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Economie et géopolitique du pétrole

190 pages
Ressource naturelle limitée, moteur du capitalisme et du productivisme, enjeu de conflits majeurs, le pétrole constitue la marchandise la plus convoitée au monde. Les intérêts stratégiques et commerciaux des Etats-Unis et des transnationales pétrolières dominent. Elles justifient l'injustifiable : les politiques économiques les plus aventureuses, le recours à la corruption et à la force militaire pour contrôler le marché, le déplacement de populations pour le creusement de puits etc. L'OPEP constitue-t-elle, dans toutes ses contradictions, un contre-pouvoir alternatif ?
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Centre

Tricontinental

,

Economie et géopolitique du pétrole
Points de vue du Sud

Alternatives Sud
Vol. x (2003) 2

Centre Tricontinental Louvain-la-Neuve
L'Harmattan 5.7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Hargita Hongrie u. 3 L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino IT ALlE

1026 Budapest HONGRIE

Alternatives Sud - Vol. X (2003), n° 2 Directeur
François HOUT ART

Rédacteur en chef
Bernard DUTERME

Rédacteur adjoint
Carlos T ABLADA

Rédaction
Laurent Hélène François DELCOURT P ASSTOORS POLET

Responsable de production Leonor GARCiA
Administration Ingrid BEUDELS, Catherine Conseil

Recherche documentaire
Yvon DE WILDE

PASTEN, Jacques VELLUT

éditorial Aurelio ALONSO TEJADA (Cuba), Samir AMIN (Égypte), George C. ASENIERO (Philippines), Amiya Kumar BAGCHI (Inde), Hakim BEN HAMMOUDA (Tunisie), Jorge BULAEsCOBAR (Colombie), SuzyCASTOR (Haïti), Voravidh CHAROENLOET (Thaïlande), Bernard FOUNOU-TcHUIGOUA (Cameroun), Pablo GONZALEZ CASANOVA (Mexique), Franz HINKELAMERT (Costa Rica), Cristiân PARKER G. (Chili), Abraham SERFATY (Maroc), Alejandro SERRANO C. (Nicaragua), Paul SINGER (Brésil) Jomo K. SUNDARAM (Malaisie), Do ThAI DONG (Vietnam)

Rédaction & administration
CENTRE TRI CONTINENTAL, Ave Sainte Gertrude 5, B-1348 Louvain-la-Neuve,

Belgique. Tel: 32/10/48.95.60 - E-mail: cetri@cetri.be - Site web: www.cetri.be
Éditions CENTRE TRI CONTINENTAL (Louvain-la-Neuve), L 'HARMATTAN (Paris), PUNTO Rosso (Milan), FuNDACION HOGAR DEL EMPLEADO (Madrid), PLAZA Y VALDES (Mexico), EDITORIAL QENCIAS SOCIALES (La Havane), ARAB RESEARCH CENTER (Le Caire), DESDE ABAJO (Bogota). Diffusion CENTRE TRlCONTINENTAL (Belgique), Suzanne HUMBERSET, CEDIDELP (France) Charles-André UDRY, CODIS (Suisse), Pierre BEAUDET, ALTERNATIVES (Canada) Centres associés FORUM DU TIERS MONDE (Dakar), CETIM (Genève), CRESFED (Port-au-Prince), CASC (Managua), FUNDE (San Salvador), Focus ON THE GLOBAL SOUTH (Bangkok), CLACSO (Buenos Aires), INSTITUT D'ÉTUDES DU DÉVELOPPEMENT (Louvain-la-Neuve), C£LA-IS (ULB, Bruxelles).

Appui financier
DIRECTION GÉNÉRALE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE (Belgique), RÉGION WALLONNE (Belgique)

Graphisme SIGNÉLAZER(Bruxelles, Belgique) Illustration de couverture Corbis : http://pro.corbis.com

Les auteurs

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Carlos Guillermo Alvarez (Colombie) Universidad Nacional de Colombia, Sede Medellin, Calle 59A, n° 63, 20 Medellin, Colombie. E-mail: cgalvare@perseus.unalmed.edu.co-c.alvarez@epm.net.co Ivan Ivekovic (Égypte) The American University in Cairo, Dep. ofPolitical Science, 113, Kasr El Aini St., P.O. Box 2511, Le Caire 11511, Égypte. E-mail: iwek@aucegypt.edu Bichara Khader (Palestine) CERMAC - lED, Université Catholique de Louvain, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique. E-mail: khader@dvlp.ucl.ac.be Anuradha M. Chenoy (Inde) School of International Studies, Jawaharlal Nehru University, New Delhi, Inde. E-mail: chenoy@vsnl.com Joseph Amougou (Cameroun) Passage des Coulonneux 4/001 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique. E-mail: amougou74@hotmail.com Jean Nke Ndih (Cameroun) B.P. 6361 Yaounde, Cameroun. E-mail: jean_nke@yahoo.com Bernard Mommer (Venezuela) Oxford Institute for Energy Studies, 57 Woodstock Road, Oxford OX2 6FA, Grande-Bretagne. E-mail: bernard.mommer@oxfordenergy.org Eulogio Nutiez Aramayo (Bolivie) CIPCA, Av. 26 de Febrero, na 652, Santra Cruz, Bolivie. E-mail: enunez @cipca.org.bo, site web: www.cipca.org.bo

