Du mitterrandisme au socialisme

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EAN13 : 9782296227064
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Du Mitterrandisme

au Socialisme

L'HARMATrAN
ESSAIS POLITIQUES SOCIOLOGIQUES,
AUBEGNY
BELKHIR &. HIRSCH BRAmANT et MARCOU CAMBADELIS CHAUDENSON COURCHA Y CI. COINTREAU E. DAVIS Mary J-C. R.

ETIDQUES
135F 110F

FormaJion et développement. Ven une inginiirie de la formaJion, 27lp ... Intelligence-Sociiti (Coll. Science libre), 234p Les droits de l'homme, universaliti et renouveau (COU. Logiques Juridiques), 432p Pour une nouvelle stralégie dimocralique. Trois itudes,

%lOF

200p.... ...

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98 F

Vers une révolution francophone. 1789: Révolution française. 1989: Révolution francophone, 24()p Histoire du point Mulhouse (CoU. Logiques Sociales), 212p
Privatisation

- L'art

112SF IOSF
lOOF

et les monières,

188p

Guide de l'industrie française, de la mine aux déchets, du riacteur à la bombe, I9Op DEBOUTILCLAVAlROLY Le désordre médical (Coll. Logiques Sociales), I6Op DENANTES Jacques La société malade du chômage (Coll. Développement et Emploi), 152p Promouvoir l'emploi, convivialité et partenariat (Coll. DE ROME FORT A. Logiques Sociales), lBOp DRAI&.THUANCao-Huy Guerre, éthique et pensée stratégique à l'ère thermonucléaire, 26Op FENETA. &.SOULIERG. Les minorités et leurs droits depuis 1789, 19Op GONTCHAROFF . G Guide du partenoriat des associations et des pouvoirs locaux, 145p Racisme scientifique, offensive contre l'égalité sociale HAGHIGHAT G. (Coll. Science Libre), 26Op La médecine malgré elle - Témoignage sur l'idéologie HULOT .PIETRI E. (dr) médicale française, 19Op ... ... ... La mutance, clef pour un devenir humain, I86p MACAIRE R. L'Austerlitz politique de la Ve République (Maurey, MAUREY H. de ... Guerdavid, Montassier), 208p Guide du développement local et social (pré! de P. MENGlN &. MASSON Saragoussi) (Coll. Logiques Sociales), J7Op
MULLER Pierre

110F 88 F 120F 98 F 250F 1401 88 F IJS F ... 95 F 95! 981 98 I 145I I1S 1
125 I 1001 901

L'Airbus

- L'ambition

européenne,

Logiques d'Etat, logiques

ORTOLAND André

de marché (Coll. Logiques Sociales), 256p Comment prévenir le crime? (Coll. Logiques Sociales), 2IOp

NAVlLLEN AN HEUENOORTLéon Trotsky Correspondance 1929-1939, 224p PERRIN-MARTIN J-P. Urbanisme, minimum d'insertion. Les Salmones, 2I6p POTEL Julien I/s se sont mariés et après? - Essai sur les prêtres mariés (Coll. Logiques Sociales), l6Op
RIDDER (de) Guido SABATIER René SENART/HAUTERNE SONCIN &. BENETIERE TURPIN Pierre

-

Du côté des hommes. A la recherche de nouveaux rapports avec les femmes, 22Op 105J Sida: l'épidémie raciste, 237p 1201 L'expansionfanatique et ses crimes, 237p 1201 Au coeur des Radios libres (Coll. Logiques Sociales), 256p... ... 1401 Le trotskysme aujourd'hui, 205p 1151

Patrice

Finel

Du MITTERRANDISME au SOCIALISME Manifeste pour le changement

L'Harmattan

5 - 7 rue de l'Ecole Polytechnique
75005 Paris

Du même auteur

P.Finel, M-N.Lienemann, Paris, 1983. Patrice Finel

A.Richard:

