fait, une telle civilité sous-tend un protocole dans les conduites qui combine le sang-froid et le tact. Mais ces diplomates, en experts des formes, savent déjouer la vanité de ces apparences pour les associer à leurs humeurs. Les ambassadeurs réputés sont, en effet, ceux qui' s'engagent à faire preuve de courage et de personnalité. Ces contraintes de comportement ne sont plus justifiées par la puissance et le prestige des ambassadeurs, comme aux siècles précédents. En effet, si une approche anthropologique de la diplomaJie met en lumière la centralité de la représentation de l'Etat et, donc, du protocole dans l'activité diplomatique, cette analyse souligne aussi le déclin du statut et la fragilité du rôle des ambassadeurs aujourd'hui. En effet l'ambassadeur est contraint de partager, de plus en plus, la représentation de la France à l'étranger et la négociation, au détriment de son statut antérieur. La multiplicité des intervenants sur la scène internationale et l'implication croissante des autres ministères dans la préparation des négociations diplomatiques entraînent une sur-représentation de l'action extérieure de l'État au détriment de tout monopole des ambassadeurs. Ce partage forcé est encore plus prononcé dans le domaine des négociations économiques, devenues primordiales en diplomatie. On constate, en fait, que l'activité de l'ambassadeur, fondée sur la mise en forme des échanges et la prévention de tout incident, est exposée à des situations à risque qui révèlent toute la fragilité du rôle diplomatique. Le chef de mission diplomatique coordonne son ambassade au prix d'une autorité formelle. De plus son immunité et, plus généralement, son rôle, peuvent être remis en cause par le rappel, l'expulsion, voire la rupture des relations 12

diplomatiques. De tels incidents et drames peuvent, en effet, se produire malgré toutes les précautions inscrites dans la formalité des échanges diplomatiques.

13

Chapitre 1 GENESE DE LA FONCTION DIPLOMA TIQUE

"L'humanité civilisée a toujours désiré la paix, et, en dépit œ sa civilisation, a toujours fait la guerre. L'humanité toutefois est capable de progrès et ses efforts pour supprimer les guerres ou, du moins, pour en diminuer les occasions se sont souvent renouvelés (...) la permanence dans l'effort ayant été longtemps représentée par l'institution du service diplomatique. Qu'est-ce que ce service et quelle fut son origine? Va-t-il durer, maintenant qu'il existe une Société des Nations fondée pour être perpétuelle et que de merveilleuses inventions, que d'autres suivront encore plus merveilleuses, transforment les relations d'homme à homme, de nation à nation? Le moment est proche où un ministre des Affaires étrangères pourra dire: Donnezmoi Londres, donnez-moi Paris, donnez-moi Washington, et discuter directement les affaires internationales avec les ministres des autres pays. Ce service aura-t-il encore une utilité quand la distance aura été supprimée, que d'un côté à l'autre œ l'Océan, les hommes pourront, non seulement s'entendre, mais se voir, que la traversée aérienne de l'Atlantique se fera en peu d'heures? L'étude du passé de cette profession peut aider à ce
former une idée de ce que sera son avenir."
I

I

J. Jusserand,

L'école des ambassadeurs,

Paris, Plon, 1934, p.3-4.

15

Dès l'époque de la Grèce antique, des échanges entre Cités ont lieu, précédant l'apparition du terme ambassadeur au Xllème siècle - utilisé dans le Nord de l'Italie au sens d'envoyé d'une Cité. Des liens diplomatiques réguliers, hiérarchisés et réciproques se développent au XVIe siècle avec l'ouverture d'ambassades permanentes en Europe. Ces échanges consacrent la structuration de la scène diplomatique et délimitent la nature des accords et des désaccords entre Etats. La fonction diplomatique n'implique, au début, que la transmission de messages officiels avant de devenir, à partir de la fin du Moyen Age, une mission de négociation et de représentation. Les ambassadeurs, unis par leur origine noble jusqu'au XVlllème siècle, prennent fait et cause, rang et corps pour un statut prestigieux qui comporte une civilité contraignante. Celle-ci exige, en effet, de grandes qualités morales et physiques destinées à marquer la supériorité du diplomate et, avec lui, de la noblesse. La

spécificité de la fonction diplomatique prend corps avec la
généralisation du titre d'ambassadeur au XVlème siècle et des instructions diplomatiques au XVllème siècle. La dimension politique de l'activité diplomatique ressort alors davantage dans les manuels de diplomatie du XVlllème siècle, sans se concilier toujours aisément avec les qualités morales et physiques caractéristiques de l'esprit de la noblesse et édictées par les manuels précédents. Ainsi, non seulement les ambassadeurs endossent un statut prestigieux, longtemps réservé à la noblesse mais ils deviennent des hommes de pouvoir conseillant et représentant, de façon relativement exclusive, le Prince à l'étranger.