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@ L'Harmattan, 2003

ISBN: 2-7475-5223-3

Sommaire

Éditorial Le pétrole dans l'économie et la géostratégie mondiale. . . . . . . . .. 7

Carlos Guillermo Alvarez Les ressorts et les limites de la géopolitique

pétrolière.

. . . . . . .. 21

Les intérêts occidentaux au Moyen-Orient et en Asie centrale
Ivan Ivekovic Les États-Unis, l'Irak et la géopolitique

du pétrole.

. . . . . . . . . .. 35

Bichara Khader La dépendance énergétique européenne à l'égard du monde arabe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 61

Anuradha M Chenoy Géopolitique pétrolière en Asie centrale et dans le bassin de la mer Caspienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 91

L'exploitation

pétrolière en Afrique subsaharienne

Joseph Amougou Pétrole et développement

en Afrique subsaharienne

115

Jean Nke Ndih L'exploitation pétrolière au Nigeria et l'oléoduc Tchad-Cameroun

133

États et transnationales

pétrolières en Amérique latine

Bernard Mommer L'enjeu du pétrole au Venezuela.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 147

Eulogio Nunez Aramayo Les transnationales pétrolières dans les territoires indigènes de Bolivie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

169

Index des noms propres.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

181

Table des matières.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 185

Alternatives

Sud, Vol. X (2003) 2, pp. 7-20

Éditorial Le pétrole dans l'économie et la géostratégie mondiale
Les réserves de pétrole sont limitées et la consommation en constante augmentation. Les pays industrialisés sont dépendants des sources pétrolières situées en majorité dans les autres régions du monde (65% au Moyen-Orient). D'où des politiques interventionnistes allant jusqu'à la guerre (Irak). La fondation de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), dans les années 1960, correspondait à un effort des pays producteurs pour reprendre le contrôle contre les grandes multinationales du pétrole. Les effets écologiques et sociaux de l'exploitation pétrolière sont souvent dramatiques, allant à l'encontre de tout développement réel et favorisant les régimes autoritaires et la corruption. Des résistances se font jour dans tous les continents et les alternatives proposées concernent les énergies renouvelables, l'épargne énergétique, le droit des peuples, le modèle de développement et la logique d' accum ulation capitaliste. Mots clés: OPEP, énergie, transnationales, droit des peuples, développement.

Remettre le problème du pétrole dans son contexte est une tâche à la fois indispensable pour comprendre les enjeux et difficile, car il faut nécessairement faire des choix dans l'analyse. Comme les diverses contributions qui suivent abordent, en détail, de nombreux aspects de cette réalité, nous nous contenterons d'une brève présentation générale.

I.

Le pétrole comme enjeu géopolitique

1. L'état des ressources Les réserves déclarées de pétrole conventionnel (léger) s'élevaient,

en 2001, à 1.050billions de barils (un billion == mille millions), dont
environ 650/0au Moyen-Orient [H. Marquez, 2002]. Viennent ensuite l'Asie centrale (Azerbaïdjan, Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadj ikistan, Kirghizistan) avec le Caucase et la Russie; la région andine en Amérique latine (Venezuela, Colombie, Équateur, Bolivie, Pérou) ; l'Afrique de l'Ouest (Cameroun, Tchad, Gabon, Congo-Brazzaville, Angola) ; l'Amérique du Nord (États-Unis 2,9%, Mexique) et enfin l'Europe (0,7%) [Carlos Tablada, 2003].

8

Éditorial

Ressource non-renouvelable, dont la découverte de sites nouveaux touche à sa [m, le pétrole fait l'objet d'une demande sans cesse croissante. Cette dernière a été multipliée par quatre entre 1950 et 2000 et elle augmente de 8% par an. Les réserves connues en 2001 correspondaient à environ 40 fois la production mondiale de la même année. Entre 1981 et 1991, les réserves connues avaient augmenté de 45,5%, mais la décennie suivante, entre 1991 et 2001, elle n'ont augmenté que de 4,9% [Statistical Review ofWorld Energy, BP 2002]. Le tableau suivant illustre la situation des réserves par régions.
Réserves et production de pétrole par régions du monde en 2001
Régions Réserves (en billions de barils) 63,9 18,7 685,6 818,4 Production (en millions de barils quotid.) 14,0 6,8 22,2 30,2 Rés/prod. (en années)

Amérique du Nord (1) Europe
Moyen-Orient

OPEP
(I) Y compris le Mexique Source: Statistical Review o/World

13,5 7,8 86,8 76,6

Energy, BP 2002, cité par Orlando Caputo, 2002.

