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Dynamiques et résistances politiques dans le nouvel espace européen

De
233 pages
Alors que certains célébraient la plus importante consultation électorale transnationale jamais organisée en juin 2004, d'autres insistaient sur la montée inexorable de l'abstention. De vraies questions de fond sont objets de débat et portent sur le modèle de légitimité et de représentation politique sur lequel repose l'Union européenne. Le présent ouvrage est consacré à l'analyse des résultats des élections européennes de 2004, il met aussi en perspective le débat sur l'avenir de l'Union.
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Dynamiques et résistances politiques dans le nouvel espace européen

Cahiers de la Nouvelle Europe 5/2005

Série publiée par le Centre Interuniversitaire d'Études Hongroises Université Paris III - Sorbonne Nouvelle

Directeur de la publication Patrick Renaud

Secrétariat de Rédaction Kati Jutteau, Judit Maar, Martine Mathieu, Traian Sandu, Maria Vagasi

1, rue Censier 75005 Paris Tél:0145874183 Fax: 01 43 37 10 01

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

Sous la direction de Élisabeth du REAU Christine MANI GAND Traian SANDU

Dynamiques et résistances politiques dans le nouvel espace européen

Cahiers de la Nouvelle Europe Collection du Centre Interuniversitaire d'Études Hongroises N°S
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

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Problématique de la littérature européenne, N° 4, 2005

www.1ibrairieharmattan.com e-mail: harmattanl@wanadoo.fr cgL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9009-7 EAN : 9782747590099

Élisabeth DU REAU Professeur à l'Université de Paris III Sorbonne Nouvelle Directeur de l'École doctorale Espace européen contemporain

Introduction générale: Quelles dynamiques politiques dans l'Union élargie?

Le 10 mai 2004 l'Union européenne accueillait 75 millions de nouveaux citoyens, de dix nouveaux États, cinq décennies après le lancement du projet d'intégration européenne. Aujourd'hui, l'Union européenne élargie à 25 constitue un espace de près de 4 millions de km2 et rassemble un peu plus de 455 millions d'habitants. Cette nouvelle Europe est la deuxième puissance économique mondiale (avec plus de 28% du PIB mondial) et la première puissance commerciale du monde. Mais ce géant économique peut-il devenir à terme un acteur international, à part entière et une puissance politique? Après les premières élections européennes de l'Union élargie, en juin 2004, la récente signature, à Rome (le 29 octobre 2004), par les représentants des 25 gouvernements, du Traité constitutionnel constitue un tournant important dans le processus d'unification européenne. Mais de nombreux défis doivent être relevés dans un proche avenir par les gouvernements et les peuples de cette Union en expansion. Cet ouvrage propose une analyse stimulante des premières étapes de la construction politique de ce nouvel espace européen. Une question initiale se pose au lendemain des élections européennes de juin 2004. Comment interpréter les résultats des élections marquées par une très forte abstention des électeurs? Quelles sont les perspectives ouvertes par l'arrivée des parlementaires représentants les dix nouveaux États? Quels nouveaux équilibres et quelles dynamiques au sein du Parlement européen recomposé? Les réponses proposées sont plurielles. Certains auteurs de fondant sur le croisement des sources présentent une intéressante approche comparative. C'est le cas de la belle synthèse sur laquelle s'ouvre cet ouvrage, l'étude de Corinne Deloy intitulée «Vingt cinq élections nationales ne font pas un scrutin européen ». Cette analyse 7