NAISSANCE DE LA DIPLOMATIE Bien que les archives concernant la diplomatie antique et ancienne soient encore mal connues2, des actes diplomatiques ont été retracés dès l'époque de la Grèce 'lntique, dans les empires romain et byzantin, puis au Moyen Age3. Les accords écrits -la signature de traités et les
2

K. Hamilton,

R. Langhorne,

The Practice of Diplomacy,

Londres,

Routledge,

1995,

p.? 3 A. Geoffroy, "Les plus anciens traités de l'Antiquité grecque", R.H.D., 1887, l, p.560. 16

alliances- entre petites Cités indépendantes témoignent, en effet, de l'existence de liens diplomatiques à l'époque de la Grèce antique4. Les cités grecques désignent, effectivement, des hérauts pour négocier avec les autres cités, mais, également, pour participer aux affaires royales et effectuer certains rites religieux. Afin de pallier la peur que suscitent les messagers étrangers, ces hérauts disposent de privilèges et d'une autorité quasi religieuse. Mais l'ampleur prise par les relations commerciales et politiques de ces Cités, à partir du VIe s avoJ.-C., les incitent à envoyer des orateurs plutôt que des hérauts pour plaider la cause de la Cité à l'étrangers. La description faite par Thucydide de la conférence qui se tient à Spartes, en 432 avo J.-C., met en lumière l'existence d'une civilité diplomatique6. Après avoir écouté les ambassades de Mégariens et de Corinthiens s'insurger contre les Athéniens, les Lacédémoniens entendent une ambassade d'Athéniens qui n'était pas invitée à intervenir initialement. Cette ambassade est, par la suite, autorisée à rester à Spartes pour compléter la mission diplomatique pour laquelle elle était venue, et ce même après la déclaration de guerre du Péloponnèse contre les Athéniens. Certains principes de "conduite internationale" se mettent en place sous l'empire romain, notamment le respect des engagements et l'interprétation équitable et raisonnée des traités, parallèlement à l'apparition d'archivistes, spécialistes du précédent et de la procédure diplomatiques. Mais ce sont les méthodes diplomatiques byzantines7 qui donneront un visage au jeu diplomatique plus contemporain. Parce que les Byzantins souhaitent affaiblir les barbares en suscitant une compétition entre ces peuples, lier amitié avec les peuples frontaliers et convertir la majorité au Christianisme, ils on t besoin de connaître les agissements et les intentions des autres peuples. C'est pourquoi les ambassadeurs de la civilisation byzantine assurent, parallèlement aux fonctions de représentation, des fonctions de renseignement8. L'entrée des ambassadeurs et leur voyage vers Constantinople, les
OJ. Mosley, "Diplomacy in Classical Greece", Ancient Society, 3, 1972. II existait trois types d'envoyés grecs: les messagers et les anciens utilisés pour des missions brèves et spécifiques ~ les hérauts qui avaient des droits spéciaux d'immunité ~ des sortes de consuls. La diplomatie grecque était publique, sans fastes et tes pouvoirs des ambassadeurs très limités par leurs instructions. 5 H. Nicholson, Diplomacy, Oxford, Oxford University Press, 1964, p.17 6 Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, 1, Paris, Flammarion, 1966, p. 654

79.
7 A. Guillou, La civilisation 8 H. Nicholson, Diplomacy,

byzantine, Paris, Arthaud, op.cit., p. 24-25.

1974, p. 159-160.

