Du néant sarkozyen au vide hollandien

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Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux voulu refonder le pouvoir sous la Ve République. Sans contester cette prétention, cet essai essaye d'en dérouler la logique interne pour en faire surgir les singularités et contradictions. L'auteur expose ces présidences à leur propres discours et détaille les tensions qui les entourent. De la politique du néant à la politique du vide, ces tentatives de refonder le pouvoir sont toujours rattrapées par ce à quoi elles tenteraient d'échapper.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782336394190
Nombre de pages : 278
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David FONSECA
Du néant sarkozyen au vide hollandien
e Généalogie de l’ar t de gouverner sous la V République
Du néant sarkozyen au vide hollandien
David FONSECA
Du néant sarkozyen au vide hollandiene Généalogie de l’art de gouverner sous la V République
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07405-4 EAN : 9782343074054
«Suis-je comme je crois être ou comme les autres croient que je suis ? Voici où ces lignes deviennent une confession, en présence de mon moi inconnu et inconnaissable pour moi-même. Voici où je crée la légende dans laquelle je m’ensevelis. »  M. de Unamuno,Le sentiment tragique de la vie.
Mes remerciements les plus vifs vont à MMe les Professeures et MM. les Professeurs : Julien Boudon, Olivier Cayla, Eric Desmons, Jean-Marie-Denquin, Carlos Miguel Herrera, Michela Marzano, Sandra Szurek, Guillaume Tusseau, pour m'avoir conseillé et défendu ce projet. À Stéphane Rials, pour en avoir été à l'initiative. À Frédérique Coulée, plus spécialement, pour son soutien de chaque instant. Mes remerciements vont également à l'Université d'Evry, pour m'avoir attribué des Frais de Rayonnement pour la Recherche, sans le concours desquels les conditions de la publication auraient été autrement difficiles. Pour Jasmine, Elhora, Manys et Lehna. Mes parents. Christine et Sébastien.
AVANT-PROPOS
La politique est morte. En déroute. Prenant en compte tout à la fois l’abstention électorale, l’audience croissante des forces protestataires, et le discrédit de la classe politique régulièrement mis au jour par les sondages, des observateurs ont ainsi émis des diagnostics allant de la dépolitisation à la « crise de la politique » (A. Bertho) ou à la « dévaluation du politique » (F. Furet), du « malaise dans la représentation » (P. Rosanvallon) ou de la « crise de la représentation politique » (H. Portelli) à la « politisation négative » (J.-L. Missika). La politique avait pourtant pour projet de prendre le monde en réparation. Un pari qui ne se gagnerait que par la puissance du risque. Mais partout, par tous, le même constat : l’homme politique ne dirait plus rien. Il ne parlerait plus. Son disque tournerait : machine parlante, glissade se terminant dans les flots de l’éloquence passionnelle, verbalisme enraciné dans les préoccupations à la petite semaine. La petite musique des hommes politiques est, en effet, décriée : musique qui dit oui, critique-t-on, seulement capable d’ânonner. Musique obsédante qui ne se chercherait pas des points de fuite, une ouverture : jamais fatigué de se frayer un chemin à travers ses certitudes. Petite musique qui s’hallucinerait même de soi en sommeilleux mystère : faire semblant de remuer le fond, mais glisser en surface. Plus ce discours politique avancerait, plus il sentirait ainsi la victoire de sa défaite : car où se trouve l’intérêt de ce discours politique ? Son diamant ? A quel degré cesse-t-il de se caricaturer, de rouler sur lui-même comme une toupie géante ? Semble-t-il, chacun de ses mots travaillent, avancent, dans la plus stricte économie, pour compter dans l’addition finale : bureaucratiser la pensée, assurer le règne de l’anonyme. Le politique ne ferait plus de politique. Symboliquement, depuis 1989, la chute du Mur ayant fait gagner par contagion le « capitalisme mondialisé », la « démocratie libéralisée/financiarisée », le politique se serait transformé en bon père gestionnaire de la famille nation. Il ne proposerait plus de « grand récit », nécessaire à la vie démocratique, qui avait pourtant fait de la logique de confrontation des projets son mode d’être. L’Etat serait 1 devenu « fonctionnel ». Une machine efficace chargée de remplir une