souligne trois convergences: la faible mobilisation des électeurs pour ce scrutin, l'importance du vote sanction et l'échec relatif des souverainistesl. Cependant les études de cas observées à partir des résultats enregistrés de l'ouest à l'est de l'Europe et les propos conclusifs de Jérôme Cotillon ne concordent pas tous avec cette analyse. C'est tout l'intérêt d'une confrontation des points de vue exprimés à l'occasion du colloque qui a réuni, le 25 juin 2004, des contributeurs français et étrangers sut le thème: «Les enseignements politiques des élections européennes de juin 2004 ». À partir des observatoires des capitales de l'ancienne Union des quinze, certains commentaires convergent. Ainsi Lucile Debras, pour le cas français et Magdalena Revue, pour le cas allemand, soulignent le faible intérêt de l'électorat pour le scrutin européen (deux tiers de l'électorat s'affirme peu ou pas intéressés par les élections européennes), un taux de participation identique (43 % pour la France et pour l'Allemagne) et dans les deux cas l'importance du vote sanction, confortent, pour Paris et Berlin, les analyses de Corinne Deloy. Les comparaisons effectuées à l'issue du scrutin entre les résultats de deux autres voisins, le Royaume-Uni et l'Italie, font apparaître des spécificités plus marquées. La disparité des taux de participation, 38 % au Royaume-Uni, mais 73 % en Italie témoigne de traditions politiques différentes et est liée à des pratiques fort différenciées. Selon Angélique Limongi, le vote italien aux européennes ne constitue pas un vote sanction. Pour Olivier Cassagnau, l'analyse du scrutin britannique s'avère délicate. La poussée de l'euroscepticisme du parti UKIP ne peut pas être considérée comme un simple vote anti-Blair, elle traduit un mouvement de fond plus radical qui envisage même l'éventualité d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Enfin, l'attitude des électeurs à la périphérie nord et sud de l'Union est également fort intéressante. En Grèce, le taux de participation est resté élevé depuis 1984. Avec un taux de 62,8 %, la Grèce fait partie des bons élèves de l'Union. Mais cette forte participation coïncide-t'elle avec un intérêt pour les enjeux européens? Comme le souligne Maria Gianniou, les critères qui ont influencé la décision du peuple ont été purement d'ordre national. Le parti conservateur Nea Demokratia s'est
I Alain LAQUIEZE et Anne PAYNOT, L'Union européenne tend elle à devenir un Etat ?, Paris, Fondation pour l'innovation politique, novembre 2004. 8

trouvé en première position, mais il s'agit plutôt d'un deuxième tour des élections nationales que d'un choix européen. En Finlande le taux de participation, 41%, est proche de la moyenne européenne mais il s'agit d'un progrès par rapport aux élections précédentes (31,4% en 1999). Ici aussi, selon Katia Smedslund, les intérêts nationaux l'ont emporté largement. Le débat s'est cristallisé sur les doits et avantages potentiels des Finlandais comme citoyens européens dans l'Union européenne. Les électeurs européens ne sont donc pas mobilisés massivement dans les quinze États de l'Union européenne en faveur d'une institution qu'ils connaissent mal en dépit d'un important renforcement de son rôle depuis le Traité de Maastricht. Ce déficit d'image est-il perceptible dans les nouveaux États de l'Union? Quelle a été la mobilisation au sein de l'électorat des dix nouveaux membres? Comme le souligne Thomas Schreiber, dans son propos introductif, l'Europe centrale et orientale manque d'expérience démocratique prolongée. Dans la période récente, la mise en œuvre des réformes économiques a suscité une aggravation des inégalités, d'où l'apparition de divers mouvements d'opposition parfois teintés de populisme. Dans ce contexte, les élections européennes ont été peu mobilisatrices, le taux de mobilisation chez les dix se situant à un peu moins de 27%. Par ailleurs, dans plusieurs États, le scrutin est apparu comme un sévère vote sanction des équipes gouvernementales qui avaient prôné l'adhésion à l'Union européenne. Les études de Miroslav Novak et de Marketa Brustlova mettent bien en évidence, dans le cas tchèque la victoire de l'opposition conservatrice (ODS) et le revers sérieux pour la coalition gouvernementale menée par la social-démocratie (CSSD). La très intéressante contribution de Dominika Tomaszewska souligne, pour la Pologne, l'émergence de deux mouvements d'opposition eurosceptiques « Plate-forme civique» et « Auto-défense ». Par ailleurs le bon score de la « Ligue des familles polonaises» est un autre indice puisque ce parti ultra catholique est arrivé en deuxième position. On peut évoquer ici: « le retour d'un électorat atypique, celui des personnes âgées continuant à refuser l'adhésion de leur pays à l'Union européenne, attachées aux valeurs nationales et chrétiennes.» Cette réaction doit être prise en compte par le gouvernement Belka qui a succédé à Leszek Miller en mai