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offices et audiences solennelles, les défilés de l'armée sont autant de facettes du cérémonial diplomatique de la civilisation byzantine visant à la fois à séduire et à intimider les interlocuteurs. Ainsi ces relations diplomatiques traduisent un rapport de force pacifié et formalisé dans l'accord écrit, l'échange, la surveillance et surtout le pouvoir de la majesté protocolaire9.
"Les ambassadeurs étrangers étaient accueillis à la frontière, pris en charge depuis lors par le Trésor et solennellement escortés jusqu'à Constantinople, où le bureau des Barbares subvenait à leur entretien et à celui de leur suite. Ils étaient logés dans un palais de la capitale, et avaient droit à une garde, mais ils ne pouvaient faire un pas dehors sans être surveillés; et plutôt que de leur montrer les richesses de la ville ou la beauté des Constantinopolitaines, qui pouvaient devenir objet de leur envieuse hostilité, le gouvernement Byzantin préférait fixer leurs regards sur les corps d'armée en tenue de campagne ou sur la hauteur des murailles pour les inciter à la sagesse. Mais on les traitait toujours avec une courtoisie raffinée: représentations à l'Hippodrome, offices solennels à Sainte Sophie, festins impériaux enfin agrémentaient le séjour. Le moment le plus important pour un ambassadeur venu à Constantinople était sa réception solennelle par l'empereur. Au Xe siècle celle-ci se déroulait au Palais de Magnaure.(...) Les véritables négociations succédaient à cette audience solennelle et se déroulaient au cours d'entretiens plus simples. Elles étaient précédées par la remise de cadeaux apportés par
l'ambassadeur(...)"
10

Le faste, la taille et la composition des ambassades varient en fonction de l'importance de la mission et donc de la mise en scène du prestige du Prince. En 449 Attila envoie deux ambassadeurs, Edécon, officier supérieur de la garde du Roi, et Oreste, secrétaire principal d'Attila, à Constantinople pour négocier la paix proposée par Théodosell. En 1629 Dagobert envoie une mission

9 Voir Y. Deloye, C. Haroche et O. Ihl, Le protocole ou la mise en forme de l'ordre politique, Paris, L'Harmattan (Logiques Politiques), 1996, et sur ce point plus particulièrement P. Ansart, "Le pouvoir de la forme. Pour une approche psychoanthropologique du protocole", p.26. 10 A. Guillou, La civilisation byzantine, op. cit., p. 159-160. Il E. Troplong, "La diplomatie d'Attila", R.H.D., 1908, p.540-568.

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diplomatique à l'empereur Héraclius pour conclure un traité de paix perpétuelle entre Francs et Byzantinsl2.
"Lorsque la mission est lointaine ou lorsqu'elle est particulièrement importante, surtout si elle s'adresse à un roi ou à l'empereur, Dagobert désigne deux ambassadeurs. Ainsi, Servat et Paterne sont députés à l'empereur Héraclius, Amalgaire et Vénérand vont trouver Sisenand, roi des Wisigoths. Auprès des princes tributaires comme Judicael ou barbares comme le roi des Wendes, Samon, Dagobert n'envoie qu'un plénipotentiaire. En ce cas, il semble que l'envoyé des Francs porte un ordre plutôt qu'il ne veut discuter. La suite qui accompagne ces personnages varie avec l'importance de leur mission mais on n'en connaît pas la composition, civile ou

militaire, selon les circonstances."13 Les missions diplomatiques du Moyen-Âge, qualifiées d'ambassades extraordinaires, se composent de plu..sieurs ambassadeurs, parmi lesquels de hauts dignitaires de l'Eglise, des hommes de culture et un chef de mission appartenant à la grande aristocratie, voire à la famille royale. Ainsi pendant la guerre de Cent ans, le chancelier de la Régence se rend en Angleterre, accompagné de plusieurs grands seigneurs, pour

négocier le traité de Brétigny de 136014.
Les affaires diplomatiques du Moyen-Age sont des missions d'information menées par des religieux itinérants, des missions secrètes confiées à des clercs et des missions officielles de négociation ou de représentation. La diplomatie de cette époque revêt une forte dimension reJigieuse, qui traduit la reconnaissance du pouvoir qu'a l'Eglise de consacrer la valeur juridique de tout traitél5. L'apparition du terme ambassadeur renseigne sur la nature des missions diplomatiques, à partir de la fin du XIIe siècle. L'ambassadeur fait office d'intermédiaire entre cités, transmet un message officiel, tente d'obtenir des concessions. A cette époque, le mot latin médiéval, ambasciator, est, en effet, utilisé dans le Nord de l'Italie, au sens d'"envoyé d'une Cité"16.Au XIIIème siècle, ambasciata, également emprunté
"12
13

R. Barroux,
R. Barroux,

"La politique
"La politique

extérieure
extérieure

de Dagobert",
de Dagobert",

R.H.D.,
art. cit.

