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Discours diplomatique et pratique des relations internationales, XIXe - XXIe siècles

De
130 pages
Les réflexions échangées durant les journées d'étude des jeunes historiens de l'Unité mixte de recherche DynamE (Université de Strasbourg / CNRS), tenues les 11 juin 2014 et 2 juin 2015, ont mis au jour la place centrale occupée par le discours diplomatique dans la pratique des relations internationales depuis la fin du XIXe siècle. Explorant des enjeux, des époques et des terrains divers, ces contributions mettent en lumière des situations diplomatiques contrastées, où le dire est au cœur des relations internationales.
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Les 11 juin 2014 et 2 juin 2015 se sont tenues les deux premières journées d’étude des Le Conseil de l’Europe et l’Union européenne sont organisations bien distinctes,
jeunes historiens – doctorants et post-doctorants – de l’Unité mixte de recherche DynamE
mais liées par leur histoire, leurs domaines d’intervention et par une grande partie de
(Université de Strasbourg / CNRS). Explorant des enjeux, des époques et des terrains divers,
leurs Etats-membres. Leurs relations depuis la création du Conseil de l’Europe en 1949 et les communications et les ré exions échangées durant ces journées ont mis au jour la place
de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1950 oscillent entre centrale occupée par le discours diplomatique dans la pratique des relations internationales
edepuis la n du XIX siècle. Élaboré par des acteurs nombreux et variés, le discours diplomatique complémentarité et concurrence, entre volonté de coopération d’une part et désir de
apparaît en effet à la fois comme constitutif de l’évènement international, et comme une différentiation d’autre part. Sous quelles formes se manifestent ces liens dialectiques entre
relecture, subjective ou institutionnelle, de celui-ci. De la relation franco-allemande aux
les deux Organisations ? Quels ont été leurs efforts récents pour éviter des doubles
recompositions des marges orientales de l’Europe depuis 1991, des débats ayant précédé la
emplois et pour renforcer les outils de coopération ?Première Guerre mondiale à ceux ayant jalonné la construction européenne en passant par la
lutte d’in uence des superpuissances dans la Guerre froide, les contributions réunies dans ce Ce cahier fare n°10 réunit les contributions au 6e colloque de la Fédération de recherche
numéro, issues des deux journées d’étude, explorent des situations diplomatiques contrastées, « Europe en mutation » sur les relations entre le Conseil de l’Europe et l’Union
où le dire est au coeur des relations internationales.
européenne qui a été organisé les 2-3 octobre 2014, à Strasbourg, sous la direction
de Frédérique Berrod, professeure en droit , Dorothée Meyer, maîtresse de Discours diplomatique conférences en droit et Birte Wassenberg, professeure en histoire contemporaine. Auteurs
Trois principaux axes thématiques sont présentés : un premier relatif à l’identité et le Marion Aballéa Jérôme Clerget
rôle respectif de chaque organisation européenne dans l’architecture européenne ; un Maître de conférences en histoire Doctorant en histoire contemporaine et pratique des relations
contemporaine à l’Institut d’études politiques à l’Université de Strasbourg, jeune chercheur deuxième sur les synergies et coopérations entre les deux organisations et un troisième
(IEP) de l’Université de Strasbourg associé à l’Institut de recherche stratégique sur les potentiels et réalités concurrentielles internationales,de l’École militaire (IRSEM)
Nushaba BaghirovaL’approche est pluridisciplinaire et comparative. Les communications ici rassemblées
Doctorante en sciences politiques Alexandra Ongono Pomme e epeuvent ainsi privilégier un regard historique sur le développement de ces relations
à l’Université de Strasbourg Doctorante en histoire contemporaine XIX -XXI siècles
depuis 1949, analyser les outils juridiques respectifs (droits communautaire, conventions, à l’Université de Strasbourg
Andrea Benedettichartes, jurisprudence) ou examiner, sous l’angle histoire ou juridique, des thèmes ou des
Doctorant en histoire contemporaine Simele Rodrigues
domaines de coopération (culture, droits sociaux, droits de l’homme etc.).