9

2004. Le cas polonais confirme donc également l'importance des enjeux politique intérieure. Enfin dans sa présentation de la «radiographie du vote hongrois », François Bocholier montre l'existence d'un certain consensus sur la nécessité d'une forte intégration européenne. Cette volonté d'intégration ne signifie pas la renonciation à une vision nationale des problèmes. Le succès du Fidesz, principal parti d'opposition de droite, constitue bien une sanction pour la coalition de gauche au pouvoir. Dans ses propos conclusifs, sur cette partie consacrée aux élections européennes, Jérôme Cotillon invite à la prudence. À ses yeux, ce n'est pas le peuple européen qui s'est exprimé sur son avenir mais vingt-cinq sociétés qui se sont exprimées sur leurs problèmes intérieurs. Les enseignements des scrutins doivent être analysés avec attention, notamment dans le cas des votes de caractère protestataires, et on devra distinguer les postures des « europhobes », des « eurosceptiques » et des « europoujadistes » afin d'éviter tout classement simplificateur. À l'issue des élections européennes, quel nouveau rapport de forces se dessine au sein du Parlement européen élargi? Quelles perspectives s'ouvrent pour les gouvernements appelés à se prononcer sur la Constitution après le vote initial du 28 juin à Bruxelles puis le sommet de Rome le 29 octobre? Les quatre contributions s'inscrivent dans une réflexion sur la durée et proposent une analyse circonspecte des premiers pas du nouveau Parlement qui a accueilli 162 élus des dix nouveaux États. Olivier Costa rappelle la lente transformation d'une assemblée parlementaire presque dépourvue de pouvoir en un vrai Parlement «dotés de tous les attributs symboliques st institutionnels d'une assemblée en régime parlementaire ». Malgré ces avancées, le Parlement reste une institution étrangère aux citoyens, peu connue, son influence est peu visible. Elle offre un fonctionnement atypique complexe et consensuel qui se prête mal à sa médiatisation et ne correspond pas aux traditions politiques de la plupart des États membres. Après avoir rappelé que la cogestion au centre est une donnée fondamentale de la délibération au sein du Parlement européen, il s'interroge sur la nouvelle composition du Parlement issu des élections. Si le paysage partisan de l'assemblée n'a pas été bouleversé, les tensions qui ont opposé les députés européens au nouveau Président de la Commission ont révélé que les partis européens et les groupes politiques de l'assemblée entendaient bien être écoutés. 10

Selon Olivier Costa « l'institution n'est pas à l'abri d'une crise majeure de l'Union européenne qui pourrait remettre en cause sa structuration partisane et exacerber les clivages nationaux ». Dans une étude très didactique, Maxime Lefebvre s'interroge sur le rôle croissant du Parlement dans le triangle institutionnel. Si la légitimité démocratique n'est pas en cause depuis 1979, il faut distinguer entre le fonctionnement institutionnel et les compétences du Parlement européen. Le Parlement européen a vu son pouvoir législatif considérablement accru depuis l'Acte unique. Déjà colégislateur dans la quasi-totalité du système communautaire, il devrait acquérir une compétence sur de nouveaux domaines avec la ratification de la Constitution (notamment dans le domaine «Justices et affaires intérieures ». Cependant Maxime Lefebvre rappelle l'importance des domaines qui restent et resteront de la compétence des États selon les termes mêmes de la future Constitution. C'est sur ce thème que Violaine Hacker attire d'emblée l'attention dans une très intéressante contribution sur le déficit démocratique du Parlement européen. À ses yeux, la « partielle puissance publique européenne limite la fonction programmative du Parlement européen et désengage indirectement le citoyen. » Enfin, Thierry Chopin (en collaboration avec Yves Bertoncini) apporte une illustration concrète des changements à l' œuvre au sein du Parlement européen en analysant l'influence française au Parlement européen. Leurs conclusions s'éloignent de l'image reçue d'un déclin des positions françaises. Elles méritent une lecture attentive. Les dernières contributions de cet ouvrage invitent à se tourner vers l'avenir. Maurice Guyader, à partir de l'observatoire privilégié de Bruxelles, se pose quelques questions sur le fonctionnement du nouveau Parlement européen avant d'examiner les grands débats économiques qui pourraient être au centre de controverses entre Etats dans l'avenir (à court ou à moyen terme.) Il identifie d'abord les perspectives financières (2007-2013) et l'architecture de la future politique de cohésion. Avec l'élargissement de l'Union (en y intégrant la Roumanie et la Bulgarie) cette politique devra intégrer en priorité plus de 100 millions de ressortissants des nouveaux États (situés en dessous de la barre de l'objectif 1 des fonds structurels). De nombreuses régions de l'Union