1938, p.203-225.

14 A. Cosneau, Les traités de 15 J. Baillou, dir, Les Affaires CNRS, 1984, I, p.37. 16 P. Imbs, Dir., Trésor de la et XXème siècle (1789-1968),

la Guerre de Cent ans, Paris, 1889. étrangères et le Corps diplomatique,

Paris. Éditions

du

langue française, Dictionnaire de la langue du XIXème Paris, Editions du CNRS, 1979,2, p.689.

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à l'italien, désigne la "mission diplomatique" et le "message officiel"17.Ambassato, emprunté à .partir de 136618,à l'italien ambasciatore, désigne l'intervention de quelque grand personnage, au titre d'intermédiaire, dans le but d'obtenir une concession du souverainl9. Le développement d'échanges diplomatiques plus réguliers commence précisément au Nord de l'Italie, au XIVe et au XVe siècle, pour s'étendre au reste de l'Europe du Nord et de l'Ouest, aux XVe et XVIe siècle20. Lorsque les puissances autrichiennes, espagnoles et françaises tentent de ~'imposer dans le Nord de l'Italie, à la fin du XVe siècle, les Etats italiens ne peuvent plus se prémunir contre des interférences extérieures, et envoient des ambassadeurs résidents, hors de la péninsule, auprès de certaines de ces puissances21. Ainsi, bien que des exemples de représentations longues aient été recensés avant la période de la Renaissance italienne, c'est à cette époque que l'ambassade permanente s'impose22. Parallèlement à l'envoi d'ambassades itinérantes,23 certains ambassadeurs assurent progressivement des fonctions diplomatiques plus régulières. A la différence des diplomates d'ambassades extraordinaires, ils n'ont pas les pleins pouvoirs pour une négociation particulière mais des lettres de créances qui les accréditent pour une plus longue
17

Ibid, p.689.

A. Rey, Dir., Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1992, p.57. 19 Lord Gore-Booth (ed), Satow's Guide to Diplomatic Practice, New York, Longman Group, 5e édition, 1979, p.85. 20 Les historiens sont en désaccord sur ce point. Garret Mattingly date l'envoi du premier ambassadeur permanent à 1341, lorsque un ambassadeur du peuple de Mantoue est envoyé auprès de la cour impériale de Bavière. En revanche Louis Weckmann considère l'ambassade de Nicodème de Pontromeli, envoyé ~ par Francesco Sforza à Florence, de 1446 à 1449, comme la première ambassade permanente. Enfin Harold Nicholson écrit que la première mission diplomatique permanente est celle établie par Francesco Sforza, à Gênes en 1455. Voir G. Mattingly, Renaissance Diplomacy, Londres, Jonathan Cape, 1956 et L. Weckmann, "Les origines des missions diplomatiques permanentes", Revue générale de droit international public, 1.56, 1952, p.16. Voir aussi H. Nicholson, Diplomacy, op.cit., p. 30. 21 K. Hamilton, R. Langhorne, The Practice of Diplomacy, op. cit., p.36. En 1460, Francesco Sforza envoie la première ambassade de Milan au dauphin Louis et en 1478 des envoyés vénitiens viennent en France. En 1490, Ludovico Sforza de Milan envoie des ambassadeurs résidents en Espagne et en Angleterre. En 1493, Naples envoie des ambassadeurs résidents en Espagne, en Angleterre et en Allemagne. Puis Venise et Florence suivent le mouvement. Enfin le pape dispose, en 1513, d'un réseau de nonces permanents auprès des grandes Cours européennes. 22 K. Hamilton, R. Langhorne, The Practice of Diplomacy, op. cil., p. 34 et M. Wight, Slstem of States, Leicester, Leicester University Press, 1977, p.53. 2 Les ambassadeurs itinérants étaient très importants en temps de guerre. Cf. L. Bély, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990, p. 351-357. 20