Ces chiffres révèlent la dépendance du monde industrialisé, notamment européen et nord-américain, vis-à-vis du pétrole produit ailleurs. D'où le concept de dépendance stratégique, c'est-à-dire le moment où un pays ne dispose plus des ressources énergétiques nécessaires à sa consommation. C'est ce qu'illustre le tableau qui suit.
Production, consommation et dépendance stratégique vis-à-vis du pétrole en 2001 (en milliers de barils quotidiens)
Situation Production
Consommation

États-Unis 7717 19 633 -11 916
Energy, BP 2002.

Europe 6808 16 093 -9 285

Moyen-Orient 22 233 4306 17 927

Dépendance stratégique
Source: Statistical Review o/World

Une telle dépendance est aussi le fait du Japon et dans un avenir très proche, la Chine, en plein essor industriel, passera de l' autosuffisance à un rapport inverse. Ce sont cependant les États-Unis qui se trouvent dans la situation la plus inquiétante. Leurs réserves correspondent à

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environ trois ans de consommation au rythme actuel et l'approvisionnement en pétrole a été déclaré question de sécurité nationale. Certes d'autres sources énergétiques fossiles que le pétrole existent aussi. C'est le cas du charbon et du gaz. Le premier a été progressivement abandonné, à cause de l'épuisement des gisements ou des inconvénients écologiques. Le second, dont le rôle proportionnel dans la consommation d'énergie se rapproche du pétrole, se trouve en grande partie localisé dans les mêmes régions que ce dernier. 2. L'enjeu stratégique Il n'est guère étonnant que le pétrole soit devenu rapidement un enjeu stratégique et cela ne date pas seulement de la deuxième guerre de l'Irak. L'histoire du Moyen-Orient ne se comprendrait pas sans ce facteur. On peut en dire autant de l'Afghanistan, du Biafra, du CongoBrazzaville, de l'Algérie, du Mexique, du Venezuela. Au fur et à mesure que l'avenir de l'or noir se profile en couleurs sombres, le danger de conflits et d'interventions se précise, au point de faire entrer ces derniers dans la catégorie des guerres préventives. La deuxième intervention en Irak a fait l'objet de publications suffisamment nombreuses pour qu'il ne soit pas nécessaire de revenir sur le rôle du pétrole dans son déclenchement. Certes, elle s'inscrit dans une perspective plus globale, celle de l'instauration d'un ordre politique et juridique international sous l'égide des États-Unis, qui définissent le monde en termes manichéens et en fonction de leurs intérêts nationaux. Le fait que l'Irak dispose des plus grandes réserves de pétrole après l'Arabie saoudite a évidemment joué un rôle majeur dans la décision de la coalition américano-britannique. La place centrale du pétrole dans les politiques énergétiques explique aussi le rôle que celui-ci a joué dans les économies nationales et internationales. C'est la raison pour laquelle les conséquences des deux crises pétrolières furent ressenties très profondément dans l' ensemb le du système mondial. Elles eurent des effets directs ou indirects, non seulement sur les prix du pétrole, mais aussi sur les taux d'intérêts, la spéculation financière, les investissements étrangers, la dette du Tiers Monde, etc. Au cours de I'histoire contemporaine, chaque époque du développement industriel a été marquée par des piliers spécifiques. Ce furent le charbon et l'acier dans une première période. Au cours du xxe siècle, c'est le pétrole qui prit le relais, accompagné par les nouvelles technologies au début de ce siècle. Il est probable que le cycle suivant

