EAUX ET TERRITOIRES

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Cet ouvrage présente les coopérations et conflits fondés sur les usages de l'eau : ressources globales et locales de la planète et zones de tensions actuelles et latentes. Il analyse les problèmes de la consommation d'eau : déséquilibre quantitatif entre des besoins en croissance exponentielle et un stock fixe, et insuffisance de la qualité requise pour les usages humains. Ne faut-il pas considérer l'eau comme un gisement pour l'avenir ?
Publié le : mardi 1 avril 2003
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EAN13 : 9782296321748
Nombre de pages : 285
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EAUX ET TERRITOIRES:
tensions,

.

cooperations de Jleau

,.

et géopolitique

RESSOURCES

M

RENOUVELABLES

Frédéric Lassere & Luc Descroix

En collaboration

avec Jean Burton

EAUX ET TERRITOIRES: tensions, coopérations
et géopolitique de I-eau

RESSOURCES

~

RENOUVELABLES

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4405-2

RESSOURCES RENOUVELABLES

~

Collection Ressources renouvelables dirigée par Bernard Lacombe

Le caractère fini de la plupart développement. D'agent

des richesses naturelles est une donnée de base du l' homme devient l'acteur que Un état des lieux, sans parti pris scientifique le changement climatique, légitimes sur l'état de L'action à engager

dans une nature généreuse,

responsable de la survie de cette même nature. cette collection a pour ambition la planète et son simple futur. la durabilité tant sur leur exploitation,

mais sans concession, est un des défis posés à la communauté de relever. La pollution, L'appropriation la pression de l'homme sur le milieu alimentent des craintes

actuelle des ressources met en cause

des ressources et de leurs rystèmes d'exploitation.

qui ne saurait rester minière, que sur la consommation

des sociétés, dépend de la justesse des ana!Jses qui seront faites a11jourd'hui.

Cette collection veut offrir une vision documentée de l'état des ressources dites " renouvelables " ? la fertilité de la terre, la production des océans, l'eau du cie~ la permanence de l'air... Prenant en compte tant les usages passés que leur exploitation actuelle et les contraintes des générations futures, nous voulons faire le point de l'évolution quantitative et qualitative des ressources renouvelables et comprendre le devenir et des sociétés qui en dépendent directement et de l'homme sur une terre dont il est l'usufruitier.

Le logo de la collection

a été spécialement

conçu par S'Calpa.

RESSOURCES

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RENOUVELABLES

AUTRES

OUVRAGES DE lA COllECTION Ressources Renouvelables

Les oasis du désert de l'Atacama, conquête de l'espace et maîtrise de l'eau Lautaro Nunez et Pierre Pourrut, José Manuel Juaréz et Bernard Lacombe, éd., Chalco-Mexico, étude d'écologie urbaine

A PARAÎTRE

DANS

lA MÊME

COllECTION

L'EAU DANS TOUS SES ÉTATS (2ndvolume) Les territoires de l'eau Tensions, coopérations et géopolitique

Luc Descroix La jachère, espace

et Frédéric Lasserre espace Burkina de culture: Faso

sans cultures, de l'Ouest Lacombe

Les jachères Bernard

et Saratta Traoré

BIOGRAPHIE DES AUTEURS

Frédéric Lasserre
Né en 1967 à Montréal. A travaillé à l'Observatoire Européen de Géopolitique (OEG, Lyon) sur les transformations de l'Europe Centrale et Orientale, puis, après un séjour au Japon, comme conseiller en affaires internationales au ministère québécois de l'Industrie et du Commerce. Frédéric Lasserre est aujourd'hui professeur au département de géographie de l'Université Laval (Québec), chercheur à l'Institut québécois des hautes études internationales (IQHEI) où il dirige le Groupe d'Étude et de Recherche sur l'Asie contemporaine (GERAC), et chercheur associé à la Chaire Raoul Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques (Université du Québec à Montréal) ainsi qu'à l'OEG.

Luc Descroix
Né en 1960 en Beaujolais. Professeur en classes préparatoires à Lyon de 1989 à 1992, a alors collaboré aux études de l'Observatoire Européen de Géopolitique (OEG, Lyon) sur les transformations de l'Europe Centrale et Orientale.
Chargé de recherches en hydrologie à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD, ex-Orstom) depuis 1992, Luc Descroix mène des recherches sur l'impact des activités anthropiques sur le bilan de l'eau et sur l'érosion des sols en zone de montagne. Après avoir séjourné 5 ans au Mexique, il est depuis 1998 affecté au Laboratoire d'étude des Transferts à Grenoble. en Hydrologie et Environnement (LTHE),