11

européenne à quinze, actuellement bénéficiaire des fonds structurels en seront exclues. Outre cette question sensible se pose, dans un horizon plus lointain, la question de l'avenir de la PAC (éventualité de la suppression de l'aide à l'exportation). Par ailleurs, le débat sur les contributions nationales au budget communautaires n'est pas clos. Enfin, il aborde la question du débat sur la Constitution et aborde en conclusion le délicat débat sur les «frontières» de l'Europe. Si la question turque ne se pose pas à très court terme, l'union devra aborder cette question sans esquiver les problèmes liés à cette éventuelle adhésion. La question des frontières de l'Europe appelle celle des relations avec les voisins de l'étranger proche et plus lointain. Traian Sandu rappelle l'importance des conclusions du Conseil du 18 juin 2003 sur « l'Europe élargie un nouveau voisinage », complétées par le document d'orientation du 12 mai 2004. Il souligne les fondements ambigus de cette politique qui concerne d'abord les nouveaux voisins: Ukraine, Moldavie et Biélorussie à l'Est mais aussi les Balkans occidentaux, la première condition requise étant politique (respect des droits de l'homme et état de droit.) Au-delà des proches voisins, la coopération avec la Russie correspond à des enjeux géostratégiques, mais aussi économiques (partenariat énergétique). Ces questions appellent une réflexion sur la place de l'Union européenne comme acteur régional et international et sur les relations à entretenir avec les autres grands acteurs notamment les États-Unis, sans exclure d'autres acteurs émergents dont la Chine. Au terme de l'ouvrage, l'importante contribution de FrançoisXavier Priollaud ouvre de très intéressantes perspectives évoquées dès le lendemain du Conseil de Bruxelles (18 juin 2004) et poursuivies au-delà de cette date, du Traité de Rome (29 octobre 2004) à la fin de l'année civile 2004. Cet auteur nous propose différents scénarios possibles en cas de non-ratification par un ou plusieurs États-membres. Parmi les hypothèses plausibles figurent les cas suivants: 1° abandon de la Constitution (avec référence à l'abandon du Traité de Paris instituant la CED), 2° une seconde consultation dans les États ayant rejeté ce traité (avec référence aux cas danois et irlandais), 3° le retrait de l'Union du ou des pays n'ayant pas ratifié,

12

4° Un « Schengen politique »... sans doute peu envisageable. Le débat sur ces différents scénarios est à l'ordre du jour. Par ailleurs, François Xavier Priollaud présente également une typologie des clauses du Traité constitutionnel européen à laquelle se reportera le lecteur qui pourra confronter ce point de vue et celui d'autres experts. Les perspectives d'évolution de la construction européenne dépendent certes de facteurs externes mais il est possible de suggérer avec Alain Laquièze2. que les « Européens, allant au-delà de la mise en commun de leurs intérêts matériels, prennent définitivement conscience d'eux-mêmes et acceptent, devant le danger, de partager un même destin» .

2

Ibidem Alain LAQUIEZE

Op. cit. p.55. 13

Enseignements

Première partie: politiques des élections de juin 2004

Corine DELOY Chercheur à l'Observatoire inter-régional du politique Introduction: Vingt-cinq élections nationales ne font pas un scrutin européen

Faible participation, nationalisation du scrutin et échec des « souverainistes », tels sont les trois principaux enseignements que l'on peut tirer de ces sixièmes élections européennes. La raison du désintérêt des Européens ne tient pourtant pas à l'institution qu'il s'agissait de renouveler, le Parlement de Strasbourg étant, selon toutes les enquêtes, l'institution à la fois la plus connue et la plus appréciée des Européensl. C'est donc ailleurs qu'il convient de rechercher les raisons de l'indifférence des électeurs, du côté de l'offre politique et de l'organisation d'un scrutin dont il était difficile, voire impossible, de percevoir la dimension européenne. Un scrutin européen peu mobilisateur A peine un électeur sur deux s'est déplacé pour ces élections européennes qui, pour la première fois, rassemblaient les populations de vingt-cinq États, soit 352,7 millions d'électeurs. Sur l'ensemble de l'Union, le taux de participation s'est élevé à 45,7%, un résultat inférieur de 4 points à celui de 1999. Les parties est et ouest du continent sont inégales devant la participation: celle-ci s'est élevée à 49,1 % parmi les Quinze et n'a atteint que 26,9% parmi les dix pays ayant rejoint l'Union

le 1er mai dernier.