la

Éditorial

sera dominé par l'eau et la biodiversité (l' or vert), mais dans l'immédiat, le pétrole reste au coeur du problème. Il y a aussi une autre raison, dépassant la valeur d'usage. Dans la logique de la marchandise, une ressource comme le pétrole doit aussi être un facteur d'accumulation et cet aspect devient central dans son exploitation. La valeur d'échange devenant prédominante, les autres aspects passent au second plan, que ce soit la rationalité de l'usage, l'existence de ressources énergétiques alternatives ou les «externalités» négatives écologiques, sociales et politiques. Il en résulte que les rivalités pour le contrôle de la production et de la distribution du pétrole n'ont pas seulement pour origine la satisfaction des besoins énergétiques, aussi pressants qu'ils soient aujourd'hui, mais aussi la plus-value qu'il permet de générer. On comprend alors que la dimension même du secteur dans l'économie mondiale actuelle soit à l'origine de l'éclosion d'entreprises transnationales très puissantes, de controverses à propos de la souveraineté des États sur leurs richesses naturelles, de concurrences féroces entre firmes, de braderie en cas de privatisation, de corruption institutionnalisée. Un exemple particulier de la collusion entre les entreprises pétrolières et le pouvoir politique est celui des États-Unis où le gouvernement du président Bush a intégré des personnes très impliquées dans cette industrie, depuis la famille du président et le vice-président Dick Cheney lui-même. Selon un document de la CEPAL (Commission des Nations unies pour l'Amérique latine), 57% de la production du pétrole brut dans le monde est commercialisée intemationalement [CEPAL, 2001]. D'où l'importance des entreprises transnationales et notamment celles que l'on a appelées «les majors» ou encore les «7 soeurs» : Exxon, Gulf, Texaco, Mobil, Standard Oil o/California, British Petroleum et Royal Dutch Shell. Jusqu'au début des années 1960, celles-ci contrôlaient 98% de la production pétrolière dans les pays qui plus tard allaient former l'OPEP. À partir de 1960, le pouvoir de ce cartel diminua progressivement, avec la création des entreprises d'État en Europe et les nationalisations dans les pays producteurs. En 1981, les pays de l'OPEP contrôlaient 88% de la production de pétrole sur leurs territoires, contre seulement 6% en 1970. Avec le «Consensus de Washington» et l'orientation néolibérale de l'économie mondiale, une vague de privatisations et de dénationalisations se développa, sans pourtant réussir à privatiser complètement ce secteur de l'économie, notamment dans le Golfe [CEPAL, 2001]. En tant que facteur central du modèle de développement économique, le pétrole se trouve donc au centre des enjeux

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géostratégiques pour le contrôle de son accès et ce qu'il représente comme source d'accumulation.

Il. Les conséquences écologiques et sociales Dans le domaine écologique, les conséquences sont doubles, au plan de la production et à celui de l'usage. Les effets négatifs de la production sont bien connus: destruction de l'environnement immédiat, contamination de rivières et de fleuves, dommages à la faune et à la flore, attaques à la biodiversité. Mais ce n'est pas seulement l'exploitation des gisements qui pose problème, c'est aussi le transport du pétrole par les oléoducs. Ces derniers sont aussi hautement destructeurs de l'environnement. Si la pression de l'opinion publique et d'organismes tels que Greenpeace ont obligé les compagnies pétrolières à porter plus d'attention aux effets écologiques de leurs activités économiques, on est encore loin du compte, surtout dans les régions où ce contrôle est moins efficace. Par ailleurs, les effets sur le climat et sur la qualité de l'environnement, de l'utilisation du pétrole sont bien connus: CO2, effets de serre, couche d'ozone, etc. Certes, d'autres sources énergétiques sont aussi dommageables, le charbon par exemple. Mais l'usage industriel du pétrole ou son rôle central dans les moyens de transport en a fait une des principales sources de pollution dans le monde. Les appels à la conscience n'ont pas été suivis d'effets à la mesure de la catastrophe annoncée. Les intérêts pétroliers ont réussi à bloquer les décisions politiques, grâce à la puissance de leur lobbying. Le refus des États-Unis de ratifier le protocole de Kyoto est exemplatif à cet égard. Les mêmes lobbies retardent l'application de nouvelles technologies propres, notamment dans le secteur de l'automobile et freinent le développement des énergies naturelles, à moins qu'elles deviennent à leur tour des sources d'accumulation. Ces situations sont à mettre en rapport avec le modèle de développement énergivore que la logique du capitalisme a mis en valeur. Le progrès identifié à la croissance, cette dernière devenue la condition même de la survie du système économique, le productivisme en tant que valeur centrale, y compris dans l'agriculture, le calcul économique comme seule norme d'organisation collective des sociétés, tout cela contribue, sous couvert de rationalité et de modernité, à faire de l'exploitation des richesses naturelles un en soi qui a éliminé de la culture le respect de la nature. On sera bien forcé à y revenir, car au rythme actuel, il faudra bientôt plusieurs planètes pour supporter les

