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Éducation et soin

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« Lorsque Catherine Halpern signe en 2011 un article pour Télérama interrogeant ‘le désamour’ de la psychanalyse, et que suivent en cascade la décision de la Haute Autorité de Santé (HAS) d'exclure la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle de la prise en charge de l'autisme, les attaques contre la pratique du packing de Pierre Delion et enfin la parution du troisième plan autisme, transformé en diktat comportementalo-cognitiviste par la ministre Carlotti, il ne peut s'agir de coïncidences. Pour avoir consacré l'essentiel de mon parcours professionnel d'éducateur spécialisé, au travail avec les enfants les plus perturbés de l'institution dans laquelle je travaillais, ainsi qu'avec leurs parents, j'avais vécu de l'intérieur, malgré notre référence à une approche psychodynamique consensuelle, cette tectonique des plaques dogmatiques qui illustrait nos combats fratricides entre professionnels, entre parents, entre professionnels et parents, à propos de la ‘bonne’ politique d'éducation et soin les concernant. Il fallait donc tenter de comprendre ce qui avait pu nous conduire à ce séisme qui agite aujourd'hui nos secteurs Pédopsychiatrie et Médico-Social, après que les lois sociales et médico-sociales de 2002 et 2005 se soient déjà annoncées comme la ‘révolution culturelle’ de nos secteurs. Dans cet essai réactionnel j'essaie de montrer comment, en l'absence d'une véritable politique d'éducation et soin et à la faveur de notre rapport ambigu aux personnes ‘différentes’ ou en ‘difficulté’, ce champ de l'autisme a servi de cheval de Troie pour provoquer une bascule idéologique dans l'accompagnement d'éducation et soin, et asservir les professionnels de nos secteurs. Mais au-delà de nos secteurs, cette bascule idéologique parle de nous, de notre société, tant ce thème de l'éducation et soin est fondamental dans notre rapport à nous-mêmes, dans notre rapport à l'autre ‘différent’, dans notre rapport à l'enfant, c'est-à-dire dans notre rapport à ce qui fonde notre culture et notre société.C'est pourquoi je propose le recours à la réflexion éthique pour dépasser cette tectonique des plaques et énoncer les fondamentaux qui devraient présider à notre travail commun. »


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Yannick Pinard

 

Éducation et soin

 

 

Champ social éditions

 

 

Présentation du livre : « Lorsque Catherine Halpern signe en 2011 un article pour Télérama interrogeant ‘le désamour’ de la psychanalyse, et que suivent en cascade la décision de la Haute Autorité de Santé (HAS) d'exclure la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle de la prise en charge de l'autisme, les attaques contre la pratique du packing de Pierre Delion et enfin la parution du troisième plan autisme, transformé en diktat comportementalo-cognitiviste par la ministre Carlotti, il ne peut s'agir de coïncidences. Pour avoir consacré l'essentiel de mon parcours professionnel d'éducateur spécialisé, au travail avec les enfants les plus perturbés de l'institution dans laquelle je travaillais, ainsi qu'avec leurs parents, j'avais vécu de l'intérieur, malgré notre référence à une approche psychodynamique consensuelle, cette tectonique des plaques dogmatiques qui illustrait nos combats fratricides entre professionnels, entre parents, entre professionnels et parents, à propos de la ‘bonne’ politique d'éducation et soin les concernant. Il fallait donc tenter de comprendre ce qui avait pu nous conduire à ce séisme qui agite aujourd'hui nos secteurs Pédopsychiatrie et Médico-Social, après que les lois sociales et médico-sociales de 2002 et 2005 se soient déjà annoncées comme la ‘révolution culturelle’ de nos secteurs. Dans cet essai réactionnel j'essaie de montrer comment, en l'absence d'une véritable politique d'éducation et soin et à la faveur de notre rapport ambigu aux personnes ‘différentes’ ou en ‘difficulté’, ce champ de l'autisme a servi de cheval de Troie pour provoquer une bascule idéologique dans l'accompagnement d'éducation et soin, et asservir les professionnels de nos secteurs. Mais au-delà de nos secteurs, cette bascule idéologique parle de nous, de notre société, tant ce thème de l'éducation et soin est fondamental dans notre rapport à nous-mêmes, dans notre rapport à l'autre ‘différent’, dans notre rapport à l'enfant, c'est-à-dire dans notre rapport à ce qui fonde notre culture et notre société.C'est pourquoi je propose le recours à la réflexion éthique pour dépasser cette tectonique des plaques et énoncer les fondamentaux qui devraient présider à notre travail commun. »

Auteur : Yannick Pinard. Éducateur spécialisé en institution de 1972 à 2011 dans un IME, avec une formation en art et thérapie pour renforcer l’approche psychodynamique de la relation d'éducation et soin.