1

Neuf personnes sur dix connaissent l'institution de Strasbourg, huit sur dix

estiment qu'il joue un rôle important et la moitié des Européens (54%) lui accordent leur confiance (Eurobaromètre n061, juillet 2004). 17

La participation aux élections européennes 1979-2004

70
63 61 58,5 56.8 60 49,8 45,7 50

40

30

20

10

1979

1984

1989

1994

1999

2004

En raison de l'obligation de voter, la Belgique (90,8%), le Luxembourg (89%) et, de façon moindre, Chypre (71,1 %) et la Grèce (63,18%) figurent parmi les États les plus participatifs. Sans une telle contrainte, les Maltais se sont cependant massivement rendus aux urnes pour les premières élections européennes de leur histoire (82,3% de votants). En dehors de ces cinq pays, seules l'Irlande (58,8%) et l'Italie (73,1%) ont connu un niveau de participation dépassant la moitié des inscrits. En Irlande, les élections locales et le référendum sur le droit du sol, qui se tenaient le même jour que les élections européennes, ont favorisé une meilleure mobilisation des électeurs. Le cas de l'Italie 18

s'explique par au moins trois raisons. D'abord par le fait que, comme en Irlande, la tenue d'élections locales, concernant 80% des électeurs de la péninsule, simultanément aux élections européennes ne pouvait qu'accroître la participation. Ensuite parce que le civisme électoral profite encore des effets de discipline du vote obligatoire, en vigueur jusqu'en 1993. Depuis cette date, l'Italie est restée plus participative que la moyenne des États européens où le vote n'est pas obligatoire (+ 21 points lors du dernier scrutin européen de 1999, près de 30 en 2004). Enfin, les bureaux de vote ont été ouverts dans la péninsule durant deux jours -les 12 et 13juin - et jusqu'à une heure tardive (22h). Le bilan de la participation est indiscutablement catastrophique dans les huit pays d'Europe centrale et orientale où aucun État ne parvient à mobiliser la moitié de ses électeurs. Si l'on fait exception de la Lituanie où le scrutin européen était couplé avec le premier tour de l'élection présidentielle, c'est en Lettonie que les citoyens ont été les plus nombreux à se rendre aux urnes (41,2%). Dans cette République balte, où le statut de la minorité russophone a été au cœur de la campagne électorale, la présence de l'ancienne député du Conseil suprême de la République soviétique socialiste de Lettonie (1990-1993), Tatiana Zdanoka, exceptionnellement autorisée par le Parlement en janvier 2004 à se porter candidate, a certainement contribué à la mobilisation, en particulier celle de la minorité russophone qui regroupe en Lettonie environ un tiers de la population. On observe que la participation aux élections européennes est, dans chacun des États membres, toujours inférieure à celle enregistrée aux élections législatives nationales, la Belgique échappant seule à cette configuration. Parmi les Vingt-cinq, l'amplitude de la différence entre les deux taux de participation aux deux scrutins (européen/législatif) est vaste, s'étendant de + 2,8 points en Belgique à-53, 1 points en Slovaquie, la moyenne étant de 25 points. Aucune corrélation ne peut être faite entre le nombre de députés européens dont dispose chaque État membre et la participation de sa population aux élections européennes. Le meilleur exemple en est que, hormis les quatre États où le vote est obligatoire, Malte enregistre le plus fort taux de participation et cela alors que l'archipel ne possède que cinq députés. En revanche, l'ancienneté de l'intégration européenne est un facteur déterminant de la participation électorale. Ainsi, les neuf plus anciens membres de l'Union -les six pays 19

