//img.uscri.be/pth/2a180d08aea15e3a5c09792b470ace663442c4cc
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Droit international humanitaire dans les conflits armés

De
228 pages
La préoccupation majeure du droit international humanitaire est d'enlever aux conflits armés, qu'ils soient internes ou internationaux, leur caractère déshumanisant, à travers l'élaboration d'instruments juridiques visant à protéger les victimes de guerre et à sanctionner les responsables de faits particulièrement odieux. La mise en oeuvre et l'application des conventions internationales épargneraient l'humanité tout entière de bavures telles que le génocide perpétré au Rwanda en 1994.
Voir plus Voir moins





DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE
DANS LES CONFLITS ARMÉS










































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55044-5
EAN : 9782296550445
Sacké Kouyaté Kaba Diakité







DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE
DANS LES CONFLITS ARMÉS


Le cas rwandais






Préface d’Édouard Koudouno
















A ma grand-mère Kadiata Kaba (N'na KK),
à mon ami docteur Bademba Diallo,
à ma mère Hadja Fatoumata Dioubaté,
à mon papa sansy Kaba Diakité,
à ma moitié Oumou Aminata Sacko

PRÉFACE
Ceci est un travail prodigieux qui traite d’un sujet aussi impor-
tant que le droit international humanitaire dont la préoccupation
majeure est de dépouiller les conflits armés de leur caractère dés-
humanisant à travers une harmonieuse élaboration d’instruments
juridiques visant à protéger les victimes de guerre et de réprimer, à
l’évidence, les responsables de faits particulièrement odieux.
C’est, à mon avis, un droit généreux qui, comme l’indique
l’auteur, assure, en temps de guerre, aux personnes exposées aux
hostilités, la jouissance de certains droits consacrés par diverses
conventions et dont la mise en œuvre épargnerait inéluctablement
l’humanité des bavures telles que perpétrées au Rwanda en 1994
contre les Tutsis.
Le génocide rwandais, quelles que furent ses raisons, a désa-
grégé toute une société et inspiré un dégout moral à l’humanité
toute entière. Un crime horrible et intolérable, fait remarquer
l’auteur, dont on a pu, en dépit du rôle prépondérant joué par le
Droit International Humanitaire, empêcher l’extrême aggravation.
Pis, la lenteur de la justice quant à la poursuite des respon-
sables est préoccupante, fait-on constater. Elle asphyxie maints
observateurs, insurgent les défenseurs des droits humains et pour-
rait, sans nul doute, discréditer la justice répressive internationale.
Ainsi, Sacké KOUYATE KABA DIAKITE convie, de ma-
nière non expressément formulée, les lecteurs ainsi que tous ac-
teurs humanitaires à constituer, d’une part, un axe de résistance
contre les obstacles d’une efficiente application des normes du
DIH et d’autre part d’envisager des mesures palliatives quant à la
problématique de la répression du génocide rwandais dont les
stigmates, encore perceptibles, nourrissent les racines d’une cer-
taine haine chez les nombreuses victimes.
En énumérant les difficultés d’application des règles du Droit
International Humanitaire, j’y trouve un moyen pour l’auteur
7 d’apostropher les instances en charge des questions de paix et de
sécurité ainsi que les autorités judiciaires à rétablir, d’une part, leur
crédibilité au regard des nombreuses défaillances enregistrées
pendant le génocide et, d’autre part d’infliger les sanctions parfai-
tement convenables à l’effet de dissuader les seigneurs de guerre et
politiciens avides de sang.