 

 

« Commençons peut-être par formuler les questions autrement que nous l’avons fait jusque là et tentons de puiser des propositions ailleurs que dans des gisements depuis longtemps éteints, alors que la complexité du monde s’est considérablement renforcée ces dernières décennies. Et, surtout, gardons-nous de nous prendre pour les justiciers que nous ne sommes pas. La véhémence des discours ne recoupe pas toujours la logique des actes. »

 

 

Yanick LAHENS

« Failles ». Sabine Wespieser éditeur. P;131

Éducation et soin

Préface par Pierre Delion

 

Yannick Pinard est un homme courageux. En écrivant cet ouvrage il délivre un message clair et concis adressé aux personnes de bonne volonté, professionnels et parents, pour leur faire part des impostures actuelles en matière d’éducation et de soins. Peut-être se trouvera-t-il un homme ou une femme politique pour le lire également, et son pari citoyen pourrait alors prendre une nouvelle direction : proposer à ceux qui décident de devenir courageux à leur tour. Car aujourd’hui, ce que notre auteur dénonce est le résultat d’un manque de courage inégalé de nos politiques en matière d’éducation et de soins. Qu’ils soient de droite ou de gauche, et c’est là un véritable drame pour le « zoon politikon » que chaque citoyen devrait incarner dans une démocratie, les politiques ont pris depuis plusieurs années le parti de ne pas se situer en position tierce dans le débat qui oppose les différentes tendances en conflit. Qu’il y ait lieu de faire toute leur place aux représentations de parents qui revendiquent des moyens et une orientation comportementaliste pour prendre en charge leurs enfants en difficulté est un des aspects fondamentaux d’un fonctionnement démocratique. Mais que cette tendance devienne la seule et unique doxa acceptée par le décideur politique sous le couvert pseudo-scientifique d’instances dont l’analyse détaillée du fonctionnement montre qu’elles ont cédé à des pressions lobbyistes plus qu’à la rigueur scientifique est un scandale démocratique : le Politique a pour rôle de proposer une synthèse intégrant les différents points de vue de manière à orienter ses actions dans un sens qui tienne compte de la complexité des problématiques en jeu. La question de l’autisme est une des questions sociétales qui demande l’intervention de nombreux points de vue, en raison de sa complexité intrinsèque, et également à cause de la distance qui nous sépare des réponses attendues, tant sur le plan étiologique que sur le plan de l’efficacité des prises en charge. C’est pourquoi la métaphore de la tectonique des plaques proposée par Yannick Pinard m’a semblé si efficace sur le plan symbolique. En effet, les hypothèses concernant l’existence sur la planète autistique sont très nombreuses, et que je sache, il n’est pas encore démontré que l’une d’entre elles dispose de tout ce qui pourrait la faire passer du statut d’hypothèse à celui de vérité scientifique établie. Les continents sont encore en mouvements, et provoquent de temps à autre des conflits, certains majeurs et d’autres mineurs, entraînant des ravages dans les zones concernées. Sachant cela, il est de la responsabilité des politiques de prévoir que ces conflits géologiques soient évités par des mesures ad hoc, prenant en considération les génératrices de chaque conflit. Comme René Thom l’avait démontré dans sa théorie des catastrophes, c’est en jouant sur les génératrices des forces en présence dans une catastrophe prévisible que le conflit peut retrouver un intérêt pour ce qu’il vient révéler des directions des dites forces considérées : indiquer le sens de la résultante du conflit en puissance. Ici, un ministre chargé de ces questions complexes, constatant les différentes hypothèses à l’œuvre, peut proposer de ménager l’expression de chacune d’entre elles en ouvrant un espace hétérogène dans lequel les éléments d’éducation peuvent prendre toute la place qu’ils réclament, mais sans revendiquer celle du pédagogique. Dès lors, il devient possible d’envisager que si le monde éducatif et le monde pédagogique sont confrontés à des difficultés cliniques signifiant que l’enfant ne peut se satisfaire de ces deux seules approches, une approche thérapeutique devient nécessaire. C’est ce que je ramasse dans la formule : éducatif toujours, pédagogique si possible et thérapeutique si nécessaire. Les conflits de « plaques » qui ne manquent pas de survenir dans un contexte ne disposant pas de tiers symbolique, aboutissent à une perte d’énergie considérable. Mais si le personnel politique faisait à nouveau son travail tiercéisant, comme il le faisait à l’époque de Misès, alors ces conflits de plaques se transformeraient en une réunion de travail entre les différentes forces en présence, permettant une inter-connaissance entre les partenaires de l’enfant et des parents, conduisant à une philosophie du partage des tâches qui sied davantage à ces problématiques humaines. Dans une telle perspective, chacun apporte sa pierre à l’édifice en fonction de ses compétences, et personne ne prétend disposer de toutes les compétences, échappant ainsi à une position mégalomaniaque dont quelques reproches justifiés, adressés en leur temps à des psychanalystes, peuvent montrer les errements. Il n’en va pas autrement pour les comportementalistes qui prétendent qu’ils n’ont besoin de personne d’autre pour éduquer l’enfant autiste qui leur est confié. Toute position fondamentaliste est à exclure dans le domaine de la relation humaine et de ses souffrances spécifiques. Les politiques actuels, en choisissant un camp contre un autre, malgré les appels à la prudence d’un certain nombre de praticiens engagés depuis belle lurette dans la prise en charge des enfants autistes (Misès, Hochmann, Golse, Amy,…), ne font que verser de l’huile sur le feu des souffrances des enfants et des parents concernés. Je les accuse de démagogie et m’inquiète du tour post-démocratique que de telles prises de positions absurdes engagent dans leurs sillages. Et le niveau de la haine atteint par des groupes de pressions lors de manifestations récentes organisées à l’occasion des annonces concernant le troisième plan autisme ne fait que confirmer à mes yeux l’absence d’instance régulatrice dans ces conflits mortifères.