fondateurs plus le Royaume Uni, le Danemark et l' Irlande- sont également ceux enregistrant la participation la plus élevée (50,2%), soit 4,5 points au-dessus de la moyenne des Vingt-cinq tandis que dans les États entrés dans l'Union au milieu des années quatre vingt dix (Autriche, Finlande et Suède), à peine quatre électeurs sur dix se sont rendus aux urnes, soit 7,6 points de moins que la moyenne des Vingtcinq. Enfin, avec 26,91 % de participation, les pays ayant adhéré en 2004 se situent 23 points en dessous de la moyenne des Vingt-cinq. Plusieurs éléments ont contribué à l'échec de la démocratie électorale européenne de juin 2004 : l'hétérogénéité des règles électorales (vingt-six modes de scrutin pour vingt-cinq pays -le Royaume Uni appliquant le vote unique transférable en Irlande du Nord et la proportionnelle sur le reste de son territoire- et huit mécanismes différents d'attribution des sièges), l'abondance de candidatures (452 listes, soit une moyenne de 18 par pays, -41 listes en France par exemple, qui oserait soutenir qu'il existe autant de projets européens différents ?), des candidatures souvent fantaisistes ou des listes conduites par des non candidats, comme Romano Prodi en Italie ou par des candidats qui ne souhaitaient pas siéger au Parlement de Strasbourg, comme, entre autres, Silvio Berlusconi. A ces éléments se mêlaient une confusion des enjeux, et, dans les pays d'Europe centrale et orientale, un rejet important de la classe politique dans son ensemble et le mécontentement de populations qui souffrent des difficiles réformes imposées. Le vote sanction, véritable moteur du scrutin La nationalisation de la campagne des élections européennes a été particulièrement sensible à travers les appels à sanctionner ou soutenir les majorités en place. Incapables ou peu désireuses de proposer un véritable débat sur les enjeux européens, les classes politiques nationales ont préféré détourner le scrutin de sa visée première pour mettre aux voix la politique de leurs gouvernements respectifs, que ce soit pro ou contra. Il est généralement admis que la participation aux élections intermédiaires, comme le sont les élections européennes, dépend fortement du niveau d'impopularité du gouvernement en place: plus celui-ci est impopulaire, plus les électeurs seraient amenés à se mobiliser et enclins à utiliser leur bulletin de vote pour exprimer leur insatisfaction. 20

C'est pourtant l'inverse qui peut être observé aux élections de juin 2004. En effet, les pays dans lesquels les électeurs ont choisi de sanctionner leur gouvernement enregistrent une participation plus faible que les États membres où les dirigeants n'ont pas été sanctionnés. Dans les treize pays où un vote sanction a été effectif, la participation s'élève à 45,25%, contre 50,4% dans les cinq États membres où les gouvernements n'ont pas été sanctionnés par les électeurs et 50,3% dans les sept pays où le vote sanction a été peu important. Ces chiffres conduisent d'ailleurs à relativiser le vote sanction tout comme l'échec de certains gouvernements. Dans la plupart des cas, les majorités en place ont essuyé un revers électoral. Seuls six pays ont échappé au vote sanction, à chaque fois en raison de conditions particulières. Ainsi, en Espagne et en Grèce, les gouvernements, nommés en mars dernier, ont manifestement bénéficié d'un prolongement de «l'état de grâce ». Au Luxembourg, différemment, il s'agit d'une véritable victoire du premier ministre JeanClaude Juncker, les chrétiens sociaux (CVS), au pouvoir depuis vingtcinq ans, remportant le scrutin européen et les élections législatives qui se déroulaient le même jour. Aux Pays-Bas, l'Appel chrétien démocrate (CDA) reste la première formation du pays. De même en Irlande, le Fianna Fail devancé en nombre de sièges par le principal parti d'opposition, le Fine Gael, arrive en tête du scrutin en nombre de suffrages. Enfin, en Slovaquie, la coalition du Premier ministre Mikulas Dzurinda (Union démocratique et chrétienne slovaque, SDKU) remporte les élections devançant de quelques voix ses deux principaux adversaires. L'élection présidentielle d'avril dernier, qui avait vu deux candidats populistes, dont l'ex Premier ministre Vladimir Meciar, arriver en tête au premier tour, a probablement conduit les électeurs à préférer une sorte de «vote utile» en choisissant, le 13 juin, de soutenir les formations favorables à l'intégration européenne. L'ampleur du vote sanction est très marquée dans certains pays (Allemagne, République tchèque, Estonie, Portugal), plus contenue dans d'autres (Finlande, Slovénie). Enfin, on notera que dans certains États (Autriche, Lituanie, Pologne et Royaume Uni), les résultats élevés obtenus par les listes eurocritiques ont parfois empêché les partis d'opposition de profiter pleinement de l'effet vote sanction.