Pour réussir à gauche,

Syros,

39 ans, a adhéré au Parti Socialiste en 1970, a participé à tous les congrès du P.S depuis celui d'Epinay en 1971, a donc été acteur du rassemblement des socialistes, de la construction du P.S et maintenant témoin de sa décomposition. Responsable dans les années 70 de mouvements lycéens, puis secrétaire général de la M.NEF (Mutuelle Nationale des Etudiants de France), il a été plusieurs années secrétaire national du M.J.S (Mouvement de la Jeunesse Socialiste). Au carrefour du politique et du sociétal, il trouve sa place dans la mouvance autogestionnaire. Co-auteur avec Marie-Noëlle Lienemann et Alain Richard, sous le pseudonyme «Les Gracques» d'un ouvrage intitulé "Pour réussir à Gauche» (Syros 1983), il présente avec eux une motion au congrès du P.S de 1983, ayant pour titre: "Du bon usage de la rigueur pour transformer la société». Il présente au congrès de Rennes en 1990 une motion intitulée: «Redistribuer le pouvoir pour transformer la société».
Membre du Comité Directeur du P.S jusqu'en 1990, il est actuellement Conseiller Régional d'IIe-de-France et maire-adjoint d'une commune de la Région Parisienne, Vigneux-sur-Seine.

€)
ISBN:

L'Hannattan, 1991 2 - 7384.0868.0

Sommaire

Avant-propos

7

La gauche responsable de la crise de société
Le socialisme a-t-il disparu?

9

_____ 21
----29

Bâtir l'alternative socialiste

Evolution des couches sociales et
alternative socialiste

________

41

Nos valeurs-boussoles

__ _ _ __ _ 51

Un parti pour l'alternative?

__ __ _ 59

Faire vivre et étendre la démocratie_

_ 71

Pour un nouveau contrat salarial_ _ __ 83

5

Promouvoir un nouveau mode de développement: en finir avec le
social-productivisme_

________

97

Civilisation urbaine et socialisme

_ _ _ 123
_ _ 135

l'Etat, ses missions, ses structures les renoncements devant les
institutions publiques en crise

_____ 139

La défense

et l'armée

_ _ _ _ _ _ _ _ 149
165

Pour une politique économique socialiste Construire l'Europe - Bâtir un nouvel
ordre international

_________

175

Pour conclure _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ - 181

6

AVANT

PROPOS

" faut du courage ou de l'inconscience, et peutêtre les deux, pour publier aujourd'hui quelques réflexions sur la situation politique et essayer de dégager des pistes d'avenir pour la Gauche. Mais
comme le dit Thierry Gaudin: "IIest plus sérieux de libérer son imaginaire que d'avoir l'air sérieux. Quand on a l'air sérieux, on colle aux idées de son temps et on a toutes les chances d'être en retard d'un métro."
" y a dix ans, autant dire une éternité, les socialistes

avaient pour projet de "changer la vie", de construire un

"socialisme à la française". La longue litanie des renoncements est passée par là: le PS se trouve en état de jachère idéologique. Aujourd'hui, il auditionne des intellectuels, car :"Lorsqu'i!n'y a plus de projet, sinon la gestion des "compétents", l'idée même de justice sociale cesse d'être vivante. La lutte contre les inégalités s'enlise dans les querelles d'experts. Le Socialisme Démocratique ne survivrait pas à cette évolution." Même le texte officiel du P.S préparé par Michel Charzat est obligé de faire ce constat. Mais, dans le même temps, la guerre de tranchée interne se poursuit et le P.S perd aujourd'hui son âme avant de perdre demain ses électeurs. Entre les-tenants de l'ancien courant "Plus gau--

che que moi tu meurs", qui oscillent maintenant entre la

désolation nostalgique et la jouissance du renoncement sur fond d'ancrage nationaliste et républicain, et l'ex-deuxième gauche, aveuglée par une dérive technocratique, dont le principal représentant, Michel Rocard a inventé la "social-sondocratie", en déclarant que

7

les partis ne sont "nilégitimes, ni fondés à vouloir autre chose que ce que veulent les français"- prenant ainsi le risque de favoriser une forme nouvelle du populisme, négatrice du volontarisme politique - un compromis redoutable s'est installé: l'immobilisme et une forme de conservatisme. Et le gouvernement arrive peut-être à surnager, mais n'oublions pas que les plus habiles manoeuvres politiques n'ont jamais réussi à faire une politique.
Pour notre part, nous savons que la politique est et ne peut être que pédagogie, que sa mission consiste, à

partir d'une théorie et d'une pratique en accord, à susciter, à faire prendre conscience, à convaincre les citoyens. Aufond, la politique du Gouvernement est d'abord la théorisation de la modération. Alors même que c'est une véritable stratégie réformiste qui serait nécessaire, alliant mouvement social et action législative et publique. L'Histoirede France a été marquée de convulsions qui ont permis à notre pays d'assurer les évolutions qu'il n'avait su réaliser progressivement, et contrairement aux apparences, la société française a besoin d'avancées, d'initiatives et de changements. Alors? Un cycle se termine. Ayons l'audace d'être dans la décomposition, de jouer des contradictions pour être présents dans la recomposition.
Et le phénix renaîtra. Demain, la Gauche I