Yannick Pinard, tel un veilleur aguerri, nous ouvre des pistes conceptuelles et cliniques pour penser ces impasses actuelles en s’appuyant sur ses expériences professionnelles personnelles, mais aussi sur ses réflexions issues des événements survenus ces dernières années en matière d’autismes et de psychoses des enfants. C’est ainsi qu’il relate une expérience, celle de la création d’une SEHA dans son IME, pour mieux aider les enfants autistes dans leurs prises en charge. À travers ce récit, le lecteur découvrira avec quel talent Yannick Pinard articule les concepts de plusieurs théoriciens, notamment Winnicott, pour les mettre au service des relations transférentielles créées dans ce service. Mais l’auteur s’appuie également sur l’expérience racontée par Jeanne et Tristan Auber, parents de Julie. Ce récit rapporte les différentes étapes par lesquelles les parents passent lorsqu’ils sont en présence d’un de leurs enfants qui présente une telle maladie, donnant lieu à un handicap auquel il est maintenant trop souvent conseillé de le résumer. Ces parents insistent d’ailleurs sur le fait que « prendre soin est une philosophie, pas une technique », rejoignant nos propres préoccupations en matière d’autisme, dont nous ne souhaitons pas que la prise en charge soit rabattue sur les seuls aspects neuroscientifiques. Enfin, Yannick Pinard nous conte l’histoire transférentielle avec Atyna, une enfant dysharmonique qu’il a eu à prendre en charge dans le cadre de son travail d’éducateur engagé. Traversant un certain nombre d’aléas transférentiels, au rang desquels la question du corps se pose avec acuité, il retrace la (re) construction de cette enfant en appui sur les personnes qui acceptent de tisser avec elle une histoire « pour de vrai ». Au-delà des aspects très personnalisés de ce récit clinique, l’histoire d’Atyna peut en quelque sorte servir de paradigme aux modalités de prises en charge institutionnelles de tels enfants, articulant autant que besoin, les aspects éducatifs, pédagogiques, thérapeutiques, sociaux, en individuel et en groupe, nécessaires pour assurer à la biographie de cette enfant une consistance suffisante à sa survie psychique.