Édouard KOUNDOUNO, juriste privatiste.
8

LISTE DES ABRÉVIATIONS

DIH : Droit International Humanitaire
CAI : Conflits Armés Internationaux
CANI : Conflits Armés Non Internationaux
CICR : Comité International de la Croix Rouge
CPI : Cour Pénal Internationale
G I: Première Convention de Genève du 12 Août 1949
G II: Deuxième Convention de Genève du 12 Août 1949
G III: Troisième Convention de Genève
G IV: Quatrième Convention de Genève du 12 Août 1949
ONG: Organisations Non Gouvernementales
HPC: Hautes Parties Contractantes
P I: Protocole 1 du 8 Juin de 1977 additionnel aux Conventions
de Genève du 12 Août 1949
P II: Protocole 2 du 8 Juin de 1977 additionnel aux Conventions
de Genève
TPIR: Tribunal Pénal International pour le Rwanda
TPIY: Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie
ONU: Organisation des Nations Unies
SDN: Société des Nations
FPR: Front Patriotique Rwandais
FAR: Forces Armées Rwandaises
9 CS: Conseil de Sécurité des Nations Unies
AG: Assemblée Générale des Nations Unies
BBC: British Broadcasting Corporation
MSF: Médecin sans Frontière
FMP: Force de Maintien Paix
MINUAR : Mission des Nations unies de l’assistance pour le
Rwanda
ZHS: Zone Humanitaire Sécuritaire
U.A: L’Union Africaine
ETO: École Technique Officielle des pères aux Rwanda
RTLMC: Radio, Télévision Libre des Milles Collines
CDR : Comité de Défense de la République
OMP : Organisation des Maintiens de Paix

10

SOMMAIRE

INTRODUCTION GÉNÉRALE ........................................... 13

PREMIÈRE PARTIE
ÉVOLUTION DU DROIT INTERNATIONAL
HUMANITAIRE ET SON IMPACT
DANS L’HUMANISATION DES CONFLITS ARMÉS ... 39
CHAPITRE 1
FONDEMENTS, ÉVOLUTION ET MISE EN ŒUVRE
DU DROIT HUMANITAIRE INTERNATIONAL ................. 47
CHAPITRE 2
L’IMPACT DU DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE
DANS LE GÉNOCIDE RWANDAIS ...................................... 75

DEUXIEME PARTIE
LA PROBLÉMATIQUE DE LA RÉPRESSION
DES CRIMES DU GÉNOCIDE COMMIS AU RWANDA
ET DIFFICULTÉS D’APPLICATION DES RÈGLES
DU DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE ............ 93
CHAPITRE 1
LA RÉPRESSION DES INFRACTIONS DU DROIT
INTERNATIONAL HUMANITAIRE DANS LE CAS
DU GÉNOCIDE DES TUTSIS AU RWANDA ....................... 99
11 CHAPITRE 2
LES DIFFICULTÉS D’APPLICATION
DES RÈGLES DU DROIT INTERNATIONAL
HUMANITAIRE ET LA FAILLITE DE L’ONU
DANS LE GÉNOCIDE RWANDAIS .................................... 129