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L'échec des souverainistes

Les premiers commentaires ont souligné le « succès» des listes souverainistes au point de regarder le vote euro critique comme l'autre événement, avec l'abstention, de ces élections européennes. L'analyse détaillée des résultats révèle au contraire un échec de ces listes y compris dans l'acception la plus large, c'est-à-dire regroupant l'ensemble des candidatures, de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par les populistes. L'évaluation du phénomène euro critique est particulièrement difficile à interpréter et ce pour deux raisons principales. Tout d'abord, à cause de la forte abstention observée lors de chaque élection européenne qui oblige à travailler sur une faible base électorale, enfin, et surtout parce que cette notion renvoie à des candidatures nationales dont les contenus sont trop différents pour qu'il soit possible de les agréger dans une seule et même catégorie au niveau européen. Les résultats quantitatifs doivent donc absolument être nuancés par une approche plus qualitative. Les listes eurocritiques portent des projets et des discours disparates et parfois opposés. Certaines, une minorité, demandent le retrait de leur pays de l'Union européenne (Parti pour l'indépendance du Royaume Uni, UKIP, les Verts suédois, MP, le Parti de la gauche, Vp, en Suède toujours, la Ligue des familles de Pologne, LPR ou le Front national français2). D'autres souhaitent faire triompher leurs priorités au niveau européen (les Listes de juin qui luttent pour une Europe plus sociale ou le Sinn Fein qui souhaite faire de la réunification de l'Irlande un enjeu européen), d'autres encore, issues des pays d'Europe centrale ou leur traité d'adhésion (le Parti du centre estonien ou Samoobrona en Pologne). Au sein de cet univers, des formations politiques permanentes voisinent avec des mouvements ad hoc qui n'apparaissent qu'à l'occasion des élections européennes: les Listes de juin, en Suède et au
2

orientale entrés dans l'Union le 1er mai dernier, demandent la révision de

Compte tenu de ses positions nationalistes

et de son projet de remettre en cause l'euro,

le Front national se place dans une stratégie de rupture avec l'Union, même si le parti n'est pas toujours très clair sur le point de savoir s'il faut quitter l'Union ou inventer une autre forme de coopération européenne, fondée sur la préservation des souverainetés nationales.

22

Danemark ou le Mouvement populaire contre l'Europe au Danemark. Parmi les formations permanentes, certaines sont dans l'opposition (le Front national français ou le Vlaams Blok belge) tandis que d'autres sont membres d'une coalition gouvernementale (le Parti libéral en Autriche ou la Ligue du Nord en Italie). Enfin, on signalera en 2004 la première apparition d'un populisme appliqué à l'Europe elle-même, phénomène qui témoigne paradoxalement d'une acceptation du projet européen mais qui applique à l'Union le discours populiste habituel de dénonciation des élites et de la corruption (la liste Hans Peter Martin en Autriche ou Europe transparente aux Pays-Bas). Considérons maintenant cet ensemble hétéroclite comme un tout eurocritique afin d'en déterminer le poids réel dans l'électorat européen. En 2004, les listes eurocritiques ont généré 96 listes sur les 452 qui ont concouru pour ce scrutin, soit 21% de l'offre électorale totale. Sur cet ensemble de 96 listes, 60 n'ont obtenu aucun élu. Les autres sont parvenues à remporter 110 des 732 sièges du Parlement européen, soit 15% des eurodéputés pour un total de 16% des suffrages exprimés. L'affiliation de ces 110 élus eurocritiques révèle bien l'étendue de leur diversité. Au sein du Parlement européen, ils se répartissent parmi sept des huit groupes qui composent l'assemblée: 33 appartiennent à Indépendance et démocratie (IND), 29 à la Gauche unitaire européenne (GUE), 25 se rangent parmi les Non inscrits (NI), 10 sont affiliés à l'Union pour l'Europe des nations (UEN), 5 appartiennent au groupe des Verts,5 à l'Alliance des démocrates et libéraux pour l'Europe (ALDE) et enfin 3 ont rejoint le Parti socialiste européen (PSE). Quant au Parti populaire européen (PPE), il accueille en son sein le Parti démocrate civique (ODS) tchèque, formation sinon eurocritique du moins euroréaliste comme se qualifie lui-même le président de la République Vaclav Klaus. Néanmoins, ni le PPE, ni même le PSE, l'ALDE ou les Verts ne sauraient être regardés comme des coalitions eurosceptiques. Sur l'ensemble de l'Union, les électeurs eurocritiques ont représenté en 2004 une minorité inférieure au cinquième des votants (16,07%). Par rapport aux inscrits, compte tenu du fort taux d'abstention, ce même total ne concerne pas le dixième des électeurs européens (7,07%). Si la plupart de ces listes ont en partage la référence au peuple et revendiquent souvent son soutien, la réalité leur a apporté une réponse cruelle. Certes, le poids des électeurs euro critiques en suffrages exprimés 23