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Éditorial

pratiques prédatrices du modèle économique en vigueur, notamment dans le domaine de l'énergie. Sur le plan humain et social, le désastre n'est pas moins impressionnant. Il y ad' abord les conditions de l'exploitation pétrolière, qui lorsque celle-ci n'est pas off shore, anéantit les activités économiques des populations locales, déstructure les groupes sociaux et débouche même sur des massacres. Des populations sont déplacées et leurs réactions réprimées, souvent en connivence avec des régimes politiques autoritaires. Comme dans toute I'histoire du système capitaliste, la maximisation des profits domine les objectifs et ce n'est qu'après de fortes pressions, internes ou externes, que le facteur humain est pris en considération. Une fois de plus, il s'avère que le capitalisme est «sauvage» quand il le peut et «civilisé» quand il le doit. Il faut ajouter aussi que l'effet social de la rente pétrolière est généralement très négatif. L'appropriation de la plus-value est inégale. Ou bien elle est absorbée principalement par l'extérieur ou bien elle se concentre entre les mains d'un groupe réduit de personnes. Il en résulte une dualisation de la société, avec les conflits internes que cela suscite comme au Venezuela ou au Nigeria ou dans les pays du Golfe dans lesquels une migration asiatique (Inde, Pakistan, Sri Lanka, Philippines, Palestine) fournit le gros de la main-d'oeuvre subalterne dans des conditions sociales lamentables (absence de regroupement familial, entre autres). La naissance de groupes mafieux est légion et ces derniers agissent fréquemment en connivence avec les entreprises transnationales du pétrole (Fina, Elf, etc.). Il résulte de tout cela qu'un véritable développement, créateur de bien-être pour l'ensemble de la population, est sérieusement handicapé. Les mécanismes de la rente pétrolière créent la hausse des prix locaux et favorisent seulement quelques secteurs économiques bien précis (la construction, par exemple) alors qu'elle affaiblit les autres. Il faut ajouter que de nombreux acteurs politiques locaux profitent largement des bénéfices du pétrole, construisant ainsi un pouvoir économique et politique interne et accumulant des fortunes dans les paradis fiscaux du Nord. Les entreprises pétrolières n'hésitent pas à recourir aux services des forces de répression des régimes au pouvoir, en les finançant (Shell au Nigeria, Fina en Birmanie, Elf au Cameroun, BP en Papouasie occidentale) ou à susciter des révoltes armées contre des régimes qui ne leur sont pas suffisamment favorables (Elf au Congo-Brazzaville). Les pays occidentaux abritant les entreprises transnationales du pétrole sont bien souvent aussi impliqués dans ces opérations. Ils s'allient avec les pouvoirs autoritaires 'ou dictatoriaux, dans la mesure où ces derniers favorisent leurs entreprises ou leurs intérêts nationaux.

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C'est le cas du Moyen-Orient, mais aussi de plusieurs pays africains. L'Occident n'a jamais hésité à intervenir directement ou indirectement pour renverser ou déstabiliser des régimes politiques défavorables. Ce fut le cas du régime de Mohammad Mossadegh en Iran, de Saddam Hussein en Irak, de Pascal Loussiba au Congo-Brazzaville ou de Hugo Chavez au Venezuela.

III. Les résistances et leurs acteurs Face à ces situations les résistances sont nombreuses. Il y a d'abord celles des peuples concernés. On connaît le drame des agonis au Nigeria et la pendaison, par le gouvernement militaire de l'époque, des dirigeants du mouvement d'opposition à l'action de Shell dans leur région dont le poète mondialement connu, Ken Saro- Wiwa. Mais ce ne fut pas le seul groupe à réagir au Nigeria et en Afrique de nombreux autres groupes résistent. Les Karen de Birmanie, les zapatistes au Chiapas sont d'une manière ou d'une autre engagés dans des mouvements de protestation contre l'exploitation des richesses de leur sol, car ils n'en tirent aucun bénéfice et, au contraire, ils en subissent les effets négatifs. En Équateur, 30 000 indigènes manifestèrent en mai 2003, contre les dommages environnementaux provoqués par la compagnie Chevron Texaco et exigeant une compensation d'un milliard de dollars. Les syndicats du pétrole pour leur part, ont mené dans certains pays des luttes très dures. En Colombie des dizaines de dirigeants syndicaux ont été assassinés par des forces paramilitaires, souvent en connivence avec les transnationales du pétrole. Ce fut cependant la création de l'OPEP qui constitua la forme la plus efficace de résistance à l'oligopole des transnationales pétrolières (voir annexe de l'éditorial). Cette organisation fut constituée pour défendre les intérêts nationaux des pays producteurs, soit dans le but de réaliser un projet de développement national, soit tout simplement pour renforcer la part de plus-value des élites au pouvoir. L'objectif était donc ambivalent, mais il signifiait la naissance d'un autre rapport de force entre le Nord et le Sud. La vague néolibérale fit perdre à l'OPEP l'importance de sa force de frappe et ce fut le grand mérite d'Hugo Chavez d'avoir remis l'organisation sur les rails, ce qui va à l'encontre de la politique des États-Unis, qui préfèrent les négociations bilatérales avec les pays, dans ce domaine, comme dans bien d'autres d'ailleurs. Enfin, signalons l'action de nombreuses ONG et mouvements sociaux dans les pays du Nord. Des campagnes de dénonciations ont été organisées et des tribunaux d'opinion mis sur pied (Tribunal permanent

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Éditorial

des peuples contre Elf Aquitaine, à Paris, en 1997). Il Y eut aussi plusieurs actions de boycottage contre des firmes particulières. Les compagnies pétrolières ont dû se défendre et elles ont produit de nombreux documents à cet effet. Certaines ont adopté des codes de conduite (dont l'application est souvent difficilement vérifiable) et d'autres se sont vues obligées de modifier certains comportements. Cependant, on est loin du compte.