CONCLUSION GÉNÉRALE .............................................. 171

ANNEXES ............................................................................. 177

BIBLIOGRAPHIE ............................................................... 205


12


INTRODUCTION GÉNÉRALE


« Si le génocide demeure possible, alors aucun peuple au monde (…) ne
peut être assuré de vivre sans l’aide et la protection du droit international »
Hannah Arendt
« L’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un
terme à l’humanité»
John F. Kennedy
Les conflits, les guerres et les affrontements meurtriers qui op-
posent les hommes sont aussi vieux que l’humanité. À défaut de
les éradiquer complètement, le besoin pressant de les humaniser
s’est fait ressentir. C’est sur cette base qu’est né le droit internatio-
nal humanitaire en tant que droit ayant pour ultime but de donner
un visage humain aux conflits armés. Nous sommes d’avis avec
Éric David quand il souligne avec perspicacité qu’« en observant le
droit humanitaire de l’extérieur, on constate d’emblée que ce droit
est aussi du droit. [Selon lui] malgré la formule de Clausewitz qui
affirme que « l’on ne saurait introduire un principe modérateur
dans la philosophie de la guerre sans commettre une absurdité », il
ne fait pas de doute que la guerre est une relation humaine et en
tant que telle, elle est forcément codifiable. Au même titre que l’on
réglemente la relation entre deux personnes qui s’aiment, à travers
le mariage par exemple, pourquoi ne codifierait-on pas la relation
13 entre deux personnes, ou deux groupes de personnes, qui se com-
1battent? » .
D’ailleurs, c’est cette codification qui a permis aux auteurs,
d’être unanimes sur l’objectif de ce droit en tant que droit visant à
humaniser les conflits armés. Ainsi Stanislaw NAHLIK définit ce
droit comme «l'ensemble des règles du droit international visant la protec-
tion en cas de conflit armé des personnes atteintes par les maux que cause un
tel conflit et par extension des biens n'ayant pas de rapport direct avec les
2opérations militaires » . Pour sa part, Jean PICTET donne la défini-
tion suivante : « le droit international humanitaire a pour but de réglemen-
3ter les hostilités afin d'en atténuer les rigueurs » . Il ajoute par ailleurs que
le DIH ou droit des conflits armés constitue « l'ensemble des disposi-
tions juridiques internationales écrites ou coutumières assurant le respect de la
personne humaine et son épanouissement ».
Au-delà de cette diversité d’appellations visant à préciser les
éléments intrinsèques, les principes fondamentaux ou les règles
essentielles de ce droit, l'une des définitions les plus complètes car
synthétisant l'ensemble des définitions déjà rencontrées demeure
indubitablement celle adoptée par le comité international de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (CICR), selon laquelle on
entend par DIH : « les règles internationales d'origine convention-
nelle ou coutumière qui sont spécialement destinées à régler les
problèmes humanitaires découlant directement des conflits armés,
internationaux ou non internationaux, et qui restreignent, pour des
raisons humanitaires, le droit des parties au conflit d'utiliser les
méthodes et moyens de guerre de leur choix ou protègent les per-

1 Cf. DAVID Éric, « Introduction au droit international humanitaire », in Colle-
ogium-n -25,-Summer-2002,-p.-9;-enligne :
www.coleurop.be/file/content/.../PDF/Collegium25.pdf
2NAHLIK (S.E.), Précis abrégé de droit international humanitaire, RICR, juillet-
août 1984, p. 1 ; cité par Saïdou Nourou TALL, « Théories et réalités du droit
international humanitaire : contribution à l’étude de l’application du droit des
conflits armés en Afrique noire contemporaine », Thèse de doctorat en droit,
Université Cheikh Anta Diop, Dakar, 6 janvier 2001, p. 3 ; thèse en ligne :
greenstone.bf.refer.org/collect/thef/index/assoc/...dir/CS_03000.pdf
3PICTET (J), Développement et principes du droit international humanitaire,
Institut Henry Dunant, Pédone, Genève, Paris, 1983, p. 7.
14 sonnes et les biens affectés ou pouvant être affectés par le con-
4flit » .
L’unanimité étant acquise sur la codification du droit interna-
tional humanitaire et sur ce qui constitue son essence, il convient
quand même de s’attarder sur l’évolution des règles convention-
nelles formant l’ossature de ce droit. En effet, le droit internatio-
nal humanitaire (DIH), né dans sa version moderne avec le comité
international de la Croix-Rouge créé en 1863, a connu une cons-
tante évolution. De ce fait, la première des conventions de droit
5international humanitaire est la convention de Genève de 1864 ,
portant sur la protection des militaires blessés. Ce droit s’est adap-
té aux différentes situations de crises que l’on a connues. De nos
jours, le corps central ou le noyau dur du droit international hu-
manitaire est formé des quatre conventions de Genève (G IV) de
61949 et de leurs protocoles additionnels de1977. Ces conventions
de Genève et leurs protocoles additionnels sont des traités inter-
nationaux qui contiennent les règles essentielles fixant des limites
à la barbarie de la guerre. Ils protègent les personnes qui ne parti-
cipent pas aux hostilités (les civils, les membres du personnel sani-
taire ou d’organisations humanitaires) ainsi que celles qui ne pren-