8

LA GAUCHE RESPONSABLE LA CRISE DE SOCIETE
"La vérité exigé

DE

de l'audace. Sans au-

dace, il ne peut y avoir de grande poliüque...du

moment qu'elle se fonde sur une véritable responsabilité, elle est la condition d'un
chemin politique conscient du but à attein-

dre. Les Partis et les hommes politiques
doivent risquer leur propre existence.
/I

(Karl Jaspers)

On nous répète constamment: le gouvernement "travaille bien", le bilan est "non négligeable", il n'y a donc aucune raison de déprimer ou de s'inquiéter. Ce prêche tient plus de la "méthode Coué" que de la réalité. Concept idéologique poussiéreux quand il en reste, projet absent, action quotidienne au fil de l'eau, organisation politique vermoulue, voilà où nous en sommes. La réélection dominatrice de François Mitterrand inscrite plusieurs mois avant les élections dans les sondages et l'état de grâce prolongé des deux années qui ont suivi étaient liées à une période de recul du

politique,d'angoisse devant l'avenir. Les français n'ont pas choisi le candidat qui incarnait le mouvement mais celui qui s'est fait le champion de la stabilité. Les français ont préféré la promesse du confort à celle de l'effort.Mitterrandest l'élu de la pause. L'ancien tribun qui promettait de
.

"changer la vie", le prophète qui ambitionnait d'achever 1789 en prenant les bastilles économiques, a rompu

9

avec la gauche en renonçant à transformer les structures de la société. Bonne tactique électorale pour être élu que la
campagne "force tranquille" et "La Lettre aux Français" qui l'appuyait, mais problématique pour l'avenir, quand on veut incarner une force de transformation socialel Iln'y avait en faitque trois engagements concrets: le Crédit-Formation, le Revenu Minimun d'Insertion, la NouvelleCalédonie, engagements tenus et tant mieux... J'oubliais la renationalisation de TF1 passée aux oubliettes I Pour le reste, l'impression générale dominante, et donc les engagements non explicités mais ressentis comme des points importants du projet Mitterrandien, étaient la construction européenne, la réduction des inégalités et le pouvoir d'intégration de la France, notamment par la formation, et une nouvelle vision institutionnelle qui développait la fonction arbitrale du président. Cela a survécu comme substrat de projet pendant deux années de nirvana morne et ramolli, avec l'éternel discours sur la mort des idéologies. Mais aujourd'hui, ce fond de commerce Mitterrandien est ébranlé dans ses soubassements. La société française est entrée en crise. Incertitude et désarroi perçent devant le constat de l'opulence indécente de quelques-uns, qui contraste avec la misère et la pauvreté qui se développent. Oui, les inégalités s'accroissent; indignation mal contenue à chaque commentaire autosatisfait du gouvernement devant "ses" bons résultats économiques, accompagnés d'une intention, quelque peu condescendante, d'être plus attentif au "social": la France va mieux et les français plus mail Absence d'espoir et non-implication 10

des citoyens se rajoutant... Les éléments d'un coktail redoutable sont rassemblés, car il s'agit de crises au pluriel dont le PS est très largement responsable.

Une crise morale
''Les promesses n'engagent que ceux qui y croient." Cette forte parole, attribuée à Charles Pasqua, un spécialiste en matière de promesses, n'a malheureusement pas été expliquée au "peuple de gauche" avant 1981. L'abandon du projet politique de rupture avec le capitalisme, qui devait assurer la sortie de la crise et préparer le changement de société a donc engendré une profonde et durable désillusion d'une large fraction de cet électorat. La gauche est au pouvoir depuis 1981 (avec un court entracte de 86 à 88) et pour le moment, la clé de l'espérance est sous le paillasson, l'espoir de changer la vie n'est plus; les socialistes savent maintenant gérer, ils ont une culture de gouvernement I Mais prendre la mesure des contraintes du réel, ne doit pas signifier sombrer dans la "gestionite". Entre 1981 et 1989, la valeur des actions françaises est passée de 100 à 508 à la Bourse de Paris, soit une hausse de 408%, performances inouïes, record absolu I La Bourse triomphe'BDans le même temps, le SMIC n'a crû Que de 76%! !! De 82 à 88, la part des revenus du capital est passée de 9,7% à 15,6%, celle des salaires a décru de 65 à 60%, l'impôt sur les bénéfices des sociétés a été ramené de 50 à 34%, même la part distribuée est moins taxée qu'en 1981: le Capital est aujourd'hui en excellente santé, encore un effort et le patronat sera socialiste! I! Les porteurs de capitaux ont vu leur