IV. Les alternatives Se battre contre les abus, les dénoncer avec précision et se solidariser avec les victimes est une étape très importante. On ne dira jamais assez combien le rôle de la déligitimation est essentiel, face à une opinion publique qui est loin d'avoir intériorisé tous les éléments de cette problématique. Mais cela ne suffit évidemment pas. Nous avons déjà signalé certains des résultats obtenus, grâce à des actions concrètes. Il est cependant nécessaire de mieux baliser encore le terrain des alternatives. Celles-ci se situent dans plusieurs domaines. En premier lieu, il faut signaler le développement des énergies renouvelables. Les investissements dans ce domaine restent bien en deçà des besoins. Dans une perspective de bien commun de l'humanité, on pourrait consacrer une partie de la rente pétrolière à financer les recherches et les expérimentations. Les faibles efforts accomplis dans cette direction, notamment par les compagnies pétrolières en périodes de crise, ont plus relevé de l'opération publicitaire que d'un véritable changement d'orientation. Les nouvelles techniques d'utilisation de l'énergie devraient aussi faire l'objet d'initiatives plus audacieuses. Souvent freinées par les lobbies, elles sont aujourd 'hui au centre des ambiguïtés de la politique des brevets de l'OMC. En effet, les applications de ces derniers peuvent être retardées dans les pays à faible revenu, par manque de moyens, quand ce ne sont pas les grandes entreprises qui les rachètent pour éviter qu'elles ne voient le jour. Par contre, un réel effort a été accompli dans le développement de technologies moins dispendieuses en énergie (dans le secteur de l'automobile, par exemple) lorsque le prix du pétrole a explosé, ce qui prouve qu'il est possible d'induire des transformations. Le respect des droits individuels et sociaux devant présider à toute initiative économique, des codes de conduite, élaborés avec les acteurs concernés (organisations des travailleurs, représentants des populations, les États locaux), vérifiés par des organes indépendants et sanctionnés

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par une Cour pénale internationale contre les crimes économiques, permettraient de créer de meilleures conditions sociales d'exploitation des ressources énergétiques et de travail. Revoir les normes internationales du droit des affaires est donc aussi une tâche importante, capable d'ouvrir de nouvelles voies. La transformation du modèle de développement est évidemment l'objectifultime. Cela concerne à la fois les options sur l'énergie et sur les modes de consommation. D'où le besoin d'une réflexion fondamentale et d'une volonté politique commune qui puisse définir des étapes. Ce point pourrait être mis à l'ordre du jour des instances politiques nationales, régionales (Union européenne, Asean, Mercosur...) et internationales (Nations unies). La réflexion devrait d'abord porter sur la philosophie du développement, ses obj ectifs, ses moyens, ses étapes. Dans chaque pays, une commission nationale pourrait, dans un délai requis, élaborer les principes répondant à la question: dans le cadre actuel et futur de la planète terre, quel développement voulons-nous pour l'ensemble des êtres humains? L'universalité de l'initiative permettrait à de très nombreux mouvements sociaux aspirant à créer de nouvelles conditions d'existence et à toutes les grandes traditions de pensée, de l'Orient comme de l'Occident, d'y contribuer. On pourrait aussi rassembler de tels acteurs au niveau des grandes régions du monde et sur un plan international. Tout en définissant l'utopie, ces commissions aboutiraient à des propositions d'action. Comme la mise en oeuvre pratique des orientations nouvelles revêt une double exigence, technique et politique, les étapes de réalisation pourraient être proposées par des groupes de spécialistes et traduites politiquement par les parlements. Pour terminer, ajoutons qu'à terme, c'est une autre logique que celle du capitalisme qui devra s'imposer, car dans le cadre de cette dernière, seuls des aménagements provisoires sont possibles. C'est l'idée qui fut développée dans l'ouvrage: À la Recherche d'Alternatives: Un autre monde est-il possible? [Alternatives Sud, Vol. VIII, n° 2, 2001].