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durée, en tant que représentant du Prince. Au delà de missions ponctuelles d'information en pays inconnu, de missions secrètes de renseignement, ces diplomates officiels prospectent, négocient, représentent le roi à un couronnement ou à un mariage, ou encore à la ratification d'un traité24. La réciprocité entre États vient d'abord de l'Espagne. Puis le réseau d'ambassadeurs permanents anglais se développe à Rome, en Espagne à partir de 1505, pour s'étendre aux Pays-Bas, à Venise, en France, dans les années 1520. François 1er envoie le premier ambassadeur résident français en Suisse, en 1522. Et le traité de Madrid, signé par François le~', après la bataille de Pavia en 1525, entraîne la création d'un réseau français d'ambassadeurs permanents. L'ouverture d'ambassades de France permanentes au seizième siècle, consacre l'essor du système diplomatique iIJternational qui légitime la fonction de protection de chaque Etat25. Ainsi le royaume de France dispose d'ambassades permanentes dirigées par des ambassadeurs résidents en Suisse en 1522, à Londres et à Lisbonne en 1528, en Turquie en 1536, à Copenhague en 1541, à Rome en 155026. Mais si dans les années 1550, le système diplomatique du Nord de l'Italie s'est étendu en Europe, de nombreuses puissances continuent à préférer les anciennes ambassades extraordinaires, plus importantes en nombre et surtout plus prestigieuses27. A la fin du XVIIe siècle, la diplomatie se fonde sur ces réseaux d'ambassadeurs permanents auprès des grandes Cours européennes et la reconnaissance de l'existence d'un Corps diplomatique28, constitué des ambassadeurs résidents dans chaque capitale, bénéficiant des mêmes immunités29, et
24 1. Baillou, dir, Les Affaires étrangères et le Corps diplomatique, l, op. cit., p.30. 25 B. Badie, "Stratégies sécuritaires et logiques d'Etat en Occident et en monde musulman", Mélanges Mprcel Merle, Les relations internationales à l'épreuve de la science politique, Paris, Editions Economica, 1993, p.164. 26 K. Hamilton, R. Langhorne, The Practice of Diplomacy, op. cit., p. 36-37. Voir aussi Fleury Vindry, Les ambassadeurs français permanents au XVIe siècle, Paris, 1903. C'est sous le règne de Louis XII que des représentations françaises de longue durée apparaissent, notamment à Rome. A partir du règne de François 1er, l'habitude des ambassadeurs résidents est acquise. 27 La tentative française d'arranger un mariage entre Elizabeth 1er et le Duc d'Anjou entraîne, en 1581, la venue d'une ambassade extraordinaire française de 700 personnes, menée par treize ambassadeurs. Cf. N.M. Sutherland, The French Secretaries of State in the Age of Catherine de Medici, Londres, Athlone Press, 1962,

..8 Voir A. Pecquet, Discours sur l'Art de négocier, 1737. 29 Ceux-ci, ainsi que la résidence de l'ambassadeur bénéficient, en théorie, de l'immunité diplomatique, et à ce titre, sont des lieux inviolables. Louis Rousseau de Chamoy évoquait déjà cette inviolabilité: "...les Ambassadeurs et tous les autres 21

~.226.

privilèges. En 1789, la France dispose de onze ambassades dont l'importance est diversement appréciable du fait de la multiplicité de critères de classement. En effet, si la première ambassade, quant au protocole, se trouve à Rome auprès du Pape, sur le plan politique, Vienne, Madrid et Londres viennent en tête, puis l'ambassade à Constantinople et celle auprès des "cours de famille" à Turin, Naples et Lisbonne. Stockholm et Venise, bien qu'un peu en retrait, sont aussi considérées comme des ambassades. Au XVIIIe siècle, le terme "diplomatique" officialise l'existence d'un domaine des relations internationales, de rapports internationaux régis par des textes écrits30. Une série de règles communes en matière de rang et de langage renforcent la structuration de la scène diplomatique. Le règlement adopté par les huit pays signataires du traité de Vienne de 1815, établit officiellement la première hiérarchie diplomatique. Le doyen du Corps diplomatique est l'ambassadeur ou le ministre accrédité depuis le plus longtemps, sauf si un nonce apostolique appartient au Corps diplomatique local; celui-ci est alors automatiquement nommé doyen. Le Français, utilisé au Congrès de Vienne, s'impose comme la langue dominante de la diplomatie.
"(...) 1° les ambassadeurs auxquels s'ajoutaient les légats et les nonces, et, qui ont seuls le caractère représentatif; 2° les ministres ou envoyés accrédités auprès des souverains; 3° les chargés d'affaires. En 1818, le protocole d'Aix-Ia-Chapelle ajouta une nouvelle classe après la seconde: à savoir celles des ministres résidents. Chaque État reste toujours libre de régler comme il veut la hiérarchie de ses agents; mais, comme on