INTRODUCTION

Till taught l?Y pain, men reallYknow not water's worth.
Byron, Don Juan Deuxième chant, 84. L'eau est abondante à la surface de la Terre. En 1999, chaque habitant disposait statistiquement de 6 700 m3, et devrait disposer de 4 800 m3 en 2025. Mais ces ressources en eau sont très inégalement réparties. Dix pays se partagent 60% des réserves d'eau douce, avec en tête le Brésil, la Russie, la Chine, le Canada. Au sein même de la Chine par exemple, l'inégale répartition géographique doit moduler ce classement parmi les pays les mieux nantis, car si le sud est bien arrosé, le nord du pays doit faire face à un climat aride et à de graves difficultés d'approvisionnement en eau. La géographie de la population, bien évidemment, ne correspond pas à celie des précipitations: la Chine en reçoit 7% mais abrite 21 % de la population du globe, alors que l'Amazonie, pour 0,3% de la population, reçoit 15% des précipitations. De ces inégalités sont nées, au cours du XXe siècle marqué par le mythe de l'ingénierie dompteuse de la Nature, des projets prométhéens de détournement ou de pompage de fleuves, de lacs et d'aquifères afin de corriger ces inégalités spatiales, aux États-Unis, en Union Soviétique, en Chine, en Lybie, en Égypte. Encore ne s'agit-il ici que de la quantité brute d'eau douce disponible. Les différences climatiques viennent à leur tour nuancer le tableau d'une inégale répartition de l'eau à la surface du globe. Ainsi, l'Afrique reçoit 2,5 fois plus de précipitations que l'Europe, mais dispose d'un écoulement, donc d'une eau douce captable, équivalente, parce que l'évaporation, beaucoup plus intense, en reprend une bien plus grande proportion. De plus, le monde change: à cause des changements climatiques tels qu'ils sont estimés en 2001, et selon les structures de consommation actuelles, ce sont entre 3 et 5 milliards de personnes qui auront des difficultés d'approvisionnement en eau, selon le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat de l'ONU, en disposant de moins de 1 700 m3 par personne et par an.

La difficulté de l'accès à l'eau, à l'eau potable devrait-on souligner, est un élément crucial car elle est, selon l'OMS, l'une des causes de nombreuses maladies et de mortalité dans le monde: la dysenterie affecte 1,5 milliard de personnes et près de 3,5 millions en meurent chaque année. La piètre qualité de l'eau provoque de nombreux cas de choléra (250000 en 1999, 138000 en 2000) et de typhoïde (17 millions de personnes affectées). Entre 1995 et 2000, les problèmes de santé et la mortalité associés à la qualité de l'eau ont crû quatre fois plus vite que la population; une situation aggravée par la désertification, la dégradation des sols et des sources d'approvisionnement en eau, les mouvements de population et l'urbanisation massive1. La population mondiale, qui atteint aujourd'hui plus de 6 milliards d'habitants, a triplé en cent ans, mais, dans le même temps, les prélèvements globaux en eau ont été multipliés par 6. La démographie n'explique donc pas à elle seule l'accroissement de la consommation en eau: la consommation par habitant a crû bien plus vite que la population, particulièrement chez les Occidentaux. Avec le niveau de vie, les besoins augmentent en effet: pour s'en convaincre, il suffit de comparer le mode de vie d'un citadin occidental avec celui d'un éleveur du Sahel. Mais la consommation domestique n'est pas seule en cause. L'accroissement démographique et les modifications du niveau de vie induisent de très fortes pressions sur le secteur agricole. Il faut produire plus pour nourrir l'humanité; il faut produire plus en quantités industrielles pour satisfaire les besoins d'une société plus riche qui a besoin de régularité de production pour mettre en marché des produits agro-alimentaires et textiles dont la consommation augmente rapidement. L'avènement de l'agriculture de rente a bouleversé la structure des prélèvements en eau pour l'agriculture: l'agriculteur a cédé la place à un exploitant dont l'objectif est la rentabilisation maximale de son investissement. À une préoccupation exprimée en termes de quantités produites, s'est substituée une logique financière dont l'impact sur les quantités demandées est énorme, car l'exploitant cherche à augmenter sa production et à éliminer tout aléa climatique en ayant recours à une irrigation autrefois inconnue sous des latitudes tempérées. 14

En réponse à ces pressions du marché, la production agricole a augmenté considérablement depuis le début des années 1950. La révolution verte a permis alors à la production alimentaire de surpasser la croissance de la population mondiale. L'utilisation de nouvelles semences, de fertilisants, de pesticides, et surtout le recours systématique à l'irrigation ont permis de réaliser cet eXploit. Ainsi, la croissance annuelle de la production céréalière dans le monde, depuis 1961, a été en moyenne de 3%. Le rendement mondial moyen est passé de 1,06 tonne par hectare en 1950 à 2,7 tonnes par hectare en 1997, soit une augmentation de 155%. La production alimentaire mondiale par habitant a augmenté de 38% entre 1950 et 1984, pour décliner ensuite de 6% entre 1984 et 1997. Huit cent quarante millions de personnes souffrent actuellement de la faim dans le monde et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que la production alimentaire mondiale devra être multipliée par 2 d'ici l'an 2050 pour satisfaire les besoins d'une population grandissante. La production alimentaire devra même être triplée dans les pays en développement et quintuplée en Afrique et au Moyen-Orient, deux régions où la rareté des ressources en eau douce constitue déjà une sérieuse contrainte à la production agricole. Une grande partie des progrès réalisés depuis 50 ans provient d'une