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pouvoir d'achat s'améliorer
.

plus vite que les salariés..,

Le Gouvernement

est aujourd'hui

rallié aux lois du

marché mondial, à la logique du profit, à l'économisme des grands équilibres. Il a signé l'abandon, sans combat, de toute alternative au système dominant; alors que le marché n'est qu'une composante de l'économie, le gouvernement nous le sert comme finalité avec "l'économie de marché", Il a également abandonné toute perspective d'avancer vers un nouveau mode de développement à l'échelle mondiale, plus juste, moins inégalitaire, mettant en avant les énergies renouvelables. Le discours à l'assemblée nationale de Michel Rocard, justifiant la guerre le 15 janvier 1991, est révélateur: "II faut préserver la "veine jugulaire" de l'économie mondiale": le pétrole. Ces renoncements sur le plan économique viennent de s'accompagner d'une capitulation sur le plan international. Dans le conflit du Golfe, la détermination de George Bush a entraîné ses alliés, dont la France, dans la spirale infernale de la guerre et la construction d'un nouvel ordre mondial sous hégémonie américaine. Le décalage entre les discours de départ, tel le discours de François Mitterrand à l'ONU le 24 septembre 1990, et les actes est consternant. A moins que les seuls objectifs de la gesticulation de la France - avec son plan de paix du 15 janvier, plan au demeurant excellent mais dont on sait maintenant qu'à aucun moment la volonté politique de le remettre au Conseil de Sécurité n'a existé -, aient été de sauver la face sur la scène mondiale et d'empêcher l'émergence en France d'un mouvement de masse contre la guerre. Sur le plan international, nous venons de vivre un tournant important, qui annonce une sortie de Yalta non

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pas vers un nouvel ordre mondial plus juste et multipolaire, mais vers l'ordre américain. Et ceux qui avaient placé leurs espoirs dans l'utopie socialiste sont ceux qui subissent le plus durement la politique actuelle: désindexation des salaires, suppressions d'emploi: environ 1,8 million au cours du premier septennat (dont 900.000 dans l'industrie, 400.000 dans l'agriculture), le nombre des chômeurs étant passé de 1,7 million à 2,6 millions. Ce chiffre, pour l'essentiel, résiste aujourd'hui aux quelque 300.000 emplois créés par an ces deux dernières années, et de plus, il s'agit là du chiffre officiel des demandeurs d'emploi, il faut lui ajouter au moins 1 million de personnes qui ont renoncé à chercher une activité salariée: nul ne les voit, nul ne les entend, ils restent discrets et résignés. Le sort des chômeurs de longue durée, dont le nombre s'accroît régulièrement, devient chaque mois plus cruel. Nombre de ces familles basculent chaque jour dans "la nouvelle pauvreté" et l'exclusion, deux maux qui frappent bientôt 4 millions de personnes: chômeurs en fin de droit, sans ressources ni protection sociale, anciens immigrés sans emploi, jeunes précarisés et exploités dans l'intérim, les petits boulots et les stages de pseudo-formation. L'accroissement des inégalités au cours de ces années 80, constaté dans les dernières études du C.E.R.C (Cent!e d'Etude des Hevenus et des Goûts) mesure donc les résultats d'une politique. En effet, l'écart entre les revenus les plus faibles et ceux les plus élevés s'est accru. Il a également augmenté en ce qui concerne la consommation des ménages: l'écart entre les dépenses du quart des ménages les plus riches et du quart des plus pauvres s'est fortement accentué, la consommation des premiers a