Ministres estrangers, estant personnes publiques, sont, d'un consentement commun, sous la protection du droit des gens; que l'on comprend sous ce nom leur famille et leurs domestiques, que, leurs maisons estant par conséquent inviolables, comme eux, ils sont en droit d'y avoir l'exercice libre de leur religion et d'y faire tout ce qu'ils trouveront con venables à leur rang et à la dignité des Princes qu'ils servent..." Voir Louis Rousseau de Chamoy in L'idée du parfait ambassadeur par Louis Rousseau de Chamoy. gen!ilhomme de la Chambre du Roi et son Ministre auprès de la diète ge rmanique, Editions L. Delavaud, Paris, 1912, p. 41-42. Ce traité a été écrit par un diplomate de carrière et dédicacé à Pomponne, qui avait été le chef de Rousseau en Suède, daté du 15 septembre 1697. L'authenticité de l'écrit a été démontrée par M. Delavaud qui le publie en 1912. 30 A. Rey, Dir., Dictionnaire historique de la langue française, op. cit., p. 608. Diplomaticus, dérivé du latin classique diploma, dans le sens de "charte ou pièce officielle", est emprunté, en 1708, au latin scientifique moderne. Diplomatique a été adjectivé en 1726 avec le sens de "relatifs aux diplômes qui règlent les rapports internationaux". Diplomatique prend, en 1777, le sens élargi de "relatif aux relations internationales" .

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pense, il ne peut modifier par son seul fait les règles observées dans les autres États."31

Un cérémonial politique, mis en lumière par l'entrée des ambassadeurs, la présentation de leurs instructions officielles à l'occasion d'audiences royales ou princières, caractérise la structuration de la "société de cour internationale". Cette étiquette, plus ou moins formelle, se modifie en fonction de l'état des relations entre Nations mais s'impose la plupart du temps, parfois au prix d'épreuves de force symboliques, à l'étiquette de Cour locale.
"Torcy avait fait placer son carrosse après celui des princes œ sang et avant ceux des ambassadeurs de Venise et de Sayoie, Erizzo et Ferreiro, lors de leurs entrées solennelles à Paris. Le successeur d'Erizzo "y prit garde de plus près", et le successeur de Ferreiro emboîta le pas et "dit que son maître ne lui pardonnerait jamais s'il faisait la moindre chose du monde moins que l'ambassadeur de Venise". Torcy commença par ne pas envoyer de carrosse, puis dut céder et fenner la marche, "le pénultième de tous". "32

Mais au delà de ces rangs officiels, l'inégale considération portée par la France aux puissances étrangères au XVIIIe et XIXe siècles est consacrée par le type de mission diplomatique existant. L'importance du rang et du prestige de l'ambassadeur ainsi que de sa mission giplomatique marquent, en effet, la place accordée par un Etat à un autre Etat. Ainsi le Directoire entend ménager l'Allemagne et humilier l'Autriche.
"Pour le poste de Berlin, le Directoire avait choisi le plus fin et le plus adroit parmi les vétérans de l'ancienne diplomatie: un vieux routier, sachant son monde, connaissant les cours, ayant l'usage et la pratique des choses politiques, instruit par un long séjour dans les pays du Nord, un homme calme (00.). On l'avait pris à dessein un peu humble, façonné par un long séjour dans des postes inférieurs, aux courbettes nécessaires, aux inévitables blessures d'amour-propre, surtout à cette réserve indispensable dans une position aussi difficile. C'étaient tous
L. Herbette, Nos diplomates et notre diplomatie. Étude sur le Ministère des Affaires étrangères, Paris, Le Chevalier éditeur, 1874, p.46. 32 Saint-Simon, Mémoires, VII, op. cit., p. 7 in L. Bély, Espions et ambassadeurs, op. cit., p. 689.
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les défauts inverses qui se rencontraient chez Bernadotte, et c'étaient ces défauts même qui avaient probablement attiré sur lui l'attention des gouvernants. Rien dans sa vie antérieure ne le préparait à paraître dans une Cour. Ce fils d'un avocat au Parlement de Pau, cet engagé volontaire de Royal Marine, qui avait mis dix ans à franchir les grades qui le séparaient des galons d'adjudant (7 février 1790), et qui en quatre ans avait enlevé à la pointe du sabre les épaulettes de général de division, n'avait eu ni le loisir, ni le moyen de se former aux habitudes mondaines; pour la vieille Europe il était "un sergent français devenu général"; l'Europe ne voulait voir en lui, elle ne voyait sans doute que le sergent, l'homme de caserne parvenu par un heureux hasard à une éclatante fortune. Mais ce n'était point ce dédain qui pouvait gêner ou embarrasser Bernadotte. (...) Il était de ces victorieux qui ne doutaient point d'euxmêmes, à qui l'étonnement était inconnu et qui, généraux en quatre ans, pensaient qu'ils pouvaient aussi bien être ambassadeur. (...) ce panache tricolore arboré superbement sur ce chapeau bordé enfoncé crânement en bataille jusqu'à cette grossièreté inconsciente qui devait prêter à l'entrée de ce soldat dans cette cour du XVIIIe siècle (...) tout en Bernadotte flattait les haines, les orgueils, les espérances du Directoire. C'était donc pour lui bien plus et bien mieux qu'une ambassade, c'était une revanche. Aussi dans le cérémonial dicté pour le nouvel ambassadeur, insistait-on sur tous les points de détail qui devaient mieux marquer l'humiliation de l'Autriche et mieux satisfaire l'orgueil du Directoire".33