augmentation

de 1% par année de la superficie des terres irriguées

dans le monde. L'agriculture irriguée contribue pour près de 40% à la production mondiale, alors qu'elle n'est appliquée que sur 17% des terres cultivées. Les prélèvements d'eau à cette fin ont augmenté de 60% depuis 1960. Globalement, on estime ainsi que l'agriculture est

responsable de 700/0des prélèvements d'eau dans le monde, et de 93
de la consommation mondiale d'eau douce.

%

Compte tenu de l'accroissement démographique, de l'élévation du niveau de vie et de la modification des habitudes de consommation induite par cet enrichissement, l'International Water Management Institute prévoit donc, d'ici 2025, une augmentation de 17% de la demande en eau pour le seul secteur agricole. Or, en 2001, le secteur agricole est globalement inefficace en ce qui concerne l'exploitation de l'eau: le rendement hydraulique est très faible, car une forte proportion de l'eau (50 à 60%) n'atteint jamais les racines des plantes et se trouve donc perdue, du fait de techniques d'irrigation inefficaces. 15

Pour nourrir denrées tensions

une population

plus nombreuse il faudra investir

et consommatrice donc, sous peine massivement

de de

qui demandent accrues

plus d'eau,

sur les ressources, plus sophistiqués.

dans des

systèmes d'irrigation Pour disposer d'aqueducs, meilleurs rendement récemment. Le nombre

Qui les financera? plus de puits, de canaux et Mais les un d'une part, impliquant

de plus d'eau, on construit notamment décroissant

de barrages, économique

pour des fins d'irrigation. pour

sites sont bâtis depuis longtemps,

les sites mis en chantier

de ces ouvrages

a considérablement

augmenté:

en 1950,

on en comptait environ 5 000 de plus de 16 mètres de haut; en 1994, ils étaient plus de 38 000, et l'ensemble de leurs réservoirs modifie de 16% le débit naturel des fleuves, parfois avec des conséquences économiques barrages vigoureuse il importe beaucoup qui consiste sont et environnementales aujourd'hui l'objet qu'ils de la part de nombreux de reconnaître d'autres, de l'approche, considérables2. d'une campagne groupes privilégiée peuvent de pression qu'un Si les grands de dénigrement écologistes, volet, parmi

ne constituent

par les gouvernements, encore être sensibles à

à gérer les questions

de l'eau par le biais de l'offre. Il faut

dire, à leur passif, que les gouvernants

la prouesse technique; il faut aussi souligner que les barrages peuvent remplir d'autres fonctions que l'approvisionnement en eau, comme la production la navigabilité. hydroélectrique, la régularisation que des partisans des régimes fluviaux, À tout le moins, il importe de retenir que l'actuel débat, de la grande hydraulique,

tant du côté des écologistes

semble plus marqué au coin de la polémique et des arguments émotifs (le développement axé sur la croissance, la nécessaire mise en valeur de la nature par l'ingénierie; opposé au caractère sacré de l'environnement dans son état pensé comme naturel), que du débat posé et réfléchi dans lequel les avantages et les inconvénients réels des barrages seraient posément considérés.

16

La question de l'eau longtemps ignorée
Une simple instrumentalisation l La question du partage de l'eau, l'idée même que la disponibilité en eau puisse constituer un problème limitant le développement et suscitant des tensions internationales, sont des thèmes récents. Encore en 1982, un livre important sur la question de la faim dans le monde, très rapidement The Causes of World Hungef3} ne fait que mentionner l'eau. En 1987, le rapport de la Commission mondiale sur l'Environnement et le Développement, présidée par l'ancienne première ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland, ne consacre qu'une demi-page sur 383 à la question de l'eau. Il a été écrit que l'arrivée des questions de l'eau sur le devant de la scène médiatique était liée à la politique de communication de la Banque mondiale. Ismail Serageldin, vice-président de la Banque mondiale pour les questions de développement durable, a déclaré en coulisses au cours d'une conférence à Stockholm en août 1995 que « les guerres du prochain siècle auront l'eau pour objet »4, une déclaration reprise et répétée à l'envi. La Banque aurait ainsi délibérément forcé le trait de la gravité de la situation, afin de souligner la nécessité des travaux qu'elle promeut, barrages, aqueducs et programmes d'irrigation et de gestion de l'eau. Cet argument paraît plausible, mais il suppose un machiavélisme de la Banque mondiale (BM) dont celle-ci n'a guère besoin pour promouvoir ses projets dans le domaine hydraulique, tant sont importants les besoins. Alors même que le financement des barrages diminue depuis 1985, le nombre de projets financés par la BM portant sur l'approvisionnement en eau et sur l'irrigation ne cesse d'augmenter, à l'exception de la décennie 1981-1990.5 Plus vraisemblable est le rôle présumément joué par la reconversion des services de renseignement après la fin de la guerre froide. C'est en effet vers 1992 qu'émerge le concept de « sécurité environnementale », nouveau domaine de recherche des études stratégiques, mais aussi d'inquiétudes de l'État, qui justifie implicitement les activités des services de renseignement et les travaux des militaires. La perspective 17