4Définition disponible sur :
http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/5QKE
5Convention de Genève du 22 août 1864 pour l’amélioration du sort des mili-
taires blessés dans les armées en campagne ; Adoptée le 22 août 1864 à Genève ;
En ligne : http://www.crdp-nice.net/editions/supplements/2-86629-399-1/F8
_1_Conv_Geneve.pdf
6 La première Convention de Genève (I) protège les soldats blessés ou malades
sur terre en temps de guerre : il s’agit de la Convention (I) de Genève pour l'amé-
lioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées en campagne
du 12 août 1949 ; la deuxième Convention de Genève (II) protège les militaires
blessés, malades ou naufragés en mer en temps de guerre : il s’agit de la Conven-
tion (II) de Genève pour l'amélioration du sort des blessés, des malades et des
naufragés des forces armées sur mer, 12 août 1949 ; la troisième Convention de
Genève s'applique aux prisonniers de guerre : il s’agit de la Convention (III) de
Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, 12 août 1949 ; enfin la
quatrième Convention de Genève assure la protection des civils, notamment en
territoire occupé : il s’agit de la Convention (IV) de Genève relative à la protec-
tion des personnes civiles en temps de guerre, 12 août 1949. Les quatre conve-
nions sont en ligne sur le site :
http://www.humanrights.ch/home/fr/Instruments/Droit-interna.-humanitaire/
Conventions-de-Geneve/idcatart_5878-content.html
15 nent plus part aux combats (les blessés, les malades, les naufragés
et les prisonniers de guerre).
Toutefois, ces vingt dernières années, le droit international
humanitaire a subi des développements phénoménaux avec
7l’entrée en vigueur de la convention des Nations unies de 1980
8sur certaines armes classiques et leurs protocoles additionnels ,

7 La convention sur certaines armes classiques (CCAC), dont le nom complet est
Convention sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi de certaines armes
classiques qui peuvent être considérées comme produisant des effets trauma-
tiques excessifs ou comme frappant sans discrimination, a été signée le 10 oc-
tobre 1980 à Genève et est entrée en vigueur le 2 décembre 1983. Son principal
objectif est d'interdire ou de limiter l'utilisation de certaines armes convention-
nelles considérées comme pouvant provoquer des dommages excessifs ou inu-
tiles aux combattants ou comme pouvant frapper de manière discriminée les
personnes impliquées dans les conflits armés et celles qui ne le sont pas. En
ligne : http://www.icrc.org/dih.nsf/INTRO/500
8Il existe au total cinq protocoles additionnels relatifs à cette convention : Le
7Protocole I relatif aux éclats non localisables , signé le10 octobre1980et entré en
vigueur le2 décembre1983, compte 104 États parties. L'unique disposition du
Protocole est l'interdiction « d'employer toute arme dont l'effet principal est de
blesser par des éclats qui ne sont pas localisables par rayons X dans le corps
humain ». Le texte vise les armes qui blessent ou tuent en laissant dans le corps
des petits éclats (de verre ou de plastique, par exemple) et dont l'utilité militaire
est désormais insignifiante. Le Protocole II porte sur l'interdiction ou la limita-
9tion de l'emploi des mines, pièges et autres dispositifs , signé le10 octobre1980et
entré en vigueur le2 décembre1983. Le texte définit des restrictions dans l'utilisa-
tion des mines (et des pièges apparentés), notamment en prévoyant qu'elles
soient équipés de mécanismes d'autodestruction ou d'auto désactivation et
qu'elles soient détectables. Des dispositions sont aussi prévues pour la signalisa-
tion des champs de mines. Le Protocole III porte sur l'interdiction ou la limita-
tion de l'emploi des armes incendiaires(comme les bombes au phosphore ou au
napalm), signé le10 octobre1980 et entré en vigueur le2 décembre1983, compte
93 États parties. Ce Protocole interdit l'utilisation des armes incendiaires contre
des civils ou contre des cibles militaires situées à l'intérieur de concentrations
civiles. Restriction importante, le texte ne couvre que les armes utilisées inten-
tionnellement pour incendier une cible mais pas celles qui les enflamment de
manière collatérale. Ainsi, aux termes du Protocole, les dispositifs utilisant du
phosphore blanc pour ses propriétés fumigènes ou éclairantes peuvent être
eutilisées. Les États-Unis ont ratifié ce 3 protocole le 21 janvier 2009. Le Proto-
cole IV relatif aux armes à laser aveuglantes, a été signé le13 octobre1995et est
entré en vigueur le30 juillet1998, et compte 82 États parties. En particulier, ce
Protocole interdit « d'employer des armes à laser spécifiquement conçues de telle
façon que leur seule fonction de combat ou une de leurs fonctions soit de pro-
voquer la cécité permanente chez des personnes dont la vision est non améliorée,
16 avec la création par le Conseil de sécurité du Tribunal pénal inter-
national pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) institué le 25 mai 1995 par
la résolution 827 du Conseil de sécurité des Nations unies afin de
poursuivre et de juger les présumés responsables de violations
graves du droit international humanitaire sur le territoire de l’ex-
erYougoslavie ; depuis le 1 janvier 1991, c'est-à-dire durant les
guerres en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. La créa-
tion du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) le 8
Novembre 1994 par la résolution 955 du conseil de sécurité des
Nations unies afin de juger les personnes responsables d'actes de
génocide et d'autres violations graves du droit international huma-
nitaire commis sur le territoire du Rwanda, ou par des citoyens
errwandais sur le territoire d'États voisins, entre le 1 Janvier et le
31 décembre 1994, l’interdiction des mines antipersonnel par le