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décollé, celle des seconds a stagné (Etude de l'INSEE entre 1985 et 1989). La concentration des patrimoines est en augmentation: 10% des français les plus riches possèdent aujourd'hui 54% du patrimoine global! La gauche au pouvoir, c'est donc l'aggravation des inégalités! Et ila falluattendre 1989 pour que se mette en place le modeste A.M.I. Que François Mitterrand, en mars 1990, à l'émission 7 sur 7 sur TF1 en soit amené à dire:"Personnellement, j'ai 5 ans devant moi pour faire mentir le principe selon lequel un gouvernement de gauche pourrait être producteur d'inégalités..." en dit long sur la réalité du bilan!!! Nous avons relancé les marchés financiers, modernisé la Bourse, restauré les marges des entreprises. Mais nous avons considéré hors de notre portée de réformer la fiscalité, de rendre plus justes les prélèvements sociaux et de redistribuer les richesses. Jacques Chirac a perdu la bataille des présidentielles, mais Edouard Balladur semble gagner tous les jours davantage celle des idées. Le Financial Times nous fait d'ailleurs des compliments: Mitterrand mieux que Thatcher!! !. Un respect révérencieux pour la fortune est devenu le néoarchaïsme de la Gauche. Il y a 10 ans, nous confondions économie de marché et capitalisme pour jeter l'une et l'autre aux orties. Aujourd'hui, ~ous confondons liberté d'entreprendre et culte de l'argent pour les porter aux nues. Au Panthéon socialiste, Bernard Tapie a remplacé Che Guevara. De tous côtés, l'immobilisme est en marche. Les socialistes auront poussé le paradoxe au bout: nous avons réussi à sortir le pays de la crise en évitant une tragédie sociale comme en Grande-Breta-

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gne, mais en étant incapables de réduire les inégalités; il n'y a aujourd'hui pas de différence entre la gestion socialiste et celle des néo-libéraux. L'absence de projet, de perspectives de transformation sociale, nos renoncements successifs depuis 1983, réduisent le Socialisme au traitement social du capitalisme. Et finalement, le gouvernement Rocard est un honnête gouvernement de centre-droit. Ce fut là pour un grand nombre une désillusion de plus. Certains espéraient un Premier Ministre imaginatif, audacieux et réformateur, et ils n'ont eu qu'un homme mettant ses idées dans sa poche, son mouchoir par-dessus, et appliquant sans états d'âme une politique désespérément classique, respectant tous les dogmes de la société dominante, fondée sur une gestion prudente, voire timorée, et s'intéressant plus à l'audimat des sondages qu'à la trt;irlsformation de la société. "L 'homme politique aux idées les plus réformistes que la France ait connu depuis 20 ans accède au pouvoir et se métamorphose en néo-conservateur. Etonnante transubstantation: nous attendions Mendès-France et nous retrouvons Queuille" (Alain Mine, un des plus fameux déçus du rocardisme.) Ce. positionnement de centrE)-cjroit. est cI'ailleurs confirmé par une étude SOFRES, paru dans le Monde en juin 90: "Si l'on examine les évolutions non pas sur 1 ou 2 mois, mais en prenant davantage de recul, on constate un impressionnant déficit de l'électorat populaire. En 18 mois,

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le gouvernement n'a perdu qu'un point de popularité chez les cadres, 3 chez les personnes travaillant à leur compte, 6 parmi les électeurs de Chirac, et il en a gagné 7 chez les personnes disposant d'un revenu mensuel supérieur à 20.000 francs. Parallèlement, la baisse est de 24 points chez les employés, 20 chez les ouvriers, 21 chez les salariés du secteur public, 19 chez les personnes à faible revenu, 14 enfin parmi les électeurs de François Mitterrand au second tour de la présidentielle. " Evidemment, ce constat désastres électoraux! en l'état induit des

Ce décalage impressionnant entre les programmes de la gauche, les espérances qu'elle incarnait et la réalité, auquel sont venus s'ajouter les scandales liés au financement des partis et des campagnes électorales, le spectacle sclérosé, mesquin et médiocre qu'offre le fonctionnement des organisations politiques, font que la crise morale est profonde, le résultat est connu: grève des urnes, effondrement du militantisme, repli sur soi, complaisance envers les démagogues. Le remède dépend de nous. Reconstruire la gauche y contribuera fortement.