de la troisième guerre mondiale s'estompant, nombre de politologues ont estimé que la rareté croissante des ressources, dans un contexte de déstabilisation des États du Tiers-monde et de « conflits de civilisations »,6 allait déboucher sur une scène internationale fort conflictuelle. Ceci dit, les ouvrages et articles qui commençaient à diffuser la préoccupation de chercheurs à l'endroit de possibles conflits dus à la rareté croissante de l'eau ont été publiés avant la fin de la guerre froide, dès 1979 comme on le verra. Mais, indépendamment des manipulations issues du monde financier, universitaire ou gouvernemental au sujet de la question de l'eau, il n'en demeure pas moins que ces questions du partage d'une ressource vitale se posent avec une acuité accrue depuis la fin de la décennie 1980. Une réelle question de Ilaccès à Ileau

En effet, les exemples de situations problématiques, lourdes de tensions potentielles, abondent aujourd'hui et sont rapportées dans les médias. Par exemple, en voulant exploiter les nappes aquifères fossiles du Sahara pour alimenter le nord du pays par une canalisation géante de 4 000 km, la Libye se heurte à la vive opposition des pays dans le soussol desquels repose aussi une partie de ces aquifères: Tchad, Soudan, Niger et surtout Égypte. C'est la question de l'exploitation rationnelle et partagée de ces ressources non renouvelables qui fait l'objet du litige ici. La question de l'eau et de sa répartition entre Israéliens et Palestiniens des territoires autonomes et occupés est plus explosive que la question des colons juifs en terre palestinienne, plus compliquée à régler que le sort définitif des deux secteurs de Jérusalem et plus lourde de conséquences que la grande affaire des 3 millions de réfugiés palestiniens. Comment partager des nappes aquifères qui chevauchent des frontières? Trop de demande, dans sa structure actuelle, pour trop peu de sources. Le potentiel en eau est d'environ 10 000 m3 par personne aux ÉtatsUnis, il est de 260 m3 en Jordanie et de 460 m3 en Israël. Or, comme disait récemment Yaakov Tsour, ministre de l'Agriculture, l'État juif tire aujourd'hui plus du tiers de sa consommation d'eau potable, les 300 000 colons juifs inclus, de trois grandes nappes phréatiques partiellement ou totalement situées en Cisjordanie. Au total, selon le ministre, ces trois nappes produisent 650 millions de m3 par an. 18

Bien que 130 millions seulement soient à l'heure actuelle destinés aux Palestiniens, le reste allant pour l'essentiel aux Israéliens, Yaakov Tsour a été clair: «nous n'allons certainement pas entrer dans une bataille de redistribution avec les Palestiniens »7. Traditionnellement, 80 °10des ressources en eau de la Tunisie étaient utilisées pour l'irrigation. Mais, en moins de vingt ans, l'usage de l'eau s'est considérablement transformé. Aujourd'hui, la Tunisie doit pouvoir alimenter les villes, dont le rythme de croissance est très élevé, les sites touristiques comme Hammanet ou les sites industriels regroupés notamment autour de Gabès. D'importants transferts d'eau ont été opérés du sud et de l'ouest du pays vers les zones littorales. Ils se sont faits au détriment des terres agricoles dont les surfaces ont diminué de 18°10 depuis 20 ans. Si ces transferts se poursuivent à ce rythme, les experts estiment qu'en 2040, les villes côtières de Tunisie pourraient utiliser la totalité des réserves d'eau du pays, ce qui compromettrait alors toute possibilité d'agriculture irriguée.