La structuration de la scène diplomatique se poursuit ensuite avec une ordonnance du 22 mars 1833, qui hiérarchise les postes et délimite la carte diplomatique française jusqu'en 187034. Les ambassades toutes situées en Europe, à Londres, Saint-Pétersbourg, Vienne, Rome, Madrid, Constantinople et Berlin, sont regroupées dans une première classe et dirigées par un ambassadeur. Les légations localisées en Europe, à la Haye, Bruxelles, Copenhague, Stockholm, Dresde, Munich, Stuttgart, Francfort et Lisbonne, et en Amérique Centrale, se trouvent dans une deuxième catégorie et sont dirigées par un ministre plénipotentiaire. Les troisième et quatrième catégories englobent les
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F. Masson, Les diplomates

de la Révolution,

Paris, Charavay

frères

éditeurs,

1882,

p. 725-726.

E.l56-158. 4 J. Baillou, dir., Les Affaires étrangères et le Corps diplomatique, I, op. cit., p. 597 et

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représentations européennes où se trouvent respectivement les ministres-résidents et les chargés d'affaires. Progressivement la scène internationale intègre d'autres Etats dans lesquels la France ouvre des missions diplomatiques, Des relations diplomatiques avec les pays d'Amérique Latine sont établies sous la Monarchie de Juillet. Des légations existent au Brésil, depuis 1827, au Mexique, depuis 1833, en Colombie, à la Nouvelle Grenade, en République Argentine en 184235. Ainsi, après de premiers échanges diplomatiques lents et discontinus qui remontent à l'époque de la Grèce antique, les contacts diplomatiques réguliers et réciproques apparaissent au XVème et XVlème siècles. La scène diplomatique européenne se structure nettement au XVlllème et XIXème siècles avec la mise en place de hiérarchies et de corps diplomatiques. La fonction diplomatique se spécifie également, devient une charge prestigieuse, essentiellement réservée à la noblesse.

DES HOMMES

DE RANG ET DE CORPS

Lorsque le cardinal de Bernis écrit dans ses mémoires que '''l'étude de l'Histoire, de la fortune et de la morale était dorénavant (sa) seule occupation; car (il) voulait habituer les hommes imperceptiblement à (le) considérer comme quelqu'un de sérieux, comme un homme propre aux affaires". (i.e. au service diplomatique)"36, il suggère combien une charge dans la diplomatie est considérée, au même titre que certaines charges à la Cour, comme un statut prestigieux dans la "bonne société" du XVIIIe siècle. Mais alors que" les ambassades extraordinaires ponctuelles du Moyen Age intéressaient les grands seigneurs, les ambassadeurs permanents sont issus de la petite et moyenne noblesse. Dans la deuxième moitié du XVllème siècle et au XVlllème siècle, la noblesse d'épée est d'ailleurs la source

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Ibid, p. 597 \1859), Yedo 6 N.Elias, La qu'il a lu dans

et p. 725-726. Des légations françaises sont aussi ouvertes à Téhéran (1868), Tanger (1864). société de Cour, Paris, Flammarion, 1985, p.lOO. L'auteur rapporte ce les mémoires du Cardinal de Bernis.

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