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Éditorial

Annexe

I. L'OPEP: naissance et contradiction 1
L'OPEP est composée de Il États membres, situés en Afrique, Asie, Amérique du Sud: Algérie, Libye, Nigeria, Indonésie, Iran, Irak, Koweït, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Venezuela. Actuellement, la production globale de l'OPEP assure plus de 40% du pétrole mondial et ses membres disposent de près de 78% des réserves connues. Face aux énormes pertes subies à cause de leur incapacité à contrôler les prix et face aux contradictions continuelles qui existaient entre eux, les pays producteurs se réunirent à Bagdad en septembre 1960. Cinq d'entre eux, l'Iran, l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite et le Venezuela décidèrent de s'associer et de fonder l'OPEP. L'objectif de l'organisation était d'établir un contrôle efficace sur le flux du pétrole vers les pays consommateurs, de garantir des prix adéquats et de résoudre les conflits ancestraux existants entre eux et perpétuellement entretenus par la fluctuation du prix du pétrole. En 1961, le Qatar se joignit au groupe. En 1962, ce fut le tour de la Libye et de l'Indonésie et les Émirats arabes unis devinrent membre en 1967. L'Algérie s'y ajouta en 1969, tandis que le Nigeria attendit jusqu'en 1971. L'Équateur fut membre entre 1973 et 1992 et le Gabon entre 1975 et 1994. D'autres pays, tels que le Mexique, la Russie et la Norvège, restèrent en marge de l'organisation, tout en collaborant avec sa politique de contrôle de la demande. Dernièrement, la Russie a exprimé son intérêt de faire partie du cartel. Quant aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, ils commercialisent leur pétrole en dehors de l'OPEP, les premiers ayant toujours manifesté une hostilité envers le projet.

II. L'OPEP et les stratégies pétrolières
Durant la décennie de 1960, le pouvoir de l'organisation connut une certaine croissance. Le siège, tout d'abord établi à Genève, fut transplanté à V ïenne. Les priorités furent clairement maintenues, même si la force acquise s'éroda avec le temps. L'organisation continue à exercer une influence réelle sur le marché pétrolier et notamment à faire fluctuer les prix. Simultanément, à l'intérieur même de l'OPEP, les

1.

Ce texte est repris d'un ouvrage en préparation économiste cubain.

de Carlos Tablada, sociologue

et

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contradictions entre les intérêts spécifiques de chaque pays continuent à se manifester dès qu'il s'agit d'établir les stratégies de production. Les pays qui disposent de réserves pétrolières relativement modestes, mais de première qualité, tels que l'Algérie, la Libye ou d'autres qui combinent un poids démographique important avec des ressources alternatives faibles, tels que l'Iran ou le Nigeria, demandent régulièrement que l'on diminue la production, afin de peser sur la demande et d'obtenir ainsi des prix plus élevés. Par ailleurs, des producteurs comme l'Arabie saoudite ou le Koweït, qui ont d'immenses réserves et des populations réduites, craignent que les transfonnations technologiques qui précèdent régulièrement toute élévation des prix et qui dictent les tendances structurelles dans la consommation des énergies alternatives, tout comme l'extension de leurs aires d'exploitation, ne réduisent la valeur de leur production pétrolière. Ces contradictions provoquent parfois des conflits. Lorsque l'Irak envahit le Koweït en 1990, une des principales causes fut la

productionexcessivede la part du Koweït et l'affaiblissementdu prix
du pétrole qui en résulta. Dans les années 1970, les pays de l'OPEP avaient réussi à écarter les entreprises transnationales occidentales et à récupérer le contrôle de leur exploitation pétrolière, ce qui amena les pays producteurs à ajuster les prix en fonction de leurs intérêts. En 1973, eut lieu la guerre du Kippur. Les pays arabes décrétèrent un embargo pétrolier, en particulier contre les États-Unis. Les conséquences en furent très lourdes et le prix du pétrole creva tous les plafonds, affectant sérieusement les économies développées. Pour la première fois, la loi macroéconomique de non liaison entre inflation et chômage fut mise en échec. En 1973 et 1974, l'indice des prix grimpa à cause de l'augmentation du pétrole, en même temps que les entreprises étaient mises en difficulté pour la même raison. Dès lors, le chômage augmenta. Le terme utilisé pour qualifier cette situation fut stagflation. Au milieu de la crise une première réunion de chefs d'État de l'OPEP affirma sa solidarité avec les pays en voie de développement et prit certaines décisions en leur faveur. L'Occident sortit de l'impasse, malgré une répétition du problème en 1978 avec le triomphe de la révolution iranienne, en adoptant plusieurs mesures pour éviter de telles crises. Pour commencer, les pays concernés créèrent des réserves stratégiques de pétrole. Par ailleurs, ils se lancèrent aussi dans une course à la réduction de la consommation énergétique. C'était nécessaire pour freiner la dépendance vis-à-vis du pétrole. On progressa beaucoup dans la production de moteurs plus efficaces, notamment avec l'application de techniques telles que l'injection du combustible, qui limitaient fortement