~émergence d'une thèse millénariste : la crise de l'eau
Les iJuerres de l'eau du XXle siècle La question, d'abord de l'accès à l'eau, considérée comme une ressource essentielle, puis du partage de l'eau, et enfin surtout de la conflictualité qui émergerait d'un partage de plus en plus difficile, a pris récemment le devant de la scène. À la suite de la publication de plusieurs articles et ouvrages sur la question, en général assez alarmistes, dont le fondateur et désormais classique Hydropolitics in the Nile Valley, de John Waterbury (1979) ; Water in the Middle East. Conflict and Cooperation, de Thomas Naff et Ruth Matson (1984) ; The Politics of Scarciry: Water in the Middle East, de Joyce Starr et Daniel Stoll (1988) ; Water Wars, de Joyce Starr (1991), Water Wars) Coming Conflicts in the Middle East, de John Bulloch et Adel Darwish (1993), Hydropolitics, de Leif Ohlsson (1995), notamment, s'est développée l'idée d'une crise à venir en de nombreuses régions affectées par une inadéquation manifeste entre demande en eau et disponibilité de la ressource. Joyce Starr, John Bulloch et Adel Darwish rapportent notamment que, dès 19

1985, les services de renseignements américains estimaient que l'eau pouvait être le catalyseur d'un conflit armé dans au moins 10 endroits différents, essentiellement au Moyen-Orient, mais aussi en Afrique et en Asie8. Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations U nies et ancien chef de la diplomatie égyptienne, a laissé entendre qu'il craignait que la prochaine guerre au Proche-Orient n'éclate au sujet de l'eau, tandis que le roi Hussein de Jordanie estimait que le seul facteur qui pourrait conduire Amman à entrer à nouveau en guerre contre Israël était la question du partage de l'eau9.

La mise en ét(uation de seuils de tension Corollaire de cette réflexion nouvelle sur les questions de sécurité de

l'approvisionnement en eau, perçue désormais comme une ressource stratégique, on observe de nombreux efforts de définition de seuils statistiques de la gravité de la rareté dans un pays. Le plus connu de ces efforts de quantification du« stress hydrique» sont les travaux de 10,à partir de 1986, qui défmit trois seuils: Malin Falkenmark

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le seuil de contrainte ou d'alerte, est évalué à moins de 1 700 m3 d'eau par an et par habitant. C'est la situation d'environ 80 pays en 1995, soit 40% de la population mondiale. En comparaison, la moyenne des États-Unis est de 10 000 m3 par habitant et par an (mais avec de fortes différences régionales, notamment pour la Californie, au climat semi-aride). Si l'on projette la tendance actuellement observée (on se demandera si ce raisonnement est pertinent), d'ici l'an 2025, la moitié de la population du bassin méditerranéen (600 millions d'habitants) graves et régulières pénuries d'eau. devrait faire face à de

.

.

le seuil de pénurie relative, inférieur à 1 000 m3. Cette situation de pénurie régulière et générale touche 28 pays à ce jour, soit 335 millions d'habitants (et parmi eux Somalie, Rwanda, Burundi, Kenya...). Ils devraient être une soixantaine d'ici 2025 (soit près de 3 milliards d'habitants). Sont menacés: le Maroc, l'Algérie, la Libye, la Syrie, la Jordanie, mais aussi l'Égypte, l'Iran, l'Éthiopie, la Tanzanie... le seuil de pénurie critique ou absolue, avec une disponibilité moyenne inférieure à 500 m3/hab: Jordanie, Libye, Malte, Arabie Saoudite notamment. 20

Plus nuancé, Jean Margat, consultant au Bureau de Recherche Géologique et Minière (France), définit l'état de pauvreté en eau (et une certaine tension sur la ressource) lorsque les ressources par habitant sont inférieures à 1 000 m3/ an et l'indice d'exploitation des ressources de 50% (ce qui génère des pénuries locales ou conjoncturelles). L'état de pénurie absolue en eau correspond à des ressources par habitant inférieures à 500 m3 / an, avec un indice d'exploitation proche de 100%. Sur cette base, il a comptabilisé, en 1995, 23 pays en situation soit de pauvreté, soit de pénurie en eau (ce qui correspond à 125 millions d'habitants). Les projections à l'an 2025 font grimper ces chiffres à 35 pays, soit 1 145 millions d'habitants 11. Mais d'autres auteurs font ~emarquer que ces chiffres sont trop bruts et masquent tout à la fois les questions de répartition de l'eau au sein d'un territoire (une difficulté inhérente au recours à des agrégats statistiques), et les diverses stratégies d'adaptation des sociétés. Ainsi, Israël dispose de quantités d'eau par habitant comparable à celles de la Jordanie, et pourtant la tension sur la ressource y est moindre que dans le royaume hachémite. Ohlsson et Turton proposent ainsi de corréler ces statistiques de disponibilité brute d'eau par habitant, à l'indice de développement humain (IDH), lequel reflète, même imparfaitement, le niveau de développement d'une société. On multiplie ainsi la disponibilité par l'IDH tout en définissant de nouveaux seuils pertinents12. On s'aperçoit ainsi que des pays comme la Pologne, la Belgique, la Corée du Sud, initialement classés comme pays souffrant de pénurie, peuvent être considérés, selon ces classements statistiques, comme disposant d'une ressource suffisante compte tenu de leur structure de consommation et de développement13. Ohlsson et Turton appellent cette donnée l'indice de rareté sociale de l'eau. Sans être une panacée statistique (les méthodes quantitatives en géographie politique sont souvent illusoires), cet indice introduit la notion cruciale d'adaptabilité sociale à une contrainte de disponibilité d'une ressource. Cette notion constitue un élément crucial pour expliquer les mécanismes qui peuvent engendrer ou prévenir, selon le cas, l'émergence de tensions liées à la rareté relative.