Une troisième partie aborde les aspects éthiques de la démarche de Yannick Pinard. L’auteur n’est pas quelqu’un qui pourrait dire les concepts importants et les laisser se déployer dans les seules sphères intellectuelles. Il éprouve l’absolue nécessité d’articuler sa pensée avec ses actions, ou mieux, son désir et ses actes. Cette citation illustre bien le projet qu’il poursuit en livrant son ouvrage à notre lecture :

« Dépasser la tectonique des plaques implique en tout cas de trouver une alternative à des repères clivants et discriminateurs, qui n’existent que dans une relation de pouvoir des uns sur les autres et non dans une relation de vouloir des uns avec les autres. Pouvoirs qui édictent des morales relevant d’un discours de propagande, mais alors appelés à s’effondrer un jour ou l’autre. Dépasser la tectonique des plaques implique donc de dépasser l’âge du Faire pour instaurer celui de l’Être, comme base de réflexion d’une politique d’éducation et de soin. La capacité de faire n’étant qu’une compétence particulière, très variable donc très inégalitaire d’une personne à l’autre, allant de l’incompétence totale aux compétences multiples. »

Dans le marasme actuel, il est revigorant de lire un tel ouvrage pour quitter la planète dépressive et rejoindre les rangs des militants de l’humain, ceux qui ne veulent ni ne peuvent s’en laisser conter sur les lendemains qui chantent sur l’air de la seule science. Le monde de l’autisme et de tous ceux qui y consacrent leurs pratiques et leurs réflexions ne peut que gagner en profondeur et en intelligence à se nourrir de l’ouvrage de Yannick Pinard.

Introduction

Notre planète Terre est vivante. Les terres émergées comme les mers et les océans qui nous portent sont l’objet d’incessants mouvements qui en modifient la géographie. Ces terres émergées et immergées qui constituent nos continents actuels bougent imperceptiblement, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, se rapprochent ou s’écartent les unes des autres, se frôlent, se percutent, se fragmentent, s’imbriquent les unes dans les autres ou se chevauchent. Il n’y a que l’activité sismique et volcanique pour rendre visible, dans le temps qui est le nôtre, cette tectonique des plaques géologiques, mais elle conditionne la vie physique et psychique des Hommes, et l’archipel japonais en est en cela symbolique.

Nomades puis sédentaire, les Hommes ont occupé les terres émergées en autant de peuples s’adaptant à leur environnement, et adoptant le mode de vie le plus approprié à cet environnement.

Autant de modes de vie différents qui ont constitué autant de cultures différentes, inventant les codes et les lois régissant leur vie sociale, élaborant leurs propres croyances pour donner sens à l’inconnu, à l’inexpliqué, à la magie de cette Terre et de cette vie sur Terre, avec ses arbres et ses plantes, ses animaux, les mouvements de l’eau et de l’air, ce ciel et ces océans énigmatiques, l’alternance des jours et des nuits, le cycle des saisons, et surtout le mystère de la vie, des maladies et de la mort.

Chaque peuple était soudé autour de ses propres explications et de son mode de vie… jusqu’à ce que l’autre arrive. Jusqu’à ce que paraisse l’étranger, venu d’un inconnu qui représentait une menace pour la communauté, son mode de vie et ses croyances. Alors, à l’image de la tectonique des plaques de la Terre, la rencontre de l’un et de l’autre a produit la tectonique des croyances et des modes de vie. Les mêmes rapprochements ou évitements, les mêmes frottements, heurts, fragmentations, imbrications, ou le remplacement de la force de l’un par la force de l’autre. Car lorsque l’autre n’était pas accepté par la communauté, lorsqu’il n’avait pas la capacité à devenir « pareil » que les membres de la communauté, jusqu’à être autorisé à y prendre femme pour participer à la destinée de la communauté, il était rejeté ou banni. Rejeté dans le lieu du ban, hors de la communauté. Rejeté dans la ban-lieue. Rejeté ou combattu. Faute de s’écouter et de s’entendre, faute de partager les savoirs et les modes de vie ou les métisser, c’est le pouvoir qui avait le dernier mot. L’appétit du pouvoir en lieu et place de l’appétit du savoir, de la connaissance, de la tolérance, a produit les guerres, les conquêtes, les colonisations, la dictature du 1.

Comme s’il ne suffisait pas à la communauté qu’un autre, étranger, vienne menacer la dictature du 1, la dictature du même, voici que sont nés, au sein de la communauté, des individus étranges, difformes, mutiques ou aux discours et comportements aberrants, menaçant également la dictature du 1. Comment comprendre ces inconnus-là ? Ces aliens transgressifs à la loi de l’homogénéité communautaire ne pouvaient-être que des non-humains, des demi- dieux ou des suppôts de Satan. Pragmatiques, certains décidèrent de les tuer, ou de les exclure de la communauté, ou encore de les exorciser. Eux, mais aussi leur mère, car il fallait bien que la matrice dont ils étaient issus soit infectée pour que « ça », cet être-là, n’ait d’enfant que le nom.