c'est-à-dire qui regardent à l'œil ou qui portent des verres correcteurs » (art.1). Le
texte comporte deux originalités par rapport aux autres Protocoles mis en place
dans le cadre de la Convention. D'une part, outre l'utilisation de ces armes, il en
interdit aussi le transfert d'État à État. D'autre part, il interdit une arme avant
même qu'elle ait été utilisée sur les champs de bataille. Le Protocole V relatif aux
restes explosifs de guerre (munitions non-explosées), signé le 28 novembre 2003
et entré en vigueur 12 novembre 2006, compte 23 États parties. Ce Protocole
réglemente la question des restes explosifs de guerre (comme les sous-munitions
ou les obus qui demeurent sur les champs de bataille après la fin des hostilités) en
requérant des États parties qu'ils mettent en place des mesures afin de réduire les
risques liés à ce types d'armes après la fin des conflits. En raison de la faiblesse de
ce texte, dès 2006, la Norvège a mené une coalition d'États désireux de parvenir
à la mise en place d'un traité fort et contraignant pour interdire les armes à sous-
munitions. Des négociations ont eu lieu en 2007 et 2008 dans le cadre du Proces-
sus d'Oslo et ont abouti le 22 février 2008 à la Déclaration de Wellington qui
précise les principes qui devront se retrouver dans le texte de la convention sur
les armes à sous-munitions, dont le texte final a été discuté et accepté par les
délégations de 109 États réunis à Dublin à la fin du mois de mai 2008. La con-
vention sur les armes à sous-munitions a été ouverte à la signature le 3 décembre
2008 à Oslo (Norvège) et "entrera en vigueur le premier jour du sixième mois
suivant celui au cours duquel le trentième instrument de ratification,
d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion aura été déposé" (art.17 de la con-
vention). Pour plus d’information sur ces protocoles additionnels consulter :
http://fr.wikipedia.org/wiki/convention_sur_certaines_armes_classiques (Der-
nière modification de cette page le 5 mai 2010 à 21:28, consultée le 13/06/2010 à
12 : 35)
17 9 10Traité d’Ottawa , et enfin, la signature à Rome , en juillet 1998 du
Statut d’une Cour Pénale Internationale (CPI) permanente pour
juger des crimes de guerre, des crimes de génocide, des crimes
contre l’humanité et des crimes d’agressions.
Ces développements du DIH ont suscité et suscitent encore de
vifs débats dans les milieux académiques et politiques. Mais ils
sont souvent plus connus (en particulier des médias) par les polé-
miques qu’ils suscitent que par leur contenu. Il est donc essentiel
d’en renforcer et d’en approfondir la connaissance.
Et pourtant, les idées humanitaires ne datent pas d’aujourd’hui.
D’un point de vue historique, de telles idées puisent leur source
dans la religion. En effet, de source religieuse à l’origine, juifs,
chrétiens, musulmans, tous sont d’accord pour l’assistance aux
démunis. Sous une vision plus philosophique, Aristote affirme
dans son éthique, à un devoir de solidarité entre les hommes. Cicé-
ron même, dans son traité des Devoirs met en avant l’obligation à la
e solidarité. Mais c’est surtout à la période des Lumières au XVIII