à l’Université de Strasbourg Docteur en histoire contemporaine,
ATER en portugais et civilisation brésilienne
Cyril Carnevilliers
à l’Université de La RochelleContributions de : Frédérique Berrod, Régis Brillat, Oriane Calligaro, Pierre Durand, Doctorant en histoire contemporaine
Alexandra Ongono Pomme, Zeti Öztürk, Agnieszka Sklanna, Pauline Verron et Birte à l’Université de Strasbourg, professeur Marianna Safar-Mezei Sous la direction de
certi é d’histoire-géographie Doctorante en histoire contemporaine Wassenberg. Marion Aballéa et Jérôme Clergetà l’Université de Strasbourg
Centre DynamE - Dynamiques européennes
UMR 7367
Centre Raymond Poidevin 11
Maiison iinteruniiversiitaiire des
sciiences de ll''homme Allsace (MISHA)
5 alllée du Générall Rouvillois - CS 50008
oF-67083 Strasbourg Cedex ¿ Cahiers n 11
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http:/dyname.unistra.fr eenn mmuuttaattiioonn
ISBN : 978-2-343-10980-0
14,50
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Discours diplomatique et pratique des relations internationales,
e e
XIX -XXI sièclesDiscours diplomatique et pratique
des relations internationales,
e eXIX -XXI sièclesoCahiers de fare n 11
Discours diplomatique et pratique
des relations internationales,
e eXIX -XXI siècles


Sous la direction de Marion Aballéa
et Jérôme Clerget














































© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343- 10 980- 0
EAN : 9782343 10 9800
Sommaire
Introduction: Discours diplomatique et pratique des relations
internationales, XIXe-XXIe siècles 7
Marion Aballéa et Jérôme Clerget
« Au pied de leur trône, le représentant de la France vaincue,
diminuée, humiliée. » Discours et pratique de la
diplomatie française dans l’Allemagne triomphante,
de 1871 aux années 1890 13
Marion Aballéa
L’Internationale socialiste à la veille de la Première
Guerre mondiale 27
Andr ea Benedetti
L’Itamaraty dans la tourmente de la Guerre froide culturelle.
Pour une histoire culturelle des relations internationales
du Brésil en Guerre froide 41
Simele Rodrigues
La réponse du Royaume-Uni à l’avancée intégrationniste de
l’Europe des Six : le Plan Eden et la recherche de sauvegarde
d’un rôle politique européen éminent à travers le Conseil de
l’Europe (1951-1952) 55
Alexandra Ongono-P omme
Divergences transatlantiques et émergence d’un discours
politico-stratégique européen à l’Assemblée de l’UEO
entre 1976 et 1981 67
Jérôme Clerget
L’unifcation allemande vue par les parlementaires français.
Interrogations, observations et perspectives, 1989-1990 81
Cyril Carnevilliers
5Sommaire
Les débats au sein des organisations européennes autour
du Caucase du Sud 95
Nushaba Baghirova
Les difcultés protéiformes de la naissance des premières
eurorégions multilatérales dans l’espace centre-européen.
Le long processus de l’institutionnalisation de la coopération
dans le cadre de l’Eurorégion tri-frontalière DKMT
(années 1990) 109
Marianna Safar-Mazei
Les auteurs 123
6Introduction
Discours diplomatique et pratique des relations
internationales, XIXe-XXIe siècles
Accusé d’être le terrain de prédilection de la « langue de bois » autant
1qu’un langage codé accessible aux seuls initiés , le discours
diplomatique a mauvaise réputation. Son étude constitue pourtant – et
peutêtre pour cette raison – un chantier important pour les historiens. La
capacité des acteurs diplomatiques à produire des normes par l’usage,
raisonné ou inconscient, d’un langage et d’un vocabulaire spécifques,
participe en efet fortement à la structuration du paysage des relations
internationales à l’époque contemporaine. Tant dans le cadre des
relations bilatérales établies depuis 1815 sur le modèle viennois que dans
celui du multilatéralisme s’afrmant dans les organisations
internatioenales à partir du début du XX siècle, l’élaboration et la réception d’un
tel discours constituent un enjeu central de la relation entre des acteurs
divers et nombreux – publics et privés, locaux, nationaux,
internationaux, supranationaux et transnationaux.
Ce numéro réunit des contributions de jeunes historiens
présentées et discutées à l’occasion de deux journées d’études organisées par
l’UMR Dynamiques européennes à Strasbourg. La première, le 11 juin
2014, portait sur «  les organisations régionales dans les relations
internaetionales : adaptation et résistances des acteurs nationaux et locaux, XX -
eXXI siècles ». La seconde, le 2 juin 2015, fut consacrée à « l’évolution
edes discours et pratiques diplomatiques en Europe, de la fn du XIX siècle
à nos jours  ». La convergence des questionnements qui émergèrent
des échanges fut un des enseignements majeurs de ces deux journées.
Comment se constitue un discours diplomatique, se demandaient en
échos les intervenants, analysant des époques et des terrains pourtant
très diférents. Quels acteurs jouent un rôle déterminant dans sa
formation ? Sous l’infuence de quelles forces se trouve-t-il remis en question ?