21

Exemples de calcul de l'indice de rareté social de l'eau (IRSE) En italiques, les pays qui changent de catégorie selon le nouveau calcul. Pays Disponibilité brute en m3/hab 1995 absolue 82 111 140 180 318 389 relative 527 580 594 660 840 936 d'alerte 1206 1 544 d'abondance 1 719 1 950 2295 2450 0,714 0,321 0,718 0,700 1227,4 626 1647,8 1715 Seuil d'alerte Rareté relative Abondance théorique Abondance théorique 0,702 0,467 846,6 721
Seuil d'alerte Rareté rela rive

IDH 1999

IRSE

Nouvelle catégorie

Pénurie Malte Libye

0,866 0,770 0,754 0,876 0,714 0,893

71 85,5 105,6 157,7 227,1 347

Rareté absolue Rareté absolue Rareté absolue Rareté absolue Rareté absolue Rareté relarive

Arabie Saoudite Singapour Jordanie Israël Pénurie Algérie Hongrie Burundi Pays-Bas Belgique Égypte Pénurie

0,693 0,829 0,309 0,931 0,935 0,635

365,2 480,1 183,5 614,5 785,4 594,4

Rareté relarive Rareté relarive Rareté absolue Rareté relarive Seuil d'alerte Rareté relative

Afrique du Sud Haïti

Pénurie Iran Éthiopie Chine Syrie

Certains pays, selon ces calculs, voient leur bilan hydraulique réévalué à la hausse ou à la baisse. Les hiérarchies se trouvent bousculées, et certains pays changent même de catégorie, permettant ainsi de mieux cerner la gravité réelle d'une pénurie dont le chiffre absolu du volume disponible par habitant ne rend qu'imparfaitement compte. 22

La multiplication

des (oIJers de tension

Les scénarios de graves pénuries d'eau ne sont pas sans rappeler les discours catastrophistes des écologistes, dont les prédictions affectionnent les hyperboles de fins du monde14. Si les prophètes de malheur ont souvent tendance à grossir le trait pour séduire un plus grand public, on ne peut cependant ignorer, à plus long terme, la possibilité que certains scénarios-catastrophe prennent tournure, dans le bassin Mexique, du Colorado, dans le partage de l'eau entre États-Unis et le long du cours du Sénégal, dans le bassin de la mer d'Aral

notamment. La Chine du nord, le grenier à céréales du pays, est aux prises avec une pénurie d'eau marquée. Si des solutions existent, elles impliquent des changements dans les habitudes des fermiers chinois, comme une tarification de l'eau qui refléterait mieux sa rareté, un changement majeur qui pourrait ne pas être accepté facilement. La baisse de la disponibilité en eau n'assoifferait sans doute pas la population, mais impliquerait la poursuite de la tendance à la baisse, qui commence à s'esquisser, de la production céréalière du Nord de la Chine. Si celle-ci se maintenait, la Chine, qui pour l'heure exporte des céréales, deviendrait un importateur majeur sur le marché mondial. Or, sur celui-ci, on retrouve des exportateurs comme les États-Unis, l'Arabie Saoudite, l'Australie, exportateurs qui sont aux prises, eux aussi, avec des problèmes de gestion de leur eau et de salinisation croissante des sols. Si l'eau des aquifères du Midwest, en particulier la nappe de l'Ogallala, venait à devenir trop rare pour être pompée, alors qu'aux États-Unis la concurrence entre les usages urbains et ruraux de l'eau devient un enjeu politique intérieur majeur, la production céréalière pourrait elle aussi entamer une baisse importante. Se reposerait alors la question qui a déjà hanté tant de politiciens: qui pourra nourrir la Chine? En fait, la question devient pertinente pour bien d'autres régions que le nord de la Chine: outre celle-ci, l'Inde, le Pakistan, les États-Unis, l'Ouzbékistan, le Turkménistan figurent parmi les pays où une portion notable des terres irriguées est désormais menacée par la diminution des eaux disponibles, à l'irrigation. tant les eaux de des sols, produit surface que les aquifères, mais aussi par la salinisation