9 La convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, de son nom complet
Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines
antipersonnel et sur leur destruction (aussi appelée convention d’Ottawa ou traité
d'Ottawa), est un traité international de désarmement qui interdit l'acquisition, la
production, le stockage et l'utilisation des mines antipersonnel. La Convention a
été ouverte à la signature les 3 et 4 décembre 1997 et déposée le 5 décembre de la
même année à New York auprès du secrétaire général des Nations unies. Elle est
erentrée en vigueur le 1 mars 1999. La convention a été négociée afin de pallier
les insuffisances du Protocole II (sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi des
mines, pièges et autres dispositifs) de la convention sur certaines armes classiques
que de nombreux États jugeaient inadapté pour répondre efficacement au défi de
l'interdiction totale des mines antipersonnel. Malgré le large soutien international
envers la convention d'Ottawa, son succès demeure mitigé étant donné que la
majorité des États producteurs et/ou utilisateurs de mines antipersonnel refusent
d'adhérer au texte
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_sur_l'interdiction_des_mines_antiper
sonnel)
10Le texte du Statut de Rome est celui du document distribué sous la cote
A/CONF. 183/ 9, en date du 17 juillet 1998, et amendé par les procès-verbaux
en date des 10 novembre 1998, 12 juillet 1999, 30 novembre 1999, 8 mai 2000,
er17 janvier 2001 et 16 janvier 2002. Le Statut est entré en vigueur le 1 juillet
2002 ; document en ligne : http://www.icc-cpi.int/NR/rdonlyres/6A7E88C1-
8A44-42F2-896F/Rome_Statute_French.pdf
18 siècle que vont être posées les bases intellectuelles de l’idée huma-
nitaire avec une laïcisation progressive de l’assistance et de fonda-
tion de structures charitables.
Protéger donc l'homme contre les maux de la guerre est une
idée qui se retrouve chez tous les peuples depuis l'Antiquité. Dans
cette optique Jean Pictet affirme brillamment ceci : « on s'aperçoit
(…) que les principes humanitaires appartiennent à toutes les communautés et
qu'ils plongent leurs racines dans tous les terrains. Lorsque l'on réunit et que
l'on compare les diverses coutumes, les morales, les doctrines, qu'on les fond
dans un même moule et que l'on élimine ce qu'elles ont de particulier, pour ne
conserver que ce qui est général, il reste au fond du creuset, un métal pur qui
11est le patrimoine de toute l'humanité » .
Cependant, malgré ses origines lointaines, le droit international
humanitaire ne doit son rayonnement que grâce à des personnali-
tés historiques à l’image de Florence Nightingale (femme anglaise,
erprécurseur de l’humanitaire moderne et 1 prix Nobel de la paix)
et du Suisse Henry Dunant, fondateur de la Croix-Rouge (le futur
C.I.C.R), avec les premières normes juridiques (Conventions de
Genève). L’action humanitaire de notre époque s’est nourri de ces
héros qui ont introduit une faille révolutionnaire dans des con-
textes nationalistes clôt. S’attarder sur ces deux illustres personna-
lités ne fera qu’enrichir nos développements.
D’abord, s’agissant de la contribution la plus célèbre de Nigh-
tingale, elle survint lors de la guerre de Crimée, qui devint son
centre d'attention lorsque des rapports commencèrent à atteindre