1 Robert Jervis, Te Logic of Images in International Relations, Princeton, Princeton
University Press, 1970, p118..
7Introduction
La multiplication des organisations internationales et la construction
européenne ont-t-elles changé la donne ? L’ambition de ce dossier, en
reprenant certaines analyses développées lors de ces deux journées, est
d’apporter des éléments de réponses à ces questionnements. À travers
une série d’études de cas, se dessine l’esquisse d’une histoire à la fois
large et comparative du discours diplomatique, durant plus d’un siècle,
dans son contexte international.
2Traditionnellement, les réalistes – à l’instar d’Hans Morgenthau
– ont considéré la politique étrangère comme le produit d’une
rationalité humaine naturelle. Qu’ils soient hommes d’État ou diplomates, les
représentants nationaux ne pourraient alors construire leurs discours
qu’en fonction des seuls facteurs objectifs. Mais de nombreuses
réfexions ont aussi montré combien, en relations internationales, le
discours pouvait être le produit, mis en mots, de mentalités moins
rationnellement construites, et peut-être moins facilement saisissables :
ces dernières constituent pour Pierre Renouvin l’une des fameuses
« forces profondes » qui orientent l’action politique, elles sont, sous la
forme des psychologies collectives, une pierre angulaire du
fonction3nement des échanges internationaux pour Federico Chabod , et
déterminent sous la plume de René Girault l’existence de cultures
« enve4loppantes », fondées sur les grands courants des mentalités collectiv . es
Cette dernière lecture permet par ailleurs de mettre en lumière l’existence
d’un « arrière-plan culturel » des acteurs diplomatiques au sens large,
diplomates comme responsables politiques ou militaires partageant un
univers mental conditionné par plusieurs facteurs déterminants :
l’histoire récente construit le cadre des références normatives, complété non
seulement par les facteurs économiques et militaires, mais aussi par les
facteurs sociaux, culturels et politiques. Nourris des enseignements de
ces travaux fondateurs, les auteurs des textes reproduits dans ce volume
s’attachent naturellement à croiser histoire politique et histoire
culturelle : en mesurant le poids des sentiments collectifs et des perceptions
sur l’élaboration du discours diplomatique, loin de considérer celui-ci
2 Hans Morgenthau, Politics Among Nations. Te Struggle for Power and Peace, New
York, Alfred A. Knopf, 1948.
3 Federico Chabod, Storia dell’idea d’Europa, Bari, Laterza, 1961 et L’Idea di nazione,
Bari, Laterza, 1961.
4 René Girault, Être historien des relations internationales, Paris, Publications de la
Sorbonne, 1998, pp.25-26
8oLes Cahiers de fare n 11
comme une construction purement rationnelle et intellectualisée, ils
soulignent l’importance du facteur subjectif dans son élaboration. Ils
redonnent par là-même toute leur place aux individus : diplomates,
dirigeants politiques ou parlementaires, les acteurs sont nombreux qui
élaborent et prêchent la bonne parole diplomatique ; ils occupent une
place centrale dans ce dossier, qui s’eforce d’éclairer leurs systèmes de
représentations ainsi que les réseaux dans lesquels ils inscrivent leur
action.
C’est d’abord à travers l’image de l’Autre que se sédimente le
discours diplomatique. L’analyse de Marion Aballéa sur la diplomatie
française en Allemagne après la Guerre de 1870 rappelle l’importance
du contexte et du sentiment populaire dans la construction progressive
d’un discours stéréotypé. À travers l’exemple des agents de l’ambassade
de France à Berlin, elle insiste sur l’émergence de motifs symboliques
sans fondements rationnels : le déséquilibre initial entre l’Allemagne et
la France fait naître un discours sacrifciel que l’on retrouve avec une
remarquable constance durant plusieurs décennies, en dépit du
rééquilibrage des forces entre les deux pays.
Les diplomates n’ont cependant pas le monopole du discours
diplomatique, et Jérôme Clerget comme Cyril Carnevilliers s’emploient
à analyser les mécanismes des systèmes de perception des
parlementaires, posant alors la question de leur infuence sur la construction des
discours. Le premier interroge le lien entre le changement de posture
américain vis-à-vis de l’adversaire soviétique dans la seconde moitié des
années 1970 d’un côté, et le développement d’un discours
politico-stratégique strictement européen dans le cadre de l’Assemblée de l’Union
de l’Europe Occidentale de l’autre : la réception négative du nouveau
discours américain contribue à souder les parlementaires
ouest-européens, et à faciliter la construction d’un discours original parmi les
vieilles Nations. Le second, étudiant les réactions des parlementaires
français au processus de réunifcation de l’Allemagne après la chute du
mur de Berlin, relève la permanence de stéréotypes qu’on aurait cru
éculés, appuyés sur le souvenir encore vivace de la défaite de 1940 et de
l’Occupation ; députés et sénateurs se montrent toutefois perméables
au discours gouvernemental qui met l’accent sur la construction d’une
Europe de la défense à laquelle l’Allemagne réunifée pourrait participer
activement.