L’évolution de notre regard sur les personnes « différentes », donc sur les différences et le droit à la différence dans notre société française, est ainsi liée à l’évolution de la notion de civilisation dans l’espace européen, et lui-même dans l’espace occidental… puisque dans d’autres espaces, sur le continent africain, sur le continent asiatique, dans l’Amérique pré-colombienne, d’autres civilisations et d’autres évolutions ont vu le jour.

On ne peut donc dissocier l’évolution de notre conception de l’éducation et du soin dans notre pays, de l’évolution de notre façon de penser l’Homme, les rapports humains et la vie sociale, au gré des évolutions ou bouleversements qui sont venu affecter notre façon de penser : La révolution française de 1 789 par exemple, mais aussi la « révolution industrielle », les première et seconde guerres mondiales, le séisme nazi et ses soubresauts, l’explosion économique et la loi des marchés, jusqu’à la mondialisation actuelle favorisée par l’explosion des moyens de transport et de communication. Jusqu’à cette troisième guerre mondiale larvée, diffuse, insidieuse dans laquelle les djihadistes d’aujourd’hui tentent de nous entraîner.

Là où nous étions d’une famille, d’un clan, d’une tribu, d’une ville, d’une région, d’un pays, nous sommes devenus citoyens d’un monde très diversifié, suivant les environnements, les façons d’être et de vivre des peuples qui l’habitent.

Là où la dictature du 1 s’était surtout manifestée par l’appétit de pouvoir politique et le conditionnement de la population à la pensée unique, elle se manifeste aujourd’hui par une tentative de prise de pouvoir terroriste articulée à un pseudo credo religieux, mais aussi par une mondialisation économique qui s’impose aux États et sociétés. Ce qui constituait notre identité culturelle et sociale se trouve dilué, supplanté, relégué au second plan, déstabilisé par la loi des marchés et les fluctuations de la bourse.

Mais la mondialisation est aussi celle de l’information en temps réel. Ce qui se passe à l’autre bout de la planète concerne tout le monde, là où il se trouve sur le puzzle mondial. Les tectoniques politiques, sociales, économiques des uns concernent tous les autres. Elles les concernent d’autant plus que les déplacements de populations d’un pays vers un ou des autres, pour tenter d’échapper à la mort, que celle-ci s’appelle guerre, famine, misère ou dévastation climatique, s’invitent dans notre quotidien.

Au lent et graduel métissage des peuples, jusqu’à ce que des frontières délimitent artificiellement des nations, se substitue aujourd’hui, de façon accélérée, la cohabitation de peuples qui n’ont pas eu le temps du métissage pour se connaître, se reconnaître comme faisant partie d’une même communauté humaine.

Faire une place à l’inconnu, que celui-ci soit représenté par une personne, une croyance, un mode de vie, ou la nécessité de modifier les repères établis pour s’adapter à de nouveaux paramètres, l’inconnu ravive les peurs ancestrales et ceux qui ont peur pour leur « identité », pour leur place dans la société ou sur le territoire, revendiquent la dictature du 1 à l’aune de leur microcosme pour se protéger. Se protéger de quoi ? Puisque ce sont ces dictatures du 1 qui produisent, non pas de l’harmonisation mais du clivage belliqueux, qui produisent au mieux de l’immobilisme, au pire des destructions.

Le parcours que je vous propose est d’examiner notre politique actuelle d’éducation et soin au regard de ces évolutions.

Mon « fil rouge » est de défendre « l’intérêt supérieur » de l’Homme, contre l’intérêt supérieur d’individus ou de groupuscules qui n’ont que faire de l’Homme. Je vous proposerai des métaphores et analogies, des faits et des propos identifiés, pour tenter de débusquer les dérives actuelles, principalement dans les secteurs pédopsychiatrie et médico-social qui me préoccupent, pour tenter d’identifier la tectonique des plaques dogmatiques, idéologiques, qui gangrène aujourd’hui nos secteurs.

Pour dépasser cette tectonique, je vous proposerai le recours à la réflexion éthique contemporaine pour retrouver l’intérêt supérieur de l’Homme dans ce qui, aujourd’hui est en passe de l’asservir, en passe de confirmer « la réification de l’être » dénoncée en 2000 par le professeur Israël Nisand, au moment de l’affaire Perruche.