11 Jean Pictet, citoyen suisse né à Genève en 1914, est docteur en droit de l'Uni-
versité de Genève (1955). Entré en 1937 comme secrétaire-juriste au service du
Comité international de la Croix-Rouge (CICR), il s'attacha dès cette époque à
préparer la révision des conventions de Genève de 1929. Après avoir été, pen-
dant la seconde guerre mondiale, un des principaux fonctionnaires du CICR et le
plus proche collaborateur du Professeur Max Huber, alors son Président, il fut
nommé Directeur en 1946 et Directeur général en 1966. Il a été membre du
Comité exécutif du CICR de 1967 à 1979 et Vice-président du CICR de 1971 à
1979. Après la seconde guerre mondiale, il assuma notamment la responsabilité
des travaux préparatoires ayant abouti, en 1949, à la conclusion des quatre Con-
ventions de Genève pour la protection des victimes de la guerre. Il prit une part
importante, en qualité d'expert, aux travaux de la Conférence diplomatique de
1949.
19 la Grande-Bretagne au sujet des conditions épouvantables des
blessés. En effet, le 21octobre1854, Nightingale et un groupe de
38 infirmières volontaires formées par elle-même, furent envoyées
(sous l'autorisation de Sidney Herbert) en Turquie, à environ 545
kilomètres de Balaclava en Crimée, où était basé le camp britan-
nique. Nightingale arriva début novembre 1854 à la Caserne
Selimiye à Scutari (aujourd'hui Üsküdar à Istanbul). Les infir-
mières trouvèrent des soldats blessés négligés par un personnel
médical débordé face à l'indifférence des officiers. Les réserves de
médicaments étaient limitées, l'hygiène négligée et les infections de
masse courantes, la plupart d'entre elles étant fatales. Il n'y avait
également aucun équipement pour préparer la nourriture des pa-
tients.
Nightingale et ses compatriotes commencèrent par nettoyer
complètement l'hôpital et l'équipement, et par réorganiser les
soins des patients. Cependant, pendant son séjour à Scutari, le
taux de mortalité ne diminua pas ; au contraire, il se mit à augmen-
ter. Le nombre de morts dépassa celui de tous les autres hôpitaux
de la région. Pendant son premier hiver à Scutari, 4077 soldats y
trouvèrent la mort. En mars1855, le gouvernement britannique
dut envoyer une commission sanitaire à Scutari, près de six mois
après l'arrivée de Nightingale. Les égouts furent nettoyés, la venti-
lation améliorée, et le taux de mortalité diminua rapidement.
Cette expérience influença sa carrière, et par la suite elle défen-
dit l'importance des conditions de vie sanitaires. Elle contribua
ainsi à réduire le nombre de morts au sein de l'armée en temps de
paix et dirigea son attention vers la conception sanitaire des hôpi-
taux. Nightingale fut accueillie en héroïne à son retour en Grande-
Bretagne le 7 août 1857. D'après la BBC, elle fut de toute évidence
12la victorienne la plus célèbre après la Reine Victoria elle-même .
Ensuite, en ce qui concerne Henry Dunant, son engagement
dans l’humanitaire est né d’un voyage qu’il effectue en homme
d’affaires en Italie en pleine bataille. En effet, le 24 juin 1859,