Une crise des idées
Pendant longtemps, de nombreux Cassandre en bataille contre la gauche anncnçaient la mort des idéologies. aura fallu attendre que la gauche gagne " pour leur donner raison. 16

Aujourd'hui, c'est "le désert français", la production d'idées politiques est interrompue. A un moment où l'Europe de l'Est se métamorphose, où la construction européenne s'accélère, où la société civilecherche à s'adapter à grande vitesse, ce silence est impressionnant. Je vois deux raisons à cela: d'abord, les hommes politiques de gauche, au pouvoir, n'ont plus l'ambition de mener les foules, mais seulement celle de refléter l'image qu'ils se font de l'opinion publique et ainsi de rester dans leurs palais dorés, moyennant quoi, - au marginal près! -, les idées politiques s'autocensurent. Du coup, point d'horizon, point d'idéal! Ensuite, le gouvernement Rocard a adopté comme méthode de gouvernement le "consensus". Elevé au rang d'orientation politique, celui-ci repose sur une constante célébration de valeurs réputées communes et sur un effort de localisation, à la marge, des conflits dont le confinement même démontre à la fois qu'ils ne mettent pas en cause l'indispensable "consensus" sur l'essentiel, et qu'ils se règlent conformément à ce principe. Cet art de gouverner a une indéniable efficacité tactique puisqu'il permet à son acteur principal de rester très haut dans les sondages et donc de préserver ses chances d'accéder un jour à l'Elysée. Mais cela est stratégiquement désastreux. Ëri soumettant T'électorat de gauche à une logique du moindre mal, en engluant l'opposition dans l'idéologie de "nos valeurs communes", le gouvernement n'assure son maintien au pouvoir qu'en laissant le soin de "fairede la politique" à ceux qui osent, seuls, ne pas se reconnaître dans le consensus. C'est-à-dire, aujourd'hui, le Front National, qui

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acquiert ainsi une forme d'hégémonie

que le débat politique thèmes qu'il agite. Une société ne peut se passer d'espérance, d'idéal et d'objectif collectif, sauf à compromettre son équilibre et sa cohésion. Une démocratie a besoin de clivages et d'alternatives. D'une manière générale, une société démocratique ne peut être une société paisible où une "immense majorité" d'hommes et de femmes communient chaque soir dans le respect des valeurs partagées, et se rassurent quand le besoin s'en fait sentir, en faisant bloc contre une "infime minorité" de dangereux provocateurs. Une société démocratique est, au contraire, une société fondamentalement divisée, la seule en réalité, où puissent coexister des individus et des groupes aux conceptions et aux aspirations inconciliables et qui se réclament de leurs irréductibles divergences. Aussi, l'ambition d'un régime démocratique ne peut-elle être de réconcilier les antagonismes, mais bien d'inventer les règles qui, sans effusion de sang mais aussi sans compromission, permettent la relance perpétuelle de leur affrontement. Quand au tempérament démocratique, il n'est affaire ni de tolérance, ni d'oecuménisme; il repose seulement sur cette certitude qu'on ne vaincra jamais l'adversaire "une fois pour toutes" et il implique, par conséquent, une radicale méfiance envers tous ceux qui entendent définitivement mettre fin au dissentiment. cette politique du consensus, rebâtir la gauche, sinon la crise des idées sera bientôt une crise d'identité.

idéologique, ne se trouve qu'autour

puisdes

Il faut donc en finir avec

18

Une crise institutionnelle En un septennat, pratiquement rien n'a bougé dans la répartition des pouvoirs. Au sein de la société civile, les citoyens sont de plus en plus sollicités; on leur demande toujours plus d'initiatives, de responsabilités, de qualifications. Au sein de la société politique, en revanche, on les traite comme des figurants, on les dissuade d'intervenir, on les engage à la passivité. Ce dédoublement de personnalité - être des activistes de la société civile et des apathiques de la société politique -, est de l'aliénation civique. Les causes sont connues: 30 ans d'une Constitution césarienne - que François Mitterrand, son premier pourfendeur, s'est bien gardé de toucher, ne remettant en cause aucun des privilèges régaliens qu'elle contient, ont réduit le citoyen au rôle de spectateur. La Constitution de la Vème République organise la négation du politique, le contournement de l'expression démocratique et la prédominance de la technocratie sur toutes les aspirations de la société; son déséquilibre s'accentue et son déficit démocratique s'accroît. Un Parlement au pouvoir limité,à l'initiativebridée comme s'il fallait contenir la démocratie, dont les français se détournent, un exécutif omniprésent à travers quelques centres de pouvoirs de décision, pastoujours clairement identifiés et impossibles à sanctionner: le pouvoir qevient opaque et inabordable pour le citoyen. Une culture de la fatalité, une infantilisation des élus eux-mêmes, un sentiment d'impuissance face aux évolutions, deviennent alors la règle. Le décalage croissant entre les intentions du législateur et la mise en oeuvre des décisions ajoute au discrédit entretenu du

19

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