9Introduction
En dépeignant les débats qui se sont tenus au sein de
l’Internationale Socialiste à la veille de la Première Guerre mondiale, Andrea
Benedetti montre que la construction d’un discours peut aussi échouer.
Faute d’avoir pu coordonner les eforts des partis socialistes pour freiner
l’escalade belliciste, l’Internationale est dissoute sur un constat de
désaccords entre socialistes : il a été impossible de réunir ses membres
esous un même mot d’ordre. À l’autre bout du siècle, MXX arianna
Safar-Mezei met en avant les difcultés rencontrées par l’eurorégion
tri-frontalière DKMT dans les années 1990 pour institutionnaliser une
coopération concrète dans une zone historiquement confictuelle : le
discours diplomatique ne permet pas, ici, de dépasser le manque de
confance mutuelle et les tensions liées aux minorités nationales,
entravant lourdement et durablement le développement d’une véritable
coopération transfrontalière dans la région.
De leur côté, Simele Rodrigues et Nushaba Baghirova adoptent une
perspective nationale pour montrer comment des discours étatiques
ont pu être ou non infuencés par ceux des puissances étrangères.
Cette stratégie d’infuence, utilisée dans le cadr soft e du power, a été
couronnée de succès pour les États-Unis au Brésil durant la Guerre
froide. En se montrant réceptif au discours américain, l’Itamaraty a
largement contribué à l’américanisation culturelle du Brésil. Le discours
soviétique n’a, quant à lui, trouvé qu’un écho limité. Dans le cas des
républiques caucasiennes indépendantes depuis 1991, le dialogue entre
les États et les institutions européennes révèle une stratégie de
séduction réciproque appuyée par le discours : l’élaboration d’un
argumentaire réunissant Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan dans le « Caucase du
Sud » participe à la défnition politico-culturelle de la zone, et à celle de
son rapport à l’Europe. Les organisations européennes ont développé
depuis les années 1990 une approche visant à faire adopter leurs normes
démocratiques par les trois pays caucasiens, non sans arrière-pensées
d’ordre géopolitique ; de leurs côtés, ces États ont globalement échoué
à construire un discours qui leur permette d’être reconnus comme
des Nations véritablement européennes par les institutions régionales.
Quarante ans plus tôt, les stratégies de séduction étaient déjà au cœur
de l’élaboration du discours diplomatique d’un autre acteur extérieur
à la construction communautaire : Alexandra Ongono Pomme analyse
ainsi la manière par laquelle le Royaume-Uni construisit, entre 1951
10oLes Cahiers de fare n 11
et 1952, un discours original visant à infuencer le développement du
Conseil de l’Europe dans un sens qui soit favorable à ses conceptions.
Mettant en avant les constances et les ruptures dans la
construcetion de discours diplomatiques de natures variées depuis la fn du XIX
siècle, insistant sur les innovations qu’introduisirent ces discours dans
la pratique des relations internationales comme sur les impasses qu’ils
ne permirent pas d’éviter, les textes réunis dans ce volume invitent
donc à relire, à travers le temps et l’espace, certains des grands enjeux
de l’histoire des relations internationales contemporaines. Variant les
échelles d’observation et les points de vue, ils confrontent l’évènement
international au langage qui le porte, le construit, et parfois le déforme ;
constituant alors le discours diplomatique comme objet d’une histoire
qui n’est pas que diplomatique.
Avant de leur céder la parole, il nous reste à adresser nos vifs et
chaleureux remerciements aux diférents contributeurs pour l’enthousiasme
et l’investissement qu’ils ont montrés dans la réalisation de ce numéro.
Notre reconnaissance va aussi à l’ensemble de l’équipe des historiens de
l’UMR DynamE pour leur engagement à mettre en valeur les travaux
des jeunes chercheurs ; et plus particulièrement à Sylvain Schirmann,
sans le soutien et la bienveillance duquel ni l’organisation des journées
d’étude ni la publication de ce volume n’auraient été possible. Que tous
soient ici sincèrement remerciés.
Marion Aballéa et Jérôme Clerget
11