La réflexion éthique, parce qu’elle redonne tout son sens à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, à travers les notions de liberté et responsabilité individuelles, redonne tout son sens au droit à la différence en affirmant qu’un projet social ne se fonde pas sur la recherche d’une vérité illusoire, mais sur la recherche d’un accord, d’un consensus.

Au terme d’un trajet où les personnes en difficulté physique, mentale, sensorielle, intellectuelle… nous auront révélé l’urgence et l’importance de ce recours éthique, il sera alors possible de mettre en perspective une autre politique d’éducation et soin.

Et si je prétends que se sont ces personnes en difficulté qui nous révèlent l’importance de ce recours éthique, c’est que les enfants gravement perturbés auxquels j’ai été confronté, et qui échappaient d’emblée à une normalisation et à un conditionnement social, obligeaient à déplacer l’habituelle préoccupation vis-à-vis de leur intégration sociale vers la nécessaire interrogation sur leur rapport à l’existence. Et pour le comprendre, il fallait quitter la prétention d’un savoir et d’un savoir-faire définitifs autorisant, à sens unique, une même prétention à les enseigner et à les soigner, pour considérer que le préalable à tout accompagnement était de connaître la spécificité du rapport de chacun à l’existence. Et il n’y avait qu’eux pour nous transmettre cette connaissance préalable. Le projet d’accompagnement que nous en déduirions n’allait donc pas être placé sous le signe de la toute puissance, mais sous celui de la réciprocité des enseignements.

Il va donc être beaucoup question de regards dans ce trajet que je vous propose, tant nos actions envers ces personnes dépendent de nos connaissances mais aussi de nos représentations, dans les choix que nous opérons.

C’est pourquoi le premier regard que je vais vous proposer porte sur l’évolution historique de celui qui a été posé sur les personnes déficitaires, handicapées, psychiquement perturbées… que je nommerai vite « personnes en difficulté », pour couper court aux diffractions kaléidoscopiques. Car il est essentiel de comprendre ce qui s’est joué dans ce regard pour tenter de comprendre ce qui se joue dans le nôtre aujourd’hui vis-à-vis de ces personnes.

Autant vous dire tout de suite que l’évolution de ce regard n’est pas brillante. Nous en serions même, comme au niveau sociétal, dans un retour en arrière qui m’a fait prendre la plume. C’est vous dire le niveau de mon agacement !

Car nous verrons que tant que l’enfant-alien et sa mère étaient occis ou exclus tout allait bien. Mais ce tout s’est compliqué le jour où un illuminé (sans doute religieusement, intellectuellement et socialement border-line ?), s’est mis à imaginer que non seulement ces enfants-là pouvaient être humains, mais avoir une âme ! Et d’imaginer en sus qu’avec une bonne rééducation il allait être possible de redresser leurs tords, de les remettre dans le droit chemin, en un mot de les recycler…

Et là, la tectonique des plaques s’est agitée dans les têtes, dans les neurones et les consciences. Car en sortant l’enfant en difficulté du discours univoque lui réglant vite son sort, on ouvrait la boîte de Pandore. Oui mais alors, disait-on, si c’est un humain, qu’est-ce que l’humain ? Et s’il a une âme, qu’en est-il de la volonté divine, voire qu’est-ce que Dieu ? Quant à la rééducation, qu’est-ce qu’une bonne rééducation ?

Restait la question énigmatique de la « folie » venant perturber tout ou partie du parcours d’une personne. Comment comprendre cette inconnue-là ?

C’est alors qu’un autre illuminé va inaugurer la psychiatrie, comme excroissance de la science médicale, en parlant de désordres psychiques qui appartiennent au genre humain.

Voilà qui relance la question « qu’est-ce que l’humain » ? Où se situe la frontière entre le sain et le pathologique ? Et que fait-on de ces humains-là ?

C’est alors qu’un autre illuminé va inaugurer la psychanalyse, comme excroissance de la psychiatrie, en parlant d’un inconscient qui, à l’insu de notre plein gré, et en fonction de notre histoire personnelle, produirait des effets pathologiques dans notre rapport à l’existence.

Séisme dans le milieu des soignants de tout poil qui vont émerger dans le courant du 20ème siècle ! Puisque dès lors, des désordres non organiques pourraient être à l’origine de ces « désordres psychiques humains ».

Séisme et clivage entre ceux qui intègrent les apports de la psychanalyse à leur approche et ceux qui la rejettent, car l’enjeu était, et est toujours de taille dans la réponse à la question : « Qu’est-ce que l’humain ? »