12 Pour avoir des informations complètes sur Florence Nightingale consulter :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Florence_Nightingale (Dernière modification de
cette page le 7 juin 2010 à 18:35 ; consulté le 13/06/2010 à 18 : 06)
20 autour de la petite ville de Solferino, les armées franco-sardes
livrent bataille aux Autrichiens. C'est l'épisode décisif de la lutte
pour l'unité italienne, mais c'est aussi le plus vaste égorgement que
l'Europe ait connu depuis Waterloo : dix heures de combat font
plus de 6 000 morts, plus de 30 000 blessés. Les services sanitaires
des armées franco-sardes sont débordés ; l'incurie de l'intendance
éclate au grand jour : l'armée française compte moins de médecins
que de vétérinaires ; les moyens de transport sont inexistants ; les
caisses de pansements ont été abandonnées à l'arrière et seront
renvoyées en France, encore plombées, en fin de campagne ; si
l'on en croit le rapport du général Paris de la Bollardière, intendant
en chef de l'armée française, il faudra six jours pour recueillir
10212 blessés. Soutenus par des camarades, s'appuyant sur des
bâtons ou sur la crosse de leur fusil, les soldats blessés se traînent
vers les villages avoisinants en quête d'un peu d'eau, de nourriture,
de soins et d'un gîte. Plus de 9 000 blessés parviennent ainsi au
bourg de Castiglione où l'on compte bientôt plus de gisants que
de personnes valides.
Henry Dunant n'est pas non plus un homme à fermer son
cœur à l'appel de la détresse humaine. Bref, il donna l'exemple et
chercha à organiser les bonnes volontés pour limiter au moins les
conséquences du désastre dont il est le témoin.
De retour en Suisse, il mobilise progressivement l'opinion pu-
blique. En juin 1862, il publie Un souvenir de Solferino, dans lequel il
propose la création de sociétés de secours et l'adoption d'un ac-
cord international. Le 17 février 1863, avec quatre autres person-
nalités suisses (Gustave MOYNIER, le Général DUFOUR, DU-
NANT, Louis APPIA, Théodore MAUNOIR), il fonde le Comité
international de secours aux militaires blessés, qui deviendra ulté-
rieurement le comité international de la Croix-Rouge (CICR).
S’il est indéniable que les actions héroïques de Nightingale et
Dunant, ont contribué à l’essor du droit international humanitaire
moderne, il n’en demeure pas moins que c’est avec les horreurs et
les massacres inégalables de la deuxième guerre mondiale, que la
prise de conscience de la gravité et de l’ampleur des conséquences
(environ 62 millions de morts en majorité des civils lors de cette
21 13guerre) que peuvent causer un conflit de cette nature, fut renfor-
cée. Juste après la Deuxième Guerre mondiale, l’humanité pris
davantage conscience de la nécessité d’un renforcement de la ré-
glementation internationale en matière du recours à la force, à la
violence et de la protection de la personne humaine dans ses
droits et ses libertés. En témoigne l’adoption de la convention
universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 visant la
protection des droits et libertés de l’être humain et celle des con-
ventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels pré-
cédemment mentionnés visant à donner un visage humain aux
affrontements armés.
La preuve de cette volonté manifeste d’assurer une protection
aux gens qui ne sont pas combattants ou qui ne sont plus combat-
tants dans les conflits, c’est que les quatre conventions de Genève
ont été mondialement ratifiées, ce qui signifie que chacun des états
14du monde y est partie . Aujourd’hui, quand on dit conventions de
Genève, tout le monde a le réflexe de savoir que cela évoque im-
médiatement dans le désordre : la guerre, le droit international
humanitaire, les prisonniers de guerre, les populations civiles, le
secours aux blessés etc. Bref, toutes sortes de dispositions qui,
c’est leur but, doivent contribuer à rendre la guerre moins inhu-
maine. Ces conventions ont actuellement un peu plus de soixante
ans pour les plus importantes. Mais hélas, entre la signature du
texte et le respect de ce droit humanitaire, il y a parfois un
gouffre : torture de prisonniers, exactions sur les civils, traitements
inhumains des blessés. Ce qui fait qu’on se demande souvent si les
violations sont les règles et le respect de l’exception, ou est-ce que
c’est l’inverse.
Tous les États ont signé, tous se sont engagés, mais tous ne
respectent pas les conventions de Genève de 1949 ni dans l’esprit
ni dans la réalité. Un exemple tout récent est celui de Guantanamo
où l’administration américaine avait regroupé une centaine de
prisonniers suspectés de motivations terroristes, l’on peut même

13 Pour les détails relatifs à la guerre, à ses horreurs et aux conséquences multi-
formes voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_Guerre_mondiale
14 La liste de tous les États ayant ratifié les conventions est en ligne :
http://www.icrc.org/dih.nsf/WebSign?ReadForm&id=375&ps=P
22