d'une mauvaise gestion des eaux destinées

23

Si de nombreux observateurs, politologues et géographes, demeurent sceptiques, avec raison, sur l'avènement de« guerres de l'eau» à court terme au XXIe siècle, très peu sont ceux qui nient le fait que la crise de Recourir l'eau - car crise il y a - est lourde de violences potentielles. abusivement à l'histoire, constater l'absence de conflit portant sur l'eau pour en extrapoler l'absence dans le futur est un raisonnement qui ne tient pas compte de la dynamique sociale, économique, et géopolitique du monde contemporain. Les tensions qui se dessinent aujourd'hui, et qui ne sont pas le fait d'un quelconque groupe de pression, contrairement à ce que certains ont pu écrire, posent de graves problèmes politiques, à l'intérieur d'un nombre croissant d'États comme entre États. Cependant, la dépendance seule envers l'eau n'est que l'un des éléments qui avive la tension qui oppose parfois des États au sujet de l'eau: dans ces disputes, l'inséparabilité des questions d'hydropolitique, comme on les appelle désormais, des autres questions géopolitiques et diplomatiques, est un élément qu'il convient de souligner. De plus, si grave crise il y a effectivement, il serait erroné de négliger le potentiel de coopération qui demeure toujours entre pays et à l'intérieur même des États, tant il est vrai que l'externalisation, c'est-à-dire la décision, de la part d'un gouvernement, d'internationaliser une crise de rareté de l'eau et d'en faire porter le poids sur les États voisins, révèle souvent un blocage dans les mécanismes socio-économiques d'adaptation, lui-même parfois le produit de représentations historiques, géopolitiques ou sociales particulières. La crise actuelle, on l'a vu en signalant la quantité d'eau disponible sur Terre, est bien plus une crise de la répartition, de la distribution de cette eau, qu'une question de rareté réelle. Comment les mécanismes mis en place par les sociétés humaines pour distribuer cette eau peuvent-ils se gripper aujourd'hui? Quels sont les mécanismes politiques qui pourraient conduire à l'émergence d'un conflit sur le partage de ressources en eau?

24

NOTES

DE L'INTRODUCTION

1. Pierre-Frédéric Ténière-Buchot,« L'eau, les médias, la misère », Revue des Deux Mondes, Paris, septembre 2000, pp.ll 0-111; Global Water SupplY and Sanitation Assessment 2000 Report, OMS, 2001. 2. Hans Silvester, Marie- France Dupuis-Tate et Bernard Fischesser, L'eau, entre cielet terre,Éditions La Martinière, Paris, 2000, p.177. 3. The Causes of World Hunger, sous la dir. de William Byron, Paulist Press, 1982. 4. Thomas Homer-Dixon, « Environmental Scarcity, Mass Violence and the Limits to Ingenuity », Current History, 95, 1996, p.361. 5. Pendant la période 1970-1985, le financement des projets de nouveaux barrages représentait 3% des montants alloués; cette part a chuté à 2% pendant la période 1985-1995, pour ne plus représenter que 0,9% du total en 2001. Par ailleurs, voici l'évolution du nombre des projets liés à l'approvisionnement en eau et à l'irrigation: Nombre de projets en cours de la Banque mondiale en irrigation et approvisionnement en eau 1947-1960 11 1961-1970 79 1971-1980 288 1981-1990 259 1991-2000 367

Sources: Banque mondiale, et« The World Bank & the World Commission on Dams Report Q&A », Banque mondiale, www.worldbank.org.

6. Dérivées des thèses de Robert Kaplan, « The Coming Anarchy», The Atlantic MonthlY, avril 1994, et de Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, New York, 1996. Pour une discussion de ces concepts, voir Frédéric Lasserre et Emmanuel Gonon, Espaces et enjeux. Méthodes d'une géopolitique critique, L'Harmattan, Paris, 2002, pp.69-71. 7. Agence de l'eau de Douai, 1998. http://www:u-picardie.fr/--beaucham / cours.qge/ annexes/ guerreau.htm, consulté le 30 novembre 2001. 8. Joyce Starr, « Water Wars », ForeignPoliry, n082, 1991, p.17; John Bulloch et Adel Darwish, Water Wars, Coming Conflicts in the Middle East, Londres, Gollancz, 1993, p.16. 25

9. John Bulloch et Adel Darwish, Water Wars) Coming Conflicts in the Middle East, op. cit., 1993, p. 22 ; Martin Sherman, The Politics of Water in theMiddle East) An Israeli Perspective on the Hydro-Political Aspects of the Conflict, MacMillan Press, N ew York, 1999, p.X!. 10. Malin Falkenmark, « Fresh Water: time for a modified approach », Ambio, 14, n °2, 1986, pp.194-200 ; «The massive water scarcity now threatening Africa: why isn't it being addressed? », Ambio, 18, n02, 1989, pp.112-118. 11. Jean Margat, «L'eau: l'or bleu du XXle siècle », Le Courrier de laplanète, septembre 1994, p.7 ; Agence de l'eau de Douai, 1998. 12. On peut ainsi proposer les seuils de 300 (rareté absolue), 750 (rareté relative) et 1300 (seuil d'alerte). 13. Leif Ohlsson et Anthony Turton, Stockholm Water Front, n° 1, 2000, p.ll. « The Turning of a Screw», l'enjeu du