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Éditorial

la consommation des automobiles. On investit également des sommes importantes dans les énergies renouvelables et la recherche de nouvelles sources énergétiques, telles que I'hydrogène, fut accélérée. Actuellement, les économies développées dépensent la moitié de l'énergie utilisée en 1973 pour produire la même quantité de biens et le même volume de mobilité. En termes de théorie économique, le renchérissement du pétrole au cours de la décennie de 1970 eut un impact négatif sur les économies capitalistes et il n'a pas encore été surmonté. Au début, le taux d'inflation augmenta, entraînant une spirale de prix et salaires, qui à la fois diminua l'activité productive et accéléra l'augmentation du chômage. Ces tendances affectèrent fortement le développement du secteur interne et augmentèrent l'importance de la dette extérieure. Cette dernière, dans les pays sous-développés, possède évidemment des origines complexes, mais il ne fait pas de doute qu'une grande partie de l'origine de la crise actuelle se situe au cours de la période 19731974, lorsque les pays de l'OPEP triplèrent le prix du pétrole. Les pays exportateurs de pétrole eurent à ce moment un excédent de 433milliards de dollars (entre 1974 et 1981), qu'ils placèrent dans les banques commerciales des États-Unis, de l'Europe et du Japon. L'excès de liquidité au cours de la décennie 1970, eut pour conséquence un boom des pétrodollars et il constitua aussi un facteur déterminant de la crise de la dette. La dynamique des taux d'intérêt joua également un rôle dans ce processus. Les banques, inondées d'argent, promurent des crédits avantageux à des taux d'intérêts bas et variables. Par après, ils augmentèrent considérablement à partir des années 1979-1980, lorsque l'OPEP doubla à nouveau le prix du pétrole [P.G. Hernandez, 2002]. À partir de ce moment, les aléas de l'économie mondiale firent que les conditions de crédit devinrent de plus en plus exigeantes, ce qui plaça les pays endettés face à une créance impossible à rembourser. En fait, il y eut simultanément un transfert de richesses des pays pauvres importateurs de pétrole vers les pays exportateurs et une augmentation des prix des produits utilisant l'énergie pétrolière, ce qui conduisit à des spirales inflationnistes, faisant baisser le bien-être général. Les politiques fiscales expansives mises en route par les pays industrialisés pour pallier les effets négatifs de l'augmentation du prix du pétrole sur la production et le chômage eurent, elles aussi, des résultats désastreux: augmentation des déficits publics, réduction des taux d'épargne et augmentation des taux d'intérêts. Au cours des années 1980, l'OPEP se consolida. Deux crises importantes dues à l'augmentation des prix furent conjurées. Cependant

Le pétrole dans l'économie

et la géostratégie

mondiale

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l'organisation dût affronter plusieurs obstacles: la guerre entre deux de ses membres, l'Iran et l'Irak, le conflit arabo/israéIien et les tensions entre la Libye et les États-Unis. Ces derniers, sous la présidence de Ronald Reagan, essayèrent de mettre l' 0 PEP à genoux et réussirent à freiner son dynamisme pour forcer cette dernière à s'ajuster aux intérêts de l'Occident. La décennie 1990 commença avec l'attaque de l'Irak contre le Koweït. Malgré son affaiblissement par dix années de guerre, l'Irak s'empara des gisements koweïtiens, déclenchant des représailles qui firent monter le prix du baril jusqu'à plus de 40 dollars à New York et à Londres. L'Irak fut mis sous embargo par l'ONU et seulement autorisé à vendre du pétrole pour acheter de la nourriture et des médicaments. Entre 1993 et 1999, les prix du baril diminuèrent lentement. Au cours de la dernière année, l'OPEP décida de diminuer sa production afin d'élever le cours de Il dollars par baril auquel il était tombé, jusqu'à 35 dollars, ce qui fut réalisé en octobre 2000. En septembre de cette année, Hugo Chavez, le président du Venezuela, convoqua une deuxième réunion de chefs d'État. L'organisation en sortit renforcée, plus convaincue de son pouvoir en tant qu'organisme pouvant agir sur les marchés et faire pièce aux pays industrialisés. Par ailleurs, les pays de l'OPEP, sérieusement préoccupés de la diminution accélérée de leurs réserves, essayèrent à plusieurs reprises de freiner la production. Durant la réunion de Caracas, l'OPEP récupéra le rôle pour lequel elle avait été créée et parvint à établir un équilibre des prix et des garanties qui favorisa la communauté internationale, en particulier les pays du Sud. À partir de la réunion de Caracas, des limites furent mises à la fluctuation des prix (de 22 à 28 dollars) et une régulation concertée de la production fut remise en vigueur. La guerre de l'Irak remit tout en question. Précédée par une augmentation très forte des prix, qui retomba rapidement dès le début du conflit, elle démontra le caractère du marché du pétrole. La prise du contrôle de l'Irak par les États-Unis et la GrandeBretagne met évidemment l'OPEP face à une nouvelle situation, qui rendra sa tâche plus difficile. L'existence de pays producteurs de pétrole non membres affaiblit la position de l'organisation, parce que la discipline collective de la production et des prix ne peut être maintenue. On doit donc s'attendre à de nouvelles confrontations. Bibliographie
BARTHÉLÉMY Françoise, Les routes contestées du pétrole équatorien, Diplomatique, janvier 2003. Le Monde