1  L’expression est de G. Burdeau, qui en faisait déjà le constat en 1970.
fonction : gérer au mieux ce qui existe dans l’intérêt de tous, comme un syndic de copropriété, et non plus de proposer des valeurs, le politique ne cessant de reculer devant le « technique ». Le discours politique donnerait alors très exactement la sensation barométrique du trajet de la foi qu’il faut y mettre pour se convaincre qu’il puisse seulement être formulé en véritable projet pour «faire société», disque voué aux seules rayures de la répétition. C’est pourquoi lui reproche-t-on le plus souvent de répéter toujours la même chose, de ne faire aucun progrès, de se trouver dans un état de banquise mentale : « Le changement, c’est maintenant », dit le slogan du candidat F. Hollande à la présidentielle 2012, mis en musique sous sa forme contemporaine, le clip. « Le changement c’est maintenant », comme l’ont entonné tous les candidats aux présidentielles depuis le début de la Ve République. Du changement ? Une constante. Slogan qui signifie dès lors : soit, si le changement c’est toujours maintenant, l’abandon des promesses tenues la veille : « Le reniement, c’est maintenant » ; soit, si le changement est toujours la règle, que le changement, dans son immutabilité, consiste donc à ne rien changer : « Le conservatisme, c’est maintenant », l’autre nom du gouvernement au « centre ». A ce degré, le politique ne dirait plus rien. Suspendu, en pleine (in- ?)cohérence. Un ronflement qui consisterait en des rumeurs de couloir. Toujours la même litanie, entend-on encore à propos de lui : monts et merveilles promis, plusieurs fois promis, d’une imposture qu’étreint une langue simulée, captieuse et morte, auxquels pieds et mains liés la/le politique se donnerait de tout cœur tandis que son langage distrairait avec une monotone insistance, efficace peut-être mais point assez puissante pour qu’il en impose complètement l’image, qu’un monde soit, que des êtres se dressent, et qu’un langage vrai ait cours et teneur. Ce discours, conclue-t-on, devrait donc savoir se reposer de cette manie discursive chez lui de feindre. Est-ce seulement possible ? Il ne semblerait pas que ce soit le cas à lire ses contempteurs : « tous menteurs », entend-on. Pour la seule présidence actuelle, F. Hollande, encore, qui déclarait la guerre à la finance, serait devenu l’« intime » des patrons et consorts, inféodé au 2 MEDEF. Ainsi, décidé le 30 mars 2015 lors d’une réunion secrète à l’Elysée : la fin des 35 heures légale, la simplification des licenciements économiques, plus de seuils sociaux dans les entreprises de moins de 300 salariés, et peut-être, demain, la fin de la sécurité sociale obligatoire, la fin de la gestion par le patronat et les syndicats de l’assurance chômage... Mais cette gauche droitisée serait-elle responsable de ce déni ? Evidemment non, corrompue qu’elle aurait été dès son arrivée au pouvoir sous la Ve République en 1981. Née dans le bois courbe, elle bégaierait son histoire : le tournant de la rigueur assumé en mars 1983 par F. Mitterrand, après l’échec d’une politique économique de gauche, la relance. Mars 1983/Mars 2015 :
2  Une « taupe », qualifiée comme telle par le journal « Les échos », en date du 31 mars, aurait fait connaître au quotidien le contenu de ladite réunion.
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« Le reniement, c’est maintenant », disions-nous. Mars, pour la « gauche » ? Le mois des giboulées. La « droite » ? « Ensemble tout est possible », disait la formule de campagne pour la présidentielle 2007 du candidat N. Sarkozy. Proprement : tout et son contraire. « Travailler plus pour gagner plus » entonnait le candidat en 2007. 2010 : il faudra « travailler deux ans de plus 3 sans gagner plus ». Le bouclier fiscal ? Mesure phare pour rassurer les « plus riches », abandonnée en avril 2011. 2007, toujours, en campagne : 4 « Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer ». Octobre 2010 : la réforme des retraites reporte l’âge de départ à la retraite à 62 ans en 2018. Le candidat N. Sarkozy avait encore promis un gouvernement paritaire. En mai 2007, on compte 7 femmes sur 15 ministres dans le gouvernement. Quatre ans après, suite aux départs de R. Dati, C. Albanel, C. Boutin, R. Yade ou « MAM », il n’y a plus qu’un tiers de femmes dans le gouvernement. La politique d’ouverture ? En février 2007, N. Sarkozy avait promis d’être le « président de la réconciliation », lâchant : « Je crois à la nécessité de l’ouverture aux autres » et « ne suis pas candidat pour rassembler uniquement ceux qui ont toujours pensé de la même façon ». Trois ans et demi plus tard, le remaniement de novembre 2010 marque la fin de cette politique : B. Kouchner, J.-M. Bockel et F. Amara sont poussés vers la sortie. Ne reste plus qu’E. Besson au gouvernement parmi les figures de l’ouverture. L’environnement ? Le chef de l’État renie ses engagements du Grenelle de l’environnement et envoie F. Fillon annoncer l’enterrement de la taxe carbone en mars 2010. Faut-il continuer la litanie ? Certains le 5 martèleraient et exigeraient : « Tenez enfin vos promesses ! » N. Sarkozy, après autant de renoncements, l’aurait pris très au sérieux : « Mais si les Français devaient ne pas me faire confiance, est-ce que vous croyez vraiment 6 que je devrais continuer dans la vie politique ? La réponse est non ! » Il se présentera à la présidentielle 2012. Est toujours candidat déclaré pour celle de 2017. Ainsi, de droite à gauche, continue-t-on de critiquer, ce même discours qui, toujours, nécroserait : l’acuité de leurs contradictions, qui serait censé opposer personnel politique de « gauche » et de « droite », fournirait ainsi des armes aux misologues de toutes provenances. A prêter l’oreille à ces discours politiques sommeilleux, on aurait le sentiment de relire le pamphlet de Lucien de Samosate,Philosophes à l’encan, qui s’amuse à ridiculiser les écoles cynique, stoïcienne, épicurienne, sceptique, révélant ainsi au spectateur le spectacle dérisoire de ces philosophes qui ne cessent de se
3  Début janvier 2010, déclaration faite aux ouvriers d’Airbus.4  Document de campagne.5  R. Cayrol, « Tenez enfin vos promesses ! Essai sur les pathologies politiques », Fayard, Paris, 2012, 224 p.6  27 avril 2012, discours de campagne.
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