14. Béatrice Giblin, « De l'écologie à l'écologie pouvoir », Hérodote nOl00, pp.18-19, 2001.

politique:

26

CHAPITRE

1

LES GUERRES DE L'EAU: MYTHE OU RÉALITÉ fUTURE?
Les questions de l'accès à l'eau, considérée comme une ressource essentielle, et du partage de l'eau, ont pris récemment le devant de la scène. Pourtant, elles ont longtemps été ignorées, dans un contexte de guerre froide, de crise du pétrole et de marasme économique des pays industrialisés. Je me souviens de mon propre scepticisme lorsque, étudiant en géopolitique à Paris en 1990, je parcourais des articles, que je n'ai même pas conservés, sur les négociations frontalières entre Arabie saoudite et Jordanie; de ces articles transparaissait l'importante dimension de l'accès à l'eau, aux aquifères et aux wadis. Ce n'est que récemment que j'ai pu obtenir confirmation de la place majeure que l'accès à cette ressource avait houleuses entre les deux pays 1. eu dans les relations parfois fort

À la suite de la publication de plusieurs articles et ouvrages sur la question, souvent assez alarmistes, Water in the Middle East. Conflict and Cooperation, de Thomas Naff et Ruth Matson (1984)2 ; The Politics of Scarciry : Water in the Middle East, de Joyce Starr et Daniel Stoll (1988)3 ; Water: the International Crisis, de Robin Clarke (1991)4; Water Wars, de Joyce Starr (1991)5, Water Wars, Coming Conflicts in the Middle East, de John Bulloch et Adel Darwish (1993)6, Water in Crisis, de Peter Gleick (1993)7, Water Resources and Conflict in the Middle East, de Nuri Kliot (1994)8; Hydropolitics, de Leif Ohlsson (1995)9, notamment, s'est développée l'idée affectées par une disponibilité de la moins de graves ressourcel0. d'une crise à venir en de nombreuses régions inadéquation manifeste entre demande en eau et ressource, et de l'émergence de conflits, à tout le tensions entre États, au sujet du partage de la rapportent notamment américains estimaient

Joyce Starr, John Bulloch et Adel Darwish que, dès 1985, les services de renseignements que l'eau pouvait être le catalyseur

d'un conflit armé dans au moins 10

endroits différents, essentiellement au Moyen-Orient, mais aussi en Afrique et en Asiell. Ce souci est désormais celui des Nations Unies,

selon M. Wally N'Dow, secrétaire général de la seconde Conférence des Nations Unies sur les Villes, tenue en 1996, pour qui l'eau « pourrait être un facteur de déclenchement de conflit, comme le pétrole l'était dans le passé »12. Ismail Serageldin, vice-président de la Banque mondiale pour les questions de développement durable, a déclaré en coulisses au cours d'une conférence à Stockholm en août 1995 que « les guerres du prochain siècle auront l'eau pour objet »13.Boutros BoutrosGhali, ancien secrétaire général des Nations Unies et ancien chef de la diplomatie égyptienne, a laissé entendre qu'il craignait que la prochaine guerre au Proche-Orient n'éclate au sujet de l'eau, tandis que le roi Hussein de Jordanie, estimait que le seul facteur qui pourrait conduire Amman à entrer à nouveau en guerre contre Israël était la question du partage de l'eau14.

Des tensions croissantes sur la ressource
À la base du discours sur les tensions croissantes quant au partage de l'eau figure l'argument de la pression démographique. La population mondiale a plus que doublé de 1950 à 1997, passant de 2,5 à 5,7 milliards d'habitants, mais la consommation d'eau globale a quadruplé sur la même période, pour s'élever à environ 761 m3 par an et par personne. C'est que la pression démographique impose, afin que la production agricole continue d'augmenter, de mettre en valeur des terres de moins en moins productives dans des régions qui demandent un apport en irrigation croissant. De plus, dès lors que s'élève le niveau de vie, la consommation quotidienne par habitant (boisson, hygiène, loisirs) a généralement tendance à s'accroître.

Une pression accrue sur la ressource

Environ 80 pays,représentant près de 40 % de la population mondiale,
font face à des pénuries d'eau chroniques. Les experts de la FAO évaluent, par convention, à environ 2 000 m3 d'eau par an et par personne le seuil au-delà duquel l'eau est considérée comme abondante, et à 1 000 m3 le seuil critique en deçà duquel on parle de rareté de la ressource. Or, pour une trentaine de pays totalisant un peu plus de 430 millions d'habitants, la quantité d'eau disponible moyenne était inférieure à ce seuil de 1 000 m3, en 1997 ; en 2025, selon les projections actuelles de l'ONU, ce nombre pourrait passer à 3 milliards dans 28

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